« Flame » à la Chapelle au cœur d’une l’histoire culturelle revisitée par le trio David Pino Rodrigo Garcia, Serge Monségu.
Dans le quartier gitan de la cité St Gély La Chapelle a ouvert une zone carrefour. Un labo artistique au sens premier du terme. En résidence l’artiste David Pino de Cordoue, lauréat du concours National de Córdoba y a joué avec les guitaristes et des musiciens de Figuerolles-Gely et de la région. Dans le cadre des soirée Soy cette rencontre a permis de retrouver les racines gitanes et flamenco. Deux jours plus tard, associé à Rodrigo Garcia et à l’ingénieur du son Serge Monségu, le duende de David Pino a dépassé les règles strictes de la tradition. Le trio proposait une performance en rupture avec les représentations traditionnelles.
Venu nombreux le public a pu voir et surtout sentir qu’il est tout à fait possible de se débarrasser du conservatisme lorsqu’on est dépositaire de racines culturelles forte. On retrouve la douleur et la souffrance du chant dans la voix d’un clown à l’allure maléfique qui démarre à capela. Pas de danseuse aux formes voluptueuses mais un autre personnages féminin grimée accompagne le chant à la batterie avec ardeur. Chaque coup de grosse caisse fait défiler un diaporama d’images de film violent, Orange mécanique de Kubrik, Eraserhead de Lynch, et quelques bons films d’horreur de série Z, où la souffrance des âmes trouvent à se repaître.
Lâchage de larsens entêtant et déjanté en guise de notes franches et souples. Avec un corpus poétique en bonus. Tous le tourbillon du flamenco en flammes. Respect !
Si c’était une couleur ? Le noir. Si c’était une paire de pompes ? Deux boots. Si c’était une figure du coin ? Dimoné, le rocker poète nourri à la contre-culture. Celles des hautes années du rock montpelliérain, OTH, les Shériffs, les Vierges… A l’époque il sévit à la basse dans Les Sulfateurs espagnols.
« J’étais dans la colonie. Acteur du collectif au coeur d’une énergie palpable dans la musique comme dans les mouvements sociaux étudiants. » Plutôt prudent face au rock français qui s’institutionnalise et la grande trahison de la gauche : « La politique est vouée à décevoir une part de moi qui est farouche. »
Évidemment la vie lui a joué des tours : « J’aimais le mythe du rocker mort à 27 ans mais quand c’est toi et que tu n’es pas mort, comment tu fais ?». Dimoné, difficile à saisir, impossible à fixer, fluctuant, et pourtant toujours Dimoné. Toujours la même métamorphose.
Prendre le risque
Dimoné a fait des expériences sociales diverses. Un père éducateur spécialisé, une mère au foyer : « je viens d’un milieu où on a l’idée qu’il faut travailler. Les métiers du spectacle m’ont accueilli. J’ai appris à monter des estrades pas à me trouver directement dessus.»
La compagnie de Dimoné est agréable, elle enrichit. Il est profond mais pas triste, prend le risque de vivre et aussi celui de mourir, joue avec cet éternel balancier. « J’ai entrepris la reconquête de mes tourments. Cela m’a ouvert le chemin sinueux des énigmes qui sont en moi maquillées de mystère. Pourquoi je porte la moustache ? Pourquoi cette barbe d’abeille ?», dit-il en se prenant une longue gorgée de bière.
Chez lui, imprudence et imprévu semblent avancer la main dans la main. Il fut un temps où on le voyait sur scène conjurer le temps en dansant, abdominaux à l’air. En novembre son concert au Rockstore tenait d’une autre facture. « J’ai coupé le fil de quelque chose. Je suis moins attaché à ma carcasse. Je n’ai pas le même désir de séduire. J’arrive à me trouver grotesque. »
L’oeuvre se révèle dans le temple du rock montpelliérain mêlant texte, musique, intimité avec le public. « Jouer à Montpellier c’est différent. Je ne fais pas le show parce que je pourrais être dans le public. » Reste le côté sacrificiel du moment de scène. « Il faut que tu correspondes à ce qu’on attend et que tu surprennes. Il faut accepter de se faire manger et manger, passer par la transpiration. Tu t’abîmes, paies de toi, tu disparais un peu à chaque fois. »
Dimoné bâtit sa légende malgré lui. Celle d’un artiste audacieux affrontant les défis de la vie et de son art qui débute par le texte. « D’abord le texte. Puis, quand le matériau mot est là, je le redistribue. L’auteur que j’ai été ventile en étant un peu irrévérencieux avec le texte. Pendant longtemps je pensais faire du rock-n-roll. Je sais aujourd’hui que je fais un métier. »
L’album Bien hommé mal femmé est à caler dans la platine. Dimoné s’exprime par son contraire et son complémentaire. « Ce n’est pas ce qu’on dit qui est intéressant, c’est de le dire.» Un filon en attendant que les dérives nous submergent.
Jean-Marie Dinh
Subchronique
Le bien nommé Dimoné malfamé
Dimoné, le dandy fumeux, vient de sortir un nouvel album, Bien hommé mal femmée. Le plus souvent, on a l’impression que c’est à nous qu’il s’adresse, qu’il nous parle de conditions de vie connue, sans nous mettre au courant des tristes nouvelles du CAC 40, juste pour parler des choses du monde, en cachant sa peine. De ces choses on ne retient rien ou presque à la première écoute. Après sa voix nous appartient. Le corpus poétique de cet album aborde la question du genre, maintes observations y ont creusé d’invisibles et discrètes lacunes. Main négligente et genoux tremblant, naufrage du corpus dont l’existence se perçoit en creux. Photographie, presque de famille, transformée qui s’envisage comme une expérience de l’extrême, de lanceur de couteaux poussé aux limites de ses possibilités. Une vie d’artiste partagée où l’amour se meut dans les milieux artistiques, oscillant entre poésie, art littérature, théâtre et rock n roll. Reste le jeu de l’illusion. Comme il est illusoire de vouloir rattacher Dimoné à une école. Une forme de fascination, pour la naissance, l’apparition, l’évanouissement, l’incarnation de l’image pour être un objet du monde, quelque chose de noir mais aussi de lumineux.
La police turque a arrêté, dimanche 14 décembre, Ekrem Dumanli, le rédacteur en chef de l’un des principaux quotidiens du pays, Zaman, et 24 autres personnes dans treize villes du pays, selon l’agence Anatolie. Cette vague d’arrestations marque une escalade de la lutte que mène le président Recep Tayyip Erdogan contre son grand rival, le prédicateur islamiste Fethullah Gülen, dont Zaman est proche.
Au total, des mandats d’arrêt ont été délivrés contre 32 personnes, accusées entre autres de « former un gang pour tenter d’attenter à la souveraineté de l’Etat », a indiqué l’agence Anatolie.
La police a dû s’y reprendre à deux fois pour arrêter M. Dumanli. Une première descente, au matin, avait été contrariée par des manifestants positionnés devant le siège du journal, à Istanbul. « La presse libre ne peut être réduite au silence », avait-il alors lancé devant la foule, défiant les policiers de l’arrêter, ce qui fut fait quelques heures plus tard.
Le président de la chaîne de télévision Samanyolu, proche de Zaman, a également été arrêté dimanche. La chaîne de télévision TRT Haber a fait état de l’arrestation de deux anciens chefs de la police.
Le chef du principal parti d’opposition laïque, le CHP, Kemal Kilicdaroglu, a dénoncé « un gouvernement putschiste. Un coup d’Etat est en cours contre la démocratie. » Mais pour le ministre de la santé, Mehmet Muezzinoglu, « ceux qui se sont mal conduits doivent payer ».
« STRUCTURE PARALLÈLE »
Cette opération, la dernière d’une série de vagues d’interpellations menées depuis juillet, était attendue depuis plusieurs jours. Un compte Twitter particulièrement suivi, qui a averti par le passé de l’imminence d’autres coups de filet, avait indiqué récemment que la police s’apprêtait à interpeller 400 personnes, dont 150 journalistes considérés comme des soutiens de Fethullah Gülen. Il y a une semaine, M. Erdogan lui-même avait promis de pourchasser « jusque dans leurs tanières » les partisans de Gülen, qu’il présente comme des « terroristes » et des « traîtres ».
Ce prédicateur, exilé depuis 1999 aux Etats-Unis et très suivi en Turquie, est un ancien allié de M. Erdogan, avec lequel il est désormais en conflit ouvert. Il a déclaré cette année que la répression menée par M. Erdogan était « dix fois pire » que celle qu’avait connue la Turquie après le putsch militaire de 1980.
Voici un an, des enquêtes pour corruption avaient visé le premier cercle des collaborateurs de M. Erdogan, alors premier ministre. Zaman avait multiplié les révélations sur cette affaire. Pour M. Erdogan, ces enquêtes et leur divulgation dans la presse participaient d’un complot orchestré contre lui par une « structure parallèle » constituée de partisans de Gülen, lequel a toujours démenti.
L’enquête avait entraîné la démission de trois ministres et poussé M. Erdogan à procéder à une reprise en main de l’appareil d’Etat. Des milliers de policiers et des centaines de juges et de procureurs ont été mutés. La justice turque a abandonné en octobre ses poursuites contre cinquante-trois personnes inculpées dans cette affaire, dont deux fils d’anciens ministres.
Malgré ce scandale, M. Erdogan, au pouvoir depuis 2003, a remporté haut la main les élections municipales de mars, puis la présidentielle d’août, pour la première fois au suffrage universel direct.
Sources : Le Monde.fr avec AFP, AP et Reuters | 14.12.2014
Focalisée sur l’économie, la campagne pour les élections législatives du dimanche 14 décembre au Japon a éludé bien des sujets controversés, qu’il s’agisse de la révision de la Constitution, de la relance du nucléaire, de la politique de défense ou encore de la protection des secrets d’Etat. Le premier ministre Shinzo Abe a réussi à transformer ce scrutin en référendum sur les « Abenomics », les mesures de relance adoptées depuis son retour au pouvoir en 2012. « Pour le redressement économique, il n’y a que cette voie à suivre », tel fut le message martelé par le chef de gouvernement et ses troupes pendant les deux semaines passées à arpenter l’Archipel.
Surpris par l’annonce des élections anticipées, les autres partis ont tenté de suivre, essayant de capitaliser sur les limites des « Abenomics », en particulier sur le pouvoir d’achat. En vain, faute de pouvoir offrir une alternative crédible. Le 12 décembre, les sondages prédisaient une large victoire de M. Abe et de sa formation, le Parti libéral démocrate (PLD), qui pourrait obtenir plus de 300 des 475 sièges en jeu. Un tel succès restaurerait la popularité du premier ministre, affectée par la démission en octobre de deux ministres et par l’annonce en novembre de l’entrée en récession du Japon.
Absence de débats
Mais les sujets escamotés pourraient revenir dans l’actualité sitôt le scrutin passé. « Une fois réélu, il y a des chances que M. Abe oublie les Abenomics. Il pourrait concentrer son capital électoral sur les sujets qui lui tiennent à cœur, comme la défense ou la Constitution », estime Koichi Nakano, professeur de sciences politiques à l’université Sophia. « Il est compliqué de faire des réformes structurelles comme celles des Abenomics, confirme Michael Cucek, de l’Institut d’études asiatiques comparées de l’université Temple. Cela demande beaucoup d’énergie et peut créer des divisions. »
Le PLD a évité de parler des questions épineuses, aidé par une opposition qui n’a pas su en faire des sujets majeurs. D’après un sondage dévoilé le 11 décembre par le quotidien de centre gauche Mainichi, 49 % des sondés s’opposent à la loi sur les secrets d’Etat, contre 30 % qui la soutiennent. 51 % rejettent le droit à l’autodéfense collective, contre 35 % qui l’approuvent. L’absence de débats sur ces sujets peut aussi s’expliquer par la priorité donnée par les Japonais aux questions des retraites, de la sécurité sociale ou de l’éducation.
La loi sur la protection des secrets d’Etat, adoptée fin 2013 sur fond de vive contestation et entrée en vigueur le 10 décembre, est critiquée pour le flou de sa formulation. Elle prévoit dix années de prison pour une personne révélant une information classifiée et cinq ans pour ceux – journalistes ou militants par exemple – qui inciteraient à en révéler.
M. Abe y voit un moyen d’assurer la sécurité et de protéger l’intérêt national. Mais son application inquiète. Le quotidien de centre gauche Asahi a déploré la « faiblesse de la supervision des modalités du classement des informations ». L’organisation étudiante SASPL (« étudiants contre la loi de protection des secrets ») a manifesté les 9 et 10 décembre devant le bureau du premier ministre.
« Faire taire la population »
Pour le Congrès des journalistes du Japon, le texte est « un moyen de fermer les yeux et les oreilles de la population, et de la faire taire, tout en usurpant la liberté de la presse et d’expression ». Son adoption a déjà fait perdre au Japon six places dans le classement des pays sur la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), où il est désormais en 59e position sur 180 pays. « La loi restreint de manière inappropriée le droit de savoir de la population », regrette de son côté le syndicat japonais des libertés civiles, qui réunit des professionnels du droit.
Autre sujet évité pendant la campagne : l’énergie et la relance du nucléaire, trois ans après la catastrophe de la centrale de Fukushima. Sous la pression de l’industrie nucléaire et des compagnies d’électricité, Shinzo Abe souhaite redémarrer les réacteurs de l’Archipel, qui pourraient être relancés dès le mois de février.
La réforme de la Constitution et plus précisément la révision de l’article 9, par lequel le Japon avait renoncé à la guerre après la défaite de 1945, n’ont pas non plus été abordés par les candidats. Ce débat « a été occulté pendant la campagne, regrettait un éditorial publié le 11 décembre par Mainichi. C’est le PLD qui porte la responsabilité de l’inquiétant silence qui entoure cette question. » Connu pour ses positions nationalistes, M. Abe a toujours souhaité réviser la Constitution. La mouvance nationaliste nippone rejette cet article 9, qu’elle estime « imposé » par les Etats-Unis après la seconde guerre mondiale.
Budget de la défense en hausse
Dans le domaine de la défense, la révision le 1er juillet dernier de l’interprétation de la Constitution pour permettre aux forces d’autodéfense (FAD) de participer à des systèmes de défense collective oblige le gouvernement à modifier la législation en cours. Les nouveaux textes devraient être finalisés en 2015. De même, alors que le Japon se débat avec une dette qui devrait atteindre 245 % du PIB, le budget de la défense devrait augmenter en 2015 pour la troisième année consécutive, en raison, explique le gouvernement, des risques liés à la menace chinoise.
Pour le professeur Nakano, Shinzo Abe pourrait « se rendre à nouveau à Yasukuni ». Ce sanctuaire shinto rend hommage, depuis la fin du XIXe siècle, aux soldats japonais morts à la guerre et qui se sont sacrifiés pour leur pays. Parmi eux, des criminels de guerre nippons de la seconde guerre mondiale. Il est devenu le symbole du militarisme des nationalistes nippons et chaque visite de premier ministre – la dernière fut celle de Shinzo Abe le 26 décembre 2013 – suscite l’indignation en Chine et en Corée du Sud. Pour Michael Cucek, M. Abe pourrait être tenté par une nouvelle visite, surtout si la présidente sud-coréenne Park Geun-hye persiste dans son refus de le rencontrer et si le numéro un chinois Xi Jinping maintient une attitude distante. Les contentieux historiques du Japon avec ses voisins pourraient être ravivés à l’occasion du 70e anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale, en 2015.
Cependant, souligne M. Cucek, « compte tenu de l’abstention attendue le 14 décembre, Shinzo Abe pourrait être élu par seulement un cinquième des inscrits. C’est peu même s’il a tous les pouvoirs au Parlement. » Dans ce contexte, renchérit Koichi Nakano, « la moindre difficulté sur l’économie ou sur des sujets impopulaires pourrait faire plonger sa popularité ».
Les Japonais renouvellent leur confiance au conservateur Shinzo Abe
La coalition conservatrice sortante remporte une large victoire aux élections législatives de dimanche au Japon.
Elle obtient d’après les premières projections 327 sièges sur 475 à la Chambre des représentants, la chambre basse du parlement japonais, où elle conserve sa majorité des deux tiers. Le Parti libéral démocrate (PLD) d’Abe n’obtient cependant pas à lui seul cette « super majorité » des deux tiers.
Les électeurs japonais étaient conviés dimanche à des législatives anticipées décidées en novembre par le Premier ministre sortant, Shinzo Abe. Ce dernier, âgé de 60 ans, voulait par ce scrutin obtenir un nouveau mandat pour conforter sa politique économique (surnommée « Abenomics »), après sa décision de reporter une nouvelle hausse du taux de TVA. La première hausse, qui a vu ce taux passer de 5 % à 8 % en avril dernier, a provoqué un recul de l’activité.
« Le taux de chômage a baissé, les salaires ont commencé d’augmenter, pensez-vous qu’il faille que l’on arrête, ou faut-il continuer », avait fait mine d’interroger Shinzo Abe tout au long de ses nombreux discours de rue. « Les abenomics (cocktail de mesures économiques) sont la seule voie », répondait-il.
Le Parti démocrate rate son objectif
Selon les projections, le Parti démocrate (PDJ), la principale force d’opposition, obtiendrait 73 sièges à la chambre basse. D’après les estimations de la chaîne publique NHK, le PDJ (centre gauche), deuxième formation du pays, ne recueillerait qu’entre 61 et 87 sièges, ratant la barre des 100 espérée. D’après la NHK, le Parti Libéral Démocrate (PLD, droite) aurait obtenu entre 275 et 306 des 475 sièges en jeu et pourrait conserver les deux tiers de la chambre basse avec son allié centriste Nouveau Komeito, qui aurait obtenu entre 31 et 36 sièges, contre 31 députés sortants.
Près de 105 millions de Japonais étaient convoqués dans les écoles, mairies et autres lieux publics pour voter, mais la participation a été faible tout au long de la journée en raison du manque d’enjeu et d’une météo défavorable dans une partie du pays.
Le PLD de Shinzo Abe avait 295 sièges et le Komeito, son partenaire de coalition, 31 à la Chambre des représentants quand elle a été dissoute pour ces élections anticipées. Le PDJ, lui, en avait 62. Cinq sièges ont été supprimés dans le cadre d’une réforme électorale. 18H00 (09H00 GMT), elle n’était que de 34,98 %, en recul de 6,79 points par rapport à celle du scrutin du 16 décembre 2012 où le nombre de votants était déjà historiquement faible.
L’exposition d’hiver du Musée Paul-Valéry est placée sous le double signe de l’art contemporain et de son ancrage régional. A l’occasion d’une donation de 47 œuvres de l’artiste Jacques Clauzel, venue enrichir le fonds d’arts graphiques du musée, celui-ci lui consacre une exposition à découvrir jusqu’au 25 janvier 2015.
L’œuvre singulière et poignante de Jacques Clauzel résulte de combinaisons imprévues où la matière peinture occupe une place prépondérante. L’artiste explore les potentialités chromatiques du noir et du blanc, absolu où se résume la totalité des couleurs.
« Au début on regardait mes tableaux et on me disait : vous avez de belles couleurs. C’est sans doute ce qui m’a décidé à ne plus utiliser que le noir et le blanc sans faire de mélange. Les couleurs que l’on voit viennent de la lumière, comme par une sorte de miracle », confie l’artiste qui n’use que de matériaux pauvres comme la peinture acrylique de base, des vieux pinceaux ou outils d’ouvriers comme la truelle du maçon, « tout ce qui me tombe sous la main sauf les outils des gentils peintres », précise-il avec un petit sourire.
Jacques Clauzel dans son atelier
A partir de 1985, il utilise le papier kraft comme support, accumule les couches pour faire surgir les traces en jouant sur le rapport support et surface. Il s’impose un effacement, refuse la maîtrise, en laissant la peinture aux commandes.
Jacques Clauzel croise les tenants du mouvement d’avant-garde français support-surface Vincent Bioulès, Daniel Dezeuze, Claude Viallat… qui sont de sa génération, sans trouver de convergence avec leur réflexion théorique.
« De par ma pratique et mon rapport simple et spirituel à la peinture, je ne pouvais m’inscrire dans les intentions affichées ce qui ne m’empêchait pas de côtoyer ces artistes par ailleurs. En peinture, il faut être de son époque. Cela ne veut pas dire qu’il faut aller voir ses amis pour savoir si ça fonctionne. On n’a pas à dire, je veux dire ceci ou cela. C’est la peinture qui demande au peintre de travailler pour elle. Je travaille par série. Je suis aspiré par plusieurs toiles qui évoluent chacune à leur rythme et puis il y a un moment où ça fonctionne. Où on est dans le sujet et on réalise un, deux, trois, dix tableaux. C’est ce moment qui me captive où je sens que ça peut apporter quelque chose au monde, puis ça s’arrête et je m’en désintéresse. Je n’ai pas envie d’exploiter des filons. Je fais ce que j’ai à faire et rien d’autre. »
2013, acrylique sur papier kraft, 220 cm x 158 cm
L’exposition permet d’observer à différentes échelles, les étapes d’une création aux contours multiples qui appelle l’interprétation.
27 œuvres présentent différentes étapes et recherches de l’artiste. La seconde partie composée de 20 grands formats propose des travaux récents, « l’aboutissement de cinquante ans de peinture ». Où l’on sent de quelle manière la position de retrait de l’artiste agit sur notre rapport à la peinture.
Le musée Paul-Valéry renforce au fil du temps les liens tissés entre l’établissement et les créateurs liés à la région. Un travail précieux qui fait entrer les œuvres d’artistes vivants dans le patrimoine et les rend ainsi accessible à tous.
Jean-Marie Dinh
Source : LHérault du Jour 12/12/2014
Jacques Clauzel Bio
Né le 4 Mai 1941 à Nîmes. Étudie la peinture dans les écoles des Beaux Arts de Tourcoing, Montpellier et Paris (atelier Chastel). Grand logiste au Prix de Rome en 1964. De 1965 à 1973, d’abord décorateur à la télévision ivoirienne, puis enseignant de Peinture à l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts d’Abidjan.
Nombreux reportages photographiques sur l’Afrique (Mali, Burkina-Faso, Niger, Ghana, Togo, Dahomey). De 1965 à 1968, périodes des papiers, peints, découpés et recomposés. A partir de 1968 se consacre à la photographie de reportage. En 1973, retour en France. Est recruté par l’École des Beaux Arts de Montpellier en 1975 pour y fonder l’atelier de photographie. En 1976, retour à la peinture par le biais de dessins automatiques. Période de recherches (papiers froissés, puis déchirés et collés, grands papiers marouflés…).
Il choisit de travailler sur papier kraft. À partir de 1985, les thèmes essentiels qui déterminent son œuvre sont identifiés et présents dans l’ensemble du travail. Jacques Clauzel pratique d’autres techniques (gravure, lithographie, sérigraphie, et photographie), édite des livres d’artiste aux éditions « A travers » et collabore avec de nombreuses autres maisons d’éditions.