Intermittents les «pas de fourmis» de Valls

421502_548450791855279_961178731_nTentative de sortie de crise dans un contexte politique tendu pour le Premier ministre Manuel Valls qui a reçu mercredi le rapport des trois sages sur les Intermittents du spectacle. La dernière convention d’assurance chômage avait provoqué la colère des intermittents du spectacle et précaires qui avaient perturbé la saison des festivals estivaux. Au coeur de la crise, alors que le monde de la culture ne décolérait pas contre l’accord du 22 mars 2014, le Premier ministre avait confié une mission de concertation au député Jean-Patrick Gille, à l’ancienne codirectrice du Festival d’Avignon, Hortense Archambault et à l’ancien directeur général du travail, Jean-Denis Combrexelle. L’objectif visait notamment à trouver un cadre pérenne aux annexes 8 (techniciens) et 10 (artistes) de l’Unedic.

Jusqu’à présent, leur existence pouvait être remise en cause à chaque renégociation de l’assurance chômage, qui était gérée exclusivement par le patronat et les syndicats représentatifs au niveau interprofessionnel. « Elles seront demain inscrites dans la loi comme une composante obligatoire des conventions d’assurance chômage », a déclaré le chef du gouvernement lors d’une conférence de presse hier à Matignon.

« Les partenaires sociaux représentatifs du spectacle et de l’audiovisuel seront invités à négocier les paramètres propres au régime d’indemnisation des intermittents », a ajouté le Premier ministre. Si elle ne donne pas un blanc-seing à ces perspectives Eva Loyer, secrétaire général de la CGT Spectacle très active dans le cadre de la coordination des intermittents et précaire L-R cet été y voit quelques  signes positifs : « Les déclarations du Premier ministre manquent de précision. Il est utile d’associer les représentants des intermittents et les entreprises de spectacles au côté des centrales syndicales car contrairement au Medef, ce sont des partenaires représentatifs de la profession.»

Concernant le maintient du budget de la culture, le chef du gouvernement a annoncé le dégel des 8% des crédits d’État ainsi que le maintien du budget en 2015 et une augmentation en 2016 et 2017. « Pour les structures conventionnées, le dégel offre une petite bouffée d’air, souligne Eva Loyer mais la crise des budgets est surtout liée aux baisses accusées et repercutées par les collectivités territoriales qui représentent 70 à 80% des financements de la culture

Parmi les points qui restent flous et demeurent des sources de désaccords, la question des délais de carences pour le versement des indemnisation n’est pas tranchée. Pour l’heure, ils restent temporairement pris en charge par l’Etat, jusqu’à la négociation de la prochaine convention d’assurance chômage prévue au premier semestre 2016. Cet engagement, pris durant la crise pour faire descendre le thermomètre ne passe toujours pas « Ce n’est pas à l’État de prendre en charge cette mesure injuste sur les deniers publics ». Sur la question des 507 heures en douze mois, slogan de la Coordination des intermittents et précaires (CIP) depuis 2003, le rapport démontre que c’est économiquement possible mais il semble bien que la décision politique demeure conditionné par le bon vouloir du Medef et les syndicats signataires de l’accord.

Le gouvernement isole la discussion des annexe 8 et 10 de la convention chômage. La perspective d’une entente des partenaires sociaux sur cette question n’est pas acquise. « On ne négociera pas avant 2016 », a indiqué Véronique Descacq de la CFDT. Le mouvement parti de Montpellier demeure localement comme un foyer de braises en hibernation…

JMDH

Repères

Le coût des mesures
L’Unedic a été mise à contribution dans le cadre de la mission de concertation, afin d’évaluer toutes les pistes de réforme. Deux experts indépendants, Jean-Paul Guillot, économiste et auteur de deux rapports sur l’intermittence, et Mathieu Grégoire, maître de conférences en sociologie à l’université d’Amiens ont été associés. Il en ressort, qu’un retour aux 507 heures en douze mois, entraînerait un surcoût évalué entre 35 et 40 millions d’euros – loin des 170 millions d’euros avancés par l’Unedic en juin 2014. Le modèle de la Coordination gagne une reconnaissance officielle et génère les économies escomptées par les partenaires sociaux, à savoir une centaine de millions d’euros.

Source : L’Hérault du Jour 08/01/2014

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La région Languedoc-Roussillon pôle national de l’immigration

455443-558024Histoire. Susana Dukic compose un récit passionnant sur l’Histoire des hommes et des femmes migrants en s’intéressant aux modes de vie qui composent notre identité collective.

Susana Dukic historienne chercheuse coopérante à l’ISCRA méditerranée signe la synthèse historique  « L’immigration en Languedoc-Roussillon du XIXe siècle à nos jour ».

A partir de quelle matière avez-vous effectué vos recherches ?

Je me suis appuyée sur une masse de connaissances disponibles sur l’immigration dans la région provenant de bases de données comme celle de la Bnf, de bibliothèques universitaires ainsi que de travaux non publiés.

Ce qui permet de faire immerger des aspects oubliés comme celui des femmes ?

Oui, on a longtemps cru que l’immigration était une histoire d’hommes venus pour vendre leur force de travail face à un appareil productif qui en avait besoin ; une forme de recours rapide, efficace, moins cher et souple pour les employeurs et les pouvoirs publics. En réalité il y a toujours eu plus ou moins 40% de femmes qui pèsent sur la trajectoire de leur mari ou de leur frère mais sont restées un point aveugle de l’historiographie.

On assimile souvent la population étrangère à une main-d’œuvre complémentaire comment définissez vous l’immigration ?

Ce peut être une situation qui correspond au déplacement d’une personne qui franchit une frontière mais dans le cas des déplacements coloniaux par exemple cela ne fonctionne plus. Les descendants d’immigrés représentent  en France un habitant sur quatre. Le terme immigré revêt des définitions variables selon à qui on l’applique. Je pense qu’un immigré est avant tout quelqu’un perçu comme tel. On est immigré dans le regard de l’autre.

Comment avez-vous abordé les nationalités concernées sur deux siècles d’Histoire ?

On est pour l’essentiel sur une immigration de voisinage avec des flux importants en provenance de d’Espagne liés aux soubresauts politiques de la monarchie puis la guerre civile et d’Italie liés à la dépression agricole. Les vagues migratoires arrivent différemment dans la Région. L’Histoire de l’immigration est liée à l’économie de production comme la viticulture ou l’exploitation minières dans le Gard ou portuaire à Sète. L’immigration est également favorisée par les crises démographiques comme à la fin de la Première guerre mondiale. Au lendemain de la Seconde guerre, on assiste à de nouvelles vagues d’immigration en provenance d’Espagne et du Portugal mais aussi des pays en voie de décolonisation. L’Algérie et le Maroc, renouvellent la composition de la population régionale.

Vous évoquez aussi les tentions xénophobes parfois attisées par la presse…

A la fin du XIXe, le sentiment national français s’est développé et l’immigration se pose comme une question politique. Dans le même moment, la presse s’en saisit. Le phénomène resurgit avec la crise des années 30 puis dans les années 90 dans le contexte mis en œuvre par la politique d’intégration.

Quels sont les enjeux de mémoire de l’immigration au niveau régional ?

Les pouvoirs publics se sont saisis tardivement des histoires de l’immigration. La commémoration de la Retirada par la Région il y a quelques années a renvoyé l’image d’une vague migratoire méritante et très bien reçu par la  communauté concernée mais ce n’est pas sans danger car cela peut renvoyer aux autres qu’ils ne font pas suffisamment d’efforts alors que le contexte n’est pas le même.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Immigrés espagnols. Photo Paul Lancrenon  Susana Dukic. Photo Rédouane Anfoussi

Deux siècles d’immigration en L-R

Dans l’optique d’ouverture de la Cité nationale de l’Histoire de l’immigration, les pouvoirs publics avaient lancé un programme de recherche coordonné par Gérard Noiriel pour réaliser une synthèse historique régionale de l’immigration. Le projet a été gelé mais l’historienne Susana Dukic l’a mené à terme. En 2011, la DRAC L-R et le Conseil Régional ont eu l’heureuse idée de soutenir le projet de publication de cette synthèse historique.
L’immigration en Languedoc-Roussillon est un ouvrage qui retrace l’Histoire de centaines de milliers d’immigrants qui se sont succédé de façon temporaire ou définitive dans la région sur plus de deux siècles.

En matière d’immigration le Languedoc-Roussillon présente un certain nombre de singularités : alors qu’au niveau national, le recours à la main-d’œuvre étrangère est calqué sur les rythmes de la production industrielle, l’immigration en Languedoc-Roussillon est liée au travail de la terre en général et de la vigne en particulier. La région constitue un des pôles nationaux de l’immigration au XXe siècle, en particulier durant l’entre de deux guerre. Elle se singularise enfin par la prépondérance de l’immigration d’outre-méditerranée durant près de 150 ans, et, plus récemment par le poids de l’immigration marocaine.

L’ouvrage conclut sur le poids des discriminations, que des enquêtes sociologiques conduites dans la région ont démontré dès le début des années 1990, et questionne le sens des projets d’action culturelle en lien avec les mémoires des immigrations régionales qui s’y sont multipliées ces dernières années. Un ouvrage de référence qui propose un état des connaissances dans un style accessible aux étudiants, aux professionnels et plus largement à tous les citoyens que la question intéresse.

Disponible aux éditions Trabucaire au prix de 15 euros.

Source : L’Hérault du Jour :

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Les grands auteurs classiques ibériques

don-quichotte-1957-1972-01-gRencontres littéraires. Une proposition de Cœur de livres en préambule de la
Comédie du livre qui célèbrera en 2015 les littératures espagnoles et portugaises.

Du 29 au 31 mai 2015, la  Comédie du livre fêtera ses 30 ans. Cette édition exceptionnelle aura pour invitée la littérature ibérique. Fidèle à sa vocation de promouvoir le livre et la lecture dans la ville et à la vitalité des libraires associées à cette démarche, l’association Cœur de livres propose au grand public un cycle de rencontres littéraires mensuelles.

L’occasion de redécouvrir les auteurs classiques des pays mis à l’honneur (Espagne et Portugal en 2015) lors de la manifestation. Ces rencontres sont une opportunité pour appréhender le patrimoine littéraire des pays invités. Elles permettent en outre de se familiariser avec le corpus littéraire dans lequel les auteurs contemporains invités à Montpellier ont baigné. Après un tour vers le grand Nord l’an dernier, 2015 sonne donc le retour vers la Méditerranée.

Les littératures espagnoles -?basques, castillanes, catalanes, galiciennes?- et portugaises sont  ainsi mises à l’honneur à travers cinq rencontres, à partir de janvier et jusqu’à la Comédie du livre. Chaque rencontre donne lieu à un dialogue entre un intervenant en lien avec l’auteur classique mis en avant et un modérateur.

En préambule de chaque rencontre, le public pourra trouver, dans les librairies partenaires de l’événement, une brochure d’une dizaine de pages présentant l’auteur classique dont il sera question et les différents auteurs présents lors de cette rencontre à travers leurs biographies, accompagnées de l’extrait d’une œuvre lu par des comédiens pendant la rencontre.

Partenaire de l’événement, L’Hérault du Jour consacre une page  pour présenter chaque rencontre également enregistrée par Radio Campus Montpellier.

Au programme 2015
Jeudi 22 janvier : Miguel de Cervantès avec Olivier Weber. Jeudi 26 février : José Saramago avec Carmen Castillo. Jeudi 26 mars :  Luis de Camoes avec Sébastien Lapaque. Jeudi 30 avril : Fernando Pessoa avec Stanislas Grassian. Vendredi 29 mai : Federico Garcia Lorca avec Serge Mestre. Salle Pétrarque à 19h. Entrée libre.

Source : L’Hérault du Jour 30/12/2014

La revanche du Flamenco !

images« Flame » à la Chapelle au cœur d’une l’histoire culturelle revisitée par le trio David Pino Rodrigo Garcia, Serge Monségu.

 Dans le quartier gitan de la cité St Gély La Chapelle a ouvert une zone carrefour. Un labo artistique au sens premier du terme. En résidence l’artiste David Pino de Cordoue, lauréat du concours National de Córdoba y a joué avec les guitaristes et des musiciens de Figuerolles-Gely et de la région. Dans le cadre des soirée Soy cette rencontre a permis de retrouver les racines gitanes et flamenco. Deux jours plus tard, associé à Rodrigo Garcia et à l’ingénieur du son Serge Monségu, le duende de David Pino a dépassé les règles strictes de la tradition. Le trio proposait une performance en rupture avec les représentations traditionnelles.

Venu nombreux le public a pu voir et surtout sentir qu’il est tout à fait possible de se débarrasser du conservatisme lorsqu’on est dépositaire de racines culturelles forte. On retrouve la douleur et la souffrance du chant dans la voix d’un clown à l’allure maléfique qui démarre à capela. Pas de danseuse aux formes voluptueuses mais un autre personnages féminin grimée accompagne le chant à la batterie avec ardeur. Chaque coup de grosse caisse fait défiler un diaporama d’images de film violent, Orange mécanique de Kubrik, Eraserhead de Lynch, et quelques bons films d’horreur de série Z, où la souffrance des âmes trouvent à se repaître.

Lâchage de larsens entêtant et déjanté en guise de notes franches et souples. Avec un corpus poétique en bonus. Tous le tourbillon du flamenco en flammes. Respect !

JMDH

Source : L’Hérault du jour 16/12/2014

 

Dimoné : « J’arrive à me trouver grotesque. »

Concert Rockstore nov 2014. Photo Marc Ginot

Concert Rockstore nov 2014. Photo Marc Ginot

Si c’était une couleur ? Le noir. Si c’était une paire de pompes ? Deux boots. Si c’était une figure du coin ? Dimoné, le rocker poète nourri à la contre-culture. Celles des hautes années du rock montpelliérain, OTH, les Shériffs, les Vierges… A l’époque il sévit à la basse dans Les Sulfateurs espagnols.

« J’étais dans la colonie. Acteur du collectif au coeur d’une énergie palpable dans la musique comme dans les mouvements sociaux étudiants. » Plutôt prudent face au rock français qui s’institutionnalise et la grande trahison de la gauche : « La politique est vouée à décevoir une part de moi qui est farouche. »

Évidemment la vie lui a joué des tours : « J’aimais le mythe du rocker mort à 27 ans mais quand c’est toi et que tu n’es pas mort, comment tu fais ?». Dimoné, difficile à saisir, impossible à fixer, fluctuant, et pourtant toujours Dimoné. Toujours la même métamorphose.

Prendre le risque

Dimoné a fait des expériences sociales diverses. Un père éducateur spécialisé, une mère au foyer : « je viens d’un milieu où on a l’idée qu’il faut travailler. Les métiers du spectacle m’ont accueilli. J’ai appris à monter des estrades pas à me trouver directement dessus

La compagnie de Dimoné est agréable, elle enrichit. Il est profond mais pas triste, prend le risque de vivre et aussi celui de mourir, joue avec cet éternel balancier. « J’ai entrepris la reconquête de mes tourments. Cela m’a ouvert le chemin sinueux des énigmes qui sont en moi maquillées de mystère. Pourquoi je porte la moustache ? Pourquoi cette barbe d’abeille ?», dit-il en se prenant une longue gorgée de bière.

Chez lui, imprudence et imprévu semblent avancer la main dans la main. Il fut un temps où on le voyait sur scène conjurer le temps en dansant, abdominaux à l’air. En novembre son concert au Rockstore tenait d’une autre facture. « J’ai coupé le fil de quelque chose. Je suis moins attaché à ma carcasse. Je n’ai pas le même désir de séduire. J’arrive à me trouver grotesque. »

L’oeuvre se révèle dans le temple du rock montpelliérain mêlant texte, musique, intimité avec le public. « Jouer à Montpellier c’est différent. Je ne fais pas le show parce que je pourrais être dans le public. » Reste le côté sacrificiel du moment de scène. « Il faut que tu correspondes à ce qu’on attend et que tu surprennes. Il faut accepter de se faire manger et manger, passer par la transpiration. Tu t’abîmes, paies de toi, tu disparais un peu à chaque fois. »

Dimoné bâtit sa légende malgré lui. Celle d’un artiste audacieux affrontant les défis de la vie et de son art qui débute par le texte. « D’abord le texte. Puis, quand le matériau mot est là, je le redistribue. L’auteur que j’ai été ventile en étant un peu irrévérencieux avec le texte. Pendant longtemps je pensais faire du rock-n-roll. Je sais aujourd’hui que je fais un métier. »

L’album Bien hommé mal femmé est à caler dans la platine. Dimoné s’exprime par son contraire et son complémentaire. « Ce n’est pas ce qu’on dit qui est intéressant, c’est de le dire.» Un filon en attendant que les dérives nous submergent.

Jean-Marie Dinh

Subchronique

Le bien nommé Dimoné malfamé

IMG_9496-e1413441499991Dimoné, le dandy fumeux, vient de sortir un nouvel album, Bien hommé mal femmée. Le plus souvent, on a l’impression que c’est à nous qu’il s’adresse, qu’il nous parle de conditions de vie connue, sans nous mettre au courant des tristes nouvelles du CAC 40, juste pour parler des choses du monde, en cachant sa peine. De ces choses on ne retient rien ou presque à la première écoute. Après sa voix nous appartient. Le corpus poétique de cet album aborde la question du genre, maintes observations y ont creusé d’invisibles et discrètes lacunes. Main négligente et genoux tremblant, naufrage du corpus dont l’existence se perçoit en creux. Photographie, presque de famille, transformée qui s’envisage comme une expérience de l’extrême, de lanceur de couteaux poussé aux limites de ses possibilités. Une vie d’artiste partagée où l’amour se meut dans les milieux artistiques, oscillant entre poésie, art littérature, théâtre et rock n roll. Reste le jeu de l’illusion. Comme il est illusoire de vouloir rattacher Dimoné à une école. Une forme de fascination, pour la naissance, l’apparition, l’évanouissement, l’incarnation de l’image pour être un objet du monde, quelque chose de noir mais aussi de lumineux.

Voir aussi : Rubrique Musique, rubrique Montpellier, rubrique Rencontre,