L’Arabie saoudite, l’Angola et l’Iran restent les trois plus grands fournisseurs de pétrole de la Chine

L’Arabie saoudite, l’Angola et l’Iran sont restés en 2009 les trois plus grands fournisseurs de pétrole de la Chine et les importations en provenance de ces trois pays ont représenté 47,7% du total de celles de la Chine, a indiqué mercredi l’Administration générale des douanes (AGD). En 2009, la Chine a importé 41,86 millions de tonnes d’Arabie saoudite, 32,17 millions de tonnes d’Angola et 23,15 millions de tonnes d’Iran, soit des hausses respectives de 15,1%, 7,6% et 8,6% par rapport à l’année précédente, a précisé l’AGD.

La Chine a importé 204 millions de tonnes de pétrole brut l’année dernière, en hausse de 13,9% sur 2008, avec un prix moyen de 438 dollars la tonne. Ces importations ont coûté à la Chine 89,26 milliards de dollars, soit une baisse de 31% en glissement annuel, grâce à la chute des prix de l’or noir. Selon les statistiques de l’AGD, les importations en provenance d’Arabie saoudite, le plus grand fournisseur de pétrole de la Chine, ont représenté 20,5% du total des importations pétrolières chinoises en 2009, suivies par celles en provenance d’Angola (15,8%) et d’Iran (11,3%).

Parmi les autres fournisseurs de la Chine, ont figuré notamment la Russie, Oman et le Soudan. L’AGD a attribué la hausse de la demande de pétrole de la Chine à l’industrialisation, à l’urbanisation et à l’augmentation du nombre des voitures individuelles. La Chine est de plus en plus dépendante de ses importations de pétrole. En 2009, ces dernières ont représenté 52% du total de la consommation du pays, alors que la production domestique de pétrole de la Chine était d’environ 189,5 millions de tonnes.

Pourquoi la gauche doit rompre avec Georges Frêche

plenel1« On se demande donc bien en quoi sont de gauche plutôt que de droite le clientélisme communautariste pratiqué de longue date par Georges Frêche, sa vision méprisante de ses propres électeurs qualifiés de «cons» malléables à merci, sa promotion incessante d’un passé antiquaire où le bilan positif de la colonisation a toujours été en bonne place, son alignement sur la vulgate anti-musulmane du choc des civilisations autour de la question proche-orientale avec sa position aveuglément pro-israélienne, sa fascination revendiquée sans aucune nuance pour l’actuel autocratisme dictatorial chinois – etc., etc. … tant la liste n’est pas exhaustive. »

Par Edwy Plenel

La politique est un langage. Et les mots y sont bavards, au-delà de ce qu’ils nomment. Ils disent l’idée que l’on s’en fait, la façon dont on la pratique, les idéaux qui l’inspirent. En ce sens, le verbe musclé de Georges Frêche ne se résume pas à des dérapages. Il dit sa vérité, celle que l’on retrouve dans cette confidence, rapportée par L’Express: «Avec Sarkozy, on se ressemble comme deux gouttes d’eau.» Tirée du portrait qu’a consacré, cette semaine, l’hebdomadaire au président sortant de la région Languedoc-Roussillon, cette phrase a été très peu relevée, encore moins commentée. Politiquement, elle me semble pourtant plus essentielle que cet énième dérapage, dans le même article, sur la «tronche pas catholique» de Laurent Fabius qui a, enfin, sorti le Parti socialiste de sa complaisante torpeur à l’endroit de Georges Frêche.

Le sarkozysme en effet – et nous n’avons cessé, à Mediapart, de le démontrer par les faits, jusqu’à notre livre récent – ne se résume pas à une classique politique de droite. Par sa façon de faire et par sa manière de dire, il témoigne d’une nécrose démocratique qui prolonge et approfondit, exacerbe et hystérise, les travers, faiblesses et insuffisances de notre culture politique nationale, ramenée au pouvoir d’un seul, à son caractère et à ses foucades, à ses humeurs et à ses obsessions, à son absolutisme et à son clientélisme.

georges-frecheNous en révélant les dangers et les risques, les imprévoyances et les inconséquences, il nous oblige à relever le défi d’exigences démocratiques trop longtemps contenues sous les précédents pouvoirs, de gauche comme de droite. C’est pourquoi, et mieux vaut tard que jamais, le Parti socialiste comprend soudain que le cas Frêche n’est pas une originalité locale, mais un handicap national. On ne peut prétendre affronter demain Nicolas Sarkozy et tolérer aujourd’hui Georges Frêche. On ne peut affirmer incarner nationalement une alternative, c’est-à-dire une authentique différence sur le fond comme dans la forme, et accepter localement un pouvoir sans partage, aussi démagogue qu’autocrate. Bref, il faut prendre Georges Frêche au mot, et en tirer les conséquences : puisque frêchisme et sarkozysme se ressemblent « comme deux gouttes d’eau », la gauche doit clairement rompre avec le premier si elle veut vraiment battre le second.

Ses supporters objecteront que Georges Frêche a été de tous les combats de la gauche depuis ses premiers engagements politiques et que sa politique d’élu local est profondément sociale. S’agissant du premier argument, on répondra qu’il ne suffit pas d’avoir été pour être. Dans les temps de transition, d’incertitude et d’instabilité qui sont les nôtres, les contours de la gauche ne relèvent pas d’un héritage passé mais d’une actualité présente. Après tout, nous avons vu, en 2007, un homme (Eric Besson) et une femme (Fadela Amara) passer sans transition du parti socialiste à l’UMP de l’identité nationale et du paquet fiscal.

Au-delà d’une pratique gestionnaire du pouvoir totalement confiscatoire, non délibérative et très égocentrique, on se demande donc bien en quoi sont de gauche plutôt que de droite le clientélisme communautariste pratiqué de longue date par Georges Frêche, sa vision méprisante de ses propres électeurs qualifiés de «cons» malléables à merci, sa promotion incessante d’un passé antiquaire où le bilan positif de la colonisation a toujours été en bonne place, son alignement sur la vulgate anti-musulmane du choc des civilisations autour de la question proche-orientale avec sa position aveuglément pro-israélienne, sa fascination revendiquée sans aucune nuance pour l’actuel autocratisme dictatorial chinois – etc., etc. … tant la liste n’est pas exhaustive.

Chez Georges Frêche, le pouvoir est la seule constante: s’y maintenir, coûte que coûte. Et, de fait, cela dure depuis bientôt 37 ans, Frêche ayant été élu à Montpellier député pour la première fois en 1973, puis maire de la ville en 1977. Que son étiquette, ses alliances, ses relais soient apparemment de gauche ne définit aucunement son identité politique qui, en vérité, se résume à sa seule personne. S’il en fallait une seule preuve, elle est assénée au centuple par les ruptures, menaces et disgrâces de toutes celles et de tous ceux, dont l’actuelle maire de Montpellier, Hélène Mandroux, qui ont osé se dissocier, se démarquer ou s’éloigner alors même qu’ils appartiennent à la même famille politique.

En frêchisme, comme en sarkozysme, on est avec ou on est contre, sans entre deux. Pas de place à la nuance, à la diversité, à la contradiction. Avec moi ou contre moi, tel est le seul vrai programme politique. Quant à l’aspect social de sa politique, il n’est pas certain que la réalité lui en donne quitus, et c’est bien pourquoi la fuite en avant démagogique, par l’outrance et la provocation, la force du verbe et l’intimidation des adversaires, lui tient déjà lieu de refrain de campagne.

Avec 12,8% de chômeurs, le Languedoc tient socialement la lanterne rouge de l’Hexagone, bon dernier dans la plupart des indicateurs sociaux et gratifié du PIB par habitant le plus faible de France. Mais, surtout, on ne saurait trop inviter les socialistes locaux et leurs soutiens nationaux à relire leurs classiques, voire, dans le cas de Vincent Peillon, philosophe de métier, leurs propres ouvrages (sur Jean Jaurès ou sur Ferdinand Buisson), pour se rappeler qu’on ne peut dissocier la question sociale de la question démocratique.

C’est ici qu’il faut en revenir au langage. Longtemps monopole médiatique de Jean-Marie Le Pen, le registre transgressif de Georges Frêche, où le dérapage verbal est immédiatement suivi d’une posture de victimisation dénonçant les élites (forcément parisiennes) et le politiquement correct (évidemment bourgeois), est l’habituelle ruse de tous les manipulateurs d’opinion et de foule les moins soucieux de l’émancipation des masses. En l’espèce, la vulgarité et la grossièreté n’ont rien d’authentiquement populaire, mais traduisent au contraire le mépris et le dédain du peuple d’un intellectuel, agrégé et universitaire, professeur de droit romain, qui a choisi ce registre pour s’imposer et dominer.

A gauche, ce rôle de composition n’est pas nouveau : il fut souvent celui choisi par ceux, lettrés ou bureaucrates, qui détournèrent à leur profit les causes ouvrière et paysanne. Nul hasard, par exemple, si ceux qui s’opposèrent au stalinisme, à son imposture communiste et à ses crimes totalitaires, firent de la correction de la langue comme du comportement une question politique centrale. On trouve ainsi chez Léon Trotsky, dans Questions du mode de vie, ouvrage de publié en 1923, donc aux premières années de la révolution soviétique, un réquisitoire contre la bureaucratie placé sur le terrain de la politesse et du langage. «Les égards et la politesse comme conditions nécessaires à des relations harmonieuses» est le titre d’un chapitre, suivi d’un autre, ainsi intitulé: «Il faut lutter pour un langage châtié.» L’homme qui devait ordonner son assassinat en 1940 n’avait pas encore imposé sa dictature, mais la caste qui allait le promouvoir prenait ses marques, avec une grossièreté brutale comme signe distinctif.

«La grossièreté du langage est un héritage de l’esclavage, de l’humiliation, du mépris de la dignité humaine, celle d’autrui, et la sienne propre», écrit Trotsky qui ajoute que, «dans la bouche d’un maître», c’est «l’expression d’une supériorité de classe, d’un bon droit esclavagiste, inébranlable». Et de conclure: «La lutte contre la grossièreté fait partie de la lutte pour la pureté, la clarté, la beauté du langage.» Et si la référence au fondateur de l’armée rouge trouble certains lecteurs oublieux de ce que fut l’opposition au stalinisme, j’y ajoute volontiers cet autre opposant déterminé, mais sur le versant socialiste libertaire, George Orwell, dont la common decency, cette décence commune propre aux opprimés, se voulait l’exact contraire de la grossièreté politique imposée au mouvement ouvrier par le communisme stalinien. Pour reprendre la définition qu’en a donné Jean-Claude Michéa, spécialiste d’Orwell habitant justement Montpellier, le frêchisme est à l’opposé de ce « sentiment intuitif des choses qui ne doivent pas se faire, non seulement si l’on veut rester digne de sa propre humanité, mais surtout si l’on cherche à maintenir les conditions d’un existence quotidienne véritablement commune».

A cette aune, les provocations de Georges Frêche sont bavardes tant, loin de cet idéal partagé, elles opposent et divisent, compartimentent et segmentent. Des noirs aux harkis, en passant par les femmes musulmanes voilées ou l’implicite antisémite de ce Fabius à la «tronche pas catholique», ses cibles ne sont jamais anodines, convoquant toutes un imaginaire de l’étrange étranger, de l’immigré envahissant. Bref de l’autre pas comme nous, jamais comme nous, dont la différence est, au bout du compte, de trop.

Il y a certes bien longtemps que le Parti socialiste aurait dû s’en émouvoir. Et ses alliés nationaux, opposés localement à Georges Frêche, sont légitimes à le lui rappeler. Mais on ne saurait aujourd’hui faire reproche de ce coûteux retard maintenant qu’il devient une évidente ponctualité politique. «Le socialisme est une morale», écrivait en 1894 un jeune député dont les viticulteurs du Languedoc honorent la mémoire. Il se nommait Jean Jaurès, et il serait peut-être temps que les socialistes s’efforcent enfin de lui donner raison.

Edwy Plenel (Médiapart)

Voir aussi: Rubrique politique locale Un petit dernier avant les régionales, Un îlot de soleil sous un ciel menaçant A quoi joue Gérard Collomb, Le problème frêche : copie à revoir ! , Rubrique Montpellier, Transport en Flêche, Rubrique Livre : Radiographie du système frêche par son ex avocat,  Frêche L’empire de l’influence,

Villiers-le-Bel : « la juge a eu dès l’origine une position favorable à la thèse policière »

J-P Mignard

Avocat des familles des deux jeunes tués dans une collision avec une voiture de police, le 25 novembre 2007 à Villiers-le-Bel, Me Jean-Pierre Mignard explique qu’il a déposé plainte contre les policiers pour « faux témoignage » pour révéler le dysfonctionnement de la justice dans cette affaire.

Vous portez plainte contre les policiers pour « faux témoignage ». Quelles déclarations mettez-vous en cause ?

Les policiers, qui ont été entendus dans cette enquête exclusivement en tant que témoins, ont manifestement voulu cacher les circonstances exactes du choc et notamment la vitesse de leur véhicule. Devant le juge, sous serment, ils ont affirmé qu’ils avaient une circulation normale, de routine. Or, l’expertise judiciaire dit le contraire : la voiture de police a en fait connu une phase d’accélération considérable au moment du franchissement du carrefour où a eu lieu l’accident, passant en quelques secondes de 57 km/h à 64km/h. Cela montre un brusque changement d’intention, ce qui est corroboré par les enregistrements des communications entre le commissariat central et la voiture de police dans lesquelles on entend que la patrouille a décidé de se mettre à la recherche de jeunes délinquants qui auraient volé un GPS.

Cela non plus, les policiers entendus n’en ont rien dit. Idem pour la non utilisation du gyrophare ou de l’avertisseur : c’est une obligation pour tout véhicule prioritaire lorsqu’il s’affranchit des limites de vitesse, afin de permettre à n’importe qui de se mettre à l’abri. Là nous n’avons ni gyrophare ni avertisseur. Certains policiers disent que c’est parce qu’ils roulaient à une vitesse normale, mais l’expertise prouve qu’ils roulaient à 64 km/h alors que la limitation était à 50 km/h. D’autres policiers vont se justifier en disant que c’était pour réserver un effet de surprise. Pourquoi ? A l’intention de qui ? Le problème c’est que ces questions n’ont jamais été posées aux policiers ! Le rapport d’expertise, commandé par la juge, n’a été remis qu’après la première audition des policiers par l’Inspection générale de la police nationale.

Ce que vous dénoncez, c’est que la juge ne les ait pas confrontés aux incohérences entre leurs déclarations et les résultats de l’expertise scientifique ?

Exactement. Moi je crois le rapport d’expertise. Donc il faut demander aux fonctionnaires pourquoi ils n’ont pas dit la vérité, pourquoi ils ont caché avoir accéléré, pourquoi ils ont présenté des explications contradictoires sur le non-usage du gyrophare et de l’avertisseur… Ce sont des questions capitales que la juge aurait pu leur poser puisqu’elle les avait déjà entendus sous serment.

Pour moi, la juge a eu dès l’origine une position favorable à la thèse policière, ce qui fait qu’elle a décidé de ne tirer aucune conséquence du fait que l’expertise soit contraire, sur des points majeurs, à la position des policiers. Elle a considéré que la vitesse de la voiture de police, même excessive, était sans incidence sur la mort des adolescents. Or pour nous la violence du choc, qui provoque leur mort, est liée à la phase d’accélération que connaît le véhicule de police à ce moment précis. L’instruction a été exclusivement à décharge des fonctionnaires. Or elle doit être à charge et à décharge. Nous ne demandons pas plus que cela. Il n’y a même pas eu de transport sur les lieux : on ne s’est jamais rendu sur les lieux ni avec le procureur ni avec le juge !

Nous n’omettons pas que les deux adolescents roulaient sur une mini-moto interdite de circulation dans les villes, qu’ils n’avaient pas de casque et roulaient très vite. J’ai même plusieurs fois évoqué l’hypothèse qui me semblerait équitable d’un partage de responsabilité. Mais de là à exonérer les fonctionnaires de toute responsabilité, le simple fait de ne pas leur poser de question, est totalement inacceptable ! C’est la loi du silence et ce n’est pas la loi de la République.

La juge a rendu son ordonnance de non-lieu le 26 octobre. Pourquoi porter plainte maintenant ?

Parce que nous avons fait appel de cette décision et que notre appel sera examiné le 17 février par la cour d’appel de Versailles. Donc nous voulons dire devant la chambre d’instruction de la cour d’appel que cette information judiciaire a été tellement mal menée et que nous avons été contraints de déposer plainte du fait d’un dysfonctionnement de la justice. Et nous allons demander à la chambre d’instruction de s’emparer elle-même de cette affaire.

Le Monde recueilli par Aline Leclerc

Voir aussi : Rubrique Société Montée supposée de la délinquance , rencontre avec un superflic, Justice Sans-papiers un juge témoigneRecul des droits et liberté,

Le sociologue Laurent Mucchielli infirme la montée supposée de la délinquance des mineurs.

Photo David Maugendre

Laurent Mucchielli, sociologue, historien, et directeur de recherche au CNRS vient de diriger un programme de recherche sur la violence des jeunes qui offre une grille de lecture éclairante sur l »évolution de ce phénomène de société.

Sur quels éléments s »appuie votre travail de recherche ?

 » Sur un dépouillement important de dossiers judiciaires. Durant un an, nous avons dépouillé 557 dossiers de mineurs jugés au tribunal de Versailles pour des faits de violence. A cela s »ajoute un travail statistique sur les données administratives de police et de justice ainsi que sur des données d »enquêtes publiques et une comparaison historique.

Cette démarche vous a-t-elle permis de distinguer une nouvelle forme de délinquance des jeunes ?

Ce fait est constamment martelé dans le débat public avec l »idée d »une évolution supposée des jeunes eux-mêmes. Il y aurait plus de délinquants, plus jeunes et plus violents, ce qu »infirment nos recherches. Globalement, on retrouve en 2005 la même proportion de mineurs impliqués dans des faits de délinquance physique ou sexuelle que quinze années plus tôt. En revanche, beaucoup plus de mineurs sont poursuivis pour des choses moins graves qui peuvent aller jusqu »à la bagarre de cour de récréation d »enfants de dix ans, voire moins, ou des petits attouchements sexuels entre préadolescents qui sont proches de ce qu »on appelait les touche-pipi. Les faits ne sont pas nouveaux, ce qui est nouveau c »est qu »aujourd »hui, ils sont poursuivis. Lorsque l »on met tout cela bout à bout, l »hypothèse principale confirmée par les statistiques est que le changement majeur ne relève pas du comportement des jeunes mais de la façon dont les adultes le gèrent.

Assistons-nous à une évolution de la délinquance des jeunes ou à celle de la répression ?

Ce qui se transforme le plus dans la société ce n »est pas le comportement des jeunes. La forme la plus fréquente que peut être le recours à la police et à la justice reflète une forme d »échec ou d »impuissance des adultes alors même que l »on pourrait réfléchir autrement en tentant de retrouver des formes de cohésion et de solidarité locales pour prendre en charge et contrôler les déviances de la délinquance des adolescents qui, par ailleurs, ont toujours existé et continueront d »exister.

Le statut de la violence a-t-il changé ?

Il a évolué. Nous vivons dans une société qui ne tolère plus la violence et qui ne lui reconnaît plus de sens. Notre seuil de tolérance s »effondre. Nous dénonçons aujourd »hui ce que nous ne dénoncions pas jadis. Une autre transformation affecte les modes de solidarité entre les adultes. Comment se fait-il qu »une bagarre entre enfants de 8 à 10 ans se retrouve devant un juge ? Autrement dit, comment se fait-il qu »il n »y ait pas eu d »intervention d »autres acteurs en amont pour régler cette affaire ? Ce qui frappe le plus ce n »est pas le comportement des jeunes, c »est plutôt le désemparement des adultes autour d »eux.

Comment l »expliquer ?

L »évolution de nos modes de vie urbains, de plus en plus anonymes, se généralise et transforme nos comportements en profondeur. Le développement dans l »habitat résidentiel s »accompagne du délitement de liens sociaux de proximité. Plus les gens sont seuls, plus ils sont démunis pour gérer l »incident. A cela s »ajoute le vieillissement de la population qui explique la juridiciarisation.

Que font les politiques ?

Les politiques croient, ou feignent de croire, que l »on va résoudre les problèmes sociaux en no deposit online casinos produisant des lois. Une croyance dommageable, parce qu »elle est totalement illusoire et se pose comme une solution de facilité qui laisse à penser que le problème est réglé et donc joue contre toutes les réflexions pour faire évoluer les politiques de prévention et de sécurité.

L »Observatoire de la délinquance vous semble-t-il un outil fiable ?

Mis en place en 2004, sous tutelle du ministère de l »Intérieur, il devrait prochainement passer sous celle du Premier ministre, mais cela demeure un organisme dont les dirigeants sont nommés par le pouvoir politique. Dans la relation qu »il entretient avec le milieu de la recherche, l »Observatoire de la délinquance conduit une politique qui consiste à s »approprier les outils de recherche.

De quelle manière ?

En cassant la continuité des outils que l »on avait jusque-là pour en créer d »autres dont il détient le monopole. Cette stratégie s »est notamment déployée sur les grandes enquêtes créées par les chercheurs qui permettaient de construire des séries et d »avoir une alternative aux statistiques de police.

Vous vous êtes intéressé aux auteurs de violence…

Les comportements délinquants des jeunes peuvent provenir de tous les milieux sociaux sous forme de ce que l »on appelle la délinquance initiatique : la bagarre, le vol dans un magasin… Ce que la majorité d »entre nous a fait au moins une fois dans sa vie. Cela n »a rien d »exceptionnel et c »est important à souligner dans un contexte de tolérance zéro, qui tente de faire disparaître tous les problèmes. Cela dit, on observe que la petite partie d »adolescents qui fait des bêtises à répétition se concentre dans les milieux populaires. On retrouve cela aujourd »hui comme c »était déjà le cas à l »époque des blousons noirs dans les années 60. Dans les caractéristiques que nous avons listées, il y a un chapitre intitulé Enfants de migrants… vivant dans un quartier d »habitat social, parce que le critère, c »est le milieu populaire et le quartier d »habitat social et pas la couleur ou l »origine des gens qui y habitent.

Pourquoi est-ce que les parcours délinquants sont liés aux milieux populaires ?

Nous avons pointé un certain nombre de problèmes sur cette question dont le principal est l »échec ou la marginalisation scolaire. Le principal critère de fragilité est là. C »est évidemment à partir de ces facteurs de fragilité et de risque que l »on pourrait réfléchir à des politiques de prévention et de sécurité beaucoup plus opérantes. « 

Recueilli par jean-Marie Dinh

La violence des jeunes en question, Champ social éditions, 15 euros

Voir aussi : Rubrique société statistiques de la délinquance dans l »Hérault, rencontre avec un superflic, Education nouvelle plainte des parents contre le fichier base élève, Justice droits de l »enfant en France, Affaire Villiers-le-Bel, Médias Médias Banlieue et représentations

La spéculation attaque l’Europe par le sud

monnaieL’Espagne, la Grèce et le Portugal, fragilisés par leur dette publique, sont attaqués par les marchés. Conséquences : baisse de l’euro et chute des Bourses.

La finance veut-elle la peau des Etats de la zone euro ? Vendredi, les principaux marchés européens (action, obligation et devises) ont continué leur dégringolade. La Bourse de Paris a perdu 3,40%. Et celle d’Athènes 3,73%. L’euro, lui, est passé sous la barre des 1,36 dollar pour la première fois depuis huit mois. En ligne de mire : les 30 000 milliards de dette publique cumulés par les pays du G7 et la situation de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal. Tout cela dans un climat «de très grande nervosité», selon un opérateur parisien.

Qui attaque la Grèce et l’Espagne ?

Plus personne ne le conteste, la situation des finances publiques de la zone euro, y compris celle de la Grèce, ne justifie pas une telle panique des marchés financiers qui, désormais, jouent clairement l’éclatement de la zone euro. Selon nos informations, émanant à la fois d’autorités de marché et d’établissement financiers, une grande banque d’investissement américaine et deux très importants hedge funds seraient notamment derrière les attaques contre la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Leur but ? Gagner un maximum d’argent en créant une panique qui leur permet d’exiger de la Grèce des taux d’intérêt de plus en plus élevés tout en spéculant. Pourquoi ne pas citer les noms ? Parce qu’il s’agit d’un faisceau de présomptions qu’un tribunal risque de juger insuffisant en cas de procès. Et comme le dit un opérateur de marché : «On ne joue pas avec ces gens-là.»

Comment gagner de l’argent avec la dette grecque ?

De mille façons. Grâce à la sophistication extrême des marchés financiers. D’abord, il faut savoir que la dette (c’est-à-dire les obligations d’Etat) est un produit financier comme un autre. Elle a un prix défini par une offre et une demande. Comme pour le baril de pétrole ou une action en Bourse. Or, doutant de la crédibilité de la Grèce à honorer sa dette, les opérateurs de marché exigent une prime de risque plus élevée (donc une hausse des prix). Et le marché n’aime rien d’autre que ces moments où il «joue à se faire peur», pour reprendre l’expression de Nicolas Véron, économiste au Bruegel Institute, car il y a matière à des allers et retours. Rapides et donc très profitables.

Ainsi, d’après nos informations, les deux hedge funds qui tiennent le marché grec ont été furieux de n’avoir reçu que 2 % du dernier emprunt grec (lancé le 25 janvier pour une durée de cinq ans, il a recueilli 25 milliards d’euros de demande, pour 8 milliards finalement levés) et sont décidés à faire courir la panique sur le marché des CDS, les fameux credit default swap. Que recouvre cette appellation ? Un titre d’assurances que l’on contracte pour se prémunir contre un potentiel défaut d’un Etat à qui l’on a prêté de l’argent. Un CDS a un prix et s’échange sur un marché non régulé et totalement opaque.

Vendredi, le CDS grec était à 428 points de base, un niveau sans précédent, alors que celui du Liban plafonnait à 255, ou celui du Maroc à 113… En clair, pour le marché, le risque de faillite de la Grèce serait quatre fois supérieur à celui du Maroc. Ce qui est irréaliste. La réalité du marché du CDS est plus triviale : voilà un far west où il est très facile de gagner beaucoup d’argent. Nos deux hedge funds, comme d’autres, attaquent donc la Grèce en créant de la panique pour faire monter les prix : «les CDS, c’est un puits sans fond : avec 200 millions de dollars, vous jouez comme si vous aviez un milliard de dollars», explique un analyste.

À quoi jouent les agences de notation ?

Les voici de nouveau à l’œuvre. Elles sont trois – Standard & Poor’s, Moody’s, les deux anglo-saxonnes, et Fitch, la française – et elles distribuent des notes à la terre entière. Leur métier : évaluer la capacité des emprunteurs à rembourser leurs dettes. Aucun produit financier n’échappe à leur zèle : aussi bien les obligations émises par Danone, que les produits structurés montés par les banques, mais aussi les fonds levés par les Etats – comme demain la France avec son grand emprunt. Une bonne note, le AAA, et voilà l’investisseur rassuré. Une mauvaise note, B ou moins – chaque agence a son système -, ce sont les taux d’intérêts qui s’envolent et aussi l’addition. Et voilà qu’avec leurs alertes sur les dettes publiques, elles font vaciller les Etats… Elles ont tout de même un sacré «culot», commente un opérateur, ces agences qui ont construit la bombe des subprimes.

Tiennent-elles là leur revanche ? «C’est comme si les agences voulaient récupérer leur réputation perdue», souligne Jean-Charles Rochet, professeur à la School of Economics de Toulouse. Au risque d’ajouter la crise à la crise, en dégradant la note des Etats. «Sans doute peut-on s’interroger sur leur rôle de déclencheur de panique ou d’amplificateur dans la crise», note Benoît de Brossia, analyste chez KBL-Richelieu, pour autant, «c’est logique que des pays laxistes en matière budgétaire, en paient les conséquences».

Que peut faire l’europe pour enrayer cette attaque ?

Calmer les marchés en leur faisant comprendre qu’ils sont victimes de spéculateurs et qu’ils risquent de perdre beaucoup en les suivant. Si le message est entendu, nos deux hedge funds et la banque américaine «vont se retrouver en culotte», affirme un opérateur de marché… Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, a ironisé, jeudi, sur les inquiétudes des investisseurs : «Savez-vous que le FMI s’attend à un déficit budgétaire de 6% du PIB en 2010 pour les seize pays de la zone euro ? D’autres grandes nations industrielles, le Japon comme les Etats-Unis, sont-elles à plus de 10.%» Un langage que l’on n’avait pas l’habitude d’entendre.

L’heure n’est plus au rappel du traité de Maastricht, qui interdit que l’on vienne au secours d’un Etat membre de la zone euro. Si les investisseurs ont la garantie que la Grèce ne coulera pas, le calme reviendra. Même l’Allemagne commence à comprendre que l’euro est en danger : jeudi, Angela Merkel, la chancelière allemande, a estimé qu’il fallait mettre en place «un gouvernement économique des Vingt-Sept», et va faire avec Paris des propositions communes lors du sommet du 11 février. Et il faut aller plus loin dans la régulation : Michel Barnier, le commissaire européen au Marché intérieur, a confirmé hier à Libération qu’il avait l’intention de proposer une directive «sur les marchés des produits dérivés [notamment les CDS, ndlr], dont 80% échappent à tout contrôle alors qu’ils représentent plus de 600 000 milliards de dollars dans le monde. Il faut inverser cette proportion.»

Libération Jean Quatremer

Voir aussi : Rubrique Finance , Les banquiers reprennent leurs mauvaises habitudes, Le Sénat américain  adopte un paquet de dépense, crise financière entretien avec Frédéric Lordon, Grèce Grève générale,