Exil l’impossible sujet

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Camp de Frakaport, près de Thessalonique

Comment décrire le dénuement ?

Aujourd’hui, quand on part à la pêche aux infos qui viennent du monde, on tombe aussi sur celles des personnes. En naviguant sur la toile ce matin, m’est apparue cette photo du camp de réfugiés de Frakaport en Grèce. La photo publiée sur le blog de Cathy Garcia est accompagnée d’un témoignage poignant mais je ne sais pas pourquoi cette image bouleversante de vérité s’est gravée dans mon esprit.  J’ai cherché quelques mots pour dire ce long parcours de souffrance qui ne s’achève pas. Je n’ai rien trouver.  Je me suis alors réfugié dans une mini fiction comme si cela était plus efficace pour m’inciter à réfléchir, pour exprimer le sentiment de n’être rien devant cet océan d’indifférence.

Voie fictionnelle

C’était une gentille fille pleine de vie. A son arrivée, ne tenant pas en place, elle pressait sa mère de questions, sur ce qu’ils allaient faire dans cette nouvelle région, combien de temps ils y resteraient, où serait sa nouvelle école, comment seraient ses copines… Et puis, face aux demi-réponses de sa mère, le doute s’était installé. Le jour elle la voyait parfois fondre en larme.  Maintenant, elle avait l’impression qu’on la guettait depuis le carré obscure qu’elle voyait de la fenêtre, mais elle ne posait plus de question.

Elle se réveille souvent au milieu de la nuit avec une sensation d’étouffement. Elle voit des flammes courir le long de la tente et ses dessins qui tombent en cendre.

JMDH

Ce qu’ils disent

 » Nous sommes ici
depuis trois mois. –
Avant nous étions à Idomeni,
sous des tentes en plein vent. –
Les tentes ici sont installées
dans un ancien entrepôt. –
Nous regrettons Idomeni. –
Ici nous sommes totalement isolés,
sans contact avec le monde extérieur. –
Les Grecs sont aussi pauvres que nous. –
Il n’y a pas de travail, rien à faire. –
En face il y a une usine d’épuration d’eau
et l’air est irrespirable…« 

 Source témoignage : Blog de Cathy Garcia 14/09/2016

Voir aussi. Rubrique Lecture, rubrique Société, Citoyenneté, rubrique Politique, Politique de l’immigration,

Réforme territoriale : quels enjeux pour le réseau de solidarité

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La réforme territoriale de 2014-2015 entraine des conséquences importantes pour les politiques de solidarité. Afin d’analyser les enjeux de cette réforme et formuler des propositions d’adaptation dans le contexte des fusions opérées par les associations régionales, la FNARS a élaboré un guide à destination de son réseau. Un séminaire a également été consacré à ce sujet en novembre 2016..

MONTÉE EN PUISSANCE DES RÉGIONS ET DES INTERCOMMUNALITÉS
Les régions disposent à présent de compétences stratégiques en matière de développement économique et d’aménagement du territoire. Elles pourront aussi se voir déléguer par l’État la mission de coordonner les acteurs de la politique de l’emploi sur leur territoire. Les métropoles pourront récupérer, par transfert ou par délégation, des compétences étendues appartenant aux communes, aux départements, aux régions et à l’État. Parmi ces compétences figurent des missions capitales telles que la gestion du fonds de solidarité logement, du fonds d’aide aux jeunes, la garantie du droit opposable au logement, l’attribution des aides à la construction, la veille sociale, ou encore l’accueil et l’hébergement des personnes défavorisées.

NOUVELLE DONNE POUR LES DÉPARTEMENTS ET L’ÉTAT
Le département peine à jouer son rôle de chef de file de l’action sociale. Son action est doublement limitée: d’une part, le poids croissant des prestations légales, de moins en moins couvertes par l’État, obère ses marges de manoeuvre pour conduire des politiques d’insertion; d’autre part, il ne dispose pas de moyens juridiques contraignants pour coordonner l’action des autres acteurs. À cet égard, les conventions territoriales d’exercice concerté des compétences, introduites par la loi NOTRe, constituent une avancée importante. L’État adapte également son organisation pour tenir compte de la réforme territoriale: fusion et réorganisation des services régionaux, nouveaux pouvoirs confiés aux préfets de région, redéfinition des arrondissements des sous-préfectures, etc.

SUR LES DOMAINES D’ACTION DE LA SOLIDARITE
Les politiques du logement et de l’hébergement seront fortement impactées par les nouveaux pouvoirs des métropoles. L’insertion par l’activité économique pourrait tirer parti de la montée en puissance des conseils régionaux dans les domaines du développement économique, de l’emploi et de la formation professionnelle. L’accès aux soins des personnes défavorisées dans les territoires devrait en principe être facilité par les dispositions de la récente loi de modernisation de notre système de santé. Enfin, plusieurs évolutions touchent à la mise en oeuvre territoriale des politiques d’aide aux jeunes et d’accès aux services publics.

DES ENJEUX CRUCIAUX POUR LES ACTEURS DE LA SOLIDARITÉ
Dans tous ces domaines, le guide FNARS propose des pistes de réflexion et d’action. La FNARS et ses adhérents devront d’abord identifier les transferts de compétences et favoriser le décloisonnement des dispositifs et des territoires. Face aux nombreuses compétences optionnelles des intercommunalités, un modèle de cartographie des compétences sera proposé dans le guide diffusé au réseau. La montée en puissance des métropoles risque aussi d’exacerber la fracture entre les territoires métropolitains, qui concentreront de nombreuses compétences et des moyens importants, et les espaces périurbains et ruraux, où les compétences sociales resteront dispersées et où l’accès aux services publics constitue déjà un enjeu prégnant. La stratégie d’influence et de communication devra aussi évoluer pour s’adapter aux nouvelles compétences des collectivités territoriales, notamment en investissant les instances adéquates et en renforçant la communication régionale. Enfin, la réforme constitue une occasion de réfléchir, avec l’ensemble du réseau FNARS, aux moyens d’animation à mettre en place dans des régions élargies.

Dominique Chaubon

Source Blog Fnars 15/11/2016

Voir aussi : Actualité France Rubrique Politique, Politique locale, Politique de l’immigration,  rubrique Société, Emploi, Logement, Santé, Justice,

Nouvelles révélations sur les liens entre le cimentier français Lafarge et l’Etat islamique en Syrie

5031473_6_77c8_assemblage-de-la-ligne-de-production-de-l-usine_bc53b2e70a76426318ea77c1be5f62d7Peut-on faire des affaires dans un pays en guerre ? L’un des plus grands cimentiers du monde, Lafarge, l’a bel et bien tenté. Le groupe français a quitté la Syrie en septembre 2014, soit trois ans après le début de la guerre civile et l’émergence dans le pays du groupe Etat islamique (EI). Selon des documents et des témoignages recueillis par l’équipe de « L’Œil du 20 heures » de France 2, et dévoilés jeudi 17 novembre, l’entreprise a mis en danger des employés et indirectement financé le groupe jihadiste, en maintenant son usine sur place.

Au siège de Lafarge, à Paris, avait-on connaissance de ces faits ? L’un des directeurs de l’entreprise assure à France 2 que la sécurité des employés a toujours été une priorité, et qu’un audit est en cours. Pour Lafarge, négocier avec un groupe terroriste est exclu, insiste-t-il, alors que l’enquête de « L’Œil du 20 heures » révèle des éléments troublants.

Des employés auraient été kidnappés et échangés contre une rançon

Dès le début du conflit, neuf employés de la cimenterie sont kidnappés. Jacob Waerness, un ancien policier du renseignement norvégien, recruté par Lafarge pour sécuriser l’usine, entre en contact avec les ravisseurs. Il craint que les employés soient exécutés. Au bout de trois semaines de négociations, Lafarge décide de payer pour les libérer, selon l’enquête de France 2 : plus de 200 000 euros en liquide, versés à des milices qui disent appartenir à l’armée syrienne libre.

Les employés, eux, sont inquiets. « Qu’un salarié soit kidnappé, tué ou assassiné, ça n’avait aucun importance. L’entreprise voulait juste produire et que chacun soit à son poste », témoigne l’un d’entre eux.

« Lafarge ne devrait pas prendre cela à la légère »

En 2013, l’EI prend le contrôle des puits de pétrole à proximité de l’usine. Du pétrole nécessaire pour faire tourner la cimenterie. L’entreprise aurait, alors, fait appel à des fournisseurs locaux, eux-mêmes en affaires avec les jihadistes. Dans un email obtenu par France 2, un intermédiaire en lien avec les fournisseurs demande à être payé.

“Il manque encore 33 000 euros. Comprenez que ce fournisseur travaille avec l’armée islamique la plus puissante sur le terrain. Donc Lafarge ne devrait pas prendre cela à la légère », écrit-il.

Le groupe a-t-il acheté des laissez-passer à l’Etat islamique ?

Dernier élément compromettant pour Lafarge, les laissez-passer. Ils sont nécessaires pour circuler sur les routes, contrôlées par le groupe Etat islamique. Des autorisations remises aux conducteurs des camions transportant le ciment de l’usine, selon des documents qui portent le cachet de l’organisation terroriste. On peut y lire : « Au nom d’Allah le miséricordieux, les frères moudjahidines sont priés de laisser passer aux barrages ce véhicule transportant du ciment de l’usine Lafarge, après accord avec l’entreprise pour le commerce de cette matière. »

Lafarge a-t-elle directement ou indirectement payé l’EI pour obtenir ces laissez-passer ? C’est qu’assure un ancien salarié de l’usine : « Oui, la société payait pour que les véhicules puissent circuler. Il payait aussi afin que les employés viennent au travail et rentrent chez eux », déclare-t-il.

Source France 2 17/11/2016

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Politique, Affaires, Lafarge condamné par l’UE, rubrique Syrie, On Line, L’ONG Sherpa porte plainte contre Lafarge pour financement du terrorisme,

Régions Enquête sur la droite au pouvoir

droite_regionsGauche, droite, tous les mêmes ? Le refrain est connu, mais ne résiste guère à l’examen des politiques menées par les nouveaux exécutifs régionaux élus fin 2015. Ils ne siègent certes que depuis à peine un an, mais les mesures prises dans les régions qui ont basculé de gauche à droite montrent déjà des changements significatifs.

Ces exécutifs ont dû faire face à beaucoup de nouveautés. La principale concerne bien sûr les fusions engagées dans la plupart des régions concernées, avec parfois des polémiques qui perdurent comme dans le Grand Est, où certains élus estiment que les anciennes régions ­Champagne-Ardenne et Lorraine sont lésées par rapport à l’Alsace. En Normandie, Hervé Morin a réa­lisé la fusion à marche forcée et 700 fonctionnaires occupent un nouveau poste depuis le 1er septembre. « Tout le monde doit former tout le monde, c’est n’importe quoi, on gâche des compétences », râle Stéphane Godefroy, représentant de la CGT (majoritaire). Hervé Morin assume : « Le service sera dégradé pendant deux ou trois mois. Les gens vont apprendre un nouveau métier, et puis voilà ! »

Les compétences des régions ont aussi été notablement élargies par la loi NOTre (Nouvelle organisation territoriale de la République) en matière de stratégie économique, de formation ou encore de transports entraînant beaucoup d’incertitudes pour les agents régionaux.

Marge de manoeuvre réduite

A la décharge des nouveaux présidents de région, leur marge de manœuvre financière a enfin été réduite du fait de l’Etat : la dotation globale de fonctionnement (DGF) a reculé de 450 millions d’euros en 2016 par rapport à 2015 (– 9,3 %). Les régions passées à droite ont toutes engagé des plans d’austérité. Dans les Hauts-de-France par exemple, Xavier Bertrand n’a pas reconduit la plupart des CDD. Dans ce contexte, « nous aurions été nous aussi contraints de mettre en œuvre une politique d’austérité », reconnaît cependant un membre de l’ancien exécutif régional du Nord-Pas de Calais.

« La gauche vient nous donner des leçons, alors qu’elle soutient un gouvernement qui baisse son soutien aux régions », dénonce Paul Jeanneteau, vice-président en charge du développement économique à la région Pays-de-la-Loire. Les régions toucheront cependant l’an prochain 50 % de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) au lieu de 25 % actuellement. Manuel Valls leur a également promis en septembre dernier de remplacer, à partir de 2018, la DGF (qui dépend du bon vouloir du gouvernement) par une part de la TVA (dont le montant ne dépend que de l’activité économique). Et dès 2017, un fonds provisoire supplémentaire de 450 millions d’euros sera mis en place par l’Etat pour les aider à financer leurs nouvelles compétences en matière de développement économique.

Une stratégie économique incertaine

Ceci étant posé, qu’ont fait les nouveaux élus ? Beaucoup de com’, tout d’abord. Les nouveaux présidents de région ont pour la plupart une conception très personnalisée de leur rôle. En ­Auvergne-Rhône-Alpes, « Laurent Wauquiez est un peu cowboy. Ça a l’avantage de pouvoir faire bouger les choses rapidement, mais à force de réagir à tout, faire de la communication et aller serrer des mains à chaque inauguration, les dossiers de fond n’avancent pas », explique un membre de sa majorité. Refrain similaire dans les Hauts-de-France, où Xavier Bertrand se comporte comme « le président d’un mini-Etat, tenant un discours très volontariste, y compris sur des dossiers sur lesquels il possède peu de leviers d’action, comme les migrants à Calais », juge un cadre de l’administration régionale.

Le principal rôle qu’ont désormais les régions concerne le pilotage du développement économique. Elles sont en effet les seules collectivités locales habilitées à donner des aides directes aux entreprises. Paca s’y est mise de façon assez volontariste (voir notre article « Paca : tout pour les entreprises »), mais la plupart des autres régions n’en sont encore qu’aux balbutiements dans l’élaboration du schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) qu’elles doivent obligatoirement adopter.

En revanche, la droite a déjà enterré de nombreux « contrats de territoire » qui visaient à faire asseoir les acteurs autour d’une table pour définir les enjeux prioritaires sur un espace donné. « A la place, on va financer un projet à un endroit, un autre, concurrent, juste à côté, et on va saupoudrer des aides entre des structures qui auraient eu intérêt à partager le même projet », regrette Philippe Genty, président du syndicat mixte Rhône Pluriel, qui faisait dialoguer cinq communautés de communes à cheval sur trois départements différents. « Ce n’est pas très visible, mais c’est une perte de savoirs et de ­savoir-faire très dommageable pour les territoires », regrettent d’autres acteurs du développement rural en Auvergne-Rhône-Alpes.

Enfin, l’économie sociale et solidaire (ESS) n’est plus une priorité des nouveaux exécutifs. En Paca par exemple, le service Développement de l’ESS a été remplacé par le service Economie circulaire et de proximité, et les crédits ont reculé de 25 %. « La région n’a pas réduit son soutien financier à notre Chambre, mais a taillé dans les subventions accordées à de nombreuses associations de l’ESS », explique Denis Philippe, président de la Chambre régionale de l’ESS.

Lycées, transports, formation : vers la libéralisation

En matière de lycées, la principale évolution a concerné la ­Normandie, avec un coup de pouce important à l’enseignement privé (voir notre article « Normandie : 45 millions pour l’enseignement privé »). Les autres présidents de région ont surtout rivalisé d’effets d’annonce autour de mesures intenables, telles que la mise en place de portiques de sécurité à l’entrée des lycées en Auvergne-­Rhône-Alpes ou des tests salivaires en Ile-de-France au nom de la lutte contre la drogue. Laurent Wauquiez a aussi décidé d’attribuer 500 euros à tout bachelier de la région obtenant une mention très bien en dehors de tout critère social. Tandis que ­Valérie Pécresse a enterré le Pass contraception, proposé dans les lycées d’Ile-de-France. Un Pass qui ne rencontrait cependant qu’un écho limité. Plus inquiétante pour l’avenir est sans doute l’arrivée d’élus proches de la Manif pour tous au Centre régional d’information et de prévention du sida (Crips).

Les régions, qui gèrent les trains express régionaux (TER), renégocient actuellement leurs conventions avec la SNCF. Peu d’informations ont fuité, hormis en Paca, où Christian Estrosi a annoncé, le 5 octobre dernier, avoir rompu « toute négociation avec la SNCF » et « engagé l’accélération de l’ouverture à la concurrence dès 2019 ». Autrement dit, il veut changer de prestataire, dans une région où le service rendu par la SNCF est certes très dégradé.

Changement important en vue aussi en Normandie, qui pilotera en 2020 les trains Intercités actuellement gérés par l’Etat. Son conseil régional est ainsi le premier à accepter un tel accord : l’Etat promet d’investir 720 millions d’euros pour changer les trains de deux des cinq lignes Intercités normandes. La région, elle, devra éponger les déficits d’exploitation, estimés par la SNCF à 45 millions d’euros (« c’est plutôt 20 millions », estime la région). « Le contribuable normand va payer seul le déficit alors que les usagers sont aussi franciliens ou de la région Centre ! », dénonce Nicolas Mayer-­Rossignol, le leader de l’opposition, qui craint aussi la suppression de certaines liaisons. « Il y a des trains vides, le Caen-Tours par exemple, donc tout cela est à l’étude », admet Hervé Morin.

Enfin, concernant la formation professionnelle, les régions ont passé en mars dernier un accord avec l’Etat pour mettre en œuvre le plan de formation des 500 000 chômeurs décidé par le gouvernement. 17 des 18 régions ont signé : Laurent Wauquiez s’est singularisé en refusant de contracter à ce sujet avec le ministère de l’Emploi. Dans les Hauts-de-France, Xavier Bertrand veut aussi mettre le paquet sur l’apprentissage (voir notre article « Adieu, la solution miracle pour l’emploi »), tandis qu’en Paca, on va « instaurer une règle générale de taux de retour à l’emploi de 70 % pour les organismes de formation financés par la région », alors qu’actuellement la moyenne est de 48 %. Désormais, « en dessous de 70 %, une association n’aura plus de soutien », prévient Christian Estrosi.

Vie associative, culture, société : pas une priorité

L’alternance a surtout fait beaucoup de déçus dans le monde associatif, victime de sévères coupes budgétaires. Pourtant, « beaucoup d’associations ne veulent pas encore élever la voix. Elles restent prudentes pour ne pas se mettre en danger », explique Geneviève Domenach-Chich, responsable de la Cimade Ile-de-France.

Côté culture, les exécutifs de droite n’ont pas renversé la table partout, mais certains festivals ont perdu des subventions, comme le festival LGBT Cinepride à Nantes. D’autres, en revanche, tel le renommé Jazz à Vienne, qui se tient dans une ville tenue par un ami de Laurent Wauquiez, ont vu leur subvention augmenter. En ­Auvergne-Rhône-Alpes, « les critères de hausse ou de baisse sont flous, on aimerait plus de clarté », déclare pudiquement Vincent Bady, délégué de la Plateforme des acteurs du spectacle vivant de la région. « Il y a une volonté de casse sociale », ose Georges Sothier, président de CinéDuchère, un cinéma installé en plein cœur du quartier défavorisé de La Duchère, dans l’ouest lyonnais. « On a perdu 20 000 euros, et j’ai dû passer des heures au téléphone simplement pour obtenir l’information », poursuit-il, insistant sur les activités pédagogiques menées dans ce petit cinéma qui fonctionne ­essentiellement grâce aux bénévoles.

Enfin, le budget consacré à la santé a reculé de 50 % en 2016 par rapport au budget 2015 dans les Hauts-de-France, selon le Ceser. Pour Monique Ryo, vice-présidente, « la région a financé pendant plusieurs années l’installation de nombreux scanners et IRM pour combler le manque d’équipement des hôpitaux. Le manque est maintenant comblé ». En attendant, l’état de santé de la population des Hauts-de-France reste le plus dégradé de ­l’Hexagone.

L’environnement voit rouge

Mais c’est surtout en matière d’environnement que le changement est marquant. Les nouveaux élus en charge de l’agriculture sont quasiment partout des anciens des chambres ou de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (­FNSEA), qui promeuvent plutôt une ­agriculture productiviste. A l’inverse, les réseaux qui défendent l’agriculture biologique, les circuits courts et l’agriculture paysanne ont senti le changement. En Pays-de-la-Loire, la Confédération paysanne (syndicat concurrent de la ­FNSEA) a vu ses subventions baisser de 60 % : « on paie le fait d’être gouvernés par le sérail dominant », dénonce Mathieu ­Courgeau, coporte-parole du syndicat au niveau régional. « On est plus écoutés depuis que la droite est au pouvoir, admet Jean-Marc Lézé, président de la FRSEA Pays de la Loire, mais on défend tous les agriculteurs, conventionnels ou bio. ».

Les coupes budgétaires dont ont été victimes les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) en Paca ou Terre de Liens (qui travaille sur l’accès au foncier pour les nouveaux agriculteurs) en Ile-de-France confirment la tendance. Une orientation d’autant plus inquiétante que depuis 2014, les régions gèrent aussi en bonne partie le deuxième pilier de la PAC, la politique agricole commune, « un pilier un peu plus qualitatif que le premier, qui permet entre autres d’encourager le bio et une agriculture plus durable », regrette Mathieu Courgeau.

Sans surprise, l’environnement est maltraité lui aussi partout, mais notamment en ­Auvergne-Rhône-Alpes : Laurent Wauquiez a fait la part belle aux chasseurs et aux canons à neige (voir notre article « Auvergne-Rhône-Alpes : l’environnement, ça commence à bien faire ! »). Dans les Hauts-de-France, Xavier Bertrand a confié deux postes clés à des chasseurs (présidence de la commission Environnement et conseiller délégué à la biodiversité), et a déclaré que sa région ne mettrait « pas un euro d’argent public » dans un projet d’éoliennes, martelant : « Les ­éoliennes, basta ! »

En Normandie, la région a refusé de renouveler une subvention de 100 000 euros au réseau Grandde, qui conseille les entreprises souhaitant mieux préserver l’environnement. « Dix années de travail partent en fumée. Comme la région attribue aussi les aides européennes, on perd les deux tiers de notre budget : nos cinq salariés seront licenciés au 31 décembre », se désole son président, Jean-Michel Thouvignon. « Nous n’attribuons plus de subventions de fonctionnement aux associations, rétorque Hervé Morin. Il y aura désormais un financement par projet, avec des objectifs chiffrés. Je veux instaurer une culture du résultat ! » Un résumé de la philosophie des nouveaux élus.

(Enquête réalisée avec Marie Beigelman, Marc Chevallier, Franck Seuret, Romain Renier et Jean Saint-Marc.)

Source Altereco : 17/11/2016
Voir aussi : Actualité France, Rubrique Economie, rubrique Politique, Politique économique, rubrique Société,

iTélé : fin d’une grève historique, plus de 30 personnes sur le départ

La plus longue grève de l’audiovisuel depuis 1968 s’est achevée mercredi.

Les salariés d’iTélé ont voté mercredi la fin de leur grève historique de 31 jours, sans obtenir de concessions majeures de la part de la direction du groupe Canal+. « Nous sommes restés unis, nous avons livré un bon combat pour l’honneur, mais le conflit s’arrête car nous manquons de troupes fraîches », reconnaît un des journalistes. « Nous avons rempli notre mission en trouvant un compromis, » se félicite quand même Antoine Genton, de la SDJ d’iTélé. « Nous sortons de ce conflit éreintés et meurtris, mais la tête haute », ont déclaré les grévistes dans un communiqué, après avoir mis fin au mouvement de grève le plus long de l’histoire de l’audiovisuel privé.

A l’issue de cette grève, au moins 30 personnes devraient quitter la chaîne info du groupe Vivendi. Ils le feront non pas en actionnant la clause de conscience, non sécurisée juridiquement, mais par le biais d’un accord collectif assurant un dédommagement minimum de 6 mois pour les plus récentes recrues. Les conditions financières ont été améliorées par la direction depuis le début de la grève. Chaque départ sera remplacé, dit Canal.

Après l’intervention des ministres de la Culture et du Travail, les grévistes ont notamment obtenu la nomination d’un directeur délégué à l’information. Mais il sera nommé par la direction sans que la rédaction ne se prononce et sera sous la responsabilité du patron de la chaîne Serge Nedjar, qui reste donc directeur de l’information alors que les journalistes demandaient que les deux directions soient dissociées.

Le comité d’éthique de la chaîne sera reconstitué d’ici la fin de l’année et une charte éthique sera rédigée d’ici à quatre mois, promet la direction. Mais c’est ce que prévoit déjà la nouvelle loi sur la liberté des médias d’ici au mois de juillet. Les journalistes pourront également refuser de travailler pour l’émission de Jean-Marc Morandini, dont l’arrivée a déclenché la grève, mais ils n’ont pas obtenu le départ de l’animateur controversé, mis en examen pour « corruption de mineur aggravée ».

A l’occasion d’un déjeuner avec l’Association des journalistes média (AJM), Maxime Saada, le DG de Canal, a expliqué qu’iTélé perdait de l’argent depuis sa fondation, « même en 2011 et 2012 si on enlève une subvention intragroupe de Canal d’environ 10 millions d’euros », a-t-il assuré. Il a noté que, « paradoxalement », la grève aurait un coût limité pour le groupe puisque la chaîne est en perte. Canal n’a pas encore de business plan pour le retour à l’équilibre d’iTélé, qui a un budget de 60 millions d’euros mais seulement 35 millions de revenus. L’idée est cependant de rester une chaîne d’infos brutes, pas de magazines. Le groupe veut que la chaîne se distingue de ses trois concurrentes en s’appuyant sur les forces de Canal (le sport, la culture, le cinéma…), a dit Maxime Saada. Il ne s’agit pas « de reprendre des images de Canal mais d’exploiter le savoir-faire journalistique du groupe dans ces domaines », a-t-il ajouté.

Nicolas Madelaine
Les Echos 16/11/2016