Mali : désormais cardinal, l’archevêque de Bamako a abrité des millions d’euros en Suisse

 L’archevêque de Bamako Jean Zerbo arrive au Stade de l’amitié, en 2012, pour une prière pour la paix alors que les combats font rage au nord du pays. Crédits : ISSOUF SANOGO / AFP

L’archevêque de Bamako Jean Zerbo arrive au Stade de l’amitié, en 2012, pour une prière pour la paix alors que les combats font rage au nord du pays. Crédits : ISSOUF SANOGO / AFP

Les documents SwissLeaks révèlent sept comptes bancaires de la Conférence épiscopale du Mali chez HSBC à Genève. Parmi les bénéficiaires, Mgr Jean Zerbo.

Tout commence le 25 novembre 2002 à 9 heures du matin au Crédit lyonnais de Monaco. Ce jour-là sont ouverts, en toute discrétion, sept comptes en banque pour la Conférence épiscopale du Mali (CEM). Les documents SwissLeaks révèlent désormais pour ces comptes des codes IBAN propres à la Suisse, commençant par CH, à l’instar du premier : CH18 0868 9050 9118 1503 0.

Ces comptes étaient crédités de 12 millions d’euros (soit 7 milliards de francs CFA) en 2007, dernière date des relevés bancaires issus de la HSBC Private Bank à Genève que se sont procurés en 2014 Le Monde et le Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ).

Le trio des responsables chrétiens du Mali

Cette histoire rocambolesque mêle opacité, rencontres secrètes entre clergé malien et banquiers suisses et soupçons de détournements de fonds dans un pays où les chrétiens ne représentent que 2,4 % des 17 millions d’habitants. Elle implique les trois plus hauts dirigeants de l’époque de CEM, à commencer par Mgr Jean Zerbo, 73 ans, archevêque de Bamako, chargé des finances de la CEM au moment des faits. Il vient d’être élevé, le 21 mai 2017, au rang de cardinal par le pape François. Le consistoire, la cérémonie officielle au cours de laquelle cinq ecclésiastiques seront élevés au rang de cardinaux, aura lieu le 28 juin prochain. Les autres protagonistes sont Jean-Gabriel Diarra, 71 ans, évêque de San et ex-numéro 1 de l’église catholique du Mali, et Cyprien Dakouo, 60 ans, secrétaire général de la CEM à partir de 2004.

Au début 2015, lorsque éclate le scandale SwissLeaks, publié par Le Monde et une soixantaine de médias internationaux, coordonnés par l’ICIJ, d’autres Maliens sont repérés dans les documents HSBC, comme l’industriel Gérard Achcar ou l’homme d’affaires Modibo Keïta. Mais les comptes en Suisse des trois plus hauts dirigeants de l’épiscopat malien de l’époque passent alors inaperçus. D’où viennent ces 12 millions d’euros ? Est-ce que ce sont les dons des fidèles maliens qui dorment dans une banque suisse ?

Avant d’atterrir chez HSBC, les comptes troubles de la CEM ont voyagé. Du Crédit lyonnais du Rocher au Crédit agricole (CA) après le rachat du premier par le second. Puis du CA au Crédit Foncier, devenu CFM Indosuez Wealth, devenu depuis une filiale de HSBC Private Bank à Genève.

D’après les fichiers internes de HSBC, deux banquiers ont rencontré à plusieurs reprises les trois responsables catholiques maliens, dont Nen Khieu, responsable de la gestion d’actifs à revenu fixe chez HSBC entre 2000 et 2009, aujourd’hui à la tête du cabinet de gestion de fortune KBR Advisors à Genève, spécialisé dans la clientèle cambodgienne et que son profil LinkedIn décrit comme ayant « une solide expérience clients » ainsi que de « fortes compétences analytiques ».

Les banquiers se frottent les mains

Du 29 septembre au 18 octobre 2005, lui et l’un de ses collègues se sont entretenus au moins à trois reprises à Bamako avec Messieurs Zerbo, Diarra et Dakouo, lequel apparaît comme le plus concerné du trio par la gestion des sept comptes ouverts au nom de la CEM – même si les documents HSBC de 2006 et 2007 révèlent des codes clients pour chacun des trois responsables religieux et témoignent d’une répartition égale entre eux des 12 millions d’euros.

Au cours de ces rencontres, les banquiers et les prélats se mettent d’accord sur le taux de rémunération de ces avoirs : « 5 % » d’intérêt, selon les documents confidentiels que nous avons pu consulter. Les deux banquiers se frottent les mains dans leur correspondance : « la bonne gestion du portefeuille nous permettra d’obtenir une augmentation de ressource. »

De ces rencontres, il ressort également que « l’archevêché ainsi que les paroisses sont d’accord » pour confier la gestion d’une partie du portefeuille à la banque ainsi que la capture de « 50 % du portefeuille afin de pouvoir en optimiser la rentabilité ». Des informations qui laissent pantois les fidèles des paroisses de Bamako que nous avons interrogés. « Nous n’avons jamais été informés d’une telle opération de la part de la CEM », confie un choriste de la Paroisse cathédrale.

Un autre responsable de la jeunesse chrétienne de la rive droite de Bamako se révolte : « il y a une grande opacité dans la gestion des ressources de notre confession. Cela fait des années que ça dure. Et ça commence à nous monter à la tête. Profitant de l’extrême passivité des fidèles, ils se permettent tout et ne rendent de compte à personne ».

Ce manque de transparence ne surprend guère un haut responsable de la communauté catholique du Mali. « C’est toujours un défi pour l’Eglise, malgré une recommandation du Concile Vatican II qui veut que les fidèles soient associés à la gestion des ressources de l’Eglise », affirme, sous couvert de l’anonymat, cet interlocuteur qui dit pourtant avoir été informé de ces placements en Suisse. De son côté, un proche de l’ancien curé de Sikasso l’admet : « je me rappelle que Cyprien Dakouo recevait de l’argent provenant de CFM Monaco ». L’opacité sur l’origine et la gestion de ces fonds semble pourtant avoir provoqué des tensions au sein des chrétiens du Mali. En 2012, Cyprien Dakouo est démis de ses fonctions et quitte le pays « sur la pointe des pieds », selon plusieurs témoins.

Des comptes toujours actifs

Il se trouve que ces comptes sont toujours actifs chez HSBC Private Bank à Genève, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions. C’est ce qu’indique une simulation de notre part d’un transfert d’argent sur deux des sept numéros d’identification bancaire. Et pourtant, impossible de retrouver les traces de cet argent dans la comptabilité de la CEM. Le chargé actuel des finances, l’abbé Noël Somboro, élude : « je n’ai pas envie d’aller fouiller dans les archives pour savoir d’où vient l’argent ou si les comptes existent toujours. Je n’ai pas ce temps. »

Puis il lâche une phrase étonnante de la part d’un professionnel de la finance : « j’ignore ce que c’est un compte offshore ou si la Suisse est considérée comme un paradis fiscal. Sinon, nous avons des comptes bancaires un peu partout. » Il ajoute : « il est possible que ces comptes aient existé, mais je n’ai pas de trace. » M. Noël refuse de communiquer le moindre chiffre sur le patrimoine de l’Eglise et ne veut pas non plus se prononcer sur la déclaration ou non de ces sommes au fisc malien. Il compare d’ailleurs ces fonds au « code nucléaire » que la France se garde bien de dévoiler.

Mathias Konaté, responsable de la législation fiscale à la Direction générale des impôts, lui, en est sûr : « un compte au nom de la CEM en Suisse n’est pas déclaré au niveau du fisc malien », dit-il.

Dans la capitale malienne, les protagonistes fuient les questions. Samedi 14 mai, à 7 heures du matin, après plusieurs tentatives infructueuses, nous avons attendu la fin de la messe du cardinal Jean Zerbo pour lui poser nos questions. Surpris, il ironise : « moi, un compte en Suisse ? Je suis donc riche sans le savoir ! ». Devant les éléments de preuve fournis, il tente une explication : « c’est un vieux compte. Il s’agit d’un système que nous avons hérité de l’Ordre des missionnaires d’Afrique qui géraient l’église ». Ajoutant toutefois n’avoir jamais ouvert un « compte personnel » à l’étranger, car « source de problèmes ».

Mgr Jean Gabriel Diarra, président de la CEM au moment des faits, a refusé de répondre à nos appels. Quant à Cyprien Dakouo, il réside en France depuis son remplacement en 2012. L’ancien bras droit des évêques du Mali a intégré, en 2013, l’unité Economie et Management de l’université de Lille 1, où il doit terminer en juin 2017 une thèse en économie. Parmi ses sujets de compétence, le site de l’université mentionne l’éthique des affaires. Cyprien Dakouo a lui aussi refusé de répondre à nos questions.

David Dembélé (Le Monde Afrique, Bamako)

Source Le Monde 31/05/2017

Voir aussi : Actualité Internationale, Rubrique Afrique, Mali, rubrique Economie, rubrique Politique, rubrique  Affaire, rubrique Vatican, rubrique Finance, SwissLeaks un système international de fraude fiscale, rubrique Société, Religion,

L’envers du décor

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Votre télé, votre espion

Les récentes révélations sur les pratiques d’écoute de la CIA nous ouvrent les yeux sur les dangers du monde virtuel, constate Neue Zürcher Zeitung :

«Les divulgations prouvent à un vaste public ce que les experts en sécurité rabâchent depuis des années déjà : le nouveau monde numérique est extrêmement vulnérable. On sait depuis plus de deux ans que les téléviseurs connectés à Internet peuvent être autant d’espions dans notre propre salon ; le producteur Samsung l’a clairement indiqué. Mais ce genre de mises en garde passent au second plan car le désir de bénéficier de nouveaux services numériques confortables est plus fort. On ne veut pas se priver du confort de pouvoir dire à son téléviseur sur quelle chaîne passer, alors on ferme les yeux sur le fait qu’il enregistre aussi les conversations privées. … De la gamelle du chien à la balance en passant par le babyphone, on a l’impression que tout et n’importe quoi doive être interconnecté, pour peu qu’un raccordement à Internet soit possible. Mais ce que Wikileaks vient de dévoiler nous donne à voir l’envers du décor.»

Marie-Astrid Langer

Source : Neue Zürcher Zeitung (CH) 09/03/2017

Voir aussi : Actualité Internationale, rubrique Internet,

Europe dans la tempête : 2016 la domination des démagos

Think of Prospero

Think of Prospero

Revue de presse UE

 

Une révolte contre la concentration du pouvoir

Corriere del Ticino (Suisse) prévoit une vague de contestation d’envergure mondiale :

 

«L’année qui touche à sa fin s’est caractérisée par une révolte de la majorité des électeurs de certains pays contre la mondialisation et la politique économique libérale dominante. Une révolte qui est partie du Royaume-Uni, avec le référendum par lequel les citoyens se sont déclarés favorables à une sortie de l’UE. Une révolte qui a entraîné la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et se poursuivra sans aucun doute l’an prochain et créera les conditions à un changement de paradigme radical dans l’économie occidentale. Nous nous trouvons dans une phase de transition dans laquelle les groupes qui exercent le pouvoir (le monde des finances, les multinationales et une grande partie des médias) se sentent menacés par un tournant qu’ils essaieront d’empêcher en déployant toutes les armes dont ils disposent.»

 

 

Personne ne s’oppose au poison populiste

Les populistes d’extrême droite en Europe continuent à répandre leur fiel en toute impunité, déplore le chroniqueur Paul Goossens dans De Standaard (Belgique) :

 

 

«Le projet de rupture fonctionne. L’Europe vacille, et de nouvelles lézardes apparaissent dans l’édifice à chaque nouveau conflit. Le populisme d’extrême droite ne rencontre pas de résistance suffisante. … On nous rabâche que ‘l’élite culturelle’ devrait se garder de toute forme d’arrogance. … Voilà pourquoi on n’ose plus dire haut et fort que les méthodes de l’extrême droite sont aussi absurdes que dangereuses. Désireux de ne pas sous-estimer les ‘perdants’ et de ne pas nourrir le ressentiment, on omet de fustiger l’insondable stupidité et l’inéluctable échec des obsessions de leurs leaders – la volonté par exemple de retrancher l’Etat souverain derrière des barrières hermétiques ou l’arrêt total de l’immigration. Comment l’Europe – l’unique alternative à l’égoïsme des nations – peut-elle continuer à exister si personne ne combat la reviviscence nationaliste ?»

 

L’écart ne cesse de se creuser

Les disparités au niveau des répartitions des richesses ont atteint des dimensions intolérables, met en garde L’Obs (France) :

 

«L’année 2016 l’a encore montré à plusieurs reprises : le fossé des inégalités n’est plus vécu comme une fatalité. Il est tout simplement devenu insupportable à vivre. Il n’y a plus aujourd’hui de fracture sociale, mais bel et bien une fracture sociétale. Les niveaux de rémunération des uns confrontés au niveau de dénuement des autres ne permettent plus de s’imaginer une communauté de destin. La majorité des citoyens, condamnés à se vivre comme des variables d’ajustement de la mondialisation libérale, demandent aujourd’hui qu’on les protège. Et qu’on ne leur parle pas de repli sur soi quand il s’agit pour beaucoup d’un simple réflexe de survie !»

 

 

Le ‘populisme’, un mot à la mode

Dienas (Lettonie) tente d’expliquer pourquoi le terme populisme est omniprésent actuellement :

 

«Tous ceux qui sont en désaccord avec la position dominante sont taxés de populisme. C’est facile et très à la mode. De nombreux politiques aiment à parler du danger du populisme même s’ils ne sont eux-mêmes pas exempts de reproche sur la question. … Le populisme est aussi devenu un terme dissuasif, employé dans le but de marginaliser l’opposition ou de nouvelles forces politiques. Un petit jeu dangereux, car le citoyen lambada ne pense rien de bon des politiques dominants. … C’est une bonne chose que les victoires du populisme ne signifient pas encore la fin du monde aujourd’hui. On peut remercier la démocratie pour cela, et saluer le fait que les soit disant populistes ne sont pas de véritables psychopathes.»

 

SourceEuro/topics du 15 au 25 dec 2016

Le dumping fiscal mine l’Europe : Dublin et Apple font front contre Bruxelles

 La commissaire européenne à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager. © afp/John Thys

La commissaire européenne à la Concurrence, la Danoise Margrethe Vestager. © afp/John Thys

La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, s’est lancée dans un combat difficile contre la fraude fiscale des multinationales. Google, Amazone, Facebook… jouent avec de complexes montages financiers et bénéficient de la complicité active de plusieurs Etats européens. L’Irlande est devenue ainsi le porte-avions des firmes américaines. Une concurrence fiscale qui mine l’Europe.

La surprenante commissaire danoise Margrethe Vestager à précisé les avantages fiscaux indus, assimilables selon elle à des aides d’Etat, accordées par l’Irlande à Apple. Le géant informatique américain avait fait appel en août 2016 de la décision de Bruxelles lui imposant de rembourser 13 milliards d’euros d’avantages fiscaux pour la période 2003-2014. «De la foutaise politique», avait réagi le patron d’Apple Tim Cook.

L’Irlande : paradis fiscal
De son coté, l’Irlande ne fait rien pour récupérer ces milliards d’euros, malgré une décennie d’austérité budgétaire. Dublin a même fait appel de la décision de Bruxelles, prouvant ainsi qu’elle est un paradis fiscal, niché au cœur de l’Union européenne.

Les services de Magrethe Vestater soupçonnent la firme américaine d’enregistrer en Irlande des bénéfices réalisés en Europe, Afrique, Inde et Moyen-Orient. La firme s’arrange ensuite avec Dublin pour ne soumettre à l’impôt qu’une infime partie de ce montant via un accord fiscal (Rescrit).

— European Commission (@EU_Commission) 19 décembre 2016

Apple a commencé à transférer en Irlande le produit des droits tirés des brevets développés en Californie. Ensuite, grâce à des traités signés entre l’Irlande et certains pays européens, une partie des bénéfices d’Apple peuvent transiter sans impôt par les Pays bas.

Optimisation fiscale ?
Grâce à ce montage, le taux réel d’imposition d’Apple est tombé à 0,06% de 2009 à 2001 et même à 0,005% en 2014, «ce qui signifie moins de 50 euros d’impôts pour chaque million de bénéfices», souligne la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager.

La firme de Cupertino est à l’origine de cette technique qui consiste à réduire l’impôt en acheminant les bénéfices vers un paradis fiscal, par l’intermédiaire de filiales irlandaises et hollandaises.

On comprend qu’un millier d’entreprises étrangères ont choisi de s’installer dans la verte Irlande, devenue le porte-avions américain en Europe: Google, Twitter, Facebook, Dell, Intel.
Pour Dublin, l’enjeu est aussi de préserver son régime fiscal attractif. Les multinationales emploient aujourd’hui 10% de la population active irlandaise.

En outre, le système de téléchargement d’Apple est basé au Luxembourg. Dès qu’une transaction monétaire est effectuée pour télécharger un film, de la musique ou une application via ce système, la vente est enregistrée au Luxembourg où la fiscalité est très avantageuse.

L’Europe contre l’Europe
La Commission européenne mène également des investigations sur le statut très favorable accordé à McDonald et à Amazon au Luxembourg ou encore à Starbucks aux Pays-Bas.

Une directive européenne anti-évasion fiscale doit en principe être traduite dans les législations nationales avant la fin de 2018. Un pas important, mais les paradis fiscaux existent également aux portes de l’Union europenne. il suffit d’une simple boîte aux lettres dans le minuscule canton de Zoug, près de Zurich, pour diminuer très sensiblement ses impôts. La Suisse a ainsi attiré 24.000 sociétés internationales. Un combat de longue haleine en perspective.

Michel Lachkar

Source Geopolis 21/12/2016

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Matières premières : comment les traders suisses écoulent du carburant toxique en Afrique

Plateforme pétrolière en Angola. Photo Martin AFP

Plateforme pétrolière en Angola. Photo Martin AFP

Dans l’enquête intitulée « Diesel sale », l’ONG Public Eye (ex-Déclaration de Berne) dévoile les pratiques peu scrupuleuses de traders pétroliers suisses en Afrique. Quatre enquêteurs ont travaillé durant trois ans pour percer les mystères toxiques de l’essence et du diesel distribués sur le continent africain par les géants suisses du négoce de matières premières.

Les résultats de cette enquête publiée jeudi 15 septembre sont sans appel : les carburants écoulés en Afrique ont une teneur en soufre entre 200 et 1 000 fois plus élevée qu’en Europe, mettant gravement en péril la santé de populations exposées aux particules fines et à d’autres substances chimiques cancérigènes.

  • Des produits toxiques ajoutés aux carburants pour augmenter les profits

Pour augmenter leurs profits, les traders effectuent des mélanges avec des produits toxiques et particulièrement nocifs pour l’environnement et pour la santé. Des opérations souvent risquées qui s’effectuent à quai, notamment à Rotterdam, Amsterdam et Anvers, ou en pleine mer à quelques miles des côtes de Gibraltar ou des ports d’Afrique de l’Ouest.

Les traders ont un nom pour qualifier ces produits pétroliers : « qualité africaine ». Ce carburant toxique est écoulé en Afrique de l’Ouest où les négociants en matières premières profitent de réglementations qui permettent encore l’importation de diesel et d’essence contenant un taux de soufre très élevé. Ils en ont fait un marché parallèle et opaque.

  • Dans les stations essence de Trafigura, Vitol ou Oryx

Public Eye a effectué des prélèvements dans des stations essence de huit pays africains (Angola, Bénin, Congo-Brazzaville, Ghana, Côte d’ivoire, Mali, Sénégal et Zambie) détenues ou alimentées par ces maîtres du négoce pétrolier, comme Trafigura, Vitol ou Oryx. Plus de deux tiers des échantillons contiennent un taux de soufre supérieur à 1 500 parties par million (ppm). Avec une pointe à 3 780 ppm au Mali. La limite est de 10 ppm en Europe, aux Etats-Unis et même en Chine, à compter de 2017.

Les grandes villes africaines pâtissent déjà d’une qualité de l’air déplorable et d’une urbanisation préoccupante. D’ici 2050, la population urbaine devrait tripler sur le continent. Et le nombre de véhicules devrait considérablement augmenter. Les grands acteurs suisses de ce marché du « diesel sale » disent respecter les normes en vigueur. Et ils insistent sur les efforts fournis par l’Association des raffineurs africains (ARA), une organisation basée… à Genève et dont ils sont membres, pour améliorer la qualité des carburants qu’ils importent, mélangent, revendent et distribuent sur le continent.

Lire l’intégralité du papier :   Les géants du négoce pétrolier écoulent depuis des années un carburant toxique en Afrique

Source Le Monde 15/09/2016

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