Festival de Cannes : la Palme d’or pour Ken Loach

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Au terme de dix jours de projections de films en tous genres et de montées des marches sur fond de flashs et de paillettes, le jury, présidé par l’Australien George Miller, le réalisateur de la saga Mad Max, a fait son choix, récompensant le réalisateur britannique Ken Loach avec la Palme d’or pour son film Moi, Daniel Blake. Jean-Pierre Léaud, lui, a reçu une Palme d’honneur pour sa carrière, au cours de la cérémonie de clôture du 69e Festival de Cannes, présentée par l’acteur Laurent Lafitte.

 

La Palme d’or à Moi, Daniel Blake, du Britannique Ken Loach

Six fois primé à Cannes, où il avait déjà reçu la Palme d’or en 2006 pour Le vent se lève, Ken Loach, 79 ans, raconte l’histoire d’un menuisier qui se bat pour obtenir l’aide sociale. Moi, Daniel Blake n’est pas une satire d’un système absurde. Ken Loach n’est pas un humoriste, c’est un homme en colère, et le parcours de l’ouvrier privé de travail et de ressources est filmé avec une rage d’autant plus impatiente qu’elle est impuissante.

Il a profité de son temps de parole, lors de la cérémonie de clôture, pour attaquer « les pratiques néo-libérales qui ont entraîné dans la misère des millions de personnes, de la Grèce au Portugal, avec une petite minorité qui s’enrichit de manière honteuse ».

 

Director Xavier Dolan, Jury Prize award winner for his film "Mommy", poses during a photocall at the closing ceremony of the 67th Cannes Film Festival in Cannes Le Grand Prix à Juste la fin du monde, du Canadien Xavier Dolan

Le réalisateur canadien, extrêmement ému, a notamment déclaré : « Tout ce qu’on fait dans la vie, on le fait pour être aimé, pour être accepté. Je tournerai toute ma vie des films, aimé ou non ». Il a terminé en citant Anatole France : « Je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence ».

 

Le prix de la mise en scène ex aequo au Français Olivier Assayas (pour Personal Shopper) et au Roumain Cristian Mungiu (pour Baccalauréat)

 Le réalisateur Olivier Assayas au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. Le réalisateur Olivier Assayas au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. JEAN-PAUL PELISSIER / REUTERS

Le réalisateur Olivier Assayas au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. JEAN-PAUL PELISSIER / REUTERS

 

Cristian Mungiu avait déjà reçu la Palme d’or en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Dans Baccalauréat, il sonde avec acuité les compromissions et la corruption dans la société roumaine. Pour Olivier Assayas, ce prix « est le plus beau prix, que je partage avec un cinéaste que j’admire. La mise en scène, c’est quelque chose qui s’invente collectivement, mais j’ai l’impression d’avoir construit un collectif, et ce prix lui appartient collectivement ».

 

Le prix du scénario à l’Iranien Asghar Farhadi pour Le Client (Forushande)

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« Mes films ne sont pas connus pour être joyeux », a dit le réalisateur en recevant son prix, espérant que son film « apporte de la joie » au peuple iranien. Il raconte l’histoire d’un couple de comédiens en train de répéter une pièce de théâtre, qui se trouve contraint de quitter son appartement à Téhéran en raison de travaux menaçant leur immeuble.

Le prix d’interprétation féminine à Jaclyn Jose, pour son rôle dans Ma’Rosa, du Philippin Brillante Mendoza

La star philippine a remercié « Brillante Mendoza, un réalisateur formidable, un vrai génie ». Dans Ma’Rosa, elle incarne Rosa Reyes, dite « Ma’Rosa » (Maman Rosa). Pour le rôle, elle est allée s’immerger incognito, de nuit, dans les quartiers que le film décrit, pour faire connaissance avec des personnes du même milieu.

 

Le prix d’interprétation masculine à Shahab Hosseini, pour son rôle dans Le Client (Forushande)

 L’acteur Shahab Hosseini au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016.

L’acteur Shahab Hosseini au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016.

L’acteur iranien joue Emad, professeur et comédien, au sein d’un couple qui se trouve confronté à des événements et des choix bouleversants, alors qu’ils jouent Mort d’un commis voyageur, d’Arthur Miller. « Je sais que mon père, là où il est, au paradis, est en train de partager cette soirée avec moi. Paix à son âme, et que son âme soit joyeuse, a-t-il dit en recevant son prix. Ce prix, je le dois à mon peuple, donc de tout mon cœur avec tout mon amour, c’est à lui que je le rends»

Prix d’interprétation masculine pour Shahab Hosseini dans « Le Client » d’Asghar Farhadi https://t.co/DlfcKFdJg6

 

 

Le prix du jury à American Honey, de la Britannique Andrea Arnold

 

 La réalisatrice Andrea Arnold au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. La réalisatrice Andrea Arnold au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. VALERY HACHE / AFP

La réalisatrice Andrea Arnold au 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. VALERY HACHE / AFP

Elle a été saluée pour son premier film tourné aux Etats-Unis. Un prix qu’elle avait déjà reçu à Cannes pour Red Road (2006) et Fish Tank (2009). Habituée de la compétition, Andrea Arnold s’est offert, comme se doit aujourd’hui de le faire tout cinéaste sélectionné à Cannes qui se respecte, son « film américain ».

 

La Caméra d’or à Divines, premier long-métrage de la Franco-Marocaine Houda Benyamina

 

 La réalisatrice Houda Benyamina lors de la cérémonie de clôture du 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. La réalisatrice Houda Benyamina lors de la cérémonie de clôture du 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016. VALERY HACHE/AFP

La réalisatrice Houda Benyamina lors de la cérémonie de clôture du 69e Festival de Cannes, le 22 mai 2016.

« Cannes, c’est aussi notre place à nous. Cannes est à nous, à nous les femmes ! ». La réalisatrice a un peu réveillé une salle endormie en début de cérémonie, avec un discours d’anthologie. Dans le film, l’actrice principale (et petite sœur de la réalisatrice), Oulaya Amamra, 20 ans, incarne Dounia, une jeune fille qui vit dans un camp de Roms en marge d’une cité de la banlieue parisienne, et a décidé que dans sa vie, tout serait possible.

  • La Palme d’or du court-métrage à Timecode, de l’Espagnol Juanjo Gimenez, ainsi qu’une mention spéciale du jury pour le Brésilien Joao Paulo Miranda Maria, pour La Jeune Fille qui dansait avec le diable.

Source : Le Monde 22/05/2016

Voir aussi ; Actualité Internationale, Rubrique Festival, rubrique Cinéma,

 

 

« Je ne publierai plus jamais dans une revue scientifique »

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Olivier Ertzscheid*, enseignant-chercheur et blogueur renommé, explique pourquoi le système des revues scientifiques – depuis l’évaluation par les pairs jusqu’aux abonnements exorbitants – va à l’encontre du travail scientifique et de sa diffusion au plus grand nombre.

Enseignant-chercheur, je ne publie plus que vraiment très occasionnellement dans des revues scientifiques. Et ce pour plusieurs raisons.

Monde de dingue

D’abord le modèle économique de l’oligopole (voire du quasi monopole dans le cas des SHS), qui gère aujourd’hui la diffusion des connaissances au travers de revues, est celui d’une prédation atteignant des niveaux de cynisme (et de rente) de plus en plus hallucinants.

A tel point que de plus en plus d’universités préfèrent carrément renoncer à l’ensemble de leurs abonnements chez Springer ou Elsevier. La dernière en date est celle de Montréal.

Cette situation est hallucinante et ubuesque :

  • Hallucinante tant les tarifs d’Elsevier (ou de Springer) et les modalités d’accès proposées relèvent du grand banditisme et de l’extorsion de fonds.
  • Ubuesque car nous sommes dans une situation où des universités doivent renoncer, j’ai bien dit renoncer, à accéder à des revues scientifiques. Monde de dingue.

Un peu comme si des agriculteurs devaient renoncer à certaines graines et semences du fait des pratiques de certaines firmes agro-alimentaires. Monde de dingue au carré.

D’autant qu’on sait que dans ce choix extrêmement délicat effectué par l’université de Montréal, l’existence de Sci-Hub, (site « illégal » dont je vous reparlerai un peu plus tard dans ce billet), pourrait avoir largement pesé dans la balance.

Parce que c’est ahurissant mais c’est ainsi, pour faire de la recherche scientifique aujourd’hui en France (et ailleurs dans le monde), il faut nécessairement passer par des bibliothèques clandestines (Shadows Libraries).

Ensuite les « éditeurs » desdites revues ont arrêté depuis bien longtemps de produire le travail éditorial qui justifiait le coût et l’intérêt desdites revues : ils se contentent le plus souvent d’apposer leur « marque », toutes les vérifications scientifiques (sur le fond) sont effectuées gratuitement par d’autres chercheurs, et les auteurs eux-mêmes se coltinent l’application de feuilles de style la plupart du temps imbitables.

Un système totalement biaisé

Alors bien sûr vous allez me dire que l’intérêt des publications scientifiques dans des revues c’est que des « pairs », d’autres universitaires, vérifient que l’on ne raconte pas de bêtises. Et moi je vais vous répondre en un mot comme en 100 : B-U-L-L-S-H-I-T. Total Bullshit. Hashtag Total Bullshit même.

Bien sûr que l’évaluation par les pairs c’est important. Sauf que même à l’époque où je publiais encore régulièrement dans des revues soumises à l’évaluation par les pairs, (et en l’occurrence « soumises » n’est pas un vain mot), ladite évaluation de mes pairs se résumait neuf fois sur dix à m’indiquer :

  • Que je n’avais pas, ou insuffisamment, cité les travaux de tel ou tel mandarin (ou de l’évaluateur lui-même…).
  • Que c’était très intéressant mais que le terme « jargon 1 » prenait insuffisamment en compte les travaux se rapportant au terme « Jargon 2 ». Jamais, je dis bien jamais aucun débat scientifique, aucune idée neuve, aucune confrontation d’idée, juste une relecture tiédasse.
  • Que ce serait mieux si je changeais cette virgule par un point-virgule.

Mais nonobstant, c’est vrai que la vraie évaluation par les pairs c’est important. Sauf que JAMAIS AUCUN CHERCHEUR NE S’AMUSERA A PUBLIER DES CONNERIES juste pour voir si ses pairs s’en rendront compte ou pas.

Parce que, d’abord, en général, les chercheurs sont plutôt des gens instruits, relativement compétents, et relativement soucieux de contribuer à l’avancée des connaissances.

Et aussi parce que SI TU PUBLIES UN ARTICLE AVEC DES CONNERIES SCIENTIFIQUES OU DES METHODOLOGIES FOIREUSES ben tu te fais immédiatement aligner et ta carrière est finie. Sauf bien sûr si c’est pour faire une blague ; -)

Des revues lues par personne

Alors soyons clair, nul n’est heureusement infaillible et, à moi aussi, il m’est arrivé de publier des articles sur mon blog de chercheur contenant sinon des conneries, en tout cas quelques inexactitudes ou imprécisions.

Lesquelles m’ont été immédiatement signalées de manière tout à fait constructive par les lecteurs dudit blog, qui sont loin d’être tous des scientifiques-chercheurs-universitaires.

Bref le syndrome Wikipédia. Oui il y a des erreurs dans Wikipédia, mais non il n’y en a pas plus que dans les encyclopédies classiques, et oui, à la différence des encyclopédies classiques, elles sont presque immédiatement signalées et corrigées.

Parce que ces putains de revues scientifiques ne sont lues par personne !

Ai-je besoin de développer ? Des milliards (oui oui) d’euros de budget par an versés à quelques grands groupes que je n’ose même plus qualifier « d’éditoriaux » et un lectorat proportionnellement équivalent à celui du bulletin paroissial de Mouilleron Le Captif (au demeurant charmante bourgade de Vendée avec un patronyme trop choupinou).

Montage déononçant Elsevier

Montage déononçant Elsevier

Ça n’est pas notre métier

Celle qui surclasse toutes les autres. La vraie raison c’est que notre putain de métier n’est pas d’écrire des articles scientifiques et de remplir des dossiers de demande de subvention qui nous seront refusés plus de trois fois sur quatre (chiffres officiels de l’AERES).

Notre putain de métier c’est d’enseigner, de produire des connaissances scientifiques permettant de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons ET DE PARTAGER CES PUTAINS DE CONNAISSANCES AVEC LES GENS. Pas JUSTE avec nos gentils étudiants ou JUSTE avec nos charmants collègues, AVEC LES GENS.

Notre putain de métier ce n’est pas d’attendre deux putains d’années que d’improbables pairs qui auraient par ailleurs bien mieux à faire – de la recherche ou des cours – aient bien constaté que nous n’écrivions pas n’importe quoi pour nous donner, au bout de deux ans, la permission de voir nos écrits diffusés avec un niveau de confidentialité qui rendrait jaloux les banques suisses et avec un coût d’accès qui … rendrait aussi jaloux les banques suisses.

Parce qu’il y’a ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent

Et que ceux qui creusent, on les connaît. A commencer par les présidents d’université auxquels j’avais déjà par le passé témoigné de toute mon admiration pour le côté visionnaire de leur immobilisme.

Sans oublier bien sûr tous mes charmants collègues qui, à force de « c’est trop compliqué », « j’ai pas le temps », et autres « c’est pas la priorité » ou « les éditeurs de revues ne veulent pas », ne déposent même pas la version auteur de leurs articles dans des archives ouvertes, et qui mettent donc une hallucinante énergie mortifère à creuser leur propre tombe (ça c’est leur problème) mais hélas, aussi et surtout, la tombe de la diffusion des connaissances et de l’accès aux savoirs.

Parce que tant qu’il y aura des couilles éditoriales en or, y’aura des lames d’Open Access en acier

Je vous avais déjà parlé d’Alexandra Elbakyan. S’il y avait un Panthéon des militants de l’accès aux connaissances scientifiques (et du courage scientifique du même coup), elle siègerait aux côtés d’Aaron Swartz.

Cette femme a créé le site Sci-Hub qui est tout simplement à l’heure actuelle la plus grosse bibliothèque scientifique clandestine du Web, plus de 50 millions d’articles scientifiques, et dont la controverse qu’il suscite ne va pas assez loin.

Bien sûr Elsevier lui colle un procès, bien sûr diverses manipulations plus ou moins légales tentent de faire disparaître ce site, qui heureusement, résiste et résiste encore. Pour s’y connecter actuellement, si l’adresse sci-hub.cc ne répond pas, tentez sci-hub.ac ou carrément l’IP 31.184.194.81 : -)

Open Access Guerilla Manifesto

Parce que ces requins du grand banditisme éditorial sont partout et qu’ils ont bien compris d’où venait le danger. A tel point que l’on apprenait il y a quelques jours qu’Elsevier ,(encore…), avait réussi à racheter une archive ouverte en sciences sociales (et pas l’une des moindres… SSRN). Carrément.

Alors figurez-vous que y’a pas que Martin Luther King qui fait des rêves. Moi aussi j’ai fait un rêve.

  • J’ai rêvé que les acteurs publics de la recherche publique (l’Etat, les universités, les présidents d’université, les enseignants-chercheurs, les bibliothèques universitaires) lisaient, adhéraient et appliquaient à la lettre le manifeste pour une guerilla de l’Open Access d’Aaron Swartz.
  • J’ai rêvé que plus un centime d’argent public ne soit versé à ces escrocs mais que la totalité dudit argent public soit consacré à développer, construire et soutenir des initiatives comme Sci-Hub ou toute autre forme d’archive ouverte ou de libre accès, que ces initiatives soient légales ou illégales.
  • J’ai rêvé que des gens qui disposent majoritairement d’un bac+8 soient capables de comprendre et d’entendre que le fruit de leur travail (de recherche), que leur rôle dans la société (faire avancer les connaissances et mettre ces connaissances à disposition du public), que tout cela était non seulement menacé, mais en train d’être entièrement détruit depuis déjà des dizaines d’années par un système devenu totalement dingue et atteignant un niveau de cynisme ahurissant et piloté par quelques grands groupes qui osent encore se dire « éditoriaux » quand la réalité de leurs pratiques les constitue en autant de mafias.
  • J’ai rêvé que des gens qui disposent d’un bac+8, d’un salaire confortable, et d’un temps de cerveau disponible non-entièrement dédié à Coca-Cola, soient capables d’entendre et de comprendre que pour des populations entières sur cette planète, que pour des millions de personnes souffrantes, malades, exploitées ou tout simplement… curieuses, la privatisation des connaissances était littéralement, je dis bien littéralement, mortifère.

Et comme depuis plus de 15 ans que je fais ce rêve, je me suis réveillé avec une putain de gueule de bois, à peine atténuée par la récente médaille d’or de l’innovation attribuée à Marin Dacos.

Bon et là vous vous dites : « ok il est énervé », « ok c’est réjouissant », mais « ok il exagère »

Parce que vous me connaissez hein. Pondéré. Pas sanguin pour deux sous. Raisonnable au-delà des attendus du devoir de réserve. La faconde de la grande muette à moi tout seul. Donc devinette.

Qui a écrit :

« Les éditeurs et les scientifiques insistent sur l’importance cruciale de l’évaluation par les pairs. Nous la dépeignons au public comme si c’était un processus quasi-sacré qui aide à faire de la science notre accès le plus objectif à la vérité. Mais nous savons que le système d’évaluation par les pairs est biaisé, injuste, non fiable, incomplet, facilement truqué, souvent insultant, souvent ignare, parfois bête, et souvent erroné. »

Un punk à chien ? Non, le rédacteur en chef de la revue « The Lancet ».

Qui a écrit :

« Nous avons peu de données quant à l’efficacité réelle du processus, mais nous avons la preuve de ses défauts. En plus d’être peu efficace pour la détection de défauts graves et presque inutile pour la détection des fraudes, il est lent, coûteux, distrait le chercheur de son laboratoire, est très subjectif, tient de la loterie, et peut facilement abuser.

Vous soumettez une étude pour un journal. Elle entre dans un système qui est en fait une boîte noire, puis une réponse plus ou moins justifiée sort à l’autre extrémité. La boîte noire est comme la roulette, et les profits et pertes peuvent être grands. Pour un universitaire, une publication dans un journal important comme Nature ou Cell équivaut à toucher le jackpot. »

Un marxiste léniniste ? Non, Richard Smith du Journal of Royal Society of Medicine.

Qui a écrit : qu’il n’enverrait plus jamais d’articles à des revues comme « Nature, Science ou Cell dans la mesure où ces revues à comité de relecture faussent le processus scientifique, et constituent une tyrannie qui doit être brisée. »

Un agitateur anarcho-autonome ? Le prix nobel de médecine 2016.

Résultat en libre accès

Du coup, je me sens un peu moins seul, et pas uniquement du fait de ma schizophrénie. Donc non, je ne publierai plus jamais dans des « revues scientifiques », (et s’il m’arrive de le faire une ou deux fois à titre exceptionnel pour des gens que j’estime intellectuellement ou amicalement, la version intégrale – pas juste la version « auteur » – sera toujours disponible sur ce blog et dans une ou plusieurs archives ouvertes). Et s’il faut pour cela être dans « l’illégalité », j’y serai plutôt deux fois qu’une, et ce ne sera pas la première fois…

Je ne publierai plus jamais dans des revues scientifiques qui ne me permettent pas de mettre simultanément en libre accès le résultat de ma recherche. Et j’espère sincèrement que nous serons de plus en plus nombreux à le faire.

Dix ans de perdus ?

Il y a à peine plus de dix ans, le 15 mars 2005 très précisément, un autre universitaire avait pris un tel engagement. Celui de « ne plus jamais publier dans des revues scientifiques qui ne me permette pas au minimum les libertés d’une licence Creative Commons Attribution NonCommercial. »

Ce type, c’était Lawrence Lessig. Sur son blog. Lawrence Lessig. Le même qui, lors de l’enterrement d’Aaron Swartz après son suicide, prononçait avec une immense peine ces quelques mots, le 12 Janvier 2013 :

« Mais quiconque affirme qu’il y a de l’argent à faire avec un stock d’articles scientifiques est soit un idiot, soit un menteur. »

Dix ans plus tard je vais m’autoriser à aller un peu plus loin : quiconque affirme aujourd’hui qu’en acceptant de publier dans des revues scientifiques sans systématiquement déposer son texte dans une archive ouverte et/ou avec une licence d’attribution non-commerciale, ignore, ou feint d’ignorer, sa part de responsabilité dans la situation catastrophique de privatisation de la connaissance que mettent en œuvre quelques grands groupes éditoriaux à l’échelle de la planète. Celui-là est à la fois un idiot, un menteur et surtout un irresponsable.

Alors je ne publierai plus jamais d’articles dans des revues scientifiques. Et je continuerai de m’opposer, de manière légale ou illégale, à toute forme de privatisation de la connaissance. Et vous ?

Source  Rue 89, 19/05/2016

Olivier Ertzscheid*, enseignant chercheur en Sciences de l’information et de la communication a initialement publié cet engagement sur son excellent blog affordance.info.

Voir aussi : Rubrique International, rubrique Science, rubrique Livres, Revue, rubrique Education,

Dans les « bibliothèques clandestines » du Net

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Corne d’abondance pour les uns, cauchemar pour les autres, ces sites peuvent contenir jusqu’à un million de textes piratés.

Ces sites sont discrets. Pour y accéder il faut connaître leur nom car ils n’apparaissent pas dans les résultats de recherche. Les adresses s’échangent entre amis, collègues et passionnés.

En anglais, on les appelle joliment des « bibliothèques de l’ombre », des « shadow libraries ». Corne d’abondance pour certains, cauchemar des ayants droit, ce sont des sites web où l’on trouve des milliers et des milliers de livres numériques sous toutes leurs formes – des PDF, des ebooks, des epubs.

Les pirates lambdas

Illégal, le téléchargement de contenus protégés par le droit d’auteur est malgré tout entré dans nos vies numériques quotidiennes.

Dans celles de Paul et Sergio par exemple. Deux hommes gentils, globalement respectueux des lois. Sauf du droit d’auteur. Paul, prof d’allemand en prépa à Toulouse, explique  :

« Je pirate pour le travail, parce que j’ai souvent besoin de comparer des versions allemandes et françaises du même texte. Les textes sont difficiles à trouver et ils coûtent cher. »

Sergio, thésard en lettres, dit pirater régulièrement sur Sci-Hub :

« C’est surtout pour des bouquins universitaires, souvent vraiment trop cher ou carrément indisponibles pour achat, et difficilement consultables dans des bibliothèques. Et je n’aime pas aller en bibliothèque et n’en ai pas toujours l’occasion. »

Et donc il cherche dans les bibliothèques clandestines du Web.

« Sur Sci-Hub ou Bookfi, par exemple. Eux changent souvent d’adresse, mais on peut les trouver en faisant des recherches sur Google. »

Ces deux sites sont déjà assez connus. Pour ne pas attirer d’ennuis aux autres initiatives évoquées dans cet article ainsi qu’aux personnes qui ont bien voulu témoigner, nous avons pris la décision de changer certains noms.

Les débuts russes

Si Paul et Sergio peuvent trouver autant de merveilles à lire, c’est en partie grâce aux Russes. Dans les années 1990, les universitaires et chercheurs, échaudés par les décennies de censure soviétique mais aussi rompus aux pratiques du marché noir des livres et à l’auto-publication clandestine avec les samizdats, universitaires et chercheurs ont mis en ligne des articles et des textes, sur des réseaux privés.

Lib.ru, créé en 1994, et toujours visible en ligne, est l’un des sites alors les plus connus. Mais il est maintenu par une seule personne, un Russe appelé Maxim Moshkov.

Mais la centralisation rend les sites vulnérables  : si la personne qui maintient le site se lasse, ou que son serveur est attaqué, c’est tout le site qui disparaît.

Gigapédia, modèle décentralisé

Les bibliothèques en ligne de la génération suivante passent donc à un modèle plus souple, décentralisé. Gigapédia, qui est vers 2009-2010 la plus grande de ces bibliothèques pirates et la plus fréquentée, est ainsi maintenue par des Irlandais, sur des domaines enregistrés en Italie et dans le pays insulaire de Niue et des serveurs en Allemagne et en Ukraine.

Pour donner une idée de son activité, Gigapedia aurait à son apogée accueilli plus de 400 000 livres et, selon un rapport de l’association américaine des éditeurs, International Publishers Association (IPA), gagné « environ 8 millions d’euros de revenus, provenant de la publicité, des dons et des comptes premium ».

Mais le site est victime de son succès. L’IPA l’attaque, et les administrateurs du site sont identifiés grâce à des factures PayPal. Le site est fermé, réjouissant les éditeurs et laissant dans son sillage des internautes au cœur brisé. Lawrence Liang, chercheur chinois installé en Inde, se souvient de la « peine collective » :

« Library.nu, initialement Gigapedia, avait soudain réalisé le rêve de la bibliothèque universelle. Quand la bibliothèque a fermé, en février 2012, elle comptait près d’un million de livres et près d’un demi-million d’utilisateurs actifs. La fermeture du site a bouleversé des bibliophiles du monde entier.

Ce que fut pour le monde l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, on peut se le figurer en voyant la peine collective que représenta la fermeture de library.nu. »

Les bibliothèques pirates ont tiré des leçons de la chute de leurs prédécesseurs : elles évitent la publicité (les gens qui m’en parlent les nomment d’ailleurs par des périphrases « le site russe », « un site argentin ») et, surtout, essaient au maximum de décentraliser leur architecture.

« Aleph » : 1,2 million de documents

« Aleph », (pseudonyme choisi par des chercheurs qui l’étudient), est aujourd’hui l’une des plus importantes de ces bibliothèques clandestines. Selon des chercheurs américains, le site et ses miroirs reçoivent près d’un million de visiteurs uniques par jour. Et son budget annuel est d’environ… 1 900 dollars.

« Aleph » est complètement décentralisée. N’importe qui peut non seulement télécharger les livres mais aussi la base de données du site ainsi que le code de son serveur. Ce qui signifie que n’importe qui peut créer des « sites miroir » un peu partout sur le Web, et que le site devient donc extrêmement difficile à supprimer de la Toile, selon le principe de l’hydre.

Le chercheur Balázs Bodó, de l’université d’Amsterdam, qui a étudié « Aleph » pendant deux ans, estime qu’il s’y trouvait en 2014 environ 1,2 million de documents et que les gens y mettaient en ligne environ 20 000 documents par mois.

Il fait deux observations sur les contenus qu’on trouve sur le site :

  • Les deux tiers des contenus disponibles sur «  Aleph  » sont introuvables sur Kindle et Amazon. Ce qui signifie que ce sont des ouvrages impossibles, ou du moins très difficiles, à trouver légalement.
  • Les contenus les plus piratés sont  : de la grammaire anglaise, de la linguistique, de la philosophie et des mathématiques. Les contenus les moins piratés sont des titres de fiction anglo-saxonnes.

En d’autres termes, les gens qui utilisent « Aleph » viennent chercher du savoir et pas du divertissement. Comme le soulignent les chercheurs qui travaillent sur la question, l’idée d’avoir « des divertissements gratuits » n’est pas le cœur de la motivation des pirates.

« Inégalités d’accès au savoir »

Beaucoup considèrent les bibliothèques clandestines comme un élément essentiel pour redresser les inégalités d’accès au savoir entre pays du Nord et du Sud.

« Quand j’étais étudiante à l’université du Kazakhstan, je n’avais accès à aucun article de recherche. J’avais besoin de ces articles pour mon projet de recherche. Un paiement de 32 dollars est tout simplement délirant quand vous avez besoin de survoler ou lire des dizaines ou des centaines de ces articles pour votre recherche.

J’ai obtenu ces articles en les piratant. Plus tard, j’ai découvert qu’il y avait de très nombreux chercheurs (non pas des étudiants, mais des chercheurs universitaires) exactement comme moi, spécialement dans les pays en développement. »

La Kazakhe Alexandra Elbakyan explique ainsi à un juge américain pourquoi elle a fini par créer Sci-Hub, l’une des plus grandes bibliothèques clandestines du monde – plébiscitée par les étudiants et chercheurs et honnie par les éditeurs.

 

Beaucoup considèrent que les bibliothèques clandestines sont des éléments essentiels pour lutter contre les inégalités d’accès au savoir dans les pays en voie de développement, où les bibliothèques sont souvent rares, mal dotées et les textes récents longtemps indisponibles.

Pour eux les bibliothèques pirates sont essentielles, comme l’expliquait ce commentateur sur le site spécialisé

 

TorrentFreak, à la disparition de Gigapédia :

« J’habite en Macédoine (dans les Balkans), un pays où le salaire moyen tourne autour de 200 euros, et je suis étudiant, en Master d’Infocom. […] Là d’où je viens, la bibliothèque publique il ne faut même pas y penser. […] Nos bibliothèques sont tellement pauvres, on y trouve surtout des éditions qui ont 30 ans ou plus et qui ne parlent jamais de la communication ou d’autres champs scientifiques contemporains.

Mes profs ne font pas mystère d’utiliser des sites comme library.nu […] Pour un pays comme la Macédoine et pour la région des Balkans en général, C’EST UNE VERITABLE APOCALYPSE. J’ai vraiment l’impression qu’on est à deux doigts du Moyen-Age aujourd’hui. »

 

Sci-Hub, attaqué par les éditeurs, a rouvert et existe toujours. Sa fondatrice affirme qu’elle n’a jamais reçu de plainte des auteurs ou des chercheurs – seulement de l’éditeur Elsevier. Le site contourne d’ailleurs les protections installés par les éditeurs grâce à des mots de passe donnés par des chercheurs.

 

Le libre accès aux connaissances

Certains voient donc ces bibliothèques comme le fer de lance d’un mouvement plus large contre la privatisation du savoir et pour le libre accès aux connaissances.

Dans cette optique, le piratage devient de la « désobéissance civile » contre « la confiscation criminelle de la culture publique », comme l’écrivait le jeune Américain Aaron Swartz dans son « Manifeste de la guérilla pour le libre accès » :

 

« Nous avons besoin de récolter l’information où qu’elle soit stockée, d’en faire des copies et de la partager avec le monde. Nous devons nous emparer du domaine public et l’ajouter aux archives. Nous devons acheter des bases de données secrètes et les mettre sur le Web. Nous devons télécharger des revues scientifiques et les poster sur des réseaux de partage de fichiers. Nous devons mener le combat de la guérilla pour le libre accès. »

 

Peu de temps après, Swartz devenait une figure de martyr du libre accès aux connaissance : poursuivi en 2011 par le FBI pour avoir téléchargé des milliers d’articles universitaires protégés sur la base JSTOR et accusé d’avoir voulu les diffuser, il s’est suicidé avant le début de son procès.

 

 

Pas un vol, une libération ?

Mais l’idée d’un droit des lecteurs, d’un droit à la connaissance où le « piratage » est une réaction légitime face aux appropriations du savoir, est restée. Le « vol » devient alors de la « libération de contenus ».

En France, le collectif SavoirsCom1, qui milite depuis longtemps pour les « communs de la connaissance », estime que :

 

« La notion de vol n’a pas de sens concernant des objets immatériels, comme les articles scientifiques, qui constituent des biens non-rivaux pouvant être copiés et diffusés sans coût. »

 

Ils rappellent que les risques de la contrefaçon sont « disproportionnés » : trois ans de prison et 300 000 euros d’amende, soit autant qu’un homicide involontaire – et soulignent que l’accès libre aux résultats de la recherche bénéficie à tout le monde, pas seulement aux chercheurs :

« Les abonnements aux bases de données d’articles ont le gros défaut d’exclure les simples citoyens de l’accès aux résultats de la recherche. Or avec le développement de la science citoyenne, c’est devenu aussi un véritable enjeu. »

Les conservateurs amoureux

 

Mais certains « pirates » sont tout simplement des amoureux. Il suffit de lire les commentaires postés sur les sites, pour s’en apercevoir. Ainsi, sur un site américain, on peut tomber sur des échanges émerveillés, où des internautes remercient quelqu’un qui vient de mettre en ligne des éditions rares, allant de la philosophie antique à la poésie moderne. L’un d’eux s’exclame :

 

« C’est comme passer une petite porte et se retrouver devant un immense paysage, avec des montagnes, des rivières et même des villes scintillant dans le lointain. Je pourrais passer le restant de mes jours à contempler ces merveilles (…) La seule réponse appropriée semble être le silence velouté de Dieu. Merci. »

 

Car c’est une des dernières fonctions de ces bibliothèques : elles servent aussi à héberger des textes rares, difficilement trouvables ailleurs, qui disparaissent des rayons des librairies et des bibliothèques. C’est pourquoi certains chercheurs considèrent « le piratage de livre comme une forme de préservation des livres en pair à pair ».

 

 

« Pirate honteux »

Mais beaucoup d’autres piratent avec moins de lyrisme ou de détermination idéologique, un peu gênés aux entournures.

Ainsi Paul, le prof de Toulouse, se dit

 

« pirate honteux ». Depuis que son site de prédilection (argentin) a fermé, il s’est, en partie, tourné vers l’offre légale des éditeurs, qui permettent souvent de consulter les premiers chapitres sur leurs sites. Tout en continuant de pirater.

« Je me donne bonne conscience en me disant que je fais ça pour mon métier. Mais dans l’Education nationale, il y a une vraie hypocrisie concernant le droit d’auteur. On est très incités à utiliser les TIC et on finit toujours par utiliser des matériaux protégés. »

 

Sergio aussi évoque le piratage comme une solution provisoire en l’absence d’offre légale intéressante.

 

« Je me demande pourquoi il n’y a pas une sorte de flatrate pour tous les bouquins du monde online (comme Apple music pour la musique) – Je serais le premier à remplacer mon abonnement BNF par une somme fixe payée pour l’accès intégral online, ou à payer des sommes plus petites pour l’accès ponctuel à des livres spécifiques. »

 

Selon l’économiste Françoise Benhamou, le piratage est un phénomène qui existe dans les zones d’entre-deux, quand l’offre légale n’est pas encore suffisamment développée ou suffisamment intéressante pour que les gens se tournent réellement vers elle.

 

Les « bibliothèques de l’ombre » sont peut-être alors un phénomène transitoire, marqueur d’une époque où l’industrie culturelle n’a pas encore trouvé le bon modèle pour s’adapter à l’évolution radicale du monde du partage des connaissances et des œuvres.

 

Comme le dit Balázs Bodó :

 

« Ces bibliothèques clandestines ne sont pas près de disparaître. Elles sont inévitables, elles ont déjà un énorme impact un peu partout dans le monde, chez nous aussi. La seule question est  : sommes-nous prêts pour ce défi ou pas  ? »

 

Corne d’abondance pour les uns, cauchemar pour les autres, ces sites peuvent contenir jusqu’à un million de textes piratés.

 

Par Claire Richard

 

Source L’OBS 16/05/2016

 

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Isabelle Munoz : « La photo c’est une façon d’aimer »

Isabel Muñoz (born 1951, in Barcelona) is a Spanish photographer who lives in Madrid.

Isabel Muñoz (née en 1951, in Barcelona) is a Spanish photographer who lives in Madrid.

Sète. Rencontre avec Isabelle Munoz une grande dame de la photographie espagnole invitée du festival imageSingulières

Portée par une passion humaniste, l’infatigable Isabelle Munoz parcourt le monde pour traduire son évolution. Ses images de corps d’hommes et de  femmes, où le grain de la peau se fond dans un velouté sensuel, transportent notre regard dans un espace universel. L’oeuvre de l’artiste s’inscrit dans le panorama proposé dans le cadre du double hommage rendu cette année à la photographie espagnole et à l’agence VU’  qui fête à Sète son 30e anniversaire.

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Isabel Muñoz

Vous faites partie des photographes fidèles à l’Agence VU’, comment a débuté cette aventure ?

L’hommage qui est rendu ici à la photographie espagnole n’aurait jamais existé sans Christian Caujolle, le directeur artistique et membre fondateur de l’agence VU’. Nous lui devons tous beaucoup, car c’est lui qui a permis aux photographes espagnols qui gravitaient autour de la petite école de photo à Madrid, de se révéler. Les gens de ma génération ont été élevés sous Franco. Je veux dire que nous savons apprécier la liberté. Il est venu à notre rencontre et nous a permis de montrer ce que nous avions à exprimer.

Dans quelles circonstances ?

Lorsque j’ai rencontré  Christian je lui ai montré mes grandes platines (procédé alternatif de tirage utilisé par une minorité d’artistes photographes) il les a embarquées pour les montrer à l’étranger, ce qui m’a permis de poursuivre mon travail et de me réaliser. Ce qui est formidable c’est que Christian a fait cela dans le monde entier, du Mexique à la Chine et qu’il poursuit cette démarche en dépit des difficultés économiques que rencontre le secteur. Il est à l’origine d’une nouvelle génération de photographes cambodgiens qui s’est révélée cinq ans après son passage dans ce pays.  Si tu ne montres pas ton travail il n’existe pas. C’est pour cela que des rencontres comme celles d’images Singulières sont très importantes.

Isabel Muñoz

Isabel Muñoz

Vous êtes aussi une grande voyageuse …

Oui, je me déplace beaucoup dans le monde, à travers mes voyages, c’est l’être humain qui m’intéresse. J’ai récemment travailler sur les fillettes prostituées au Cambodge et les femmes utilisées comme armes de guerre au Congo. L’amour ce n’est pas seulement les petites fleurs. Parfois elles sont là si tu sais les regarder, sinon elles passent. On est dans un monde où j’ai besoin de témoigner.

La reconnaissance dont vous bénéficiez aujourd’hui modifie-t-elle votre approche ?

Mon langage ne change pas. C’est la vie qui change le regard. Dans mon cas l’art est une nécessité parce qu’il me permet d’entrer dans des lieux où je n’aurais jamais été entendue. Une image n’est rien si il n’y a pas une histoire autour de ce langage.

Votre travail explore le corps ou y renvoie presque inévitablement ?

Le corps est un livre de ce que nous sommes. On peut lire à travers le mouvement, le regard, parcourir les corps pour parler de la dignité, du désir… L’art a le pouvoir de faire sortir la lumière du corps et particulièrement l’art photographique. La photo, c’est une façon d’aimer.

Sur quoi travaillez-vous ?

Sur ce qui me préoccupe.  Les changements  liés à la crise modifient les choses. Il existe des lieux et des artistes reconnus mais les jeunes n’y trouvent plus de place. Comme dans la société en général. Je ne comprends pas la politique mais je comprends le besoin des autres. Je travail sur la jeunesse pour étudier ce qui se passe. Un peu partout dans le monde, les jeunes cherchent leur identité, des liens d’appartenance avec une tribu. Et ils utilisent leurs corps qu’ils modifient en faisant des suspensions, des piercings ou en pratiquant la scarification. L’humain ne peut pas vivre sans rêve.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

 

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Photo Chema Madoz
Il est un formidable illusionniste. Celui qui réalise depuis des décennies des « natures mortes » dont la caractéristique essentielle est d’agiter les idées et de donner vie aussi bien à la fantaisie qu’à la poésie

 

Zoom sur VU’
Une agence de photographes qui mise sur la force des identités

Dès sa création en 1986, VU’ s’est définie comme une “agence de photographes” plutôt que comme une agence photographique, affirmant ainsi la spécificité des identités qui la composent. Son nom, éponyme du célèbre magazine des années 1920 qui révolutionna le concept d’illustration, affiche une filiation ambitieuse. Elle a progressivement imposé un regard neuf et affirme chaque jour l’engagement d’intelligence et de créativité de ses auteurs. Découvrir, favoriser, diffuser mais aussi exposer dans une vaste galerie … L’équipe de VU’ fait d’une aventure collective un laboratoire permanent de réflexion sur les évolutions de la photographie et sa place dans le monde de l’image ; sociale, documentaire, plasticienne, il importe de décrypter la dimension polysémique de la création contemporaine et d’interroger son traitement par les médias, les entreprises ou les institutions.De l’actualité immédiate à l’enquête au long cours, de l’oeuvre formelle au récit intimiste, les photographes de VU’ dressent depuis vingt ans un panorama pluriel et mouvant de la photographie.

Ricard Terré Il fut membre du groupe AFAL qui, sous le franquisme, réunit pendant quelques temps les plus intéressants des photographes espagnols, ceux qui, malgré l’isolement qui leur était imposé, menaient à la fois une réflexion de fond et développaient une recherche plastique.

Richard Terré
Il fut membre du groupe AFAL qui, sous le franquisme, réunit pendant quelques temps les plus intéressants des photographes espagnols, ceux qui, malgré l’isolement qui leur était imposé, menaient à la fois une réflexion de fond et développaient une recherche plastique.

Le parrain Christian Caujolle

Présent à Sète à l’occasion du festival, Christian Caujolle est et le directeur artistique de l’Agence VU’. Il a activement soutenu les photographes espagnols dont le travail est présenté, Juan Manuel Castro Prieto, Alberto Garcia-Alix, Cristina Garcia-Rodero, Chema Madoz, Isabel Munoz, Ricard Terré, Virxilio Viétiez, ces deux derniers ayant essentiellement produits sous le franquisme. On peut découvrir leur travail au Chais des Moulins dans la diversité de styles et de propos, du photojournalisme aux expérimentations formelles. Ils ont enrichi l’agence VU’ qui a toujours donné une place importante aux regards des talents locaux, comme se fut le cas dès 1988 en signant des contrats avec des photographes chinois qui ont documentés les événements de la place Tianmen.

Christian Caujolle a  été élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud,et élève et collaborateur de Michel Foucault, Roland Barthes, Pierre Bourdieu.
Crédit Photo dr

Source La Marseillaise 07/05/2016

Voir aussi : Rubrique Festival, rubrique Photo, imageSingulière 2016, rubrique Exposition, rubrique Rencontre, rubrique Espagne

L’UE entérine la prolongation des contrôles aux frontières

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Bruxelles — L’Union européenne a adopté jeudi la prolongation exceptionnelle des contrôles aux frontières intérieures de l’espace Schengen pour les cinq pays qui les ont rétablis en 2015 au plus fort de l’afflux migratoire vers l’Europe. La recommandation en ce sens, présentée le 4 mai par la Commission européenne, a été adoptée jeudi par le Conseil de l’UE, qui réunit les États membres. Quatre pays de l’Union (l’Autriche, l’Allemagne, le Danemark et la Suède), ainsi que la Norvège, pays associé à la zone de libre circulation, vont ainsi pouvoir poursuivre leurs contrôles pendant une période initiale de six mois, au-delà de la dérogation autorisée en temps normal. La durée maximale de ces exceptions temporaires aux règles de l’espace Schengen arrivait à son terme — le 13 mai en Allemagne, le 16 en Autriche — pour les pays qui y ont eu recours face à l’afflux de migrants des côtes grecques vers l’Europe du Nord via les Balkans. Malgré la fermeture de la route migratoire des Balkans et la chute sensible du nombre de migrants arrivant par la Turquie, l’exécutif européen a jugé que la situation de la frontière extérieure grecque de l’ n’était pas encore satisfaisante, rendant légitimes des contrôles prolongés à certaines frontières.

Source AFP 13/05/2016

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