Entre 1,23 et 3,5 millions de manifestants : mobilisation « exceptionnelle »

Blocage pacifique des lycéens à Montpellier. Photo JMDH

Les manifestations organisées mardi 12 octobre en France contre la réforme des retraites, pour la quatrième fois depuis la rentrée, ont rassemblé « près de 3,5 millions de personnes, soit une hausse de 20% par rapport aux journées précédentes », a annoncé la CFDT dans un communiqué. Le nombre des manifestants a atteint un niveau « exceptionnel » de 3,5 millions Selon le ministère de l’Intérieur, quelque 1.230.000 personnes ont participé à 250 manifestations en France. Le ministère avait comptabilisé 997.000 manifestants dans le pays le 23 septembre.

  • Chiffres en hausse à Paris
  • A Paris, 89.000 personnes ont manifesté contre la réforme des retraites, selon le chiffre définitif donné par la préfecture de police, un chiffre en forte hausse par rapport aux 65.000 manifestants comptés le 23 septembre. Au départ du cortège à 14h30, la préfecture de police comptait 65.000 personnes, un chiffre en hausse par rapport aux 40.000 manifestants estimés le 23 septembre au départ de la marche. De leur côté, les syndicats annonçaient 330.000 manifestants à Paris, soit 30.000 manifestants de plus environ que le 23 septembre, selon le comptage de l’intersyndicale cité par la CFDT, l’Unsa Ile-de-France et la FSU. Des milliers de lycéens et étudiants participaient bruyamment au défilé parisien, sous les bannières de l’UNL, l’Unef, la Fidl et des Jeunesses communistes, dans un cortège occupant une bonne partie de la rue de Rennes, une présence largement accrue par rapport aux dernières manifestations.

    Des lycéens dans le cortège à Lorient

    Environ 12.500 personnes, selon la police, 30.000 selon les syndicats, ont manifesté à Lille, plus que lors de la journée d’action du 23 septembre (12.000 et 27.000).

    La manifestation à Montpellier a rassemblé entre 12.000 (préfecture) et 70.000 personnes (syndicats), contre une fourchette de 18.000 à 60.000 le 23 septembre, la CGT se félicitant que « la mobilisation ne cesse d’enfler ».

    A Strasbourg, le cortège a réuni 8.000 personnes selon la police, 25.000 selon les syndicats, deux chiffres en hausse par rapport à la journée d’action du 23 septembre (7.700 et 22.000).

    La mobilisation contre la réforme des retraites augmente aussi à Lorient. Selon Le Télégramme, quelque 20.000 manifestants ont défilé dans les rues de la ville. A noter, dans le cortège, la présence de lycéens en ordre dispersé et la mise en place dans la matinée de barrages aux entrées de la ville.

    La manifestation à Nantes a réuni plus de participants que le 23 septembre avec entre 39.000 (préfecture) et 95.000 manifestants (syndicats), dont près d’un millier de jeunes selon la police.

    140.000 manifestants à Toulouse selon les syndicats qui appellent à une journée d’action jeudi

    Selon les syndicats, Toulouse compte 140.000 manifestants, un record, puisqu’ils étaient 125.000 à défiler le 2 octobre. Six organisations syndicales (CGT, CFDT, FO, FSU, Solidaires et UNSA) ont appelé à une journée d’action départementale, jeudi à Toulouse, et maintiennent leur appel à la mobilisation pour samedi, a-t-on appris auprès de ces syndicats.

    Entre 14.000 (selon le préfecture) et 72.000 personnes (selon les syndicats) se sont mobilisées à Grenoble, des chiffres en hausse selon les syndicats par rapport au 23 septembre (entre 19.200 et 70.000 selon les mêmes sources).

    Entre 22.000 personnes, selon la préfecture, et 60.000, selon l’intersyndicale, ont défilé dans les rues de Rennes, chiffres les plus élevés depuis 2006.

    Dans l’Ouest, des rassemblements sont organisées dans de nombreuses villes. Selon Ouest-France, 16.000 personnes défilent au Mans. 6.000 personnes sont mobilisées à Laval, et 4.000 à Guingamp.

    A Saint-Brieuc, les lycéens sont en nombre dans un cortège comptant 12.000 personnes selon la police, 40.000 pour les syndicats. Quimper compte pour sa part 12.500 opposants, selon Le Télégramme.

    A Caen, une mobilisation record était attendue.

    Au Havre, la CGT annonce une participation exceptionnelle de 55.000 personnes.

    A Rouen, la CGT évoque 75 000 manifestants.

    A Auch, « du jamais vu depuis 1995 »

    A Dieppe, selon les syndicats, il y aurait 10.000 manifestants.

    La Voix du Nord indique qu’à Boulogne, le centre-ville voit passer plus de 8.000 manifestants.

    Dans le Sud-Ouest, devant la mairie de Bordeaux, plusieurs centaines de lycéens, 500 selon la police, se sont rassemblés pour protester, selon la presse locale.

    A Auch, entre 4000 et 8000 manifestants défilent, « du jamais vu depuis 1995 », estime le quotidien Sud-Ouest. Du gaz lacrymogène a été lancé sur les manifestants. Des échauffourées ont eu lieu ce midi lors de la manifestation.

    A Agen, les estimations vont de 4 200 manifestants selon la police à 9 700 pour les syndicats.

    Des milliers de manifestants attendus à Lyon

    Entre 18.500 (selon le préfecture) et 45.000 personnes (selon les syndicats) se sont mobilisées à Lyon contre la réforme des retraites, des chiffres en hausse par rapport au 23 septembre (entre 18.000 et 36.000 selon les mêmes sources). Ce chiffre est aussi en hausse par rapport au défilé du samedi 2 octobre, en raison notamment de la participation de lycéens et d’étudiants, au nombre de 1.500 selon la police, 4.000 selon l’UNEF (Union nationale des étudiants de France). Plus bruyants que leurs aînés, les lycéens et les étudiants ont manifesté en scandant « Sarko t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ».

    A Pau, entre 15 400 (police) et 22 000 (syndicats) personnes manifestent. Sud-Ouest rapporte qu’un cabinet d’huissiers a été mandaté par le préfet des Pyrénées-Atlantiques pour établir le nombre des manifestants. Résultat : 15.400 manifestants selon la police, 22.000 selon les syndicats… 9.300 selon les huissiers !

    A Brive-la-Gaillarde, La Montagne évoque 12.000 à 15.000 manifestants ce matin, dont 300 lycéens.

    Des centaines de lycéens sont mobilisés à Colmar, Molsheim, et Strasbourg, rapportent les Dernières nouvelles d’Alsace.

    Selon les syndicats, ce sont près de 230 000 personnes qui ont défilé ce matin sur le Vieux-port, à Marseille, 24 500 selon la préfecture de police. Un écart fustigé par le syndicat de police Unité SGP police (majoritaire chez les gardiens de la paix) qui, dans un communiqué, estime que la direction départementale de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône « s’épuise à dévaloriser le nombre des manifestants alors même que la mobilisation s’amplifie. » indique La Marseillaise

    Voir aussi : Rubrique Mouvement sociaux, L’Europe doit écouter la rue Lien externe Les 10 plus grandes manifestations en France depuis 15 ans

    La grève en France : un test pour l’Europe

    Une nouvelle grève nationale est organisée ce mardi en France contre la réforme des retraites. Les employés des transports, les enseignants et autres fonctionnaires se sont joints au mouvement de contestation. Le quatrième grand jour de grève en France devient un test pour toute l’Europe, estime le correspondant de la BBC Gavin Hewitt dans son blog : « Cette grève sera un indicateur important. Si les manifestants devaient remporter un succès, cela encouragerait les autres. Il y a déjà eu des grèves générales en Grèce et en Espagne, et une autre est prévue au Portugal. En Grande-Bretagne, le leader du syndicat des cheminots Bob Crow a suggéré que les travailleurs britanniques suivent leurs collègues français dans la lutte contre la réforme des retraites. C’est donc un moment critique. De plus en plus, les travailleurs comprennent que ces coupes n’ont pas un caractère exceptionnel. Certains pays comme l’Espagne et l’Irlande pourraient connaître plusieurs années de rigueur pour retrouver la compétitivité, tandis que le chômage persiste. … L’Europe sera attentive à l’établissement des lignes de front en France. »

    Blog Gavin Hewitt’s (Royaume-Uni)

    La grogne contre Sarkozy prend de l’ampleur

    En France, le mouvement de grève contre la réforme des retraites se poursuit ce mercredi. Mardi, le nombre de manifestants a atteint un nouveau record avec près de deux millions de personnes dans les rues. Selon la presse, la situation devient dangereuse pour le gouvernement Sarkozy et le mécontentement dépasse le simple cadre des retraites.

    Faire grève jusqu’à la retraite

    Les grèves en France prennent une tournure dangereuse pour le gouvernement car des lycéens et des étudiants se joignent au mouvement, estime le quotidien de centre-gauche The Guardian : « S’ils s’impliquent vraiment, les choses vont bouger. Chaque fois que la jeunesse française est descendue dans la rue, que ce soit en 1986 ou en 2006, le gouvernement a dû céder devant les manifestants et retirer les lois que la rue refusait. … Les chiffres montrent que les manifestations d’hier ont attiré plus de jeunes que lors des semaines précédentes. Si la grève se poursuit, jour après jour, elle pourrait développer suffisamment de vigueur pour associer la jeunesse de la nation aux plus âgés, et changer le profil du mouvement. L’avenir montrera si le slogan ‘faire grève jusqu’à la retraite’ motive les plus jeunes générations, et si la rue donne toujours le ton en France. »

    The Guardian

    Des magistrats dans le mouvement social

    Sondage sécuritaire

    Ce soir*, le cycle de débats Justice critique organisé par la librairie Sauramps, la Ligue des droits de l’Homme et le Syndicat des avocats de France reviendra sur l’essai « Les mauvais jours finiront » publié à l’occasion du quarantième anniversaire du Syndicat de la magistrature (S.M).

    Fondée le 8 juin 1968, cette structure représente actuellement un tiers des magistrats. A l’époque, la création d’un syndicat judiciaire n’allait pas de soi, rappelle le magistrat Gilles Sainati qui a coordonné l’ouvrage : « Depuis son origine le S.M. s’est donné pour objet de réveiller un corps de la magistrature qui oublie souvent son rôle central. Les deux engagements de fond poursuivis concernent le fait de mieux assumer notre mission et celui d’améliorer le fonctionnement de la justice pour les justiciables »

    Né dans le tumulte des événements de mai, les courants d’idées qui ont influé sur le syndicat dépassent 68 en s’étendant du catholicisme social au marxisme dialectique en passant par Foucault et Bourdieu. La défense des droits de l’Homme et des conditions de détention n’est pas sans lien avec l’expérience marquante vécue par certains magistrats durant les années 1939-1945 ainsi que pendant la guerre d’Algérie.

    Magistrats et mouvements sociaux

    Sur le terrain social, le positionnement anti-corporatiste du S.M. déclenche à sa création une certaine suspicion des confédérations syndicales qui s’estompe avec le temps. « Depuis l’affaire Lip, le S.M. n’a pas hésité à plonger dans la réalité sociale de tous les jours en soutenant le droit des ouvriers et des salariés. Nous sommes aussi montés aux créneaux pour dénoncer la pénalisation de l’action syndicale et la dépénalisation du droit des affaires. Aujourd’hui nous entretenons des relations équidistantes avec la CGT, la CFDT et SUD et appelons nos adhérents à rejoindre les mouvements sociaux. »

    Si la volonté de réforme d’une institution biaisée au détriment des plus défavorisés, prend tout son sens face aux gouvernements de droite, à partir de 1981, l’arrivée de la gauche au pouvoir complique la donne de par la convergence de valeurs. Une proximité difficile à gérer qui plonge le syndicat successivement dans l’espoir avec la suppression de la peine de mort et la déception liée à la politique d’immigration.

    Gilles Sainati, qui assumait la fonction de secrétaire général du syndicat entre 1998 et 2001, doit gérer les relations houleuses liées au positionnement sécuritaire du PS incarné par les ministres de l’intérieur Chevènement puis Vaillant dont la loi sur la sécurité quotidienne votée après le 11 septembre, marque le recul des libertés fondamentales. La caporalisation du parquet En 2004, la loi Perben II instaure la procédure d’exception sans l’intervention d’un juge d’instruction, accentue le populisme pénal au détriment des étrangers et des mineurs.

    2005 marque le recours à l’état d’urgence et à la troisième voie qui permet la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. Le S.M. dénonce le triomphe de la conception policière de l’enquête. « Depuis 2001, la population constate que l’on n’a pas toujours tort, constate Gilles Sainati, le mandat de Sarkozy se caractérise par la suppression de tous les contre-pouvoirs. Mais en cas d’alternance en 2012, je crains que nous ayons les mêmes débats à propos de la politique sécuritaire. »

    Jean-Marie Dinh

    *A 19h30 Salle Pétrarque, débat avec Gilles Sainati et Jean-Jacques Gandini autour de l’essai sur le Syndicat de la Magistrature « Les mauvais jours finiront : 40 ans de combats pour la justice et les libertés » éd, La Fabrique.

    Voir aussi : Rubrique Justice, le fichier Base élève, les risques du projet de réforme de procédure pénale , juge favorable à la position policière, rubrique Rencontre Dominique Shnapper, Laurent Mucchielli, Liens externes, Le blog de Gilles Sainati,

    Semaine décisive dans la bataille justifiée sur les retraites

    La grève de 1995 à 2010...

    Une semaine décisive marquée par deux journées de grèves et manifestations s’ouvre dans le bras de fer entre le gouvernement et les syndicats sur la réforme des retraites, dont l’examen se poursuit au Sénat. Les syndicats organisent deux nouvelles journées d’action mardi et samedi contre un texte qu’ils jugent injuste, et leur mouvement est soutenu par une très large majorité des Français.

    L’exécutif reste inflexible sur le relèvement des âges pivots – de 60 à 62 ans pour l’âge légal et de 65 à 67 ans pour une retraite sans décote -, seul moyen selon lui de préserver les régimes de retraite, dont les déficits ont bondi avec la crise économique. « C’est une des dernières occasions de faire reculer le gouvernement« , a déclaré le numéro un de la CFDT, François Chérèque, dimanche sur I>Télé et France Inter. Alors que l’examen de la réforme avance au Parlement, les dirigeants espèrent désormais éviter une mobilisation massive des jeunes, qui aiderait à ancrer la contestation dans la durée. Le texte a déjà été adopté par l’Assemblée et les sénateurs ont approuvé vendredi le report à 62 ans de l’âge légal de départ en retraite. Ils devraient adopter lundi le report à 67 ans de l’âge de la retraite sans décote, l’autre mesure-phare.

    Face à la détermination du gouvernement, la menace d’une grève reconductible a été brandie dans des secteurs comme les transports et l’énergie, faisant courir un risque de paralysie. « Le manque de réponse de la part du gouvernement (…) est quelque chose d’insupportable pour les gens qui manifestent, donc il n’est pas étonnant qu’il y ait des mouvements reconductibles qui se décident », a ajouté François Chérèque.

    L’inconnue des jeunes

    Les centrales syndicales n’appellent pas directement à des grèves reconductibles, laissant l’initiative à leurs fédérations, qui se prononceront à partir de mercredi matin. La grève sur les terminaux pétroliers proches de Marseille contre la réforme portuaire en était dimanche à son 14e jour, ce qui pourrait en outre provoquer une pénurie de carburant d’ici une à deux semaines. Le durcissement du  mouvement social, qui s’exprime par les préavis de grève reconductibles, est soutenu par une forte majorité des Français, en particulier les plus jeunes.

    Selon un sondage BVA pour M6, 66% des Français sont pour ce durcissement, la proportion passant à 72% chez les 15-24 ans et 71% chez les 25-34 ans. Avant cette nouvelle semaine d’action syndicale, soutenue par l’opposition de gauche, les responsables de droite ont multiplié les appels pour éviter une mobilisation massive dans les lycées, où la contestation s’est accrue la semaine dernière. « Il est totalement irresponsable que des adultes en situation de responsabilité dans certaines organisations invitent les lycéens à aller dans la rue », a déclaré vendredi le conseiller social de l’Elysée, Raymond Soubie, sur RTL. Le ministre de l’Education, Luc Chatel, a dénoncé des « tentatives de récupérations ou d’irresponsabilité de personnes qui veulent mettre les lycéens en danger ». « Manifester sur la voie publique c’est dangereux« , a-t-il souligné sur France Info. « Les lycéens n’ont rien à faire dans la rue« , a renchéri dimanche le chef des députés UMP Jean-François Copé sur Radio J. L’Unef, première organisation étudiante, a appelé dimanche à une journée « facs mortes » mardi. « Face à l’autisme du gouvernement, il est désormais temps de franchir un cap dans la mobilisation« , estime l’Unef, appelant à cesser les cours, voter la grève et à « participer massivement aux manifestations« .

    Perturbations en vue

    La SNCF et la RATP prévoient d’importantes perturbations. La première prévoit en moyenne un TGV et un Corail sur trois mardi, quatre TER et Transilien sur dix et huit Thalys sur dix. La RATP prévoit un trafic perturbé pour le métro parisien et le RER A et un trafic très perturbé pour le RER B. Selon un sondage Ipsos pour Europe 1, une large majorité des Français estime que les grèves dureront en fait plusieurs jours. Ils sont ainsi 36% à estimer que les préavis de grève reconductible se traduiront par quelques jours de grève après mardi, et 44% que ces grèves dureront plus longtemps.

    L’accélération de la mobilisation a suscité quelques réserves au sein du camp syndical. La CFE-CGC, syndicat de cadres, a ainsi décidé d’être présente dans les manifestations de mardi mais a réservé sa réponse sur la suite du mouvement. Dans les transports parisiens, l’Unsa-RATP a ouvert une brèche dans le front syndical en renonçant à appeler à la grève mardi, ses adhérents estimant la réforme jouée d’avance. « (Ils ont) l’impression qu’on utilise les gens des transports comme de la chair à canon », a expliqué à Reuters Frédéric Sarrassat, un responsable de l’Unsa-Transports.

    Selon un sondage Sud-Ouest Dimanche, 71% des Français estiment « justifiée » la mobilisation contre la réforme.

    L’exécutif espère que cette dernière sera votée d’ici le 23 octobre.

    Source Reuter

    Voir aussi : Rubrique  Mouvements sociaux, La grève en France : un test pour l’Europe, Rubrique Revue Du brassage social et politique,

    L’Europe doit écouter la rue

    Manifestation contre les programmes d'austérité à Bruxelles, 29 septembre 2010.

    Il est facile de ne voir dans les manifestations qui ont eu lieu à Bruxelles et dans toute l’Europe le 29 septembre dernier que d’inutiles soupapes à la colère des impuissants. Il est vrai que pour la plupart des décisions en matière de budget, d’emploi dans la fonction publique ou d’âge de la retraite, les rues de Bruxelles ne sont pas le bon lieu où protester. De plus, les différences nationales compliquent la construction d’une argumentation convaincante contre les mesures d’austérité.

    Prenons juste trois exemples. La chancelière allemande Angela Merkel, de droite, s’est montrée plus à gauche que ses homologues britannique, français et espagnol en offrant aux entreprises des aides financières au maintien de l’emploi. La France, qui affiche la plus longue retraite d’Europe et un déficit de 42 milliards d’euros à l’horizon 2018, avait des difficultés à financer son régime de retraites bien avant que la crise financière. Après une période d’essor économique sans précédent, suivie d’une récession tout aussi spectaculaire qui s’est accompagnée de fermetures d’hôpitaux et d’écoles, les travailleurs lettons n’ont pour ainsi dire pas bronché : l’économie est revenue quelques années en arrière, sans pour autant régresser jusqu’à son état de 1991, l’année zéro pour l’Europe de l’Est.

    Et pourtant John Monks, le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, a incontestablement raison lorsqu’il souligne que les gouvernements européens doivent écouter leurs travailleurs autant que les marchés, et que le tournant de l’austérité risque de faire basculer une reprise fragile dans la récession ou la stagnation. C’est ce qui se profile d’ailleurs en Espagne, où les économistes prévoient un taux de croissance de 0,5 % alors qu’a été adopté un budget qui divise quasiment par deux le déficit sur deux ans. Le plus gros problème de l’économie européenne n’est pas l’explosion des dépenses publiques, mais l’effondrement de la demande et des revenus. Les gouvernements qui imposent à leurs fonctionnaires de travailler plus longtemps et pour moins d’argent devraient d’abord faire en sorte que ces emplois existent.

    Ceux qui soutiennent que ces grèves sont insignifiantes devraient aussi mesurer ce qu’il en coûtera de les ignorer. Une Union européenne dirigée pour et par ses élites est vouée à connaître des chocs populistes du genre de celui qui lui a été administré quand elle a tenté de se doter d’une Constitution. La démocratie n’est pas une expérience qui n’existe qu’une fois tous les cinq ans. Les gouvernements, à commencer par le britannique, doivent écouter leur électorat lorsqu’il exprime sa souffrance. Et la controverse macro-économique sur lls conséquences des politiques d’austérité en est une vraie.

    Le Guardian