Ces coupes dans les budgets des hôpitaux qui vont faire mal

Marisol Touraine a présenté, à huis clos, les 3 milliards d’économies prévues. Quelque 860 millions proviennent de la « maîtrise de la masse salariale », soit l’équivalent de 22.000 postes.

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En pleine épidémie de grippe, cela ferait désordre. En visite aux urgences de l’hôpital La Pitié Salpêtrière à Paris vendredi 27 février, Manuel Valls et Marisol Touraine se sont auto-congratulés d’avoir réagi « avec détermination » et « au bon moment » face au pic de la maladie.

En revanche, le Premier ministre et la ministre de la Santé n’ont pas dit mot sur les économies prévues dans les budgets des hôpitaux d’ici à 2017. Depuis quelques semaines, le gouvernement dispose pourtant du plan détaillé des 10 milliards d’économies sur les dépenses de santé annoncé il y a presqu’un an.

Facture détaillée

Le 2 février, lors d’une réunion à huit clos avenue Duquesne, Marisol Touraine a présenté les efforts demandés aux hôpitaux à quelques hauts fonctionnaires. D’après un document du ministère de la Santé, que Challenges Soir s’est procuré, la facture s’élève au bas mot à 3 milliards sur 3 ans.

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La mutualisation des achats des hôpitaux et l’obtention de meilleurs tarifs auprès des fournisseurs doivent dégager 1,2 milliard. Les baisses de prix des médicaments et des dispositifs médicaux les plus coûteux rapporteraient 350 millions et les synergies liées aux rapprochements entre hôpitaux voisins quelque 450 millions.

Plus sensible, le développement de la chirurgie dite « ambulatoire », sans nuit à l’hôpital, doit générer 400 millions et la réduction des durées d’hospitalisation 600 millions. Le ministère affiche un objectif ambitieux de 57% d’opérations effectuées en ambulatoire en 2017, contre 43 % aujourd’hui, et estime à 15.000 le nombre de « réhospitalisations » qui pourraient être évitées.

« Le sujet est explosif, confie un connaisseur du dossier, puisque ces gains reposent majoritairement sur la réduction des dépenses de personnel ». Le ministère de la Santé table sur une « maîtrise de la masse salariale » de l’ordre de 860 millions soit l’équivalent de 22.000 postes et 2% des effectifs de la fonction publique hospitalière.

Médecins surveillés

Les médecins des hôpitaux seront mis à contribution sur d’autres postes budgétaires. Comme leurs collègues libéraux, ils devront prescrire de plus en plus de médicaments génériques et limiter les examens redondants. Les enjeux ne sont pas minces. L’amélioration de la pertinence des soins doit permettre d’économiser 3,1 milliards sur l’ensemble des dépenses de santé et la montée en puissance des génériques et biosimilaires 1,3 milliard. Le reste des efforts concerne les établissements médico-sociaux (500 millions), les baisses de prix des médicaments (1,6 milliard) et les gains sur les dispositifs médicaux et prothèses (250 millions). Autant de mesures délicates à annoncer au lendemain de la plus forte grippe à l’œuvre depuis 5 ans.

Contacté, le cabinet de Marisol Touraine n’a pas souhaité répondre aux questions de « Challenges ».

Laurent Fargues

Source :  ChallengeSoir 28 02 2015

Pour nos droits culturels – par Ferdinand Richard, directeur de l’AMI

Les débats législatifs actuels sur la nouvelle répartition des compétences culturelles (loi NOTRe) viennent d’être le théâtre d’un triste chassé-croisé entre Sénat et Assemblée Nationale, bafouant les engagements internationaux culturels de la France, et, au passage, mettant en porte-à-faux le pouvoir exécutif. Certes, ce genre de retournement est au coeur de la mécanique législative. Encore faut-il qu’il s’inscrive dans le respect des lois ratifiées par notre pays.

Dans un premier temps, à la lueur des engagements internationaux de la France, le Sénat, dans un bel effort, a logiquement adopté un amendement sur les droits culturels :
“Sur chaque territoire, les droits culturels des citoyens sont garantis par l’exercice conjoint de la compétence en matière de culture, par l’État et les collectivités territoriales.”

Cet amendement a été ensuite rejeté par les députés, non pas à l’endroit de la compétence, mais au motif de l’existance douteuse de ces droits culturels.
Ainsi, Monsieur Patrick Bloche, Président de la Commission Culture de l’Assemblée Nationale, déclare à la tribune: « On peut parler de droit à la culture pour tous mais « droits culturels » n’est défini dans aucun texte en tant que tel », et Monsieur le Député Travert, rapporteur, ose ajouter: « Il est quand même difficile de faire référence à des droits qui ne sont identifiés dans aucun texte à l’heure d’aujourd’hui ».

Ces déclarations sont ignorantes des textes d’engagement internationaux signés par la France dans le sens de la reconnaissance des droits culturels (par exemple, article 5 de la Déclaration Universelle sur la Diversité Culturelle de 2001: « L’épanouissement d’une diversité créatrice exige la pleine reconnaissance des droits culturels, tels qu’ils sont définis à l’article 27 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et aux articles 13 et 15 du Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux et Culturels », ou, mieux encore, article 1 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme: « Tous les êtres humains sont égaux en dignité et en droit »… garantir l’égalité en dignité, c’est reconnaitre le droit de chacun d’échapper à toute Culture dominante).

De surcroît, elles sont proprement ahurissantes dans la bouche de dignes représentants du peuple, et donnent à penser qu’au-delà de l’ignorance, des forces de lobby sont à l’oeuvre pour empécher la reconnaissance de ces droits.

On pourra les trouver autant auprès des jusqu’au-boutistes du jacobinisme, arc-boutés sur la négation des langues régionales par exemple, qu’auprès des monopoles globaux de l’Industrie des Loisirs, pour qui « diversité culturelle » est synonyme de fragmentation du marché et donc de perte de profit.

Il ne faudrait pas croire que l’impact de ces crispations se limite aux seules luttes de pouvoir entre Etat et pouvoirs locaux, ou ne revèterait d’intéret que pour « les professionnels de la profession ».

Nous sommes tous concernés.

Les artistes créatifs et leurs opérateurs, les habitants désireux de pratiquer les Arts, les entreprises culturelles locales, impatientes de s’affranchir du joug des monopoles globaux des Loisirs, les patrimoines des communautés locales et leur légitime soif de reconnaissance, les associations et les collectivités désireuses de participer à « la sono mondiale », les descendants d’immigrés en quète de reconnaissance, en un mot l’ensemble de la population résidant dans l’héxagone va souffrir des dernières décisions de l’Assemblée Nationale en la matière, sans parler des dommages induits que subiront nos actions culturelles à l’international, déjà bien insatisfaisantes si l’on en croit le rapport 2013 de la Cour des Comptes.

Surtout, pour un certain nombre de lanceurs d’alerte culturelle s’interrogeant sur la place de la Culture dans le mécanisme de l’intégration républicaine, et au moment où il ne fonctionne plus aussi bien que les français de souche aiment à le croire (les tragiques évènements de janvier viennent de le démontrer de manière implacable), ce nouveau reniement dépasse le seul débat législatif pour témoigner de l’affaiblissement général de nos politiques culturelles à la française, celles dont récemment encore nous nous piquions de fertiliser les autres Cultures dans le monde, avec une pointe de suffisance, .
La question ne s’arrète pas à la compétence culturelle. Il faut reprendre tout le métier.

Le plus triste dans ce débat, c’est qu’il crée une division entre défenseurs de la création artistique et militants des Droits Culturels. Les anathèmes fusent (« élitisme », « populisme », « corporatisme », « instrumentalisation »), comme si l’on pouvait ignorer que l’un ne va pas sans l’autre.

La dignité de la personne s’appuye sur les Droits Culturels, et la liberté de création aussi.

J’habite les quartiers nord de Marseille depuis 26 ans.

Co-fondateur de la Friche Belle-de-Mai, je suis au quotidien depuis 23 ans les tentatives des habitants de ces quartiers, jeunes et plus tout jeunes, pour élaborer tant bien que mal « leur » Culture (forcément hybride), seule viatique pour un dialogue respectueux, digne et gratifiant, sans lequel toute idée d’intégration à la République est vaine.

J’ai compris trois choses:
– Certains d’entre eux peuvent devenir les artistes excellents dont notre pays tire profit d’image, sans retour sur investissement (sur un euro gagné par tel danseur contemporain « issu de la diversité » reconnu internationalement, combien retournent dans son quartier d’origine sous forme d’investissement public pour la Culture?)

– Il est inapproprié (voire téméraire !) de pénétrer ces quartiers dans la posture de l’expert artistique qui « apporterait la Culture à ceux qui n’en ont pas ». C’est une insulte faite aux Droits Culturels des habitants. Mettons fin à l’humanitarisme culturel, à l’occupationnel culturel, à la fausse « Culture pour tous », à l’indiscutable échec de « l’accès à la Culture » (laquelle?), à la domination du soi-disant Beau sur le soi-disant Moche (qui décide?), au mensonge sur « le rapprochement des publics » (séparés par un gouffre sociologique que plus aucun cache-sexe n’arrive à escamoter)…

– De nombreuses causes de conflit dans le monde sont d’ordre culturel. La disparition de véritable politique culturelle publique dans ces quartiers a été remplacée par diverses dérives totalitaires, religieuses ou pas, toutes capables de générer les plus grandes violences (et par ailleurs toutes très attentives au formatage culturel, mais pas celui de la République !). Ceux qui ont acté la disparition de la Politique de la Ville dans les années 90 en partagent pleinement la responsabilité, et leurs commentaires théâtraux sur les tragiques évènements de janvier mériteraient une certaine retenue.

Bref, quelques soient les effets de manche des uns et des autres, je le confirme: vu d’ici, la Culture est bien à deux vitesses, elle est bien au service du prestige national, elle n’est pas un Droit.

Dans un pays où le Ministère de la Culture est aussi celui de la Communication, où certaines régions (la mienne) se dotent d’un Vice-Président à la Culture qui est aussi celui du Tourisme, où l’on brade la diffusion des oeuvres à des quasi-monopoles, prétendre que, comme au bon vieux temps des années soixante,  les Politiques Culturelles actuelles (ou le mille-feuille qui en tient lieu) suffisent à garantir à la Culture une place centrale dans la construction du Citoyen est une chimère.

Au bout du compte, la Culture est bien réduite à un objet que l’on consomme (quand on en a les moyens) après une journée de travail bien remplie.

Elle sera peut-être demain propagande officielle au service d’un pouvoir autoritaire ultra-centralisé.

Dans le même temps, loin de la capitale, de nombreuses raisons, non seulement philosophiques, européennes mais aussi technologiques, pousseront de plus en plus les bassins de population à participer au Monde, c’est-à-dire à être attractifs non seulement vis-à-vis de l’extèrieur, mais aussi vis-à-vis de leur propre jeunesse, à tirer profit (au sens noble) des compétences créatives de chacun.

Ces populations ne sauraient atteindre leur objectif sans affranchir leur politique culturelle du modèle jacobin, sans l’amarrer solidement sur les quelques textes universels et fondateurs dont Messieurs Bloche et Travert n’ont pas connaissance.

Un jour ou l’autre, à partir de la somme de ces politiques culturelles locales, le processus européen, préoccupé par sa paix interne tout autant que par la répartition équitable des biens communs sur son territoire, sera inévitablement conduit à proposer un cadre culturel global.

Par la négociation, (cf. Jean Michel Lucas: « la palabre »), nous devrons nous assurer, quelque soit la répartition administrative des compétences, que cette construction se fera du bas vers le haut et non l’inverse, et qu’elle respectera l’autonomie, la dignité et le geste artistique du plus humble d’entre nous, fût-il dans le territoire le plus périphérique de l’Union.

A ce jour, je ne vois pas de mission plus noble pour les parties prenantes à la Culture.

 

Ferdinand Richard

PS: Je me tiens volontiers à disposition de Messieurs Bloche et Travert pour accompagner une salutaire remise en jambes lors du Forum Mondial de la Culture organisé par CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis, le plus grand réseau mondial de pouvoirs locaux, porteur de l’Agenda 21 de la Culture) à Bilbao les 19 et 20 mars prochains.

Ferdinand Richard est directeur/fondateur de l’A.M.I. à Marseille. Plateforme de développement culturel local, cette structure originellement dédiée à la musique propose depuis 30 ans de nombreux ateliers de formation, des résidences d’artistes, des festivals, un incubateur d’entreprises culturelles, etc… et présente un important volet de coopération internationale (Afrique, Moyen-Orient, Russie, Asie, Amérique Latine).

– Membre de la Friche Belle-de-Mai/Marseille depuis son origine, en 1992, et associé à sa direction pendant 8 années, il est aussi président du Fonds Roberto Cimetta pour la mobilité des artistes et opérateurs entre Europe et Monde Arabe.

– Il a été de 1996 à 1999 président du Forum Européen pour les Arts et le Patrimoine (aujourd’hui Culture Action Europe), plate-forme de réseaux culturels européens, et de 2001 à 2004 président du Conseil d’Orientation du Certificat Européen en Management Culturel, Fondation Marcel Hicter/Bruxelles.

– Il est membre du Conseil d’Administration de l’Observatoire des Politiques Culturelles, et intervient depuis de nombreuses années dans plusieurs universités/écoles supérieures, Lyon, Grenoble, Bordeaux, Alexandrie, Fribourg, etc…

– Depuis 2006, il est aussi collaborateur/expert de la commission « Agenda 21 de la Culture » de CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis), et depuis 2010 coordinateur du panel d’experts du Fonds International pour la Diversité Culturelle de l’UNESCO.

– de 2007 à 2010, il a été responsable national de la Commission Culture du parti EELV.
– Il a mené pendant près de 20 ans une carrière de musicien et producteur.

Source Blog Médiapart de l’AMI (Aide aux musiques innovatrices 20/02/2015

Voir aussi : Actualité France, rubrique Politique culturelle,

Jean Ziegler : La conscience humaine est une force révolutionnaire

Jean Ziegler "La société civile planétaire, cette mystérieuse fraternité de la nuit, oppose à la dictature du capital financier globalisé une résistance fractionnée mais efficace " © Hermance Triay

Jean Ziegler « La société civile planétaire, cette mystérieuse fraternité de la nuit, oppose à la dictature du capital financier globalisé une résistance fractionnée mais efficace. »
© Hermance Triay

Dans Retournez vos fusils ! le sociologue suisse choisit clairement son camp et livre des éléments d’analyse concrets pour comprendre et résister à la barbarie libérale.

Rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation, aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, Jean Ziegler est professeur émérite de sociologie à l’université de Genève. Son dernier essai apporte des clés pour comprendre notre situation et indique les voies d’action pour sa transformation.

Retournez les fusils ! Choisir son camp : vous n’y allez pas par quatre chemins…

La dictature du capital financier globalisé qui asservit aujourd’hui l’humanité non plus… Nous vivons dans un ordre cannibale du monde : toutes les cinq secondes un enfant en dessous de 10 ans meurt de faim, presque 1 milliard d’êtres humains sont mutilés par une sous-alimentation grave et permanente, alors que d’immenses richesses s’accumulent dans les mains d’une mince oligarchie quasi toute puissante.

Selon la Banque mondiale, en 2014, les 500 plus puissantes sociétés privées transcontinentales, tous secteurs confondus, ont contrôlé 52,8% du produit mondial brut, Ces « gigantesques personnes immortelles », comme les appelle Noam Chomsky, échappent à tout contrôle étatique, syndical, social, etc. Elles fonctionnent selon un seul principe : celui de la maximalisation du profit dans le temps le plus court.

Contre cet ordre absurde et meurtrier, les Etats eux-mêmes, surdéterminés par les oligarchies du capital financier, sont impuissants. Les faits sont accablants, les risques encourus énormes. Les fusils dont il est question dans le titre de mon livre sont les droits démocratiques dont nous disposons dans les pays dominateurs.

Aujourd’hui, « faire ce qu’on veut et vouloir ce qu’on fait est devenu quasiment impossible » soulignez-vous. Ce regard critique réconforte, en quoi peut-il porter remède à ce monde malade ?

Connaître l’ennemi, combattre l’ennemi », telle était l’injonction de Jean-Paul Sartre. C’est la tâche de l’intellectuel, mais aussi de tout démocrate : faire l’effort d’étudier le capitalisme financier globalisé dans ses moindres stratégies, confronter celles-ci à l’intérêt général, choisir son camp, rallier les mouvements sociaux. Mon livre veut être une arme pour l’insurrection des consciences à venir.

Vous évoquez l’utilité des intellectuels. Faut-il mettre en regard leur rôle avec la régression de l’histoire des idées depuis plus de trois décennies ?

Ces trente ans écoulés ont vu l’effondrement du bloc soviétique, dont l’influence couvrait la moitié de la planète, l’unification économique du monde, le tsunami du néolibéralisme qui a dévasté l’idée de l’État-providence, privatisé le monde, tenté d’anéantir les politiques publiques, d’enchaîner les pays dépendants de l’hémisphère sud. Le triomphe de l’idéologie néolibérale correspond à une véritable contre-révolution qui a aussi ravagé les intellectuels.

En vertu des « lois naturelles » de l’économie, dites-vous, le but de toute politique est la libéralisation complète des mouvements de capitaux, marchandises et services. Le reste serait une histoire d’emballage ?

Oui, c’est le grand succès de l’idéologie néolibérale que de réussir à faire croire que l’économie obéit à des «lois naturelles», que la privatisation et la libéralisation, autrement dit la suppression de toute forme de contrôle public, crée le terrain favorable à l’expansion de l’économie, que la pauvreté des uns et l’extrême richesse des autres découlent d’une fatalité contre laquelle toute résistance serait vaine, que c’est à l’apogée de l’expansion que se fait « naturellement » la redistribution

En Europe, on commence à se rendre compte du danger mortel de cet « emballage » idéologique. On réalise progressivement qu’il soumet les gouvernements et les citoyens à ces forces économiques aveugles.

L’idéologie néolibérale est-elle le socle du retour du racisme et de la    xénophobie ?

Le désespoir qu’il provoque, oui. Racisme et xénophobie d’un côté, sentiment d’exclusion et d’apartheid de l’autre. En France, la droite française connaît une scission importante entre son courant gaulliste en train de disparaître et son aile néoconservatrice qui s’aligne sur la montée de l’extrême droite en Europe.

Dans ce contexte, l’unité républicaine prend-elle sens ?

Oui, toute unité républicaine vaut mieux que l’extrême-droite au pouvoir. Mais elle ne peut pas durer sans changement profond de la société, de l’économie, de la politique, sans retour de la souveraineté populaire. Sinon la République, la nation, l’héritage formidables de la Révolution française, seront bientôt des coquilles vides.

Comment la gauche de gouvernement qui adopte le langage néolibéral pourrait-elle produire un récit alternatif ?

Telle qu’elle est jusqu’à ce jour, c’est sans espoir. Il faudrait un sursaut gigantesque au PS, je ne l’en crois pas capable.

Que vous évoque les attentats terroristes survenus à Charlie Hebdo et dans le supermarché casher ?

Un antisémitisme nauséabond monte en France. Mais aussi dangereux, au moins à égalité, est l’anti-islamisme. Entre le gouvernement soi-disant socialiste et un grand nombre de Français d’obédience musulmane, le contrat social, le lien de confiance sont fragilisés. C’est sur le terreau de la misère que prospère le monstre djihadiste.

Alors que peut, que doit faire le gouvernement français ? Essayer, par des investissements sociaux massifs, de briser l’isolement et la misère économique des millions d’habitants des banlieues sordides, dont une importante partie sont des musulmans. Prendre enfin sur la tragédie du peuple martyr de Palestine une position officielle claire : non à la colonisation et au terrorisme d’Etat du gouvernement Netanyhaou, oui à la création d’un Etat palestinien souverain.

Où situez-vous la relève ?

La société civile planétaire, cette mystérieuse fraternité de la nuit, oppose à la dictature du capital financier globalisé une résistance fractionnée mais efficace. Elle est composée par une myriade de mouvements sociaux, locaux ou transcontinentaux : tels Via Campesina, qui organise, du Honduras jusqu’en Indonésie, 141 millions de petits paysans, métayers, éleveurs nomades, travailleurs migrants, ATTAC, qui tente de maîtriser le capital spéculatif, Greenpeace, Amnesty international, les mouvements de femmes, etc.

Tous ces mouvements organisent patiemment le front planétaire du refus. Je suis persuadé qu’en Europe aussi l’insurrection des consciences est proche. Il n’y a pas d’impuissance en démocratie. La conscience de l’identité entre tous les hommes est une force révolutionnaire. La nouvelle société civile planétaire n’obéit ni à un comité central ni à une ligne de parti. L’impératif catégorique du respect de la dignité humaine de chacun est son unique, mais puissant moteur.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Retournez les fusils ! Choisir son camp, Ed. du Seuil, 2014.

Source : La Marseillaise 16/02/2015

Voir aussi : Actualité internationale, Rubrique Rencontre, rubrique Livre, Essai, rubrique Politique, Politique Internationale, Société civile, rubrique Science, Science politique, rubrique Société, Citoyenneté, Droit des femmes, Pauvreté, Santé,

Terrorisme: l’UE confirme son refus d’un Patriot Act…

Photo Reuter.

Photo Reuter.

Par Jean Quatremer correspondant de Libération

L’Ukraine et la Grèce ont quelque peu éclipsé, lors du Sommet européen de jeudi, à Bruxelles, la lutte contre le terrorisme. Néanmoins, un mois tout juste après les attentats de Paris, les 28 chefs d’État et de gouvernement ont affiché leur détermination à « combattre » les « ennemis de nos valeurs » en adoptant un plan d’action qui se concentre surtout sur l’aspect préventif (identification et contrôle des suspects, lutte contre la propagande extrémiste sur le net et la radicalisation dans les prisons, contre-propagande, échanges systématiques d’informations entre les services via Europol et Eurojust, lutte contre le trafic d’armes et le financement du terrorisme, etc.), l’aspect répressif ayant déjà été largement traité au lendemain du 11 septembre 2001 (mandat d’arrêt européen, harmonisation de la répression du terrorisme, lutte contre le blanchiment d’argent, etc.). Pour l’Union, il s’agit d’éviter de porter atteinte à ses libertés fondamentales en sombrant dans le tout répressif, ce qui serait tomber dans le piège des terroristes.

 En dépit de cette volonté affichée, il n’est pas du tout certain qu’elle y parvienne, comme le montre le projet de fichier « PNR » (passenger name record) destiné à centraliser les renseignements recueillis par les compagnies aériennes sur leurs passagers (nom, prénom, adresse, téléphone, courriel, moyen de paiement, bagages, programme de fidélité, etc.). Selon la Commission et les États membres, il est censé permettre l’identification de suspects jusqu’alors inconnus en fonction de leur profil voyageur, les fichiers européens existants (Système d’information Schengen, Système d’information sur les visas et Système d’entrée/sortie des non-ressortissants communautaires) ne concernant que des personnes identifiées. Créé aux Etats-Unis à la suite du 11 septembre, ce fichier n’a toujours pas vu le jour dans l’Union à cause de l’opposition d’une majorité du Parlement européen (gauche radicale, verts, socialistes et libéraux) qui s’inquiète des atteintes aux libertés individuelles.

De fait, il recensera tous les passagers, européens ou non, empruntant des vols nationaux, intra-européens et internationaux, alors que PNR américain ne s’intéresse qu’aux vols internationaux. Pour l’eurodéputée écologiste Éva Joly, ce fichier instituera « une surveillance généralisée qui ne préviendra pas les actes terroristes (mais) engendrera des démocraties fragiles qui pourraient être tentées par des dérives ». Surtout, les eurodéputés ne sont pas du tout convaincus de son utilité, les auteurs des attentats de Paris étant parfaitement connus des services français…

Au minimum, le Parlement exige de fortes garanties qui ne se trouvent pas dans le texte actuel déposé en 2011 : « pour être acceptable à nos yeux, la solution retenue doit (…) être conforme au droit et au principe de proportionnalité et prévoir des mesures vigoureuses pour la protection de nos droits fondamentaux », a rappelé, jeudi, devant les Vingt-huit, Martin Schulz, le président de l’europarlement. Les chefs d’État et de gouvernement se sont dits prêts à accepter des « garanties solides en matière de protection des données », ce qu’ils refusaient jusqu’à présent. Pour un diplomate français, il s’agira d’adapter le texte « à la marge », par exemple en précisant mieux qui aura accès aux données ou en prévoyant une formation de ceux qui y auront accès…

Un second dossier, tout aussi emblématique, est celui de l’espace de libre circulation Schengen, que certains voudraient remettre en cause. « Si on veut garder Schengen, il faut que la frontière extérieure soit un moyen de contrôler qui vient et qui part », a prévenu François Hollande, le chef de l’État français. De fait, actuellement, les contrôles des citoyens européens qui rentrent dans l’espace Schengen ne sont pas systématiquement contrôlés, ce que les États voudraient changer. Mais la Commission, soucieuse de ne pas remettre en cause les droits des citoyens européens, n’y est guère favorable.

N.B. 1 : J’ai été interviewé sur France Culture sur ce sujet. C’est ici.

N.B. 2 : Version longue de mon article paru dans Libération du 14 février.

Source : Blog Coulisses de Bruxelles 15 février 2015

Voir aussi : Rubrique UE, rubrique Politique, Politique internationale, Politique de l’immigration, Société civile, rubrique Société, Citoyenneté,

Festival Voix de la Méditerranée. Plume poétique sous le plomb de l’austérité

downloadFestival. A Lodève, la mobilisation pour les Voix de la Méditerranée ne désarme pas. La voilure de l’événement devrait se réduire avec l’espoir que le vent vienne.

Rarement une ville de moins de 10 000 habitants aura fait une telle place à la poésie. Cette fenêtre ouverte sur les cultures méditerranéennes dans l’esprit d’un vivre ensemble participatif semble avoir atteint ses objectifs auprès des citoyens comme au sein des différentes appartenances culturelles présentes sur le territoire.

Depuis mi-janvier, date à laquelle la Communauté de communes du Lodèvois-Larzac préconisait un gel de l’organisation, les qualités du festival sont à l’origine d’une mobilisation pour le maintien des Voix de la Méditerranée sur ce territoire. Lancée par l’association Voix amies de la Méditerranée, la pétition de soutien à cet événement singulier a recueilli à ce jour 6 000 signatures.

« L’équipe du festival travaillait depuis plusieurs mois sur le prochain festival, explique la présidente de l’association Danielle Poletti, alors nous nous sommes invités au Conseil communautaire pour en savoir plus et nous avons appris que les élus travaillaient à un projet culturel de substitution. Les poètes coûtent trop cher… »

Les menaces se confirment dans un communiqué daté du 3 février de ladite Communauté de communes : « Oui, la situation est difficile. Oui, les Voix telles que nous les avons connues, n’existeront plus. »

Mais il en faut plus pour désarmer les amis du festival qui organisent des marches dans la ville. « Le festival dispose d’une véritable identité. Durant la manifestation les gens ouvrent leur cour, hébergent des poètes chez eux. Grâce à cet événement des écrivains et des artistes sont venus s’installer aux alentours de Lodève. On est sur une vraie dynamique y compris économique », défend Danielle Poletti.

« En annonçant une subvention de 70 000 euros le président André Vezinhet prend une position de principe pour maintenir une ambition culturelle de qualité sur cette partie du territoire, souligne le vice-président du Conseil général, en charge de la culture Jacques Atlan. Nous souhaitons que le festival se poursuive mais notre contribution sera-t-elle suffisante ? »

Cela, c’est encore difficile de le dire. La Communauté de communes Lodévois et Larzac appuie globalement sa décision sur la baisse des dotations de l’Etat estimée à 1,9 million d’euros sur 3 ans. Durement frappée par les restrictions budgétaires, elle juge indispensable de faire 400 000 euros d’économie en 2015.

« J’ai engagé une démarche auprès de l’Etat et des parlementaires sur cette question car j’estime que nous sommes anormalement impactés par les réductions budgétaires qui passe de 1 million à 150 000 euros, indique la présidente et maire de Lodève Marie-Christine Bousquet :

 » Notre politique culturelle reste un objectif prioritaire mais nous sommes contraints de faire des choix. Dans ce cadre, je me dois de privilégier la dimension structurelle avec la rénovation du Musée de Lodève et la construction d’une médiathèque qui bénéficieront à la population toute l’année. Notre contribution au festival sera réduite. Elle passe cette année de 260 000 à 100 000 euros. Ce qui permettra de maintenir la manifestation mais sous une forme plus modeste. »

On le dit sans odeur il est souvent dévastateur…

JMDH

Source L’Hérault du Jour : 14/02/2015

Voir aussi : Rubrique Poésie, Voix de la Méditerranée le contenu d’une union , Les mille feux d’une conviction poétique, rubrique Festival, rubrique Politique, Politique Culturelle, rubrique Méditerranée,