Maroc : même sans Zefzafi, le « Hirak » du Rif se poursuit

Crédit: Y. Toumi

Crédit: Y. Toumi

La situation reste tendue dans le Rif marocain. Malgré le vaste coup de filet des forces de sécurité marocaines ayant conduit à l’arrestation de plusieurs militants du mouvement de protestation dont Nasser Zefzafi, leader de la contestation, les manifestations ne se sont pas pour autant arrêtées. Au contraire, elles se sont propagées vers d’autres villes.

Lundi, près de 3000 manifestants ont marché dans les rues de la ville d’Al Hoceima, capitale de la contestation, pour réclamer la libération de Nasser Zefzafi et ses 30 codétenus, selon Telquel. Certains manifestants ont défilé avec des portraits de celui qui est devenu durant les trois derniers jours l’homme le plus recherché du royaume. Sur ces portraits étaient inscrits : « Nous sommes tous Zefzafi ».

Outre la libération de Zefzafi, les protestataires rifains ont maintenu leurs principales revendications socio-économiques et culturelles. Même son de cloche dans les villes rifaines de Nador, Atroukoute et Imzouren où des manifestations ont été organisées, toujours selon Telquel.

Les manifestations de soutien se sont propagées à d’autres villes marocaines. À Tanger, dans l’extrême nord du royaume, une imposante marche nocturne a été organisée, dimanche 28 mai, en soutien aux protestataires du Rif. Les manifestants, qui ont également dénoncé la politique du makhzen, ont été dispersés par la police.

L’escalade de vendredi dernier a fait réagir les responsables locaux de deux partis de la majorité,  le Parti de la justice et du développement (PJD, premier parti du Maroc dont est issu le Premier ministre) et l’Union socialiste des forces populaires (USFP). En effet, les sections locales de ces deux partis, ainsi que celle du parti nationaliste Al Istiqlal, ont demandé la libération des personnes arrêtées et la fin du-tout sécuritaire dans le Rif, selon Medias24.

Les bureaux locaux des trois formations politiques ont également critiqué le prêche du vendredi à l’origine de l’intervention de Nasser Zefzafi dans une mosquée d’Al Hoceima et les incidents qui ont éclaté par la suite, rapporte Yabiladi.

Pour ces partis, « la responsabilité » de la situation actuelle incombe à l’État marocain qui a œuvré à « la dépréciation du rôle des partis nationalistes et la prévarication de la vie politique dans la province ». Selon Yabiladi, les trois partis ont fait référence à la première position qu’occupe le Parti authenticité et modernité (PAM), une formation fondée par Fouad Ali El Himma, un ami très proche du roi Mohamed VI, dans la région du Rif.

Les sections locales des trois formations ont également critiqué le ministre marocain de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, dont l’action pourrait « mener la région et le pays vers l’inconnu ».

Nacereddine Benkharef

Source TSA 30/05/2017

 

MAROC : NASSER ZAFZAFI ARRETE, NUIT DEBOUT DANS PLUSIEURS VILLES MAROCAINES

Le leader du mouvement de protestation rifain, Nasser Zefzafi, a été arrêté ce lundi par la police marocaine, rapporte Telquel citant le ministère marocain de l’Intérieur. « Zefzafi a été arrêté », a annoncé quelque temps avant une source marocaine à l’AFP.

Vendredi, le procureur du roi avait émis un mandat d’arrêt à l’encontre de Zefzafi. Officiellement, le leader de la contestation populaire qui secoure le Rif depuis plus de six mois est accusé d’avoir interrompu un prêche dans une mosquée d’Al Hoceima. Mais son arrestation est surtout une confirmation du choix de la méthode forte pour mettre fin à la contestation populaire.

L’arrestation de Zefzafi intervient alors que des rassemblements nocturnes ont été organisés, dimanche 28 mai, dans plusieurs villes marocaines en solidarité avec le mouvement du Rif.  Selon Telquel, des sit-in ont eu lieu à Rabat, Casablanca, Tanger, Marrakech, Nador, Al Hoceima et M’diq.

À Casablanca, capitale économique et plus grande ville du royaume, une centaine de personnes se sont réunies à la place des Nations unies pour réclamer la libération des militants arrêtés à Al Hoceima, d’après le même média.

À Al Hoceima, épicentre de la protestation rifaine, les manifestants sont sortis pour la première fois sans le leader du mouvement, Nasser Zefzafi, pour demander la libération des personnes inculpées depuis vendredi dernier. Ils ont également assuré de maintenir leur mouvement tant que leurs revendications ne sont pas satisfaites.

La solidarité avec le mouvement de protestation rifain a dépassé les frontières du royaume. Hier dimanche, des dizaines de ressortissants marocains se sont rassemblés à Paris, à l’appel du « Comité de soutien au mouvement rifain Île de France », pour réclamer la libération de tous les détenus, selonYabiladi.

Avant Paris, c’était la capitale néerlandaise, La Haye, où des solidaires du mouvement rifain ont manifesté.

Depuis vendredi 26 mai, une situation de haute tension, marquée parfois par des heurts avec les forces de l’ordre, règne dans la région du Rif après l’arrestation de plusieurs activistes.

Nacereddine Benkharef

Source TSA 29/05/2017

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Méditerranée, Maroc,On line  Maroc : Rabat cherche à décapiter la rébellion du Rif, Rubrique Politique, société civile, rubrique Société, Mouvements sociaux,

 

Dans l’enfer de la modération Facebook : les règles secrètes ont été dévoilées

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Des serveurs opérés par Facebook

Le Guardian a mené une investigation au cœur de la machine à modérer du plus grand réseau social du monde, Facebook. Le quotidien britannique dévoile avec l’aide de Facebook des dizaines de règles auparavant secrètes appliquées par le géant, laissant apparaître les contours de la modération du réseau souvent décriée.

Si Facebook est un royaume, il est délimité par une frontière juridique, qui ne se fond ni dans la common law, ni dans nos système judiciaires. Loin de tous tribunaux, dominant la planète en y étendant son espace sans loi aux quatre coins du monde, Facebook représente un système juridique à lui-même.

Les sanctions comme les gratifications qui existent dans ce pays des likes n’ont rien de comparables à celles pratiquées dans nos tribunaux, et les individus ne sont pas tout à fait soumis aux mêmes règles, qu’ils viennent d’un pays à un autre. Dans cet espace juridique parallèle, le géant du réseau social a érigé ses propres tables des lois sans jamais les dévoiler.

Les décisions prises par les modérateurs et administrateurs du réseau sont évidemment régis sous la contrainte de la logique et de la règle, mais dans le système Facebook, seul le juge connaît la loi. Cette asymétrie permet au géant de se justifier de tout et de de botter en touche dès que sa responsabilité est mise en avant. Toutefois, cette somme de règles ne constitue pas en soit une réglementation qui viendrait se substituer à loi nationale, elle s’ajoute au contraire à celle-ci, comme un socle commun international des bons comportements exclusif au réseau.

Il y a donc deux milliards de personnes qui vivent dans cet espace juridique flou, tributaire des aléas d’une charte inconnue des utilisateurs, pour laquelle ils auraient légitimement un droit de regard.

C’est l’idée défendue par le Guardian, qui ce dimanche a dévoilé grâce à Facebook certaines lignes de conduite au cœur du système de modération du réseau qui a bien voulu éclaircir certaines de ses règles.

Des règles souvent tues pour leur caractère parfois dérangeant, parfois cynique et rarement justes. La première appréciation que nous pouvons avoir de ce corpus de règles laisse indubitablement penser que Facebook a créé une réglementation dont l’objectif premier est de se dégager de toute responsabilité dans le vrai monde.

Sous le feu des critiques européennes comme américaines, ces guidelines, ou cette charte secrète, dévoile un système surmené, croulant sous les plaintes et qui arbitre autant le revenge porn que le cannibalisme en dix secondes chrono.

Facebook a souhaité précisé à Numerama la réaction suivante, rédigée par Monika Bickert, à la tête des politiques de règlements internationaux de l’entreprise : « Notre priorité est de garantir la sécurité des personnes sur Facebook. Cela requiert beaucoup de réflexion autour de questions pointues et difficiles, et nous prenons très au sérieux le fait de le faire correctement. Mark Zuckerberg a récemment annoncé que nous allons ajouter 3 000 personnes à nos équipes de modération – qui s’ajoutent aux 4 500 personnes qui composent cette équipe aujourd’hui – pour examiner les millions de signalements que nous recevons chaque semaine, et pour améliorer le mode opératoire pour agir le plus rapidement possible.  »

L’entreprise considère par ailleurs que contrairement à ce qu’elle a pu laisser penser en gardant secrètes sa charte, elle n’a rien à cacher concernant sa politique de modération. Toutefois, la considérant propre à évoluer au fil des cas, le réseau préfère garder de la souplesse en taisant ses règles. Enfin, le groupe américain précise que cet ensemble de standards est soumis aux lois nationales du régulateur qui prévalent sur les règles communautaires.

Appels aux meurtres, suicides et violences

Parmi les centaines de documents édités par le réseau social qu’a pu consulter le quotidien anglais, on trouve de nombreuses références aux menaces de mort et aux menaces en général. L’un de cas les plus ambigus à modérer pour le réseau qui demande à ses modérateurs de distinguer la crédibilité d’une menace en fonction de son ton.

Ainsi, on apprend que menacer de mort Donald Trump est tout à fait censuré puisqu’il représente un État ; toutefois, expliquer comment tuer une femme ou insulter quelqu’un — aussi longtemps qu’il n’est pas d’intérêt public — et lui souhaiter de mourir est accepté. Facebook considère que ces dernières menaces ne poursuivent pas une intention franche de tuer. Dans les exemples de Facebook, on peut lire que « frapper un roux » et « allons tabasser les gros  » est aussi toléré, toutefois « Poignardons et devenons la cauchemar des sionistes  » ne l’est pas.

La crédibilité d’une menace se joue souvent sur le choix de la victime : Facebook aura tendance à prendre au sérieux les appels au meurtre concernant des minorités ethniques ou des personnalités publiques. Un utilisateur lambda n’aura, lui, pas le même égard.

Plus délicate encore, la question des vidéos de morts violentes partagées sur le réseau social est réglée avec pragmatisme par Facebook. En effet les modérateurs vont rendre sensible le contenu sans toutefois le supprimer, considérant qu’il sensibilise l’entourage de la personne à un malaise psychologique. Nous avions déjà pu découvrir cette règle qui a sauvé une jeune fille qui tentait de se suicider en direct sur Facebook.

Le réseau social compte par ailleurs aller plus loin sur cette question en laissant les publications, de manière officielle, de toute personne souhaitant se blesser en direct sur Facebook Live. L’entreprise explique « ne pas vouloir censurer ou punir des personnes en détresse. » Sans toutefois assurer que le réseau prendra ses dispositions pour aider, voire sauver la personne. En France, des interventions d’urgence sont assurées par SOS Amitié, partenaire de l’entreprise.

Certains actes de violence sont également acceptés : les photos d’agression physiques, de harcèlement, notamment des enfants, n’ont pas à être supprimées pour le réseau social… à moins qu’elles ne révèlent un comportement sadique. Une nuance que les modérateurs doivent trancher en quelques secondes, au risque de censurer un programme de sensibilisation aux violences ou de laisser passer du cyber-bullying.

Notons que les animaux peuvent être battus, attaqués et tués en direct. Facebook a décidé de n’avoir aucun regard sur les violences faites aux animaux, les modérateurs sont seulement appelés à assigner le drapeau contenu sensible lorsque les images sont extrêmement dérangeantes.

Pour l’entreprise, son laxisme est à même de créer, comme pour les suicides, une sensibilisation. Le réseau note aussi qu’il doit souvent juger ce qui est de l’ordre du message politique de sensibilisation et ce qui est un abus. Par exemple, certaines organisations de défense des animaux étant passées expertes dans la production et la diffusion d’images des horreurs vécues par les animaux dans les abattoirs, toute censure serait vue comme politique.

Sexualité revench-porn cannibalisme

La pudibonderie de Facebook est souvent dénoncée. Le réseau étant coutumier d’une censure systématique de la nudité, sous toutes ses formes, les lignes dédiées aux nudités méritent notre attention. On apprend par exemple que les « œuvres d’art  » réalisées à la main — ou au pinceau on imagine — montrant la nudité et/ou une activité sexuelle sont acceptées.

Le même motif, représenté grâce aux arts numériques, serait immédiatement censuré. Pour le réseau social, la technique de représentation permet de déminer l’intention présumée d’une œuvre : une peinture érotique aura tendance à être plus acceptable et attendue sur le réseau qu’un montage.

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L’épisode de censure de la célèbre photo vietnamienne a également poussé l’entreprise à nuancer son approche de la nudité qui est désormais acceptée dans le cadre de la dénonciation de la guerre et de l’Holocauste.

Pour la nudité, il faut donc que soit associé des éléments de contextes déterminants précisés par l’entreprise : une extrême maigreur, des soldats de la seconde guerre, des uniformes de camps de la mort, ou des images prises dans les camps.

Pour juger le revenge porn, l’entreprise a établi une liste des éléments qui aideront le modérateur à comprendre la nature du contenu et du consentement de l’éventuelle victime. Premièrement, il faut que l’image soit produite dans l’intimité, qu’une personne soit nue, presque nue ou sexuellement active et enfin que son consentement puisse être mis en doute grâce à un commentaire revanchard ou cruel sur les contenus — ou qu’un média ait couvert l’affaire.

L’intérêt de Facebook pour le revenge porn souligne l’incroyable diversité des cas à juger par les modérateurs du réseau. Ces derniers, surmenés par des milliers de cas quotidiens, doivent arbitrer l’inhumain et l’ignoble toutes les heures, à un rythme effréné. Lorsqu’il va du cannibalisme, plus difficile à juger que vous ne le croyez, dix secondes ne suffisent rarement pas à définir le contenu vu.

Mais dans ce cas de figure, la censure est-elle plus facile que le laisser-faire ? Les rapports de force qui s’établissent alors appartiennent aux quelques minutes que passera le modérateur sur un signalement.

On apprend enfin, en parlant de rapport de force, que chaque utilisateur disposant de plus de 100 000 followers va disposer d’un statut étrange de personne publique qui peut tout à fait jouer en sa défaveur puisque Facebook se montera plus tendre avec leurs agresseurs. Leur figure publique est considérée comme plus naturellement attaquable par des individus sans intention.

Le réseau, dans les documents révélés, ne cache pas ses analyses psychologiques qui fondent une partie des décisions prises. Un document explique ainsi que Facebook reconnait que « les personnes utilisent un langage plus violent en ligne pour exprimer une frustration, et qu’ils se sentent en sécurité sur le site pour s’exprimer de cette manièreLes utilisateurs pensent qu’ils peuvent menacer quelqu’un sans conséquence, ils sont indifférents envers les personnes qu’ils menacent à cause du manque d’empathie créé par une communication entre écrans interposés.  »

L’air de rien, les modérateurs du réseau social admettent arbitrer l’un des pires endroits sur Terre où les plus pitoyables vicissitudes deviennent des publications, des menaces, des photos scandaleuses à gérer chaque minute… dans une urgence délétère.

Source Tech

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Après avoir terrassé le numéro 1 mondial du jeu de go, AlphaGo prend sa retraite

CHINA-SCIENCE-GAME-GO-COMPUTERSLe programme d’intelligence artificielle développé par Google DeepMind a écrasé le Chinois Ke Jie 3-0. Après cet ultime exploit, l’entreprise a annoncé qu’AlphaGo ne jouerait plus en compétition.

C’est une victoire écrasante. Un peu plus d’un an après avoir battu au jeu de go, un jeu de stratégie asiatique, le Sud-Coréen Lee Sedol, un joueur légendaire, le programme d’intelligence artificielle AlphaGo a définitivement vaincu le numéro 1 mondial, le Chinois de 19 ans Ke Jie, samedi 27 mai à l’issu d’une rencontre en trois parties.

Le programme, développé par DeepMind, une entreprise britannique appartenant à Google, a battu le jeune prodige 3-0, contre 4-1 face à Lee Sedol. Cette fois, plus de doute : aucun humain ne peut aujourd’hui rivaliser face à AlphaGo. Une performance informatique que les experts en intelligence artificielle (IA) n’attendaient pas avant dix ou vingt ans.

« Ke Jie essayait de le battre à son propre jeu », a commenté Demis Hassabis, le fondateur de DeepMind, à l’issue de la troisième partie. Ke Jie a en effet repris à son compte certains coups signés AlphaGo – des séquences inconoclastes, qui n’étaient auparavant pas jouées dans les compétitions de haut niveau. Les trois parties ont été jouées ces deniers jours lors du Future of Go Summit qui se tenait cette semaine en Chine.

« Merci Ke Jie pour cette rencontre incroyable et enthousiasmante, c’est un grand honneur de jouer avec un véritable génie », a salué Demis Hassabis sur Twitter.

Après le go, d’autres ambitions

Après cet ultime exploit, DeepMind a annoncé qu’AlphaGo allait désormais prendre sa retraite. « Les parties palpitantes de cette semaine face aux meilleurs joueurs du monde, dans le pays où le go est né, ont marqué l’apogée d’AlphaGo comme compétiteur. C’est pourquoi le Future of Go Summit est la dernière compétition d’AlphaGo », écrit DeepMind sur son site.

L’équipe de chercheurs ayant développé cette technologie va désormais se consacrer à de nouveaux programmes d’IA « qui pourraient un jour aider les scientifiques à avancer sur les problèmes les plus complexes, comme trouver de nouveaux remèdes aux maladies, réduire de façon drastique la consommation énergétique ou inventer des matériaux révolutionnaires ». DeepMind s’implique déjà dans le domaine de la santé, notamment dans le cadre d’un partenariat controversé avec le système de santé britannique (NHS).

Mais DeepMind ne rompt pas pour autant ses liens avec le monde du go. L’entreprise compte notamment développer un outil d’apprentissage, dans lequel AlphaGo analysera des positions – un outil qui sera développé en collaboration avec Ke Jie et qui « donnera à tous les joueurs et les fans l’opportunité de voir le jeu du point de vue d’AlphaGo », explique DeepMind.

L’entreprise a aussi commencé à publier les données de 50 parties jouées par AlphaGo contre lui-même. Des informations précieuses pour les joueurs, qui espèrent pouvoir comprendre sa stratégie et s’en servir pour améliorer leurs propres performances. Depuis sa première partie publique contre Lee Sedol, AlphaGo effectue des coups qui surprennent la communauté des joueurs de go. Certains de ses choix ont même été considérés comme très mauvais… Mais l’ont quand même mené à la victoire, sans que l’on sache expliquer pourquoi. Depuis, des joueurs de haut niveau s’essayent régulièrement à certains coups inspirés d’AlphaGo.

La fin d’un épisode historique de l’IA

DeepMind compte aussi publier dans l’année un nouvel article de recherche, après celui qu’il avait publié dans la prestigieuse revue Nature en janvier 2016 annonçant l’existence de ce programme très performant. Ce nouvel article détaillera les améliorations apportées depuis à AlphaGo. « Comme avec notre premier article sur AlphaGo, nous espérons que d’autres développeurs vont s’en servir (…) pour bâtir leurs propres programmes de go ».

La plupart des chercheurs en intelligence artificielle spécialisés dans le go ont regardé ce premier article de très près, et l’ont décortiqué pour s’inspirer des technologies utilisées par AlphaGo, notamment le « deep learning », une méthode d’apprentissage automatique. Fine Arts, développé en Chine, et Deep Zen Go, développé au Japon, ont ainsi considérablement progressé ces derniers mois, au point de talonner AlphaGo pour le premier.

Toutefois, DeepMind n’a pas annoncé qu’il allait rendre AlphaGo « open source », c’est-à-dire rendre son code source accessible à tous – ce qu’annonce parfois faire Google dans le champ de l’IA. Ce qui aurait grandement facilité la tâche aux autres chercheurs travaillant sur le go, et les jeux en général.

En mettant AlphaGo à la retraite, DeepMind clôt une fois pour toutes cet épisode historique de l’intelligence artificielle, à la hauteur de celui ayant vu le programme Deep Blue d’IBM l’emporter contre le champion Garry Kasparov aux échecs en 1997. Malgré les efforts des concepteurs de Deep Zen Go et Fine Arts, ceux-ci ne devraient donc jamais avoir l’occasion d’affronter AlphaGo. Ni de ternir son éclatant succès.

Morgane Tual

Source Le Monde : 27.05.2017

Christophe Guilluy : « La posture anti-fasciste de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social »

d2413La qualification pour le second tour d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen a mis en exergue la défiance de plus en plus forte des Français vis-à-vis de la politique et des partis traditionnels. Pour éviter l’arrivée au pouvoir de partis populistes, les élites politiques, intellectuelles et médiatiques seraient bien inspirées de se reconnecter avec les classes populaires.

 

Le premier tour de l’élection Présidentielle a permis à Emmanuel Macron et à Marine Le Pen d’être qualifiés pour le second tour. Sur le temps long, comment juger un tel bouleversement politique ? En quoi la qualification promise de Marine Le Pen dans les sondages a-t-elle pu participer à l’émergence du mouvement en Marche ! ?

Ce qui est intéressant, c’est que les deux candidats sont ceux qui se positionnent en dehors du clivage gauche-droite. Ceux qui ont été identifiés à droite et à gauche, issus des primaires, ne sont pas au second tour. La structure n’est plus le clivage gauche / droite. Le clivage qui émerge est lié complètement au temps long, c’est-à-dire à l’adaptation de l’économie française à l’économie monde. Dès 1992, avec Maastricht, ce clivage était apparu, avec la contestation d’un modèle mondialisé. Si on veut remonter plus loin, les causes sont à chercher dans le virage libéral, qui est le basculement des sociétés occidentales dans le néolibéralisme.

C’est une logique ou les sociétés vont se désindustrialiser au profit de la Chine ou de l’Inde par exemple. Cela est aussi vrai avec Donald Trump ou le Brexit, qui nait de la financiarisation de l’économie américaine sous Clinton et du thatchérisme.

Ce sont des dynamiques de temps long qui vont avoir un impact d’abord sur les catégories qui sont concernées par ce grand plan social de l’histoire : celui des classes moyennes. Tout cela se fait au rythme de la sortie de la classe moyenne. Logiquement, ce sont d’abord les ouvriers, qui subissent ce processus de désaffiliation politique et culturelle, qui sont les premiers à grossir le nombre des abstentionnistes et à rejoindre les mouvements populistes. Puis, ce sont les employés, les agriculteurs, qui suivent ce mouvement. La désaffiliation aux appartenances s’accentue. Les ouvriers qui votaient à gauche se retrouvent dans l’abstention ou dans le vote Front national, c’est également le cas aujourd’hui du monde rural qui votait à droite.

Ce que l’on constate, c’est que l’effet majeur de la disparition des classes moyennes est de mettre hors-jeu les partis traditionnels. Parce que le Parti socialiste ou Les Républicains ont été conçus pour et par la classe moyenne. Or, ces partis continuent de s’adresser à une classe moyenne qui n’existe plus, qui est mythique. Il ne reste plus que les retraités, cela a d’ailleurs été le problème de François Fillon, qui a perdu par son incapacité à capter le vote de la France périphérique, ces gens qui sont au front de la mondialisation. Il ne capte que ceux qui sont protégés de la mondialisation ; les retraités. C’est le même constat à gauche, dont le socle électoral reste la fonction publique, qui est aussi plus ou moins protégée de la mondialisation. Nous parlons d’électorats qui se réduisent d’année en année, ce n’est donc pas un hasard que les partis qui s’adressent à eux ne parviennent plus à franchir le premier tour.

C’est aussi ce qui passe en Europe, ou aux États Unis. Les territoires populistes sont toujours les mêmes, l’Amérique périphérique, l’Europe périphérique. Ce sont toujours ces territoires où l’on créé le moins d’emplois qui produisent ces résultats : les petites villes, les villes moyennes désindustrialisées et les zones rurales

La difficulté est intellectuelle pour ce monde d’en haut ; les politiques, les journalistes, les universitaires etc… Il faut penser deux choses à la fois. Objectivement, nous avons une économie qui créée de la richesse, mais ce modèle fonctionne sur un marché de l’emploi très polarisé, et qui intègre de moins en moins et créé toujours plus d’inégalités sociales et territoriales C’est ce qui a fait exploser ce clivage droite gauche qui était parfait, aussi longtemps que 2 Français sur 3 faisaient partie de la classe moyenne. Si on n’intègre pas les gens économiquement, ils se désaffilient politiquement.

Dès lors, peut-on parler de système « réflexif » ? Entre un Front national qui a pu émerger dans les années 80, aussi bien sur la base du « surgissement » du chômage de masse que sur les questions migratoires, jusqu’à la présence de Jean Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, et l’émergence d’un mouvement cherchant à dépasser le clivage droite gauche au travers d’Emmanuel Macron ?

C’est son modèle inversé. Emmanuel Macron comme Marine Le Pen ont fait le constat que cela ne se jouait plus autour du clivage gauche / droite. Ils ont pris en compte la polarisation de l’économie, entre un haut et un bas, et sans classes moyennes. Dans ce sens-là, l’un est la réponse de l’autre.

Géographiquement, et sociologiquement, en quoi le mouvement En Marche ! se définit il en miroir du Front National ?

Géographiquement, c’est l’opposition entre la France des métropoles et la France périphérique qui structure le match Emmanuel Macron/ Marine Le Pen. On a déjà pu voir quelques cartes sur l’opposition est ouest, mais ce clivage est ancien, hérité, il ne dit rien des dynamiques en cours. Lorsque j’étais étudiant ces cartes est ouest existaient déjà, elles expriment l’héritage de l’industrie, et donc de la désindustrialisation. C’est là où il y a le plus de chômage, de pauvreté, d’ouvriers, et le plus de gens qui votent FN. Ce qui est intéressant, c’est de voir les dynamiques. C’est en zoomant à partir des territoires qui créent le plus d’emplois et ceux qui en créent le moins. Par exemple, en Bretagne, ou Marine Le Pen fait 6% à Rennes, et 20% dans les zones rurales. C’est toujours un distinguo entre les dynamiques économiques. Aujourd’hui les classes populaires ne vivent plus aux endroits où se créent les emplois et la richesse.

Le marché de l’immobilier s’est chargé, non pas dans une logique de complot, évidemment, mais dans une simple logique de marché, de chasser les catégories dont le marché de l’emploi n’avait pas besoin. Ces gens se trouvent déportés vers les territoires où il ne se passe rien. Or, les élites n’ont de cesse de parier sur la métropolisation, il est donc nécessaire que s’opère une révolution intellectuelle. Il serait peut-être temps de penser aux gens qui ne bénéficient pas de ces dynamiques, si on ne veut pas finir avec un parti populiste en 2022.

En perdant une partie de leurs bases, la gauche avec les ouvriers, la droite avec les agriculteurs, les partis de gouvernement semblent s’être détournés des classes populaires. Quelles sont les conditions permettant une « normalisation » de la situation, dont l’objectif serait de récréer des partis de masse ?

Tout le bas ne peut pas être représenté que par le Front national. Il faut que les partis aillent sur ces thématiques. Il y a toujours eu un haut et un bas, et des inégalités, la question est qu’il faut que le haut soit exemplaire pour le bas, et qu’il puisse se connecter avec le bas. Il faut que le « haut » intègre les problématiques du « bas » de façon sincère. C’est exactement ce qui s’était passé avec le parti communiste, qui était composé d’une base ouvrière, mais aussi avec des intellectuels, des gens qui parlaient « au nom de ». Aujourd’hui c’est la grande différence, il n’y a pas de haut qui est exemplaire pour le bas. La conséquence se lit dans le processus de désaffiliation et de défiance des milieux populaires dans la France périphérique mais aussi en banlieues.

Plus personne n’y croit et c’est cela l’immense problème de la classe politique, des journalistes etc. et plus généralement de la France d’en haut. Ces gens-là considèrent que le diagnostic des gens d’en bas n’est pas légitime. Ce qui est appelé « populisme ». Et cela est hyper fort dans les milieux académiques, et cela pèse énormément. On ne prend pas au sérieux ce que disent les gens. Et là, toute la machinerie se met en place. Parce que l’aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L’antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n’est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d’antifascistes, ça, ce n’est qu’un truc de la bourgeoisie. Dans la vie, les gens savent que tout est compliqué, et les gens sont en réalité d’une hyper subtilité et cherchent depuis des décennies à préserver leur capital social et culturel sans recourir à la violence. Le niveau de violence raciste en France reste très bas par rapport à la situation aux États Unis ou au Royaume Uni.

Cette posture antifasciste, à la fin, c’est un assèchement complet de la pensée. Plus personne ne pense la question sociale, la question des flux migratoires, la question de l’insécurité culturelle, celle du modèle économique et territorial. Mais le haut ne pourra se régénérer et survivre que s’il parvient à parler et à se connecter avec le bas. Ce que j’espère, c’est que ce clivage Macron Le Pen, plutôt que de se régler par la violence, se règle par la politique. Cela implique que les partis intègrent toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc… On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l’antifascisme.

Christophe Guilluy est géographe. Il est l’auteur, avec Christophe Noyé, de « L’Atlas des nouvelles fractures sociales en France » (Autrement, 2004) et d’un essai remarqué, « Fractures françaises » (Champs-Flammarion, 2013). Il a publié en 2014 « La France périphérique » aux éditions Flammarion.

Source Atlantico 27/04/2017

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Empire japonais : son univers impitoyable

 La princesse Mako quitte sa maison à Tokyo le 18 mai 2017 © STR / JIJI PRESS / AFP


La princesse Mako quitte sa maison à Tokyo le 18 mai 2017 © STR / JIJI PRESS / AFP

Le 16 mai 2017, la chaîne publique japonaise NHK a annoncé la prochaine union de la Princesse Mako, petite-fille de l’empereur du Japon avec un roturier. Ce mariage entraînerait l’éviction de la princesse de sa famille. Une nouvelle qui fait polémique au sein de la famille impériale vieille de 28 siècles. Et ramène sur le devant de la scène les questions de succession au pays du Soleil levant.

Inégalités devant la loi   
Ils ont tous les deux 25 ans et ont tous les deux fait leurs études à l’Université chrétienne internationale. Mais elle est la petite-fille de l’empereur du Japon et lui est un garçon «ordinaire».

Ainsi, après cette union prévue en 2018, la Princesse Mako devrait être exclue de sa famille, en vertu d’une loi controversée de 1947. A cette époque, la famille impériale comptait de moins en moins de membres et il devenait impossible pour eux de se marier uniquement entre eux. Il a donc été décidé de mettre dans la nouvelle Constitution un article pour que les hommes de la famille puissent épouser des roturières. Et ainsi perpétuer la lignée.

Le mariage du prince Akihito avec Michiko Shoda le 1er janvier 1958.

Le mariage du prince Akihito avec Michiko Shoda le 1er janvier 1958.

Akihito, l’empereur actuel et ses deux fils ont profité de cette loi: leurs épouses respectives font ainsi partie de la famille impériale. Pour une raison inconnue, cette loi ne s’étend pas aux femmes qui, si elles se marient à un roturier, sont évincées. La princesse Mako deviendrait alors tout simplement Mako et son potentiel fils ne pourrait succéder à l’empereur.

Une succession complexe
La succession du «trône de chrysanthème» n’en est que plus vacillante. En 2016, l’empereur Akihito avait demandé à abdiquer, car il s’inquiétait «de la difficulté à remplir [ses] fonctions en tant que symbole de l’Etat». Agé de 84 ans, il vient d’être autorisé à quitter son trône fin 2018. Une première en plus de deux siècles.

— RFI (@RFI) 20 mai 2017

Il aura trois successeurs potentiels: Naruhito et Fumihito, les deux fils de l’empereur puis Hisahito, son petit-fils, fils de Fumihito et frère de la fameuse princesse Mako. Mais si Hisahito n’a pas de fils, alors la lignée de vingt-huit siècles de descendance, la plus longue au monde, s’arrêterait.

Arbre généalogique de la famille impériale japonaise © AFP

Arbre généalogique de la famille impériale japonaise © AFP

Un pouvoir masculin
Cette lignée est désormais exclusivement masculine car la Constitution actuelle empêche le pouvoir impérial féminin.

Pourtant, jusqu’au 18ème siècle, huit femmes ont été impératrices (contre quand même 125 empereurs). Lorsqu’aucun héritier mâle ne pouvait être trouvé, l’Empire était confié à l’une des filles de l’empereur. L’impératrice devait alors être vierge ou veuve car si elle avait un mari, ce dernier lui aurait été supérieur. Ce que la loi interdisait.

Toujours dans la Constitution de 1947, un article impose un homme à la tête de l’Empire. Cette loi devait être modifiée au début des années 2000 car les deux fils de l’Empereur n’avait fait que des filles. Mais en 2006, Hisahito est né et la modification de la loi a été enterrée.

Avec l’Espagne, le Japon est la dernière monarchie d’un pays constitutionnel à privilégier un héritage du trône de père en fils.

Source Géopolis 22/05/2017

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