Festival d’Avignon. L’Antigone fraternelle de Miyagi

ANTIGONE - FESTIVAL D AVIGNON - 71e EDITION -

Le drame universel passe de Sophocle à Miyagi. Photo Christophe Raynaud De Lage

Le maître japonais Satoshi Miyagi  présente « Antigone » dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, en ouverture du Festival d’Avignon.

Comme des spectres blancs qui se déplacent flottant sur un jardin d’eau japonais. Dans cette eau tenant lieu de frontière entre ce monde et l’au-delà, le metteur en scène japonais Satoshi Miyagi et sa compagnie nous font parvenir leur perception d’« Antigone » de Sophocle. C’est la première fois qu’une compagnie étrangère ouvre le festival dans son lieu le plus symbolique. De l’Occident à l’Orient le  mythe d’Antigone est passé de Sophocle à Satoshi et revient nous ouvrir les horizons à partir d’une autre intuition. Des sujets abordés par le drame, la transgression des lois, la désobéissance à l’autorité paternelle, la liberté féminine, la passion pour la justice… le metteur en scène retient certainement le plus universel, celui d’aimer tous les êtres humains sans les diviser.

Clarification de l’espace
Une pensée chère au bouddhisme japonais dont l’esprit emplit l’étendue de la Cour d’honneur du Palais des Papes où régnait jadis l’autorité chrétienne. Le travail de mise en espace offre des tableaux longilignes raffinés emplis de personnages dont l’esthétique chatoyante des maquillages et des costumes se déploie au gré des scènes narratives. En fond de scène, les âmes des morts composent le rang des musiciens qui propulse les mouvements de l’action. Dans le bassin circule sur un radeau le passeur vers le monde d’Hadès, les méditatifs déplacements sont orchestrés avec une infime précision sans troubler la surface de l’eau. L’ensemble du mouvement ne semble faire qu’un corps oscillant entre la compression du temps et la dilatation de l’espace. Satoshi s’adapte magistralement aux contraintes du lieu dont il tire partie avec un sens poussé de l’esthétique, transformant le haut mur en fond de scène en un théâtre des ombres obscures.

Après avoir confronté le théâtre japonais à l’épopée indienne, « Le Mahabharata », présenté à Avignon en 2014, Satoshi tire « Antigone » du berceau de la pensée occidentale. « Antigone », comme une forme accomplie de la culture de l’ici et maintenant. Dans ce saut spatio-temporel prodigieux qui nous sépare de Sophocle, cette incarnation de la révolte apparaît plus que jamais en capacité de fédérer dans son opposition au pouvoir face à l’arrogance des Créons modernes de Shinzo Abe, à Donald Trump en passant par Macron. Mais contrairement au clin d’oeil subtil à Pierre Henry avec les quelques notes de « Messe pour un temps présent » que laisse filtrer le metteur en scène au début du spectacle, cette référence à l’engagement n’est pas revendiquée par Satoshi qui reste fidèle à l’apparente neutralité  bouddhiste.

D’un point de vue formel, le spectacle emprunte aux spécificités irréductibles de la culture japonaise. Le ji-utaï, du nô japonais proche des choeurs grecs, le ku na’uka, méthode de travail où le même rôle est assuré par deux acteurs, l’un s’approprie la parole, l’autre le geste, ou le populaire théâtre kabuki. La pièce nous transporte  dans un temps cyclique, où chaque intervention expose des arguments en faveur de l’unité. Engagé contre la discrimination, Satoshi considère le théâtre comme un outil de solidarité et une fête pour apaiser les esprits…

Jean-Marie Dinh

Source La Marseillaise

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Japon. Tokyo dit non à l’arrogance d’Abe

7j-jonesLe parti du Premier ministre Shinzo Abe a essuyé une défaite cuisante aux élections de l’assemblée municipale de Tokyo, le 2 juillet. Un vote de sanction pour ce gouvernement qui bafoue les fondements de la démocratie, fustige le plus grand quotidien du pays.

Le Parti libéral-démocrate [PLD, conservateurs] a essuyé une défaite historique le 2 juillet aux élections à l’assemblée métropolitaine de Tokyo. À n’en pas douter, l’électorat attend beaucoup de Yuriko Koike, la gouverneure de Tokyo, qui l’a emporté avec une large majorité. Mais cela ne suffit pas à expliquer la défaite désastreuse du PLD. Les résultats du scrutin doivent être interprétés comme un non retentissant à l’arrogance et à la suffisance du gouvernement du Premier ministre, Shinzo Abe.

On a pu constater à maintes reprises les effets néfastes de son autoritarisme. Shinzo Abe a refusé de répondre aux questions sur les scandales politiques dans lesquelles lui-même, son épouse Akie et son proche allié politique Koichi Hagiuda sont suspectés d’être impliqués. Son gouvernement a même rejeté la demande des partis d’opposition de tenir une session extraordinaire au Parlement, en vertu de l’article 53 de la Constitution.

Après avoir organisé à la hâte un débat en commission sur le projet de loi “anticonspiration” [loi adoptée le 15 juin], le gouvernement Abe s’est appuyé sur la large majorité dont il dispose dans les deux chambres pour faire passer en force cette législation très controversée [le texte est destiné à punir les individus se préparant à commettre des actes terroristes et est accusé d’être liberticide par ses opposants]. Par la force du nombre, le PLD a ni plus ni moins étouffé le débat au Parlement, qui est pourtant le cœur de la démocratie. Cela montre à quel point ce gouvernement ne respecte pas le Parlement.

Le discours de campagne qu’a prononcé M. Abe devant la gare d’Akihabara, à la veille du scrutin de Tokyo, a révélé le fossé qui le sépare du sentiment général. Quand l’assistance a commencé à scander des appels à sa démission, le Premier ministre a crié : “Nous ne serons pas vaincus par des gens pareils?!” Il a certainement pensé que ces huées ne provenaient que d’une poignée de détracteurs cherchant à saboter son discours. Les résultats de l’élection ont pourtant bien montré que sa politique mécontentait une part bien plus importante de l’opinion japonaise.

Des conséquences sur l’élection de 2018

Le mépris de son gouvernement pour le débat public n’est pas nouveau. Avant son retour au pouvoir en 2012, le Premier ministre s’est engagé, en campagne, à donner la priorité aux questions économiques. Les élections passées, il s’est empressé de faire adopter des lois soulevant de graves enjeux constitutionnels, à l’image de la législation sur la protection des secrets d’État ou de la nouvelle loi sur la sécurité nationale [qui a renforcé le rôle des militaires japonais].

Alors que de nombreux Japonais ainsi que des parlementaires ont dénoncé les problèmes posés par ces nouvelles législations, le PLD n’a guère pris la peine ni le temps d’en expliquer la nécessité pour qu’elles soient mieux acceptées. Pis, il s’est appuyé sur la majorité de son camp dans les deux chambres pour les faire passer en force, prétextant que les parlementaires leur avaient déjà consacré des heures de délibération.

Or le Parlement est la représentation du peuple, détenteur collectivement de la souveraineté nationale : les partis d’opposition représentent de larges pans de l’électorat japonais. Shinzo Abe semble avoir oublié ces principes de base de la démocratie.

Même si ces élections à l’assemblée de Tokyo restent un scrutin local, la défaite cuisante du PLD dans la capitale pèsera lourdement sur la mise en œuvre du programme national d’Abe. Cet échec aura des conséquences aussi sur l’élection à la présidence du PLD, prévue en septembre 2018, ainsi que sur les législatives, annoncées pour décembre 2018. À ce rythme, la révision de la Constitution, qui est le projet phare du Premier ministre, pourrait être compromise.

Ce qu’il doit faire aujourd’hui tombe sous le sens. Shinzo Abe doit réunir le Parlement en session extraordinaire et répondre à la demande de l’opposition, comme prévu par la Constitution, et donner des explications claires aux questions qui lui sont posées. Le gouvernement tire son pouvoir d’un mandat public qui le lui confie de façon temporaire : le Premier ministre n’en est pas le détenteur à titre personnel. Si Shinzo Abe n’a pas compris cette vérité simple, il n’est pas qualifié pour continuer à présider aux destinées du Japon.

Source Asahi Shimbun 04/07/2017

Gouverneure de Tokyo depuis 2016, Yuriko Koike, ancienne membre du PLD, a remporté une large majorité à l’assemblée de Tokyo avec 79 des 127 sièges. Sa campagne, lancée avec son nouveau parti, Tomin First no Kai (Association pour donner la priorité aux habitants de Tokyo), a mis en avant le besoin de transparence dans la gestion de la capitale. Première femme à diriger la mairie de Tokyo, elle partage certaines propositions controversées de Shinzo Abe, comme la révision de la Constitution pacifiste de 1947.

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Empire japonais : son univers impitoyable

 La princesse Mako quitte sa maison à Tokyo le 18 mai 2017 © STR / JIJI PRESS / AFP


La princesse Mako quitte sa maison à Tokyo le 18 mai 2017 © STR / JIJI PRESS / AFP

Le 16 mai 2017, la chaîne publique japonaise NHK a annoncé la prochaine union de la Princesse Mako, petite-fille de l’empereur du Japon avec un roturier. Ce mariage entraînerait l’éviction de la princesse de sa famille. Une nouvelle qui fait polémique au sein de la famille impériale vieille de 28 siècles. Et ramène sur le devant de la scène les questions de succession au pays du Soleil levant.

Inégalités devant la loi   
Ils ont tous les deux 25 ans et ont tous les deux fait leurs études à l’Université chrétienne internationale. Mais elle est la petite-fille de l’empereur du Japon et lui est un garçon «ordinaire».

Ainsi, après cette union prévue en 2018, la Princesse Mako devrait être exclue de sa famille, en vertu d’une loi controversée de 1947. A cette époque, la famille impériale comptait de moins en moins de membres et il devenait impossible pour eux de se marier uniquement entre eux. Il a donc été décidé de mettre dans la nouvelle Constitution un article pour que les hommes de la famille puissent épouser des roturières. Et ainsi perpétuer la lignée.

Le mariage du prince Akihito avec Michiko Shoda le 1er janvier 1958.

Le mariage du prince Akihito avec Michiko Shoda le 1er janvier 1958.

Akihito, l’empereur actuel et ses deux fils ont profité de cette loi: leurs épouses respectives font ainsi partie de la famille impériale. Pour une raison inconnue, cette loi ne s’étend pas aux femmes qui, si elles se marient à un roturier, sont évincées. La princesse Mako deviendrait alors tout simplement Mako et son potentiel fils ne pourrait succéder à l’empereur.

Une succession complexe
La succession du «trône de chrysanthème» n’en est que plus vacillante. En 2016, l’empereur Akihito avait demandé à abdiquer, car il s’inquiétait «de la difficulté à remplir [ses] fonctions en tant que symbole de l’Etat». Agé de 84 ans, il vient d’être autorisé à quitter son trône fin 2018. Une première en plus de deux siècles.

— RFI (@RFI) 20 mai 2017

Il aura trois successeurs potentiels: Naruhito et Fumihito, les deux fils de l’empereur puis Hisahito, son petit-fils, fils de Fumihito et frère de la fameuse princesse Mako. Mais si Hisahito n’a pas de fils, alors la lignée de vingt-huit siècles de descendance, la plus longue au monde, s’arrêterait.

Arbre généalogique de la famille impériale japonaise © AFP

Arbre généalogique de la famille impériale japonaise © AFP

Un pouvoir masculin
Cette lignée est désormais exclusivement masculine car la Constitution actuelle empêche le pouvoir impérial féminin.

Pourtant, jusqu’au 18ème siècle, huit femmes ont été impératrices (contre quand même 125 empereurs). Lorsqu’aucun héritier mâle ne pouvait être trouvé, l’Empire était confié à l’une des filles de l’empereur. L’impératrice devait alors être vierge ou veuve car si elle avait un mari, ce dernier lui aurait été supérieur. Ce que la loi interdisait.

Toujours dans la Constitution de 1947, un article impose un homme à la tête de l’Empire. Cette loi devait être modifiée au début des années 2000 car les deux fils de l’Empereur n’avait fait que des filles. Mais en 2006, Hisahito est né et la modification de la loi a été enterrée.

Avec l’Espagne, le Japon est la dernière monarchie d’un pays constitutionnel à privilégier un héritage du trône de père en fils.

Source Géopolis 22/05/2017

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Avec Edouard oublions Fukushima

Le Canard enchaîné . 15/03/2017

Le Canard enchaîné . 15/03/2017

Le chef de l’Etat, qui n’a guère fait campagne sur les thématiques environnementales, s’est choisi un premier ministre, Edouard Philippe, lui-même peu sensible à l’écologie. Le maire du Havre (depuis 2010), diplômé de Sciences Po et de l’ENA, n’a pas vraiment manifesté, dans son parcours professionnel pas davantage que dans ses mandats électifs, d’attrait pour les questions environnementales.

Les ONG écologistes s’alarment de son passé – à leurs yeux de son passif – au sein du groupe Areva, alors fleuron du nucléaire français, dont il a été directeur des affaires publiques de 2007 à 2010. « Cette nomination est extrêmement inquiétante au regard des enjeux actuels, écrit le réseau Sortir du nucléaire. Aucune complaisance ne saurait être tolérée envers l’industrie nucléaire de la part de l’exécutif. Mais cette nomination d’un ancien VRP d’Areva laisse craindre le pire et en dit long sur l’intérêt d’Emmanuel Macron pour la transition énergétique. »

Ancien cadre d’Areva, le premier ministre a voté comme député contre les lois sur la transition énergétique et sur la biodiversité.

la suite de l’article du Monde

Voir aussi  : Actualité France, Rubrique Environnement, rubrique Politique, Politique économique, EDF va reprendre à Areva l’ingénierie des réacteurs nucléaires , Le réacteur EPR de Flamanville touché au cœur, Ségolène et le nucléaire, On Line, EPR de Flamanville : les quatre malédictions d’un chantier controversé, Rubrique Japon, Au Japon, les enjeux cachés des législatives,

En plein cœur de Tokyo, une librairie à un seul livre !

Photo : Miyuki Kaneko

Photo : Miyuki Kaneko

L’idée semble un peu farfelue, voire portée par un individu qui n’a pas conscience de la réalité du monde. Et pourtant, le concept de Yoshiyuki Morioka cartonne…

Un seul livre par semaine

C’est bel et bien ce que propose une librairie implantée en plein cœur de Ginza, un quartier chic de Tokyo, au rez-de-chaussée du bâtiment historique Suziki (qui date de 1929). Ouvert de 13h à 20 h tous les jours sauf le lundi, l’établissement de Yoshiyuki Morioka est atypique. Sa boutique est plutôt simpliste. Ici, pas de grands rayonnages pour exposer des dizaines de livres différents, un seul livre étant présenté par semaine. Le décor est assez sommaire : peinture blanche sur les murs, sol en béton. Quant au support servant à présenter l’unique ouvrage, il consiste en une sorte de chevalet. Rien d’extraordinaire donc. Et pourtant, la librairie attire de très nombreux japonais depuis son ouverture en mai dernier. Car si le livre en vente est unique, chaque jour est l’occasion d’organiser un évènement autour de l’ouvrage et de son auteur. Un contexte propice à la découverte.

Une idée née d’une rencontre

Le concept trouve ses origines dans une rencontre avec un auteur, dans une librairie classique. Après avoir remarqué toute l’attention apportée à l’auteur en lui-même, Yoshiyuki Morioka s’est demandé pourquoi autant d’intérêt ne pourrait-il pas être porté à un seul livre. Pourquoi un ouvrage ne pourrait-il pas être mis autant en valeur qu’un auteur lors d’une séance de dédicaces ? Ce raisonnement a conduit le libraire à imaginer une boutique de livres sous un nouveau jour en mettant en scène le moindre détail afin de focaliser toute l’attention des clients sur le livre de la semaine. Mission réussie puisque tout y contribue. De la peinture blanche des murs au positionnement de l’ouvrage au centre de la pièce, rien n’est laissé au hasard. Même le concepteur de la boutique, Takram Design Engineering, semble séduit. Il déclare ainsi qu’une librairie avec un seule livre « offrira une meilleure compréhension, une relation plus étroite avec le lecteur ». Il est bien évident que les clients n’ont aucune raison de parcourir les allées dans tous les sens, ni de chercher après le livre qui les attirera le plus. Le choix est ici déjà fait, ce qui permet au lecteur de ne pas se fier à la seule couverture du livre mais d’apprendre à connaitre son auteur et son contenu.

De par son action, Yoshiyuki Morioka lutte contre le principe économique de long tail qui consiste à vendre un ouvrage sur la durée et donc à en stocker plusieurs exemplaires. Son idée n’a finalement rien de si loufoque. Dans les métiers du livre depuis plus de dix ans, Yoshiyuki Morioka n’est pas un débutant. Sa librairie japonaise en est une belle preuve.

« Aru wa nai ni masaru » (« mieux vaut quelque chose que rien », « c’est mieux que rien »). Un « hon » (« livre »), c’est déjà bien, n’est-ce pas ?

Source : Japonisez-vous  2016

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