Conséquence par ricochet de l’Affaire Snowden, l’attente forcée du président bolivien Evo Morales sur le territoire européen n’a pas plu à plusieurs pays d’Amérique latine.
L’errance forcée de l’avion du président bolivien Evo Morales dans l’espace aérien européen scandalise l’Amérique latine. Mais elle prouve à quel point il semble improbable qu’Edward Snowden puisse se réfugier dans la région, estiment des analystes mercredi.
«Humiliation», «offense», «manque de respect»: plusieurs pays de la région, et pas uniquement les alliés du président bolivien, ont donné de la voix pour s’indigner du sort fait à Eva Morales, et critiquer les Etats-Unis aussi bien que l’Europe.
Même à l’ONU, le secrétaire général Ban Ki-moon a déclaré mercredi «comprendre les préoccupations soulevées par le gouvernement bolivien» à la suite de l’escale forcée de l’avion du président Evo Morales. Et il s’est dit «soulagé que cet incident malheureux n’ait pas eu de conséquences pour la sécurité du président Morales et de son entourage».
Mais, estime Michael Shifter, président de Inter-American Dialogue, un centre d’études et d’analyse à Washington, il «semble extrêmement improbable qu’Edward Snowden puisse se rendre en Amérique latine».
L’Equateur, le Venezuela, la Bolivie sont des «pays qui aiment défier les Etats-Unis, c’est leur fonds de commerce idéologique», dit-il. Mais, «en même temps, aucun d’entre eux ne veut rompre ses relations avec Washington».
Le poids de l’économie
«Le prix à payer serait trop élevé», ajoute-t-il. «Les pays d’Amérique latine ont conscience de l’effet dévastateur d’une rupture avec les Etats-Unis, essentiellement sur le plan économique».
Evoquant le président équatorien Rafael Correa, qui a tendu la main à Edward Snowden, Michael Shifter estime que celui-ci «est déchiré». «Il aime défier les Etats-Unis et se voit en cela comme l’héritier de Hugo Chavez mais il est aussi pragmatique et soucieux du bon état de l’économie équatorienne». «Le «timing» de cette affaire n’est pas bon», résume-t-il.
«En termes pratiques», relève quant à lui Francisco Carrion, ancien ministre des Affaires étrangères de l’Equateur, «si l’avion officiel du président d’un pays peut se voir privé d’autorisation de survoler un territoire, par quel moyen Edward Snowden pourrait-il se rendre en Amérique latine?».
«Même s’il existe une tradition très forte en Amérique latine de droit d’asile, s’il y a des conventions, en termes pragmatiques, il semble extraordinairement difficile qu’Edward Snowden puisse se rendre matériellement en Equateur», dit-il.
Pour sa part Patricio Navia, analyste et universitaire chilien, note que plusieurs pays d’Amérique latine ont refusé «intelligemment de se mêler à cette controverse».
Précédent dangereux
«Il existe de bonnes raisons pour croire qu’Edward Snowden doit être protégé», dit-il. «Mais créer un précédent serait dangereux car les Etats ne veulent pas protéger des personnes qui révèlent les secrets d’autres Etats et s’exposer à devenir eux-mêmes de futures victimes de fuites».
Evo Morales, soupçonné un moment de transporter l’informaticien américain Edward Snowden, réfugié dans un aéroport à Moscou, est arrivé mercredi soir à La Paz après une escale technique sur l’aéroport de Las Palmas aux Canaries.
L’avion a quitté Vienne en Autriche où il est resté bloqué pendant 13 heures, après s’être vu refuser l’entrée dans l’espace aérien de plusieurs pays européens en raison de rumeurs sur la présence à bord d’Edward Snowden
«C’était quasiment comme un enlèvement de près de 13 heures», a déclaré le président bolivien lors d’une conférence de presse à l’aéroport autrichien, pointant du doigt la France, l’Italie, le Portugal et l’Espagne.
Mis sous pression par Washington
Ces pays ont été également sévèrement critiqués en Amérique latine. «On peut penser qu’ils ont été mis sous pression par Washington», relève l’analyste péruvien Ernesto Velit Grande.
L’Union des nations sud-américaines (UNASUR) a dénoncé «l’attitude dangereuse de la France et du Portugal en annulant intempestivement des autorisations de survol» de l’avion présidentiel bolivien, de retour de Moscou.
L’affaire Morales «a gravement détérioré les relations entre l’Amérique latine et l’Europe», a indiqué Velit Grande.
«Ce genre d’attitude arrogante de gouvernements comme ceux de France, d’Italie ou du Portugal ne va pas contribuer à un rapprochement entre l’UE et l’Amérique latine» qui est «pourtant en train de devenir un refuge pour les investisseurs européens», ajoute-t-il.
Le Monde / / Par Julian Assange (fondateur et rédacteur en chef de WikiLeaks) et Christophe Deloire (Secrétaire général de Reporters sans frontières).
Le 12 octobre 2012, le prix Nobel de la paix était attribué à l’Union européenne pour « sa contribution à la promotion de la paix, la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme en Europe ». L’Europe doit se montrer à la hauteur et démontrer sa volonté de défendre la liberté de l’information, quelles que soient les craintes de pressions politiques de son « meilleur allié », les Etats-Unis.
Alors qu’Edward Snowden, le jeune Américain qui a révélé le dispositif de surveillance mondial Prism, a demandé l’asile à une vingtaine de pays. Les Etats de l’Union européenne, au premier chef la France et l’Allemagne, doivent lui réserver le meilleur accueil, sous quelque statut que ce soit. Car si les Etats-Unis demeurent l’un des pays du monde qui portent au plus haut l’idéal de la liberté d’expression, leur attitude à l’égard des « lanceurs d’alerte » entache clairement le 1er amendement de leur Constitution.
Dès 2004, le rapporteur spécial des Nations unies pour la liberté d’expression, son homologue de l’Organisation des Etats américains et le représentant de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour la liberté des médias, appelaient conjointement les gouvernements à protéger les lanceurs d’alerte contre « toute sanction juridique, administrative, ou professionnelle s’ils ont agi de « bonne foi » ». Les lanceurs d’alerte étaient définis comme « des individus qui communiquent des informations confidentielles ou secrètes, malgré leur obligation, officielle ou autre, de préserver la confidentialité ou le secret ».
En 2010, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe affirmait que « la définition des révélations protégées doit inclure tous les avertissements de bonne foi à l’encontre de divers types d’actes illicites ». La résolution 1 729 demandait que les lois couvrent « les lanceurs d’alerte des secteurs à la fois public et privé, y compris les membres des forces armées et des services de renseignement ».
A l’exception des amateurs de chasse à l’homme qui l’accusent d’être un traître à la nation et des sophistes qui emmêlent le débat dans des arguties juridiques, qui peut sérieusement contester à Edward Snowden sa qualité de lanceur d’alerte ? L’ancien informaticien a permis à la presse internationale, Washington Post, Guardian et Spiegel, de mettre au jour un système de surveillance visant des dizaines de millions de citoyens, notamment européens.
Visés par un dispositif attentatoire à la fois à leur souveraineté propre et à leurs principes, les pays de l’UE sont redevables à Edward Snowden de ses révélations d’un intérêt public évident. Le jeune homme ne saurait être abandonné dans la zone internationale de l’aéroport de Moscou sans que ce soit pour les pays européens un abandon de leurs principes et d’une partie de la raison d’être de l’UE. Il serait inconséquent de pousser des cris d’orfraie diplomatiques et de laisser tomber l’initiateur des révélations.
Au-delà de la nécessaire protection des lanceurs d’alerte, la protection de la vie privée relève à l’évidence de l’intérêt public, notamment s’agissant de la liberté de l’information. Dans un rapport du 3 juin, Frank La Rue, rapporteur spécial des Nations unies pour la liberté d’expression, estimait que « la protection de la vie privée est un corollaire nécessaire à la liberté d’expression et d’opinion ». La confidentialité des échanges est une condition nécessaire à l’exercice de la liberté de l’information.
Quand les sources des journalistes sont compromises comme l’ont été celles de l’agence Associated Press, quand les Etats-Unis abusent de l’Espionnage Act – ce texte de 1917 a été employé à neuf reprises contre des lanceurs d’alerte au cours de l’histoire, dont six sous la présidence de Barack Obama –, quand WikiLeaks est bâillonné par un blocus financier, quand les collaborateurs et amis de Julian Assange ne peuvent plus franchir une frontière américaine sans subir la fouille intégrale, quand le fondateur et les collaborateurs du site sont menacés de poursuites sur le sol américain, ce n’est plus seulement la démocratie américaine qui est en péril. C’est bien l’exemple démocratique de Thomas Jefferson et Benjamin Franklin qui se trouve vidé de sa substance.
Au nom de quoi les Etats-Unis s’exonéreraient-ils de respecter les principes qu’ils exigent de voir appliquer ailleurs ? En janvier 2010, dans un discours historique, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, faisait de la liberté d’expression sur Internet une pierre angulaire de la diplomatie américaine. Une position réaffirmée en février 2011, la même Hillary Clinton rappelant alors que « sur la question de la liberté d’Internet, nous nous plaçons du côté de l’ouverture ». Belles paroles, si encourageantes pour les résistants à Téhéran, Pékin, La Havane, Asmara, Moscou et dans tant d’autres capitales. Mais comment taire sa déception lorsque les gratte-ciel de la surveillance américaine semblent rivaliser avec la Grande Muraille technologique de Chine ou l’Internet national du régime des mollahs ? Le message de démocratie et de promotion des droits de l’homme de la Maison Blanche et du Département d’Etat a désormais perdu beaucoup de crédit. Signe de panique générale, le site Amazon a enregistré aux Etats-Unis une augmentation de 6 000 % des ventes du best-seller de George Orwell, 1984.
Big Brother nous regarde depuis la banlieue de Washington. Les institutions garantes de la démocratie américaine doivent jouer leur rôle de contre-pouvoir face à l’exécutif et à ses abus. Le système des checks and balances, « équilibre des pouvoirs », n’est pas seulement un slogan pour les lecteurs fervents de Tocqueville et Montesquieu. Les membres du Congrès doivent endiguer au plus vite les terribles dérives sécuritaires du Patriot Act (la loi antiterroriste adoptée après le 11-Septembre) en reconnaissant la légitimité de ces hommes et ces femmes qui tirent la sonnette d’alarme.
Le Whistleblower Protection Act, la loi de protection des lanceurs d’alerte, doit être amendé et élargi pour assurer une protection efficace à ceux qui agissent dans l’intérêt légitime du public, qui n’a rien à voir avec les intérêts nationaux immédiats interprétés par les services de renseignement.
Julien Assange est le fondateur et rédacteur en chef de WikiLeaks. Accusé de viols, il est actuellement sous le coup d’une demande d’extradition émanant des autorités suédoises.Depuis juin 2012, il vit reclus à l’ambassade d’Equateur à Londres.
Qui sont les Anonymous ? « Des citoyens comme vous » affirment deux jeunes participants démasqués présents au rendez-vous donné hier sur la Comédie, pour lutter contre le projet Acta. Faut-il être bon en informatique ? « Non on peut être nul. Tout le monde n’est pas hacker loin de là, il suffit de se connecter sur facebook. » Comment s’organise-t-on ? « Ce n’est pas politique, il n’y a pas de hiérarchie. C’est le peuple qui lutte pour la liberté… » Une liberté dont la force peut faire peur. Et un élan citoyen qui ne correspond pas aux intérêts économiques dominants, comme le démontre la signature de l’accord commercial anti-contrefaçon (Acta) signé Le 26 janvier 2012 à Tokyo, par l’Union européenne et 22 de ses États Membres, dont la France.
Les indignés estiment que ce nouveau cadre juridique se soustrait à la démocratie en créant son propre organisme de gouvernance, et qu’il représente une menace majeure pour la liberté d’expression. « Cela ne concerne pas qu’Internet, son application touche à la santé en réduisant l’accès aux médicaments génériques, ou encore à l’agriculture, en contraignant à l’utilisation des semences qui sont aux mains des géants de l’agroalimentaire. » Le texte a provoqué une levée de boucliers dans le monde entier avec des manifestations de milliers de personnes. « Agir avec Internet c’est instantané et radical. Les jeunes l’ont bien compris et ils ont raison. Il y en a marre de ces multinationales qui massacrent des millions de gens pour le pognon, explique un physicien de 58 ans venu avec ses trois enfants. Etre derrière son ordi où descendre dans la rue participe pour moi d’un même mouvement. Je suis malade, mais je me battrais. »
Le 26 janvier dernier les signataires du traité international ont royalement ignoré les revendications du Parlement européen concernant les atteintes aux droits individuels, et la dénonciation de manœuvres pour que le traité soit adopté avant que l’opinion publique ne soit alertée. Mais l’ampleur de la contestation de la société civile, notamment en Pologne et en Allemagne, a semble-t-il fait son chemin puisque la Commission européenne a finalement décidé de saisir la Cour européenne de Justice afin de valider sa compatibilité avec les droits et libertés fondamentales européennes. Anonymous citoyens levez-vous !
« Le logiciel mental de l’occident débouche sur une lenteur de compréhension ahurissante »
A la différence des atlas, vous avez opté pour une présentation sous forme d’itinéraires géopolitiques quels ont été vos choix de lecture ?
» Ce n’est pas facile de construire un sommaire qui puisse refléter les questions du monde en évolution sur une période longue. Ces itinéraires proposent des classements et des hiérarchies qui ont demandé d’opérer des arbitrages. Nous avons par exemple, renoncé à ouvrir une fenêtre sur le Nigeria qui aurait eu toute sa place, nous aurions pu aussi doubler l’espace que nous consacrons à l’Indonésie. Le livre offre une vision politique qui se découpe en trois parties : le basculement du monde, les violences et le passage des frontières. Les éléments évoluent dans chacune d’entre elles et ils se croisent. Ce n’est pas un livre collectif mais j’ai travaillé avec l’équipe du Lépac*, le terme itinéraire signifie que ce sont mes propres choix.
Quels sont les causes et enjeux principaux de la redistribution du pouvoir mondial ?
Parmi les éléments importants, il y a le facteur démographique avec des pays comme le Brésil, l’Inde et la Chine qui disposent d’un taux de natalité important sans être trop élevé pour leur économie nationale. Ce sont des pays qui ont proprement émergé comme en témoignent l’amélioration de leur système de santé publique et l’allongement de l’espérance de vie. Le différentiel de taux de croissance de plusieurs points en leur faveur depuis une quinzaine d’années, apparaît comme un autre facteur incontournable. On observe un troisième point qui découle du second à travers le fait que les élites chinoises, indiennes, indonésiennes, brésiliennes… construisent un discours politique. Elles souhaitent, à juste titre, que leurs voix soient prises en compte dans les orientations de la politique mondiale. Elles voudraient devenir membre du Conseil de Sécurité, elles mènent bataille contre l’OMC pour un accès aux médicaments génériques…
On a pourtant le sentiment que l’occident fonctionne avec le même logiciel. Est-ce une erreur d’appréhension ou un refus de la réalité ?
Pour reprendre votre expression, on peut considérer qu’il y a le logiciel mental et le logiciel économique. L’économie s’adapte au déplacement des espaces vers l’Asie notamment. Elle a compris que les marchés sont là. Elle entend répondre au besoin de consommation des nouvelles classes moyennes. Toutes les analyses de l’OCDE ou d’Ubifrance pour l’hexagone, le confirment. En revanche, le logiciel mental débouche sur une lenteur de compréhension ahurissante que l’on peut considérer comme une forme de refus de s’adapter à la nouvelle donne. C’est un peu comparable à la décolonisation institutionnelle. Elle s’est opérée dans les années 60, mais nous n’en avons toujours pas terminé avec la décolonisation mentale.
Malgré les 30% de sa population sous le seuil de pauvreté, vous qualifiez la situation de L’Afrique du Sud comme une source d’espérance pour le continent…
La société sud-africaine demeure, il est vrai, très inégalitaire. L’apartheid s’est déplacé, il est aujourd’hui socio-économique. Mais malgré ses fractures le pays est aujourd’hui une grande puissance économique avec un afflux migratoire important. C’est aussi une grande puissance diplomatique. Le pays investit en Afrique australe. Sur dix ans on relève une augmentation constante de son budget de l’éducation à l’instar de la Corée du Sud dans les années 70. Autre indicateur important, c’est un des premiers pays du monde pour les affectations privées /publiques en recherche et développement ce qui devrait encore propulser son économie.
On a vu les Brics et le FMI se porter au secours de l’Europe engluée dans la crise financière. Quelles incidences peut-on en attendre ?
Pour les Brics, c’est un signal fort. Le ministre des finances brésilien vient d’appeler son homologue portugais pour lui proposer de le soulager de certaines dettes, le ministre angolais a fait la même démarche. On imagine avec quelle satisfaction… Notons que l’offre ne valait pas que pour le plaisir mais aussi parce qu’ils en avaient la capacité. Il en va de même quand la Chine offre sa contribution pour soutenir l’Euro, elle le fait parce qu’elle a diversifié ses placements sur le marché monétaire. Depuis un certain temps, le FMI mène également une politique de diversification des aides. Sa participation financière en Europe découle de cette logique. L’UE n’a pas attendu le FMI pour s’engager dans une politique d’austérité.
Votre itinéraire se conclut sur une note optimiste…
Oui, je dis souvent aux gens de créer leur propre système d’acquisition de l’information. Ce qui est désormais possible avec Internet. Il est difficile de sortir du prisme de l’information qui confond l’urgent et l’important, ce qui ne donne pas un reflet exact de la situation. A la fin du livre, on trouve un tableau qui fait apparaître des évolutions souvent imperceptibles. On se rend compte que globalement le nombre d’enfants scolarisés et d’adultes alphabétisés est en hausse – y compris la scolarisation des filles dans les pays arabes – que les budgets de santé publique sont en augmentation en part du PIB, que le nombre de conflits est historiquement bas… Il reste que ce faisceau de bonnes nouvelles demeure très inégalement réparti, mais le monde change et il pourrait même aller mieux… «
recueilli par Jean-Marie Dinh
* Le Lépac est un laboratoire privé, indépendant, de recherche appliquée en géopolitique et prospective.
Le Dessous des cartes Itinéraires Géopolitiques, éditions Tallandier, 29,9 euros.
Une rétro géopolitique de Robert Bibeau publiée par le Centre de recherche sur la Mondialisation
LE SÉISME AMÉRICAIN
Requiem pour les États-Unis d’Amérique tels que vous les avez connus depuis la guerre. Après moins de soixante-dix ans de règne sans partage – si ce n’est quelques velléités du social impérialisme soviétique (1955-1989) – l’empereur d’Occident poursuivra sa descente aux enfers encore cette année.
L’agonie de l’empire amorcée en 2008 – crise des subprimes – prolongée en 2011 – crise de la dette souveraine – se poursuivra en 2012 et s’étiolera sur quelques années. Au cours de cette période les États-Unis seront simultanément insolvables et ingouvernables, transformant en «bateau-ivre» ce qui fut le «navire-amiral» de la flotte impérialiste occidentale (1).
Le dollar devrait perdre plus du quart de sa valeur par rapport à l’Euro – la future devise de réserve dirigée par la baguette d’Angela qui n’entend pas à rire pour ces choses là –. Cette dévaluation du dollar signifie que le peuple américain perdra plus du quart de son pouvoir d’achat déjà mal en point étant donné que ce pays importe la plus grande partie des produits qu’il consomme (inflation galopante, dévaluation du dollar, faillites bancaires, 20 % de chômage, un américain sur six reçoit des bons alimentaires, un enfant sur cinq connaît des épisodes de vie sans abri, le taux de mortinatalité est au niveau des pays sous-développés, les municipalités abolissent les services, les États font défaut de paiement, etc.) – feu la superpuissance américaine. Un économiste de renom n’avait-il pas distribué les rôles entre les puissances économiques mondiales – la Chine était l’atelier de fabrication et les États-Unis le marché de consommation, comme si dans votre logement votre voisin de palier était celui qui travaille plus pour gagner plus comme le proposait Sarkozy (interdit de rigoler) et vous, celui qui dépense sans compter sans jamais rien gagner, croyez-vous que votre copropriété pourrait prospérer ? Dans l’histoire, l’empire espagnol puis l’empire britannique ont déjà tenu ce rôle de pôle de consommation et l’on sait ce qu’il advint de ces empires moribonds !
Le déclin de l’empire américain est bien certain. Les émissions de dollars (Quantitative Easing) de 2009 et 2010 n’auront servi qu’à plomber le navire à la dérive. Les agences de notation anglo-saxonnes et les banquiers de Wall Street le savent pertinemment, en 2012 ne soyez pas étonné d’apprendre qu’ils convertissent une partie de leurs avoirs – dollars – en euros, en yuan, en franc suisse, en or…Les rats ont commencé l’an dernier à abandonner le navire-ivre. Le nationalisme de pacotille est réservé aux soldats qui meurs dans les champs de mines anti-personnelles d’Afghanistan et aux bozos paniqués des résidences pour retraités (2).
L’EMPIRE CHINOIS
En 2012, l’approfondissement de la dépression et l’effondrement du marché américain dévoré par l’inflation et la dépréciation du dollar – premier client de l’empire industriel chinois – entraineront ralentissement économique et fermetures d’usines en Chine (3).
La reconversion industrielle et commerciale de la Chine en direction de son marché domestique en expansion et en direction de l’Euroland, de l’Asie et de l’Afrique (investissement de 1 000 milliards de yuans d’ici dix ans nous dit-on) n’étant pas complétés, la défaillance du client américain ne pourra être amortie. L’espoir de Pékin était vraiment que l’effondrement américain tarderait de deux ans au moins et le «Céleste empire» a tout fait pour retarder l’échéance fatale en achetant en pure perte les obligations américaines au rendement décevant (4).
Il est trop tôt pour que la reconversion chinoise soit complétée. Aussi cette année les secousses sismiques économiques de l’Amérique ébranleront l’empire du milieu – industriel.
Dans le monde occidental, l’impérialisme états-unien aux abois – l’ennemi irréductible de l’impérialisme chinois – essaiera de soulever une vague de protectionnisme et de nationalisme fanatique et les États-Unis tenteront d’impulser une désastreuse « Guerre Froide » contre la Chine. Au cours de 2011 Obama a fourni le cadre et la justification d’une confrontation à grande échelle et de longue durée avec la Chine. Ce sera un effort désespéré pour maintenir l’influence étatsunienne et conserver ses positions stratégiques en Asie et partout dans le monde. « Le « quadrilatère de pouvoir » de l’armée étasunienne — les États-Unis, le Japon, l’Australie et la Corée — avec le soutien des satellites philippins, essaieront de détruire les liens commerciaux de la Chine au moyen de la puissance militaire de Washington.» (5). Nous doutons cependant que le Pentagone y parvienne. Il n’est pas certain que ce que Petras appelle les satellites militaires états-unien se laissent entraîner dans la déroute en compagnie du canard boiteux américain.
EUROLAND
Suite à la session de briefing et de réorientation stratégique de décembre dernier à Bruxelles où le couple Merkozy a tenu tête aux hydres anglo-saxons de la City – les pays de l’Euroland sont en ordre de marche sous le joug du major d’homme Merkel – le seul homme politique bourgeois d’envergure en Europe – . La ‘Diva’ de l’économie européenne bat la marche – fait rentrer les récalcitrants dans le rang – fixe la cadence de la reconversion des finances européennes en prévision du séisme états-unien qui tel un deus ex machina constata en décembre dernier le peu d’influence que les USA ont conservé chez son allié outre Atlantique (6).
L’Euroland a changé de direction à Bruxelles l’an dernier et 2012 devrait confirmer la reprise en main par les nouveaux maîtres de la BCE (Banque centrale européenne) avant l’émission des Eurobonds, fin 2012. « Quand on est l’Euroland et qu’on est le premier bloc commercial mondial, le détenteur de la plus grosse épargne mondiale on se moque des agences de notation. On les ignore ou on leur casse les reins, deux choses qui seront au programme de 2012» (7).
Révoltes populaires et grèves ouvrières devraient marquer l’année européenne, mais faute d’une direction révolutionnaire influente et unifiée, tous ces sacrifices seront gaspillés.
L’AFRIQUE MONÉTAIRE
Quelques mots sur un morceau d’Afrique à propos des quatorze pays soumis au diktat néo-colonialiste français via l’entente d’adhésion au Franc CFA. Un protocole d’union monétaire qui cède à la France le contrôle du développement financier de ces quatorze pays dominés, néo-colonisés. Comment imaginer qu’en 2012 des pays où les présidents et chefs d’État d’opérettes s’entretuent à chaque élection bidon frauduleuse pour s’emparer d’un pouvoir qu’il ne contrôleront jamais de toute façon puisqu’un levier essentiel – le pouvoir financier – est accaparé quelque part à Paris aux bureaux du Trésor public français ou chacun des pays soumis doit déposer en garantie une partie de ses avoirs (ce qui en soit n’est pas une mauvaise pratique financière – ce qui est mauvais c’est que le dépôt et la gestion se fasse au Trésor de France et que cette devise soit totalement dépendante et à parité avec l’Euro)… Hallucinant n’est-ce pas ?
J’ai le sentiment qu’à la faveur de la dépression monétaire mondiale, 2012 sera une année de grande friction autour de la question de créer une monnaie africaine commune à partir d’un regroupement de quelques états courageux – projets que caressait à la fois Kadhafi et Laurent Gbagbo… allez comprendre après cela pourquoi ils ont été détrônés, puis déporté ou assassiné (8)?
LA DIPLOMATIE DE LA CANONNIÈRE
Il est étrange que très peu d’observateurs de la scène internationale aient remarqué un changement important survenu sur le théâtre militaire mondial depuis 2010 environ. Jusque-là, toute agression militaire impérialiste occidentale était initiée puis dirigée par le chef de meute américain avec ou sans la complicité de l’OTAN – Bush le cowboy texan étant l’archétype de ces capots Yankee –. Or, en 2010-2011 trois des principales interventions de la «diplomatie de la canonnière» ont été initiés par la France sarkosiste avec le soutien de Londres, de Berlin et d’autres capitales de l’Euroland et parfois l’intervention tardive de Washington (Côte d’Ivoire, Libye, Syrie). Il en sera de même en 2012.
L’AGRESSION CONTRE LA SYRIE
Dites-moi ce que Sarkozy cherche en Syrie ? Ce pays n’a pas de pétrole, peu de minerais, son marché est exsangue, sa population est pauvre. La Syrie est encombrée de réfugiés palestiniens, irakiens, kurdes, son peuple est irascible, nationaliste et il s’empressera de chasser tout envahisseur étranger. De plus, on retrouve à sa frontière Nord la Turquie amère et rancunière (d’avoir été refusée dans l’UE) ; à sa frontière Sud la Jordanie insipide; à l’Ouest le Liban intrépide et le Hezbollah invincible ; aux limites Est on retrouve l’Irak – deuxième réserve pétrolière du monde – Voilà la réponse que nous cherchions.
Sarkozy, plus malin que certains ne le subodorent, pendant qu’Obama manigance de lui couper l’or noir par bateau (Détroit iranien d’Ormuz) tout en se retirant d’Irak – laissée à la garde des mollahs Chiites qui couperont le pétrole irakien à la première bombe jetée sur l’Iran – l’Europe tente donc de se rapprocher des puits irakiens afin de les envahir le moment venu et faire passer le précieux carburant par le pipeline syrien jusqu’à la Méditerranée.
Une question se pose cependant. Pourquoi ne pas avoir comploté avec Bachar al Assad pour accéder au pipeline syrien ? Parce que Bachar est l’allié de l’Iran et que l’attaque américano-israélienne contre l’Iran coupera les ponts de la collaboration avec la Syrie. L’Europe devrait alors se dissocier de son allié américain et de l’agression contre l’Iran – ça viendra – mais l’Euroland nouvelle – post états-unienne – n’en n’est pas encore là.
Dernier problème qui se posera en 2012 relativement à l’attaque contre la Syrie. Comment contourner la puissance Russe qui possède une base navale en Syrie (Tartous)? Qui plus est, la Russie ‘poutinienne’ fournit du gaz naturel de l’Europe (9). Attaquer la base militaire du Kremlin au Levant c’est se couper de l’approvisionnement en gaz russe. Sarkozy et Merkel y ont-ils pensés et quelle est l’alternative ?
Le soutien européen aux milliardaires voleurs d’élections de l’opposition russe contre les voleurs d’élections du parti Russie Unie n’ira pas très loin. La Russie n’est pas une «République de bananes» ni une «législature du café» et l’armée Rouge est bien en laisse sous la poigne de Vladimir… J’en conclue que l’Euroland devra réviser sa stratégie syro-iranienne en 2012.
Comme l’année en cours sera année d’élections présidentielles on ne verra pas les États-Unis s’engager dans cette guerre ouverte qu’elle prépare fébrilement contre l’Iran d’autant que la Syrie n’est pas encore tombée dans l’escarcelle européenne ni américaine et c’est bien là l’enjeu de cette guerre qui ne dit pas son nom. Dans cette affaire Sarkozy n’est pas le «Proxy» des États-Unis il mène la politique de l’impérialisme français et européen et pour cette raison il devrait sauvegarder son perchoir présidentiel en 2012.
Le conflit entre alliés de l’OTAN porte bien sur cette alternative, si la Syrie devient protectorat européen – le pétrole Irakien sera à portée de main – si la Syrie devient protectorat américain, l’Irak de al- Maliki gardera le verrou Ouest du dispositif d’étranglement pétrolier européen pendant que l’Iran à son corps défendant gardera le verrou Sud par le détroit d’Ormuz, le Pakistan et l’Afghanistan les verrous Nord et Est.
L’OTAN AU LEVANT
Cette année électorale américaine les États-Unis et leur organisation militaire assujettie – l’OTAN – poursuivront leur pression contre le Liban via leur satellite israélien, leur occupation passive de l’Afghanistan (préparant leur retrait pour 2014 quand toutes les manœuvres qu’ils anticipent contre l’approvisionnement en pétrole chinois auront été menées à bien). Par ses drones l’OTAN poursuivra son harcèlement du Nord Pakistan de façon à contrer tout rapprochement du Pakistan avec les talibans afghans.
Retenez cependant qu’un fauve blessé comme le drapeau étoilé demeure un danger et l’État-major américain s’il ne lance pas immédiatement l’attaque contre l’Iran la préparera toute l’année en sous-main et la déclenchera probablement l’an prochain, après l’élection quel que soit le vainqueur de la course à la présidence. La déconfiture économique et sociale de l’Amérique commande cette action «audacieuse et périlleuse» pensent un certain nombre de stratèges du Pentagone et de Wall Street. La déstabilisation des approvisionnements en hydrocarbure de la Chine, du Japon et de l’Euroland permettra aux États-Unis (qui ne s’approvisionnent pas au Proche-Orient) de se refaire une autorité sur les marchés boursiers – folle équipée de financiers désespérés.
PRINTEMPS ARABE
En Égypte les ‘Facebookeurs’ des réseaux sociaux pseudos révolutionnaires sont retournés chez papa après la mise à la retraite de Moubarak enveloppé dans son parachute doré (10). En 2011 les vrais révoltés sont retournés sur le pavé et ils sont tombés sous les balles d’aciers de l’armée dans la plus grande impunité et sous les hourras des médias étrangers – qui ont même suggérés qu’ils étaient des «contre-révolutionnaires»… d’une révolution avortée.
Ces véritables révolutionnaires méprisés par la bourgeoisie internationale n’ont pas voté – qu’ils en soient félicités – ils ont renvoyés leurs «leaders» patentés – des fils à papa ‘indignés’ – bon vent les Twitters formés aux «révolutions colorées», qui sait si 2012 ne verra pas les révoltes arabes devenirs de vraies révolutions populaires pour la conquête du pouvoir d’État !?
En Tunisie identique à l’Égypte avec cette différence que cette ancienne colonie française a héritée des habitudes de verbiage balaise et outrecuidant de l’ex-mère patrie. L’intelligentsia maghrébine aime à mimer les débats oiseux des cafés parisiens et les tiers partis égo-centripète sont pléthores sur la scène tunisienne où ils bouchent la vue des jeunes révoltés et ces groupuscules d’opérettes pourraient bien faire avorter la seconde édition de la vraie révolution. De toute façon l’élection bidon fut un échec et dans de nombreuses cités; les révoltés n’ont pas désarmé, en 2012 ils vont se radicaliser (11).
Pour la Libye cessez de pavoiser petits démagogues planqués à Paris ou à Londres. En 2012 BHL et ses petits amis pluriels pourraient déchanter – Kadhafi est mort mais pas l’esprit de révolte et d’indépendance des tribus de Tripolitaine, du Fezzan et de Cyrénaïque. Le CNT est hors-jeu et si la production pétrolière a repris; le peuple est contrit et réalise petit à petit qu’il a été dupé par de faux amis. Rien n’est écrit, rien n’est fini en Libye, ceux qui ne l’ont pas compris en seront bientôt conchies (12).
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(1) Crise systémique globale – USA 2012/2016. GEAB no. 60. In l’Étoile du Nord vol. 9, no. 6 novembre-décembre 2011, pages 6-11.
(11) Il n’y a pas de projet de démembrement du monde arabe. Il n’y a que des projets à courte vues d’une puissance impérialiste puis d’une autre pour s’emparer d’un marché arabe ou d’un autre, des ressources arabes, pétrolières surtout et pour annihiler tout mouvement de révolte. De nombreux pays arabes agressés depuis nombre d’années n’ont pas été démembrés. http://www.lnr-dz.com/index.php?page=details&id=8501