Et l’intégrisme économique, on le combat ?

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Selon le dictionnaire Larousse, l’intégrisme est « une attitude et une disposition d’esprit de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution ».

Si une bataille s’engage contre l’intégrisme religieux et ses idées rétrogrades, un autre intégrisme sévit, plus sournoisement, avec l’appui des principaux responsables politiques et des milieux d’affaires. Cet intégrisme, économique celui-là, n’a pas eu besoin de recourir à des moyens barbares pour s’imposer.

Mais, comme l’intégrisme religieux, il défend une tradition, en l’occurrence l’économie néo-libérale, les dogmes sur lesquels elle repose et refuse toute évolution. Les dix commandements de la bible économique néo-libérale sont d’ailleurs bien connus :

  • (1) l’austérité budgétaire tu prôneras ;
  • (2) la dépense publique tu diminueras ;
  • (3) plutôt que les plus riches, les pauvres tu taxeras ;
  • (4) la libéralisation financière tu assureras ;
  • (5) une banque centrale indépendante tu chériras ;
  • (6) le marché tu vénéreras ;
  • (7) la compétitivité tu promouvras ;
  • (8) la privatisation de l’économie tu organiseras ;
  • (9) la déréglementation tu favoriseras ;
  • (10) la propriété privée tu défendras.

L’intégrisme économique a un dieu qu’il vénère : le marché ; et de nombreux prédicateurs médiatiques qui ont pour mission de convaincre les foules de la bonté de ce dieu et, pour les récalcitrants, de nier toute alternative et de promettre l’enfer, sur terre cette fois-ci, à ceux qui douteraient de la véracité des tables de la loi économique.

Il a aussi ses théologiens dont l’un des principaux est Milton Friedman. Bernard Maris rappelait d’ailleurs que « dans un article qui a fait un tabac dans la profession, [Friedman] a avancé la thèse qu’une théorie ne devait pas être testée par le réalisme de ses hypothèses, mais par celui de ses conséquences. Autrement dit, peu importe de faire l’hypothèse que la Terre est plate, tant que ça vous permet d’aller où vous voulez à vélo… Vous pouvez même supposer que la Terre est creuse comme un bol, si vous sentez que votre vélo descend »…

Vive la concurrence… mais pas celle des idées

La « pseudo »-science économique, qui manipule les hypothèses à sa guise et s’arrange avec la réalité si cela lui permet d’asseoir son pouvoir, relève donc plus du domaine de la foi que de la science. Elle est servie idéologiquement par une corporation qui cherche à éradiquer les économistes « hérétiques », que l’on qualifie d’hétérodoxes. Ces gardiens du temple, qui prônent à longueur de temps les vertus de la concurrence, refusent pourtant celle qui devrait s’exercer sur le marché des idées.

En effet, une bataille s’est engagée en France entre les économistes « orthodoxes », défenseurs de la doxa néo-libérale, et les « hétérodoxes » qui militent pour que d’autres approches économiques puissent être développées, discutées et enseignées.

Ces derniers sont actuellement en voie de disparition comme le rappelle l’Association française d’économie politique (Afep) : « Les statistiques montrent que, sur la période 2005-2011, sur 120 recrutements de professeurs, on ne compte que 6 économistes appartenant à des courants minoritaires ».

Etouffer la contestation de l’intérieur

La section 5 du conseil national des universités (CNU), qui conditionne l’entrée et les promotions dans la carrière universitaire en économie, fait preuve d’une grande ouverture d’esprit… C’est pourquoi l’Afep mène la bataille de la défense du pluralisme. Puisque le débat d’idées n’est pas possible au sein de la section actuelle, les intégristes rejetant toute évolution, il a été demandé au ministère de tutelle de créer une autre section au sein de laquelle l’économie pourrait dialoguer sereinement avec les autres sciences sociales, ouvrant ainsi un nouvel espace intellectuel qui ne supprimerait aucun de ceux qui existent.

Après avoir acté cette création en décembre 2014, le ministère est revenu sur sa décision début janvier 2015. Dans l’intervalle, les représentants de l’ordre établi sont montés au créneau afin de tuer dans l’œuf toute remise en question du dogme. Jean Tirole, fort de ses nouveaux galons de « prix Nobel d’économie », a pris la plume afin de dire à la ministre tout le mal qu’il pensait de ce désir de pluralisme. Pour lui, la volonté de s’émanciper de l’orthodoxie « promeut le relativisme des connaissances, antichambre de l’obscurantisme ». Rien que ça…

On reconnaîtra ici aisément l’artifice consistant à accuser son adversaire de ses propres turpitudes. Le président de la section 5 du CNU, Alain Ayong Le Kama, n’est pas en reste. Pour lui, la revendication des hétérodoxes est « très idéologique ». La quasi-totalité des 20 doyens de facultés d’économie s’opposent aussi à ce projet, affirmant que « cette nouvelle section “ fourre-tout ” va essentiellement servir à caser les “ ratés ” ou “ frustrés ” du système universitaire ».

L’intégrisme n’a jamais brillé par sa tolérance. Mais pourquoi les orthodoxes veulent-ils conserver avec eux cette bande d’économistes ratés ? La raison est simple : il faut contrôler toute contestation et il est plus facile de l’étouffer de l’intérieur.

Grèce : étouffer toute stratégie autre en Europe

Le pouvoir d’envoûtement de l’intégrisme économique est puissant puisque la très grande majorité de la classe politique européenne est sous sa coupe comme nous le montre aujourd’hui le traitement de la « question » grecque. Que demande aujourd’hui la Grèce d’Alexis Tsipras ? Que l’on desserre l’étreinte qui étrangle sa population depuis plus de cinq ans et mène à la catastrophe. En effet, le PIB de la Grèce a baissé de 25% depuis 2008 tandis que les salaires et les pensions ont diminué de 40%, tout comme les dépenses de santé et d’éducation. Le taux de chômage dépasse les 25%. La dette, que les politiques imposées par la Troïka (Commission européenne, BCE et FMI) étaient supposées réduire, est passée de 110% du PIB en 2008 à… 175% aujourd’hui.

L’hostilité affichée par les « partenaires » européens à l’égard des propositions du gouvernement grec qui n’ont, de l’aveu de beaucoup, rien de révolutionnaire, est symptomatique de cet intégrisme économique qui cherche à étouffer l’ébauche de toute autre stratégie au sein de l’Union européenne.

La Commission européenne a cherché par exemple à stopper le projet de loi sur « l’urgence humanitaire » promis par Syriza. Tandis que près d’un quart de la population grecque vit sous le seuil de pauvreté, le but était « d’apporter une assistance d’urgence à ceux qui en avaient le plus besoin. (…) Le projet de loi prévoyait d’accorder une allocation logement de 70 à 220 euros à 30.000 personnes (…). Il envisageait une aide alimentaire pour 300 000 personnes et le rétablissement, jusqu’à la fin de l’année, de l’électricité pour les ménages qui se l’étaient vu couper faute de moyen pour payer les factures. Rien de plus. Le coût de cette action était estimé à 200 millions d’euros. Autrement dit, une somme négligeable sur le plan budgétaire. »

Terrorisme intellectuel

Cette stratégie vise à démolir le nouvel exécutif grec ou à le faire rentrer dans le rang afin qu’aucun autre pays en difficulté n’ait à l’avenir l’idée de remettre en question le dogme néo-libéral. Elle est servie par un discours bien rôdé faisant de l’égoïsme et de l’enrichissement personnel les valeurs cardinales de nos sociétés dites modernes tandis que la lutte de chacun contre tous est supposée conduire au bonheur généralisé. Ainsi, ce terrorisme intellectuel a gangréné nos esprits et nous conduit aujourd’hui à accepter l’idée que le pauvre, le chômeur ou l’exclu sont les uniques responsables de leur sort, justifiant ainsi de les laisser se débrouiller aux marges de la société.

Comme l’intégrisme religieux, l’intégrisme économique promeut des valeurs rétrogrades et nous invite à souffrir aujourd’hui afin d’atteindre un bonheur illusoire sans cesse différé. Le combattre est un devoir.

Par Eric Berr (Economiste atterré)

Source Rue 89 23/03/2015

« L’Egypte ne doit pas continuer à être l’otage de la vision américaine »

La France doit signer lundi au Caire sa première vente de Rafale à l'étranger avec l'Egypte. Le contrat porte sur 24 appareils, sur une frégate multimissions FREMM, fabriquée par le groupe DCNS, ainsi que des missiles fabriqués par MBDA, pour un montant de 5,2 milliards d'euros.

La France doit signer lundi au Caire sa première vente de Rafale à l’étranger avec l’Egypte. Le contrat porte sur 24 appareils, sur une frégate multimissions FREMM, fabriquée par le groupe DCNS, ainsi que des missiles fabriqués par MBDA, pour un montant de 5,2 milliards d’euros.

Le contrat de vente d’avions Rafale français illustre la volonté du Caire de s’affranchir de la tutelle de Washington, estiment des experts.

La conclusion d’un contrat de vente par la France de 24 avions Rafale à l’Egypte illustre la ferme volonté du Caire de diversifier ses sources d’armements et de s’affranchir de la tutelle américaine, selon des experts.

La France doit signer lundi au Caire sa première vente de Rafale à l’étranger avec l’Egypte. Le contrat porte sur 24 appareils, sur une frégate multimissions FREMM, fabriquée par le groupe DCNS, ainsi que des missiles fabriqués par MBDA, pour un montant de 5,2 milliards d’euros.

L’Egypte était dépendante depuis plusieurs années des Etats-Unis qui allouent chaque année à leur grand allié arabe 1,5 milliard de dollars, dont environ 1,3 milliard en assistance militaire.

Une partie de cette aide avait cependant été gelée en octobre 2013 et conditionnée à des réformes démocratiques après la destitution en juillet par l’armée, alors dirigée par Abdel Fattah al-Sissi aujourd’hui chef de l’Etat, du président islamiste Mohamed Morsi. L’éviction du premier président élu démocratiquement dans le pays avait été suivie d’une terrible répression contre ses partisans.

« Ce contrat est un message implicite aux Etats-Unis leur signifiant que l’Egypte ne va plus compter uniquement sur des approvisionnements américains en armement », estime à l’AFP le général à la retraite Mohamed Moujahid al-Zayyat, expert au Centre régional des études du Moyen-Orient basé au Caire.

Pour cet expert, Le Caire n’admet plus de faire l’objet de « chantage » dans ses relations militaires avec les Etats-Unis. Ces derniers ont, selon lui, « leur propre approche quant à la restructuration de l’armée égyptienne » et « s’opposent à la doctrine de cette armée de continuer à croire qu’Israël est son principal ennemi ». Les Etats-Unis ont assuré vendredi qu’ils n’avaient rien à redire à propos de ce contrat.

Pour Ahmed Abdel Halim, un militaire à la retraite et ancien président du comité de la sécurité nationale au sein du Sénat égyptien, « la diversification des sources d’approvisionnement en armes et en technologie est de nature à dissuader tout pays d’exercer un quelconque monopole sur l’Egypte ou lui faire subir un chantage ».

L’Egypte « ne doit pas continuer à être l’otage de la vision américaine », estime cet analyste en référence aux divergences entre les deux pays sur le dossier des droits de l’Homme.

Tourné aussi vers la Russie

Washington a exprimé régulièrement son mécontentement sur la répression menée à partir de 2013 contre les opposants au régime. Plus de 1 400 partisans de M. Morsi ont été tués dans la foulée de son éviction, plus de 15.000 emprisonnés et des centaines condamnés à mort dans des procès de masse expédiés en quelques minutes et qualifiés par l’Onu de « sans précédent dans l’Histoire récente ».

« L’Egypte va acheter des armes des Etats-Unis, de la France, de la Russie et peut-être de la Chine », a pronostiqué Ahmed Abdel Halim.

Alors qu’il était ministre de la Défense, M. Sissi était allé à Moscou en février 2014 rencontrer Vladimir Poutine pour discuter notamment de la livraison d’armements russes à l’Egypte.

En septembre, des médias russes avaient assuré que les deux pays s’étaient mis d’accord sur la livraison de systèmes de défense anti-aérienne, d’hélicoptères et d’avions de combat pour 3,5 milliards de dollars, financés par l’Arabie saoudite. Depuis, plus rien n’a filtré sur le sujet.

Lors d’une visite d’Etat mardi de M. Poutine au Caire, lors de laquelle les deux pays ont signé un protocole d’entente pour la construction d’une centrale nucléaire pour la production d’électricité en Egypte, les présidents égyptien et russe se sont mis d’accord sur la poursuite de leur coopération militaire.

Selon Mathieu Guidère, spécialiste de géopolitique du monde arabe, « l’Egypte va continuer à acheter normalement des armes aux Américains. Mais elle achètera aussi des armes à la Russie comme on l’a compris de la dernière visite au Caire du président russe, ce qui la met dans une meilleure position face aux Etats-Unis ».

Depuis le début de la répression de l’opposition, l’Egypte est confrontée à la montée en puissance dans le Sinaï (nord-est) de jihadistes liés au groupe Etat islamique (EI), qui contrôle de vastes territoires en Irak et en Syrie, et craint d’être déstabilisée par le chaos libyen sur son flanc ouest.

Haitham El-Tabei

Source : L’Orient du Jour 15/02/2015

Voir aussi : Rubrique Egypte, L’Egypte appartient aux militaires, La France valide la dictature égyptienne, rubrique Géopolitique, rubrique Economie, rubrique Défense, Politique, Politique Internationale, RencontreGilles Kepel : « La politique française arabe est difficile à décrypter. » On line, Vente d’avions Rafale à l’Egypte : un contrat « historique »,

« SwissLeaks » : révélations sur un système international de fraude fiscale

201502101924-full« Le Monde » a eu accès aux données bancaires de plus de 100 000 clients de la filiale suisse de HSBC. Elles révèlent l’étendue d’un système de fraude fiscale encouragé par la banque. Des personnalités étrangères et françaises sont impliquées.

Les chiffres donnent le vertige. Le Monde publie le premier volet d’une enquête à la fois spectaculaire et inédite. Fruit d’investigations hors norme, menées entre Paris, Washington, Bruxelles ou Genève, elle dévoile les dessous d’un vaste système d’évasion fiscale accepté, et même encouragé, par l’établissement britannique HSBC, deuxième groupe bancaire mondial, par l’intermédiaire de sa filiale suisse HSBC Private Bank.

Le Monde, qui enquête sur l’affaire HSBC depuis son origine, est entré début 2014 en possession de données bancaires mondiales, portant sur la période 2005-2007 et établissant une gigantesque fraude à l’échelle internationale. Nous avons partagé ces données avec une soixantaine de médias internationaux, coordonnés par l’ICIJ, consortium de journalistes d’investigation. Leur révélation est susceptible d’embarrasser de nombreuses personnalités, de l’humoriste français Gad Elmaleh au roi du Maroc Mohamed VI, mais surtout d’ébranler les milieux bancaires internationaux.

Selon les enquêteurs, 180,6 milliards d’euros auraient transité, à Genève, par les comptes HSBC de plus de 100 000 clients et de 20 000 sociétés offshore, très précisément entre le 9 novembre 2006 et le 31 mars 2007. Une période correspondant aux archives numérisées dérobées chez HSBC PB par Hervé Falciani, ancien employé de la banque.

En effet, à la fin de l’année 2008, cet informaticien français avait fourni aux agents du fisc français les données volées chez son employeur. Saisie de ces faits en janvier 2009, la justice française enquête depuis sur une toute petite partie des « listings Falciani », à savoir les quelque 3 000 ressortissants hexagonaux suspectés d’avoir dissimulé leur argent chez HSBC PB, et ce avec la complicité de la banque – de ce fait mise en examen comme personne morale pour « démarchage bancaire et financier illicite » et « blanchiment de fraude fiscale ».

Plus de 5,7 milliards d’euros auraient été dissimulés par HSBC PB dans des paradis fiscaux pour le compte de ses seuls clients français… Bercy a saisi la justice de soixante-deux cas seulement (dont celui de l’héritière de Nina Ricci, dont le procès doit s’ouvrir dans quelques jours à Paris), la plupart des contribuables hexagonaux « démasqués » par les listings Falciani ayant, il est vrai, régularisé entre-temps leur situation fiscale.

Le 28 janvier 2014, sous le titre « Listes HSBC : la saga d’une enquête explosive sur l’évasion fiscale », Le Monde publiait une première série d’articles dévoilant les dessous de l’enquête judiciaire française. Mais il manquait l’aspect mondial…

Quelques jours plus tard, une personne se présentait à l’accueil du journal, boulevard Auguste-Blanqui, à Paris. Cette source, dont nous protégeons l’anonymat, nous remit une clé USB contenant la totalité des fichiers établis à partir des « données Falciani », dans le plus grand secret, à compter de 2009, par les services fiscaux français, parfois en dépit des réticences du pouvoir politique.

Qui trouve-t-on sur ces listings – transmis par Bercy à plusieurs administrations étrangères –, et dont nous révélons les noms lorsqu’ils présentent un intérêt public ? Des trafiquants d’armes ou de stupéfiants, des financiers d’organisations terroristes, des hommes politiques, des vedettes du showbiz, des icônes du sport ou des capitaines d’industrie… Désireux, dans leur grande majorité, de cacher leur argent en Suisse. Et cela, bien sûr, très souvent, à l’instar des clients français, dans la plus parfaite illégalité. La disparité des profils des détenteurs de comptes est assez frappante. Les chirurgiens français désireux de blanchir leurs honoraires non déclarés y côtoient des diamantaires belges, des protagonistes de l’affaire Elf ou de nombreuses familles juives dont les avoirs avaient été mis en lieu sûr, en Suisse, au moment de la montée du nazisme en Europe…

Le paravent de structures offshore

Nombre d’entre eux ont été illicitement démarchés en France par les gestionnaires de comptes de la banque. Tous ont été encouragés par le comité exécutif d’HSBC PB à mieux camoufler leur argent derrière le paravent de structures offshore, généralement basées au Panama ou dans les îles Vierges britanniques, et ce afin d’éviter certaines taxes européennes, notamment la taxe ESD, instituée en 2005. Les enquêteurs disposent désormais d’éléments matériels attestant ces différents délits.

A affaire exceptionnelle, traitement exceptionnel : destinataire exclusif de ces informations explosives, Le Monde a décidé, au printemps 2014, afin d’en assurer le traitement le plus exhaustif et le plus rigoureux possible, de les partager avec des médias internationaux grâce à l’ICIJ, basé aux Etats-Unis, qui avait déjà collaboré avec Le Monde notamment lors des opérations « Offshore Leaks » (en 2013) et « LuxLeaks » (en 2014). Au total ont été mobilisés, dans la plus grande discrétion, 154 journalistes de 47 pays travaillant pour 55 médias (Le Guardian en Grande-Bretagne, le Süddeutsche Zeitung en Allemagne, l’émission « 60 minutes », de CBS, aux Etats-Unis…).

HSBC Private Bank comme les autorités politiques et judiciaires suisses contestent depuis le début de l’affaire aussi bien les chiffres établis par le fisc et la justice française que l’utilisation de ces données, au motif que ces dernières sont le produit d’un vol. Son auteur, Hervé Falciani, qui tenta de revendre ses fichiers avant de se raviser et de les fournir aux autorités françaises, a d’ailleurs été mis en accusation par le ministère public de la Confédération helvétique, le 11 décembre 2014, pour « espionnage économique », « soustraction de données » et « violation du secret commercial et bancaire ».

La Suisse, qui voit d’un très mauvais œil les investigations menées par la justice et le fisc français, considère surtout que les données initiales ont été trafiquées, ce que dément formellement l’enquête judiciaire française – de même que les investigations du Monde. Le 27 février 2014, les deux juges d’instruction français chargés de l’affaire concluaient d’ailleurs à propos des listings que leur « authenticité [avait] été vérifiée par les auditions de nombreux titulaires de comptes qui ont du reste transigé avec l’administration fiscale sur la base de ce fichier ». De son côté, HSBC PB semble prête à en faire de même avec la justice française afin d’éviter un procès ruineux – et pas seulement en termes d’image…

Fabrice Lhomme et Gérard Davet

Source Le Monde 08.02.2015

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L’endettement mondial explose et menace la croissance

8ec7549e2917c84da8c075d950461818-0-628-419-4215158L’endettement augmente très rapidement dans le monde depuis la crise financière de 2008, notamment en Chine où il a quadruplé, faisant planer une nouvelle menace sur la croissance planétaire, selon une étude publiée jeudi.

« Plutôt que de réduire leur dette, toutes les principales économies empruntent aujourd’hui davantage par rapport à leur PIB qu’en 2007 », d’après les économistes du McKinsey Global Institute (MGI), qui estiment que « cela amène de nouveaux risques pour la stabilité financière et pourrait saper la croissance mondiale ».

En volume, l’endettement de tous les acteurs économiques (Etats, entreprises, ménages…) a progressé de 57.000 milliards de dollars entre 2007 et 2014 pour frôler les 200.000 milliards de dollars. Les dettes pesaient l’an dernier 286% du PIB mondial, contre 269% en 2007.

« Depuis la crise, la plupart des pays ont augmenté leur endettement, plutôt que l’inverse », constatent les auteurs. Le ratio de dette totale par rapport au PIB a ainsi progressé de plus de 50 points de pourcentage dans 14 pays sur les 22 économies avancées et 25 en développement examinées par le MGI.

Au premier rang des pays qui ont vu leur dette totale exploser se trouve l’Irlande, avec 172 points de pourcentage de hausse par rapport au PIB entre 2007 et 2014, suivie par Singapour (129%), la Grèce (103%) et le Portugal (100%).

L’endettement total de la France a bondi de 66%, tandis que celui de l’Allemagne n’a progressé que de 8%, reflétant d’une part l’augmentation des dettes publiques en France, mais aussi la faiblesse de l’investissement, notamment privé, en Allemagne.

La seule dette publique a elle progressé de 25.000 milliards de dollars à travers le monde et « va continuer à croître dans de nombreux pays, au vu des fondamentaux économiques actuels », assurent les économistes de McKinsey, alors que de nombreuses banques centrales dans le monde diminuent le loyer de l’argent pour tenter de relancer la croissance.

Selon leurs projections, celle du gouvernement au Japon, qui détient le record en la matière, va progresser pour passer de 234% à 258% du PIB entre 2014 et 2019. La France passera de 104% à 119% sur la même période, tandis que la dette publique allemande reculera de 80% à 68% du PIB.

Pour les pays les plus endettés, « les efforts de réduction du déficit budgétaire pourraient être voués à l’échec en inhibant la croissance », craint le MGI. En Chine, la dette globale a explosé sous l’effet des prêts accordés hors du secteur bancaire réglementé (shadow banking) ainsi que de la spéculation immobilière, passant de 7.000 milliards de dollars à 28.000 milliards de dollars.

« A 282% du PIB, l’endettement de la Chine est gérable, mais supérieur à celui des Etats-Unis ou de l’Allemagne », relève l’étude. La dette des entreprises chinoises est particulièrement inquiétante puisqu’elle atteint 125% du PIB de la deuxième économie mondiale, soit « un des niveaux de dette entrepreneuriale les plus élevés du monde ».
Une autre menace pour la stabilité financière du moteur de la croissance mondiale est l’endettement opaque de ses collectivités locales chinoises, dont l’endettement a presque triplé en sept ans pour atteindre 1.700 milliards de dollars.

Enfin la dette des ménages au niveau mondial atteint également des sommets, même si elle a été réduite depuis 2007 dans certains pays particulièrement frappés par la crise qui a démarré en 2008, dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Irlande. Mais dans d’autres comme l’Australie, le Canada, la Suède ou encore les Pays-Bas, la dette des ménages campe aujourd’hui à des niveaux supérieurs à ceux atteints avant 2008 dans les pays frappés par la crise, souligne McKinsey.

Comme « pour croître, les économies ont besoin de niveaux de dette de plus en plus élevés, et que le désendettement est rare et de plus en plus difficile, elles vont devoir apprendre à vivre de manière plus sûre avec une dette élevée ».

Source AFP 05/02/15

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La mobilisation des peuples

tourmente-grecque-filmDocumentaire. Dans la tourmente grecque ce soir au Cinéma Diagonal.

Le journaliste montpelliérain Philippe Menut est le réalisateur de La Tourmente grecque. Une enquête à la fois humaine et économique sur les causes et les conséquences de la crise grecque. Il livre son analyse de l’arrivée de Syriza au pouvoir.

Comment analysez-vous la victoire de Syriza ?

Syriza était déjà le premier parti en Grèce. La nouveauté c’est qu’il a pu constituer un gouvernement pour se battre contre l’austérité. La situation sociale est effroyable. Le chômage a été multiplié par trois en quatre ans, les retraites ont baissé de 25% le service public est abandonné. Les gens ne peuvent plus se loger, se soigner et s’éduquer. Syriza représente un espoir de sortie.

Avec une marge de manoeuvre étroite ?

Oui le gouvernement fait face à la fois aux banques d’affaires et aux fonds spéculatifs, et à l’oligarchie européenne.

Après l’élan de joie qui dépasse les frontières, court-on vers une désillusion ?

Le prolongement de cette victoire ne dépend pas seulement du bulletin de vote, il relève aussi de la mobilisation populaire. Avec 11 millions d’habitants, la Grèce est un petit pays qui ne représente que 3% du PIB de l’UE mais c’est un symbole important. Tsipras et son équipe doivent appeler à un appui populaire et ne pas tomber dans le piège des compromissions. Ce qui n’est pas évident car le système politique est comme chez nous assez perverti. Mais depuis six mois Syriza a fait un sans faute. Aujourd’hui leur position est subtile, ils ne s’opposent pas  à l’UE mais remettent en cause ce qui est contre le peuple grec.

En se rapprochant de la Russie, Syriza se ménage aussi une porte de sortie avec les BRICS…

C’est une composante du rapport de force avec une incidence sur les mécanismes de l’UE dans la mesure où les positions doivent être validées à l’unanimité. Cela ne signifie pas pour autant un engagement pro russe sur le dossier de l’Ukraine. La Grèce ouvre aussi le dialogue avec le Brésil.

A quoi tient la stratégie d’alliance avec les Grecs indépendants ?

Au sein du parlement, sur la base du combat contre l’austérité, Syriza pouvait s’allier aux communistes du KKE qui ont refusé ou avec le Centre droit patriot. On voit dans le film Panos Kammeros, le chef de ce parti, interpeller le gouvernement sur un détournement du fond de soutien vers les hedge funds avec beaucoup de virulence. Les grecs indépendants sont complètement opposé au parti d’extrême droite Aube dorée. Il ne sont pas pour la sortie de l’UE.

Comment analysez-vous la positon embarrassée du PS ?

Hollande vient de rencontrer Merkel sur le sujet. Il ne prendra pas position pour Syriza. Il veut apparaître comme un intermédiaire. Je pense qu’il va jouer le rôle du gentil et Merkel celui de la méchante. On va vers une Pasokisation du PS français qui est dans une position intenable ou du moins tenable vis à vis des marchés financiers mais pas du peuple…

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Ce soir La tourmente grecque à 19h45 au cinéma Diagonal suivie d’un débat avec Philippe Menut qui part en mars à Athènes pour réactualiser son film.

Source : L’Hérault du Jour 02/02/2015

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