Le président fédéral allemand a annoncé ce lundi sa démission immédiate après des propos controversés sur l »engagement militaire de son pays à l »étranger. «J »annonce ma démission de mes fonctions de président avec effet immédiat», a déclaré à Berlin Horst Köhler, 67 ans, dont la fonction est essentiellement honorifique.
Une polémique était née après ses propos controversés sur l »engagement militaire de son pays à l »étranger pour défendre ses intérêts économiques. Une difficulté de plus à gérer pour la chancelière Angela Merkel.
Cette démission surprise est un nouveau casse-tête pour la chancelière Angela Merkel qui accumule les déconvenues depuis sa victoire aux législatives en septembre. «Elle se trouve dans une situation à peu près aussi désespérée que celle (du chancelier social-démocrate) Gerhard Schröder en 2005, après la défaite en Rhénanie du nord-Westpahlie, quand il a convoqué des élections législatives anticipées», estime Nils Diederich, politologue de l »Université libre de Berlin.
C »est justement à l »issue de ces élections anticipées que la conservatrice (CDU) Angela Merkel avait pris le pouvoir, mettant fin à sept ans de coalition entre sociaux-démocrates et écologistes.
Interview et levée de boucliers
Horst Köhler a expliqué avoir pris la décision de démissionner après avoir donné une interview qui fut généralement interprétée comme une justification de l »engagement militaire de l »Allemagne à l »étranger pour défendre ses intérêts économiques. Ses propos ont provoqué une levée de boucliers dans ce pays pacifiste depuis la seconde guerre mondiale.
«Ces critiques sont dénuées de tout fondement», a réaffirmé le président conservateur, visiblement ému, dans une brève déclaration télévisée depuis le siège de la présidence, aux côtés de son épouse Eva Luise. «Je vous demande de comprendre ma décision.»
Le 22 mai, Horst Köhler avait déclaré sur la radio publique à son retour de sa première visite en Afghanistan, où sont déployés casino quelque 4.500 soldats allemands: «A mon avis, la société dans son ensemble est en train d »accepter progressivement (…) que dans le doute et en cas de nécessité, un engagement militaire peut être nécessaire pour protéger nos intérêts, par exemple la liberté des voies commerciales, par exemple en empêchant l »instabilité dans des régions entières qui aurait des effets négatifs sur nos échanges, nos emplois et nos revenus.»
Devant la controverse, il avait ensuite affirmé avoir été mal compris, indiquant que ses propos n »étaient pas liés à l »impopulaire déploiement de la Bundeswehr en Afghanistan. Un de ses porte-parole avait expliqué qu »il faisait plutôt référence à l »engagement contre les attaques de pirates.
Deuxième mandat
Ancien dirigeant du Fonds monétaire international (FMI), Horst Köhler a été élu en 2004 et réélu l »an dernier au poste honorifique de président fédéral. Il est membre du parti de la chancelière Angela Merkel, l »Union chrétienne-démocrate (CDU).
Conformément à la Loi fondamentale (qui tient lieu de Constitution à l »Allemagne), c »est le président de la chambre haute du Parlement (Bundesrat), le social-démocrate Jens Böhrnsen, qui lui succède. Le successeur de Horst Köhler doit être élu dans les 30 jours.
Les Européens et la communauté internationale espèrent avoir enfin trouvé la parade pour stabiliser la zone euro. Les ministres des finances des Vingt-Sept ont annoncé, lundi 10 mai, au petit matin, la mise en place d’un plan de sauvetage de l’ordre de 750 milliards d’euros afin d’éviter que la crise grecque ne s’étende à l’Espagne, au Portugal, voire à l’Italie.
Le dispositif est la pierre angulaire d’une série de mesures annoncées dans la foulée par la Banque centrale européenne (BCE), le Fonds monétaire international (FMI), et les principales banques centrales de la planète. « Ce sont des mesures fortes qui contribueront à la stabilité économique et financière globale », a dit le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Le plan va « renforcer et protéger l’euro », a indiqué Angela Merkel lundi matin.
D’un montant sans précédent, le dispositif a été négocié au forceps, juste avant l’ouverture des marchés asiatiques. La réunion avait débuté sur un coup de théâtre: en raison d’un malaise, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, a dû être hospitalisé d’urgence à sa descente d’avion.
Après son forfait, les grands argentiers ont attendu pendant deux heures son remplaçant, l’ancien bras droit d’Angela Merkel à la chancellerie, Thomas de Maizière. Réunis à Bruxelles, les ministres des finances se sont surtout déchirés au sujet des modalités du fonds d’assistance esquissé l’avant-veille par les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro.
Prêts Bilatéraux
L’Allemagne a insisté pour imposer ses conditions : pas de garantie d’Etat à un emprunt communautaire géré par la Commission, intervention du FMI en cas de besoin, et plafonnement de l’enveloppe « européenne ». Les grands argentiers se sont donc entendus sur un dispositif hybride, c’est-à-dire de nature à la fois communautaire et intergouvernementale. Dans un premier temps, la Commission européenne a été autorisée à emprunter 60 milliards d’euros pour abonder la facilité qui lui permet, avec la garantie du budget communautaire, de prêter de l’argent aux Etats non membres de la zone euro en difficulté: il a été convenu d’ouvrir ce fonds aux pays de l’Union monétaire menacés par des « événements exceptionnels échappant à [leur] contrôle » (article 122 du traité).
L’Allemagne aurait aimé en rester là. Mais selon la plupart des capitales européennes, ainsi que pour la BCE, cette seule enveloppe n’était pas de nature à enrayer les risques de contagion de la crise grecque. La Commission avait demandé un peu plus tôt dans la journée de disposer de la garantie des Etats de l’Union monétaire afin de muscler le dispositif.
Inacceptable pour l’Allemagne et les Pays-Bas. Avant un coup de fil entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel en fin d’après-midi, Berlin espérait encore dupliquer le schéma mis en place en faveur de la Grèce, en privilégiant les prêts bilatéraux, couplé à l’assistance du FMI. Comme lors du sommet de la zone euro, vendredi, ses partenaires ont exigé la création d’un dispositif « ambitieux », moins compliqué à actionner en cas de besoin.
Fonds de stabilisation
En complément, les Etats de la zone euro ont donc décidé de mettre en place une sorte de fonds de stabilisation intergouvernemental, dont ils garantiront l’activité à hauteur de 440 milliards d’euros. L’idée a été proposée par les Français et les Italiens afin de débloquer les négociations. L’instrument sera susceptible de lever des dizaines de milliards d’euros sur les marchés de capitaux pour financer des prêts, en échange d’une conditionnalité très stricte, calquée sur celle du FMI.
Deux Etats non membres de la zone euro, la Pologne et la Suède, ont promis d’offrir leurs garanties au dispositif. D’autres, comme le Royaume-Uni, ont catégoriquement exclu de le faire. La contribution de la France à ce fonds censé expirer dans trois ans devrait avoisiner les 85 milliards d’euros.
Enfin, il a été convenu avec le FMI que ce dernier abonderait les prêts européens, « au moins » à hauteur de 50 % – soit quelque 250 milliards d’euro. En échange de la création de cet instrument inédit, Espagne et Portugal se sont engagés à amplifier leurs efforts de réduction des déficits d’ici au 18 mai. Ce mécanisme va être complété par une décision spectaculaire de la BCE. Après avoir traîné les pieds, celle-ci a annoncé son intention d’acheter aux banques les obligations qu’elles détiennent d’Etats fragilisés. Pour enrayer la chute de l’euro, plusieurs banques centrales, dont la Fed américaine et la BCE, ont, enfin, engagé une action concertée en mettant en place des accords d’échanges de devises.
Philippe Ricard (Le Monde)
Repères
Le plan de secours
Création d’un «mécanisme de stabilisation européen», se composant de deux éléments
– Des prêts de la Commission européenne pouvant aller jusqu’à 60 milliards d’euros pour les pays de la zone euro en difficulté, en échange de conditions sévères. Pour cela, la Commission empruntera sur les marchés, avec une garantie apportée par le budget communautaire. Cet instrument se basera sur un article du traité européen qui prévoit que l’UE peut accorder une aide financière à un Etat en raison «d’événements exceptionnels». Un tel mécanisme existait jusqu’ici pour les pays de l’UE hors zone euro mais pas pour ceux de la zone euro.
– Un système de prêts et de garanties pouvant aller jusqu’à 440 milliards d’euros. Les Etats membres de la zone euro créeront une société spéciale pour emprunter sur les marchés (« Special Purpose Mechanism », Mécanisme dédié), avec une garantie apportée par les Etats de la zone euro proportionnellement à leur participation das le capital de la BCE.
«Nous avons décidé de créer une société qui pourra emprunter pour un total de 440 milliards d’euros», et qui «sera garantie par les Etats zone euro», a expliqué le ministre luxembourgeois des Finances Luc Frieden. La ministre des Finances française Christine Lagarde a indiqué que des garanties pourraient aussi être offertes par «des Etats volontaires hors zone euro», dont la Suède et la Pologne.
– Le FMI pourrait apporter une participation supplémentaire de 250 milliards d’euros «Le FMI devrait fournir au moins la moitié de la contribution de l’UE», soit 250 milliards d’euros, et ce «à travers ses lignes de crédit habituelles», selon le communiqué final des ministres
Mesures exceptionnelles de la BCE
L’institut monétaire a annoncé «des interventions sur le marché obligataire privé et public de la zone euro», sans préciser immédiatement leur forme. Une action concertée de la BCE et des banques centrales des Etats-Unis, du Canada, d’Angleterre et de Suisse, a été mise sur pied pour faciliter l’approvisionnement en dollars des banques de la zone euro.
Accélération de la réduction des déficits, nouvelles mesures d’économies en Espagne et au Portugal
Les ministres des Finances «sont d’accord pour dire que les projets de consolidation budgétaire et de réforme fiscale seront accélérés là où cela est justifié», indique le communiqué. Lisbonne et Madrid ont promis des mesures d’économies supplémentaires pour réduire leurs déficits en 2010 et en 2011 et présenteront le détail de ces mesures lors de la prochaine réunion des ministres européens des Finances, le 18 mai.
(Source AFP)
Plan d’austérité général
Sous la pression des marchés, la majorité des pays membres de la zone euro ont taillé leurs dépenses publiques pour contrôler leurs déficits et éviter le scénario de la crise grecque.
Grèce. A la demande de l’Union européenne et du Fonds monétaire international, le gouvernement grec, confronté à une crise de dette sans précédent, a adopté un plan de rigueur, qui prévoit 30 milliards d’euros d’économies sur quatre ans (11% du PIB), afin de ramener le déficit de 14% à 3% en 2014. Ce plan prévoit une réduction des dépenses de 11,1 milliards d’ici en 2012 (baisse des investissements, suppression de salaires des fonctionnaires et des pensions), et un relèvement des taxes. Athènes envisage aussi de repousser l’âge légal à 65 ans, et la durée des cotisations de 37 à 40 ans d’ici 2015.
Espagne. Le Premier ministre espagnol José Luis Zapatero s’est engagé à économiser 50 milliards d’euros entre 2010 et 2013 (5,7% du PIB). Un fonctionaire sur dix sera remplacé, ce qui signifie en moyenne 13.000 départs par an. Madrid mise sur la hausse d’impôts directs et indirects pour récolter 11 milliards d’euros supplémentaires. Et l’âge légal de la retraite devrait passer de 65 à 67 ans.
Portugal. Le Premier ministre portugal José Socrates a déjà déclaré que son pays serait l’un des pays qui devrait le plus réduire son déficit en 2010. Son plan présenté début mars au Parlement vise à ramener le déficit de 9,3% du PIB en 2009 à 2,8% en 2013. Il prévoit un vaste programme de privatisations, qui doivent ramener 6 milliards d’euros dans les caisses de l’Etat, dont 1,2 milliard sur 2010, et une hausse de la pression fiscale. Le gouvernement de José Socrates a annoncé des coupes drastiques dans les investissements (de 4,9% du PIB en 2009 à 2,9% en 2013), le gel des salaires des fonctionnaires jusqu’en 2013 et le remplacement d’un retraité sur deux.
France. Le gouvernement français vise à ramener son déficit de 8% du PIB en 2010, à 6% en 2011, 4,6% en 2012, et 3% en 2013, soit 95 milliards d’euros d’économies en trois ans. Le Premier ministre français François Fillon a annoncé un gel en valeur des dépenses de l’Etat sur trois ans, une baisse de 10% des dépenses de fonctionnement (entre 800 et 900 millions d’euros) et 5 milliards d’économies sur les niches fiscales.
Irlande. Le gouvernement irlandais a été l’un des premiers à réagir dès février 2009 par une hausse des impôts et un prélèvement supplémentaire de 7,5% sur les salaires des fonctionnaires. Dans le cadre du budget 2010, Dublin a procédé à une baisse des salaires des fonctionnaires de 5% à 20%, et des prestations sociales, sans compter des coupes dans les dépenses courantes et les investissements.
L’Italie se prépare à faire 26 milliards d’euros d’économies budgétaires en deux ans. Le ministre de l’Economie, Giulio Tremonti, a confirmé le maintien des objectifs de réduction du déficit public, qui devra passer de 5% cette année à moins de 3% en 2012. L’effort réalisé en 2011 sera de l’ordre de 0,8% du PIB, soit 12,8 milliards d’euros. Une manoeuvre d’égale ampleur est prévue pour 2012. Les coupes budgétaires concerneront en priorité les ministères dépensiers, notamment la santé. En revanche, la baisse des impôts reste à l’ordre du jour. « La pression fiscale sera ramenée cette année à 42,8% du PIB, son niveau en 2008 », a affirmé le ministre italien.
Le Danemark, les Pays-Bas, le Luxembourg ont aussi pensé à serrer leur budget et à contrôler les dépenses publiques, tandis que l’Allemagne n’a pas annoncé de mesures d’austérité, mais tend à revenir sur la décision de réduire les impôts.
Xinhua (Chine)
Analyses
Agissons ensemble pour une initiative politique européenne
par Patrick Le Hyaric
Chaque heure qui passe montre que les promoteurs de cette Europe ultralibérale ont enfanté avec leurs traités et leurs directives, d’un monstre dont ils n’ont même plus la maîtrise. Il n’y a pas d’Europe politique. Les tenants de la haute finance internationale narguent les responsables européens parce que ceux-ci leur ont lâché la bride dès lors qu’ils ont décidé la liberté totale de circulation des capitaux. Voilà la cause essentielle de la spéculation internationale contre les budgets de plusieurs Etats européens. Les lettres communes de Mme Merkel et de M Sarkozy n’y changent rien ! Les réunions du Conseil européen non plus ! Ce ne sont que des opérations de façade couvrant les pieuvres de la finance. Il faut maintenant cesser ces comédies dont les seules victimes sont les peuples.
Ajoutons qu’au mépris de tout principe démocratique, de toute démocratie sociale, le gouvernement grec a décrété aujourd’hui par oukase les mesures antisociales dictées par le FMI et quelques politiciens européens (mesures que nous avons révélées hier dans nos colonnes). Cela constitue un véritable coup de force contre le peuple et la démocratie grecs, on impose contre la souveraineté populaire des mesures dramatiques qui font peser de graves menaces sur la démocratie et l’avenir même de la société grecque.
Et cette tragédie risque de se retourner contre l’idée européenne elle-même. Voilà pourquoi il est indispensable que les populations, les salariés, les organisations sociales et syndicales, les forces progressistes agissent pour obtenir une initiative politique européenne, de grande ampleur. Il est absolument nécessaire d’engager désormais des réformes structurelles progressistes de l’Union européenne.
1/ Un moratoire sur toutes les dettes des pays en difficulté est nécessaire. Durant ce moratoire, il convient de sortir des budgets toutes les dettes toxiques qu’il s’agisse de celles des Etats ou des collectivités territoriales.
2/ Il faut prendre la décision politique de dépasser les règles absurdes des traités pour activer la Banque centrale européenne comme un outil de refinancement des dettes en lien avec les banques nationales à un taux d’intérêt inférieur à 1%.
3/ Il est nécessaire de créer un fonds européen de solidarité et d’entraide entre pays et pour des programmes de relance.
4/ Il est nécessaire d’urgence d’inventer un mécanisme de taxation des transactions financières pour alimenter un tel fonds.
5/ Les plans d’austérité en cours ne sont qu’une fuite en avant qui aggrave encore la crise. Il faut au contraire, à l’échelle de l’Union européenne et pays par pays, élaborer avec les organisations syndicales, avec les collectivités territoriales des plans de relance interne seuls capables de commencer à juguler la crise.
(L’Humanité)
Fragile
par François Sergent
Les Bourses exubérantes ont salué le plan européen, rebondissant après des jours de chute libre. On peut s’en féliciter, on peut aussi douter de la pérennité de ces réactions euphoriques. Bien sûr, le plan accouché difficilement dimanche soir à Bruxelles par les Vingt-Sept est massif, élégamment comparé par l’agence Reuters aux tactiques de l’armée américaine en Irak, shock and awe («choc et effroi»). On espère qu’il réussira mieux que les GI. Pour la première fois, l’Europe a rejeté ses carcans monétaristes et mis en cause la sacro-sainte indépendance de la BCE. Pour la première fois aussi, une coordination économique et un semblant de solidarité s’esquissent entre Bruxelles, Athènes et Berlin. Mais le prix à payer de cette nouvelle politique est élevé. Rigueur et austérité pour tous, y compris pour la France et son gouvernement qui jouent avec les mots. La «discipline budgétaire et fiscale» à l’allemande va de pair avec la solidarité. Au risque bien réel de contracter des économies mal remises de la crise de 2008 et partant d’aggraver leurs fragiles finances. Ce plan monté dans l’urgence d’une crise contagieuse ne s’attaque pas aux réalités fondamentales de la zone euro. La disparité structurelle entre des économies aussi disparates que celles de l’Allemagne et de la Grèce est-elle tenable ? Les Vingt-Sept sont-ils prêts à abdiquer de leur souveraineté pour réguler marchés et banques et pour coordonner leurs politiques budgétaires et fiscales ? Sinon, ce plan sera juste de la morphine, comme l’avoue le FMI.
L’association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol était samedi dernier sur la Comédie en soutien au juge Baltasar Garzon en lutte contre le franquisme.
Tenace figure du droit international, le juge Baltasar Garzon est à l’origine de l’arrestation d’Augusto Pinochet. Il occupe depuis 22 ans l’Audience nationale, la plus haute instance pénale d’Espagne et s’apprête à faire ses cartons. Ses pairs du Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ), l’équivalent espagnol du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), devraient le suspendre de ses fonctions.
Le juge est poursuivi pour prévarication. C’est-à-dire pour avoir manqué au devoir induit par ses fonctions après avoir enquêter à la demande des familles des victimes en 2008, et voulu ouvrir une instruction contre le franquisme et ses crimes contre l’humanité. La plainte de trois associations d’extrême droite, dont la Phalange espagnole, a été suivie. Elle accuse le juge Garzon d’avoir monté » un artifice juridique « en requalifiant en crimes contre l’humanité, donc imprescriptibles, les disparitions forcées.
L’affaire ravive de part et d’autre des Pyrénées la mémoire d’une guerre jamais cicatrisée. » Une condamnation serait une nouvelle victoire de Franco « , s’est ému le cinéaste Pedro Almodovar le 13 avril, lors d’une mobilisation à Madrid.
A Montpellier L’ASEREF, reprend le flambeau. » Ce qui se passe est important pour l’avenir de l’Espagne et de l’UE. Les conditions économiques de crise favorisent les desseins totalitaires, comme on le voit en France avec le FN. On s’aperçoit par ailleurs que les franquistes tiennent toujours les rouages de la justice en Espagne, s’indignait hier le porte-parole de l’association Éloi Martinez, Au- delà de la mémoire l’heure est toujours à la définition de la démocratie. » Le gouvernement social démocrate qui s’en remet pour l’heure à la justice ne prend pas parti. » Nous les enfants et les petits enfants des 150 000 disparus dans les fosses communes, on n’a jamais signé la loi d’amnistie des crimes signée en 1977. J’ai le droit de savoir où est mon oncle… «
Livre document. Témoignages de résistant(e)s de l’Hérault et de la région recueilli par François Berriot.
L’universitaire montpelliérain François Berriot vient de publier aux éditions de l’Harmattan La France Libre, la résistance et la déportation (Hérault, Zone Sud). Ce livre constitué de vingt-quatre témoignages d’hommes et de femmes qui furent des acteurs de la Résistance dans notre région a été réalisé avec le soutien du Centre régional d’Histoire de la Résistance et de la Déportation basé à Castelnau-le-lez.
En zone Sud, la Région 3 regroupe l’Aude, l’Aveyron, le Gard, l’Hérault, la Lozère et les Pyrénées-Orientales. La naissance des maquis, à partir du printemps 1943, répond à des contingences topographiques et sécuritaires, délaissant la plaine côtière et la frontière espagnole au profit de l’arrière-pays. Mais les actes de résistance débutent bien en amont. L’ouvrage met notamment en exergue comment le combat contre l’occupant s’est nourri ici de l’expérience des Républicains espagnols. Comme le démontre le témoignage de Candido Lopez, en charge du dynamitage des trains entre Mireval et Frontignan qui débute dans le village espagnol de Prahua dès 1934 et passe par les conditions lamentables du camp d’Argelès. » Le 28 février 1939, nous arrivons à la frontière épuisés. Un autre cauchemar nous attend en France. «
Beaucoup de jeunes combattants rejoignent la résistance pour échapper à la mobilisation des travailleurs français requis pour le S.T.O afin de travailler pour le Reich. Jean Soto de Paulhan, évoque, lui, son expérience au sein des » Groupe Francs « , puis des M.U.R (Mouvement unis de Résistance) et les contacts avec le Maquis de Bir Hakeim qui se déplace dans le Languedoc-Roussillon et le Sud Ouest.
On survole les techniques de guérilla adoptées, ponctuelles et diffuses. On mesure la volonté d’action de la jeunesse comme l’incertitude liée à la particularité des luttes qui contournent l’affrontement direct avec l’ennemi. » Ce livre se veut uniquement un recueil de témoignages, confié par l’écrit ou, ce qui est encore plus émouvant, par la parole orale, précise François Berriot dans la préface, il ne prétend ni à l’exhaustivité ni au réalisme historique. «
Il est peu question de l’aide fluctuante des Alliés et des choix politiques qui ont joué sur la nature et l’activité de ces maquis. La force de ce recueil vient de l’expérience humaine vécue. De la détermination profonde que le lecteur saisit entre les lignes du récit. Une force qui contribua à la libération du territoire particulièrement violente autour de la capitale régionale. Le livre participe à la construction d’une mémoire combattante, mémoire collective en lien avec le passé des hommes et des femmes, complémentaire à la version historique.
Jean-Marie Dinh
La France libre résistance et la déportation (Hérault zone Sud) Editions de l’Harmattan
L’émergence d’une société civile commune aux différentes ethnies en Bosnie-Herzégovine favoriserait la reconstruction et le développement du pays, selon plusieurs associations organisatrices d’un forum sur le sujet à Sarajevo pendant trois jours à partir du 14 avril.
Sarajevo
Depuis la fin de la guerre de Bosnie en 1996, « la société civile est plus importante et se fait mieux entendre » a déclaré Srdjan Dizdarevic, ancien président du Comité Helsinki pour les Droits de l’homme, en présentant ce colloque jeudi à Paris. Selon lui, l’émergence de la société civile se manifeste notamment dans les mouvements de jeunes bosniens se disant « anarchiques ». Ces groupes n’ont pas de structure classique (sous forme de parti politique par exemple) mais ils sont très dynamiques. Début 2008, plusieurs milliers de personnes ont défilé pendant plusieurs semaines dans les rues de Sarajevo pour protester contre l’immobilisme du gouvernement sur les violences interethniques. La situation sociale reste fragile et les revendications sont nombreuses. « Le pays est aujourd’hui à 60 ou 70 % du développement d’avant-guerre. Il reste très bureaucratisé avec 40 % de pauvres ». Selon Srdjan Dizdarevic, « le pouvoir se refuse à tout dialogue, en essayant parfois même de corrompre ces réseaux ».
Julie Biro, membre du Comité d’action contre la faim et pour le développement (CCFD Terre solidaire), a insisté sur la responsabilité de l’Union européenne dans le développement du pays. Or, l’UE ne soutient pas le forum de manière officielle. « L’Europe ne va pas au-delà du discours nationaliste des dirigeants. Elle n’est pas attentive à cette expression d’une alternative possible au sein de la société civile ».
Pourtant, l’adhésion à l’UE serait « extrêmement bénéfique » pour la Bosnie : « Une identité européenne permettrait de gommer certains antagonismes et de diminuer les rivalités entre ethnies, a expliqué Srdjan Dizdarevic. L’harmonisation passera par Bruxelles et non par Sarajevo. Selon les sondages, 76 à 82 % de la population est favorable à l’adhésion, a-t-il rappelé.