Internet : la révolution de l’info

hacker inside. DR

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Mathieu O’neil, journaliste et professeur en civilisation américaine, était mardi l’invité des Amis du Monde Diplomatique au Club de la presse de Montpellier (plein à craquer) pour évoquer la remise en cause profonde des modèles de diffusion de l’information liée à la révolution numérique.

Spécialiste de l’information sur Internet, Mathieu O’neil s’est intéressé à l’idéologie libertaire des hackers. « C’est une culture très développée aux Etats-Unis, articulée sur la liberté d’expression. Aujourd’hui l’univers médiatique n’est pas réel. Il y a des choses qui se passent en dessous. Les hackers veulent savoir comment ça marche. Ils veulent connaître tous les systèmes. Ils livrent de l’info brute pour lutter contre la désinformation ». L’implication politique est celle du combat de l’individu contre l’institution, de l’esprit originel du Net ouvert à tous les moyens d’expression contre la mainmise des entreprises privées sur le réseau.

« A l’heure où le phénomène Facebook fait enclos, il est important de cartographier le Net pour identifier l’espace libre. Une société privée ne peut pas s’attribuer le monopole de l’identité numérique de tous les internautes. La décentralisation est menacée. C’est le principe même du Net qu’il faut défendre, explique Mathieu O’neil. Les hackers sont des pirates qui s’introduisent dans les réseaux, mais ce sont également eux qui ont inventé l’informatique et continuent de la développer et de la défendre. Quand les gouvernements ou les entreprises font des choses terribles, ils se mobilisent pour trouver des solutions créatives. »

Les hackers donnent des sueurs froides aux gouvernements. Les révélations du site WikiLeaks en ont fait en quelques semaines le centre de gravité de l’actualité mondiale. Et la pratique des médias traditionnels s’est vue bousculée. « Avec la concentration des groupes de presse et la disparition de l’investigation, le rôle des médias se réduit à une fonction d’amplification et d’accompagnement à la consommation. Au-delà des révélations qui restent la seule issue démocratique face au système de pouvoir, la démarche d’un site comme WikiLeaks résout la question de la protection des sources à travers les techniques de cryptage. En imposant aux les journaux de travailler ensemble sur les câbles diplomatiques, Wikileaks vient aussi à bout de la concurrence. »

On peut regretter que l’accord passé entre WikiLeaks et les grands journaux manque de transparence, comme une certaine opacité sur le fonctionnement de la structure dirigée par Julian Assange. Mais même si WikiLeaks ne répond pas aux critères d’une transparence radicale, il distribue des documents originaux exclusif à la presse en la préservant des  pressions excercées par le pouvoir politico-économique.  » Le pouvoir opère une différence de traitement entre Le  journal Le Monde et WikiLeaks qui peut paraître étonnante si l’on considère qu’ils sont tous deux que des récepteurs de l’information. »

Le débat d’opinion oppose les partisans du secret à ceux de la transparence, mais il marque aussi un clivage générationnel relatif à la conception de la démocratie. Cependant, il semble que le concept bien réel de la transparence l’emporte aujourd’hui. Celle-ci va-t-elle devenir une valeur de référence ? Pour Mathieu O’neil « Un pas irréversible sera franchi si les infos en possession de WikiLeaks sur la stratégie des banques américaines sont publiées…

Jean-Marie Dinh

Bloqué par Bank of America, Assange dénonce «un maccarthysme financier»

La banque américaine a décidé de suspendre toutes les transactions destinées au site WikiLeaks. Une mesure déjà prise par MasterCard, PayPal, Visa Europe.

Julian Assange a dénoncé samedi «une nouvelle forme de maccarthysme financier aux Etats-Unis», après la suspension par la Bank of America de toutes les transactions destinées à son site WikiLeaks. «C’est une nouvelle forme de maccarthyisme financier, qui prive notre organisation des fonds dont elle a besoin pour survivre, qui me prive personnellement de fonds dont mes avocats ont besoin pour me protéger contre une extradition aux Etats-Unis ou en Suède», a déploré Assange devant quelques journalistes à Beccles, petite ville de l’est de l’Angleterre, à environ 200 km au nord-est de Londres, près de laquelle il est assigné à résidence.

La banque américaine Bank of America a annoncé samedi qu’elle avait décidé de suspendre toutes les transactions destinées au site de publication de documents secrets WikiLeaks. «Bank of America se joint aux mesures annoncées précédemment par MasterCard, PayPal, Visa Europe et d’autres et n’effectuera plus aucune transaction de quelque type que ce soit dont elle ait des raisons de croire qu’elle puisse être destinée à WikiLeaks», a déclaré à l’AFP un porte-parole de la banque, Scott Silvestri.

«Cette décision se fonde sur le fait que nous avons des raisons de penser que WikiLeaks pourrait être engagé dans des activités qui sont, entre autres, contraires à notre politique interne de paiements», a ajouté la banque dans un communiqué.

AFP 18/12/10


Voir aussi : Rubrique Médias , WikiLeaks, Le postulat de la presse libre revu et corrigé,

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