Hédi Sraïeb : « En Tunisie, islamo-libéraux et sociaux-libéraux occultent la question sociale »

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Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

À quelques jours du scrutin présidentiel, l’économiste tunisien Hédi Sraieb dépeint un paysage politique dominé par le consensus sur les options économiques. L’insécurité sociale, insiste-t-il, reste pourtant au premier rang des préoccupations.

Quels sont à votre avis les ressorts de la victoire de Nidaa Tounès aux élections législatives du 26 octobre ?

Hédi Sraïeb. Nidaa Tounès a progressivement construit sa légitimité après la cuisante défaite en 2011 des partis sécularistes, opposés à l’arrivée au pouvoir du parti islamiste. Devant l’émiettement des partis progressistes, le laxisme des nouvelles autorités face de la montée des mouvements salafistes mais aussi l’incapacité manifeste du gouvernement à conduire les affaires du pays, la toute jeune formation de Béji Caid Essebsi a su surfer sur la vague de mécontentement. Ce parti composite, à défaut d’innover, a su réveiller les idéaux du mouvement national d’indépendance, avec ses acquis ultérieurs : un Etat civil moderne, un code du statut personnel consacrant, pour les femmes, des droits sans équivalent dans le monde arabe. Il a su réunir sous sa bannière diverses sensibilités, de la gauche syndicale aux  figures de l’ancien régime. Les peurs réelles ou fantasmées du retour possible aux affaires des islamistes ont fait le reste. Mais Nidaa Tounès aura aussi bénéficié d’amitiés extérieures et de l’appui de réseaux de l’ancien régime.

La formation de Béji Caïd Essebsi n’obtient pourtant pas la majorité absolue. Sur quelles forces s’appuiera-t-elle pour gouverner ? Peut-elle être tentée par des compromis avec les islamistes ?

Hédi Sraïeb. L’hypothèse d’une cohabitation à la tunisienne avec le parti islamiste est une option. Cela ne constituerait d’ailleurs pas une surprise. Nous l’avons même écrit dans les colonnes de « L’Humanité » avant le scrutin. L’opinion aura vu les frères ennemis se rencontrer à plusieurs reprises même si chacun continue à diaboliser l’autre : retour de l’ancien régime d’un coté, épouvantail théocratique et menace sur les libertés de l’autre. Le scénario apparaît d’autant plus plausible que l’islamo-libéralisme d’Ennahdha n’est pas incompatible avec le social-libéralisme de Nidaa Tounès en matière de choix économiques. Une telle alliance heurterait toutefois les franges authentiquement démocratiques et progressistes de l’électorat et relèverait d’un pari risqué à 12 ou 18 mois d’élections locales et régionales. Un autre scénario est envisageable, il consisterait à reconduire, sous une forme renouvelée, un gouvernement technocratique et/ou dirigé par une personnalité indépendante sur fond de pacte national. Une sorte de neutralisation provisoire, un cessez le feu sur les questions majeures qui divisent. Les deux formations ont un intérêt fort à un retour à la normale et à une reprise de l’activité.

L’inscription d’Ennahdha dans le jeu démocratique lui a-t-elle fait perdre une partie de sa base électorale salafiste?

Hédi Sraïeb. La formation islamiste semble avoir tiré quelques enseignements de son absence de compétences et d’expérience. « Nous ne comprenons rien à l’économie », a même admis l’un de ses dignitaires. Plus sérieusement, la restauration brutale d’un régime militaire en Egypte  et la puissance du mouvement social et politique du Bardo qui a contraint les islamistes à la démission ont fini par infléchir la posture politique d’Ennahdha. Symptôme de cette prise de conscience, le majliss choura (parlement des islamistes) aura écarté les faucons et renouvelé ses cadres dirigeants comme ses têtes de liste aux élections. Cela témoigne d’un souci évident d’insertion dans la vie politique. Reste que la longue période de troubles et de terrorisme aux frontières laisse intactes des forces (salafistes, djihadistes) à la loyauté très variable. Des vases communicants entre toutes les sensibilités islamistes demeurent. Au-delà des discontinuités organisationnelles apparentes, il y a continuum subtil et élastique, celui d’un socle idéologique partagé. La religiosité reste un ciment fort !

Comment expliquer la sanction électorale infligée aux partis composant la troïka?

Hédi Sraïeb. La Troïka a fédéré contre elles toutes leurs peurs, mais aussi toutes les attentes déçues en l’absence de réponses pertinentes aux revendications portées par la révolution. Le parti Ettakatol, membre de l’Internationale socialiste, a vu gronder sa base sociale-démocrate traditionnelle qui a fini par le quitter. Il en va de même pour le CPR du président Marzouki. L’incapacité à tenir les  promesses de justice transitionnelle, dont la loi d’exclusion des responsables de l’ancien régime aura finalement  débouché sur un éclatement du parti.

La gauche progressiste s’effondre. Au delà du « vote utile » pour Nidaa Tounès, que manifeste ce lourd revers électoral ?

Hédi Sraïeb. En termes arithmétiques, cela ne fait aucun doute. Je serais plus nuancé en termes politiques. D’une part les idées de gauche sont loin d’avoir disparu du paysage idéologique, politique ou culturel. La gauche tunisienne dispose d’un capital de sympathie qui va au-delà des ses scores électoraux. Elle dispose encore d’importants ressorts. L’éclatante victoire à Sidi Bouzid de M’barka Brahmi, la veuve d’un dirigeant de gauche assassiné,  en témoigne. C’est une figure encore peu connue du grand public, un mélange détonnant de patriotisme, d’appui indéfectible aux revendications sociales, de piété contenue. Les revers de la gauche résultent, une nouvelle fois, de ses errements stratégiques, de l’émiettement de ses positionnements et de ses alliances. La gauche hérite aussi de vieux contentieux. Toutes choses qui empêchent un rapprochement plus rapide entre ses différentes composantes. Toutefois, il ne faudrait pas oublier le résultat du Front populaire qui assoit une présence importante, précisément dans les régions déshéritées. À y regarder de plus près, ce n’est pas un simple succès d’estime, mais une réelle performance qui affirme les potentialités d’une alternative.

Le Front populaire remporte en effet une quinzaine de députés. Mais est-ce suffisant pour peser sur le débat politique?

Hédi Sraïeb. Le Front populaire remporte tous ses sièges dans les régions de l’intérieur, théâtres de luttes sociales importantes et d’une véritable fronde contre la troïka. Trop longtemps exclues des débats politiques, ces régions ont enfin d’authentiques et sincères  représentants. Le Front Populaire a réussi en peu de temps à se défaire de cette étiquette d’extrémiste que l’on tentait de lui coller. Par ses prises de positions remarquées, par exemple dur la « dette odieuse », par une approche responsable, avec l’élaboration d’un budget alternatif, le Front Populaire a marqué des points dans l’opinion. Il dispose d’une solide assise sociale. Tout cela est certes encore fragile, mais augure d’une recomposition du paysage à gauche.

Posée par les franges les plus démunies de la société tunisienne, la question de l’insécurité sociale a tout de même été la grande absente du débat électoral entre partis. Pourquoi?

Hédi Sraïeb. Les questions de mode de vie, de démocratie formelle ont occulté les questions lancinantes du chômage massif des jeunes, de la précarité de la condition salariale. Sans doute parce qu’elles sont portées par des couches moyennes urbaines,  ces questions sociétales ont littéralement étouffé les enjeux d’un autre vivre ensemble, d’un autre modèle économique et social. L’insécurité sociale est à son comble, mais trop peu de responsables politiques portent cette question. Oubliés aussi, les enjeux éducatifs, l’ascenseur social en panne. Que dire des flagrantes inégalités et injustices, qui soit dit en passant n’ont qu’un lointain rapport avec la « prédation de la famille », a contrario de ce que répandent conservateurs et centristes à l’unisson !

À quelles conditions une alternative de justice économique et sociale peut-elle émerger en Tunisie ?

Hédi Sraïeb. La gauche est en pleine recomposition. Elle est seule porteuse de cet immense espoir qui a jailli avec la révolution, même si elle doit encore vaincre les préjugés culturels à son égard. Cette gauche dans sa diversité doit s’atteler à l’élaboration d’une plateforme commune de sortie d’un système en crise et non, comme l’envisagent les forces conservatrices (séculariste et islamiste), de sortie de la crise du système. C’est une différence de taille ! La gauche tunisienne doit aussi se montrer capable de rassembler les souverainistes et les progressistes qui s’opposent aux diktats des bailleurs de fonds internationaux, comme à ceux qui encouragent la poursuite des privatisations rampantes et la vente à la découpe de nos entreprises et services publics, au profit des multinationales. La recomposition du paysage politique, j’en suis convaincu, va se poursuivre dans les années à venir.

 Source : L’Humanité 7/11/2014

Voir aussi : Rubrique  Tunisie, Les espoirs du peuple tunisien toujours d’actualité, La faiblesse du président Marzouki, Les éditocrates repartent en guerre, rubrique PolitiqueMoyen Orient, Agiter le peuple avant de s’en servir, rubrique Rencontre, Nadia El Fani,

La « mauvaise passe » de la CGT s’annonce durable

Par Michel Noblecourt

Commentant la crise que traverse la CGT à propos du devis des travaux de l’appartement de fonction de Thierry Lepaon, Bernard Thibault a estimé, mercredi 5 novembre sur Europe 1, que la centrale traverse « une mauvaise passe« . Dans l’Humanité du 7 novembre, l’ancien secrétaire général de la CGT, aujourd’hui membre du conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail (OIT), revient sur cet « épisode« , comme l’écrit le quotidien communiste : « Je fais confiance, déclare-t-il, à tous ceux qui sont élus pour trouver les réponses adaptées à la situation. Nous devons conserver une CGT unie, avec toutes ses forces. Le pire serait de rajouter à cet environnement hostile aux salariés, au syndicalisme, une division ou des déchirures au sein de la CGT. Il faut trouver les modalités pour agir dans l’unité la plus large déjà au sein de la CGT« . L’utilisation du pluriel quand il parle de « ceux qui sont élus » sans citer le nom de son successeur fait dire aux opposants à Thierry Lepaon que « Thibault l’a lâché« .

Il faut dire que le comité confédéral national (CCN) qui a débattu les 4 et 5 novembre de « l’affaire Lepaon » s’est terminé dans la plus grande confusion, ce qui accrédite l’idée que cette « mauvaise passe » va être durable. La confédération a diffusé, au soir du 5 novembre, « une déclaration des organisations de la CGT dont les principes ont été votés à l’issue du CCN« . Ce texte dénonce « une campagne de dénigrement visant toute la CGT, à travers les attaques dont fait l’objet notre secrétaire général, auquel nous réaffirmons notre solidarité et notre confiance« . Le seul problème est que la réunion du parlement de la centrale s’est terminée dans le plus grand désordre et… qu’il n’y a eu aucun vote.

« Lepaon  a refusé toutes les propositions des fédérations et des unions départementales qui lui auraient offert une sortie de crise« , raconte un dirigeant. Il a rejeté l’idée que la lettre qu’il compte adresser à tous les adhérents de la CGT émane du CCN (alors que ce sont ses membres qui disposent des fichiers). Il a fait de même avec la demande de création d’une commission du parlement cégétiste qui aurait réalisé un audit des dépenses de la confédération depuis le début de son mandat pour en rendre compte à un CCN extraordinaire. Il a enfin rejeté la proposition d »élargir la commission financière de contrôle à des membres du CCN. Le texte diffusé par la confédération indique seulement que les différentes instances « vont travailler ensemble pour que cette situation ne se reproduise pas ».

« S’il avait accepté nos propositions, commente un frondeur, il aurait obtenu un vote à une large majorité ou à l’unanimité. Mais Thierry est incapable d’écouter et d’entendre une assemblée. Il s’est mis les trois quarts du CCN à dos« . « Je ne me l’explique pas, ajoute-t-il, si ce n’est qu’il a des choses à cacher. Cela ne fait que rajouter à la suspicion ». Durement critiqué par Thierry Lepaon, Eric Lafont, le trésorier confédéral, « commence à se lâcher« , selon une source. Selon une autre source, « il se raconte à Montreuil qu’ils étaient trois à avoir accès au coffre fort de la comptabilité où était rangé le fameux devis: Thierry Lepaon, Eric Lafont et Michel Doneddu« , l’ancien trésorier confédéral. Les mêmes rappellent que, lors du congrès de Toulouse, en mars 2013, Michel Doneddu militait pour être remplacé non par Eric Lafont mais par Philippe Lattaud, aujourd’hui membre du bureau confédéral. Autant dire qu’en interne les règlements de compte ne font que commencer…

Alors qu’une commission exécutive est prévue le 12 novembre, Thierry Lepaon doit recevoir dans les prochains jours chacun des dix membres du bureau confédéral pour, selon sa formule, « s’assurer de leur engagement et adhésion à l’esprit d’équipe« . Sont dans le collimateur les quatre « frondeurs » qui ont refusé de voter « la note interne » diffusée le 29 octobre en réplique aux informations du Canard enchaîné: Eric Aubin, Sophie Binet, Valérie Lesage et Mohammed Oussedik. Seront-ils sommés de se soumettre sous peine d’être démis? « Pour virer un membre du bureau confédéral, explique un dirigeant, il faut qu’il repasse par le CCN. Il en est de même pour les deux membres supplémentaires qu’il envisage de nommer« . Or la prochaine réunion du parlement cégétiste est programmée en février. En attendant, Thierry Lepaon sort encore plus affaibli par cet « épisode« .

Source : Blog Michel Noblecourt 07/11/2014

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Conflit de pouvoirs : Une lettre de l’avocat des parents de Rémi Fraisse

7775131476_nantes-les-manifestants-denoncent-la-mort-de-remi-fraisse-un-jeune-militant-ecologiste-retrouve-mort-sur-le-site-du-barrage-de-sivens-dans-le-tarn02 novembre 2014 |  Par arié alimi (Avocat des parents de Rémi)

Je ne connaissais pas Rémi Fraisse. Et je ne pensais pas en acceptant de défendre ses parents, en qualité de parties civiles, que j’aurai également à le défendre. Car depuis une semaine, depuis le moment où il s’est effondré, touché par une grenade lancée par un membre de la gendarmerie mobile, il ne se passe pas un moment sans que l’on fasse offense à sa personne et à sa mémoire.

Casseur, djihadiste vert, ecoloterroriste…. Le discours du gouvernement ou de certains syndicats agricoles s’est établi et n’a cessé de monter en puissance. D’abord pour tenter de nier l’existence même des origines de sa mort. Rappelons-nous que dans les premiers moments, on ne parlait que d’un corps découvert dans la foret. On apprendra plus tard que le parquet, la direction de la gendarmerie et le gouvernement savaient déjà ce qu’il s’était passé puisque les gendarmes avaient quelques instants après sa mort ramassé le corps de Rémi.

Alors pourquoi  pendant deux jours, ce silence assourdissant, pourquoi cette absence de réaction du parquet, du gouvernement, pourquoi le refus de dire cette vérité que l’on connait depuis le début ? Pourquoi le parquet a-t-il tenté de semer une confusion indécente sur les circonstances de sa mort en ne donnant que des bribes d’informations, en ne parlant lors de la première conférence de presse que d’une explosion, laissant croire à la possibilité d’un décès dû à un Cocktail Molotov, pourquoi avoir lancé de fausses pistes, comme celles du sac à dos disparu, volontairement récupéré par les manifestants, et qui aurait pu contenir des substances explosives ? Simplement pour discréditer un jeune homme pacifiste, militant de la fédération Nature Environnement, botaniste, qui n’a jamais fait usage de violence ou eu maille à partir avec les forces de l’ordre. Salir l’image d’un jeune homme mort qui militait pour l’environnement et pour les générations avenir ?

Y a-t-il attitude plus basse et plus veule ?

Pourquoi ne pas assumer ses responsabilités et dire : nous l’avons tué. Notre politique l’a tué. Nous n’avons pas voulu choisir la voie du dialogue, nous avons voulu montrer que nous sommes forts aux yeux des Français, et cela passe par des démonstrations de violences contre ces militants majoritairement pacifistes. Nous les avons harcelés, frappés, nous avons brulé leurs effets personnels, les avons délogés sans autorisations judiciaires, puis nous avons fait usage de Flash balls, de grenades fumigènes et de désencerclement. Et comme ils ne partaient toujours pas, nous avons fait lancer des grenades contenant des explosifs, en les jetant sans sommations, sans respecter les règles élémentaires d’usage de ces grenades, en l’air directement sur les manifestants, ou même dans des lieux clos, comme dans une caravane occupée. Nous les avons blessés, alors qu’ils tentaient simplement de sauver notre patrimoine naturel, eux qui ont cette conscience que nous n’avons plus, à force de vouloir produire et gagner toujours plus.

Je suis désolé de dire cela, je ne suis qu’avocat. Je ne devrais pas parler de ce qui me dépasse, de ce qui dépasse mon champ d’action, le droit. Mais c’est plus fort que moi. Je me dois aujourd’hui de défendre Rémi Fraisse, ou plutôt ce qu’il en reste. Un corps dans une morgue. Un corps au centre d’un conflit de pouvoir. De tous les pouvoirs, politiques, judiciaires, militaires, médicaux, médiatiques. Un corps autopsié, malmené, disséqué par la France entière qui se le déchire, comme Damien supplicié en place publique, objet de la toute-puissance de la souveraineté. Un corps auquel le pouvoir refuse de redonner un nom, une dignité. Un corps que le pouvoir refuse de rendre à ses parents qui à ce jour n’ont toujours pas pu voir leur enfant, auquel ils ont donné naissance, qu’ils ont vu faire ses premiers pas, dire ses premiers mots, crier ses premières révoltes, et qu’ils ne pensaient pas devoir inhumer, envers et contre toute logique générationnelle.

Ce n’est pas qu’un drame ou une tragédie qui s’est nouée autour de Rémi. Il est mort parce qu’il s’est retrouvé par hasard au milieu d’une déflagration de pouvoir et d’expression de la violence publique. Ce qui a tué Rémi Fraisse, ce n’est pas seulement un gendarme jetant une grenade offensive en pleine nuit en direction de jeunes manifestants, quelle que soit la violence de ceux-ci. Ce qui a tué Rémi, c’est la violence Etatique. Un Etat gouverné par des hommes dont la boussole n’est orientée que vers la prochaine échéance électorale,  des hommes motivés par leur stratégie de communication, et qui en ont oublié que l’Etat dont ils sont les représentants n’était finalement qu’une simple fiction destinée en premier lieu à protéger ceux qui avaient accepté de se soumettre à sa violence légitime. Mais lorsque la violence n’est plus légitime, lorsque l’on utilise des armes de guerre non pas contre un autre Etat belligérant, mais contre sa propre population,  lorsque l’Etat tue ceux qu’il est sensé protéger, alors la question de l’Etat, de son fonctionnement, de ses intérêts et de ses représentants doit inéluctablement être posée. Dimanche à 16H00, je serais devant le mur de la paix, avec une renoncule à feuille d’ophioglosse sur le torse, et je penserai aux parents de Rémi Fraisse, je penserai à Rémi, et à toute cette vie, plus importante que tout le reste, qui s’est en allée. Pour Rémi Fraisse.

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Le parquet national financier demande le renvoi de François Pérol devant le tribunal correctionnel

Photo Pascal Pavani AFP

Photo Pascal Pavani AFP

Selon les informations du Monde, le parquet national financier (PNF) demande le renvoi de François Pérol devant le tribunal correctionnel pour « prise illégale d’intérêts ». Le réquisitoire définitif, un document de quelque 70 pages, a été signé vendredi 7 novembre. Après en avoir été informées par le juge, les parties auront un mois pour faire leurs observations. Ce délai écoulé, le juge, à qui revient le dernier mot, rendra son ordonnance. Si Roger Le Loire suit l’avis du parquet, l’ex-conseiller économique de Nicolas Sarkozy à l’Elysée devra répondre des faits de « prise illégale d’intérêts » qui l’ont conduit en mars 2009 à la tête du groupe Banque populaire-Caisses d’épargne (BPCE), dont il préside toujours le directoire. François Pérol encourt une peine de 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.

La nomination de celui qui était alors secrétaire général adjoint de l’Elysée à la tête du groupe BPCE, fusion des Caisses d’épargne et des Banques populaires, avait provoqué une vive polémique, au cœur de l’hiver 2009. Puisque le conseiller économique de Nicolas Sarkozy avait œuvré au rapprochement des deux groupes, sa nomination imposée par la présidence de la République était contraire à toutes les règles de déontologie et des lois contre le « pantouflage » – pratique qui consiste pour un haut fonctionnaire à aller travailler dans le privé. Anticor, l’association de lutte contre la corruption, l’Association des contribuables et SUD-Caisses d’épargne avaient aussitôt déposé plainte. Un juge d’instruction était nommé.

L’affaire, emblématique de ce qu’ont pu être les pratiques du pouvoir sous la présidence Sarkozy au mépris de toutes les règles d’éthique, éclate au moment où sévit dans le monde la plus grave crise financière depuis 1929. Le 21 février 2009, le chef de l’Etat annonce aux patrons des banques mutualistes qu’il est prêt à renflouer les Caisses d’épargne et Banques populaires de 5 milliards d’euros, à une condition : c’est son conseiller économique, François Pérol, qui dirigera le groupe né de la fusion des deux groupes.

Le projet de fusion entièrement piloté depuis l’Elysée

Ce choix est contraire aux textes sur le pantouflage et de prévention des conflits d’intérêts, mais cela ne semble pas perturber l’Élysée. En France, la loi interdit à un fonctionnaire de travailler pour une entreprise qu’il a surveillée ou conseillée dans les trois ans précédant son passage du public au privé.

Or, le conseiller de Nicolas Sarkozy n’a-t-il justement pas travaillé à la création du puissant groupe dont il prend la présidence ? L’ex-collaborateur du chef de l’Etat s’est toujours défendu de s’être taillé un poste à sa mesure. D’ailleurs, il n’était « pas candidat à ces fonctions », a-t-il expliqué au juge d’instruction. C’est le président qui « lui a soumis l’idée ». Lui a « pris cela comme une mission ».

N’en déplaise à M. Pérol, le projet « Sequana », du nom de code donné à la fusion programmée des Caisses d’épargne avec les Banques populaires, est entièrement piloté depuis l’Elysée. Toutes les réunions se tiennent rue du Faubourg Saint-Honoré. Et quand Nicolas Sarkozy reçoit le directeur du Trésor, le gouverneur de la Banque de France, le cabinet de la ministre des finances, l’autorité de tutelle des banques, il lit scrupuleusement les notes rédigées par François Pérol.

Le collaborateur du président connaît le sujet sur le bout des doigts. Conseiller économique de Francis Mer à Bercy en 2003, c’est lui qui aide Charles Milhaud à s’imposer à la tête des Caisses d’épargne, la banque de marché de la Caisse des dépôts, cette institution dont il n’a jamais admis l’utilité. En 2006, devenu banquier d’affaires chez Rothschild & Cie, il participe à la création de la banque Natixis, commune aux Caisses d’épargne et aux Banques populaires.

« C’est Pérol qui anime les débats »

Au juge, François Pérol assure n’avoir joué qu’un rôle d’« information » auprès du président. En réalité, de nombreux témoignages montrent un homme qui pilote, coordonne, anime les réunions. « C’est Pérol qui anime les débats », explique Alain Lemaire, le numéro deux des Caisses d’épargne. « François Pérol était le seul compétent en matière d’affaires économiques et financières », complète François Sureau, l’avocat du patron de l’Ecureuil.

Le choix du nouveau patron retenu, encore fallait-il obtenir l’aval de la commission de déontologie. Une formalité, pense l’Elysée. Le mépris de la présidence de la République pour le travail des membres de la commission et le non-respect de la procédure a créé quelques remous à l’époque. Les mensonges de l’Elysée ont entraîné la démission de deux membres de la commission de déontologie.

Lors d’un déplacement à Rome, où il assistait à un sommet franco-italien, Nicolas Sarkozy avait brandi une lettre à la presse et assuré avoir le feu vert des sages. « La commission de déontologie a donné son point de vue (…). Il sera rendu public et vous verrez qu’une fois de plus, c’est la différence entre une polémique et un problème, de problème il n’y en a pas », lâche t-il alors, bravache.

« Raccourci »

Sauf qu’il n’en était rien. La commission ne s’était pas réunie. Claude Guéant s’était contenté d’appeler Olivier Fouquet, le président de la commission, pour s’informer de la marche à suivre et connaître les délais d’instruction des dossiers. Olivier Fouquet demandait quinze jours pour rendre un avis. Inconcevable pour l’Elysée qui avait prévu d’annoncer la nomination de François Pérol deux jours plus tard.

La lettre qu’Olivier Fouquet avait envoyée à Claude Guéant pour lui détailler la procédure avait été considérée comme un accord. « Vous savez bien que ce n’est pas un avis ! », a lâché, furieux, Olivier Fouquet, à Claude Guéant, après la sortie du président de la République. Le secrétaire général de l’Elysée admettra « un raccourci » du chef de l’Etat.

Lire l’enquête : La Commission se rebiffe

Protégé par son immunité présidentielle, Nicolas Sarkozy n’a pas été inquiété dans cette affaire. Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée, et supérieur de François Pérol, qui « ignorait tout du fonctionnement de la commission », selon Olivier Fouquet, mais s’est bien gardé de le connaître, aurait pu l’être. Mais le juge Roger Le Loire n’a pas retenu sa responsabilité dans cette affaire. Le parquet national financier s’en est tenu à l’esprit de l’enquête du juge.

Emeline Cazi

Le Monde.fr | 07.11.2014

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Politique Affaires, On line. L’affaire Pérol, une plongée dans le système Sarkozy à l’Elysée, La Commission se rebiffe,

Mouvement sociaux en Irlande. La taxe de trop

irlandeLa population irlandaise est en révolte ouverte contre le gouvernement et les structures politiques actuelles et appelle à un changement radical.

Un sondage national réalisé par le Sunday Independent et Millward Brown révèle qu’aux prochaines élections, le Fianna Fail (centre) et le Fine Gael (centre-droit) qui se partagent le pouvoir depuis l’indépendance en 1919, pourraient devoir former une coalition avec le Sinn Fein (social-démocrate), qui pour la première fois, dépasserait le Fine Gael pour devenir le premier parti du pays, lors des prochaines élections.

Les résultats de ce sondage sont parus ce weekend en pleine crise politique, alors que l’Irlande est secouée par deux scandales : la nouvelle facturation de l’utilisation de l’eau domestique et le viol de Mairia Cahill.

Irish Water dans la tempête

Comme nous l’évoquions hier (voir ici), samedi dernier, 120.000 personnes selon RTE sont descendues dans les rues en Irlande pour protester contre la taxe sur l’eau, dans environ une centaine de manifestations à travers le pays. Cette mobilisation est sans précédent. Comme certains analystes le pensent, il pourrait s’agir de la taxe de trop !

La rupture semble consommée entre le gouvernement et la population irlandaise sur ce sujet : le gouvernement désapprouve les manifestations ‘anti-water charges’ et confirme sa volonté de ne pas céder, mais de ‘clarifier’. En conséquence, le parti dominant au gouvernement, le Fine Gael perdrait 45 sièges aux prochaines élections législatives (en mars 2016) selon le sondage. La popularité du Taoiseach (prononcez ‘Tea-Shock’, le chef du gouvernement), Enda Kenny (également chef du parti Fine Gael) a également baissé avec 2/3 des sondés insatisfaits de son action.

Seulement 2 sondés sur 5 déclarent qu’ils paieront leur facture d’eau. Mais également plus de la moitié est outrée par la demande de l’Irish Water (la société semi-publique en charge de la mise en place de la réforme et de la gestion du service) de devoir renseigner la compagnie sur leur PPS number (Personal Public Service Number ou numéro personnel pour le service public). Il y a en effet des doutes, même au sein du gouvernement, sur la légalité de cette démarche, et sur les dangers qu’une telle collecte par une entreprise semi-privée pourrait représenter. Beaucoup d’Irlandais ont du mal à faire confiance à cette société, qui enchainent les bourdes de communication et dont la légitimité d’action est de plus en plus remise en question. Ils craignent également qu’elle soit entièrement privatisée dans le futur.

Le Sinn Fein légèrement avantagé

La deuxième grande affaire qui met à mal la relation entre le peuple irlandais et sa classe dirigeante est l’affaire Maria Cahill.

Mais malgré ce scandale qui éclabousse le Sinn Fein, le principal parti de l’opposition, clairement contre la réforme sur l’eau, celui-ci a gagné 4 points dans les sondages : il pourrait devenir le parti dominant après les élections. Mais les sondés réagissent au scandale Maria Cahill en punissant le leader du Sinn Fein, Gerry Adams, qui est de plus en plus désapprouvé. Certains indicateurs du sondage révèlent que même si le Sinn Fein sort vainqueur de cette séquence politique, les citoyens irlandais semblent perdent patience envers leur partis traditionnels, La moitié de l’électorat demandant la formation d’un nouveau parti politique.

De manière plus générale, seulement 29% des sondés déclarent avoir confiance envers le système politique actuel. Et seulement 8% disent ressentir les effets bénéfiques de la fin de l’austérité budgétaire tant vantée par le gouvernement. (Voir ici)

 

(www.lepetitjournal.com/dublin) mardi 4 novembre)

Voir aussi ; Rubrique Mouvement sociaux,  rubrique Actualité internationaleUE, Irlande On line : Manifestation