Jean-Pierre Rousseau : « Radio France est revenu en force, c’est un signe positif »

Jean-Pierre Rousseau à temps plein sur le festival qui ouvre lundi avec « Les mille et quelques nuits » Photo Marc Ginot L'utilisation de l'article, la reproduction, la diffusion est interdite - LMRS - MARC GINOT

Jean-Pierre Rousseau à temps plein sur le festival qui ouvre lundi avec « Les mille et quelques nuits » Photo Marc Ginot

Jean-Pierre Rousseau a été nommé directeur de la Musique de Radio France par Mathieu Gallet. Il est aujourd’hui directeur du Festival de Radio France qui débute lundi à Montpellier.

Il a été directeur général de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, institution qu’il a profondément restructurée et tournée vers l’international. Jean-Pierre Rousseau a également été producteur responsable de la musique symphonique, à la Radio Suisse Romande.

Depuis votre nomination à la direction en 2014, vous avez assuré une transition l’année dernière qui offre à nouveau des perspectives au festival de Radio France. Aujourd’hui, les feux semblent au vert. Dans quel état d’esprit abordez vous cette nouvelle édition ?

J’entendais, il est vrai l’année dernière de façon pesante que ce serait sans doute le dernier festival, pour un certain nombre de causes comme la position de Radio France à l’égard du festival, la grève qui avait marqué la Maison ronde, les incertitudes liées à la grande région… Pour toutes ces raisons, nous devions réussir l’édition 2015, pas seulement pour les 30 ans, mais parce que c’était le meilleur plaidoyer pour pérenniser le festival. J’ai expliqué à mon équipe que nous étions en campagne, qu’il fallait motiver nos partenaires afin qu’ils nous épaulent. Avec le soutien du PDG Mathieu Gallet, nous avons rappelé à toutes les chaînes de Radio France que leur festival se déroule ici. La présidente de Région Carole Delga vient de le réaffirmer, c’est un festival emblématique pour le maillage du territoire et le large accès à la culture qu’il propose à tous, avec plus de 90% de manifestations gratuites. Nous avons conquis 120 000 auditeurs l’an passé. Je suis donc dans un état d’esprit serein, puisque le dernier CA qui s’est tenu en février à Paris confirme la convention cadre avec nos deux principaux partenaires jusqu’en 2019 voir en 2020, et à la fois conscient du travail de développement qu’il reste à mener.

Pourquoi avoir quitté vos fonctions de directeur de la Musique de Radio France ?

Historiquement la fonction de directeur de la Musique n’est pas liée à celle de la direction du festival, même si elle a pu être cumulée à certaines périodes. Mathieu Gallet m’a nommé à la direction de la Musique en me demandant de prendre aussi celle du festival, je ne sais pas comment j’aurais fait en cumulant les deux fonctions. C’est humainement impossible. Pour Radio France , je gérais 200 concerts dans l’année avec un budget de 60 millions. Pour le festival, je gère 200 concerts en trois semaines avec 3,9ME de budget, ce qui demande une implication complète. Je suis très heureux d’avoir fait ce choix.

Outre le maillage du territoire régional votre mission consiste aussi à hisser le festival au niveau des grands rendez-vous musicaux européens. Avez-vous des pistes ?

Je dispose d’une équipe qui fonctionne bien. J’ai aidé à répondre à un certain nombre de questions. De par la présence de Radio France, nous ne sommes pas un festival comme un autre. Au-delà des 120 000 auditeurs , combien en concernons nous par les ondes et la diffusion numérique ? Le Fantasio créé l’an passé a été demandé par 34 radios publiques dans le monde. Je pense que nous devons optimiser notre communication et mettre en place des outils qui valorisent le festival au-delà du territoire en démultipliant les capteurs de ce potentiel fugitif. Le fait que Radio France soit revenu en force sur le festival est à cet égard très positif.

Quelle est votre position sur la proposition émise par Jean-Paul Montanari de fusionner les trois grands festivals montpelliérains, Le Printemps des Comédiens, Montpellier Danse et Radio-France au sein d’une même entité pour gagner en visibilité internationale ?

Je comprends les raisons du directeur de Montpellier Danse. Ce n’est du reste pas une idée nouvelle. Quels seraient les avantages, les inconvénients et les conséquences d’une fusion ? Je partage l’idée qu’il faut mieux exploiter l’enchaînement de ces trois festivals, mais je ne suis pas convaincu qu’en matière de culture un chapeau unique serait plus vendeur. Pourquoi faire un seul festival ? Dans ma position , je peux me permettre de jouer les naïfs. Cela représente un risque sérieux pour que les partenaires diminuent leur contribution et je ne vois pas de gain pour le public.

Au final la balance penche plutôt du côté des inconvénients mais je rejoins l’idée de Jean-Paul Montanari pour unir nos forces.

Voyage d’Orient, la thématique 2016 du festival semble inscrire la musique comme un vecteur d’altérité…

Le choix de cette thématique s’est opéré avec Corinne Delafons en charge de la programmation avec qui je collabore très bien, nous sommes très complémentaires. Ce choix nous fait quitter le terrain rationnel. Il a pour vocation de proposer une invitation et de tracer des perspectives qui éclairent aussi bien les artistes que le public. Au départ il y avait une intuition et le constat que l’Orient pâtit d’une image catastrophique depuis la fin de la seconde guerre mondiale, avec l’embourbement du conflit israélo-palestinien, les révolutions arabes, Daesh… L’image de ces cultures qui nous ont tant fascinés jusqu’au début du XXe est devenue plutôt négative. Le choix de ce thème, permet de rappeler que l’Orient est aussi une immense source d’inspiration notamment musicale.

Comment avez-vous déployé la programmation autour de l’Orient ?

Nous proposons une exploration, partielle et subjective à l’instar de la soirée d’ouverture Mille et quelques nuits réunissant Lambert Wilson, Karine Deshayes, Michael Schønwandt et l’Orchestre national de Montpellier autour des secrets de Shéhérazade. Une création et une relecture des oeuvres de Nielsen,Rimski-Korsakov, et Ravel. On peut citer la chinoiserie d’ Offenbach, Ba-Ta-Clan, Des programmations thématiques au parfum oriental comme La route du thé ou Aimez-vous Brahms ? qui était fasciné par la liberté tsigane, tourneront en Région au même titre que des orchestres symphoniques qui sont programmés à Mende et Perpignan.

Il semble que l’offre pourtant très suivie des concerts gratuits de 12h30 et 18h30 soit en recul ?

Ces propositions autour de des jeunes solistes talentueux et de la musique de chambre sont maintenues. Il peut y avoir un effet d’optique notamment sur la première semaine où se cumule l’arrivée du Tour de France le 13 et le 14 juillet. Nous sommes aussi dans une nouvelle répartition territoriale à budget constant. Il faut néanmoins rappeler que 90% des concerts sont gratuits. C’est le cas notamment pour la musique électro avec Tohu Bohu, ainsi que toute la programmation Jazz au Domaine D’o . Ce principe de gratuité est réaffirmé.

Poursuivez vous l’exploration des oeuvres méconnues ?

Oui cela participe à l’identité du festival. On pourra voir cette année à Montpellier Marco Polo et la princesse de Chine, Iris de Mascagni. Et l’opéra Zoroastre de Rameau qui est rarement donné.

 

Recueilli par JMDH

 Du 11/07 au 26/07. Informations : http://www.festivalradiofrancemontpellier.com

Source : La Marseillaise 11/07/2016

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Festival,  rubrique Musique, rubrique Politique, Politique Culturelle, rubrique Montpellier, rubrique Rencontre, rubrique Médias,

 

Dallas : les tueries de masse, dernier avatar de la société hypermoderne

How-Thousands-of-Mass-Shootings-are-Ignored-Because-their-Deaths-Dont-Serve-a-Political-AgendaLes «mass shootings» sont surtout le symptôme de sociétés hypermodernes et hyperindividualisées. Puisque le collectif semble incapable de rendre le présent et surtout l’avenir plus juste que le passé et de rassurer les peurs individuelles, de nouvelles radicalités occupent l’espace laissé vacant.

Dallas, jeudi 7 juillet 2016, un homme seul muni d’un fusil d’assaut tire sur plusieurs policiers, en tue 5 et en blesse 7 ainsi que 2 civils. Le motif invoqué : il voulait se venger des «blancs et plus particulièrement des policiers blancs». Il s’agit du 8e mass shooting aux Etats-Unis en 2016.

Aujourd’hui, les mass shootings ou tueries de masse sont devenus malheureusement une problématique connue du grand public. Par mass shooting, les universitaires entendent le plus souvent le fait qu’une personne puisse tuer au moins trois personnes en un laps de temps assez court (moins de vingt-quatre heures).

Ce phénomène n’est certes pas inédit puisque des tueries de masse ont été identifiées aux Etats-Unis et en Europe dès le XIXe siècle, mais l’originalité de la situation actuelle provient de l’accélération et l’extension du nombre de telles tueries dans tout l’Occident. Il y a trente ans, le nombre de mass shootings se limitait à un par an et le phénomène était particulièrement concentré sur le territoire américain. Depuis le début des années 2000, le nombre de mass shootings a été multiplié par 10 par rapport aux années 80, et même si le phénomène se concentre encore aux Etats-Unis, de nombreux cas se sont produits en dehors du sol américain : Canada, France, Suisse, Norvège…

De nos travaux récents, il ressort clairement que la circulation d’armes sur un territoire donné accroît la probabilité de réalisation d’un mass shooting mais ne constitue pas un facteur suffisant pour expliquer l’extension de ce phénomène. De même, le chômage, l’intervention militaire extérieure ou encore les inégalités peuvent avoir une incidence, mais cette incidence reste limitée et toute corrélation directe reste difficile à établir.

Selon nous – et c’est la thèse que nous défendons depuis plusieurs années –, l’accroissement du nombre de mass shootings résulte plus structurellement de l’avènement d’une société hypermoderne en Occident. Reprenons la définition du sociologue François Ascher qui considère que nos sociétés sont entrées dans une nouvelle phase de la modernité, une phase qui allie un processus d’approfondissement de l’individualisation et un renforcement de chaque individu à faire société, c’est-à-dire à vouloir participer à la communauté globale notamment du fait de la multiplication des sources d’informations à la disposition de chacun.

Dans la société hypermoderne, l’individu cherche à avoir une maîtrise sur les événements, à combattre de manière réflexive ce qui lui paraît injuste, et à choisir ce qui peut lui paraître éthique. C’est un contexte où la personnalité du tueur de masse peut se développer. De manière radicale, il considère avec sa rationalité propre (rares sont les tueurs de masse diagnostiqués fous), régler des problèmes sociétaux et se faire justice, se venger de catégories d’individus qui semblent se liguer contre lui ou contre une communauté dont il se sent proche. En ce sens, le cas de Micah Johnson, le tueur de Dallas, est symptomatique de notre époque. Noir américain, réserviste de l’armée de terre déployé en Afghanistan, vivant dans la banlieue de Dallas, il a certainement vécu le meurtre d’un jeune noir par la police le 5 juillet à Bâton-Rouge (Louisiane) comme le meurtre de trop, un meurtre qui vient s’ajouter à la longue liste des hommes noirs tués par des policiers blancs lors d’une arrestation.

Les radicalités actuelles sont certainement le résultat de l’incapacité du collectif à rendre le présent et surtout l’avenir plus juste que le passé et à rassurer et calmer les anxiétés et les peurs individuelles. En fermant la porte à toute échappée utopique par rapport au présent, la conscience de l’absence d’un ailleurs pousse certains individus à prendre leur avenir en main ici et maintenant. Poussés par des bouffées narcissiques incontrôlées, des hommes, surtout des hommes, prennent alors les armes et deviennent des bombes humaines.

Sans cette capacité à fédérer autour de nouveaux projets sociétaux, certains chercheront individuellement ou collectivement à se venger de notre société actuelle. Ces actes aussi atroces qu’odieux continueront à perdurer tant que nous n’arriverons pas collectivement à redonner sens à notre avenir.

Par Olivier Hassid chargé de cours à l’Université Paris 10 Nanterre

Olivier Hassid est co-auteur de «Tueurs de masse, un nouveau type de tueur est né» aux Editions de l’Organisation.

Source : Libération : 10 /07/2016

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Société, Tueries de Toulouse et Montauban, rubrique Europe Norvège Démocratie après les attentats d’Oslo, rubrique Science, Sciences humaines,

Primaire Les Républicains 2016 : le résultat des sondages, la liste des candidats

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Un programme interactif ?

CANDIDATS PRIMAIRE – La primaire UMP, devenue celle du parti Les Républicains (LR), aura lieu en novembre 2016. Les résultats des sondages commencent déjà à établir les rapports de force, à droite, entre les candidats.

[Mis à jour le 8 juillet à 12h42] L’élection présidentielle n’aura lieu que fin avril 2017 mais nombre de personnalités politiques du parti Les Républicains (LR) comptent déjà la course à l’Elysée parmi leurs ambitions. Nicolas Sarkozy, qui avec son retour aux manettes entendait s’imposer comme le candidat naturel de la droite pour cette élection, a finalement été contraint d’accepter la tenue de primaires, une expérimentation déjà tentée par le PS en 2011. Ce sera donc la première fois en 2016 que la droite choisira son candidat à l’élection présidentielle par le biais d’un scrutin ouvert dont le résultat reste encore incertain.

La date de la primaire des Républicains, autrefois primaire UMP, est fixée : elle se tiendra le dimanche 20 novembre 2016, puis le 27 novembre en cas de second tour. Un site internet a été mis en ligne pour informer le public. Les résultats désigneront le candidat pour la présidentielle 2017 entre ceux déjà déclarés ou pressentis comme Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, NKM, Bruno Le Maire ou François Fillon. Mais s’agira-t-il réellement d’une primaire de la droite et du centre, ouverte à ceux souhaitant participer à « l’alternance » ? Les militants de l’UDI se sont prononcés contre une participation de leur parti à cette primaire.

Date de la primaire des Républicains 2016

La primaire des Républicains se tiendra le dimanche 20 novembre 2016. Si aucun candidat ne parvient à recueillir 50% des voix, un second tour sera organisé le 27 novembre. Plusieurs responsables des Républicains voulaient toutefois que la date soit avancée en juin 2016. Ils espéraient déterminer au plus tôt le candidat, pour ainsi éviter les longs mois d’affrontement, et se donner le temps de renforcer l’union derrière la personne désignée alors que l’absence de la droite au second tour de la présidentielle au profit de Marine Le Pen est envisagée. Les partisans d’une primaire avancée étaient aussi des soutiens de Nicolas Sarkozy qui espèraient donner plus de chances au président des Républicains d’être élu candidat. Parmi eux, on comptait notamment Eric Ciotti, Luc Chatel, Gérard Longuet et Christian Jacob. Alain Juppé et François Fillon, qui seront les principaux opposants de l’ancien chef de l’Etat durant cette primaire, préféraient eux garder la date initialement choisie, arguant des difficultés d’organisation en cas de délais réduits. Finalement, le débat a été tranché par Christian Jacob mi-décembre, le calendrier est maintenu. « Il n’y a visiblement pas de consensus », a-t-il expliqué.

Modalités de la primaire des Républicains 2016

Le scrutin est ouvert à l’ensemble des personnes inscrites sur les listes électorales au 31 décembre 2015. Ceux souhaitant exprimer leur voix devront simplement payer deux euros et signer une « charte de l’alternance » assurant qu’ils partagent « les valeurs de la droite républicaine et du centre » et qu’ils s’engagent « pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France ». Pour cette primaire, le vote électronique tout comme la remise d’une procuration ne seront pas possibles, les électeurs devront donc se déplacer dans l’un des 10 000 bureaux de vote prévus sur l’ensemble du territoire.

Du côté des candidats, il sera nécessaire de recueillir un certain nombre de parrainages pour voir son nom figurer sur un bulletin de vote : au moins 20 venant de parlementaires, au moins 250 d’élus répartis sur minimum 30 départements et au moins 2 500 d’adhérents répartis sur minimum 15 départements. Ces élus devront également signer une charte d’adhésion aux valeurs de la droite afin de donner leur parrainage. D’après NKM, cette précision a été ajoutée après coup pour lui faire barrage : elle comptait en effet sur le soutien d’élus de gauche ou tout du moins de « non-inscrits ». Jean-François Copé comme Bruno Le Maire ont déjà annoncé avoir déposé les parrainages nécessaires, bien avant la clôture de la liste de candidats.

Quant aux partis autres que Les Républicains, il leur appartiendra de fixer les modalités et notamment le nombre de parrainages. Un geste pour permettre de réaliser la primaire la plus ouverte possible. Toutefois, les adhérents de l’UDI se sont prononcés contre une participation de leur parti à la primaire.

La date limite pour le dépôt des candidatures est fixée au 9 septembre 2016 pour une diffusion de la liste définitive des candidats 12 jours plus tard, le 21 septembre, date à laquelle la campagne sera officiellement lancée. Avant de s’engager dans cette primaire, les candidats doivent savoir qu’ils ne pourront pas se présenter à la présidentielle sous une autre étiquette en cas de défaite. En effet, chaque candidat doit s’engager à « soutenir publiquement le candidat à la présidence de la République désigné à l’issue de la primaire et à prendre part à sa campagne ».

Concernant les dépenses de campagne de la primaire LR, elles figureront dans le compte de campagne du candidat à la présidentielle. En tout cas celles engagées à partir du 1er avril 2016. « Pour cela, nous allons décider d’un plafond des dépenses entre le 21 septembre, date du début de la campagne officielle, et le scrutin », a affirmé Thierry Solère. C’est qu’au vu des budgets prévus, l’argent dépensé pour cette primaire risque fort de peser sur le budget total du candidat sélectionné. Ainsi, Alain Juppé aurait déjà prévu 3 millions d’euros de dépenses, Bruno Le Maire et François Fillon 2 millions d’euros, NKM, Jean-François Copé et Jean-Frédéric Poisson 500 000 euros, Hervé Mariton 300 000 euros, Nadine Morano et Frédéric Lefebvre, moins de 100 000 euros. Des sommes à comparer aux 250 000 euros dépensés par François Hollande pour la primaire de 2011 (il n’était alors le plus dépensier). Le montant du plafond devrait être fixé fin avril, début mai lors d’un bureau politique des Républicains.

La primaire elle-même sera financée par le parti LR qui compte avancer 5 millions d’euros afin de couvrir les frais d’organisation. Cette somme devrait en partie être remboursée grâce aux deux euros de participation demandés aux votants. Pour que le parti puisse rentrer dans ses frais, 2,5 millions de personnes doivent se prononcer lors de cette primaire.

Printemps des Comédiens. Un bilan béton et des questions

La grenouille avait raison de James  Thierée Au Printemps des Comédiens

La grenouille avait raison de James Thierée Au Printemps des Comédiens

La trentième de tous les records, plus de 60 000 spectateurs, 90% de taux de remplissage… Mais demain ?

Eh bien voilà. Eteints les derniers projecteurs, baissé le rideau rouge de la Grenouille de James Thierrée, dissipées les ultimes acclamations. Et comme chaque année, à l’heure où se termine le Printemps des Comédiens, c’est dans un mélange de nostalgie et de satisfaction que l’équipe du festival veut remercier son public. Pour l’avoir suivi sur des pistes pas toujours balisées.  Il a fallu cette année bien des listes d’attente, bien des prises d’assaut de la billetterie pour tenter de satisfaire un public venu en rangs plus serrés encore que de coutume.

Ne rien sacrifier de l’artistique

Car cette édition du 30e anniversaire est celle de tous les records. Jean Varela, le directeur artistique du Printemps, voulait «un acte fort» : « Revenir à une durée plus longue après des années de baisse. Ne rien sacrifier de nos ambitions artistiques et maintenir le festival dans ce qui est sa marque : un mélange de publics, familles, enfants, amateurs plus pointus, un mélange de genres : cirques, théâtre de texte, croisement des disciplines comme avec Triptyque…»

C’est peu dire que le pari est réussi : la fréquentation du festival atteint un chiffre jamais vu en trente ans. Plus de 60.000 spectateurs ! Un remplissage des lieux de spectacle qui dépasse 90%… Il est vrai que ce chiffre bénéficie de l’effet Zingaro qui, installé dans le domaine de Bayssan à Béziers, accueillera jusqu’au 10 juillet entre 20 et 25000 spectateurs. Mais Zingaro, c’est le Printemps. Une sorte de retour aux sources même, puisqu’aux temps héroïques, le festival promenait ses tréteaux dans tout le département. Une affirmation du Conseil départemental aussi : marquer, aujourd’hui en terre biterroise, que la culture est plus que jamais une nécessité.

Dosages subtils

« Voilà donc le rideau baissé. Et à cet instant, chaque année, le dernier mot nous était évident : à l’an prochain, disions-nous à notre public. A l’an prochain avec des grands noms de la scène (…) Pouvons-nous le dire cette année ? Hélas, nous n’en savons rien : le transfert des compétences entre Conseil départemental et Métropole plonge l’avenir du festival dans l’incertitude. Ce n’est pas le lieu de s’immiscer dans des discussions où la politique et les exigences budgétaires s’entremêlent.

Mais peut-être est-ce le moment de rappeler qu’un festival, même fort de 60 000 spectateurs, est une construction fragile. Que la culture, la joie du public, le bonheur d’être ensemble dans un lieu magnifique, tout cela est une alchimie dont les dosages sont subtils. Puissions en préserver la recette l’an prochain pour un nouveau sacre du Printemps.»

Comment après la réussite d’une programmation artistique si ambitieuse, et l’accomplissement d’une mission culturelle publique de cette ampleur, validée par le plus grand nombre, une équipe est-elle amenée à s’interroger de la sorte ? Désormais, il appartient sans doute à ce large public de questionner les représentants du peuple,  pour connaître leurs véritables projets derrière leurs silences, leurs chiffres et leurs coups de menton…

Source : La Marseillaise 05/07/2016

Voir aussi ;  Rubrique Théâtre, rubrique Festival, Printemps des Comédiens 2016The Encounter, de McBurney , No Where de Marino Formenti, 4 x 11 l’ENSAD se déchaïne, Séducteur impie des temps modernesCirque Balthazar. 100 Zissu, Poison de Dag Jeanneret,  rubrique Politique, Politique culturelle, rubrique Montpellier,

La culture Shadoks débarque au Miam

Les Shadoks : deuxième sérieLe Musée international des arts modestes met à l’honneur une des œuvres les plus originales du paysage audiovisuel français. Créés par Jacques Rouxel les Shadoks travaillent énormément pour porter sur le petit écran son goût pour l’absurde et sa fascination pour la machine.

C’est sous le signe de l’aventure artistique que s’ouvre la première grande expo consacrée aux Shadoks, à découvrir au Miam jusqu’au 6 novembre. Après Le manège enchanté, et Groland, Shadoks ! est la troisième exposition  du Miam à faire incursion dans le monde de la télévision considéré à juste titre comme un digne support  des arts modestes. C’est sans doute aussi la plus pertinente, tant l’idée de confier une fenêtre au cœur de la télévision d’Etat à un créateur s’est révélée féconde.

L’œuvre inclassable de Rouxel

Créateur de ces entêtants personnages, anthropomorphes mi-hommes mi-oiseaux Jacques Rouxel (1931 – 2004) est resté un auteur modeste et discret. D’une adolescence passée à New-York, il rapporte les leçons des comics  américains ; tout en se revendiquant d’Alphonse Allais et d’Alfred Jarry, Rouxel affiche à la fois un goût pour l’absurde et une fascination pour les machines. Son entrée au Service recherche de l’ORTF dirigé alors par Pierre Schaeffer, père de la musique concrète et de la musique électroacoustique, va faire le reste.

Jacques Rouxel, Author Of "The Shadoks" Cartoons On December 16Th, 1999 In Paris, France.
Le 29 avril 1968 à 20h30, en prime time dirait-on aujourd’hui, les Shadoks atterrissent sur le petit écran. Le format est court, 2 mn qui propulse les téléspectateurs dans un autre monde. Débarrassée de  tout le cérémonial habituel et notamment celui de la grand messe du JT de 20h les images diffusées ne sont pas du goût de tout le monde…

« Beaucoup de téléspectateurs outrés envoient des courriers à la chaîne. Certains critiques l’esthétique trouvant les personnages moches, d’autres s’en prennent à  l’esprit débridé qui annonce Hara Kiri et Charlie Hebdo, indique le commissaire de l’exposition Norbert Duffort qui a travaillé six mois à la préparation de l’événement. Enfant de l’Oulipo, Jacques Rouxel, était un type assez secret. Un peu comme Brassens, il se méfiait des médias. A l’époque, l’émergence des Shadoks, qui représentent une contre autorité au sein du projet de la télévision d’Etat fait polémique.  Mais Rouxel sera soutenu  par Malraux  qui défend l’initiative et les expériences originales susceptibles de répondre à des besoins nouveaux et dépasser les cloisonnements des administrations à travers le champ culturel. Schaeffer, le patron  de l’ORTF pousse dans le même sens. »

Si la visite de l’exposition du Miam démontre que les Shadoks n’ont pas pris une ride, elle ouvre aussi sur une question : Un projet aussi critique et avant-gardiste – non dénué de bon sens et de connotations politiques comme dans le message :  « Pour qu’il y ait le moins de mécontents possibles il faut toujours taper sur les mêmes » – trouverait-il une place aujourd’hui en prime-time dans les grilles de France-Télévision ? La réponse est non…

Les événements de mai 68 vont couper court à la diffusion des Shadoks qui s’interrompt avec la grève de l’ORTF qui dénonce la manipulation de l’opinion publique. Jacques Rouxel n’y participe pas parce qu’il n’est pas titulaire. En 1974 les Shadoks sont de retour et connaissent un succès croissant lors des trois premières saisons. En janvier 2000 Canal  + lance la série 4 qui  s’avérera peu concluante.

Un des intérêts de l’expo du Miam réside dans les documents originaux notamment les celluloïds qui révèlent l’influence exercée par le mouvement abstrait sur l’œuvre de Jacques Rouxel. La confrontation avec des œuvres d’artistes contemporains souligne quant à elle, que l’empreinte de sa  conscience malicieuse du monde peut être renouvelée.

JMDH

Source : La Marseillaise 01/07/2016

Voir aussi : Actualité Locale, Rubrique Exposition, rubrique Médias, rubrique Société,