Et si on liquidait les partis politiques ?

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Photo : Cyrille Choupas

Au cœur de la vie démocratique française depuis un siècle, les partis politiques n’ont jamais été aussi décriés. Et si leur disparition pure et simple était le préalable au renouvellement des fondements de la démocratie ?

0,57 %. Le chiffre, bien connu, produit toujours son effet. Les effectifs des partis politiques ne représentent plus, en France, que 0,57 % des votants. L’abstention bat des records, le militantisme ne fait plus rêver, et jamais le niveau de défiance envers les politiques n’avait atteint un tel degré. « Les partis politiques, PS en tête, sont devenus des partis d’élus ou d’apprentis élus. Ils n’encadrent plus les catégories populaires, constate Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à la Sorbonne.

0,1 % des parlementaires sont issus de la classe ouvrière

« La nouveauté, aujourd’hui, c’est Alain Juppé », pointe quant à lui avec sarcasme Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie-Les Verts (EELV). « Les partis politiques sont condamnés à mourir, poursuit-il. Il y a bien trop de conflits d’intérêts et trop peu de renouvellement. Regardez, nous avons un gouvernement qui pourrait dater de 1993, avec Michel Sapin à l’Économie et Ségolène Royal à l’Environnement… »

« Soif de politique »

Historiquement, les partis politiques se veulent une courroie de transmission entre la société civile et les institutions, un lieu de politisation et de formation intellectuelle, de réflexion sur un projet commun. Mais la professionnalisation de la politique et l’institutionnalisation de ces institutions les empêchent de tenir leurs promesses. « La politique est devenue un métier, réservé à des acteurs issus des catégories supérieures de la population : 0,1 % des parlementaires sont issus de la classe ouvrière et guère plus ont déjà été employés. Pourtant, ces deux catégories constituent la majorité des Français », rappelle Loïc Blondiaux. Sur le plan débat d’idées, le paysage est tout aussi aride. La formation intellectuelle ne fait plus partie du panorama et les militants ne participent qu’à la marge à la constitution de programmes fragilisés par l’apparition de primaires ouvertes à tous. « La dernière prérogative des partis reste la désignation des candidats aux élections, estime Loïc Blondiaux. Finalement, on peut se demander à quoi servent les militants. Leur rôle est réduit à la portion congrue, un collage d’affiches de temps en temps. »

Il y a autant de lignes que d’individus, et de leur côté les citoyens bricolent leurs convictions en piochant ici et là

 

Si la « forme parti » semble à ce point obsolète, c’est aussi parce que les lignes idéologiques sont de moins en moins lisibles. Le souverainisme a désormais sa déclinaison de droite comme de gauche. Et même au sein d’un parti plutôt homogène sur les questions familiales comme Europe Écologie-Les Verts, José Bové s’oppose à la PMA au nom de son rejet de toute forme de manipulation du vivant… Il y a autant de lignes que d’individus, et de leur côté les citoyens bricolent leurs convictions en piochant ici et là.

Si les partis sont moribonds, la « soif de politique » des citoyens, elle, n’est toujours pas assouvie – en témoigne l’élan populaire du mouvement Nuit Debout. « À la grande surprise de ceux qui nous disaient doctement que l’individualisme avait définitivement triomphé, les sociétés manifestent aujourd’hui, sous le coup de la paupérisation, des inégalités et de l’émergence de nouveaux publics, un degré de politisation épatant », observe Albert Ogien, coauteur du livre Le Principe démocratie, enquête sur les nouvelles formes du politique (La Découverte, 2014). Le sociologue considère que « deux voies » s’ouvrent désormais : « Le recours à l’autorité et le gel du débat public, comme en Turquie, en Russie ou au Japon, ou alors l’extension de la démocratie avec l’accroissement des capacités politiques des citoyens. C’est sur cette seconde voie que les partis-mouvements comme Syriza, Podemos ou le Mouvement 5 étoiles nous entraînent. »

La disparition des partis politiques est une antienne, un marronnier. En pleine Seconde Guerre mondiale, Simone Weil écrivait déjà, dans ses Écrits de Londres, une « Note sur la suppression générale des partis ». « Presque partout, l’opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituée à l’opération de la pensée, observait la philosophe. Il est douteux qu’on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques. » Plus récemment, c’était au tour de Daniel Cohn-Bendit de délivrer sa sentence, dans un livre-manifeste intitulé Pour supprimer les partis politiques ?! (Indigènes, 2013). Mais si les partis politiques gangrènent à ce point la démocratie, par quoi vaut-il mieux les remplacer ?

Scénario 1 / L’essor des partis-mouvements

Les Indignés, Occupy Wall Street, Nuit Debout… Caractérisée par l’occupation des places, une nouvelle forme d’action politique émerge depuis quelques années. Selon Albert Ogien, elle se caractérise par sept signes distinctifs : le rejet de l’encadrement des partis et des syndicats ; le refus de la conquête du pouvoir ; une organisation sans chef, sans programme et sans stratégie ; la formulation de mots d’ordre unanimistes (« Nous sommes les 99 % ») ; la non-violence comme mode d’action ; le respect de l’égalité entre les personnes ; et la récusation de toute hiérarchie entre opinions. « Quand les Tunisiens, les Égyptiens et les Syriens exigent de leurs dirigeants qu’ils “dégagent”, lorsque les Espagnols, les Grecs, les Burkinabés ou les Brésiliens leur signifient qu’ils ne les représentent pas, lorsque les “occupants” de New York ou de Londres dénoncent le pouvoir de la finance, ils expriment trois exigences : une démocratie qui se réalise à la hauteur de toutes les promesses qu’elle porte en termes de respect de la volonté du peuple, une action de l’État qui réponde aux besoins réels de la population, et un comportement décent et humble de la part des politiques. Ces rassemblements ont mis au jour le fait que la conquête et l’accaparement du pouvoir doivent cesser d’être au cœur de l’activité politique », explique Albert Ogien.

Manifestation d'Indignados à la Puerta del Sol à Madrid en 2011

Manifestation d’Indignados à la Puerta del Sol à Madrid en 2011

De ces mouvements, horizontaux et inclusifs, peuvent jaillir de nouvelles propositions politiques que le sociologue qualifie de « partis mouvementistes ». Ainsi en est-il de Podemos, qui tente de « convertir l’indignation en changement politique ». Podemos préfigure ce que pourrait être une nouvelle forme de parti politique, à la fois guidé par un leader charismatique – Pablo Iglesias – mais aussi adossé et porté par une base militante, participant aux décisions et s’exprimant au travers de « cercles » implantés dans les quartiers. « Si nous ne voulons pas retomber dans la cartellisation des partis politiques, nous avons besoin d’un vaccin, d’une dimension extérieure au parti, de démocratie directe. Et ce vaccin, ce sont les cercles », explique Juan Carlos Monedero, éminence grise du jeune parti espagnol. Pour la sociologue Héloïse Nez, auteure de Podemos, de l’indignation aux élections (Les Petits Matins, 2015), le succès de cette formation s’explique aussi par une stratégie mûrement réfléchie : exit les références au prolétariat ou à la classe ouvrière. Mieux vaut affirmer la possibilité d’une alternative face à l’austérité et construire la figure d’un leader charismatique par une utilisation stratégique de la télévision, des sondages et des réseaux sociaux. Aux dernières élections générales, en juin 2016, Podemos a ainsi rassemblé 20 % des suffrages, deux ans seulement après sa création. Pourtant, l’exercice du pouvoir s’avère bien délicat pour les premiers partis-mouvements arrivant aux plus hautes responsabilités.

En Grèce, le parti de gauche Syriza a perdu son âme le jour où son leader, Alexis Tsipras, a accepté la règle européenne. Mêmes difficultés pour le Mouvement 5 étoiles italien. Après s’être fait remarquer pour sa proximité à Bruxelles avec l’extrême droite britannique, le mouvement écolo-populiste a conquis la mairie de Rome en juin 2016. Mais les « cent premiers jours » de Virginia Raggi, la maire, ont tout d’une mauvaise blague. Propos homophobes, promotion canapé, salaires indécents… Ses proches collaborateurs ont tué dans l’œuf l’espoir que les Romains avaient placé dans cet étrange parti. Deux exemples qui font douter de la capacité des mouvements populaires – populistes – à s’affirmer à l’avenir comme des alternatives crédibles aux partis politiques classiques.

Scénario 2 / L’avènement de la démocratie liquide

Né lui aussi en Espagne, en janvier 2013, le Parti X affiche clairement son opposition à Podemos, « l’ennemi numéro 1 ». Également fondé dans le sillage des occupations de places en Espagne, ce parti entend refuser toute personnalisation de la politique. Il s’agit de se focaliser sur une méthode davantage que sur un programme. « La question que nous nous posons est la suivante : comment améliorer la démocratie grâce à Internet ? explique sa fondatrice, Simona Levi. Un parti politique ne doit pas absorber les idées de la société civile, comme le fait par exemple Podemos, mais faciliter l’action de la société civile. » Concertations, débats en ligne, recours aux nouvelles technologies… Tels sont les axes de travail du Parti X.

« Nous croyons profondément à une démocratie de réseaux, une démocratie liquide où tu ne signes pas un chèque en blanc tous les cinq ans à tes élus »

 

L’émergence de nouveaux outils numériques à usage politique – les fameuses Civic Tech – peut-elle permettre de changer les règles de la vie démocratique ? C’est la conviction du Partido de la Red (« parti du réseau »). Cette formation argentine propose d’élire dans les institutions des représentants « porte-voix ». De simples « chevaux de Troie » qui ne feraient qu’appliquer les orientations des citoyens par le truchement de débats et de votes en ligne. Le Partido de la Red a notamment créé un outil, baptisé DemocracyOS, aujourd’hui traduit dans des dizaines de langues. Caroline Corbal et Virgile Deville, de DemocracyOS, font la promotion de cette solution en France : « Nous ne pensons pas que les partis traditionnels peuvent évoluer et devenir plus participatifs, expliquent-ils. Notre génération est dégoûtée de la politique, on ne croit ni aux partis, ni aux hommes politiques. En revanche, nous croyons profondément à une démocratie de réseaux, une démocratie liquide où tu ne signes pas un chèque en blanc tous les cinq ans à tes élus. » La notion de démocratie liquide se situe à mi-chemin entre la démocratie directe et la démocratie participative. Les citoyens peuvent voter sur tous les sujets ou déléguer leur voix à un représentant. Aux élus, ensuite, d’appliquer les « consignes ». Un chemin emprunté en France par le mouvement Ma Voix. Cette fois, il s’agit de faire élire des citoyens volontaires, formés et tirés au sort, qui voteront durant leur mandat comme les électeurs le décideront.

« Des organisations et des communautés participant à la prise de décision prendront la suite des partis politiques. Une sorte de politique en open source, une gouvernance plus distribuée »

 

De telles initiatives, exploitant le potentiel des Civic Tech, ne manquent pas. Revolución Democrática au Chili, Wikipolítica au Mexique, g0v (« gov-zéro ») à Taïwan… ou encore le Parti pirate au niveau européen. En Californie, les membres de Democracy Earth œuvrent quant à eux au perfectionnement des outils de gouvernance numérique, en exploitant les possibilités offertes par la blockchain, cette technologie permettant la diffusion et la circulation d’informations, de manière sécurisée et transparente, sans base de données centralisée. « De tous temps, les partis politiques ont dû évoluer, rappelle Mair Williams, de Democracy Earth. Des organisations et des communautés participant à la prise de décision prendront leur suite. Une sorte de politique en open source, une gouvernance plus distribuée. » Une question centrale reste en suspens, celle de l’adhésion populaire aux Civic Tech. « Le potentiel est incroyable, souligne Loïc Blondiaux, mais pour le moment ces technologies sont utilisées seulement par quelques dizaines de milliers de personnes. La vraie déflagration se produira quand des millions de personnes emploieront ces outils. »

Scénario 3 / Après l’État-providence, l’État-plateforme

En poussant le curseur encore davantage, on peut imaginer la suppression pure et simple des partis politiques. Et briser ainsi la loi d’airain de l’oligarchie, qui pose que « tout gouvernement ne saurait être autre chose que l’organisation d’une minorité », selon les termes du sociologue Robert Michels. Dans une étude intitulée  « Le modèle Loch Ness » (2014), la Banque mondiale a esquissé quatre étapes jalonnant la conversion des États et des gouvernements au numérique. L’étape ultime, après la transparence, la participation puis la collaboration, serait celle de « l’État-plateforme ». Dans cette optique, « le citoyen est au cœur du système et coproduit le gouvernement, il prend les décisions avec lui », précise Virgile Deville. L’intermédiation des partis politiques devient alors caduque. Une refonte de la démocratie représentative dans une version beaucoup plus participative. « On ne peut voir les partis politiques disparaître sans changer radicalement de système. Démocratie représentative et partis politiques sont consubstantiels », tient à rappeler Loïc Blondiaux.

« La politique, c’est par définition le domaine de l’antagonisme, du conflit »

 

Dans un rapport intitulé « Le futur du gouvernement », le forum économique de Davos réfléchit à l’avenir des démocraties occidentales à l’horizon 2050. Un scénario évoque l’émergence de « cités-États » où « le pragmatisme l’emporte sur l’idéologie ». Le citoyen serait profondément impliqué dans la gouvernance de la cité et seule compterait la bonne gestion et le projet collectif. Cette hypothèse n’est pas sans rappeler des mouvements comme En Comú Podem en Catalogne, ou les listes de « convergences citoyennes » qui sont parvenues à conquérir des villes comme Madrid, Barcelone ou Saragosse.

Faut-il pour autant se résoudre à une vie politique sans débats d’idées, où la démocratie reposerait sur la prétendue sagesse des foules ? La philosophe belge Chantal Mouffe, proche de Podemos, n’y croit pas. « La politique, c’est par définition le domaine de l’antagonisme, du conflit, confiait-elle en avril 2016 à Libération. La politique consiste à établir une frontière entre un “nous” et un “eux”, et tout ordre politique est fondé sur une certaine forme d’exclusion. » Proposer de nouveaux horizons politiques, voilà la solution envisagée par la philosophe pour sortir de ce qu’elle nomme la « post-démocratie », à savoir l’effacement factice du clivage entre droite et gauche. Bref, un retour à la bonne vieille politique.

Fabien Benoît

Source : Usbek & Rica 03/11/2016

Selon Houellebecq, “la France est très proche d’une sortie de l’Europe”

21372294344_c7a6bd5b9a_cLe Brexit a secoué la communauté européenne, voilà quelques mois, et c’est avec un aplomb prophétique que Michel Houellebecq, voyageant en Argentine, envisage que la France suive le même chemin. Parlera-t-on de Francie – sortie de la France de l’Europe? ? L’écrivain y croit fermement…

À l’occasion d’une rencontre qui se déroulait à Buenos Aires, Michel Houellebecq était interrogé par l’écrivain Gonzalo Garcès ce 10 novembre, rapporte l’agence EFE. Neuf années après son premier voyage en Argentine, ce grand retour du romancier français était manifestement très attendu. Au menu, trois journées de rencontres et d’échanges, pour parler de son œuvre littéraire, mais également de sa relation aux arts.

Le Brexit aurait dû donner des idées…

Comme toujours, Houellebecq n’était pas vraiment là où l’on pouvait l’attendre, et c’est plutôt une vision politique qu’il a livrée. « La France est très proche de quitter l’Europe […]. Les Français sont dans l’Europe contre leur volonté », a-t-il asséné. En juin dernier, le romancier bichait déjà de ce que l’Angleterre puisse donner, avec le Brexit, le grand signal de départ « pour le démantèlement. J’espère qu’ils ne me décevront pas. J’ai été contre l’idée européenne dès le début. Ce n’est pas démocratique, ce n’est rien de bon ».

Maintenant, il jubile, avec un peu de retenue : « Il est dommage que le Brexit n’ait pas fait abandonner l’idée d’une Union européenne définitivement. Je ne comprends pas pourquoi avoir tant de regrets. Je n’ai jamais constaté de points positifs dans le projet européen : tout est basé sur de faux fondements. […] L’Union européenne n’est qu’une idée de technocrates qui ne saisissent pas pleinement les spécificités de chacun pays ».

Cependant, peu de chances que l’on voit dans l’Hexagone surgir un personnage tel que Donald Trump, estime-t-il. Ce serait d’ailleurs « une erreur d’associer Trump à Marine Le Pen », indique-t-il. S’il a assisté à la présidentielle américaine en y voyant « quelque chose d’ennuyeux », c’est avant tout parce qu’il est fatigué « de voir le vide de ce spectacle » politique.

Marine Le Pen pourrait atteindre la présidence en France, mais probablement pas en 2017. « Bien qu’elle gagne toujours plus de voix, elle est encore loin d’avoir les voix nécessaires pour remporter une élection présidentielle. »

Depuis longtemps, Houellebecq clame de toute manière que l’Europe, et la France en priorité doivent se déconnecter des États-Unis. La Chine ou l’Inde représente des enjeux bien plus importants, et des partenaires plus considérables. Trump, avait-il dit, n’est qu’un affreux, mais c’est l’affreux problème des Américains, uniquement.

La France se meurt, mais moins que d’autres

Et de poursuivre : « La France est un pays en train de mourir [mais] se débat plus que les autres pays européens », tout en cherchant à revenir à ses origines. Or, contrairement à d’autres États comme l’Espagne, l’Italie ou l’Allemagne, « où les populations déclinent rapidement, ce n’est pas le cas en France : la démocratie est en croissance ».

Affirmant qu’il a conscience de ce que son travail entraîne des polémiques, partout où il passe, le prix Goncourt 2010 jure cependant ne pas rechercher ces controverses.

Et revenant sur Soumission, le roman sorti le jour des attentats perpétrés chez Charlie Hebdo, il précise qu’il n’y a aucune critique de la religion, mais de la politique. « Il n’y a aucun vrai musulman dans ce roman. Il y a des personnalités politiques qui ont des ambitions politiques et l’idée de se servir de l’islam pour accomplir leurs ambitions. Aucun fanatique. Aucun pratiquant : juste des politiques. »

Pour autant, les attaques d’islamistes radicaux se poursuivront, prophétise-t-il.

Lui-même ne s’intéresse à la politique que pour ce qu’elle représente de tactique, de stratégie, mais certainement pas pour son contenu, reconnaît-il. Avec une idée toutefois : « Le système politique suisse, de démocratie directe, je l’apprécie. C’est un pays qui fonctionne mieux que la France et où l’on tire le français vers le haut. »

 

  El Patagonico, Epoca

Source ActuaLitté 12/11/2016

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Petit pays. Le premier roman de Gaël Faye couronné par le jury du Goncourt des lycéens

Gael-Faye-Portrait« Petit pays », premier roman de Gaël Faye paru chez Grasset, couronné par le jury du 29ème Goncourt des lycéens.

9782246857334-001-X_0En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages… J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »

Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

Voir aussi Actualité France : Rubrique Livre, Littérature, rubrique Edition,

ZAL. Formes littéraires non identifiées

Expérimenter la pluridisciplinarité  photo Fred Trobrillant

Expérimenter la pluridisciplinarité photo Fred Trobrillant

Littérature
La sixième Zone d’Autonomie littéraire ZAL se tient ce samedi salle Pétrarque. Quand les auteurs donnent vie à des expériences scèniques.

Balayée la tragédie de l’auteur(e) qui sort fébrile de sa tanière pour affronter ses lecteurs. Celle des plateaux littéraires traditionnels où il doit jouer à l’écrivain en répondant aux questions de l’animateur qui se prend pour un érudit.

La ZAL envisage et expérimente les nouveaux champs du littéraire à l’aune des années 90. Avec des textes qui montent sur scène, accompagnés de création sonore, vidéo, plastique, théâtrale, dans des formats courts, entre 15 et 20 minutes qui s’amorcent vite et nous saisissent par leur intensité. De quoi donner des cauchemars à Modiano.

« La ZAL concourt à une désacralisation du personnage de l’écrivain. On s’émancipe de l’image du génie solitaire et élitiste en ouvrant le champ littéraire à tous les domaines du spectacle vivant », indique Renaud Vischi,  membre fondateur de la manifestation et partie prenante de la revue montpelliéraine Squeeze.

Le projet philanthropique de cette structure d’édition s’inscrit dans une redéfinition « des critères d’appréciation, des règles d’élaboration, des goûts et du jugement qualitatif sur la création littéraire. »

L’opération, qui vise au dépoussiérage, ne jette pas pour autant le bébé avec l’eau du bain. « Le support privilégié reste le livre et les relations intimes qui s’opèrent  entre l’auteur, le texte et le lecteur. On ne défend pas une école. On se voit comme une porte d’accès pour intervenir sur l’image de la littérature qui n’est pas séparée des influences contemporaines », précise Renaud Vischi. « L’écriture et la mise en scène sont deux compétences très différentes, on ne se situe pas dans l’analyse. La ZAL reste périphérique par rapport au champ littéraire, le défi est de trouver des point d’accès variés, de proposer des moyens pour servir le travail d’un auteur sur scène

L’accent sur la poésie

La programmation 2016 s’est construite autour du texte, une implantation sélective d’éditeurs, et un bar convivial.  Une place de choix est réservée à la poésie. 25% des invités sont de la région. La manifestation rayonne de plus en plus au niveau national.  L’an dernier, le rendez a accueilli 2 000 visiteurs curieux de découvrir les travaux d’auteurs mal représentés ou restés dans l’ombre.

Ce mariage de la littérature aux arts visuels et sonores est une fête, une occasion à saisir pour interagir avec les textes et leurs auteurs.

JMDH


Entrée libre salle Pétrarque ce samedi de 14h30 à 23h.

Source : La Marseillaise 19/11/2016

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Facebook annonce des mesures pour lutter contre la désinformation

Photo: Maurizio Pesce

Photo: Maurizio Pesce

Cela ressemble à une volte-face. Une semaine après avoir assuré que Facebook n’avait pas influencé l’élection américaine, Mark Zuckerberg a annoncé, vendredi 18 novembre, une série de mesures pour lutter contre la diffusion d’articles mensongers sur le réseau social. « Nous prenons la désinformation très au sérieux », assure le responsable, alors que la polémique n’est pas retombée dans la Silicon Valley. Mais « nous devons être prudents », poursuit-il, car « nous ne voulons pas être les arbitres de la vérité ».

Les mesures détaillées par M. Zuckerberg restent encore au stade de projets. Elles ne s’appliqueront donc pas immédiatement. La plus importante concerne l’affichage d’un message d’alerte accompagnant les articles ayant été signalés comme mensongers. Pour distinguer les fausses informations, Facebook comptera sur ses utilisateurs, avec des outils plus simples à utiliser, mais aussi sur des sources externes, spécialisées dans le « fact checking ». Autre piste: afficher des liens vers des médias reconnus sous les articles partagés.

M. Zuckerberg souhaite également s’attaquer à « l’économie des fausses informations ». Lundi 14 novembre, Facebook a suivi l’exemple de Google et annoncé que les faux sites d’actualités n’auront plus accès à sa plate-forme publicitaire, Facebook Audience Network. Le réseau social travaille désormais à mieux détecter les sites qui abusent le système publicitaire, qui pourraient alors être bannis de Facebook. « Une partie de la désinformation est le fruit de spam motivé financièrement », explique le dirigeant.

UN MILLION DE PARTAGES

De nombreux observateurs accusent Facebook d’avoir facilité la victoire de Donald Trump lors des élections du 8 novembre, en permettant à ses partisans de partager des articles mensongers. Plus d’un million de fois pour certains de ces liens, comme par exemple celui assurant, à tort, que le pape François soutenait le candidat républicain. Ce débat illustre l’importance prise par le réseau social: selon le Pew Research Center, près de la moitié des Américains s’informent désormais sur Facebook.

La société de Menlo Park, qui compte plus de 150 millions d’utilisateurs aux Etats-Unis, a d’abord choisi de nier le problème. “Il est dingue de croire que les fausses informations publiées sur Facebook ont pu influencer le résultat de l’élection”, affirmait jeudi dernier M. Zuckerberg. “99% de tout ce que les gens voient sur Facebook est authentique. Les articles mensongers ne représentent qu’une minorité”, avait-il ajouté deux jours plus tard. Ce chiffre reste cependant impossible à vérifier.

La position de M. Zuckerberg contraste avec celle de Sundar Pichai, le directeur général de Google. Interrogé mardi 15 novembre par la BBC, celui-ci avait reconnu que la prolifération de fausses informations avait pu jouer un rôle. Des voix discordantes se font aussi entendre au sein même de Facebook. Selon BuzzFeed, plusieurs dizaines d’employés se sont ainsi réunis, de manière informelle, pour évoquer ce sujet et les outils pouvant être mis en place pour lutter contre la désinformation.

MARGE DE MANOEUVRE ÉTROITE

Le problème n’est pas nouveau mais il semble avoir pris une nouvelle ampleur au cours de la dernière campagne américaine, alors que la défiance vis-à-vis des médias traditionnels n’a jamais été aussi importante. La semaine dernière, Buzzfeed racontait comment une partie de ces sites étaient gérés depuis une petite ville de Macédoine, avec pour seul objectif de générer des recettes publicitaires. “Jusqu’à 3.000 dollars par jour”, expliquait l’un des gérants.

Les sanctions publicitaires annoncées en début de semaine par Google et Facebook ne suffiront pas. D’abord, parce que les sites concernés disposent d’autres plates-formes pour monétiser leur audience. Ensuite, parce que leurs articles continueront d’apparaître dans les résultats de recherche sur Google et dans les fils d’actualités sur Facebook. D’autres mesures sont nécessaires, par exemple la mise en place d’algorithmes informatiques ou d’équipes dédiées à la traque des articles mensongers.

Un tel scénario ouvrirait cependant un autre débat, en donnant le droit à Google et Facebook de déterminer ce qui est vrai de ce qui ne l’est pas. « Nous croyons qu’il faut permettre à tout le monde de s’exprimer, ce qui siginifie laisser les gens partagent ce qu’ils souhaitent, tant que possible », ajoute par ailleurs M. Zuckerberg. Le fondateur de Facebook sait aussi que sa marge de manoeuvre est étroite. En mai, le réseau social avait été accusé par des responsables républicains de parti pris politique.

Jérome Marin

Le Monde Blog 19/11/2016

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