Face aux protestations violentes à Athènes contre le programme d’austérité grec, l’Europe doit se serrer les coudes, écrit le quotidien de centre-gauche Der Tagesspiegel : « Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont maintenant une importante tâche commune, peut-être la plus importante depuis le début de cette alliance étonnante par laquelle le continent a laissé derrière lui l’horreur de deux guerres mondiales. Certes, en aucun cas ne doit surgir l’impression que la communauté s’écrase devant des meurtriers. Mais l’UE doit interpréter ces troubles comme une césure. A présent il faut une aide sincère. C’est quand il est question d’argent que commence l’amitié. Les crédits peuvent être encadrés par des promesses d’investissement, mais en définitive la communauté a besoin d’une attitude. Ce qui est demandé c’est du pathos, c’est le mot qui en grec signifie passion. … De nombreux citoyens n’ont jamais vraiment porté l’UE dans leur cœur. Mais maintenant, dans cette situation délicate, il s’agit de savoir comment elle se comprend : comme une zone de libre-échange opportuniste ou comme précurseur des Etats-Unis d’Europe. »
Der Tagesspiegel (Allemagne)
Les politiques d’Athènes doivent être justes
Après les violentes protestations à Athènes, les politiques grecs doivent désormais se serrer les coudes et aussi faire payer les riches, estime le journal économique Financial Times : « Il est devenu aujourd’hui très urgent que les forces politiques grecques s’entendent sur une solution. Bien que le Premier ministre Giorgos Papandreou dispose d’une majorité parlementaire, il ne doit pas y avoir d’exception pour l’opposition. … Le gouvernement doit également redoubler d’efforts afin d’expliquer aux gens où les coupes seront effectuées. Et il doit prouver que les nantis et ceux qui disposent de bonnes relations ne seront pas exceptionnellement exemptés de responsabilité, tandis que les individus normaux souffriront des mesures d’austérité. Une dégradation du niveau de vie des individus est inévitable. Mais celle-ci doit être juste et également perçue comme telle. »
« Les combattants islamiques meurent en martyrs pour tuer les infidèles. Le chrétien évangéliste qui gouverne le monde occidental dit tenir ses ordres de Dieu, et il est en croisade. On pourrait tout aussi bien être au XIIe siècle. » écrivait le prof de fac Nathaniel MacLeod au commencement de cette histoire. Pas de chance, une balle entrée par sa tempe droite lui a traversé le crâne. Pour une fois, la police a rapidement fait son travail. Le coupable est d’origine iranienne. Il a 20 ans. Chevilles et poignets menottés, il n’est franchement pas beau à regarder dans sa tenue orange. En tous cas, il a déjà tout avoué… Quand son avocat, plutôt porté sur le droit des affaires, décide de prendre en main sa défense, il fait appel à Carl, son détective préféré pour lui trouver du biscuit.
Un privé hors normes, ex-flic à la dérive, repenti en chrétien radical, avec un emploi du temps bien ordonné « Mes dimanches sont à Dieu, mes samedis à ma femme, et cinq jours par semaine, je trime pour le billet vert ». L’engagement de Carl dans la communauté chrétienne de la Cathédrale du troisième millénaire va s’en trouver quelque peu chamboulé. La paroisse qui revendique 38 000 fidèles, emploie 1 200 personnes et récolte 110 millions de dollars par an réinterprète aussi la Bible pour la mettre au goût du jour. Il faut sauver les fœtus mais tuer n’est pas toujours mal, prêche l’organisation particulièrement dévouée à soutenir les forces de l’ordre dans leur difficile travail… Au fil de son enquête, le rapport de Carl avec cette entreprise pleine de promesses évolue…
Après Le bibliothécaire qui pointait les zones d’ombre de l’élection présidentielle américaine de 2004, Larry Beinhart nous entraîne dans les méandres économico-religieuses de l’Amérique post-11 septembre. Le pape a beau dénoncer les paradis fiscaux, les voies du seigneur restent impénétrables. Parfois même, celles de ses disciples zélés qui trouvent un terreau fertile au pays de l’argent roi.
Dominique Plihon est président du conseil scientifique d’Attac France. Il était à Athènes ces derniers jours et a pu s’entretenir avec plusieurs interlocuteurs de la situation économique du pays. Il revient sur la crise sociale et économique qui touche la Grèce.
Quel était le mot d’ordre principal dans les défilés mercredi?
Les Grecs sont révoltés par la manière dont le plan d’austérité va les toucher. Ils ont conscience que leur système économique ne fonctionne pas bien, mais ils ont l’impression que le fardeau d’ajustement n’est pas bien partagé, et qu’il va davantage toucher les classes moyennes et populaires.
Pourtant, les premières mesures du gouvernement Papandréou étaient plutôt bien réparties socialement. Il y avait une hausse de la TVA et du prix de l’essence, mais aussi une augmentation des droits de succession et de la progressivité de l’impôt sur le revenu. C’est sous la pression des gouvernements européens que des mesures plus régressives ont été prises. Notamment en réduisant les retraites. Certaines sont désormais inférieures à 600 euros par mois.
Hier, secteur public et privé défilaient ensemble. Les fonctionnaires sont déjà touchés, avec la suppression des treizième et quatorzième mois. Les salariés du privé s’inquiètent quant à eux de futures mesures directes sur leurs salaires, et de mesures induites, comme des licenciements.
Quels blocages peuvent intervenir dans la société grecque?
Le PIB est sous-évalué de 35% car il ne prend pas en compte le secteur informel. Cela représente un manque à gagner de recettes fiscales de 15% pour le pays. Il y a évidemment quelque chose à faire à ce niveau, mais les gouvernements n’ont jamais voulu aller jusqu’au bout car cela touche l’ensemble de la population. Par exemple, les professions libérales -médecins, avocats, architectes- ne déclarent pas leurs revenus.
Hier, outre l’incendie de la banque à l’issue dramatique, un centre des impôts a également brûlé. On m’a dit qu’il traitait des dossiers fiscaux litigieux. Il existe un gros problème d’évasion fiscale en Grèce, et Papandréou avait décidé de combattre ce problème. Il n’est pas impossible que des manipulations aient pu mener à cet incendie.
La population grecque est très sévère avec sa propre classe politique. Comment se positionne-t-elle par rapport à l’Union européenne et au FMI?
Les Grecs étaient plutôt pro-européens. Mais ils sont aujourd’hui déçus car les pays membres de l’Union européenne ont tardé à les aider. Certains économistes sont convaincus que si la commission était intervenue plus tôt pour garantir la dette grecque, on n’aurait pas eu besoin d’un plan d’austérité si rigoureux.
Quant au FMI, certains jugent qu’il est intervenu de manière plus réactive que l’UE. Mais d’autres soulignent aussi que Dominique Strass-Kahn, bien que socialiste, n’a pas modifié la doctrine du FMI sur les politiques d’ajustement structurel. Le peu d’attention porté aux effets redistributifs du plan n’a pas changé.
Le plan d’austérité doit être voté au Parlement ce jeudi. Peut-il améliorer la situation?
J’ai parlé avec plusieurs économistes grecs, et j’ai comme eux la conviction que le plan d’austérité va être inefficace et même dangereux. Il va avoir un effet dépressif sur l’activité ce qui rendra encore plus difficile le rééquilibrage du déficit extérieur. Les rentrées fiscales diminueront aussi.
A court terme, le plan va sûrement satisfaire les marchés. Mais les effets induits à moyen terme, d’ici un à deux ans, ne régleront pas les problèmes de fond.
Il y a un effort à faire du côté des banques, qui bénéficient d’un circuit financier très pervers. Elles se refinancent auprès des banques centrales et prêtent cet argent à des taux beaucoup plus élevés. Pour mettre fin à ce phénomène de spéculation, on pourrait mettre en place un fonds européen. Celui-ci s’endetterait sur les marchés avec la signature européenne, garantie par des pays comme l’Allemagne et la France. Ces taux d’intérêt, plus bas, bénéficieraient à d’autres pays que la Grèce, comme l’Espagne et le Portugal.
Libération 06/05/10
Réflexion
Joseph Stiglitz exhorte les Européens à plus de solidarité
L’économiste américain Joseph E. Stiglitz rejette dans un article pour le quotidien Der Standard deux issues théoriques pour sortir l’UE de la crise économique et financière actuelle : une diminution harmonisée des salaires dans les pays de la zone euro ainsi que la scission de la zone monétaire. Il demande à la place l’introduction de mécanismes de soutien financier pour les pays membres : « Il existe une troisième solution qui est porteuse des plus grands espoirs, comme l’Europe le constatera probablement. Il s’agit de la mise en œuvre des réformes institutionnelles qui auraient dû être conduites au moment de l’introduction de l’euro, et qui auraient dû intégrer son cadre nécessaire de politique fiscale. Il n’est pas encore trop tard pour l’Europe. Elle peut appliquer ces réformes et répondre ainsi aux idéaux qui s’appuient sur la solidarité et qui étaient les fondements sur lesquels reposait l’introduction de l’euro. Toutefois, si l’Europe ne le peut pas, il est peut-être préférable qu’elle reconnaisse son échec et poursuive de manière différente au lieu d’accepter, au nom d’un modèle économique défectueux, le prix fort que cela coûte en chômage et misère humaine. »
Der Standard (Autriche) 07/05/10
L’euro en état de mort clinique
La faiblesse persistante de l’euro dans le sillage de la crise grecque suscite des doutes autour de la monnaie commune. Le journal Weltwoche exprime une critique générale à l’égard de l’intégration européenne : « L’euro était dès le début un acte économique manqué. Les marchés financiers révèlent maintenant sans sentimentalisme ce qui était dès le départ erroné dans cette construction : il ne peut pas y avoir de politique monétaire commune raisonnable pour des économies nationales aussi différentes que la petite principauté du Luxembourg, le géant industriel allemand et les Etats négligents comme le Portugal ou la Grèce. L’euro est un projet politique – et ce projet a échoué. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, ce sont des mesures visant à maintenir en vie une monnaie en état de mort clinique. … L’euro est un symptôme. La maladie qui se cache derrière s’appelle l’intégration européenne. La monnaie commune devrait préfigurer l’Etat uni, de même que le traité de Schengen aurait dû être une étape sur la voie illusoire vers des Etats-Unis d’Europe. »
L’émission de Michel Drucker consacrée à la gendarmerie et diffusée mardi soir sur France 2 a fait des remous parmi des syndicats de journalistes et de policiers qui la qualifient d’«opération de communication» de la gendarmerie. Dominique Pradalié, secrétaire générale du Syndicat national des journalistes (SNJ) et représentante de France Télévisions, a déclaré à l’AFP être «choquée» par le «fait que la gendarmerie donne l’impression que le service public est à vendre». Dominique Achispon, secrétaire général du syndicat national des officiers de police (Snop, majoritaire), a estimé que le «service public a servi de centre de recrutement pour les gendarmes» ce qui a «ému de nombreux policiers».
Libération a révélé mercredi que l’émission, «Au coeur de la gendarmerie», avait été financée pour partie par la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) à hauteur de 350.000 euros. Avec cette émission, «la gendarmerie s’offre une campagne de communication à moitié prix», a ajouté Mme Pradalié. Interrogée par l’AFP, la DGGN a confirmé ce coût pour une «prestation de communication» s’inscrivant, selon elle, «dans (sa) stratégie de communication, d’image et de recrutement». Elle affirme avoir été contactée par la société de production de l’émission et qu’il s’agit d’un «partenariat comme tant d’autres» ajoutant qu’une campagne de communication, comme celle d’un recrutement, peut coûter jusqu’à 800.000 euros «nationalement sur une semaine».
Le Snop avait écrit à Michel Drucker peu avant la diffusion de l’émission pour se plaindre, arguant que désormais policiers et gendarmes sont rattachés au même ministère de l’Intérieur et qu’il pouvait résulter des «tensions». Il lui demandait de faire de même avec la police nationale et depuis, selon M. Achispon, il y a eu un «contact favorable dans ce sens» avec M. Drucker. «Au coeur de la gendarmerie», enregistrée dans le manège de la Garde républicaine à Paris, mêlant reportages réalisés avec des vedettes dans des services de gendarmerie et chansons, a été vue par 3,5 millions de téléspectateurs, loin derrière Dr House, sur TF1, qui en a rassemblé 8 millions, selon Médiamétrie.
« L’éducation nationale face à l’objectif de la réussite de tous les élèves » : c’est le titre durapport public de la Cour des comptes, résultat d’une enquête menée dans les établissements scolaires de six académies, ainsique dans trois pays étrangers. Le rapport conclut au constat d’une forte inégalité des chances entre les élèves et à l’incapacité de l’éducation nationale à atteindre les objectifs que lui assigne la loi.
La France est un des pays où les destins scolaires sont le plus fortement corrélés aux origines sociales : 78,4 % des élèves provenant de catégories sociales favorisées obtiennent un baccalauréat général, contre seulement 18 % des élèves d’origine sociale défavorisée. L’enseignement scolaire public coûte 53 milliards d’euros par an pour 10 millions d’élèves. Avec environ 3,9 % du PIB, l’efficience du système scolaire français se situe dans la moyenne de l’OCDE. Mais les moyens restent majoritairement répartis comme si l’offre scolaire devait être uniforme sur tout le territoire.
Le système scolaire français est resté fondamentalement inchangé depuis des décennies, alors même que ses objectifs ont évolué : ainsi, la définition de l’activité des enseignants a été fixée en 1950, quand le taux de bacheliers était de 5 %, et le système reste très majoritairement géré par le haut, alors que la difficulté scolaire ne peut être connue et traitée qu’à la base.
Recommandations de la Cour : le système scolaire doit passer d’une logique de gestion par une offre scolaire uniforme – qui est inefficace, qui l’épuise financièrement et qui est contraire à l’égalité des chances -, à une logique de gestion par la demande scolaire, c’est-à-dire fondée de façon prioritaire sur la prise en compte des besoins très différents des élèves.