Loi travail : la menace d’un recours au 49-3 se précise

Myriam El Khomri, ministre du Travail - Denis Allard/REA

Myriam El Khomri, ministre du Travail – Denis Allard/REA

La discussion à l’Assemblée dure jusqu’à jeudi. Le gouvernement n’a toujours pas de majorité.

Article 49-3, le retour ? La menace avait été brandie par Matignon dès le début du feuilleton de la loi travail, mi-février. Elle avait été aussitôt retirée, après une vague de protestations. Il faut dire que le projet de réforme du Code du travail n’était pas encore passé au Conseil des mi­nistres. Cette fois, le texte est à l’As­semblée. Et dans une version sensiblement différente de l’avant-projet qui a mis le feu aux poudres, provoquant l’ire des députés socialistes et un mouvement social. Après les concessions de l’exécutif à la CFDT et à l’Unef, il est passé sous les fourches caudines de la commission des Affaires sociales, sous la houlette de son rapporteur, Christophe Sirugue.

Toujours pas de majorité

C’est sur cette base que, après une mise en jambes mardi et mercredi dernier , les députés vont entrer dans le vif du sujet ce lundi après-midi. La discussion est prévue pour durer jusqu’à jeudi soir, le vote du projet de loi étant programmé a priori le 17 mai. Mais l’exécutif est confronté à un problème de taille. Pas du côté de la nouvelle mobilisation contre la loi El Khomri, jeudi , car, si l’opinion publique n’a toujours pas été convaincue par Manuel Valls et reste toujours très fortement opposée à la réforme, le mouvement est en déclin. C’est du côté de l’Assemblée qu’il y a problème : il ne dispose toujours pas d’une majorité de députés pour faire voter sa réforme.

Une réunion sur ce sujet devait avoir lieu dimanche soir entre François Hollande, Manuel Valls, Myriam El Khomri et Christophe Sirugue, comme l’a révélé le «JDD». « On n’est pas sur des réglages avec des amendements mais sur la question de savoir si on peut ou pas avoir une majorité », explique un proche du dossier. Le 49-3 qui permet de se passer d’un vote sur le texte à condition d’échapper à une motion de censure  « Ce n’est pas un choix que nous privilégions », avait dit mardi dernier le Premier ministre. « Il ne faut jamais renoncer à un moyen constitutionnel », a-t-il déclaré sur Public Sénat vendredi, ajoutant : « Nous verrons la semaine prochaine, mais ce texte doit passer. » « Chef de la majorité, mon rôle est de tout faire pour construire une majorité de gauche sur [le projet de loi travail]. Chef du gouvernement, c’est ma mission de tout faire pour qu’une loi ambitieuse pour les entreprises et les salariés soit adoptée », a écrit dimanche soir Manuel Valls sur sa page Facebook . De son côté, Myriam El Khomri a stigmatisé « une logique de blocage qui est le contraire d’un dialogue sincère », dans « Ouest-France » , sa­medi. Une façon de préparer le ter­rain à un changement éventuel de pied, en renvoyant la faute aux opposants au projet de loi.

Nouvelles évolutions

Christophe Sirugue espère l’éviter. Il a travaillé à de nouvelles évolutions du projet de réforme : retour au périmètre monde pour les licenciements économiques, habilitation des branches à suspendre les ac­cords d’entreprise en cas de concurrence déloyale. Mais, pour l’instant, il n’a pas réussi à débloquer la situation. « Les avancées que j’ai proposées jusqu’à présent ont été validées par le gouvernement, en face, je n’ai rien, les pro­­positions que je fais sont toujours considérées comme insatisfaisantes, qu’ils me fassent donc des propositions », affirme Christophe Sirugue. « Il n’y a pas de stratégie d’obstruction des Aubrystes. Dans l’état, ce projet de loi n’est pas acceptable pour nous mais nous avons toujours été dans une logique de proposition. Nous avons déposé cinq amendements sur la hiérarchie des normes et les licenciements, s’ils sont adoptés, nous voterons le projet de loi », affirme pour sa part Jean-Marc Germain, l’un des fers de lance de l’opposition parlementaire socialiste au projet de loi travail. Il réclame l’affirmation de l’obligation pour les accords d’entreprise d’être globalement plus favorables que la loi et l’accord de branche. Pour le rapporteur de la loi travail, il n’est pas question de revenir sur la primauté de l’accord d’entreprise. C’est ce qui s’appelle un dialogue de sourds.

Leïla de Comarmond

Source Les Echos 08/05/2016

Voir aussi : Actualité France, Rubrique UE, L’inspiration du projet de loi El Khomri sur le démantèlement du code du travail, rubrique Politique, Politique économiquePolitique Internationale, rubrique Société, Travail, Pauvreté,

Intermittents et précaires. Après l’accord Robin des bois la vigilance

L’entrée de  hTh, le CDN de Montpellier. Photo dr

L’entrée de hTh, le CDN de Montpellier. Photo dr

 Montpellier. Malgré la signature d’un accord favorable, l’occupation se poursuit au Centre dramatique national de Montpellier dans l’attente de la confirmation de sa mise en œuvre.

Les rapports entre la direction du CDN, les personnels et la  coordination des Intermittents et précaires (CIP) qui occupent toujours le lieu sont au beau fixe. A l’issue d’une conférence de presse de fin de saison, le directeur d’hTh Rodrigo Garcia est revenu sur l’occupation qu’il a qualifié d’aventure. « L’occupation s’est opérée dans le respect. Je suis heureux que le théâtre puisse être un lieu de travail. » Puis il a courtoisement invité les portes paroles du mouvement à venir s’exprimer sur l’état de la situation.

Ceux si se sont félicités de l’accord trouvé dans la nuit du 27 au 28 avril dernier par les organisations de salariés et d’employeurs du secteur du spectacle, sur l’assurance chômage spécifique aux intermittents. Encouragé par sa base, la CFDT qui restait  réservée, a finalement signé lundi à l’issue de son bureau fédéral. Désormais, le texte est paraphé par l’ensemble des syndicats représentatifs du secteur culturel. Ce qui est plutôt de bonne augure pour la suite, car comme le souligne les membres du CIP LR toujours sur le front, la vigilance reste de rigueur. « Cet accord reprend bon nombre de nos revendications construites, de luttes acharnées à décrypter, expliquer, convaincre et  d’occupations, d’actions menées depuis 2003. C’est un accord Robin des bois issu de treize ans de lutte

Parmi les principaux points actés dans cet accord figurent, l’ouverture des droits à l’indemnisation aussi bien pour les artistes que pour les techniciens, à partir de 507 heures travaillées sur 12 mois. L’accord prévoit aussi un retour à une date anniversaire pour le calcul des droits des intermittents, un système plus avantageux que l’actuel dispositif «glissant», instauré en 2003. Sont aussi prévus «la neutralisation des baisses d’indemnisation après un congé maternité» ou encore « un début de prise en compte des arrêts maladie concernant les affections de longue durée ».

Medef et gouvernement
Tout n’est pas résolu car c’est un accord de branche et il faudra encore qu’il franchisse l’étape interprofessionnelle de l’Unedic. En clair pour la CIP l’accord doit être avalisé tel quel par le Medef qui préconisait dans sa feuille de route de faire 400 M d’euros d’économie par an d’ici 2020. La conscience comme la connaissance du dossier pousse le mouvement unitaire à raffermir la solidarité interprofessionnelle et à se positionner d’or et déjà contre une participation ponctuel de l’Etat. «?Dans ce cas l’accord ne sera plus pérenne, et nous serions tributaires des budgets revus annuellement ainsi que  d’une alternance politique.?» Enfin, le triomphe n’est pas de rigueur car la revendication concerne l’ensemble des chômeurs. Les propositions du Medef sur le régime général prévoient des coupes terribles pour les activités réduites et les personnes les plus démunies comme les seniors «Ce que nous défendons nous le défendons pour tous»

Épilogue début juillet.

JMDH

Source La Marseillaise 04/05/2016

Voir aussi : Actualité Locale, Rubrique Société, Travail, Mouvements sociaux, Intermittents retour au front, Négociations explosives,  rubrique Politique, Politique Economique, il faut que le Medef et la CFDT « reconnaissent ce choix »,

« Quelque chose de – vraiment – pourri dans le royaume de France »

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Le texte d’un chercheur résumant « ce qui se passe dans le “pays des droits de l’homme” ».

Par Julien Salingue Docteur en Science Politique.

J’ai quitté la France il y a une semaine. Pas définitivement hein, mais pour prendre un peu de nécessaire repos en exil – ce que l’on a coutume d’appeler des « vacances ». Ça faisait longtemps.

Je suis donc parti loin, dans l’hémisphère sud, dans un pays d’Amérique latine qui était encore, il y a à peine plus de trente ans, une dictature.

Le choc de raconter « la France »

Les gens que je rencontre me posent des questions sur la France : les attentats de novembre, les mobilisations en cours, la répression policière, etc.

À plusieurs reprises, j’ai donc eu l’occasion de raconter ce qui se passe dans le « pays des droits de l’homme » – on le voit encore comme ça ici – depuis quelques mois. Et crois-moi, ça fait un choc.

Déjà, juste de raconter. Parce que, de fait, tu ne peux pas te contenter de quelques éléments factuels, par-ci par-là. Il faut mettre tout ça en récit, pour que les gens qui ne connaissent pas bien la France et/ou ne suivent pas l’actualité hexagonale puissent comprendre.

Et ça, ça t’oblige à sortir de ton vécu quotidien, à essayer de raconter les choses sans les caricaturer mais en essayant de ne pas trop te disperser et, tu t’en rends compte assez vite, à parler de trucs dont on ne parle quasiment plus entre nous, en France, parce qu’on sait que ça s’est passé, que ça se passe, et donc on n’en cause pas. C’est là.

Estrosi, résistant contre le fascisme…

Et donc tu racontes : les attentats, l’état d’urgence, les perquisitions administratives, les assignations à résidence, les manifestations interdites, le « débat » sur la déchéance de nationalité, les 317 mises en garde à vue du 29 novembre, les élections et les scores du FN, Estrosi qui devient un résistant contre le fascisme, les résultats du FN dans la police et l’armée, les agressions islamophobes, la reconduction de l’état d’urgence sans débat, les restrictions des libertés publiques, les violences policières, l’acquittement du flic tueur par le tribunal de Bobigny, la situation des migrants de Calais, l’armée dans les rues, la violence du « débat public » et des éditorialistes, intellectuels et responsables politiques qui tirent à boulets rouges sur tout ce qui ne leur revient pas, la solidarité totale des Valls, Cazeneuve et autres avec les flics violents, les condamnations à de la prison ferme pour des manifestants ou des militants syndicaux, les flics qui ont droit de rentrer chez eux avec leur arme de service, les flash-balls, les canons à eau, le traitement médiatique des manifestations…

… et autres joyeusetés.

Ces choses hallucinantes que tu avais presque oubliées

Et en faisant cette liste, en la mettant en récit, tu te rends compte d’un truc : tu savais qu’il y avait quelque chose de pourri dans le royaume de France, mais à force de baigner dedans au quotidien, tu avais un peu de mal à le regarder d’en haut, à voir la « big picture », comme on dit en anglais.

Et quand tu racontes tout ça à des gens qui ne savent pas, qui n’ont pas suivi, tu te rends compte de l’accumulation, tu te rends compte qu’il y a des choses hallucinantes que tu avais presque oubliées parce qu’elles ont été suivies d’autres choses hallucinantes, encore plus parfois, et aussi tu te rends compte que tout ça n’est pas juste une succession de trucs scandaleux, mais un processus d’ensemble.

A fortiori quand, en face de toi, des gens qui vivent en Amérique latine, qui viennent d’Argentine, d’Uruguay, de Porto-Rico ou d’ailleurs, qui ont connu la France ou ne l’ont pas connue, mais qui pour la plupart viennent de pays où la mémoire de la dictature est encore fraîche, te regardent avec des yeux effarés, ahuris, choqués.

« Tout n’est pas catastrophique » ? Tu as du mal à y croire

Bien évidemment, ils et elles savent et comprennent que la France n’est pas le Chili de Pinochet. Mais ils comprennent aussi, et ils te font comprendre, que ce que tu es en train de raconter, ce n’est pas juste une évolution énervante, révoltante. En fait, c’est très inquiétant.

Alors tu racontes aussi que tout n’est pas catastrophique, qu’il y a des résistances et, depuis près de deux mois, une contestation large, des manifestations, Nuit debout, le succès de certains bouquins, certains films, certaines initiatives militantes… Mais en fait tu as du mal à y croire toi-même.

Surtout quand, pendant la conversation, tu regardes distraitement ce qui se passe sur internet, et que les vidéos et photos de l’évacuation de République le 28 au soir, ou de la manifestation du 1er mai, arrivent, et que tu les montres aux gens avec qui tu parles.

Tu es en Amérique latine, dans un ex-dictature, et les gens regardent les images des violences policières avec des yeux hallucinés, avec parfois même des larmes dans les yeux, ils et elles te disent « C’est en France, ça ? », « Mais ils sont malades ? », « Mais pourquoi ils font ça ? », etc. Et en fait les vidéos, tu les vois différemment d’un coup.

Drôle de climat dans ce pays

C’est le deuxième effet Kiss Cool, après celui de la mise en récit. Alors non, pas de dramaturgie inutile : la France n’est pas devenue une dictature policière. Mais par contre, une évidence : il y a un drôle de climat dans ce pays, et il est loin d’être tempéré.

Notre quotidien est rempli de choses qui nous auraient paru inimaginables il y a encore quelques années, voire quelques mois. Bien sûr, on ne les accepte pas. On ne s’y soumet pas. On n’est pas résignés. Mais je crois bien que, malgré nous, et c’est malheureusement normal, on s’y accoutume. En Palestine on appelle ça la « normalisation » de l’occupation. Tu es contre l’occupation, bien sûr. Et tu ne l’acceptes pas. Mais petit à petit, tu apprends à vivre, malgré elle.

Il y a des choses que l’on ne voit plus. Et aussi des choses que l’on voit, qui nous choquent, mais que l’on oublie parce que la suite ou l’actualité du moment est encore plus choquante.

Est-ce que c’est vraiment nouveau, ou est-ce que ça a existé de tout temps et partout ? Il n’y a jamais de pure nouveauté, évidemment. Mais cela n’empêche pas de constater qu’il y a des moments, des lieux, où les choses s’accumulent, s’accélèrent, où ce qui peut se passer en quelques semaines, voire en quelques jours, est plus important que ce qui a pu se passer pendant quelques années.

Et peut-être qu’on le voit d’autant mieux, en tout cas c’est mon impression depuis l’hémisphère sud, lorsque l’on s’extrait, un peu, du lieu et du moment en question.

Le pire n’est jamais certain non

Peut-être que ce que j’écris là te semble évident. Tant mieux, ou tant pis, pour toi. Moi depuis une semaine je prends quelques claques.

Peut-être que ce que j’écris là te semble exagéré. Tu as peut-être raison. J’espère que tu as raison.

Peut-être que ce que j’écris là te semble en-deçà de la réalité. J’espère sincèrement que tu as tort.

Dans tous les cas, on s’accordera au moins là-dessus : il y a quelque chose de vraiment pourri dans le royaume de France.

Je rentre dans une semaine. Et je sais qu’à mon retour, je vais essayer de faire plus, mieux.

J’espère que d’ici là celles et ceux qui se mobilisent, qui refusent de baisser la tête, qui respirent des lacrymos mais qui ne reculent pas, ne lâcheront rien et seront de plus en plus nombreux et nombreuses.

Le pire n’est jamais certain non. Mais ce qui est certain, c’est que le pire ne survient jamais du jour au lendemain.

Il y a une voie vers le pire, et là on est malheureusement embarqués dessus, et lancés à pleine vitesse.

Et, au vu de la destination qui nous est promise, il va vraiment falloir qu’on fasse dérailler le train. Toutes et tous ensemble. Et le plus tôt sera le mieux.

Source : Rue 89 03/05/2016

Voir aussi : Actualité France, Rubrique UE, rubrique Politique, Affaires, rubrique Société, Citoyenneté,

Journée mondiale de la liberté de la presse. La liberté d’information en danger

Même si notre travail reste très perfectible, cette journée mondiale de la Liberté de la Presse, donne l’occasion de rappeler que la liberté d’info est vitale pour la démocratie.

Nous devons notamment avancer sur l’indépendance des rédactions, la protection des sources, un recul du droit des affaires…

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COMMUNIQUE SNJ-CGT

Pourquoi êtes-vous mal informés ou désinformés ?

Main basse sur les me?dias

1 – Augmentation du nombre de grands me?dias entre les mains de groupes industriels dirigeés par des millionnaires ;

2 – Recul de la concurrence entre les médias, écrits et audiovisuels, économiquement dépendants de quelques groupes (Drahi, Bolloré, Arnault, Dassault, Lagardère) ;

3 – Promotion circulaire entre les différents médias d’un même groupe ;
4 – Confusion grandissante entre information, publicité et relations publiques ;

5 – Aides à la presse prioritairement accordées aux grands groupes entre les mains des industriels ;

6 – Réduction du nombre d’emplois de journalistes inversement proportionnelle à l’accroissement du nombre de supports à alimenter en information, notamment sur le web.

Main basse sur l’information

1 – Précarisation de la profession de journaliste et, en corollaire, perte d’alternatives d’emplois pour les journalistes, favorisant l’autocensure ;

2 – Priorité affichée aux intérêts des propriétaires des médias et de leurs annonceurs publicitaires (aux intérêts croisés) ;

3 – Perte d’autonomie des journalistes et standardisation des contenus rédactionnels ;

4 – Accroissement de la productivité des journalistes et de leurs tâches techniques ;

5 – Perte de confiance des citoyens envers les médias et les journalistes ;

6 – Disparition des rubriques d’information sur les médias ou adoption d’un discours exempt d’esprit critique ; faiblesse de l’apprentissage aux média dans les écoles.

Main basse sur l’espace public

1 – Appauvrissement du discours public et du discours politique, notamment en matière économique, en raison du poids grandissant des intérêts particuliers et des domaines d’influence des propriétaires des médias ;

2 – Pression des groupes industriels contrôlant les médias sur les politiques publiques en matière de régulation et d’encadrement des concentrations, pouvant aller jusqu’au blocage de lois

3 – Politiques publiques, en matière fiscale et législative, favorables aux intérêts des groupes industriels de l’information et de la communication, aux dépens de l’intérêt public ;

4 – Absence de pluralisme et influence grandissante des médias dominants détenus par les groupes industriels de la communication favorisent le façonnement de l’opinion publique ;

5 – Recul des formes d’expression culturelles créatives sous la pression de la pensée unique, imposée à toutes les couches de la société, y compris à la jeunesse ;

6 – Priorité donnée au divertissement et à « l’infotainment », aux faits divers et aux stars autoproclamées (les « people »), de préférence aux débats traversant la société.

 

L’engagement du 3 mai

Le 3 mai a été proclamé Journée mondiale de la liberté de la presse par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1993. Le thème retenu pour cette année 2016 est : « Accès à l’information et aux libertés fondamentales – C’est votre droit ! » Le défi est d’imposer un nouvel ordre de l’information, pour une véritable information citoyenne. Pour cela, le SNJ-CGT appelle à couper « les liens incestueux entre notre profession et les puissances d’argent », comme l’écrivait Albert Camus.

Dans Combat, le 24 août 1944 celui qui devait être couronné du Prix Nobel de littérature, écrivait aussi : « Notre désir, d’autant plus profond qu’il était souvent muet, était de libérer les journaux de l’argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu’il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu’un pays vaut souvent ce que vaut sa presse ». Le combat d’Albert Camus n’a jamais été autant d’actualité et les journalistes français sont prêts à le mener à nouveau avec tous les citoyens qui ne s’accommodent plus de la pensée unique et de médias qui se vautrent dans la désinformation.

Tous ensemble, en cette journée mondiale de la liberté de la presse, prenons la résolution de relever le défi de libérer les médias et l’information et de retrouver notre droit de citoyen.

SNJ-CGT

Source SNJ-CGT 03/05/2016

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Médias, rubrique Société ,Justice,

Elisabeth Roudinesco: « Il y a un désir inconscient de fascisme dans ce pays »

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L’historienne et psychanalyste s’exprime sur la situation politique française et sur la vie intellectuelle de notre pays, passée en trente ans des maîtres-penseurs aux essayistes ultradroitiers.

Elisabeth Roudinesco. Je crois que l’échec du communisme réel a joué un rôle décisif dans cette affaire. Dans le débat d’idées, on a entamé alors une grande révision de l’histoire de la Révolution française. François Furet nous avait expliqué que 1917 était déjà dans 1793, et que 1793 était déjà dans 1789. Mais avec les «nouveaux philosophes», on a commencé à nous dire que le goulag était déjà dans Marx. Certes, ils étaient beaux, brillants, par ailleurs très différents les uns des autres, certains sérieux, d’autres pas du tout. Mais enfin, il y avait cette thèse qui leur était commune, qu’a fort bien dénoncée Pierre Vidal-Naquet, et qui reposait sur l’illusion rétrospective et l’anachronisme: le goulag est déjà dans Marx, voire dans Hegel ! Or il n’y a pas de goulag dans Marx.

A partir de ce moment-là, on s’est mis à rejeter l’idéal révolutionnaire qui avait été porté pendant la seconde moitié du XXe siècle autant par Sartre que par des philosophes comme Foucault, qui était pourtant anticommuniste. Les médias se sont mis à émettre un doute sur la totalité des rébellions possibles puis à rejeter tout un savoir qui avait nourri ma génération. J’avais été l’élève de Deleuze, suivi les cours de Foucault et de Barthes, j’admirais profondément Lévi-Strauss. La position de la «nouvelle philosophie», c’était l’opinion contre le savoir, déjà. C’était bien visible dès ce moment-là.

Et aujourd’hui, donc, nous récoltons les fruits de ce travail de destruction ?

A partir du moment où, en quelque sorte, la Révolution française devient l’équivalent du totalitarisme, la révolution russe étant, elle, pire encore que le nazisme, alors c’est une cacophonie qui s’installe, on ne sait plus de quoi on parle. Tout cela s’est instauré tranquillement, escorté par le triomphe du libéralisme économique, des idées toutes faites, et nous avons assisté à la grande inversion de tout. Chacun s’est mis à brandir des slogans : «Sartre s’est trompé entièrement» ! Chacun s’est mis à expliquer que tout ce qui avait porté l’idéal progressiste des masses populaires était à bannir.

Or, moi, à l’époque, j’étais capable de lire Aron autant que Sartre, de penser qu’Aron avait raison à propos de Machiavel, et en même temps que Sartre avait raison d’être ce qu’il était. La pensée complexe s’est littéralement effondrée. Et, aujourd’hui, on atteint littéralement des records.

Les plus grands penseurs post-sartriens se voient insultés tous les jours. Regardez la façon dont un Zemmour attaque Foucault dans ses best-sellers, sans parler de Derrida, présenté comme un obscurantiste. Le signifiant «goulag» est partout: en 2005, dans «le Livre noir de la psychanalyse», Freud a été accusé d’avoir orchestré un goulag clinique sous prétexte qu’il n’avait pas guéri ses patients.

Tout ça est apparu depuis les années 1980, avec le risque d’une droitisation radicale de la France. Et cela parce que dans notre pays jacobin, si l’on tue l’espoir du peuple, il part vers l’extrême droite. Il faut le savoir : nous avons des démons, en France. Nous avons eu l’affaire Dreyfus, nous avons eu depuis Drumont un antisémitisme virulent, mais on a aussi l’antithèse de cela, un élan d’émancipation : Valmy ou Vichy. Je crains qu’on ne soit entré dans une période qui n’est rien d’autre que le retour des idées de l’extrême droite.

Vous pensez ainsi que nous pourrions n’être qu’au début d’un processus historique puissamment réactionnaire ?

C’est possible. Intellectuellement, je pense toutefois que tous ces polémistes réactionnaires sont déjà battus. Leurs livres n’ont aucune reconnaissance académique, ni en France ni à l’étranger. Zemmour, Onfray, Finkielkraut existent plus par leur personne et leurs opinions que par leurs travaux. C’est pour ça qu’ils sont furieux du succès de Badiou dans les universités américaines.

Mais au lieu de se mettre en colère, il faut comprendre la raison pour laquelle aujourd’hui Bruno Latour, Jacques Rancière, Tzvetan Todorov et bien d’autres sont les auteurs français vivants les plus traduits. Même chose pour la psychanalyse : les travaux d’histoire ou de critique de la culture, comme ceux de Fethi Benslama ou les miens, ont le vent en poupe, alors qu’en France, la pratique de la psychanalyse décline. Ses représentants sont, hélas, trop centrés sur le passé.

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Du reste, à l’étranger, personne ne comprend pourquoi la France connaît une telle paralysie intellectuelle. Vous qui avez été proche de Lacan et de Derrida, qu’est-ce que ça vous fait de vivre au temps d’Eric Zemmour ?

Je trouve déplorable une telle apologie de la France de Vichy. Je suis fille de résistants, j’ai un récit national qui m’accompagne depuis ma naissance, en septembre 1944. Mes parents étaient gaullistes, ma mère a travaillé avec des réseaux communistes. Je ne supporte pas que l’on mette sur le même plan la Résistance et la collaboration. Ni cette apologie des écrivains collaborationnistes à laquelle on assiste. Il est de bon ton désormais de trouver que Rebatet, c’était mieux qu’Aragon ! Eh bien non. Je considère, pour les avoir lus, que Rebatet, Brasillach et Drieu La Rochelle ne sont justement pas de grands écrivains.

Certes, on a le droit de tout publier, y compris «Mein Kampf». Mais la revalorisation de Vichy accompagnée de la haine du PCF qui, bien que stalinien, a été un grand parti de la Résistance, ça ce sont des choses que je ne peux pas accepter. Je ne tolère pas davantage qu’on commence à me demander si mon nom est roumain ou pas, si je suis juive ou pas. Oui, certainement, mais je ne veux pas être assignée à résidence. On assiste aujourd’hui à une hystérisation des identités. Ce n’est pas cette France-là que j’aime, ni celle qu’on aime dans le monde, mais celle qui est porteuse de notre singularité, la France des intellectuels universalistes, celle des droits de l’homme, de Diderot à Hugo. Là, nous bafouons notre propre tradition. C’est terrible à dire, mais je sens un désir inconscient de fascisme dans ce pays.

Notre pays a aussi dû affronter l’année dernière des attentats djihadistes sans précédent. Que pensez-vous de la réponse qui a été apportée à ce climat par le gouvernement socialiste actuel ? Cette espèce d’exhortation permanente à l’union nationale, cette demande faite par le président de la République de « pavoiser » de bleu-blanc-rouge les appartements particuliers, ou encore le fameux projet de loi avorté sur la déchéance de nationalité, tout cela était-il adapté ?

Je suis une patriote, «la Marseillaise» me fait vibrer. Si c’était de Gaulle ou même Mitterrand qui nous avaient exhortés à cela, nous aurions tous vibré, d’ailleurs. Et il est tout aussi vrai que, dans les périodes comme celles-là, nous devons dire clairement qui est l’ennemi principal, à savoir l’islamisme radical, qui est contraire à nos valeurs. Oui, nous sommes en guerre, d’autant que cet islamisme nourrit les thèses détestables du Front national.

Ce troisième monothéisme est théologico-politique, il veut instaurer le califat dans le monde entier. Mais raison de plus pour ne pas renoncer à nos principes fondateurs. Je n’ai pas du tout apprécié à cet égard le projet sur la déchéance de nationalité. On peut être très ferme sur la question de l’islamisme, sur celle du voile, comme c’est mon cas, et en même temps ne pas supporter cette façon pernicieuse de diviser la gauche. Toute volonté de liquider le socialisme et de recréer une social-démocratie sans contours est de toute façon un projet voué à l’échec. Je ne peux pas accepter davantage qu’un Premier ministre se mêle de savoir qui est un bon philosophe et qui ne l’est pas, s’il faut préférer BHL ou Onfray. Ou encore ce qu’il faut penser de Houellebecq et de Todd. Laissons les intellectuels débattre entre eux.

Il n’est pas davantage acceptable d’entretenir une confusion entre antisémitisme et antisionisme. Freud n’était pas pour la création d’un Etat des Juifs, il n’était pas pour le retour à une terre promise. Cela en fait-il un antisémite ? A l’inverse, des sionistes historiques comme Zeev Sternhell critiquent férocement le gouvernement israélien, et cela n’en fait ni des antisémites ni des antisionistes. Les concepts grossiers, les caricatures de la position adverse, tout cela détruit l’esprit public. Nous devons combattre les antisémites et non pas tourner autour du pot avec des mots fourre-tout.

De la même façon, le terme «islamophobie» vous semble particulièrement inapproprié aux différentes luttes à mener aujourd’hui.

Il est source d’extrêmes confusions. Cela a été une erreur monumentale de l’extrême gauche de le mettre ainsi en avant. La seule chose contre laquelle on doive lutter, c’est le racisme antiarabe. Quant au reste, dans les pays laïques occidentaux, on a le droit d’insulter Dieu et d’être absolument intransigeant sur la question de la liberté d’expression.

Je respecte Emmanuel Todd pour la valeur de ses analyses, mais je ne suis pas d’accord avec sa présentation de l’islam comme religion des faibles qui devrait être protégée. Il faut défendre notre modèle laïque. On nous vante tous les jours le modèle anglais qui a de grandes qualités. Pourtant, à Londres, on croise dans la rue des petites filles avec des niqabs. L’ultralibéralisme, c’est aussi ça : chacun dans sa communauté. Ce n’est pas la France dont nous voulons, et nous devons lutter pour que ce communautarisme-là ne s’impose pas.

Un haut gradé français disait récemment de façon assez mélancolique : cette guerre contre Daech, nous allons la gagner, et cependant nous n’aurons pas la paix. Que pensez-vous des réponses actuelles que notre pays apporte au terrorisme ?

Je suis surtout frappée quand je vois des responsables publics se présenter au 20-heures devant les Français pour dire : il va y avoir d’autres attentats, surtout restez chez vous, on vous protège. Je crois que là, ce qui s’imposerait, plutôt que des cellules psychologiques et des anxiolytiques, c’est un discours churchillien : sortez, prenez des risques, nous sommes en guerre, oui, mais nous allons nous mobiliser, tous ensemble, contre cette forme d’atteinte à nos idéaux. C’est là où l’on voit resurgir une forme d’inconscient français issu de Vichy. Nous avons collaboré pour ne pas avoir la guerre. Résultat, nous avons eu le déshonneur et la guerre. La leçon à tirer de ces errances, c’est qu’il ne faut pas faire peur aux gens mais plutôt les pousser à adopter un esprit de résistance. J’aime décidément mieux qu’on dise «debout» que «couché». «La Marseillaise», c’est debout que ça se chante.

Certains signaux, comme Nuit debout justement, montrent que des forces contraires à l’ultradroite intellectuelle que vous dénonciez tout à l’heure sont aujourd’hui à l’œuvre en France. Quels sentiments vous inspire ce mouvement ?

Nuit debout, c’est le spectre de la révolution qui vient hanter les nuits de ce capitalisme financier arrogant et mondialisé, en crise depuis 2008, et qui crée de nouveaux misérables, version Victor Hugo. Le choix de ce lieu [la place de la République, NDLR] n’est pas anodin. C’est celui des tourmentes révolutionnaires parisiennes (dont les dates sont inscrites au pied de la statue). Mais c’est aussi là que se sont réunis, le 11 janvier 2015, des millions de gens qui, comme moi, venaient soutenir «Charlie» contre l’obscurantisme religieux. Lieu de recueillement, de révolte joyeuse et d’imprévisibilité : c’est l’abolition des tranquillisants au profit de l’insomnie. Nuit debout, c’est le signe avant-coureur de quelque chose qui se prépare et qui n’a pas fini de venir déranger les nuits tranquilles de l’ordre établi. Quels que soient les débordements, j’y vois en soi un signe positif.

J’ai notamment trouvé magnifique ce soir où des musiciens ont joué le quatrième mouvement de la «Symphonie du Nouveau Monde» de Dvorak. La nuit, c’est à la fois le rêve d’un monde meilleur et le retour du refoulé: le cauchemar de ceux qui croyaient avoir enterré définitivement 1789 et Mai-68. C’est enfin la meilleure réponse à une récente couverture du «Figaro Magazine» où l’on nous présente la même cohorte de polémistes (Zemmour, Finkielkraut, Houellebecq) qui, sous la houlette de Michel Onfray, seraient les seuls à s’engager courageusement contre l’islamisme meurtrier. Eh bien non ! On peut défendre fermement la laïcité républicaine et tout autant l’idée de révolution. Entre les deux, il n’y a pas à choisir.

Propos recueillis par Aude Lancelin

Elisabeth Roudinesco est historienne de la psychanalyse, et chercheur associée au département d’histoire de l’université Paris-VII. Dernier ouvrage paru : «Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre» (Seuil, 2014), prix Décembre et prix des Prix. A signaler, la rééditionen «Points poche» de son «Retour sur la question juive» (Albin Michel, 2009), avec une postface inédite.

Source  : L’Obs 28/04/2016

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