8 prédictions pour le journalisme en 2015

Flickr/CC/futur-en-seine

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En 2014, on a appris à cohabiter avec les algorithmes, cherché de nouveaux leviers économiques, on a été horrifié par les décapitations de journalistes, on a déprimé en suivant la situation de LCI et celle de Libération, et on a vu le “brand content” s’inviter sur les sites d’informations et les applications.

Quel est le programme pour 2015? Voici, nouvelle année oblige, 8 prédictions qui pourraient avoir de l’impact sur les journalistes et la vie des rédactions.

La bascule sur mobile

“Sur le Web, le marché de l’information est arrivé à maturité, alors que sur mobile, les usages explosent”, constate Antoine Clément, ex directeur général adjoint de Next Interactive, lors des Assises du journalisme organisées à Metz en octobre 2014. Les chiffres lui donnent raison. Car en France, 75% des applications voient leur trafic progresser tandis que 60% des sites Web enregistrent une baisse de fréquentation, selon une étude d’AT Internet citée par Frenchweb.fr.

A L’Equipe, 50% du trafic se fait désormais sur mobile, et 50% provient encore du site, me confie Fabrice Jouhaud, le directeur de la rédaction. Au Monde, cela fait deux ans et demi que les pages vues sur mobile supplantent celles réalisées sur le site lemonde.fr.

Quant aux réseaux sociaux, ils misent tout sur le mobile. Si la technologie avait été au point lorsque Facebook est né, “Facebook aurait été une application mobile”, et non un site pensé pour l’ordinateur, avait déjà lâché en 2012 Bret Taylor, directeur de la technologie de Facebook.

Moralité: en 2015, pas la peine de s’échiner sur les sites Web, mieux vaut se concentrer sur la stratégie sur mobile, à la fois des smartphones et des tablettes. Avec 43% de la population française qui se sert de téléphones pour naviguer sur le Web, c’est là que se trouve la réserve d’audience pour les rédactions.

La bataille du push

Lundi 22 décembre: j’ai reçu sur mon smartphone 9 alertes de BFM TV, 8 du Point, 8 du Figaro, 4 du Monde, 4 de France TV Info, 5 d’Europe 1, 8 de L’Express, 7 de France Info. Cette journée n’a rien de spécial – si ce n’est, tout de même, la mort de Joe Cocker. Elle est le reflet de la bataille du push qui se joue, depuis quelques années déjà, entre les médias pour squatter les écrans de téléphone à l’aide de notifications visant à alpaguer le chaland avec une information importante, lui faire vivre un événement en “live”, lui faire un résumé de la journée ou du week-end écoulé, ou se rappeler à son bon souvenir.

Une stratégie qui a déjà fait ses preuves. En 2014, les utilisateurs ayant accepté de recevoir des notifications push sur leur smartphone passent trois fois plus de temps sur les applications émettrices de ces alertes, selon l’étude de la société américaine Localytics.

En effet, d’après nos estimations, un seul push peut générer 20.000 à 30.000 visites sur une application française d’informations généralistes.

A condition de ne pas l’envoyer à tort et à travers. C’est là tout l’enjeu pour les rédactions en 2015: comprendre les besoins de leurs lecteurs, afin de leur envoyer des pushs personnalisés, ciblés et adéquats, pouvant même intégrer des images, au bon moment de leur journée. Cela nécessite de savoir répondre aux questions suivantes avant l’envoi d’une alerte, conseille cet instructif guide des notifications:

• Qui doit recevoir ce push ? Il y a a minima trois catégories d’utilisateurs dont les besoins ne sont pas les mêmes: les nouveaux arrivants, les utilisateurs assidus, et ceux qui ont téléchargé l’application mais s’en servent rarement. Ce à quoi s’ajoutent des utilisateurs géolocalisés selon leur lieu de vie – à qui on peut envoyer des informations concernant leur région ou leur pays.

• Quel message doit comporter ce push? Comment peut-il être personnalisé?

• A quelle heure chaque utilisateur doit-il recevoir ce push? Histoire d’éviter de bombarder les expatriés d’alertes lorsque c’est la nuit pour eux.

• Que se passe-t-il une fois que le push est envoyé? Quelle est l’action requise par l’utilisateur – qu’il lance l’application? Qu’il envoie un SMS? Qu’il conserve le message de l’alerte pour un usage ultérieur?

Gagner la bataille du push, c’est faire monter le taux d’engagement des lecteurs, rallonger le temps qu’ils passent sur l’application, et tisser un lien de confiance avec l’audience, prédit Localytics dans son rapport de fin d’année sur l’état des applications mobile.

L’équation Web et TV

Va-t-on enfin voir un programme capable de marier la culture numérique et le “formatage” télévisuel? Il y a bien des programmes à la télévision qui sont des déclinaisons de formats et de talents nés sur le Web – la pastille Le Gorafi, sur Canal+, M. Poulpe à la météo du Grand Journal sur la même chaîne, Le Point quotidien de Vice News, sur France 4 -, il y a aussi des séries télévisées qui jouent à fond la carte de l’interaction sur le Web avec les fans – Fais pas ci, fais pas ça sur France 2 – mais jusque là, beaucoup se sont cassé les dents à vouloir mélanger ces univers.

Cyrille de Lasteyrie, alias Vinvin, a plusieurs fois tenté ce numéro d’équilibriste en lançant Le Grand Webzé puis Le Vinvinteur sur France 5, des expériences foldingues comme on les aime mais qui n’ont, comme on dit à la télévision, “pas trouvé leur public”. “Le Web est gratuit, libre, insouciant, insoumis. La télé, c’est l’inverse: calibrée, rigoureuse, institutionnelle. L’une est un format, l’autre un anti-format. Il faut cesser de vouloir à tout prix marier la carpe et le lapin”, analyse Cyrille de Lasteyrie dans Télérama.

En attendant que quelqu’un trouve la recette, les producteurs de télévision sont amenés à (re)penser leurs émissions pour qu’elles soient disponibles depuis n’importe quel écran. Et ce, même si, la France est un pays où le téléviseur “reste l’équipement privilégié pour regarder les programmes en direct (93 % des Français l’utilisent comme tel)”, selon un rapport du Crédoc (le centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie).

L’urgence, en 2015, c’est donc d’offrir une continuité dans la consultation des contenus selon qu’on est sur un téléviseur, une tablette, un ordinateur, un téléphone, en reprenant l’émission exactement où on l’avait laissée. “Pour l’instant, le mot télévision désigne toujours ce truc qui trône dans votre salon et les émissions qu’on a pris l’habitude de voir depuis presque 60 ans – même si ces émissions vous parviennent maintenant via Internet. Mais on a clairement besoin de créer une nouvelle nomenclature qui convienne au monde multi écrans et multi plates-formes dans lequel on vit”, prévient Roy Sekoff, le président du Huffington Post Live, cité par Mashable.

Le retour des newsletters

C’est le “come back” d’un format que l’on croyait obsolète: la newsletter. “Elle n’est plus tout à fait comme la cassette que l’on faisait par amour au collège, mais elle est une compilation du meilleur qui peut procurer le même type de sentiments” qu’à l’époque, explique Katie Zhu, développeuse chez Medium, dans ses prédictions 2015 au Nieman Lab.

De Time To Sign Off (il est temps de conclure, en VF) à Brief.me, le projet lancé par Laurent Mauriac, en passant par Mondadori, les informations se distribuent plus que jamais par email. Et pour cause, ces newsletters offrent un “temps calme”, comme disent les instituteurs, aux lecteurs éreintés par ce flux incessant d’informations qui les assaille, en leur présentant ce qu’ils doivent savoir, rien de plus, rien de moins. Et ce, à un moment qu’ils ont choisi, c’est-à-dire le moment où ils où ouvrent l’email contenant la newsletter.

“Une des raisons pour lesquelles les newsletters fonctionnent, c’est parce qu’elles agissent comme un filtre intelligent”, écrit Mathew Ingram sur le site Gigaom. En un sens, elles court-circuitent le torrent d’informations que l’on lit sur Twitter, Facebook, sur les blogs, sur les sites d’informations, pour trouver ce qui compte vraiment. Et c’est quelque chose dont on a probablement plus besoin que jamais.”

En 2015, les rédactions vont activer ou ré-activer leurs offres de newsletters. Mais quelle newsletter va rester? Et comment se distinguer des autres quand on est un média généraliste? “Plus vous êtes générique, moins vous avez de valeur pour les lecteurs”, conseille Mathew Ingram. “Alors pensez à toutes les niches et les micro-marchés dans lesquels vous pourriez segmenter votre offre de contenus, et trouvez une façon de les incarner” avec un ton, un style, une sélection qui témoigne de votre patte.

Plus d’horreurs en ligne

La décapitation du journaliste américain James Foley filmée dans une vidéo diffusée sur YouTube – elle a, depuis, été retirée de la plate-forme -, celle ensuite d’un autre journaliste américain, Steven Sotloff….

Ces images de l’actualité, effroyables, témoignent de la la violence innommable des événements et des risques que prennent les journalistes sur le terrain. En 2014, selon le bilan de Reporters sans frontières, 66 journalistes ont été assassinés, 119 enlevés, 1846 menacés et/ou agressés, et 40 toujours otages.

Cette année, il y a eu une escalade dans l’imagerie de l’horreur, diffusée sans filtre et à des fins de propagande, via les plates-formes de distribution accessibles à tous. Les journalistes sont devenus des instruments au service de l’Etat islamique, déplore Jon Lee Anderson, grand reporter au New Yorker, invité à donner la leçon inaugurale de rentrée à l’Ecole de journalisme de Sciences Po. “Cliquer sur ces vidéos chorégraphiées et présentées comme un message à l’Amérique, c’est ce que souhaitent ces bourreaux. Or je ne vais certainement pas leur donner ce plaisir”.

Impossible de prédire ce qu’il adviendra en 2015 sur ce plan. Espérons néanmoins que les médias refuseront encore de relayer de telles horreurs en ligne. Même si, avant de décider de diffuser ou non une image dans un média, il faut bien les examiner dans les rédactions et les authentifier. C’est le travail des journalistes qui, pour tenir au quotidien, ont peu à peu appris à se blinder.

Plus d’intelligence artificielle dans l’information

Robots lisant des informations à haute voix comme un présentateur de journal télévisé, vidéos avec voix off compilées en 5 secondes – quand il faut une vingtaine de minutes à un humain, même expérimenté, pour ce faire -, algorithmes capables de trier les contenus et d’en produire à leur tour… Désormais, l’information doit compter avec l’intelligence artificielle, et les journalistes s’habituer à l’idée d’avoir des robots comme collègues.

Si, aux Etats-Unis, Forbes et le Los Angeles Times ont succombé aux sirènes de robots sachant écrire des articles de A à Z, les rédactions françaises n’ont pas encore recours à de tels services. En 2014, elles se sont contenté de mettre en place des “social media bots”, des robots actifs sur les réseaux sociaux.

C’est qu’a fait France TV Info lors des municipales avec un robot sur Twitter à qui les utilisateurs pouvaient demander de les alerter des résultats obtenus dans leur circonscription dès que ceux-ci étaient disponibles. Même système avec L’Equipe et son “automatic score”. Pour savoir où en est le score de votre équipe de foot préférée sans allumer la télé, vous interpelez le compte Twitter de l’Equipe en mentionnant le nom de l’équipe qui vous intéresse. Instantanément, vous recevez la réponse sur Twitter de la part de l’Equipe avec un lien qui renvoie sur le score du dernier match.

Le système, mis en place début novembre, a deux objectifs, me renseigne Emmanuel Montecer, community manager de L’Equipe:
1. générer du trafic sur les supports de L’Equipe en provenance des réseaux sociaux (au moment du lancement, alors que lequipe.fr récolte entre 50 et 70 millions de visites mensuelles, seuls 1 à 2 millions proviennent de Twitter)
2. soulager l’équipe humaine, qui croule sous près de 10.000 interpellations du compte Twitter de l’Equipe par mois, avec 70% de demandes sur le foot.

Et en 2015? L’Equipe réfléchit bien sûr à élargir l’”automatic score” au rugby, et notamment le top 14. Et d’autres rédactions vont intégrer des robots à la fabrication de leurs informations. Imaginez par exemple France 2 ou TF1 travailler avec l’application Wibbitz pour produire des commentaires sur images en presque temps réel dans leurs JT…

Le casse-tête de l’organisation des rédactions

A votre avis, à quoi les rédacteurs en chef et directeurs de rédaction passent le plus de temps? Réponse: à organiser les équipes, leur rotation, à faire des plannings, et à s’arracher les cheveux pour que les différents services parviennent à travailler ensemble.

Or dans bon nombre de rédactions, et c’est ce qu’a révélé le mémo “Innovation” du New York Times, il y a toujours un vrai mur entre l’Eglise et l’Etat, entre la rédaction et les autres services, comme si travailler à autre chose qu’à l’information était une tare. Développeurs, chefs de projet, graphistes bouent de ne pas connaître les requêtes des journalistes pour remplir leur mission, et la rédaction nourrit une peur viscérale de se faire “manipuler” par des intérêts marketing quand elle n’est pas débordée par le quotidien.

Parlez-vous et s’il vous plaît devenez les meilleurs amis du monde, implore Alisha Ramos, une graphiste de Vox Media. “Chers journalistes, les développeurs et les graphistes ne sont pas des aliens. Ils peuvent ne pas comprendre votre jargon mais ils peuvent avoir une idée intelligente pour rendre digestes toutes les données que vous regardez. Chers développeurs, les journalistes ne sont pas des extra-terrestres. Ils peuvent avoir des idées qui pourraient déboucher sur la créations d’applications dans lesquelles vous pourriez tester ce nouveau code Javascript qui vous tente.”

“Améliorer les passerelles et les collaborations avec les ingénieurs, les graphistes, ceux qui s’occupent des statistiques et des données, et ceux qui font de la recherche et du développement, ne représente aucune menace pour nos valeurs journalistiques”, insistent les auteurs du mémo du New York Times pour évangéliser leurs collègues. Et si la notion de “rédactions intégrées” passait de l’état de mirage à la réalité? Le message devrait enfin passer en 2015.

La montée en puissance du native advertising

Regardez ce contenu sur la préparation physique des danseuses du corps de ballet de New York publié sur le site du New York Times. Ce “reportage”, dont le format ressemble à s’y méprendre à celui de Snowfall, faisant la part belle à l’écriture, aux photos, dessins et aux vidéos, n’est pas une commande de la rédaction du New York Times, mais d’une marque de chaussures, Cole Hann. Même chose pour ce long format sur l’incarcération des femmes dans les prisons, avec des témoignages d’anciennes détenues en vidéo, des chiffres mis en scène dans des graphiques: il a été payé par Netflix pour la série “Orange is the new black”.

Ces deux exemples sont ce que l’on appelle du “native advertising”, une publicité qui reprend les codes journalistiques du média qui l’héberge. Le New York Times, Buzzfeed, Forbes, mais aussi lemonde.fr, Le Huffington Post, Lexpress.f, tous accueillent ces publicités d’un nouveau genre, cherchant par là à maximiser leurs revenus publicitaires. En France, les rédactions se cassent la tête pour réussir à les produire, à les insérer dans des espaces autrefois réservés aux informations, et à en assurer la distribution en fournissant au besoin des statistiques sur leur consultation aux annonceurs. De quoi provoquer quelques débats agités sur la ligne jaune entre contenus sponsorisés et journalistiques.

Le grand flou a commencé dès 2014, quand le native advertising, promesse de nouveaux revenus bienvenus, s’est invité à la table, avant que les règles ne soient gravées dans le marbre. En 2015, l’étiquetage des contenus, qu’ils soient payés par des marques ou écrits par des journalistes de la rédaction, va devoir être affiché.

Excellentes fêtes à tous et très bonne année 2015!

Alice Antheaume

Source Slate Labo médias école de journalisme de Sciences po : 25/12/2014

Voir aussi : Rubrique Médias, rubrique Internet, rubrique Société, Consommation,

Le chômage atteint un nouveau record

Hollande-Chmage

La France compte 3 488 000 demandeurs d’emploi fin novembre (+ 0,8%). Aucune classe d’âge n’est épargnée.

Encore un record pour le chômage: fin novembre 3,488 millions de demandeurs d’emploi sans activité étaient inscrits à Pôle emploi, un chiffre en augmentation de 27.400 (+0,8%) par rapport au mois précédent, a annoncé mercredi le ministère du Travail.

En un an, la hausse atteint 5,8%. 

Outremer compris, 3,75 millions de chômeurs de catégorie A (sans aucune activité) étaient sur les listes de l’opérateur.

En comptant les demandeurs d’emploi ayant exercé une petite activité, le total atteint 5,176 millions en métropole et 5,478 millions avec l’outre-mer (+0,4%).

Aucune classe d’âge n’est épargnée: +0,5% chez les jeunes, et +1% chez les seniors. Sur un an, l’explosion se poursuit chez les plus de 50 ans (+11,1%) et la hausse atteint 1,5% chez les moins de 25 ans.

Le ministre du Travail François Rebsamen a toutefois relevé dans un communiqué que «la hausse est plus limitée pour les jeunes, soulignant à nouveau l’effet positif des emplois d’avenir», mais a reconnu en revanche qu’«elle est plus forte pour les seniors».

«L’amélioration de la conjoncture en 2015 s’accompagnera de la poursuite d’une politique de lutte contre le chômage offensive», assure le ministre.

Il met en avant la nouvelle convention Etat-Unedic-Pôle emploi qui doit permettre d’améliorer l’accompagnement des chômeurs, notamment ceux de longue durée (alors que 2,2 millions de demandeurs d’emploi – dont ceux ayant exercé une petite activité -sont inscrits depuis plus d’un an).

Il évoque aussi les mesures qui doivent être mises en oeuvre début 2015 pour favoriser le maintien ou l’insertion dans l’emploi, comme «445.000 contrats aidés» et la «mise en oeuvre du compte personnel de formation», ainsi que «la dynamique du Pacte de Responsabilité et de Solidarité».

En deux ans et demi de mandat, le président François Hollande n’a connu que trois mois de baisse du chômage. Le Premier ministre Manuel Valls avait dit mardi qu’il n’attendait pas de «bonnes nouvelles» de ces chiffres publiés à la veille de Noël.

Source AFP : 24.12/2014

Voir aussi  : Actualité France, Rubrique Economie, rubrique Politique, Politique économique, rubrique Société, Emploi, travail,

Les athées, interdits de postes officiels dans sept Etats américains

Dieu le Père (Musée J.-J. Henner) par Jean-Pierre Dalbéra via FlickrCC // License by

Dieu le Père (Musée J.-J. Henner) par Jean-Pierre Dalbéra via FlickrCC // License by

Si vous êtes américain athée et que vous voulez devenir conseiller municipal ou juré dans un tribunal au Maryland, il vaut mieux renoncer. Cet Etat de l’est des Etats-Unis à quelques dizaines de kilomètres de la capitale fédérale Washington et à moins de 200 kilomètres de la ville de New York est l’un des sept Etats des Etats-Unis à interdire l’accès à des fonctions publiques à ceux qui ne croient pas en Dieu… et qui le disent. C’est aussi le cas dans plusieurs Etats du sud et non des moindres: l’Arkansas, le Mississippi, la Caroline du nord, la Caroline du sud, le Tennessee et le Texas.

Comme l’explique au site américain Vice, Rob Boston, le directeur de la Communication de l’association des Américains unis pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat («Americans United for Separation of Church and State»), si ces lois discriminaient «les juifs, les catholiques ou les mormons, elles auraient été abrogées il y a longtemps». Et pourtant ces lois dignes d’un Etat théocratique sont en contradiction avec la Constitution des Etats-Unis qui sépare les Eglises et l’Etat et avec une décision unanime de la Cour suprême qui remonte à… 1961. La plus haute juridiction américaine stipulait alors que les Etats «ne peuvent pas avoir de tests religieux pour attribuer des fonctions publiques» et qu’il doivent être en conformité avec l’article VI de la Constitution des Etats-Unis qui stipule de la même façon «qu’aucun test religieux n’est nécessaire pour l’obtention d’un poste fédéral officiel».

Le rejet aux Etats-Unis de ceux qui rejettent la religion n’est pas seulement le fait de lois anciennes et d’Etats rétrogrades. Il est ancré dans les mentalités. Selon un sondage publié en juin de cette année par le Pew Research Center, près de 50% des Américains désapprouveraient le mariage de quelqu’un de leur famille avec une personne athée. La même étude montre que plus de la moitié des Américains hésiteraient à voter pour un candidat à l’élection présidentielle qui ne serait pas croyant. Ils seraient plus enclins à «pardonner» à ce même candidat l’adultère ou la consommation de drogues légères.

«Très peu de politiques sont près à prendre des risques pour la communauté athée», souligne Rob Boston. «Ils ne pensent pas avoir quoi que ce soit à y gagner, donc ils ne font rien».

Source Slate 20.12.2014

Ce qui se joue en Libye pendant que l’occident regarde la Syrie

Depuis le déclenchement des combats à l’Est puis sur Tripoli, deux blocs s’affrontent à tous les niveaux: Pétrole, entreprises publiques, représentation diplomatique…

Quels sont les rapports de force actuels en Libye ?

Il y a deux blocs qui s’affrontent en Libye. D’un côté, il y a le bloc de l’Armée nationale (le général Haftar, les officiers, les milices de Zentan, et des tribus) et de l’autre côté on a le bloc des milices de Misurata, leurs alliés les islamistes et les jihadistes. Bien entendu, ces blocs ne sont pas homogènes. Mais il y a depuis quelques mois, une tentative de constituer un corps d’armée nationale sur la base d’un objectif commun: Le combat contre une des plus importantes milices en Libye, les milices de Misurata et de leurs alliés les islamistes et les jihadistes.

Ces deux blocs ont étendu depuis les premiers combats à Tripoli et à l’Est des ramifications sur toute la Libye. Dans certaines villes, certaines milices, déjà établies, sont favorables à l’un ou l’autre camp. Même le Sud est gangrené. Dans cette zone, des combats ont déjà eu lieu, au sujet du pétrole, en raison de cette partition Est-Ouest!

Ainsi peut-on constater qu’en terme de soutien dans les villes secondaires, le rapport de force commence à être en faveur de l’Armée nationale. Le pilonnage massif de l’armée nationale sur Tripoli et ses environs sur les jihadistes, islamistes, et les milices de Misurata, le fait même évoluer. Des tribus se sont récemment ralliées à ce général, ce qui va certainement permettre un plus grand quadrillage des ses opérations sur le territoire.

Au-delà des actions militaires qui se cristallisent naturellement autour des installations pétrolières, une course s’est engagée de part et d’autre concernant les directions des entreprises publiques, la représentation diplomatique… Entre le gouvernement fantôme de Tripoli et le gouvernement légitime d’Al-Beida (son siège a quitté Tobrouk).

L’occident doit-il intervenir ?

L’accélération et l’intensification de l’action du général Haftar qui a intégré l’armée pro-gouvernementale pourrait changer la donne sur le terrain au niveau de l’Ouest et de l’Est. Mais, il faut tout de même attendre, même si Haftar gagne actuellement de nombreux points sur le terrain. Cela peut prendre du temps, c’est une entreprise de longue haleine. S’agissant des jihadistes en particulier. Si auparavant les groupes extrémistes étaient discrets, maintenant ils ont pris pied dans certaines villes. La ville de Sirte (l’ancien fief de Kadhafi) est ainsi devenue un des fiefs d’Ansar Al-Charia d’où ses membres peuvent alimenter en armes leurs frères combattants. Les hommes de Belmokthar, donc AQMI, eux, peuvent circuler librement d’Oubari dans le Sud-Ouest jusqu’à Misurata sur les côtes de la Méditerranée. Dans d’autres zones, c’est Al-Qaïda qui est présente. Des connections se sont établies. À l’Est, Derna a prêté allégeance à Daech et les jihadistes continuent d’affluer de Syrie. Ces derniers s’organisent maintenant avec les jihadistes libyens.

S’agissant du Sud, cette région est très problématique. De nombreuses cellules Aqmi, Al-Qaïda, Ansar Al-Charia, lesquelles établissent des ramifications à l’Est et l’Ouest.

Certes Haftar peut se positionner dans le Sud et s’appuyer sur les Touarègues et les Toubous qui lui sont favorables, mais il n’y arrivera probablement pas seul. Donc, une action des occidentaux et particulièrement de la France dans le Sud serait nécessaire, ne serait-ce que pour éviter que les jihadistes passent les frontières notamment des pays frontaliers, dans le cas où l’armée nationale et donc Haftar arrive à Tripoli, qui est devenu une base de recrutement jihadiste et islamiste, puis entre Derna et mène des actions dans le Sud. Ces opérations pourraient provoquer un repli important des jihadistes dans le Sud libyen, qui tenteront de franchir les frontières des pays voisins, dont l’Algérie, qui a fait beaucoup d’efforts, et le Niger. Les frontières sont immenses, poreuses et certains points de passage connus ne sont pas encore véritablement sécurisés. Mais l’occident et notamment la France a-t-il la volonté d’assurer le « service après-vente », comme le dit si bien le Niger?

L’action de l’Onu est-elle efficace ?

Elle est intéressante, car cela a déjà entraîné quelques dissensions entre les milices à Tripoli et à Misurata. Mais le gouvernement légitime d’Al-Beida est davantage en faveur d’une action militaire exclusive que politique, laquelle est trop conditionnée. Cela peut compromettre la future réunion qui peine à s’organiser. Il me semble qu’une action politique et militaire couplées peut, au vue de certains éléments, avoir de l’effet ne serait-ce que pour récupérer les éléments des camps de Tripoli et de Misurata qui demandent déjà à négocier, au vue des actions menées par l’Armée nationale. Des vengeances sont, en effet, à craindre.

Source  Huffington Post:

Voir aussi : Rubrique Actualité Internationale rubrique MéditerranéeLybie, rubrique Syrie,

Paix et sécurité : à Dakar, Idriss Déby Itno se lâche sur la crise libyenne

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Le président tchadien Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis près de 25 ans.

Les chefs d’État du Sénégal, du Mali, du Tchad, de la Mauritanie et le ministre français de la Défense ont clôturé mardi le Forum international sur la paix et la sécurité de Dakar par un panel au cours duquel Idriss Déby Itno a abordé longuement et très librement la crise libyenne.

On connaissait la vision d’Idriss Déby Itno sur les causes de la crise libyenne, mais on l’avait rarement entendu l’exposer ainsi en public. Lors du panel de clôture du Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique, mardi 16 décembre, auquel participaient également les chefs d’État Macky Sall (Sénégal), Ibrahim Boubacar Keïta(Mali), Mohamed Ould Abdelaziz Mauritanie), ainsi que l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo et le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, le président tchadien s’est épanché pendant plus 20 minutes avec une liberté de ton plus qu’étonnante, notamment vis-à-vis des partenaires occidentaux de l’Afrique.

« Les Occidentaux nous ont-ils consulté lorsqu’ils ont attaqué la Libye, ou qu’ils ont divisé le Soudan », a-t-il déclaré avant de se lancer dans une longue tirade. « La solution en Libye n’est pas entre nos mains. Elle est entre celles de l’Otan qui a créé ce désordre », a-t-il poursuivi. Il fallait accompagner la Libye après la chute de Mouammar Kadhafi. La situation actuelle en est la conséquence. Tout comme Boko Haram, l’avancée des jihadistes au Mali et la libre circulation des armes dans tout le Sahel. La Libye était du temps de Kadhafi le pays le plus armé d’Afrique. Ces armes sont aujourd’hui disséminées partout. »

« Feuille de route »

Après avoir dressé le diagnostic, Idriss déby précise les moyens qui, selon lui, sont de nature à remédier au mal. « Aucune armée africaine ne peut attaquer la Libye. L’Otan en a les moyens. Elle doit y aller, c’est sa responsabilité. C’est à nos amis occidentaux de trouver une solution pour la Libye et le peuple libyen. Nous pourrons ensuite les accompagner. »

Et de conclure, sous un tonnerre d’applaudissement: « L’Afrique n’est toujours pas capable de faire fonctionner sa propre organisation (l’Union africaine). Est-ce un problème d’argent ? Les richesses manquent-elles chez nous ? Non. Les dirigeants africains doivent rendre des comptes à leur société civile ».

Réponse un poil ironique du ministre français de la Défense au président tchadien, au pouvoir depuis près de 25 ans : « Je suis heureux de constater qu’une feuille de route pour les dix prochaines années a été tracée. Je ne peux que la partager. Je suis d’autant plus satisfait que, le Tchad assurant la présidence tournante du conseil de sécurité de l’ONU, nous sommes certains qu’elle sera mise en œuvre. »

Vincent Duhem

Source : Jeune Afrique 17/12/2014