En quoi consiste le référendum italien ?

Le parti démocrate italien convoquerait des élections anticipées à l’été 2017 si Matteo Renzi perd le référendum

Le parti démocrate italien convoquerait des élections anticipées à l’été 2017 si Matteo Renzi perd le référendum

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, entend réformer la Constitution pour en finir avec l’instabilité politique et accélérer le travail législatif. Les Italiens se prononcent dimanche.

C’était une promesse de Matteo Renzi à son arrivée au pouvoir, en février 2014 : conduire une réforme en profondeur de la Constitution italienne, rédigée au sortir de la seconde guerre mondiale, afin de la rendre plus efficace et plus rapide, bref plus moderne. Quels sont les objectifs concrets de ce projet ?

  • Mettre fin au bicamérisme « parfait »

C’est une singularité en Europe : la Chambre des députés et le Sénat italien ont le même poids dans l’élaboration des lois, et ont tous les deux le pouvoir de voter la confiance – autrement dit de faire tomber les gouvernements. Cette réforme de la Constitution italienne vise à modifier la composition et le rôle de la Chambre haute, l’autre nom du Sénat.

Celui-ci deviendrait une assemblée de 100 membres – 74 conseillers régionaux, 21 maires et 5 personnes désignées par le président de la République pour une durée de sept ans – contre 315 actuellement, qui siégeraient pendant un mandat de cinq ans non renouvelable.

Les conseillers régionaux et maires seraient répartis, selon les régions, en fonction du poids démographique de celles-ci. Le Sénat n’aurait plus qu’un rôle secondaire dans l’élaboration des lois et ne voterait plus la confiance au gouvernement. Il serait toutefois encore consulté sur d’éventuelles modifications de la Constitution et pourrait ratifier l’essentiel des traités internationaux. Il se prononcerait aussi sur les référendums d’initiative populaire et pourrait donner son avis sur la loi de finances, et lui apporter quelques modifications.

La Chambre des députés, elle, ne change pas. Elle reste composée de 630 élus, conserverait seule le pouvoir de voter la confiance au gouvernement et la majorité des lois.

  • En finir avec l’instabilité politique

Depuis 2014, Matteo Renzi s’est engagé à conduire trois grandes réformes : celle du marché du travail (c’est fait depuis l’adoption des différents textes du Jobs Act, en 2014-2015), la loi électorale (elle a été votée mais n’entrera sans doute jamais en vigueur) et enfin la réforme de la Constitution, votée définitivement par le Parlement mais qui devait être soumise à référendum.

L’objectif est d’accélérer le travail parlementaire, et de mettre un terme définitif à l’instabilité gouvernementale. Soixante-deux gouvernements se sont succédé depuis 1945 (soit une durée de vie moyenne de trois cent soixante et un jours), ainsi que vingt-cinq présidents du Conseil.

Il s’agit aussi d’en finir avec la charge financière que représentent les 315 onorevole (les « honorables », comme il est d’usage d’appeler les sénateurs) qui sont parmi les parlementaires les mieux payés de l’Union européenne – ils touchent une indemnité nette mensuelle de 15 000 euros. Avec la réforme, les cent membres du Sénat ne toucheraient plus d’indemnité spécifique mais ils conserveraient le droit à des dédommagements pour leurs déplacements à Rome et pour l’exercice de leur mandat.

  • La nouvelle loi électorale

Une autre réforme politique, qui n’est pas soumise à référendum mais qui a été présentée par Matteo Renzi comme intrinsèquement liée au projet, a levé dans le pays, ces derniers mois, de très fortes oppositions : c’est la nouvelle loi électorale, « l’Italicum », adoptée le 6 mai 2015.

La nouvelle loi divise le pays en une centaine de circonscriptions. Si un parti dépasse 40 % des suffrages au niveau national, il raflera 340 des 630 sièges de la Chambre, le reste étant distribué entre les formations politiques ayant dépassé 3 %. Si aucune d’elles n’obtient 40 % des voix, un deuxième tour sera organisé entre les deux partis arrivés en tête.

La loi électorale utilisée en 2013, écrite en 2015 par le ministre Roberto Calderoni, qui l’avait lui-même qualifiée de « porcellum » (« cochonnerie »), contenait un système de prime majoritaire qui favorise la coalition arrivée en tête, en lui garantissant 340 des 630 sièges, tandis que le Sénat actuel est élu sur une base régionale, à la proportionnelle avec une prime majoritaire, par les Italiens de plus de 25 ans. Résultat : souvent la majorité à l’Assemblée n’est pas la même qu’au Sénat. D’où le blocage aux élections de 2013, lorsque le Parti démocrate avait obtenu la majorité absolue à la Chambre des députés mais pas au Sénat.

En privilégiant les partis aux dépens des coalitions, la nouvelle loi doit, selon ses concepteurs, favoriser la bipolarisation et condamner à la disparition ou à la reddition les petites formations qui jusqu’alors faisaient et défaisaient les majorités.

  • Les arguments des opposants

On trouve des opposants au projet sur la quasi-totalité de l’échiquier politique italien : la Ligue du Nord (Matteo Salvini), Forza Italia (Silvio Berlusconi), le Mouvement 5 étoiles (Beppe Grillo), l’extrême gauche ainsi qu’une minorité de frondeurs au sein du Parti démocrate, pour une multitude de raisons parfois contradictoires entre elles.

Le référendum a aussi pris des allures de plébiscite. La responsabilité en revient à M. Renzi, qui a reconnu avoir fait une erreur en annonçant qu’il démissionnerait si le « non » l’emportait au référendum. De quoi donner des ailes à l’opposition.

Source Le Monde 04/12/2016Voir aussi : Actualité internationale, rubrique Italie, rubrique Politique, rubrique UE,

Jeff Mills et l’Orchestre du Capitole

Jeff Mills et l'Orcherstre du Capitole de Toulouse. Photo JMDI

Jeff Mills et l’Orchestre du Capitole de Toulouse. Photo JMDI

Concert Toulouse
Le pape de Dédroit au touché légendaire mixe avec l’Orchestre national du Capitole dirigé par Christophe Mangou. Ce soir à la Halles aux grains

Light from the Outside World marque la première collaboration entre le DJ Jeff Mills et l’Orchestre national du Capitole de Toulouse dirigé par Christophe Mangou. Une expérience hors du commun, mêlant l’effectif symphonique aux platines, le son aux lumières, l’acoustique au sample.

Né en 1963 à Détroit, berceau de la culture électronique nord-américaine, où l’on prend la musique au sérieux, le Jeff Mills est l’un des pionniers de la musique techno. Il était d’Underground Resistance, un  mouvement s’appuyant sur un l’engagement social qui a développé une forme de radicalisme artistique. Il suffit d’écouter The Bells, et les inoubliables Amazon et Sonic Destroyer, issus de cette  l’époque, pour s’en convaincre. Jeff Mills est à la source du genre. Mais comme tous les grands artistes, le défi est d’avancer là où on n’est pas attendu.

Capter et redéfinir
Avec plus de 25 cinq ans de pratique musicale, Mills a toujours su évoluer et surprendre en se frottant à différents styles. Son répertoire passe des titres amples et mélodieux comme Imagine et The March,  à de la techno deep et classieuse Gamma Player, ou à des morceaux tirés de ses bandes originales Entrance to Metropolis, Keaton’s Theme.

L’artiste développe un goût prononcé pour les compositions avant-gardiste Medium C ou l’obsédant Man From Tomorrow, sans oublier bien sûr des hymnes dancefloor. Mais il ne faut pas se méprendre, sa musique n’est pas une musique de club, c’est un art total et engagé, qui regroupe plusieurs disciplines et différents concepts.

Jeff Mills ne s’est jamais arrêté. Il parcours le monde fait des escales, parfois prolongées comme à Berlin qu’il quitte  en estimant le schéma trop figé. « On fait de la techno là-bas comme on fabrique des stylos ». A l’instar des artistes hors normes tels Franc Zappa ou Elvis Costello, Jeff Mills initie un projet orchestrale en 2005 et poursuit dans cette voie  en Norvège en 2011 avec l’Orchestre symphonique de Stavanger  déjà dirigé par Christophe Mangou.

Jeff Mills et le chef français l’interprètent ensuite à la Salle Pleyel à Paris en 2012, puis tourne dans le monde. Jeff Mills est reconnu pour sa technicité hors-pair il a développé une gestuel quasi instinctive à trois platines.

Les petits veinards ayant assisté au premier concert mettant en présence le maître de Détroit avec un Orchestre symphonique  ( celui Montpellier) sous la baguette d’Alain Altinog, au Pont du Gard en 2006, s’en souviennent encore. Gageons qu’ils sont prêts à faire le déplacement vers la ville rose. Il reste encore quelques places !

JMDH

Une rencontre avant-concert avec le chef d’orchestre Christophe Mangou, est organisée ce soir de 18h45 à 19h15 à la Halle aux grains Renseignements : (0)5.62.27.62.0
www.theatreducapitole.fr.

Source La Marseillaise 30/11/2016

Voir aussi : Rubrique Musique, rubrique FestivalDernier cri, le festival qui laisse sans voixDernier cri. État de la culture techno, rubrique

Prolonger l’état d’urgence, un « risque » pour la démocratie

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Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks, a rencontré mardi le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve.

Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks, était à Paris mardi 29 novembre pour rencontrer le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, au sujet de l’état d’urgence et de ses conséquences. Trois pays du Conseil de l’Europe, la France, la Turquie et l’Ukraine, dérogent aujourd’hui à la Convention européenne des droits de l’homme, « une première » déplore M. Muiznieks. S’il insiste sur le fait que les violations des droits de l’homme en Turquie n’ont rien à voir avec la France, il se dit néanmoins « préoccupé » par la situation française.

Le commissaire letton, qui a accordé un entretien au Monde au sortir de son rendez-vous place Beauvau, a entendu les explications de M. Cazeneuve sur la « nécessité » de maintenir l’état d’urgence jusqu’à l’élection présidentielle et « comprend » ses préoccupations. Mais, il reste convaincu que « plus l’état d’urgence dure, plus le risque est grand pour la démocratie et les droits de l’homme ».

« C’est une illusion »

La Conseil de l’Europe ne cherche pas à contrarier l’action des Etats pour protéger leurs citoyens. La difficulté est de trouver le bon moyen de lutter contre la menace terroriste. Or, pour M. Muiznieks, « c’est une illusion de penser pouvoir la vaincre à court terme ». Pour autant, il n’est pas question de légitimer un état d’urgence qui s’éterniserait, sinon « c’est un renoncement à la démocratie, et donc la victoire des terroristes ». Il faut donc le combattre avec les lois de droit commun.

Les craintes du Conseil de l’Europe sur le cas français sont d’autant plus fortes que les mesures prises dans le cadre du régime d’exception suscitent des interrogations au regard de leur pertinence pour lutter contre le terrorisme.

« J’ai des doutes sérieux sur leur efficacité, affirme-t-il. J’espère que l’état d’urgence cessera bientôt, car les risques d’abus et de remise en cause de droits sont là, les risques de stigmatisation et d’atteinte à la cohésion sociale sont là. »

Il n’y a pas que les assignations à résidence ou les perquisitions administratives qui posent problème à ses yeux. Le contexte de l’état d’urgence redouble ses préoccupations au sujet des « interactions » entre les services de police et les « communautés marginalisées ou exclues ». « Le risque de la situation actuelle est de stigmatiser les musulmans ou les migrants. » Il s’appuie sur l’arrêt de la Cour de cassation du 9 novembre condamnant l’Etat pour des contrôles de police au faciès pour plaider pour une réflexion afin que « la France s’attaque à ce problème ». Ces sujets sont « corrosifs pour la cohésion sociale », insiste-t-il.

« Accumulation de crises »

Le climat sécuritaire n’est pas propre à la France. Aux Pays-Bas, trois projets de loi sont actuellement débattus qui ont valu un courrier officiel du commissaire s’inquiétant de leur conformité à la Convention européenne des droits de l’homme. « Nous avons été confrontés à une accumulation de crises qui a ébranlé la confiance dans le système européen des droits de l’homme », dit-il. D’abord avec la crise grecque, puis l’Ukraine avec l’annexion de la Crimée, la crise des migrants, le Brexit, la crise en Turquie, etc.

Et de s’inquiéter aujourd’hui de « signaux dans la campagne électorale en France où certains remettent en cause l’adhésion à la Convention des droits de l’homme ». Plusieurs candidats à la primaire de la droite ont ainsi mis en cause la Cour européenne des droits de l’homme. François Fillon, qui l’a gagnée, dénonce, pour sa part, ses positions sur la gestation pour autrui ou le droit d’asile. « Les gens ont oublié pourquoi ce système européen des droits de l’homme a été créé. Ils n’ont pas conscience que l’alternative, c’est le chaos et la guerre », s’inquiète M. Muiznieks.

Jean-Baptiste Jacquin

Source : Le Monde 30/11/2016

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Vente aux enchères record pour le revolver avec lequel Verlaine tenta de tuer Rimbaud

© Thomas Samson, AFP | Paul Verlaine avait acheté le revolver le matin même de l'incident chez un armurier bruxellois, avec une boîte de 50 cartouches.

© Thomas Samson, AFP | Paul Verlaine avait acheté le revolver le matin même de l’incident chez un armurier bruxellois, avec une boîte de 50 cartouches.

Le revolver avec lequel le poète Paul Verlaine a tenté de tuer son amant Arthur Rimbaud en juillet 1873 à Bruxelles a trouvé preneur, mercredi soir, au prix de 434 500 euros lors d’une vente aux enchères chez Christie’s, à Paris.

C’est l’arme d’un crime passionnel… qui a déchaîné les passions, mercredi 30 novembre, lors d’une vente aux enchères chez Christie’s, à Paris. Le revolver à six coups avec lequel Paul Verlaine tenta de tuer Arthur Rimbaud, un après-midi de juillet 1873, à Bruxelles, a trouvé preneur au prix phénoménal de 434 500 euros.

« Le revolver a trouvé preneur à 434 500 euros, frais inclus », a indiqué à l’AFP une responsable de la communication de la maison de vente. L’arme, un Lefaucheux (célèbre marque de l’époque) à la crosse de bois, de calibre 7 millimètres, était estimé entre 50 000 et 60 000 euros.

Le 10 juillet 1873, il est 14 heures lorsque Paul Verlaine, célèbre poète français, tire sur Arthur Rimbaud, lui aussi poète, de 10 ans son cadet. Une balle blesse le jeune homme au-dessus de l’articulation du poignet. L’autre va se loger dans le plancher. S’achève ainsi le coup de feu le plus célèbre de la littérature française et une querelle qui, heureusement, aura fait couler plus d’encre que de sang.

La brouille entre les deux hommes a commencé à Londres en mai 1873. Le torchon brûle entre les deux amants. Verlaine a envie de renouer avec sa femme, Mathilde, épousée en 1870, un an avant sa rencontre avec l’auteur du « Bateau ivre ». Après une énième dispute, il plaque son jeune amant et part pour Bruxelles. Rimbaud le rejoint.

Verlaine a des envies de suicide, Rimbaud parle de s’engager dans l’armée. Ils s’enivrent, pleurent, connaissent le désespoir des amours qui s’achèvent. Avant de lui tirer dessus, Rimbaud raconte que Verlaine lui aurait dit : « Voilà pour toi puisque tu pars ! ».

Séjour en prison

À peine pansé, Rimbaud songe à quitter Bruxelles pour Paris. Verlaine, qui a gardé l’arme avec lui, le menace à nouveau en pleine rue. Rimbaud hèle un policier qui arrête les deux hommes.

Verlaine est alors condamné à deux ans de réclusion à la prison de Mons. Derrière les barreaux (où il passera 555 jours), il écrira les 32 poèmes de « Cellulairement » qu’il dispersera dans les recueils « Sagesse », « Jadis et naguère », « Parallèlement » ou « Invectives ». Rimbaud, rentré chez sa mère, se met à l’écriture d' »Une saison en enfer ».

Paul Verlaine avait acheté le revolver le matin même de l’incident chez un armurier bruxellois avec une boîte de 50 cartouches. Confisqué par la police, le revolver sera rendu à l’armurerie Montigny avant d’être cédé en 1981 à son actuel propriétaire, un huissier de justice belge, amateur d’armes à feu, nommé Jacques Ruth.

C’est en voyant au début des années 2000 le film sur les amours entre Rimbaud et Verlaine, « Rimbaud Verlaine (Éclipse totale) » avec Leonardo DiCaprio que Jacques Ruth se rend compte qu’il possède un trésor.

La ville natale de Rimbaud, Charleville-Mézières, a lancé une souscription publique pour acquérir ce revolver et enrichir la collection du musée consacré au poète.

Source France 24 AFP 30/11/2016

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Génocide rwandais : retour sur 22 ans de tensions entre Kigali et Paris

Le président Rwandais Paul Kagamé repproche à la France son implication  avant pendant et après le génocide. Photo Tiksa Negeri Reuters

Le président Rwandais Paul Kagamé repproche à la France son implication avant pendant et après le génocide. Photo Tiksa Negeri Reuters

La justice rwandaise a demandé à la France, mardi 29 novembre, son entraide judiciaire dans le cadre d’une enquête criminelle pour complicité de génocide visant des officiers militaires français ayant servi au Rwanda pendant le génocide. Kigali souhaite procéder aux interrogatoires de ces responsables à l’ambassade du Rwanda à Paris.

Cette demande vise à éclairer le rôle de la France dans le génocide des Tutsis, qui a fait environ 800 000 morts d’avril à juillet 1994. Elle risque de raviver les tensions diplomatiques entre les deux pays.

  • Ce que Kigali reproche à Paris

Le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais, d’ethnie hutu, Juvénal Habyarimana, en provenance de Tanzanie, est abattu alors qu’il amorce son atterrissage à Kigali, la capitale rwandaise. Trois jours plus tard, un gouvernement intérimaire, composé d’extrémistes hutus, arrive au pouvoir. Les Tutsis sont immédiatement accusés de l’attentat contre l’avion présidentiel. S’ensuivent cent jours de massacres et d’atrocités, avec, au final, 800 000 morts, majoritairement tutsis.

La rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) que dirigeait Paul Kagamé, a chassé, en juillet 1994, le régime extrémiste hutu et mit fin au génocide. Depuis lors, M. Kagamé – d’abord vice-président et ministre de la défense, entre 1994 et 2003, puis élu chef de l’Etat cette année-là et réélu en 2010 – reproche à la France son implication avant, pendant et après le génocide.

En 2006, Kigali avait temporairement rompu ses relations avec Paris lorsque le juge Jean-Louis Bruguière, chargé de l’enquête sur le crash de l’avion de Juvénal Habyarimana, avait réclamé que Paul Kagamé soit jugé pour son rôle dans la mort de ce dernier. Le président rwandais avait accusé en retour la France d’avoir formé les militaires qui se sont livrés au génocide.

L’ouverture de l’enquête rwandaise annoncée par le procureur général, Richard Muhumuza, s’inscrit dans cette optique de déterminer la responsabilité d’une vingtaine de militaires français, dont l’identité n’a pas été divulguée.

  • Paris sur la ligne du démenti

Paris a toujours démenti une quelconque implication française dans le génocide. Auditionné devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale en novembre, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, a maintenu cette ligne : « Affirmer que l’armée française a pris part au génocide est un mensonge indigne, que je ne tolérerai jamais », a-t-il déclaré, en ajoutant qu’il « [entendait] défendre sans concession l’honneur des militaires français lorsqu’ils sont injustement accusés ».

Les tensions se sont de nouveau accentuées en octobre après que la justice française a décidé d’entendre le général Kayumba Nyamwasa, qui, depuis qu’il a cessé tout lien avec le régime, accuse M. Kagamé d’avoir été l’instigateur de l’attentat contre M. Habyarimana. L’initiative a conduit la ministre des affaires étrangères rwandaise, Louise Mushikiwabo, à menacer la France de publier les noms des responsables français impliqués, selon Kigali, dans le génocide.

Dans un rapport en date du 31 octobre, la Commission nationale de lutte contre le génocide (CNLG) mentionne 21 officiers français qu’elle accuse d’avoir joué un rôle dans la préparation puis l’exécution du génocide, dont des hauts conseillers de François Mitterrand. « Des hauts gradés français et des personnalités politiques ont commis au Rwanda des crimes très graves », accuse la CNLG.

  • La justice lente et peu efficiente

La création d’un Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), en 1994, n’a pas apporté les réponses sur les circonstances du génocide. En vingt ans d’exercice, le TPIR a mis en accusation 93 personnes ; 61 ont été condamnées.

En France, la cour d’assises de Paris a condamné, en juillet, à la prison à perpétuité deux bourgmestres rwandais, Tito Barahira et Octavien Ngenzi, pour leur rôle dans la mort de 2 000 personnes en 1994. Ils avaient été arrêtés en France et ont été jugés par le « pôle génocide et crimes contre l’humanité » – créé en 2012 – en vertu de la compétence universelle des juridictions françaises.

Ce procès était le deuxième organisé en France en relation avec les massacres commis au Rwanda. En 2014, l’ex-capitaine de l’armée Pascal Simbikangwa avait été condamné à vingt-cinq ans de réclusion pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité.

Au Rwanda, les procès gacaca (des tribunaux communautaires villageois) ont été activés pour accélérer le jugement de personnes ayant participé au génocide. Mais, selon de nombreux observateurs, beaucoup d’entre elles vivent en France sans être inquiétées par la justice française.

  • L’impossibilité d’accéder aux archives

Dans une lettre ouverte publiée par Le Monde en octobre, Guillaume Ancel, un ancien officier français ayant servi au Rwanda en 1994, interpellait François Hollande :

« Vingt-deux ans après les faits, moi, ancien lieutenant-colonel de l’armée française, je ne sais toujours pas expliquer les contradictions entre la version officielle servie à nos concitoyens d’une opération humanitaire et la réalité des missions militaires que j’ai menées là-bas, qui ressemblent à s’y méprendre à un soutien aux génocidaires. »

La déclassification des archives estampillées secret défense apparaît comme le seul moyen de permettre à la justice de faire son travail et de se pencher sur les responsabilités françaises.

Le 7 avril 2015, François Hollande avait annoncé la déclassification des archives de l’Elysée, du ministère des affaires étrangères, du ministère de la défense et de l’Assemblée nationale relatives à l’engagement de la France au Rwanda entre 1990 et 1995. Un an plus tard, seuls quelques documents ont été mis à disposition. Aucun ne provient du ministère des affaires étrangères, du ministère de la défense et de l’Assemblée nationale.

 

Source Le Monde.fr avec AFP et Reuters  30/11/2016

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