La délicate question des fusions d’entre deux tours

Photo : THIERRY Zoccolan AFP

Photo : Thierry Zoccolan  AFP

Après le premier tour s’ouvrent 48 heures de négociations pour les fusions de liste, dont dépend pour beaucoup le résultat du deuxième tour. Un exercice démocratique décrié à tort.

Fusion ou pas ? Si au moins 7139 des 9751 communes de plus de 1 000 habitants auront un maire ce soir, dans la plupart des communes où un second tour est nécessaire s’ouvre 48 heures de tractations intenses. En effet, si à l’issue du premier tour aucune liste n’a obtenu 50 % des voix, ce qui est le cas dans la majorité des grandes villes, toutes les listes ayant obtenu plus de 10 % des suffrages exprimées peuvent se maintenir. On peut ainsi compter jusqu’à six listes en situation de se maintenir.
Pour éviter au second tour une dispersion identique au premier, le code électoral autorise les listes en capacité de se maintenir à fusionner avec d’autres listes ayant eu au moins 5 % des voix. Mais, elles n’ont que peu de temps pour cela, le dépôt de liste en préfecture étant clos mardi à 18h. Outre la difficulté de parvenir à un accord dans un laps de temps réduit, les fusions de listes ont mauvaise presse : interprétées à tort par la majorité des commentateurs comme un ralliement (ce qu’elles ne sont pas nécessairement), et raillées de ce fait comme s’il s’agissait de magouilles politiciennes, elles ne sont que la conséquence du mode de scrutin.

Fusion programmatique et fusion démocratique

Le mode de scrutin municipal, qui a été étendu cet année aux communes de 1 000 à 3 500 habitants, a été conçu, sous le gouvernement de Pierre Mauroy, pour assurer la représentation de l’opposition au sein du conseil municipal. Jusqu’en 1983, année de sa première application, la liste qui remportait l’élection raflait l’intégralité des sièges. L’introduction d’une dose de proportionnelle permet à l’opposition d’obtenir quelques sièges au sein de l’assemblée municipale selon une règle simple : la liste arrivée en tête (avec plus 50 % au premier tour, moins en cas de triangulaire au second tour) emporte la moitié des sièges, les sièges restants sont répartis à la proportionnelle à la plus forte moyenne entre toutes les listes ayant obtenu plus de 5 % des suffrages exprimés.

Concrètement dans le cas d’une ville ayant 49 sièges à pourvoir et où deux listes en compétition finissent au coude à coude avec 50,1 % (liste A) et 40,9 % (liste B), la liste A obtiendra 37 sièges (25 par prime majoritaire et 12 à la proportionnelle) et la liste B 12 sièges (voir une explication du mode de calcul). Imaginons qu’à la place de la liste A, deux listes A1 (37,7%) et A2 (12,4%) se soient maintenus : la liste B (49,9%) l’emporte avec 37 sièges, les miettes allant à A1 (9 sièges) et A2 (2 sièges). A travers cet exemple, on voit que le premier intérêt d’une fusion de listes est d’abord arithmétique.

Deux types de fusion sont possibles : la fusion programmatique et la fusion technique (ou démocratique).

Dans le premier cas, les listes A1 et A2 vont jeter les bases d’une majorité de gestion de la ville dont le point cardinal sera l’obligation de voter le budget chaque année. Elles se retrouvent donc après le scrutin pour s’entendre sur un programme commun qui conservera la trame et les grandes orientations du programme de la liste A1 mais intégrera des propositions de la liste A2 que celle-ci juge particulièrement importantes. Elles négocient également le nombre de sièges éligibles qui reviendra à chacune des listes et une répartition des postes d’adjoint au maire.

Dans le second cas, la liste A2, tout en maintenant ses critiques sur le programme de la liste A1, offre à cette dernière la possibilité de gagner l’élection en échange d’une représentation de ses électeurs au sein de l’assemblée municipale, à proportion du score qu’elle a obtenu au premier tour. Comme son nombre de voix représente 24,7 % du total des voix A1+A2, elle demandera 24,7 % des 37 sièges promis en cas de victoire, soit 9 élus.

L’influence délétère de la Ve République

Les fusions d’entre deux tours, bien que prévues dans le code électorale, sont de moins en moins pratiquées. En 2008, alors que le FN était peu présent au second tour, des désaccords sur les conditions d’une fusion avaient abouti à 55 triangulaires et 13 quadrangulaires dans les 110 villes ou arrondissements de plus de 30 000 habitants où plus de deux listes étaient en mesure de se maintenir.

A gauche, c’est le plus souvent le PS, en position dominante, qui avait refusé de fusionner, comme à Montpellier où, faute d’une entente avec la maire PS, Hélène Mandroux, les Verts (11,12 %) avaient fusionné avec une liste soutenue par les Comités unitaires antilibéraux et la Ligue communiste révolutionnaire (5,46 %) ; ou encore à Clermont-Ferrand. Dans la préfecture du Puy-de-Dôme, le maire PS, Serge Godard avait refusé la fusion technique que lui proposait Alain Laffont (LCR), qui menait une liste alternative, après l’avoir accepté en 2001.

Qu’en sera-t-il cette année ? A Lyon, Gérard Collomb a déjà fait savoir qu’il n’entendait pas modifier l’équilibre de ses listes. A Paris, rien ne s’opposait la semaine dernière à une fusion entre les listes PS-PCF-PRG d’Anne Hidalgo et les listes EELV de Christophe Najdovski ; mais la candidate socialiste étaient plus que réticente à un accord avec les listes Front de gauche de Danielle Simonnet (PG) : « Il faut des majorités cohérentes, vouloir gérer ensemble, accepter de voter le budget, acte majeur d’une municipalité, a-t-elle déclaré le 14 mars au « Talk Orange-Le Figaro ». Je n’entends pas de propos qui vont dans ce sens-là chez Mme Simonnet. » Ce soir, elle n’a pas montré plus d’ouverture dans sa déclaration faite à 22h>45.


En clair, côté socialiste, on est pas contre les fusions, mais… à condition que les colistiers acceptent d’être bien sages. Ce discours traduit une dérive, typiquement influencé par le présidentialisme de la cinquième république, de la pratique du pouvoir dans les institutions communales. Le conseil municipal n’est plus considéré comme une instance délibérative représentative de population, mais comme un exécutif obéissant au maire dont il est redevable.

A la gauche du PS, les fusions sont parfois contestées. Certes, aucune des formations du Front de gauche ne les rejette. Si le PCF, dont on a vu nombre de sections se ranger derrière le PS dès le 1er tour, opte plutôt pour des fusions programmatiques, le PG et Ensemble, qui défendaient l’autonomie des listes du Front de gauche au 1er tour, se sont prononcés nationalement pour des fusions démocratiques – rejetées par le NPA et LO, bien que le parti de Nathalie Arthaud avait accepté en 2008 de figurer dès le 1er tour sur des listes conduites par le PCF mais aussi le PS.

Mais, localement, un nombre croissant de militants refuse toute fusion. Parfois pour de raisons locales bien compréhensibles (élu corrompu ou maire autocrate gouvernant avec des élus de droite). Parfois, malheureusement, par simple mimétisme avec le FN, qui depuis 1989 se maintient systématiquement, selon une stratégie qui ne lui a jamais permis de parvenir au pouvoir que dans sept villes jusqu’ici (Hénin-Beaumont, inclus puisque Steeve Briois l’a emporté ce soir dans cette commune). Le plus souvent par rejet radical du PS avec des arguments de deux ordres mais assez semblables : « Nos électeur ne comprendraient pas qu’on appelle à voter pour le PS. » « Nous n’avons rien à gagner à servir de roue de secours au PS. »

Ce faisant, ils se montrent incapables d’aller contre le discours des médias mainstream qui interprètent toute fusion comme un ralliement. Incapables aussi d’imaginer sortir de la logique de la Ve République et du présidentialisme qui a contaminé les gestions municipales, alors que la VIe République qu’ils sont censés promouvoir réclament au contraire d’en revenir à des conseils municipaux qui soient réellement des instances délibératives où les conseillers municipaux doivent rendre des comptes à leurs électeurs plutôt qu’au maire.

Michel Soudais

Source Politis : 23/03/2014

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Culture. Pour une refondation des pratiques politiques

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Hier salle Pétrarque, un débat nourri de témoignages et de réflexions. Photo David Maugendre

Municipales. Un forum participatif du Front de gauche consacré à la politique culturelle sur Montpellier.

La culture à Montpellier quel état des lieux quelles perspectives ? C’est sur ce thème que Muriel Ressiguier candidate pour le Front de gauche et ses colistiers ont organisé hier, un forum salle Pétrarque. Riche de la présence et de la participation d’acteurs culturels, d’artistes et de citoyens, le débat s’est engagé autour de trois grands axes: La culture pour tous, le soutien à la création, et l’orientation d’une responsabilité publique susceptible de créer les conditions de l’épanouissement humain.

La forme même de la rencontre se trouvait en adéquation avec le programme du Front de gauche qui entend mettre la culture au coeur de son projet politique. Un projet où la culture est la condition même de la démocratie doit permettre à tous les citoyens de se confronter aux arts et de développer sa propre réflexion.

Cela suppose souligne  Roger Montcharmont «de rompre avec une pratique où le pouvoir politique fait la danse du ventre  devant le pouvoir financier et applique à la politique culturelle les méthodes du management privé. La véritable attractivité du territoire ne se mesure pas en terme de compétitivité mais à travers son indice de développement humain

Concernant le soutient que la municipalité et l’Agglo doivent apporter aux nombreux artistes dont le travail contribue pleinement à la valeur ajoutée urbaine et manque beaucoup de reconnaissance, – Le débat a donné l’occasion  à plusieurs artistes professionnels, issus de différentes disciplines,  de témoigner des conditions extrêmement précaires dans lesquelles ils exercent leur métier, et des conséquences alarmantes que cela entraîne sur la qualité des créations – le modèle de distribution de subventions, souvent insuffisantes et arbitrairement distribuées, a été l’objet d’un débat.

Certains acteurs se prononçant pour un service public de la culture avec une mise en place de lieux et de personnels mis à la disposition des artistes pour leurs créations,  d’autres pointant la part importante des équipements culturels gérés par l’institution et l’impact économique et politique qui en découle.

Bien que la ville soit particulièrement bien doté en matière d’équipement culturel, l’offre peine à concerner tous les publics.

« La culture à Montpellier est riche en frou-frou. C’est une culture bourgeoise qui laisse peu de place à la culture populaire et aux croisements culturels. Nous avons beaucoup d’offres mais des offres pour qui ? interroge une citoyenne.

Ce problème ne se résoudra pas seulement à travers une politique tarifaire qui considère le public sous l’angle d’un consommateur de culture. Les populations qui ne viennent pas n’ont pas envie de recevoir. Elles souhaites être actrices. Une politique qui les concerne est une politique qui leur offrira des moyens d’agir

Au coeur du politique, la culture ouvre inévitablement sur la question de l’émancipation…

JMDH

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Portugal: des militaires dans la rue pour dénoncer l’austérité

Des militaires portugais défilent contre l'austérité à Lisbonne le 15 mars 2014 (AFP, Patricia de Melo Moreira)

De Brigitte HAGEMANN (AFP)

Lisbonne — Plusieurs milliers de militaires portugais en civil ont manifesté samedi contre les mesures d’austérité du gouvernement de centre droit, signe d’un malaise croissant à l’approche du 40ème anniversaire de la Révolution des Oeillets du 25 avril.

Entre 4.000 et 5.000 manifestants, selon les organisateurs, ont défilé derrière des banderoles dénonçant « l’humiliation » des militaires et des tentatives de « démantèlement des forces armées ».

Le cortège a démarré au son de la chanson « E depois do Adeus » (et après les adieux) de Paulo de Carvalho. Elle avait donné le signal de départ de la Révolution menée en 1974 par des militaires qui ont renversé la dictature salazariste.

« Les militaires sont sereins, mais pas soumis. Ils ne sont assujettis à la volonté de personne », a averti Antonio Lima Coelho, président de l’Association nationale des sergents (ANS) des Forces armées, dans un discours très critique envers le gouvernement.

« Vive la démocratie, vive la Constitution », a-t-il lancé à la foule rassemblée devant le Parlement, avant d’entonner solennellement l’hymne national.

D’autres manifestants ont chanté « Grândola Vila Morena », l’hymne de la Révolution des Oeillets qui retentit fréquemment dans des manifestations anti-austérité au Portugal.

Plusieurs anciens « capitaines d’avril » ont fait le déplacement: « j’ai fait la guerre coloniale, j’ai fait le 25 avril, et maintenant je me retrouve dans une nouvelle dictature, celle de Merkel et des marchés », s’est lamenté l’un d’entre eux, le colonel Sidonio, 72 ans.

Les manifestants agitaient des drapeaux noirs pour attirer l’attention sur la « réalité dramatique » vécue, selon eux, par de nombreux militaires qui n’arrivent plus à faire face aux dépenses familiales.

« La situation des militaires se détériore de jour en jour. Ils sont toujours plus nombreux à ne plus pouvoir payer leur loyer, financer l’éducation de leurs enfants ou rembourser leurs prêts », a commenté à l’AFP Manuel Pereira Cracel, président de l’Association des officiers des forces armées (AOFA).

Après presque 40 ans de service, ce colonel a vu son salaire baisser à 1.800 euros nets par mois, soit 700 euros de moins qu’en 2010, avant le début du programme de rigueur au Portugal.

– ‘Absence d’espoir’ –

« C’est une atteinte à notre dignité. Les hommes politiques d’aujourd’hui sont totalement insensibles à notre sort », a-t-il poursuivi.

Ce mécontentement est également palpable dans les rangs des forces de l’ordre. Plus de 15.000 policiers en colère, selon les organisateurs, avaient manifesté le 7 mars à Lisbonne, dans un climat de grande tension qui tranche avec le calme affiché par les militaires.

« Les militaires sont tenus à une certaine réserve, ils n’ont pas l’habitude de manifester dans la rue », a expliqué le colonel Pereira Cracel.

En contrepartie d’un prêt international de 78 milliards d’euros accordé en mai 2011, le Portugal applique une sévère cure de rigueur budgétaire, qui s’est traduite par des coupes draconiennes dans les salaires et retraites des fonctionnaires, dont plusieurs milliers ont encore manifesté vendredi.

« Rendez-moi mon salaire! », « gouvernement dehors! », pouvait-on lire sur les pancartes brandies par les militaires.

Mario Ramos, un sergent âgé de 50 ans, a vu son salaire fondre de 1.400 euros nets en 2010 à 1.100 euros cette année. « Comment voulez-vous que je paie avec cela les frais universitaires pour mes filles, soit 2.400 euros par an? », se désole-t-il.

Les militaires se sentent particulièrement lésés par les réductions d’effectifs et des réductions jugées « brutales » dans leurs revenus qui entament leur motivation et leur capacité à remplir leur mission.

Peut-on imaginer une nouvelle révolte, à l’approche des commémorations de la Révolution du 25 avril?

« Les révolutions ne s’annoncent pas, elles se font », a répondu, laconique, le colonel Pereira Cracel. Avant de se dire « préoccupé par l’état d’esprit des militaires, caractérisé par l’indignation et l’absence d’espoir ».

Voir aussi : Rubrique UE, un rapport accablant sur l’activité de la troïka, rubrique Portugal, rubrique Société, Mouvements sociaux,

UE. Le Parlement doit voter un rapport accablant sur l’activité de la troïka

Le Parlement européen doit voter ce jeudi un rapport accablant sur l’activité de la troïka (Commission, BCE et FMI) dans les pays sous assistance financière. Entretien avec l’eurodéputé socialiste Liem Hoang-Ngoc, coauteur de la résolution.

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Qu’avez-vous retenu des visites dans les pays sous assistance financière ?

iem Hoang-Ngoc. Nous avons vu que les gouvernements et Parlements nationaux avaient le pistolet sur la tempe. Soit ils entérinaient les propositions de la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international), soit ils n’avaient pas accès à l’aide financière. Quant aux partenaires sociaux, ils ont certes été consultés, mais leur avis n’a jamais été pris en compte. Au Portugal, patronat et syndicats s’étaient entendus sur un salaire minimum à 500?euros. La troïka a empêché l’application de cet accord qui, selon elle, menaçait la compétitivité.

Pourquoi critiquez-vous « l’absence de légitimité démocratique de la troïka » ?

Liem Hoang-Ngoc. Il n’y a pas eu de délibération démocratique au niveau européen sur les solutions préconisées par la troïka, avant que les propositions ne redescendent dans les États. Un tel débat aurait dû inclure la seule instance européenne élue au suffrage universel, le Parlement européen. S’il avait été mis dans la boucle, jamais l’Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone euro – NDLR) n’aurait proposé à Chypre de taxer les petits dépôts inférieurs à 100?000?euros, pourtant garantis par une directive. Nos travaux montrent que lorsque les membres de la troïka n’étaient pas d’accord, l’Eurogroupe tranchait les décisions, dans l’opacité la plus totale, et qu’en son sein, la Commission n’a pas été garante de l’esprit communautaire.

En Grèce, le Fonds monétaire international (FMI) souhaitait une restructuration rapide (annulation partielle – NDLR) de la dette. La Banque centrale européenne (BCE) et l’Eurogroupe s’y sont opposés. En conséquence, la Grèce a dû mener une politique d’austérité sévère. Celle-ci n’a pas porté ses fruits et a conduit à une restructuration tardive de la dette grecque. La BCE a quant à elle racheté des titres grecs à dose homéopathique et a attendu septembre?2012 pour mettre sur pied son programme de rachat illimité des titres souverains en cas de spéculation. Avec une délibération démocratique européenne, ces sujets auraient été mis sur la table plus tôt.

Quelle institution prédominait au sein de la troïka ?

Liem Hoang-Ngoc. Sur le sauvetage du système bancaire irlandais, le gouvernement irlandais et le FMI étaient favorables à la mise à contribution des grands détenteurs d’obligations bancaires. Ils voulaient faire participer le secteur bancaire, ainsi que les fonds de pension – allemands en l’occurrence –, au plan de sauvetage. La BCE a une fois de plus dit «?non?» et privilégié un plan de sauvetage dont le financement pèse encore sur le contribuable. Dans cette affaire, c’est encore la BCE qui l’a emporté contre le FMI. Ses solutions ont été avalisées par l’Eurogroupe.

Pourquoi cet alignement ?

Liem Hoang-Ngoc. L’Eurogroupe est le lieu informel où sont arbitrées de la façon la plus opaque les décisions de la troïka. L’influence des États les plus importants – et donc de l’Allemagne – y prévaut.

Dans ce rapport, on trouve beaucoup de choses sur les procédures institutionnelles et moins d’analyses de fond sur les politiques menées.

Liem Hoang-Ngoc. Ce n’est pas tout à fait vrai. La tactique de mon corapporteur (le conservateur autrichien Othmar Karas) a été de se concentrer sur les aspects institutionnels car il estime que les politiques menées étaient les bonnes, et qu’il y avait essentiellement un problème de légitimité démocratique. Le déficit démocratique est un aspect sur lequel on pouvait le rejoindre. Concernant l’autre aspect du rapport, l’évaluation des politiques économiques proposées par la troïka, l’essentiel du message provient de notre camp. Mais le Parti populaire européen a essayé d’adoucir ce message, en arguant que si ces politiques n’ont pas complètement porté leurs fruits, c’est que les États ne se les sont pas pleinement appropriées. Pour notre part, nous constatons que les objectifs macroéconomiques n’ont pas été atteints?: la croissance reste atone et le taux d’endettement a partout explosé. Nous avons souligné les désaccords entre les membres de la troïka, attestant que d’autres politiques étaient possibles. Le message que j’ai voulu faire passer est que les politiques d’austérité ont échoué. Le débat démocratique doit par conséquent être ouvert pour mettre en évidence l’existence de politiques alternatives.

Entretien réalisé par Gaël De Santis

Source L’Humanité 12/03/2014

Voir aussi : Rubrique UE, rubrique Politique, Politique Economique, rubrique Finance, On Line L’austérité en examen au Parlement , La charge des syndicats européens contre la troïka

25e anniversaire du Web: A quoi va ressembler Internet en 2025 ?

Photo.T.Ratcliff

Photo.T.Ratcliff

HIGH-TECH – Tout sera connecté: les hommes et les objets…

Jeudi, le World Wide Web a soufflé ses 25 bougies. A cette occasion, l’institut de sondage Pew Research a interrogé plus de 2.000 experts en leur demandant leurs prévisions pour le futur de la vie numérique à l’horizon 2025. Voici les six tendances principales.

1. Le monde entier connecté, Internet semblable à l’électricité

«On ne se connectera plus à Internet. Nous serons juste en ligne», en permanence, estime Joe Touch, chercheur à l’université USC. L’Internet des choses va devenir une réalité, et tous les objets de notre quotidien seront interconnectés. David Clark, du MIT, prévoit l’éclosion de réseaux sociaux d’objets intelligents qui pourront apprendre les uns des autres, notamment au niveau des infrastructures.

2. Le wearable et la réalité augmentée vont changer la société

Google Glass et les bracelets de fitness ne sont que le début. L’explosion des capteurs connectés mesurant nos signes vitaux et observant notre environnement va avoir un impact sur notre vie quotidienne. Selon Aron Roberts, ingénieur à Berkeley, «nous ajusterons notre style de vie heure par heure en fonction de l’analyse de ces données». Pour Daron Brabham, chercheur en communication à USC, «nous verrons le monde à travers plusieurs couches de données» et cela modifiera sur les interactions humaines, du dating au networking.

3. L’ignorance recule, la radicalité augmente

«L’impact le plus fort sera l’accès universel à tout le savoir humain», selon Hal Varian, chef économiste chez Google. L’impact de l’éducation en ligne comme celle de la Khan Academy devrait être particulièrement crucial dans des pays émergents, en Afrique, notamment. Mais si la plupart des experts s’attend à voir l’ignorance reculer et la démocratie progresser, certains mettent en garde contre les risques d’une hausse des mouvements radicaux qui s’influenceront les uns les autres.

Wearable tech will be everywhere by 2025

Wearable tech will be everywhere by 2025

4. La notion de frontière nationale diminue face au «big data»

Le monde est déjà plat, selon l’adage démocratisé par le journaliste américain Thomas Friedman. Selon le pionnier de l’Internet David Hughes, avec un monde entier connecté, «la capacité des Etats-nations à contrôler une population à l’intérieur d’une frontière géographique pourrait diminuer». Pour JP Rangaswami, scientifique en chef chez Salesforce, les défis globaux comme le changement climatique et la conservation de l’eau ne pourront trouver des réponses que dans l’analyse des données du «big data», hors de portée des gouvernements.

5. Une multitude de réseaux Internet

Internet n’a jamais été conçu pour être aussi gros ni répondre à autant de besoins à la fois. D’après trois experts, «plusieurs réseaux vont émerger». «Certains seront particulièrement sécurisés, d’autres protégeront la vie privée», estime Sean Mead, directeur stratégique à Interbrand.

6. Le débat sur la vie privée et la neutralité du Net va s’intensifier

L’effet «Edward Snowden» n’est pas près de s’estomper. Dans «l’âge du contexte», nous devrons faire des choix entre des services utiles et la protection de notre vie privée et de la neutralité du Net. Tim Berners-Lee, l’inventeur du World Wide Web, a déjà demandé la mise en place d’une charte mondiale pour qu’Internet reste «libre, ouvert et neutre».

Philippe Berry

Source 20mn 13/03/2014

Voir aussi : Rubrique Internet, Rubrique Science,