Les employés de l’usine Smart de Hambach (Moselle) sont officiellement passés samedi, malgré l’opposition des syndicats majoritaires, aux 39 heures payées 37, un an après un référendum consultatif qui avait divisé le personnel.
« Nous étions à 37 heures déjà, et on passe au 1er octobre à 39 heures », a indiqué à l’AFP Jean-Yves Schmitt, directeur de la communication de l’usine. « Lors du premier changement, de 35 heures à 37, il y avait eu une augmentation de salaire, mais pas cette fois », a-t-il ajouté.
Si la mesure est effective depuis vendredi 30 septembre à minuit, c’est lundi matin qu’elle sera dans les faits adoptée par les ouvriers. Les dispositifs concernant les cadres – une réduction des jours de RTT – seront, eux, mis en place début 2017.
Ces changements sont le fruit d’un long bras-de-fer entre la direction de l’usine et les organisations syndicales, sur fond de menace de délocalisation, d’ambiance « délétère » selon les syndicats et de mouvement anti-loi travail.
Le 11 septembre 2015, ce « Pacte 2020 » avait été soumis à un référendum d’entreprise purement consultatif, mais qui avait suscité un grand intérêt médiatique et de nombreux commentaires politiques.
Le « pacte 2020 » prévoit un passage aux 39 heures hebdomadaires de travail, avant un retour aux 37 heures en 2019, puis aux 35 heures en 2020. En échange, la direction assure qu’elle ne procédera à aucun licenciement économique d’ici là.
Les quelque 800 salariés ayant participé au vote l’avaient approuvé à 56%. Mais le scrutin avait révélé les divisions du personnel, entre d’un côté des cadres, employés, techniciens et agents de maîtrise qui avaient dit « oui » à 74%, et de l’autre des ouvriers qui n’avaient été que 39% à approuver le projet.
Après ce référendum, la CGT et la CFDT, majoritaires à elles deux puisqu’elles représentent 53% des salariés, avaient cependant mis leur veto au projet de la direction.
Après de nouvelles semaines tendues, et pour contourner cette opposition, la direction a alors proposé aux employés de signer des avenants individuels à leurs contrats de travail. Le 18 décembre, elle annonçait que plus de 95% des employés les avaient signés.
Des signatures obtenues « sous la pression », de la part de salariés « apeurés », avait alors dénoncé Didier Getrey, de la CFDT Métallurgie Moselle.
Smart France produit à Hambach quelque 100.000 véhicules biplaces dans son usine située aux confins de la Lorraine, de l’Alsace et de l’Allemagne.
Newsroom de FranceInfo le 31 août 2016. / Bertrand Guay/Afp
Le nouveau média franceinfo est dans la tourmente. Un conflit sur le recours à des journalistes multitâches (texte et montage vidéo) pour la chaîne d’info publique est sur le point de se résoudre avec la signature promise par FO et la CGT (mais pas le SNJ) d’un accord avec la direction de France Télévisions.
Mais un autre front s’est ouvert lundi 19 septembre 2016 à la Radio France Info. Une soixantaine de journalistes (sur environ 130), dont plusieurs rédacteurs en chef et la majorité des chefs de service, ont signé une « motion » intitulée « la naissance de franceinfo met en danger la crédibilité de notre station ».
Les signataires ont afflué après un épisode survenu samedi 17 septembre. « À 16 h 30, la chaîne franceinfo annonçait, sans employer le conditionnel, qu’une prise d’otages était en train de se dérouler dans l’église Saint-Leu à Paris, sur la base du témoignage d’une commerçante du quartier citant les réseaux sociaux », détaille Celia Quilleret, déléguée du personnel du Syndical national des journalistes (SNJ). Un quart d’heure plus tard, nous démentions sur la radio la rumeur d’une prise d’otages, en parlant de fausse alerte ». Sans être repris par la chaîne.
« Peur de perdre nos sources »
« Nous avons déjà relevé de nombreux exemples d’incohérence éditoriale entre les informations données sur notre radio et celles circulant sur la chaîne et le site franceinfo, poursuit la journaliste. Mais, là, nous craignons de perdre notre crédibilité. Plusieurs sources ont alerté des journalistes qu’ils pourraient cesser de leur donner des informations, si le site et la chaîne du même nom traitaient le même sujet de façon erronée ».
« Nous avons développé sur notre radio une culture de précaution, de vérification, à laquelle nous tenons et qui s’est encore renforcée » après les attentats de janvier 2015, confie un autre journaliste signataire. Lors de l’attentat du 13 novembre, nous avions bloqué beaucoup d’informations en attendant de les vérifier. Et les faits nous ont donné raison ». Une « agence de vérification », créée au sein de la radio, devait être le « centre névralgique » de la radio, de la télévision et du site franceinfo. Or ce ne serait pas le cas selon des journalistes de la station.
« Le vrai problème, c’est le nom »
« Le vrai problème, c’est le nom. Nous ne sommes pas cohérents avec nous-même puisque nous ne diffusons pas les mêmes infos sur la radio, la télévision et le site du même nom?!, résume Celia Quilleret. Notre grand souci est de sauver la crédibilité de notre station. Il y a une grande inquiétude. Et notre mobilisation est inédite ».
À cette fin, les journalistes signataires demandent « une plus grande coordination et davantage de mainmise éditoriale de la radio sur le site et la télévision ». Ils souhaitent aussi « une présence réelle » des contenus de la radio sur le site et l’application franceinfo. Précisons que la Radio France Info ne dispose plus de site spécifique depuis la fin août, et que ses contenus sont peu repris, selon la rédaction, sur le site commun avec France Télévisions.
D’autres dispositions portent sur les modalités d’une contribution des journalistes de la radio à la chaîne de télévision (droit à l’image et pige rémunérée pour un travail supplémentaire).
« Une véritable harmonisation »
« Il n’y a pas d’opposition globale à l’existence d’un média qui nous permet de devenir plus grand », souligne un journaliste de la station. Mais il y a un vrai problème de mise en œuvre?: des rédactions (l’ancienne équipe de francetvinfo, les rédactions des chaînes de France Télévisions, la trentenaire Radio France Info…), fonctionnent avec des cultures et des traditions différentes, sans jamais se concerter ».
Plusieurs journalistes soulignent que les rédactions de Radio France et de France Télévisions ne disposent d’aucun moyen pour se parler directement. Il est surtout prévu que leurs responsables puissent se concerter en cas de conflit important.
Les signataires de la motion ont obtenu un rendez-vous avec leur directeur Laurent Guimier ce vendrdei 20 septembre 2016. Ils souhaitent qu’un processus d’harmonisation puisse s’engager pour que « toutes les antennes parlent d’une même voix ». Les différentes directions (radio, chaîne et site) ont fait savoir que des groupes de travail, avec recueil des suggestions des salariés, seraient prochainement mis en place. Mettront-ils rapidement et suffisamment d’huile dans les rouages de franceinfo ?
La saison 2016/2017 de Montpellier Danse sera attractive. Elle vise une reconquête du public. Dans le même temps les programmateurs cherchent de nouvelles cohérences.
Montpellier
Montpellier Danse a présenté sa nouvelle saison la semaine dernière à l’Agora. L’éclectisme reste de rigueur, Flamenco, Hip hop, Butô… figurent entre autres réjouissances des propositions à venir. La facture générale de la programmation s’oriente vers une consolidation de la fréquentation à un moment où les changements et les questionnements interrogent sur les processus artistiques mobilisables.
« Mes récentes déclarations ont souvent été mal comprises », a tenu à signifier Jean-Paul Montanari qui lors du dernier festival Montpellier Danse avait évoqué la fin de la danse contemporaine. « Ce que je voulais exprimer, c’est que nous sommes en train de muter. Que les artistes comme Cunningham, Béjart, Pina Bausch… et les traces laissées qui ont été à l’origine du mouvement, sont en train de disparaître. On passe à autre chose, sensiblement différent. »
Le ballet romantique Giselle, dansé par le Ballet du Capitole de Toulouse mis en musique par l’Orchestre national de Montpellier illustre en ouverture de saison la naissance de la nouvelle Région Occitanie. Tandis qu’en coulisses les acteurs culturels cherchent une nouvelle cohérence.
« Nous voulons prendre nos métiers en charge, l’idée consiste à nous regrouper en GIE entre structures de taille similaire, comme le théâtre/garonne à Toulouse, afin de poursuivre notre mission, notamment le soutien aux artistes et à la diffusion de leurs oeuvres.»
Des réunions ont débuté pour envisager la transition. De fait, le changement de périmètre territorial, la réduction générale des budgets, et celle du pouvoir d’achat des spectateurs pèsent de plus en plus lourdement sur les programmateurs artistiques qui naguère, disposaient de plus d’autonomie pour constituer leur programmation.
« Cela ne veut pas dire que nous sommes condamnés aux consensus permanent, affirme Jean-Paul Montanari, on peut aussi tomber d’accord pour soutenir et programmer dans plusieurs lieux des artistes comme Didier Wampas dont le travail n’est pas des plus faciles à défendre. »
Gérer les contraintes
Dans ce contexte, le rapport entre artistes programmateurs et tutelles s’avère complexe. Mais il donne l’occasion aux acteurs de travailler ensemble. C’est le cas de l’Orchestre de Montpellier qui réitère son partenariat avec Montpellier Danse et l’artiste issue du hip hop Hamid El Kabouss qui s’attaquera cette année aux quatre saisons de Vivaldi (version remix) en avril à l’Opéra Comédie après avoir présenté l’an passé la très convaincante Boîte à Joujoux de Debussy.
Le budget de Montpellier Danse qui tourne autour de trois millions d’euros se compose de 21% de recettes propres. Sur les 29 représentations payantes (une trentaine sont gratuites) d’où l’importance de remplir le Corum. « Contrairement à l’idée répandue, il est plus facile de faire des entrées en proposant des pièces pointues ou expérimentales dans des petits lieux que de remplir le Corum, affirme Jean-Paul Montanari. Ce qui est plus difficile, c’est de faire se retrouver les gens dans une grande salle autour d’une belle proposition artistique. Le juge de paix c’est la salle Berlioz. »
Giselle, Mourad Merzouki, José Montalvo, Philippe Decouflé, sont des spectacles calibrés à cet effet. Sur la même scène mais dans une veine assez différente on pourra voir en janvier la création Butô Meguri de Sankai Juku. A découvrir également la création Mass B de Béatrice Massin à l’Opéra Comédie, le duo intercontinental I-Fang Lin et François Marry dans En chinoiseries, donné au Théâtre La Vignette, Am I an Ashke Nazi, du sud africain Steven Cohen, spectacle accueilli à hTh. Et les propositions des artistes en résidences, Fabrice Ramalingom, Rita Cioffi, Matthieu Hocquemiller, Marlene Monteiro Freitas …
Christian Flaesch, ex-directeur de la PJ parisienne, et Bernard Squarcini, ex-directeur central du renseignement intérieur (photos de 2013). Crédits photo : Briquet Nicolas/Lemouton Stephane/ABACA
La garde à vue de l’ancien patron de la PJ parisienne, Christian Flaesch, a été levée mardi soir. l’ex-directeur central du renseignement intérieur, Bernard Squarcini, était quant à lui toujours entendu dans les locaux de l’IGPN pour une affaire de trafic d’influence.
Une chape de plomb, plus lourde encore que celle pouvant couvrir une opération antiterroriste, pèse sur les gardes à vue entourant une trouble affaire de trafic d’influence présumé au cœur de laquelle se trouverait Bernard Squarcini. Depuis lundi, l’ex-directeur central du renseignement intérieur, réputé proche de Nicolas Sarkozy et évincé de ses fonctions après l’arrivée des socialistes au pouvoir en 2012, est inquiété sur la base d’interceptions téléphoniques remontant, semble-t-il, à plus de trois ans. Effectuées plus exactement en mars et avril 2013, comme le relate Le Monde, elles ont été exhumées des archives judiciaires où elles sommeillaient en perspective d’un procès pour manquement aux obligations déclaratives visant l’homme d’affaires Ziad Takieddine, qui s’ouvre à Paris en mai prochain.
Une note établie à l’époque par l’ancienne Division nationale d’investigations financières et fiscales détaillerait les contacts de l’ex-cador du renseignement, aussi connu sous le pseudo «le Squale» et reconverti dans le privé, où il a fondé une société d’intelligence économique et de conseil en sécurité, Kyrnos. C’est dans ce contexte que Bernard Squarcini a travaillé pour LVMH. Il est notamment soupçonné d’avoir demandé en 2013 à Christian Flaesch, alors à la tête de la police judiciaire parisienne, des éléments sur une enquête conduite par la brigade financière sous l’autorité du parquet de Paris après une plainte d’Hermès accusant, toujours selon Le Monde, LVMH d’avoir manœuvré en secret pour monter à son capital.
Christian Flaesch a été interpellé à son domicile
Entendu tout comme Bernard Squarcini par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la «police des polices», Christian Flaesch a été interpellé à son domicile. «Il est anormal qu’un ancien grand flic de cette valeur, qui a trente ans de services et qui aurait pu répondre à une convocation, soit traité comme un vulgaire voyou. La seule chose qu’on pouvait lui reprocher était un sens aigu de la rigueur…», s’insurge un policier de haut rang qui a travaillé à ses côtés. Sa garde à vue a été levée mardi soir, a indiqué une source proche de l’enquête à l’AFP. Il a été convoqué à une date ultérieure devant le juge d’instruction «aux fins de mise en examen», ajoute cette source. Il pourra ressortir de cette audition avec le statut de témoin assisté.
Fin 2013, Christian Flaesch avait été évincé de son poste de patron du Quai des Orfèvres après une mise en garde du parquet général de la cour d’appel de Paris à propos d’un appel passé à son ancien ministre de tutelle, Brice Hortefeux. Lors de ce coup de fil, il semblait lui indiquer comment préparer une audition dans un dossier judiciaire concernant Nicolas Sarkozy.
L’enquête dans laquelle Bernard Squarcini est en garde à vue se nourrirait également d’écoutes téléphoniques ordonnées dans un autre dossier. Dans certaines conversations, en avril 2013, l’ancien numéro un de la DCRI semble rechercher des informations sur l’enquête pour fraude fiscale visant Jérôme Cahuzac pour les transmettre à ses interlocuteurs, dont l’ancien préfet de police de Paris, Michel Gaudin. Directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, ce dernier a été interrogé lundi dans le cadre d’une audition libre. Épluchant les contacts du Squale, l’IGPN aurait aussi placé en garde à vue un analyste de la DGSI, soi-disant «consulté»par son ancien mentor sur certaines histoires corses, comme celle de la bande du Petit Bar citée dans la mort de l’avocat Me Antoine Sollacaro.
Des inégalités sociales à l’école, produites par l’école elle-même… C’est la démonstration que fait le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), en rendant publiques, mardi 27 septembre, les conclusions d’une vingtaine de rapports. Tout un spectre de la recherche – des sociologues aux économistes, des didacticiens aux psychologues, français et étrangers – a été mobilisé deux années durant, pour interroger ce mythe de l’égalité des chances dans notre système éducatif. Et rendre plus transparente la fabrique de l’injustice scolaire.
Ce n’est pas la faute de l’enseignement privé, dont la responsabilité a encore été pointée du doigt, récemment dans nos colonnes, par l’économiste Thomas Piketty, en tout cas concernant Paris. Pas non plus celle des stratégies familiales ou de la crise économique. Ce vaste travail met en cause trente ans de politiques éducatives qui, au lieu de résorber les inégalités de naissance, n’ont fait que les exacerber.
On le sait maintenant depuis plusieurs années : d’élève moyen dans les années 2000, l’école française est devenue la plus inégalitaire de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). L’enquête internationale PISA, dont on attend la prochaine mouture en décembre, vient le rappeler tous les trois ans. Baisse des résultats des élèves défavorisés, amélioration du niveau des élites : le fossé se creuse.
L’éducation prioritaire, cause de discrimination négative
Et c’est là une singularité française : la plupart des pays, à commencer par l’Allemagne, la Suisse ou les Etats-Unis, un temps considérés, eux aussi, comme très inégalitaires, ont su mener, ces quinze dernières années, des politiques volontaristes. Encaisser le « choc PISA » et en tirer des conséquences. Pas la France.
La synthèse du Cnesco détaille une « longue chaîne de processus inégalitaires » qui se cumulent et se renforcent à chaque étape de la scolarité : inégalités de traitement, inégalités de résultats, inégalités d’orientation, inégalités d’accès au diplôme et même inégalités d’insertion professionnelle. Limités à l’école primaire, les clivages explosent à partir du collège. C’est, par exemple, à ce niveau-là de la scolarité que les élèves des établissements les plus défavorisés, en fin de 3e, ne maîtrisent que 35 % des compétences attendues en français contre 80 % dans un contexte privilégié. A même niveau scolaire, ils ont deux fois moins de chances d’intégrer le lycée général.
Voilà pour le diagnostic. Mais le Cnesco va au-delà en interrogeant les responsabilités. En premier lieu, la politique des ZEP en prend un coup. Fondée en 1981 sur le principe de la discrimination positive – « donner plus à ceux qui ont moins » –, l’éducation prioritaire aboutit, aujourd’hui, à produire de la discrimination négative : on donne moins à ceux qui ont moins. « Au départ pensé comme temporaire, le dispositif s’est étendu, les moyens se sont dilués, avec des effets de stigmatisation assez forts : dès lors qu’un établissement passe en éducation prioritaire, il y a une désertion des familles pour scolariser leur enfant dans un autre collège », résume Georges Felouzis, sociologue à l’université de Genève.
En éducation prioritaire, la taille des classes n’est pas suffisamment réduite pour avoir un impact : seulement 1,4 élève en moins au primaire ; 2,5 élèves de moins au collège. Les enseignants y sont moins expérimentés : 17 % ont moins de 30 ans dans le secondaire, contre 9 % hors éducation prioritaire. Et beaucoup ne font qu’y passer.
Réquisitoire sévère
Mais là où un tabou tombe, c’est sur la qualité et le temps d’enseignement dispensés. Ainsi, au collège, les enseignants de ZEP estiment consacrer 21 % du temps de classe à « l’instauration et au maintien d’un climat favorable », contre 16 % hors de l’éducation prioritaire et 12 % dans le privé. C’est autant de temps en moins dédié à l’enseignement. Les 4 heures de français par semaine programmées en 3e deviendraient 2 h 30 en ZEP, 2 h 45 hors ZEP et 3 heures dans le privé. Problèmes de discipline mais aussi exclusions, absences d’élèves et d’enseignants, pèsent sur les emplois du temps.
Qualitativement, aussi, le réquisitoire est sévère.
« Les élèves de milieux défavorisés n’ont pas accès aux mêmes méthodes pédagogiques que ceux de milieux défavorisés, souligne la sociologue Nathalie Mons, présidente du Cnesco. En mathématiques par exemple, les tâches sont moins ambitieuses, les attentes plus basses, l’environnement pédagogique moins porteur. »
Et cette différence de traitement est plus importante en France qu’ailleurs.
Pour réduire son noyau dur d’échec scolaire, la France a, au fil du temps, toujours avancé les mêmes recettes par-delà les alternances politiques : plans de relance de l’éducation prioritaire, dispositifs dits de « compensation », ou encore formes diverses d’aide individualisée. Peu efficaces, ces aides ont été malgré tout reconduites dans le temps, faute d’évaluation, explique Nathalie Mons.
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La mixité sociale, grande absente
L’organisme qu’elle préside en a dressé une frise chronologique impressionnante : depuis le « soutien aux élèves » de 6e et 5e institué en 1977, jusqu’à « l’aide personnalisée » instaurée par la réforme du collège de 2016, en passant par « l’aide individualisée » dans années 1990-2000, l’aide au travail personnel, etc. Leur limite est qu’elles « travaillent à la marge de l’école et des heures de cours, soutient le Cnesco, sans changer le quotidien des élèves ni insuffler une véritable pédagogie différenciée au sein de la classe ».
Que penser de ce qui se joue depuis le début du quinquennat, alors que la lutte contre les inégalités a été inscrite au cœur de la loi de refondation de l’école (2013) ? Si le Conseil reconnaît des orientations « encourageantes » – scolarisation des enfants de moins de 3 ans, nouveaux programmes, heures dédiées au travail en petits groupes dans le « nouveau collège » –, il tacle « un défaut de mise en œuvre ».
Surtout, toute politique restera peu efficace si « les écoles et les collèges les plus ségrégués ne font pas l’objet d’une politique volontariste de mixité sociale », estime le Cnesco. Or, la lutte en faveur de la mixité reste le grand absent des politiques scolaires depuis trente ans. Et ce ne sont pas les expérimentations à petite échelle engagées en fin de quinquennat, dans une vingtaine de territoires volontaires, qui sont de nature à amorcer un virage.