Européennes : le PS et l’UMP menacés par un séisme présidentiel

Cette fois, ils ne peuvent plus dire qu’ils ne savaient pas, qu’ils n’avaient rien vu, qu’ils ont été pris par surprise. La réplique du 21 avril 2002 qui s’est produite en France ce dimanche 25 mai 2014 était largement anticipée par les sondeurs.

Elle n’a pris personne de court, même si sa dynamique a été plus forte que prévue : avec 25 % des suffrages exprimés, le Front national laisse loin derrière lui l’UMP (20,3 %) et le parti socialiste (14,7 %).

Ce tripartisme annoncé, puis avéré, relativise le poids des indignations. Manuel Valls peut bien parler de « séisme », François Fillon invoquer « l’honneur perdue de l’UMP », les mots ne suffisent plus. Il faut des actes et vite car les deux grands partis PS et UMP sont désormais menacés par un séisme présidentiel.

EUROPE EN CRISE

Contrairement à son père, Marine Le Pen veut conquérir l’Elysée. En outre, le vote Front national est de moins en moins honteux : interrogés à la veille du scrutin, 42 % des Français affirmaient qu’il ne serait pas déçus si le FN arrivait en tête, selon une enquête IFOP.

Que faire ? Jean-Marc Ayrault l’Européen, l’ami de l’Allemagne, place la bataille sur le terrain supranational. « Après un tel choc, la priorité absolue : réorienter l’Europe. L’Europe doit changer » écrit l’ancien premier ministre sur son compte Twitter.

Il n’a pas tort. L’analyse des motivations de vote confirme la dimension majoritairement européenne du vote. Selon une enquête Ipsos Steria, 61 % des électeurs se sont déterminés sur les questions européennes, alors que l’euroscepticisme n’a jamais été aussi fort.

Après cinq années de croissance zéro et de montée du chômage, la victoire de Marine le Pen est d’abord la défaite d’une Europe en crise qui n’a pas su protéger.

GESTES INEFFICACES

Nicolas Sarkozy à droite, Arnaud Montebourg à gauche l’ont senti. Ils ont l’un et l’autre tenté de poser des rustines avant le scrutin. Le premier a réclamé la suspension des accords de Schengen sur la libre circulation des personnes. Le second a élargi le décret sur la protection des intérêts stratégiques en pleine affaire Alstom.

Pour tenter de rassurer, l’ancien président de la République et l’actuel ministre de l’économie ont transgressé la doctrine dominante de leur formation politique. En vain. Ils n’ont pas convaincu.

Les listes du FN ont attiré 43 % des ouvriers qui se sont déplacés aux urnes, 38 % des employés et 37 % des chômeurs. C’est le défi majeur des deux grands partis : reconquérir d’ici à 2017 l’électorat populaire qui se sent complètement abandonné.

Là encore il y a eu des signaux, notamment le milliard d’euros d’allègements d’impôts annoncé par Manuel Valls pendant la campagne pour faire sortir de l’impôt sur le revenu les contribuables modestes qui y étaient entrés.

Le geste était large compte tenu de l’état désastreux des finances publiques mais trop restreint, eu égard aux attentes. Electoralement il s’est révélé inefficace.

UNE TRIPLE CRISE

Le temps des rustines est révolu. Le PS et l’UMP présentent les mêmes fragilités : ce sont des partis européens et libre échangistes dans une France qui, dans ses profondeurs, l’est de moins en moins.

Les débats récurrents qui les agitent deviennent de plus en plus âpres et de plus en plus menaçants pour leur cohésion car l’un et l’autre ont perdu en leadership, faute de résultats. La mondialisation qui fait monter les populismes partout en Europe s’accompagne d’une crise de l’offre politique typiquement française.

Ayant beaucoup promis – notamment de « changer l’Europe » – et peu prouvé, les partis de gouvernement sont devenus impuissants à combattre le pessimisme noir qui paralyse le peuple français. Le sentiment de déclassement conjugué à la peur panique de se diluer alimentent un déclinisme qui favorise la valorisation du passé et le repli sur ce soi.

C’est cette triple crise – européenne, économique , pychologique – qu’il appartient au président de la République le plus faible de la Ve République de juguler, dans un contexte économique qui ne laisse entrevoir d’ici trois ans aucun retournement miracle.

MAIGRE AVANTAGE

Jusqu’à présent, le maigre atout de François Hollande, affaibli au sein de son propre camp, était la faiblesse de l’UMP, engluée dans les affaires et l’absence de leadership. Cela lui laissait le temps de voir. Et peut être de se refaire.

Mais l’irruption de Marine le Pen en pôle position aux européennes change radicalement la donne. Désormais , les deux partis de gouvernement se retrouvent dos au mur , obligés de mener en moins de trois ans une refondation radicale pour bloquer la fuite des électeurs.

Le seul avantage de François Hollande est d’être aux manettes. Il peut agir, il peut oser.

Les élus locaux ont raison de trembler : ils auront la révolution. La réforme territoriale est la dernière cartouche d’un président aux abois. Attaquer le mille feuille territorial, réduire le nombre d’élus, donner des gages à ceux qui crient à la gabegie. La réforme est populaire, la réforme est demandée.

Mais elle ne suffira pas. La crise sociale a rejoint la crise européenne dans un cocktail explosif. Elle ne pourra se résoudre par la simple refonte des territoires.

Françoise Fressoz

Source : Le Monde 26 05 2014

Voir aussi : Rubrique Politique, rubrique Société,

Europe sociale ? Quelle blague !

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De la gauche radicale à l’UMP en passant par le MoDem et les Verts, pas un parti n’oublie d’évoquer l’Europe sociale. Le vieux thème des campagnes européennes du PS, apparu il y a une vingtaine d’années, est devenu tarte à la crème. Un talisman censé séduire les électeurs désenchantés. À droite, il s’agirait surtout de préserver un « modèle social européen qui a fait ses preuves ». Mais de quel modèle parle-t-on ? L’Union européenne passe pour être la zone la plus riche du monde, mais dans la seule Europe des quinze, celle d’avant le grand élargissement de 2004, plus de 60 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, près de 3 millions y sont sans logement et 15 millions logés dans des conditions précaires.

À gauche, l’Europe sociale reste à bâtir. Ce qui vaut aveu d’échec pour les sociaux-démocrates. Aux commandes de 13 pays sur 15 à la fin des années 1990, qu’ont-ils fait pour éviter que les politiques sociales soient toujours soumises aux impératifs de compétitivité ? Qu’ont-ils obtenu en échange de leur approbation de tous les traités, depuis l’Acte unique (1987) jusqu’au traité de Lisbonne ?

On a vu ces dernières années la Cour européenne de justice limiter, à quatre reprises, l’action syndicale et les droits des salariés, au nom de la liberté du commerce. La différence entre les deux types de services publics, ceux considérés comme « économiques » et soumis sans retenue au droit de la concurrence, et les services « non-économiques », tend à être abolie, menaçant des secteurs comme l’éducation, la santé ou la protection sociale. Et même si elle était adoptée, la Charte des droits fondamentaux ne changerait rien. Les droits sociaux qui y sont énoncés sont de très faible portée et le texte indique lui-même qu’il « ne crée aucune compétence ni aucune tâche nouvelle pour l’Union et ne modifie pas les compétences et tâches définies dans les traités ». Mais si l’on veut une Europe sociale, le préalable est de commencer par ne pas se lier les mains avec des traités, comme celui de Lisbonne, qui la rendent impossible.

Source Politis  15 Mai 2014

Voir aussi : Rubrique UE, rubrique Politique, La politique européenne de Hollande, Politique économique, On Line Le PS et L’Europe sociale 35 ans d’une promesse non tenue,

La politique de François Hollande, une menace pour l’Europe

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Pour le président de la République, qui s’exprime dans les colonnes du Monde à l’occasion du 8 mai,  »l’Europe, c’est la paix ». Il invite les Français, à l’approche des élections du 25 mai, à partager sa foi dans l’Union : qui pourrait préférer la guerre ? Cet européen fervent entend ainsi conjurer les tentations nationalistes ou souverainistes, soit la sortie de l’euro et le protectionnisme. Et si la plus grande menace qui pèse en France sur l’idéal européen, c’était plutôt, paradoxalement, la politique de François Hollande lui-même ? Car la fin de la Deuxième guerre mondiale, ce n’est pas seulement la paix ; c’est aussi la victoire contre le nazisme – soit un espoir démocratique (du moins en métropole). Or, en faisant désespérer de la politique, la politique actuelle sape les fondements mêmes de la démocratie.

DÉSESPÉRER DE LA POLITIQUE

Certes, le président célèbre  »le plus vaste ensemble d’États démocratiques et la plus grande économie du monde » ; mais le problème actuel, n’est-ce pas justement la tension entre démocratie et marché ? Le néolibéralisme produit des inégalités croissantes que les socialistes au pouvoir, loin de combattre, contribuent encore à creuser. C’est favoriser l’avènement d’une oligarchie. Mais il y a plus : si la démocratie est fragilisée, c’est parce que le ralliement enthousiaste de François Hollande au néolibéralisme, avec l’austérité imposée au plus grand nombre et le pacte de responsabilité offert aux patrons, efface toute différence avec son prédécesseur.  »Hollande dit souvent », confie un ancien conseiller ministériel à Mediapart,  »qu’il faut faire la même politique que Nicolas Sarkozy, mais en douceur… » Il faut bien parler d’un sarkozysme à visage humain.
On se souvient du slogan de campagne de François Hollande :  »Le changement, c’est maintenant ». Une fois élu, opter pour la continuité, c’est vider le suffrage de toute signification. Les électeurs en concluent qu’il n’est pas de différence entre la majorité et l’opposition : dès lors, à quoi bon voter ? C’est encourager l’abstention, surtout dans les classes populaires – d’où, de facto, un suffrage censitaire.

C’est aussi donner raison au Front national qui dénonce sans relâche l’UMPS. D’ailleurs, les récentes élections municipales ont confirmé le mépris du président pour la logique électorale, voire pour l’électorat : après le désaveu dans les urnes, tout se passe en effet comme si… rien ne s’était passé. Le président avait entendu le message, disait-on pourtant. On connaît la devise du conservatisme éclairé, selon Le guêpard :  »Pour que tout reste en l’état, il faut que tout change ». On a découvert, avec la nomination de Manuel Valls à Matignon, celle du socialisme néolibéral selon François Hollande :  »Le changement, c’est ne rien changer ».

Sans doute le chef de l’État, dans sa tribune, évite-t-il de reprendre le mantra de Margaret Thatcher :  »Il n’y a pas d’alternative ! » Aussi déclare-t-il :  »il n’y a pas qu’une seule Europe possible. » Il aura cependant bien du mal à convaincre que celle qu’il promeut  »met fin à l’austérité aveugle », ou  »encadre la finance avec la supervision des banques ». Nul ne doute effectivement que  »c’est une Europe qui protège ses frontières », mais qui peut croire à l’inverse que c’est  »en préservant la liberté de se déplacer et en garantissant le respect du droit d’asile » ? De fait, l’Europe forteresse qui coûte la vie à des dizaines de milliers de migrants dans la Méditerranée est la négation de l’Europe qui prétendait en finir avec les murs en 1989.

UN PÉRIL MANIFESTE POUR LA DÉMOCRATIE

Pour la démocratie, le péril est manifeste. Le chef de l’État vient de nommer un Premier ministre cité à comparaître devant le tribunal correctionnel le 5 juin pour provocation à la discrimination et à la haine raciales, en raison de propos tenus en 2013. Il répétait en particulier :  »Les Roms ont vocation à retourner en Roumanie ou en Bulgarie ». Or le porte-parole de son gouvernement, Stéphane Le Foll, en reprend la substance : les Roms, a-t-il déclaré sur RTL le 15 avril, « il faut chercher à les faire retourner d’où ils viennent, en Roumanie ou en Bulgarie, et éviter qu’il y en ait qui reviennent ou qui viennent ». La continuité avec Brice Hortefeux, Éric Besson et Claude Guéant est claire2. Qu’en est-il donc de la liberté de circuler ? Oui aux hommes d’affaires roumains, non aux Roms misérables ?

Et qu’en est-il des leçons du 8 mai ? En 2010, Viviane Reding, commissaire européenne aux Droits de l’homme, s’indignait de la politique française à l’égard des Roms, quand  »des personnes sont renvoyées d’un État membre juste parce qu’elles appartiennent à une certaine minorité ethnique. Je pensais que l’Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la Deuxième Guerre mondiale. » Elle découvrait alors une circulaire que le gouvernement français avait cachée à l’Europe. Aujourd’hui, c’est, à la suite du Premier ministre, le porte-parole du gouvernement qui s’exprime ouvertement. Et le pire est sans doute qu’on n’entend plus protester – comme le faisait l’opposition à l’époque du discours de Grenoble, à commencer par Manuel Valls :  »on désigne des populations à la vindicte ». Même l’Europe est désormais silencieuse.

Le président de la République peut bien, en invoquant la crise, tenter de justifier ses choix économiques en affirmant qu’ils n’en sont pas. Mais il sera plus difficile de faire croire que, pour gérer 18 000 habitants de bidonvilles, on n’a pas d’autre choix que de les repousser sans fin, d’un pont d’autoroute à une décharge publique. Quelle est la rationalité de la persécution des Roms ? Auraient-ils  »vocation » à être les boucs-émissaires du néolibéralisme ? Et cette politique de la race serait-elle l’envers d’une politique économique que François Hollande emprunte à Nicolas Sarkozy, au risque de tuer la démocratie dont il se veut l’ardent défenseur ?

Les europhiles néolibéraux font aujourd’hui le jeu des nationalistes europhobes. Avec de tels amis, l’Europe démocratique n’a pas besoin d’ennemis.

Eric Fassin (Sociologue)

Source : Le Monde 09 05 2014

Voir aussi : Rubrique Politique, Fin de l’indétermination démocratiqueUn plan d’austérité injuste, dangereux et illégitime, rubrique UE, Un rapport accablant sur l’activité de la troïka, rubrique Société, Les Roms ont dû intégrer la mobilité, pour s’adapter au rejet”,

Réforme territoriale : Hollande brusque la droite… et le PS

AFP/Patrick Kovarik

AFP/Patrick Kovarik

Manoeuvres. Malgré les critiques dans son propre camp, le chef de l’Etat veut accélérer le calendrier de la réforme territoriale, ce qui implique de reporter les élections cantonales et régionales prévues en 2015.

La prédiction émane d’un vieux copain du président : « Ça ne va pas être facile pour Valls de vivre avec Hollande, qui lui dit : à toi la rigueur, à moi la redistribution ! » De fait, alors que le Premier ministre doit faire passer les 50 milliards d’économies, le président entend porter en personne la réforme, populaire dans les sondages, du mille-feuille territorial : elle prévoit de ramener à 11 ou 12 le nombre de régions et de supprimer les conseils généraux d’ici à mars 2016.

Sauf surprise, c’est François Hollande, et lui seul, qui recevra dès le 14 mai à l’Elysée les chefs de parti pour les consulter sur le projet, et le report d’un an qu’il implique des élections régionales et cantonales prévues en mars 2015.

« Il a choisi de mener ça, lui-même », confirme un ami. Car Hollande, qui n’a plus guère de marge de manoeuvre sur la baisse du chômage ou le « retournement » économique, pense tenir là la grande réforme — « un marqueur », dit l’Elysée — de la fin de son mandat. Conscient que le temps presse s’il veut inverser la courbe des sondages, il assume avancer à la hussarde en se donnant vingt-deux mois pour tout dynamiter. Le 8 avril, Manuel Valls avait annoncé la division par deux du nombre de régions d’ici à 2017, mais n’avait parlé que de 2021 pour la fin des conseils généraux. Le président a choisi d’accélérer, pied au plancher.

Hollande le sait, il y a là de quoi braquer les baronnies du PS, qui dirigent la majorité des exécutifs locaux, après leur avoir déjà fait avaler la fin du cumul des mandats.Parti à la reconquête des Français, il n’a cure des critiques de son camp : il joue l’opinion contre l’establishement. « Il dit qu’il n’a rien à perdre. Y compris ses propres amis », constate Claudy Lebreton, président PS de l’Assemblée des départements, qui s’inquiète d’un « vrai coup d’arrêt à la décentralisation ».

Il joue sur les mots

Le bal de consultations prévues à l’Elysée n’est pas non plus dénué d’arrière-pensées politiques avant les européennes. En consultant les partis dès la semaine prochaine, le président veut mettre l’UMP face à ses contradictions. « Jean-François Copé a dit trois fois qu’il fallait supprimer les départements ! » relève le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll. « On verra qui sont les réformateurs et les conservateurs », a défié Hollande mardi. « Soyez courageux », a appuyé Manuel Valls hier à l’Assemblée, en se tournant vers les bancs de la droite.

Autre objectif non avoué du pouvoir : enfoncer un coin entre l’UMP, dont le chef dénonce une « magouille électorale », et les centristes, dont certains sont tentés de dire oui. « On réclame tous cette réforme depuis vingt ans », a ainsi fait valoir Marielle de Sarnez, proche de François Bayrou.

Reste que l’exécutif joue un peu sur les mots. Car les départements ne seront pas supprimés. Ils figureront toujours par exemple sur les plaques d’immatriculation. Ce sont les conseils généraux qui disparaîtront, d’abord dans les zones urbaines. « Il y aura toujours un échelon départemental », confirme une source gouvernementale.

La nuance est de taille. Supprimer les départements, qui figurent dans la Constitution, supposerait une réforme constitutionnelle, donc les trois cinquièmes des voix du Parlement réuni en Congrès. Périlleux, voire impossible. Pas question non plus, pour un Hollande impopulaire, de risquer un référendum, comme l’exigent l’UMP, Bayrou ou Pierrre Laurent (PCF). L’Elysée évacue : « Ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. »

Nathalie Schuck avec Rosalie Lucas

Source Le Parisien : 08.05.2014

Voir aussi : Rubrique Actualité France, rubrique Politique, La décentralisation, nouveau chantier de Hollande ? Politique économique, Réduire le nombre de régions pour rembourser les banques, Politique locale, rubrique Géographie,

Il pourrait changer la face de l’Europe : le traité transatlantique décodé

 Le traité transatlantique TAFTA vise à établir une zone de libre-échange entre l'Union européenne et les Etats-Unis, créant un gigantesque marché de plus de 800 millions de consommateurs. Le traité transatlantique TAFTA vise à établir une zone de libre-échange entre l'Union européenne et les Etats-Unis, créant un gigantesque marché de plus de 800 millions de consommateurs. | REUTERS/© Sergio Perez / Reuters

Le traité transatlantique TAFTA vise à établir une zone de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis, créant un gigantesque marché de plus de 800 millions de consommateurs. Le traité transatlantique TAFTA vise à établir une zone de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis, créant un gigantesque marché de plus de 800 millions de consommateurs. | REUTERS/© Sergio Perez / Reuters

Négocié dans le plus grand secret par les Américains et les Européens depuis bientôt un an, le traité de libre-échange transatlantique suscite une opposition de plus en plus virulente de la part des ONG et des partis politiques. En France, le Front de gauche a même décidé de placer le combat contre TAFTA au coeur de sa campagne pour les élections européennes en mai, qu’elle entend transformer en référendum pour ou contre le traité. Dans une moindre mesure, les écologistes et le Front national se sont également saisis du dossier, alors que l’UMP, le PS et François Hollande restent très discrets sur le sujet.

De quoi s’agit-il ?

Un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne, préparé depuis une dizaine d’années, et officiellement négocié depuis l’été 2013. Il a pour but de constituer un marché commun de 820 millions de consommateurs, qui représenterait la moitié du PIB mondial et le tiers des échanges commerciaux : pour ses défenseurs, il pourrait faire gagner jusqu’à 0,05 points de PIB par an aux économies américaine et européenne, boostant les échanges et les créations d’emplois.

Quatre rounds de négociation rassemblant à chaque fois une centaine de personnes ont déjà eu lieu à Bruxelles et Washington. Les négociations, menées par la Commission européenne de ce côté de l’Atlantique, sont censées aboutir en 2015. Le traité devra alors être validé par les Vingt-Huit Etats-membres de l’Union européenne, puis voté par le Parlement européen.

PTCI, TAFTA ou TTIP ?

Le traité devait originellement s’appeler TAFTA, pour Transatlantic Free Trade Area (zone de libre-échange transatlantique). Il a été depuis rebaptisé TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), car son nom ressemblait trop à celui du traité ACTA, rejeté par le Parlement européen en 2012 à l’issue d’un long combat politique. En français, cela donne PTCI : le « partenariat transatlantique de commerce et d’investissement ». Pour autant, ses adversaires, rassemblés depuis plusieurs mois sous l’étendard #STOPTAFTA, ont décidé de continuer à utiliser son nom original.

Qu’en sait-on exactement ?

Les négociations sur le traité transatlantique se déroulant dans le plus grand secret entre les responsables européens et américains, on en sait peu sur son contenu. Les seules sources à notre disposition sont les documents qui ont fuité sur Internet ou dans la presse depuis un an :

Tout juste sait-on donc que TAFTA/TIPP vise :

  • La suppression des tarifs douaniers
  • L’harmonisation progressive des règlementations de part et d’autre de l’Atlantique
  • La mise en place d’un mécanisme de règlements des différends entre les entreprises et les Etats

Affirmations sur TAFTA passées au crible

Pour démêler les mythes de la réalité, Les Décodeurs se sont penchés sur quatre affirmations couramment relayées, par les détracteurs et les promoteurs de TAFTA :

2. TAFTA va-t-il délocaliser notre justice à Washington ?

3. TAFTA va-t-il nous faire manger des OGM et du poulet au chlore ?

Voir aussi : Rubrique UE, rubrique Politique, rubrique Economie, rubrique Internet, Acta la protection qui musèle, rubrique Philosophie, Habermas : Pour une Europe démocratique !