Il ne sont pas de même facture les livres de l’historienne Catherine Coquery-Vidtovitch Petite histoire de l’Afrique, et de l’équipe franco-camerounaise composée de Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, et Thomas Deltombe auteurs de Kamerun, mais ils ont été publié simultanément (Editions La Découverte), et invitent tous deux à réajuster notre regard sur l’Afrique subsaharienne. L’occasion a donné lieu à un débat intéressant et suivi initié par la librairie Sauramps vendredi dans le cadre de la Comédie du Livre.
Catherine Coquery Vidtovitch
En 200 pages, Catherine Coquery-Vidtovitch signe un livre synthétique avec l’idée simple de s’en tenir au réel pour remettre les pendules à l’heure. « Non seulement l’Afrique a son histoire mais celle-ci est la plus longue de toute », souligne utilement l’historienne. A l’heure où cet aspect fait une entrée timide dans les programmes scolaires, les fausses représentations symboliques semblent en effet avoir la vie aussi longue que celle des Africains est courte. La spécialiste démonte par exemple l’idée d’ethnie, utilisée comme une arme politique qui aboutit souvent à des guerres civiles. « L’ethnie est un faux concept comparable à celui d’identité nationale. Les trois-quarts des langues africaines appartiennent à la famille Bantoues qui n’est pas un terme ethnique, mais linguistique, équivalent des langues dites Indo-européenne. » Son livre rappelle que l’histoire de l’Afrique est liée au monde méditerranéo-asiatique musulman et à celui de l’Océan Indien. « Les européens ne pénétrèrent le continent qu’en 1795 quand l’écossais Mungo Park atteignit le fleuve Niger, alors que les Arabes du Maghreb l’avait atteint dès le IXe siècle. »
Un cercle d’infériorisation
De même, si la traite dite, « négrière » qui fonde l’origine d’un mépris durable, est intensifiée au XVIIe par les européens, elle est animée par les arabo-musulmans dès le IXe siècle. « La grande différence c’est que les esclaves d’alors étaient aussi des blancs. L’originalité de la traite atlantique fut de déterminer une fois pour toutes la couleur des esclaves. » La construction négative du continent se confirma durant le siècle des lumières. « Si les philosophes du XVIIIe étaient hostiles à l’esclavage, leur attitude était plus ambiguë quand il était question des capacités mentales et intellectuelles des noirs. » Ces défauts de connaissances et ce mépris furent repris avec la conquête coloniale qui a mis un voile sur l’histoire africaine.
De la décolonisation au Cameroun à la Françafrique
A partir d’une enquête sur la décolonisation au Cameroun qui met en lumière les massacres à grande échelle perpétués par les autorités françaises et leur alliés locaux entre 1956 et 1961, le livre Kamerun exhume une phase aussi peu reluisante que méconnue de la relation franco-africaine. Le journaliste cosignataire du livre Manuel Domergue et l’écrivain camerounais Eugène Ebodé* en ont tracé les contours vendredi. Les méthodes employées par les autorités françaises pour venir à bout de l’Union des populations du Cameroun (UPC), créée par Ruben Um Nyobe, sont celles de la guerre moderne. Celles qui placent la population au cœur du dispositif répressif et confère une place centrale à « l’arme psychologique ». Mais pas seulement rappelle Eugène Ebodé : « Des villages entiers ont été rasés. L’armée française utilisait le Napalm qui était l’arme de destruction massive de l’époque. »
Le livre Kamerun revient avec précision sur le contexte politique. « La France n’a pas quitté l’Afrique en octroyant l’indépendance à ses colonies. Elle est partie pour mieux rester. Cachée derrière des régimes qu’elle a formée et qu’elle s’est arrangée à contrôler et à maintenir en place sur une longue durée, confirme Manuel Domergue. Le Cameroun occupe une place importante dans le pré-carré français en Afrique parce qu’il est le seul à avoir connu une résistance armée conséquente, et le premier à avoir accédé à l’indépendance hormis la Guinée. Mais la propagande a réussi à manipuler l’opinion publique. »
Il est temps que l’histoire rectifie une désinformation toujours en vigueur sur ce sujet et les livres sérieux trouvent une place de choix dans ce combat pour la vérité.
Jean-Marie Dinh
* Dans La transmission, (éd, Gallimard) l’écrivain recueille le témoignage enfoui de son père relatif à cette guerre qui ne dit pas son nom.
Dans la nuit de dimanche à lundi, la coalition libérale-conservatrice allemande s’est entendue sur une sortie du nucléaire. D’ici 2022 au plus tard, la dernière des 17 centrales nucléaires allemandes devra avoir fermé ses portes. Une initiative visionnaire qui profitera à l’économie allemande pour certains commentateurs, une mise en péril de l’approvisionnement énergétique européen pour d’autres.
En décidant de sortir du nucléaire, l’Allemagne assume au moins dans le domaine de l’énergie la position de précurseur qui lui échoit en Europe, salue le journal à sensation de gauche Aftonbladet : « L’Allemagne est la quatrième nation industrialisée de la planète, la première économie européenne et vient de décider de prendre les devants. La décision d’hier constitue une avancée inédite pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Le Financial Times écrit que la liquidation du nucléaire allemand déclenchera un boom en Europe pour l’utilisation des énergies renouvelables et la réalisation d’économies d’énergie. … Ce changement nécessite des investissements massifs mais générera aussi des coûts d’électricité plus élevés. L’efficacité énergétique revêt donc une importance primordiale. Les études montrent que l’Allemagne pourrait réduire ses coûts énergétiques de 10 à 20 pour cent en améliorant son efficacité. … Ces derniers temps, l’Allemagne n’a cessé de temporiser et de refuser à assumer le rôle de leader que l’Europe attend de son meilleur représentant. C’est précisément ce que fait le pays aujourd’hui dans le domaine de l’énergie. » (31.05.2011)
Sortir du nucléaire en Allemagne d’ici 2022 est véritablement audacieux mais faisable du fait de l’économie innovante du pays, estime l’édition en ligne du magazine d’information Polityka : « L’Allemagne s’est donc décidée à mettre fin à l’ère du nucléaire sur son territoire et ce bien qu’elle ait construit 17 centrales qui couvrent 23 pour cent des besoins en électricité du pays. Ils ont eu le courage de prendre cette grande initiative mais on ignore encore comment les choses se poursuivront. L’objectif est clair et décrit du reste précisément depuis longtemps : miser sur les énergies vertes. Cela est-il possible ? Dans le cas de l’Allemagne, il semble que oui. L’Allemagne est aujourd’hui déjà le leader incontesté du marché en Europe dans l’exploitation des sources d’énergie renouvelables. » (31.05.2011)
La décision de l’Allemagne de sortir du nucléaire est légitime mais constitue aussi un défi pour l’économie, estime le journal économique De Tijd : « L’accident de Fukushima a montré que l’énergie nucléaire n’est pas fiable à 100 pour cent. Les tests de résistance peuvent au mieux réduire les risques de catastrophe nucléaire sans toutefois complètement les exclure. Si la population allemande n’est pas prête à prendre ce risque, elle est dans son bon droit. Mais le pays doit alors accepter toutes les conséquences. Ce sera un défi important de garantir l’approvisionnement énergétique à un prix acceptable sans affaiblir la position concurrentielle des entreprises allemandes. La décision de sortir du nucléaire d’ici 2022 a le mérite d’être claire. Cela pourrait constituer une formidable impulsion pour le secteur des énergies renouvelables et pour la recherche de techniques permettant de rendre les centrales conventionnelles plus écologiques. Si l’Allemagne y parvient, elle aura une longueur d’avance sur les autres pays. » (31.05.2011)
La sortie du nucléaire en Allemagne est une initiative électoraliste et hypocrite qui affaiblira l’Europe, estime Pierre Rousselin dans son blog Géopolitique : « Face à l’effondrement de ses alliés libéraux du FDP, Angela Merkel parie sur une alliance avec les Verts. Cette équation politique a des répercussions pour toute l’Europe. Notre continent renonce pour longtemps à toute indépendance énergétique. Sa dépendance à l’égard de la Russie et de son gaz va s’aggraver. La France, elle, exportera davantage de son électricité. Comble de l’hypocrisie?: ce sont nos centrales qui éclaireront et chaufferont les écolos allemands. Quant à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce n’est déjà plus une priorité. » (31.05.2011)
Deux mois après l’accident de Fukushima, le gouvernement allemand a décidé de sortir définitivement du nucléaire. Le quotidien conservateur Die Welt s’irrite d’un rythme décisionnel qui nuira selon lui à la démocratie : « Hans-Jürgen Papier, ex-président de la Cour constitutionnelle, juge ‘illégal’ le moratoire que la magicienne Angela Merkel a sorti de son chapeau quelques jours après Fukushima. … Et cela ne semble choquer personne que l’instance établie par Merkel pour imposer la sortie du nucléaire ait été effrontément nommée ‘Commission d’éthique’. … Si un membre fondateur de l’UE aussi puissant que la République fédérale d’Allemagne souhaite autant une nouvelle voie énergétique pour l’Europe et la planète, il aurait été indispensable de mener cette entreprise au niveau européen. … Il se forme déjà une alliance impie entre ceux qui veulent enfin pouvoir gouverner comme ils l’entendent et ceux qui souhaitent occulter le Parlement et l’opinion publique en exerçant une pression écologique ‘morale’. » (31.05.2011)
Cela ne fait guère de doute : le match présidentiel qui va se jouer dans l’année qui vient a fort peu de chance de ressembler à la finale de la Ligue des champions qui a opposé le FC Barcelone à Manchester United ! Il arrive que le football atteigne à une sorte de perfection esthétique. Le talent, alors, efface le labeur ; la fluidité des gestes individuels n’a d’égal que leur efficacité ; la précision des mouvements collectifs fait oublier l’infinie répétition qui a permis cette maîtrise. Etonnant ballet des Catalans, contre lequel l’abnégation des Britanniques fut impuissante.
Rien de tel sur le terrain politique national. A ce stade, ce serait plutôt « 1 partout, balle au centre » entre socialistes et sarkozystes, au terme d’un début de partie trop convenu pour susciter le moindre emballement.
Prenez la présentation des équipes, samedi 28 mai. Halle Freyssinet, dans le 13e arrondissement de Paris, les socialistes étaient tous là pour approuver, à l’unanimité, leur projet 2012. Alliés, rivaux ou adversaires d’hier ou de demain, tous les caciques, tout sourire, étaient au premier rang. Seul manquait Dominique Strauss-Kahn, exclu du terrain après un très mauvais geste (présumé), comparable au fameux « coup de boule » de Zidane lors de la finale du Mondial 2006. A deux arrondissements de là, Porte de Versailles, la même scène réunissait les hiérarques de l’UMP. Y compris, main dans la main, le premier ministre, François Fillon, et le secrétaire général du parti, Jean-François Copé, qu’oppose depuis des mois une sourde et inlassable rivalité.
Ici et là, la liesse des supporteurs était aussi démonstrative et les consignes de match quasiment identiques. « Les socialistes sont prêts » et doivent « mobiliser l’esprit d’unité et de responsabilité », a lancé leur première secrétaire, Martine Aubry. « L’unité est notre force et la condition de notre victoire », assurait comme en écho M. Copé, tandis que M. Fillon mettait chacun en garde contre « les sirènes de la division ». Un partout, balle au centre, donc.
De même, le patron de l’UMP et le chef du gouvernement peuvent bien se gausser – avec délectation – des affrontements fratricides auxquels la primaire socialiste pourrait conduire. Mais ils ne sont pas davantage à l’abri des turbulences dans leur camp. Alors même que la Confédération des centres a franchi une nouvelle étape, samedi, en accueillant en son sein la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel, M. Copé a lancé un sérieux avertissement à tous ceux qui, Jean-Louis Borloo en tête, entendent s’émanciper de la férule de l’ UMP : « Ils devront assumer les conséquences de leur choix », a-t-il menacé.
Le mimétisme ne s’arrête pas là. Les responsables de l’UMP jubilaient depuis deux semaines du coup porté aux socialistes par l’affaire Strauss-Kahn. Si, à l’instar du président de la République, ils s’imposaient assez de retenue pour ne pas paraître à la manoeuvre, ils espéraient bien tirer un solide bénéfice des malheurs de l’ancien champion présumé de la gauche. Le premier ministre l’a résumé d’une phrase, samedi à la Porte de Versailles : voilà le PS contraint de « ravaler toutes ses leçons de morale », martelées sans relâche depuis quatre ans sur le comportement du chef de l’Etat ou de tel ou tel de ses ministres.
Hélas, dès dimanche, une méchante histoire est venue démontrer que l’affaire Strauss-Kahn – en libérant la parole des femmes – n’épargne personne. Accusé d’agression sexuelle par deux anciennes employées de sa mairie de Draveil et visé, à ce titre, par une enquête judiciaire, le secrétaire d’Etat à la fonction, publique, Georges Tron, a été contraint de démissionner sans tarder. Difficile pour la majorité, dans ces conditions, d’espérer se refaire à bon compte une vertu sur le dos de la gauche.
D’autant que le bilan du gouvernement en la matière devient décidément très lourd. En moins d’un an, c’est le septième ministre qui est obligé de quitter le gouvernement ou qui en est écarté : après le permis de construire très avantageux dont avait bénéficié Alain Joyandet pour sa résidence secondaire, après les cigares de Christian Blanc, après les commodités de logement de Fadela Amara ou de Christian Estrosi, après le conflit d’intérêts d’Eric Woerth dans l’affaire Bettencourt (par épouse interposée), enfin après les trop fameuses vacances tunisiennes de Michèle Alliot-Marie, voilà maintenant, si elle est avérée, une affaire de moeurs. Cette seule énumération est accablante.
Dernier ricochet, enfin, de l’affaire Strauss-Kahn : son remplacement à la tête du FMI. Après avoir, le 25 mai, annoncé son intention de se porter candidate, la ministre de l’économie, Christine Lagarde, paraît chaque jour davantage en position de favorite. La réunion du G8 à Deauville a été l’occasion de multiples apartés qui ont fait avancer sa cause. « Tout le monde pense qu’elle ferait une très bonne directrice générale », a glissé M. Sarkozy.
Tout le monde, sauf Jean-Louis Nadal, qui n’est pas le premier magistrat venu. Début mai, en effet, l’avocat général de la Cour de cassation a demandé à la Cour de justice de la République (CJR), seule compétente en pareil cas, d’ouvrir une enquête sur la manière dont la ministre avait clos le contentieux Tapie-Adidas – Crédit lyonnais, en 2008, en faisant appel à une procédure de justice arbitrale privée. Pour le plus grand bénéfice de Bernard Tapie, indemnisé à hauteur de 285 millions d’euros.
Impavide, la ministre de l’économie assure avoir agi dans l’intérêt de l’Etat et dans le respect de la loi. Rien ne dit que, le 10 juin, la CJR répondra favorablement à la demande de M. Nadal et ouvrira une enquête pour « abus d’autorité ». Mais si elle s’engage dans cette voie, l’on imagine difficilement comment la ministre, ainsi suspectée, pourrait échapper au hors-jeu. Drôle de match, là encore, dont on peu craindre que les Français finissent par se lasser.
Démantelement du campement des indignés de Barcelone
Des milliers de manifestants se sont de nouveau rassemblés vendredi 27 mai au soir à Barcelone et à Madrid, criant leur colère après une intervention musclée de la police le matin à Barcelone lors du démantèlement du camp de tentes des jeunes « indignés ».
A Barcelone, plus de 5.000 personnes se sont rassemblées sur la Place de Catalogne, où le matin, des incidents avaient éclaté lorsque les services municipaux ont voulu démonter le campement installé depuis une dizaine de jours, afin de laisser place aux célébrations de la Ligue des champions samedi 28 mai. Dans la soirée, des milliers de manifestants ont aussi envahi la place de la Puerta del Sol à Madrid. La foule agitait des fleurs ou des bouquets de toutes les couleurs, hurlant « Barcelone n’est pas seule » ou brandissant des pancartes avec les mots « Catalogne, nous sommes avec vous ». Casqués et armés de matraques, les policiers étaient intervenus de façon musclée le matin pour disperser un groupe qui bloquait l’entrée de la Plaza de Catalunya, en plein centre de la capitale catalane, au moment où les camions de nettoyage emportaient les tentes et le matériel.
« Les politiciens n’écoutent pas »
« 121 personnes ont dû recevoir des soins, dont 37 policiers et 12 personnes qui ont été hospitalisées », a annoncé une porte-parole du service des urgences, précisant qu’il s’agissait surtout « de crises d’angoisse et de contusions ». Mais sitôt déblayé le campement, la foule des manifestants a de nouveau envahi la place. Dans la soirée, une dizaine de tentes avaient déjà été remontées. « Voilà à quoi mène la brutalité policière. Que beaucoup plus de gens se réunissent pour protester », affirmait Maite Loureiro, une dessinatrice au chômage de 30 ans, qui manifestait à Barcelone. « Mais ceci est aussi la faute des politiciens qui ne nous écoutent pas ». Comme sur la place de la Puerta del Sol à Madrid, où les manifestants ont installé un village alternatif devenu le foyer de la contestation, la Place de Catalogne était occupée depuis dix jours par des centaines de jeunes.
Place à la Ligue des champions
A Madrid, le ministre de l’Intérieur Alfredo Perez Rubalcaba a annoncé que les autorités « étudiaient » une éventuelle évacuation de la Puerta del Sol, à la suite de demandes insistantes du gouvernement régional et des commerçants riverains. Au moins une dizaine de cars de police étaient stationnés vendredi soir dans les rues menant à la place. Le mouvement des jeunes « indignés », rejoint par des citoyens de tous horizons et largement relayé par les réseaux sociaux, s’est développé depuis le 15 mai autour de revendications multiples, visant le chômage, la « corruption » des hommes politiques ou la loi électorale favorisant les grands partis. Vendredi 27 mai, la municipalité de Barcelone a décidé de faire place nette dans la perspective des célébrations prévues samedi soir, en cas de victoire du FC Barcelone en finale de la Ligue des champions de football, contre Manchester United à Londres.
Une évacuation « lamentable »
Pendant que les camions des services de nettoyage emportaient le matériel, des policiers casqués ont fait usage de matraques et de balles en caoutchouc pour disperser plusieurs dizaines de manifestants. L’intervention policière et les images de manifestants traînés à terre ou à coups de matraques ont immédiatement provoqué des réactions de colère, relayées toute la journée sur Twitter. Des appels à des manifestations de soutien aux « indignés » de Barcelone ont été lancés pour vendredi soir dans toutes les villes espagnoles. « L’évacuation a été lamentable. Ils ne m’ont pas battu parce que suis en chaise roulante, mais je les ai vus frapper des gens qui voulaient entrer sur la place », déclarait un manifestant de 52 ans en chaise roulante, professeur d’université, qui s’identifiait sous son seul prénom de Manuel.
Comédie du livre. Une nouvelle organisation pour célébrer la langue allemande du 27 au 29 Mai.
A Montpellier, La Comédie du livre figure comme un rendez-vous ancré dans la vie de la population. Elle se tient cette année du 27 au 29 mai en mettant à l’honneur les écrivains de langue allemande. Le pays invité correspond à la volonté de la ville de célébrer les cinquante ans des liens qui unissent Montpellier et Heidelberg. La 27e édition marque un tournant avec un changement d’équipe et d’organisation. La direction relève désormais de l’association Cœur de Livres pilotée par la ville et présidée par Etienne Cuenant, un chirurgien urologue qui préside aussi la Société montpelliéraine d’histoire de la médecine. Dans la logique citoyenne impulsée par les libraires et le tissu associatif, l’ex-délégué général, le journaliste Philippe Lapousterle et son équipe avaient trouvé un deuxième souffle à la manifestation, en multipliant les rencontres, avec la volonté de placer les auteurs et les idées sur la place publique.
Nouvelle donne
Après la redistribution des cartes chacun cherche un peu ses marques. L’adjoint à la culture, Michaël Delafosse, a réaffirmé lors de la présentation de la manifestation mardi, la fameuse « ambition d’excellence » de la politique culturelle montpelliéraine. Tout en assurant le maintien de son soutien aux libraires, la nouvelle orientation vise à favoriser la dimension littéraire de la manifestation et mieux mettre en avant le pays invité. Dans cette esprit, on a réduit les rencontres débats de moitié et demandé au tissu associatif de conformer ses propositions à la thématique allemande.
« Pasteur » littéraire !
Si les acteurs du livre invités ont observé le silence religieux de rigueur c’est que les sourires devaient être tout intérieurs. On se dit qu’Etienne Cuenant qui se voit en « pasteur » de la littérature et prévoit une » révolution numérique du livre sur 50 ans » pourrait utilement se plonger dans l’essai sur l’accélération signé par l’auteur invité Hartmut Rosa. On peine à comprendre en quoi la réduction du choix des visiteurs concoure à l’objectif annoncé par Michaël Delafosse » de partir à la découverte des publics « . Mais l’analyse des élucubrations qui circulent dans les conférences de presse serait le sujet d’un vrai roman… Et comme le disait, une figure respectée de la vie littéraire locale à la sortie : » Le plus important est de préserver le libre accès des gens aux livres« .
De la diversité de la langue
La participation active de la Maison de Heidelberg au programme et aux rencontres a contribué à la cohérence de propositions autour de la langue allemande. Celle-ci concerne des auteurs autrichiens, suisses, tchèques, turcs, kurdes qui contribuent pleinement à la richesse de cette littérature méconnue en France.
Parmi les écrivains invités, on attend notamment Zoran Drvenkar auteur d’origine croate prix du meilleur thriller 2010 en Allemagne pour » Sorry « , Katharina Hagena auteur du best-seller « Le goût des pépins de pomme« , le maître de l’autofiction suisse Paul Nizon, Christophe Hein, né en RDA en 1944, qui figure parmi les intellectuels les plus importants de sa génération. On peut encore citer Judith Herman, ou l’avocat Ferdinand von Schirach qui saisissent le lecteur par des récits courts. » 25 étudiants allemands et 25 étudiants montpelliérains sont invités à animer le jumelage. Ils seront nos ambassadeurs interculturels « , se réjouit Hans Demes de La Maison de Heidelberg.
Ce foisonnement d’échanges en perspective devrait faire émerger quelques morceaux de vie et donner symboliquement le pendant aux déboires du couple franco-allemand enlisé dans ses spéculations financières. Cette voie de l’intelligence demeure la marque de fabrique de La Comédie du livre.
Billet : Jumelage : la littérature comme vecteur
Le choix de mettre la littérature de langue allemande à l’honneur correspond au 25e anniversaire du jumelage qui lie les villes de Montpellier et Heidelberg. Il renvoie aux échanges entre cultures qui apportent leur contribution à la construction des identités culturelles. L’image française de l’Allemagne n’est bien évidemment pas uniquement littéraire. Elle se développe aussi bien dans les cadres internationaux que nationaux et régionaux. Elle tient aux guerres, aux échanges commerciaux, universitaires, politiques, à la construction européenne, et aux contacts personnels. La littérature a pourtant joué un rôle unificateur entre les deux pays. En France elle prend à contre-pied le cliché qui enferme les Allemands dans l’image d’un peuple grossier et pesant.
L’histoire littéraire du XVIIIe évoque l’admiration que se portaient mutuellement Frédéric II de Prusse et Voltaire. Les deux hommes se sont rencontrés et entretenaient une relation épistolaire suivie. L’auteur de Candide surnommait son ami libre-penseur « le roi philosophe ». Un roi idéal en somme. Au XIXe, on peut souligner la fascination qu’exerça Wagner sur Baudelaire et Mallarmé.
On s’apprête à mesurer à l’occasion des multiples débats programmés à la Comédie du livre à quel point la littérature comme la vie d’un jumelage peuvent contribuer à ces migrations culturelles, et combien ces vecteurs de transitions reposant sur des valeurs humaines sont essentiels dans le monde d’aujourd’hui.
L’Heure du noir sur la « Com » !
On sait combien le noir envahit les bibliothèques. Les amateurs du genre ne seront pas en reste cette année. Du côté des auteurs allemands invités on vous conseille d’aller voir l’écrivain berlinois d’origine croate Zoran Drvenkar dont le premier roman traduit en français – Sorry (éditions Sonatine) – a été élu meilleur thriller de l’année 2010 en Allemagne. Sorry est le nom d’une agence spécialisée chargée de présenter des excuses réglementaires pour les entreprises qui licencient ou harcèlent leurs salariés. Autant dire que l’agence créée par quatre potes berlinois se trouve sur un marché porteur. Mais les ennuis commencent lorsqu’ils doivent s’excuser auprès d’une personne crucifiée…
Volker Kutscher fait aussi un tabac en Allemagne et pas seulement avec ses intrigues mises en scène dans le Berlin des années 30, un moment où l’Allemagne est au tournant de son histoire. Après Le poisson mouillé (seuil 2007) qui dressait le portrait politique et contradictoire du Berlin des années 20, la deuxième enquête du commissaire Rath, La mort muette (seuil 2010) se déroule cette fois dans le milieu du cinéma. En pleine guerre entre les protagonistes du cinéma muet et ceux du parlant, des actrices sont mystérieusement assassinées…
Les amateurs d’histoires courtes suivront avec attention les onze affaires criminelles que relate avec talent l’avocat pénaliste Ferdinand Von Schirach dans son recueil sobrement intitulé Crimes (Gallimard 2011).
A ne pas manquer aussi, le débat « Flics Stories » demain à 15h salle Pétrarque animé par Michel Gueorguieff, l’incorruptible président de Soleil Noir. En présence des auteurs, Odile Barski la scénariste de Claude Chabrol, pour Never mort (Le Masque 2011), Hélène Couturier pour Tu l’aimais quand tu m’as fait ? (Presse de la Cité) qui plonge le lecteur dans une enquête intime, traitée avec justesse. Claude Cances pour Histoire du 36 Quai des Orfèvres (Jacob-Duvernet) et Régis Descott pour L’année du rat (JC Lattès), thriller d’anticipation palpitant et angoissant qui nous conduit sur la trace des rongeurs.
Rencontre Z. Drvenkar aujourd’hui à 17h30 au Pavillon populaire et demain à 11h centre Rabelais. Rencontre Volker Kutscher demain à 15h au Centre Rabelais. Ferdinand Von Schirach aujourd’hui à 13h45 au Pavillon Populaire et demain à 16h au Centre Rabelais. Et aussi la Table ronde quand le polar raconte l’histoire aujourd’hui à 17h salle Pétrarque.
Difficiles relations entre éditeurs et libraires ?
Vie du livre et de la lecture. LR2L proposait un débat qui ne s’est pas tenu entre deux acteurs de la chaîne du livre.
Le quart d’heure montpelliérain passé d’un bon quart d’heure, il aura bien fallu se rendre à l’évidence. La proposition de débat entre libraires et éditeurs lancée par l’antenne régionale du livre et de la lecture allait prendre une autre forme. Celle d’une déclaration un peu convenue sur le travail mené en faveur du livre en région conjointement soutenue par la présidente de LR2L, Marie-Christine Chase, Fabrice Manuel en charge de la culture au Conseil régional, et la représentante de l’Etat Odile Nublat. La Comédie du Livre aura notamment été l’occasion de signer La Charte des manifestations littéraires. Un texte en élaboration depuis plusieurs années qui précise la place et le rôle de chacun des acteurs de la chaîne du livre en remettant les auteurs au centre du projet et en leur garantissant une juste rémunération. Cet aboutissement apparaît comme un gage de sérieux. S’efforçant de favoriser les échanges interprofessionnels, la nouvelle équipe de LR2L semble à l’écoute. Mais dans un climat de crise qui bouscule les modèles économiques, la confiance s’érode parfois entre les acteurs dont les intérêts ne sont pas toujours conciliables.
Les libraires régionaux, qui brillaient par leurs absences, seront bientôt recensés dans un nouvel annuaire publié par LR2L. « A l’heure où le secteur vit une totale mutation liée à la révolution numérique, chacun se replie un peu sur ses propres préoccupations. C’est humain, explique Adeline Barré qui œuvre avec Emmanuel Begou pour faciliter ce difficile passage. « Nous mettons actuellement l’accent sur les publications des maisons d’éditions afin que les ouvrages soient bien accompagnés et qu’ils arrivent jusqu’aux libraires. » Emmanuel Begou a en charge le travail avec les médiathèques et les bibliothèques : « Ces structures publiques sont des lieux de médiation vers les nouveaux supports. Avec l’arrivée du numérique, l’apport en recherche d’information est incontestable. Il faut former les usagers. Nous ne jouons pas l’opposition entre les pratiques d’hier et celles d’aujourd’hui. Ce qui est important c’est de véhiculer la pensée. » En voilà au moins une qui sera au goût de tout le monde.
Débat : Une fenêtre sur l’Afrique
Il ne sont pas de même facture les livres de l’historienne Catherine Coquery-Vidtovitch Petite histoire de l’Afrique, et de l’équipe franco-camerounaise composée de Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, et Thomas Deltombe auteurs de Kamerun, mais ils ont été publié simultanément (Editions La Découverte), et invitent tous deux à réajuster notre regard sur l’Afrique subsaharienne. L’occasion a donné lieu à un débat intéressant et suivi initié par la librairie Sauramps vendredi dans le cadre de la Comédie du Livre.
Incontournables. Christoph Hein et Paul Nizon, des auteurs hors normes.
Christoph Hein
L’Allemand Gunter Grass en 1999, l’Autrichienne Elfriede Jelinek en 2004 et la Roumaine Herta Müller en 2009 ont obtenu les derniers prix Nobel de littérature attribués à des écrivains de langue allemande. Aucun des membres de ce trio n’était disponible cette année pour répondre à l’invitation de La Comédie du livre. Chacun à leur manière, ces auteurs consacrés usent d’une puissance créatrice hors norme, d’un style en rupture qui rend compte de la part irrationnelle de l’histoire. Leurs origines soulignent, comme on peut le voir à Montpellier, que la littérature allemande ne se limite pas au pays de Goethe.
Claude Nizon
Parmi les auteurs présents cette année, deux pourraient entrer dans ce symbolique panthéon. Christoph Hein né en Saxe en 1944 dont les études furent perturbées par la construction du mur. L’écrivain commence sa carrière en temps que dramaturge et se voit reconnu dès la publication de ses premiers récits en 1980. Son dernier roman Paula T une femme allemande (Métailié 2010) déroule la vie et le combat d’une femme et d’une artiste de l’Est. Une situation dépeinte dans un style sec comme le sont parfois les prises de paroles publiques sans concession de ce grand défenseur d’idées. Dans un tout autre genre le Suisse Paul Nizon, exilé à Paris, ne succombe pas non plus à la facilité. Il vient de publier Les Carnets du coursier (Actes Sud) et poursuit sa quête qui pousse sa recherche d’expression vers l’infini de lui-même. A (re) découvrir.
Un des auteurs de langue allemande à découvrir parmi les invités de la Comédie du Livre. Les lecteurs qui voulaient rencontrer Sherko Fatah vendredi peuvent le retrouver ce matin à 11h à l’Espace Martin Luther King.
Né en 1964 en Allemagne de l’Est d’un père kurde originaire du nord de l’Irak et d’une mère allemande, l’écrivain a fait de nombreux séjours en Irak. Son œuvre est imprégnée du thème de l’exil. Dans Le navire Obscur l’auteur retrace la vie d’un jeune kurde irakien enrôlé dans la guerre du côté des « Combattant de Dieu » alors que les bombardements s’intensifient sur son pays. Après avoir donné (ou perdu ?) de sa personne en suivant les barbus, Kerim décide de rejoindre son oncle en Allemagne. Au mépris du danger, avec une certaine innocence, il embarque clandestinement sur un cargo. Débute une traversée humiliante où Kerim éprouve le sentiment, commun à tous les clandestins, de perdre son identité. Lorsqu’il parvient en Allemagne de nouvelles surprises l’attendent. Voilà qu’on lui demande à nouveau d’imaginer des histoires pour s’en sortir…
Le parcours dessiné par Sherko Fatha regroupe en un destin le contenu de trois existences dans lesquelles son personnage progresse à tâtons et semble en même temps faire corps avec une force de vie déterminante. On ne sait vraiment vers où l’écriture sobre et puissante de Sherko Fatha nous conduit mais elle nous maintient en éveil.
Le navire Obscur, éditions Métailié 2011, 23 euros.
« Ruth a dit : Promets-moi que tu ne feras jamais rien avec lui »
Judith Hermann."J'évoque le blanc qui reste" Photo Rédouane Anfoussi
Un critique allemand a dit de l’œuvre de Judith Hermann qu’elle dressait le portrait d’une génération en chassant ses fantômes. « Pour écrire, je m’inspire de mon vécu propre, précise-t-elle. Si cela devient le portrait d’une génération, pourquoi pas. Raconter une histoire, c’est un peu chasser des fantômes pour exprimer ce qui est difficilement décryptable. »
En 1998, son premier roman Maison d’été plus tard (Albin Michel 2001), connaît un énorme succès en Allemagne avant de devenir un best-seller mondial. Ce qui lui permet d’abandonner son travail de journaliste. Cinq ans plus tard, elle publie son second recueil de nouvelles Rien que des fantômes. Hier, elle en à lu un extrait, dans le cadre des moments littéraires au Pavillon populaire.
« Ruth a dit : Promets-moi que tu ne feras jamais rien avec lui ». La première phrase de ce court récit pose d’emblée le cadre d’une relation entre les trois protagonistes de l’histoire. Deux amies dont l’une, Ruth, peine à se situer dans une histoire de cœur qu’elle débute avec Raoul. Le troisième personnage, miroir inversé de Ruth, c’est la narratrice qui apparaît au lecteur à travers ses observations. A la lecture, on entre en parfaite empathie avec ce personnage travaillé par l’indécision. « C’est plus intéressant d’écrire sur quelqu’un qui cherche que sur des gens qui ont des certitudes. Le lecteur comprend dans les blancs », commente l’auteur. Le style léger et précis de Judith Hermann se nourrit des inattendus de la vie et d’une certaine inadéquation avec le monde.
Son prochain recueil de nouvelles à paraître chez Albin Michel en octobre prochain se situe sur la même tonalité que ses deux premiers livres. Judith Hermann aborde en cinq nouvelles l’expérience de l’adieu quand quelqu’un de proche disparaît. « Je parle de la mort. J’évoque le blanc qui reste. J’aimerais que mes lecteurs remplissent ce vide par leur propre expérience. » Un autre moment propice à l’instabilité qui comporte une luminosité particulière.
Rencontre avec Judith Hermann dimanche à 16h, Centre Rabelais
Harmut Rosa : Le temps de l’argent
Débat. Le sociologue Harmut Rosa invité par la Fabrique de Philosophie Cette 26e édition de la Comédie du livre a globalement tenu son pari d’exigence. Notamment ceux que s’était fixée l’organisation, de recentrer l’orientation sur la dimension littéraire et le pays invité. On peut néanmoins regretter que la teneur des autres débats ait manqué de consistance politique et économique, qui sont au cœur de notre quotidien. L’annulation de l’échange entre les représentants du Parti de Gauche et ceux du parti allemand Die Linke, comme le désistement de la philosophe Michela Marzano ont renforcé le déséquilibre. En la matière, l’exception est venue de la pensée critique Hartmut Rosa.
Le sociologue était invité à présenter son dernier ouvrage Accélération (éd. La Découverte) dans lequel il met le doigt sur la pression du temps imposée par notre vie moderne, qui est à l’origine d’un dysfonctionnement majeur de la société. « La dimension de la compétition dit-il, agit aujourd’hui plus lourdement sur nos vie que l’église a pu peser hier. Il faut courir plus vite, non pour aller plus loin, mais pour garder sa position. Au travail, il faut aller plus vite pour rester où on est. » Ces conditions de temps sont celles du système néolibéral. « On nous donne l’impression de ne pas être à la hauteur, d’être toujours en retard. » Hartmut Rosa en tire des constats sociaux qu’il définit comme « un rétrécissement des espaces temporaires, » avec des incidences sur l’individu : « La réponse à la question qui êtes-vous est de plus en plus difficile à trouver. » Et des conséquences politiques, celles qui affectent la mémoire collective et la compréhension générale du monde. « On vit de plus en plus d’épisodes qui se cumulent sans que l’on ne puisse en tirer des leçons. » Cela participe, selon Rosa, au retrait des citoyens de la politique qui demande du temps pour être comprise.
C’est un des auteurs de langue allemande à découvrir parmi les invités de la Comédie du Livre. Les lecteurs qui voulaient rencontrer Sherko Fatah vendredi peuvent le retrouver ce matin à 11h à l’Espace Martin Luther King.
Né en 1964 en Allemagne de l’Est d’un père kurde originaire du nord de l’Irak et d’une mère allemande, l’écrivain a fait de nombreux séjours en Irak. Son œuvre est imprégnée du thème de l’exil. Dans Le navire Obscur l’auteur retrace la vie d’un jeune kurde irakien enrôlé dans la guerre du côté des « Combattant de Dieu » alors que les bombardements s’intensifient sur son pays. Après avoir donné (ou perdu ?) de sa personne en suivant les barbus, Kerim décide de rejoindre son oncle en Allemagne. Au mépris du danger, avec une certaine innocence, il embarque clandestinement sur un cargo. Débute une traversée humiliante où Kerim éprouve le sentiment, commun à tous les clandestins, de perdre son identité. Lorsqu’il parvient en Allemagne de nouvelles surprises l’attendent. Voilà qu’on lui demande à nouveau d’imaginer des histoires pour s’en sortir…
Le parcours dessiné par Sherko Fatha regroupe en un destin le contenu de trois existences dans lesquelles son personnage progresse à tâtons et semble en même temps faire corps avec une force de vie déterminante. On ne sait vraiment vers où l’écriture sobre et puissante de Sherko Fatha nous conduit mais elle nous maintient en éveil.