Plusieurs présidents africains sont arrivés mercredi à Ouagadougou pour rencontrer les acteurs de la crise politique, après la chute de Blaise Compaoré.
Assimi Kouanda, le chef du parti du président burkinabè déchu Blaise Compaoré, a été arrêté mardi soir, selon des sources sécuritaires. Assimi Kouanda, secrétaire exécutif national du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), a été «convoqué» par la gendarmerie «suite à des propos pouvant troubler l’ordre public et appelant à des manifestations», a déclaré à l’AFP un officier de gendarmerie. Il a ensuite été arrêté, a indiqué une autre source sécuritaire.
Par ailleurs des leaders de l’opposition a plaidé plus tôt mercredi pour que le futur chef de la transition au Burkina Faso ne soit pas un homme politique, laissant entendre sa préférence pour un représentant de la société civile. «Il est évident qu’on doit trouver quelqu’un qui n’a pas des engagements politiques affichés, pour ne pas créer un aspect biaisé sur les questions de transition», a déclaré Roch Marc Christian Kaboré, précisant qu’il devait s’agir d’un candidat «civil».
Roch Marc Christian Kaboré, président du Mouvement du peuple pour le progrès, est un ancien Premier ministre et président de l’Assemblée nationale, qui était passé dans l’opposition à Blaise Compaoré en janvier. Il s’exprimait à l’issue d’une rencontre à Ouagadougou avec les chefs de l’Etat ghanéen, sénégalais et nigérian, en compagnie des autres leaders de l’opposition.
Les présidents John Dramani Mahama, Macky Sall et Goodluck Jonathan sont arrivés mercredi dans la capitale burkinabè pour rencontrer les acteurs de la crise politique, afin de faciliter une transition démocratique, après la chute du président Compaoré le 31 octobre.
Ultimatum
Les trois chefs d’Etat – John Dramani Mahama étant également le président en exercice de la Cédéao, l’organisation régionale de l’Afrique de l’Ouest – avaient discuté précédemment avec le lieutenant-colonel Isaac Zida, actuel homme fort du pays désigné par l’armée. Rien n’a filtré de ce premier entretien.
Les trois présidents médiateurs devaient ensuite s’entretenir avec la société civile, le président du Conseil constitutionnel, les présidents des partis de l’ancienne majorité et les leaders religieux. Choisi le 1er novembre par l’armée pour conduire la transition, Isaac Zida s’est engagé, sous la pression populaire et internationale, à «remettre le pouvoir aux civils» auprès du plus influent chef traditionnel du pays.
L’ancien numéro 2 de la garde présidentielle a ensuite déclaré à un leader syndical que la transition devrait se faire sous quinze jours, un délai correspondant à l’ultimatum de l’Union africaine, qui a brandi lundi la menace de sanctions.
Instaurées en France dès la fin du XVIIIe siècle pour « encourager la libre communication des pensées entre les citoyens », les aides de l’Etat à la presse n’étaient destinées qu’aux publications d’intérêt général. Elles profitent désormais aux groupes puissants, sans que leur contribution au débat démocratique saute aux yeux. Pourtant, les procureurs les plus inflexibles de la réduction des dépenses publiques restent cois…
Fustiger la dépense publique en exhortant à la réduire est devenu une discipline journalistique à part entière dans la presse française. Certains s’illustrent par l’excellence de leurs performances en la matière : on pense ici à Franz-Olivier Giesbert, qui reste rarement plus de deux semaines sans proclamer, dans l’hebdomadaire Le Point, que « la France doit cesser de dépenser plus qu’elle ne produit. Autrement dit, faire maigre (1) ». Le propriétaire du Figaro, le sénateur (Union pour un mouvement populaire) et avionneur Serge Dassault, réclame lui aussi régulièrement qu’« on supprime toutes les aides », car « il ne faut pas que l’Etat aille donner de l’argent » (2) — sauf naturellement quand la puissance publique débloque 1 milliard d’euros pour moderniser l’avion de chasse produit par l’industriel, comme en janvier dernier…
Cette dénonciation obsessionnelle des libéralités étatiques s’appuie — tradition déjà ancienne — sur les rapports annuels de la Cour des comptes, dont la publication suscite, tous les douze mois, moult commentaires. Dans les intervalles, M. Didier Migaud, ancien député socialiste nommé président de la Cour en 2010 par M. Nicolas Sarkozy, dispense avec une régularité de métronome conseils et maximes. Il en ressort qu’« il est impératif de ne pas relâcher l’effort » consenti après 2012 par M. François Hollande et, « désormais, de freiner davantage la dépense » publique. Cela lui vaut d’être adulé par Le Figaro, Le Monde, Les Echos, Europe 1, RTL, où ses prêches font l’objet d’un véritable culte (3).
Mais il arrive que les mêmes professionnels se montrent moins empressés de porter partout la bonne parole des magistrats de la Cour des comptes.
En 1985, par exemple, ces vénérables enquêteurs adressent un rapport consacré au fonctionnement des mécanismes d’aide publique à la presse au député socialiste Christian Goux, qui a sollicité leur avis sur ce sujet trop méconnu (4). Le document compte une petite vingtaine de pages, augmentées de plusieurs annexes. Il décrit ces mécanismes et en évalue « la cohérence, l’efficacité et les effets ». La conclusion est accablante : les administrations impliquées dans la gestion des dispositifs de nantissement de la presse écrite n’ont jamais procédé à une analyse précise de cet assistanat, qui représente pourtant « une charge importante et croissante pour les finances publiques » ; le coût ne cesse de croître, puisque son montant est passé de 3,3 milliards de francs en 1970 à 5,2 milliards en 1981, puis à 5,6 milliards en 1984 — l’équivalent de 1,6 milliard d’euros actuels, en tenant compte de l’inflation. Ces provendes représentent « près de 14 % du chiffre d’affaires du secteur ». Une partie est distribuée directement aux journaux : aide au développement, à la diffusion, subventions aux publications à faibles ressources publicitaires. Des aides indirectes — taux de TVA réduit, exonération de taxe professionnelle (depuis 1844…), tarifs postaux préférentiels — les complètent. La survie de la plupart des titres d’information générale et politique dépend déjà étroitement du maintien de cette perfusion d’argent public.
Selon la Cour — dont la sévérité feutrée impressionne —, les aides sont attribuées sans discernement à des publications extrêmement disparates, et personne ne vérifie leurs « effets à l’égard des entreprises ». Par ailleurs, leur distribution subit « une dérive constante par rapport aux objectifs initialement fixés » par le législateur, qui avait pour principale intention, en l’institutionnalisant, de « permettre aux citoyens de disposer de l’information la plus large possible, et d’être ainsi en mesure de participer à la vie publique ». La Cour s’étonne, notamment, de ce que le phénomène de « concentration croissante » soit si peu pris en compte. Les besoins réels des journaux varient grandement selon qu’ils sont adossés ou non à des groupes industriels. Le régime des aides à la presse devrait mieux « prendre en considération la situation économique créée dans la concurrence par l’apparition de groupes ou d’entreprises d’une dimension accrue ».
En résumé, il conviendrait que « le problème du rapport entre le coût des soutiens accordés et leur efficacité à l’égard des entreprises » qui en bénéficient soit « désormais posé ». Il faudrait que « les modalités des aides et leurs critères d’attribution » soient « révisés », afin qu’elles aillent en priorité aux publications qui en ont le plus besoin. Cette nécessaire et urgente adaptation pourrait d’abord se fonder, suggèrent les magistrats financiers, sur « des critères relatifs au contenu des publications ». Ils notent en particulier que « le caractère d’information politique et générale et la place respective consacrée aux pages rédactionnelles et aux pages publicitaires constituent des critères objectifs », dont « l’application se traduirait par une redistribution des aides qui reconnaîtrait l’importance majeure accordée à la presse écrite comme moyen d’information pour les citoyens et instrument de nature à développer chez eux les facultés d’analyse et de jugement des événements ».
Ces observations et préconisations, qui pointent une gabegie caractérisée au moment même où la presse dominante dit en chœur la nécessité de réduire les prodigalités d’un Etat trop dépensier (les socialistes ont alors pris le virage de la rigueur depuis deux ans), devraient soulever un immense enthousiasme éditorial. Tout au contraire : trop occupés, peut-être, à pester contre les « avantages acquis » des ouvriers et des fonctionnaires, les grands titres français restent discrets sur le rapport de la Cour des comptes. Alors directeur du Monde diplomatique, Claude Julien relèvera seul quelques années plus tard ce qui ressemble assez à la mise en évidence d’une conséquente tartuferie : « La presse la plus prospère, qui, dans la répartition des aides publiques, se taille la part du lion, est aussi celle qui chante avec le plus d’enthousiasme les vertus d’un libéralisme économique proscrivant toute intervention de l’Etat. » Le journaliste ajoute que, en cas de réforme du système, elle « combattrait bec et ongles tout projet novateur » (5).
Comme le souligne en 1995 le sénateur de centre droit Alain Lambert, auteur d’un nouveau rapport sur les aides à la presse, les principaux bénéficiaires du système considèrent ses mannes comme un « avantage acquis (6) ». Leur remise en cause serait regardée par eux comme un casus belli. On n’informe donc guère sur les subventions à l’information. Et cette occultation dure, tandis qu’aucun gouvernement n’ose briser le tabou d’une rente où l’Etat sponsorise, à grand renfort de milliards (de francs, puis d’euros), la confection de libelles, manchettes et éditoriaux consacrés à la dénonciation de ses folies dépensières.
Lorsque la Cour des comptes publie, en septembre 2013, un énième rapport sur les aides publiques à la presse (7), son contenu ressemble à s’y méprendre à celui paru vingt-huit ans plus tôt. Ses auteurs observent ainsi que ces aides, dont l’efficacité était déjà jugée plus que douteuse en 1985, n’ont toujours « pas démontré leur utilité ». Puis de relever, parmi les nombreux facteurs qui expliquent ces « résultats décevants », des « contradictions dans la politique de l’Etat », une « mauvaise évaluation des aides » et un « ciblage encore insuffisant des aides sur la presse d’information politique et générale ». La répétition des griefs indique la longévité d’un système que ses organisateurs, non moins que ses récipiendaires, savent inefficace et inéquitable. Il profite le plus souvent aux journaux et magazines qui en ont le moins besoin, comme les hebdomadaires consacrés aux programmes de télévision, plutôt qu’à la presse d’information politique et générale. Entre 2009 et 2011, 5 milliards d’euros ont été engloutis dans le secteur, soit en moyenne 1,6 milliard par an. Ce montant représente près de 15 % du chiffre d’affaires de cette industrie — une situation analogue à celle du milieu des années 1980.
D’ordinaire, la presse, drapée dans une ombrageuse défense de l’intérêt commun, trouve des mots assez durs pour dénoncer de tels gaspillages. Mais lorsque la Cour des comptes rend public son rapport de 2013, Le Monde relègue son traitement en pages intérieures. Le Point et Le Figaro réussissent la performance d’expliquer que les millions d’euros dont les pouvoirs publics les gratifient sont en réalité, pour une part importante, « des subventions versées à des entreprises publiques (8) » comme La Poste. Puis les quotidiens retrouvent la routine de leurs appels à réduire la dépense publique, tandis que l’hebdomadaire regagne celle de ses couvertures sur les « vrais rentiers » (11 septembre 2014) : les fonctionnaires, par exemple.
De 2009 à 2013, Le Monde a été doté par l’Etat de 90 millions d’euros. Durant la même période, Le Figaro du sénateur Dassault a été nanti de 85,9 millions — cependant que Le Point devait se contenter de 22,9 petits millions…
Sébastien Fontenelle Journaliste. Auteur d’Editocrates sous perfusion, Libertalia,
1) Franz-Olivier Giesbert, « La réforme ou le déclin », Le Point, Paris, 23 janvier 2014. L’ancien directeur de l’hebdomadaire est aujourd’hui éditorialiste.
(6) Sénat, « Rapport général fait au nom de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la nation sur le projet de loi de finances pour 1996 adopté par l’Assemblée nationale », Paris, novembre 1995.
Hassan Nasrallah a déploré, dans un discours public dans la banlieue sud, « les accusations à notre encontre, selon lesquelles nous voulons entraîner le pays vers le vide ».
Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déploré « les accusations à notre encontre, selon lesquelles nous voulons entraîner le pays vers le vide ». « Nous ne sommes pas prêts à plonger le pays dans le vide. Nous rejetons totalement cette option. Nous sommes pour toute solution empêchant cela », a souligné le leader du Hezbollah, qui a fait hier une rare apparition en public devant des milliers de ses partisans à Roueiss, dans la banlieue sud de Beyrouth, à la veille de la Achoura.
Le périmètre de la banlieue a d’ailleurs été totalement bouclé dans la nuit, pour des considérations sécuritaires, et il le sera aujourd’hui, le temps que la commémoration prenne fin.
« Il y a trois options : les élections, la prorogation ou le vide », a affirmé Hassan Nasrallah concernant la prorogation du mandat de la Chambre. « S’il n’y a pas d’élection ou de prorogation, c’est le sort de l’institution qui est en jeu, et nous sommes disposés à aider le président Berry à sortir le pays de cette impasse, a-t-il poursuivi. « En ce qui concerne les élections, certaines forces politiques sunnites n’en veulent pas », a-t-il ajouté. « La prorogation, parce qu’elle est rejetée par certaines forces chrétiennes, entraînerait une violation du pacte national », a-t-il encore dit.
« Nous avons prévenu tous ceux qui nous ont contactés : vous voulez des élections, nous sommes prêts à en faire. Si vous voulez la prorogation, nous ne la contesterons pas. Mais nous rejetons le vide », a noté le leader hezbollahi.
Le dossier présidentiel
« Personne ne veut la vacance présidentielle, personne ne complote pour cette vacance, nous n’accusons personne, que ce soit dans notre camp ou dans l’autre », a poursuivi Hassan Nasrallah au sujet de l’échéance présidentielle. « Nous voulons l’élection d’un président au plus tôt. L’Iran, au bout du compte, souhaite que cette échéance ait lieu. Nous sommes donc à l’aise par rapport à la position de notre camp régional, a-t-il noté.
Certains ont tenté de lier la présidence au dossier du nucléaire, mais c’est une erreur. L’Iran refuse de lier le dossier du nucléaire à quelque autre dossier », a-t-il souligné.
« Notre camp possède un pouvoir de décision au plan national, ainsi qu’un mandat régional. C’est ce que l’autre camp doit réussir à faire. Nous sommes en faveur d’un candidat bien déterminé, tout le monde le sait, et il bénéficie de la meilleure représentation chrétienne et nationale. Les premières lettres de son nom sont… le général Michel Aoun », a poursuivi le leader du Hezbollah. « Certains nous disent de cesser notre soutien à cette candidature, mais ce serait injuste », a-t-il ajouté.
S’adressant aux responsables libanais, il a lancé : « Si vous attendez des changements régionaux et internationaux, vous attendrez longtemps. Le dialogue fondamental doit se poursuivre avec le candidat naturel adopté par notre camp politique. »
Satisfecit au Futur
Revenant sur les derniers affrontements de Tripoli, Hassan Nasrallah a salué la position des habitants de la ville et du Liban-Nord, ainsi que celle des responsables religieux et politiques « sans qui les événements auraient pris un tour différent ». Il a notamment salué le courant du Futur et ses prises de position à cette occasion. « Nous devons saluer le rôle majeur joué, lors des événements du Nord, par le courant du Futur et la présidence du courant du Futur, a-t-il souligné. Nous sommes prêts à discuter avec le courant du Futur, nous n’avons pas peur ; c’est le faible qui a peur du dialogue et qui le fuit. Nous sommes prêts au dialogue », a-t-il également lancé.
Le leader du Hezbollah a également souligné que l’armée libanaise « a assumé ses responsabilités nationales ». « Personne d’autre que l’armée ne peut maintenir la sécurité et la stabilité au Liban. Nous, en tant que résistance, nous ne nous sommes jamais présentés comme responsables de la sécurité et de la stabilité du pays », a-t-il poursuivi, exprimant son soutien total à l’armée. « Durant toute la période écoulée, on disait que l’Iran n’avait rien offert à l’armée. C’est pourquoi une délégation iranienne est venue faire ce don, qui ouvrira la voie à d’autres, similaires, et il s’agit d’un soutien inconditionnel », a-t-il ajouté.
Il a enfin abordé la question des militaires otages, estimant qu’il s’agit d’une question compliquée, surtout si les autres parties (les jihadistes) ne respectent pas les règles de base de la négociation : « Le secret », a-t-il dit, et accusant les groupes jihadistes de tout publier dans les médias et les réseaux sociaux. Il a appelé, dans ce cadre, les familles des otages à plus de patience et à soutenir le gouvernement libanais dans ses démarches pour obtenir la libération des otages.
Hassan Nasrallah a enfin rejeté toute analyse des événements régionaux en termes de conflit sunnito-chiite.
« Il y a un grand danger dans la région, de grands conflits. Le plus facile est de justifier ces conflits en évoquant un conflit sunnito-chiite, c’est une grande erreur, a-t-il souligné. « Où est le conflit sunnito-chiite en Libye ? Est-ce que la lutte entre Daech et le front al-Nosra est un conflit sunnito-chiite ? Est-ce que la guerre à Aïn el-Arab/Kobané est un conflit sunnito-chiite ? Est-ce que la persécution des chrétiens en Irak est un conflit sunnito-chiite ? Ce qui se passe dans la région est un conflit politique par excellence », a indiqué le leader du Hezbollah. S’adressant aux chiites, il les a invités à considérer le conflit comme opposant les takfiristes à tous ceux qui ne leur ressemblent pas, et non les chiites à la communauté sunnite.
Le périmètre de la banlieue sud bouclé
En raison du contexte sécuritaire particulièrement tendu au Liban et dans la région, le périmètre de la banlieue sud a été totalement bouclé dans la nuit, et ce jusqu’à ce que la commémoration prenne fin aujourd’hui, mardi. Le Hezbollah doit en effet organiser un grand rassemblement ce matin dans la banlieue sud. Selon des habitants de cette zone, c’est la première fois que des mesures aussi draconiennes sont prises depuis la série d’attentats qui ont frappé en 2013 les fiefs du Hezbollah.
Dans un climat de tension lié aux répercussions du conflit syrien au Liban, les ressortissants syriens ont été par ailleurs interdits, à partir d’hier, de circulation pour une durée de 24 heures à Baalbeck et au Hermel. Les municipalités de Baalbeck et du Hermel ont publié des communiqués demandant aux « frères syriens de rester chez eux et de ne pas circuler à partir de ce soir (lundi) et jusqu’à mardi soir ».
Pour les manifestants la mort du jeune homme de 21 ans n’est pas une bavure
Société civile. A Montpellier, la manifestations contre la violence d’Etat rassemble 400 personnes.
La mort de Rémi Fraisse lors d’une manifestation contre le barrage de Sivens le week-end dernier soulève un mouvement d’indignation dans la société civile. Des dizaines de manifestations se sont tenues hier dans les villes françaises contre les brutalités policières, les manifestations servent de plateforme pour mettre en évidence les cas, de plus en plus nombreux, de violence de la police qui vont crescendo en parallèle avec l’intensification des luttes sociales et la défense de l’environnement face à l’aménagement marchant du territoire.
A Montpellier, la mobilisation a rassemblé 400 personnes: citoyens, membres des partis (PG, NPA, Ensemble, EELV ), anarchistes, écologistes, organisations et ONG (Attac, LDH, la Confédération Paysanne Le Centre démocratique Kurde de Montpellier…) Parti de la Comédie, le cortège s’est orienté vers la préfecture où plusieurs prises de parole se sont succédé suivies d’une minute de silence à la mémoire de Rémi Fraisse.
Les opinions exprimées hier devant la préfecture mettent en exergue le phénomène de violence policière de moins en moins contrôlé par le pouvoir politique. En rappelant le précédent lors de l’expulsion de la zad de Notre Dame des Landes où de nombreux jeunes militants ont été blessés gravement par des tirs de flasballs et grenades.
Les positions de la rue divergent sur l’avenir attendu et les moyens à déployer pour y parvenir mais les expressions convergent sur la responsabilité du gouvernement et du le CG du Tarn qui avaient stigmatisé les manifestants, et «tenté de les diviser pour noyer le poisson». L’ensemble des forces représentées a finalement scandé en coeur « Cazeneuve démission.»
Ce sinistre événement témoigne d’une fracture entre une raison d’Etat qui s’éloigne du service public et des contestataires qui militent pour des droits environnementaux. L’engagement en acte dans la résistance pourrait être contagieux, certains évoquant « La future gare TGV Odysseum de Maugère construite en zone inondable.»
« Drag me » de Nikos Kellis 2014, 5,46mn. Photo dr.
Festival. La sélection de quarante courts métrages et d’une dizaine de films documentaires séduit le public très assidu du Cinemed.
Salle comble à l’Utopia pour le programme des six court métrages grecs. Jeudi, plusieurs dizaines de spectateurs n’ont pu assister à la soirée faute de places. Ils pourront se rattraper aujourd’hui : la programmation est rediffusée à midi salle Einstein.
Cet engouement pour les courts et moyens métrages ne se dément pas au Cinemed qui présente cette année une sélection de quarante films en provenance de tout le bassin méditerranéen sur les six cents reçus.
La sélection s’opère sur la qualité des images, celle du scénario et sur l’intention qui anime les réalisateurs. Pour beaucoup des élus sélectionnés au festival, la programmation à Montpellier leur permettra de poursuivre leur travail avec un soutien à la production pour leur futur film, court, moyen voire long métrage.
L’engouement du public cinéphile de Montpellier pour le court et les films documentaires (un peu sous représentés cette année) répond à plusieurs paramètres, à commencer par celui d’être informé. Les médias français, sont, on le sait, très sélectifs, dans le traitement de l’information internationale, cela tant au niveau des zones géographiques prises en compte, que des angles choisis pour aborder les sujets, souvent limités et ethnocentrés.
Un regard comme celui du réalisateur égyptien Ahmed Nour, qui présente le documentaire très abouti Vagues dont le sujet questionne le quotidien de la population de Suez dans la société post-Moubarak, apporte une contribution historique et contemporaine à la compréhension, avec un sens affirmé de l’esthétique. La diversité des sujets, des lieux, et des formes figure parmi les critères du public montpelliérain.
La manière dont le film d’animation de Nikos Kellis, Drag me, plonge dans la jungle urbaine et celle dont on suit l’engrenage dans l’extrémisme du jeune ouvrier Giorgos dans le court métrage Red Hulk d’Asimina Proedou offrent deux restitutions talentueuses de la violence sociale.
Si le court métrage donne de l’intensité aux émotions, il est aussi un lieu d’expérimentation et de découvertes. Par son exigence cinématographique et son ouverture, le festival Cinemed a au fil du temps permis d’aiguiser le regard du public et d’attiser sa soif de culture. Il en redemande. Pourvu que ça dure !
Jean-Marie Dinh
Source : La Marseillaise L’Hérault du Jour 01/11/2014