Littératures ibériques : Les fantômes du passé

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Le débat a soulevé la campagne en faveur de l’oubli et la réinterprétation.

Débat. Querelles autour de la mémoire et questions qui restent ouvertes…

La thématique des littératures ibériques offre l’occasion d’ouvrir le débat sur les drames ayant traversés l’histoire de l’Espagne et du Portugal au XXe. Douleurs d’un passé largement revisité par les auteurs contemporains portugais et espagnols. La guerre d’Espagne, le franquisme mais aussi les expériences politiques, des dictatures aux transitions démocratiques, tourments et mythes coloniaux compris, trouvent un attrait sans cesse renouvelé des lecteurs.

Hier, l’actualité politique s’est invitée dans le débat avec une salle comble au Corum pour une intervention des membres victorieux de Podémos à Barcelone dans le sillage des perspectives ouvertes par le livre de Jean-Pierre Barou La guerre d’Espagne ne fait que commencer (Seuil 2015).

La veille, trois romanciers étaient réunis au Centre Rabelais pour évoquer le rôle de l’histoire et de la mémoire dans leur oeuvre. Le jeune auteur portugais David Machado qui dans Laissez parler les pierres, pose la question de la mémoire et de la trahison, l’espagnol Andrès Trapiello, qui fait de même dans Plus jamais ça à propos de la guerre d’Espagne, et le basque Fernando Aramburu qui s’intéresse aux liens entre souvenirs et imaginaire.

Egalement présent, Antonio Altarriba, figure de la BD satirique, a expliqué comment le suicide de son père anarchiste en 2001, soixante ans après la fin de la guerre civile, faisait toujours échos en lui. S’opposant à l’idée d’Andrès Trapiello selon laquelle l’oubli permettrait la réconciliation.

 JMDH

Source La Marseillaise 31/05/2015

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Montpellier Comédie du Livre « Nous ne voulions pas d’un programme convenu »

93023e0669508d0434f7a9812c4792c2_XLEn charge de la préparation de la Comédie du livre, Régis Penalva, passionné de littérature évoque les choix ayant présidé à cette 30e édition consacrée aux œuvres de la péninsule ibérique.

Chargé de mission responsable de la Comédie du livre à la Ville de Montpellier, l’ex-libraire Régis Pénalva tient le pari de l’intelligence. Vendredi 29  mai débute la trentième édition de cette grande fête du livre et de la lecture qui se poursuivra tout le week-end. Le maître d’oeuvre discret de cet événement évoque l’alchimie concourant à la réalisation de cette grande cuisine littéraire qui rassemble près de 100?000 visiteurs.

Quels sont les grands axes et les nouveautés de cette trentième édition ?

Il y a d’abord les littératures invitées. Cette année, en s’intéressant à la péninsule ibérique nous proposons d’aller à la rencontre de deux grandes littératures mondiales. Les littératures espagnole et portugaise seront abordées à travers une approche qui concerne cinq langues le castillan, le portugais, le galicien, le basque et le catalan.

Côté éditeur, après les 35 ans des éditions Métailié l’an passé nous fêterons cette année les 25 ans des éditions Viviane Hamy. L’ouverture au très jeune public compte parmi les nouveautés avec la création d’un espace dédié à la petite enfance encadré par des professionnels qui proposent différents ateliers pour les moins de 4 ans avec leurs parents. L’autre nouveauté, c’est la métropolisation de la manifestation rendue effective en amont et pendant la manifestation avec une sensibilisation des publics aux littératures invitées et des rencontres avec des auteurs dans le réseau très actif des médiathèques. La carte blanche offerte à Lydie Salvayre constitue également un temps fort de la manifestation.

Avec une sélection d’auteurs plutôt alléchante…

Lydie invite effectivement des écrivains appartenant à la grande tradition littéraire dont la venue tient sur le facteur confiance comme Jêrôme Ferrari, le rejeton des éditions de Minuit Eric Chevillard ou encore Antoine Volodine et ses hétéronymes qui ne se déplacent nulle part.

La qualité de la proposition littéraire est un facteur de succès important, comment travaillez-vous pour équilibrer les enjeux politique, économique tout en maintenant l’attractivité ?

Tout commence par le choix du pays. A partir de là nous avons entre 30 et 40 écrivains à inviter avec l’appui des éditeurs qui nous font connaître les auteurs de qualité et l’expertise des libraires qui s’opère sur deux critères, à la fois le choix littéraire et les ventes. Nous prenons également en compte la dimension collective, celle de porter au mieux le livre et ses acteurs dans l’espace public.

On aboutit ainsi à une liste diversifiée où se retrouvent des écrivains qui concernent un large lectorat des auteurs reconnus, et des auteurs au potentiel prometteur à découvrir. La Comédie du livre a aussi une vocation de défrichage. Le goût du public s’affirme en rapport avec les propositions qui sont faites.

L’année dernière sur la thématique des littératures nordiques, Katja Kettu, quasiment inconnue, a réalisé de très belles ventes. Pour aller dans ce sens, les participants aux rencontres pourront aussi acheter les ouvrages sur les lieux même des débats et dans les médiathèques.

L’Espagne et le Portugal partagent une histoire marquée par des régimes totalitaires. Ces deux pays doivent aujourd’hui faire face à une crise économique et sociale aiguë. Cela transparait-il dans la littérature ?

Nous ne voulions pas d’un programme convenu pour éviter de retrouver les écrivains que l’on voit partout et ne pas répéter l’édition hispanique de 2009. Les 35 auteurs invités permettront cette année de découvrir les nouvelles générations. Leurs aînés étaient en contact direct avec les événements tragiques tout au long du XXème siècle. Ils avaient pour habitude d’affronter le sujet frontalement comme l’a fait à sa manière Manuel Rivas. Avec les générations suivantes et particulièrement les plus jeunes, si l’on retrouve bien des traces vivaces des dictatures et de la répression politique, les stratégie littéraires et narratives ne sont plus les mêmes.

Dans Plus jamais ça Andrés Trapiello fait appel à la résurgence de la mémoire. Il est question de la souffrance des descendants. Avec Encore un fichu roman sur la guerre d’Espagne Issac Rosa, interroge la façon dont un écrivain se saisit de l’Histoire… Dans Quatre par quatre Sara Mesa questionne à la fois le passé le présent et l’avenir de son pays et de l’Europe en utilisant la stratégie de la fable. Des thèmes transversaux se dégagent, l’enferment comme dans le conte d’Ivan Repila Le puits, mais aussi le voyage comme dans La mort du père, de José Luis Peixoto qui signe un grand roman de l’immigration portugaise en France. Voyage encore, avec l’ouverture sur des fictions exotiques comme celles de Pedro Rosa dans Pension des mondes perdus.

Comment se porte le marché du livre espagnol et portugais. En quoi se distingue-t-il du marché français ?

Le marché du livre portugais est aux mains de l’Espagne qui dispose de très grands groupes d’édition bien implantés en France. Planeta a d’ailleurs pris le contrôle du groupe français Editis (Plon, Presses de la Cité, la découverte, Robert Lafont, Bordas…). C’est le second groupe d’édition en France derrière Hachette et le 7e au niveau mondial. Si la diversité des publications reste assez grande, elle est différente du paysage français qui se distingue par le nombre de ses éditeurs et son réseau de librairies indépendantes. La puissance des gros éditeurs espagnols également bien implantés en Amérique Latine a pour incidence de privilégier l’exportation des livres espagnols en France où l’on trouve assez peu de traduction d’auteurs portugais qui passent souvent par le filtre de la langue castillane.

Quel avenir pour la Comédie du livre après 30 ans ?

La Comédie du livre n’est pas rentable mais reste absolument indispensable. Elle permet de rendre visible dans l’espace public, les livres, les librairies, les auteurs, les maisons d’édition. La crise que traverse le secteur est liée à la conjugaison de la baisse du pouvoir d’achat à celle des pratiques de lecture, à la baisse des achats de livre et à l’émergence de groupes comme Amazon. La Comédie du livre se maintient au plus près des acteurs de la chaîne du livre. Elle doit porter ses efforts sur l’accès à la lecture et l’éveil à la lecture dès le plus jeune âge.

Propos recueillis par Jean-Marie Dinh

Source La Marseillaise 28/05/2015

Voir aussi : rubrique Edition, rubrique Lecture, rubrique Littérature, Les grands auteurs classiques ibériques, Littérature Espagnol,  rubrique Livres, rubrique Montpellier, rubrique Portugal, Pessoa et les mystères de la création, rubrique Politique culturelle, La comédie du livre vers un avenir métropolitain,

Angoulême 2015: «L’arabe du futur» de Sattouf obtient le Fauve d’or du meilleur album

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Tout à Charlie, l’ambiance n’était pas vraiment à la remise de prix au Festival international d’Angoulême, ce dimanche après-midi. Mais les phylactères ne s’arrêtant jamais, elle a finalement eu lieu, avec en ouverture un discours de Fleur Pellerin. Sans surprise, la ministre de la Culture a annoncé qu’il fallait se battre pour la culture, la BD, la liberté d’expression, le dessin de presse, les gens, la vie et les Lumières, mais elle s’est bien gardée de prendre position sur la question de la réforme inquiétante des retraites des auteurs.

La remise des prix a consacré une nouvelle fois Riad Sattouf. Déja récompensé en 2010, il a obtenu le Fauve d’or du meilleur album pour l’Arabe du futur, tome 1 (Allary Editions). Le réalisateur et dessinateur de Charlie Hebdo, notamment, y raconte sa jeunesse, en Libye, en Syrie et en France. Comme toujours avec Riad Sattouf, c’est extrêmement bien raconté, actuel, et souvent drôle. A travers la figure de son père, professeur, il se demande, en creux, qu’est-ce qui a échoué pour que la construction optimiste de «l’arabe du futur» se termine, 35 ans plus tard, en guerres sanglantes.

Pour le jury d’Angoulême, c’est un choix sans risque, porté par l’actualité nationale et internationale, ainsi que par la personnalité médiatique et sympathique de l’auteur. Il y avait, peut-être, dans la sélection, des albums plus intrigants, perturbants, changeant notre manière de voir la BD, comme Panthère de Brech Evens, Calavera de Charles Burns, ou évidemment, Building Stories de Chris Ware. Le récit à tiroirs et multisupports a reçu le prix «Spécial du jury», aka «c’est toi qui méritait le Fauve d’or mais c’est vraiment un peu trop bizarre et compliqué ton truc».

Les vieux fourneaux, Dargaud

Les vieux fourneaux, Dargaud

Le prix du Public a été décerné aux Vieux fourneaux (Dargaud) de Wilfrid Lupano et Paul Caueet, l’histoire amusante et attachante d’un trio de septuagénaires qui se lance dans un dernier road trip sur fond de lutte des classes et vieilles blessures intimes. Très émus, Bastien Vivès, Balak et Mickaël Sanlaville ont reçu le prix de la série pour Lastman.

A signaler, la chouette revue sociale et utopiste Dérive urbaine qui a reçu le prix de la Bd alternative.

Jeudi avait déjà été remis le Grand Prix à Otomo, le créateur d’Akira, ainsi que des prix découvertes pour des jeunes auteurs. Un Grand Prix spécial a été décerné à Charlie Hebdo pour l’ensemble de son œuvre, et, dimanche, dans la foulée, le premier prix de la liberté d’expression a été remis aux dessinateurs assassinés. Le dessinateur Blutch, venu sur scène récupérer le prix, a rappelé que «nous la bourgeoisie éclairée, on a beau marcher en chœur, il s’est passé quelque chose de grave. Le mal est fait. Je m’excuse mes chers collègues, mais il n’y a pas de paradis. Vous êtes tous seuls. Il n’y a que ce que vous faites, que ce que vous dites.»

Quentin Girard

Toutes les récompenses sur le site officiel du festival.  

Source Libération 1/02/2015

Voir aussi : Rubrique Livres, BDEdition, rubrique Festival, Tardi en colère contre le festival d’Angouleme , Angoulême couronne l’Américain Bill Watterson,

 

 

Enki Bilal : Bleu comme la Terre

arton28844-750abDans la Couleur de l’air, Enki Bilal rêve d’une planète qui reprend le pouvoir pour digérer les horreurs du XXe siècle. Et repartir à neuf.

Gris. Marron. Bleu. Fin de la « Trilogie du coup de sang ». Après sa « Trilogie Nikopol » et sa « Tétralogie du monstre », Enki Bilal boucle avec la Couleur de l’air son dernier opus bédéïque. Soulagement : malgré « le dérèglement climatique brutal et généralisé qui s’est abattu sur la Terre », malgré les teintes sombres des deux premiers volets, l’air est bleu comme la haute mer, comme la nuit. Une atmosphère plus douce que l’apocalypse à laquelle l’artiste nous avait habitués. Cette ultime histoire commence à bord d’un vaisseau qui traverse des masses nuageuses cependant que ses passagers dissertent sur Dieu, Nietzsche et Bakounine. L’appareil, cercueil atomique en pilotage automatique, avance à l’énergie solaire vers rien. « C’est dérisoire, ça va très mal, mais nous sommes toujours vivants », commente Anders, qui tient un journal. Il y a du Transperceneige [1] dans ce lancement : une machine progresse sans but dans un reste de nature envahissante, conduisant des passagers en perdition à se concentrer sur des élucubrations à la fois belles et menacées de vanité.

Même teintes, mêmes coups de crayons et de pinceaux que pour les nuages, la séquence suivante se situe en milieu aquatique. Kim se cramponne à la nageoire dorsale d’un dauphin hybride qui la conduit avec Bacon dans une maison volante. Sur la terre ferme, le troisième groupe de survivants se laisse guider en voiture par un nuage en forme de flèche. La nature, déesse de cette histoire, s’auto-sculpte et se métamorphose. La Terre est en recomposition. Elle est « une entité vivante, qui réagit ». Décidée à engloutir et à digérer tous les déchets produits par l’homme. Une nouvelle fois, l’œuvre de Bilal se présente comme un long poème déstructuré et halluciné, inspiré de citations philosophico-écolos, d’éléments technico-futuristes et de dialogues presque triviaux qui tentent de rattacher l’humain à ce qui le tient : manger, boire, pisser, faire l’amour. Mais aussi aimer, paniquer, imaginer, ironiser, dire des bêtises, jouer à la poupée… Bilal lâche la mécanique pour sublimer l’animal, mammifères marins, chevaux rayés, varan, koala et gorille. Il fait converger les personnages des deux premiers albums et insère des images satellites qui miment comme un superdiagnostic de la catastrophe. Après le coup de sang, le Maroc s’est retrouvé collé à l’Espagne, Le Nil scinde l’Afrique, la Sardaigne et la Sicile ont rejoint Tunis, l’Italie les Balkans. « C’est la planète qui nous dit stop, qui nous dit merde », analyse Esther, tandis que des fillettes jumelles citent des infos réelles : nombre de morts engendrées par les guerres du XXe siècle, Karl Marx et sa célèbre phrase sur la préhistoire de l’humanité. On ne peut plus clair…

Les trois groupes de survivants forment trois séquences qui progressent de concert et s’interrompent pour que le récit saute de l’une à l’autre, comme dans le montage d’une série. L’ensemble, tendu dans le mouvement et la surprise, est déstabilisant, absurde, ésotérique et captivant. Quand l’une des séquences reprend des couleurs, c’est pour que l’autre plonge dans l’horreur, coulée noire et concentré de puanteurs : cadavre, napalm, gangrène, urine, sueur… Bilal crache et rêve. Ce dernier album est une allégorie en plans larges, un fantasme, un western philosophique à l’ère post-Internet, une BD à thèse, moraliste et réenchantée. Recyclant des mythes et des chansons chers à sa mémoire. Presque des mantras. Une sorte de grand reset général. Et positif.

Ingrid Merckx

La Couleur de l’air, Enki Bilal, Casterman, 96 p., 18 euros.

Source Politis: 06/11/2014

Voir aussi  : Rubrique Livre, BD, rubrique Rencontres, Bilal : Entre coup de sang et coup de foudre,

Expo Mangaro/Heta-Uma. Plongée underground nippone

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Heta-Uma un univers en rebellion contre la perfection et l’esthétisme glacé de la culture japonaise. Dr

Expositions. Dans les années 60, les artistes japonais alternatifs brisent les carcans de la bienséance pour libérer leur créativité. Le mouvement vit toujours à découvrir au Miam à Sète jusqu’au 1er mars 2015.

A propos de la culture graphique japonaise, il paraît aujourd’hui difficile d’échapper au pouvoir des Pokemons ou à la poésie de l’œuvre de Miyazaki. Pourtant c’est possible. C’est ce que révèle l’exposition Mangaro/Heta-Uma, une collaboration inédite entre le Musée international des arts modestes (Miam) à Sète et le Cartel de la Friche la Belle de Mai à Marseille, qui se décline en deux volets.

Marseille à la Belle de Mai

Dans la cité phocéenne à l’initiative de l’artiste et responsable des éditions Le dernier cri, Pakito Bolino, et de la libraire japonaise Ayumi Nakayama, l’expo Mangaro regroupe les éditeurs japonais et français qui revendiquent l’héritage de la revue culte Garo. Un support d’édition alternative de BD japonaises né en 1964 qui bouscule les codes établis en alternant art abstrait, drames sociaux et autobiographiques. Garo choque une partie de la société japonaise et séduit un public étudiant tout en ouvrant la porte des mangas aux adultes.

« On peut comparer l’émergence de Garo au journal Hara-kiri pour son côté bête et méchant mais aussi politique puisque la revue était proche des milieux de l’extrême gauche japonaise », explique Pakito. Les nombreux artistes qui y travaillent en profitent pour explorer de nouveaux champs de création.

Dans les années 60 Garo rencontre un véritable succès populaire. Au début des années 70, le tirage du magazine atteint 80 000 exemplaires. Du jamais vu pour une revue underground libre de toutes contraintes. L’année 2002 marque la fin de Garo. Le magazine Axe prend le relais et trouve une continuité dans l’hexagone avec les éditions du Lézard noir qui assurent une traduction française de certains de ses auteurs.

Sète au Miam

A Sète, l’expo Heta-Uma, littéralement l’art du mal fait bien fait,  retrace 40 ans de cette histoire méconnue. On découvre ce style volontairement maladroit né sous l’impulsion de King Terry Yumura à travers les déclinaisons inventives de 80 artistes. La période Heta-Uma qui émerge dans les années 80 se révèle plus graphique avec un dessin sale un peu à la Reiser qui emprunte à la BD underground américaine. Trois générations d’artistes japonais sont réunies dans le cadre de l’expo, du jamais vu.

« Avec le concours de Ayumi Nakayama de la librairie Taco Ché à Tokyo, nous avons réussi à réunir un panel d’artistes complet et représentatif, indique Pakito Bolino ce qui aurait été impossible au Japon en raison des cloisonnements sociaux et générationnels. Nous tirons satisfaction d’avoir permis ces échanges, ainsi que de la mise en relation entre les éditeurs et les artiste français et japonais qui pourrait déboucher sur une expo au Japon. »

Une quinzaine d’artistes japonais étaient présents lors du vernissage qui a donné lieu à des créations d’œuvres in situ. Beaucoup appartiennent à la troisième génération du mouvement alternatif. Leur travail s’inspire de l’univers psychédélique des années 60 et du pop art américain avec des références culturelles spécifiquement nippones comme le bondage, l’esprit samouraï, la présence forte de la faune et de la flore, ou des esprits liés au shintoïsme. Certains créateurs sont aussi musiciens ce qui participe au télescopage entre création plastique et univers musical très couru dans le milieu de la noise japonaise.

La scénographie immerge le visiteur dans une rue sublimée de Tokyo où la surabondance de l’information est saisissante. Peintures, dessins mal faits, vidéo, musique collection de jouets transportent dans un ailleurs où l’avant-garde côtoie volontiers la décadence.

Le Miam s’abandonne à une puissance créative qui surpasse l’imagination et ne cherche pas à être contrôlable et encore moins contrôlée ce qui rend la visite très stimulante.

Jean-Marie Dinh

 Jusqu’au 1er mars 2015

Edition. Le dernier Cri structure éditoriale indépendante

Pakito Bolino

Pakito Bolino

Le dernier cri est une maison d’édition associative publiant tour à tour des livres des affiches, des cartes à jouer, des pochettes de disques et des vidéos, au sein de l’atelier sérigraphique de Pakito Bolino. La structure éditoriale indépendante, installée au sein de la Friche la Belle de Mai à Marseille, s’attache depuis vingt ans à promouvoir une forme d’expression décalée à l’interface de l’art brut et de la bande dessinée hors cadre et du graphisme déviant. Dans la lignée du mouvement intergraphique, Le dernier cri organise et participe à de nombreuses manifestations.

La maison d’édition s’attache depuis le début des années 90 à promouvoir les travaux d’auteurs évoluant de manière atypique. Dans la lignée de leurs aînés Hara-Kiri, Bazooka et Raw, le Dernier Cri entretient un penchant pour l’image torve qu’il cultive avec jubilation. Sans se départir de ses fondements éditoriaux, son catalogue, qui compte aujourd’hui plus de 300 titres, s’ouvre à des graphismes et des modes narratifs toujours plus innovants. Ce mélange de styles fait du Dernier Cri un véritable laboratoire d’une édition inventive, toujours grinçante mais néanmoins en prise avec les préoccupations de la société.

Atelier d’édition dédié aux innovations graphiques et aux nouvelles formes de métissage de l’outil multimédia, le Dernier Cri crée un lien entre les acteurs français et internationaux de la création SUB-graphique.

Source : La Marseillaise, L’Hérault du Jour, 25/10/2015

Voir aussi :  Rubrique Expositions, Art, rubrique Asie, Japon, rubrique LivreEdition,