Le roman « Noon Moon » de Percy Kemp ouvre les fenêtres

Photo Hermance Triay

Percy Kemp. Photo Hermance Triay

Percy Kemp, figure parmi les nombreux auteurs invités du Festival International du Roman noir (Firn) ce week-end à Frontignan. On peut se faire un avis sur sa personnalité à travers quelques éléments connus de sa biographie. C’est un Anglais, né à Beyrouth en 1952 d’un père britannique et d’une mère libanaise. Il parle l’arabe couramment, écrit des romans en français et complète ses activités en tant que conseil dans le renseignement stratégique. On peut le lire aussi sur le site de Rue 89 où il tient des chroniques décalées.

Après des attentats manqués en Grande-Bretagne il y a trois , il signait du nom de Ben Laden, PDG d’Al Qaeda SA, un courrier où il s’insurgeait contre l’usage abusif de son label : « Le succès retentissant que notre marque connaît depuis quelques années, sa conquête impérieuse de l’audimat et la manière magistrale dont elle a su s’imposer dans tous les foyers, ont suscité d’innombrables vocations et autant d’imitations et de contrefaçons (…) Un peu partout dans le monde aujourd’hui, des paumés en crise d’identité et en mal de notoriété bricolent de ridicules petits attentats visant les infidèles et les apostolats. Attentats minables que des médias en mal de copie nous imputent immanquablement.

Le style de Percy Kemp est là. L’homme d’apparence flegmatique allie le savoir-faire à l’humour en s’ancrant avec érudition au cœur des enjeux post-11 septembre desquels se déploie  les manoeuvres de la politique internationale. Dans son dernier roman, Noon Moon, l’auteur s’est nourri de la pensée grecque. A travers une double intrigue le livre pose une réflexion philosophique sur les dessous de la prétendue guerre des civilisations.

noon-moonL’ouvrage s’ouvre sur un cafard qui progresse sur le corps de Zandie enchaîné dans une cellule. Après avoir été enlevé par les fous de dieu, Zandie est terrorisé. Il redoute le moment où son bourreau va ouvrir la porte et le saigner comme un mouton devant une caméra. Mais la porte s’ouvre sur un vieil homme féru d’hellénisme qui commence par évoquer la fin de Socrate et poursuit en l’instruisant sur la nature réelle et complexe du contexte historique global. L’écrivain use de la situation pour ouvrir des perspectives. La proximité de la mort fait du prisonnier un auditeur attentif à la profondeur du propos qui parvient à le libérer de la peur et de l’ego. Ailleurs, dans le théâtre des services secrets américains se joue une partie plus mouvementée. On pénètre dans les arcanes de la manipulation liée aux enjeux de la politique intérieure américaine. Et l’on suit le destin de Charlie lancé sur les pentes hors piste de la traque du terrorisme islamiste.

Noon Moon est un grand roman où les apparences se révèlent trompeuses. Et où les vérités les plus répandues sont mises en défaut. Il y a  du Graham Greene dans cette manière éclairante d’explorer l’ambivalence morale et politique du monde. On pense à un Américain bien tranquille resitué dans le contexte beaucoup moins mélodramatique du XXIe siècle. Un contexte dont le réfractaire Percy Kemp dévoile les stratégies et la géographie secrète en s’appuyant sur la sagesse antique.

Jean-Marie Dinh

Noon Moon, Seuil Thrillers, 22 euros.

La Chine traduit ses paroles en actes avec un cours du yuan en hausse

Conformément à ses engagements du week-end, la Chine a introduit une première dose de souplesse dans son système de taux de change, avec un cours pivot du yuan en nette hausse face au dollar mardi, à quelques jours de l’ouverture du sommet du G20.

La Banque centrale a fixé un cours pivot de 6,7980 yuans contre le dollar, après 6,8275 lundi –soit une hausse du yuan de 0,43%. Ce cours représente le seuil autour duquel la monnaie chinoise fluctue quotidiennement, dans une limite de plus ou moins 0,5% en ce qui concerne le dollar. Il est basé sur la moyenne des taux évalués par des teneurs de marché mais reste déterminé par la Banque centrale, qui a averti dimanche qu’elle continuerait de privilégier la stabilité de sa monnaie. La veille, l’institut avait aussi affirmé son intention de poursuivre la réforme de son taux de change et d’insuffler plus de souplesse au système.

 Pour les analystes, Pékin a assorti ses promesses de son premier geste concret mardi, sans pour autant lâcher la bride ni être prêt à une appréciation trop forte pour le bien-être de ses exportateurs. « La Chine a soutenu ses paroles par des actions et le président Hu (Jintao) va arriver à Toronto avec la preuve tangible que le pays est sérieux sur la question d’une souplesse accrue du taux de change », a commenté Brian Jackson de Royal Bank of Canada, qui prévoit des gains « limités » et néanmoins « significatifs » face au dollar dans les prochaines semaines.

Nombre d’analystes avaient estimé que les déclarations de la Banque centrale visaient à apaiser les critiques étrangères avant le sommet du G20 de Toronto (26 et 27 juin). Les partenaires commerciaux de la Chine, surtout les Etats-Unis, ont renouvelé leurs pressions ces derniers mois en faveur de l’appréciation du yuan. Ils fustigent sa sous-évaluation, estimant qu’elle baisse artificiellement le prix des exportations de la Chine et induit des déséquilibres dans l’économie mondiale.

Les annonces de la Banque centrale ont aussi été considérées comme le signe que le yuan allait de nouveau pouvoir s’apprécier face au dollar, après deux ans de stagnation. Cela a propulsé la monnaie chinoise sur le marché interbancaire lundi à son plus fort niveau contre le dollar depuis la réforme du sytème chinois de taux de change de juillet 2005, qui avait désarrimé le yuan du dollar pour l’adosser à un panier de devises.

« Nous nous attendons à des mouvements d’envergure, dans les deux sens, avec un déplacement global vers un yuan plus fort. Mais le G20 terminé, le rythme d’appréciation devrait se ralentir », a estimé Mark Williams, de Capital Economics dans une note. Mardi, sur le marché interbancaire, le yuan s’est tout d’abord encore renforcé avant de retomber à 6,82 contre le dollar, en raison, selon l’agence Dow Jones Newswires, d’une forte demande pour la monnaie américaine. L’agence fait état de spéculations selon lesquelles des banques chinoises, à l’origine de cette demande de dollars, auraient pu être encouragées par la Banque centrale, décidée à montrer qu’un taux de change plus souple veut dire des mouvements dans les deux sens.

Le fait est que le yuan profite depuis lundi de l’amplitude de la bande de fluctuation, après ses mouvements étriqués des deux dernières années, qui l’ont vu de facto re-chevillé au billet vert. Et en fixant mardi un cours pivot au niveau de la clôture la veille sur le marché interbancaire, « les autorités ont confirmé qu’elles avalisaient » les mouvements vers le haut de la bande de fluctuation, a souligné Mitul Kotecha, analyste de Crédit agricole à Hong Kong. « Mais il n’y aura pas de mouvement d’appréciation agressif d’ici à la fin de l’année ».

AFP

Bichkek promet une enquête sur le déclenchement des violences au Kirghizistan

Femmes refugiées Ouzbeck

Au Kirghizistan, le calme revient progressivement à Och dans le sud du pays. L’armée a commencé à lever les barricades qui bloquent l’accès aux quartiers ouzbeks dévastés, là où les violences entre Kirghizes et Ouzbeks auraient fait plus de deux mille morts, selon la présidente par intérim, et quatre cent mille déplacés. Le gouvernement a promis une enquête sur ces émeutes. Comment peut-on expliquer ce déferlement de violence entre les deux communautés ?

Asel Dolotkeldeiva était à Och, la grande ville du sud Kirghizistan lorsque les émeutes ont éclaté. Selon cette jeune kirghize, chercheuse au Centre des relations internationales (CERI), à Paris, tout a démarré par une bagarre entre jeunes dans un casino de la ville. Puis les rumeurs ont commencé à circuler : « Des rumeurs ont circulé disant qu’il y avait des femmes kirghizes violées. Les affrontements ont commencé et ce qui a aggravé le feu c’est que d’après la police la population ouzbeke détenait des armes très modernes ».

Rumeurs et vieilles rivalités. En mai dernier, suite au discours d’un leader ouzbek à l‘université de Djalalabad, les incidents ont éclaté renforçant les craintes des Kirghizes. La communauté ouzbeke, majoritaire dans le sud se dit, elle, défavorisée dans son accès à la terre et à la justice.

Mais les antagonismes ethniques ne peuvent tout expliquer, le rôle des politiques et des groupes criminels locaux est aussi à éclaircir, ainsi que la désorganisation des forces de l’ordre. Asel Dolotkeldeiva : « Pendant plus d’une journée les troupes sont restées sans aucun ordre. Les autorités ne savaient pas quelle tactique employer face aux citoyens armés ou face à des criminels ».

Pendant cinq jours Asel Dolotkieldeva est restée barricadée dans un village kirghiz entouré par quatre villages ouzbeks, en banlieue de Och, avant d’être évacuée sur la capitale. Pour elle, les affrontements de ces derniers jours ne pourront être oubliés que si le gouvernement provisoire autorise la tenue d’une enquête pleine et transparente.

RFI

Rosa Otounbaïeva, présidente par intérim du Kirghizistan

Rosa Otounbaïeva, présidente par intérim du Kirghizistan

La présidente par intérim, Rosa Otounbaïeva, s’est rendue le 18 juin 2010 à Och où elle a rencontré des responsables locaux et des victimes des violences interethniques qui ont agité le sud du  Kirghizistan. Autre visiteur dans la région, le secrétaire d’Etat adjoint américain Robert Blake qui a qualifié de « crise humanitaire » la situation dans le sud de la République d’Asie centrale, et appelé à une enquête internationale sur les violences qui s’y poursuivent depuis une semaine.

A Och, ce matin 18 juin, Rosa Otounbaïeva a été plusieurs fois prise à partie par les habitants de la ville, réunis dans les locaux de l’administration régionale. Elle, qui était venue délivrer un message de réconciliation entre Ouzbeks et Kirghiz, a dû faire face à beaucoup de paroles très vindicatives des uns contre les autres.

Rosa Otounbaïeva a pu mesurer l’ampleur de la défiance et de l’incompréhension qui règnent entre les deux ethnies après une semaine de violences et de catastrophes humanitaires. La présidence par intérim est très contestée ici, jugée trop faible et illégitime, elle qui est arrivée au pouvoir il y a seulement deux mois après le renversement de l’ancien président Kourmanbek Bakiev.

La présidente par intérim, prostrée sur son fauteuil face à une foule très véhémente, à grande majorité kirghize, a conclu cette rencontre tendue en reconnaissant que le travail de réconciliation était énorme et prendrait beaucoup de temps.

Rosa Otounbaïeva a appelé tout le monde à la modération et à la patience. Elle a reconnu que le nombre de morts dans ces violences qui ont opposé Khirghiz et Ouzbeks, était certainement beaucoup plus élevé que les deux cents victimes recensées pour le moment. « Afin d’obtenir le véritable bilan, je pense qu’il faudrait multiplier les chiffres officiels par 10 », a-t-elle dit.

Quant au référendum constitutionnel qu’elle voulait organiser dans une semaine pour légitimer son gouvernement provisoire, Rosa Otounbaïeva a refusé de confirmer qu’il aurait bien lieu : « Nous y réfléchissons toujours », a-t-elle simplement indiqué.

A Och, la population estime avoir été abandonnée par le pouvoir central dès les premiers jours des violences, quand aucune force de l’ordre ne pouvait enrayer l’escalade des affrontements. Aujourd’hui les habitants, disent : « Ne plus accorder aucune crédibilité, aucune légitimité » à ce gouvernement provisoire.

Beaucoup de Kirghiz jugent d’ailleurs que ce gouvernement provisoire est en partie responsable de la situation actuelle qu’il n’a pas pu juguler. On lui reproche aussi d’être trop faible et d’avoir montré son incapacité à gérer une région prompte à s’enflammer très rapidement.

L’autre raison de cette visite de Rosa Otounbaïeva est de s’assurer que l’aide acheminée par le gouvernement parvienne à ce qui en ont besoin dans la région de Och. Les distributions ont commencé depuis deux jours, un peu partout en ville. Il reste toutefois de gros problèmes, notamment l’accès des convois humanitaires qui amènent de la nourriture, des médicaments et de l’eau aux quartiers et populations ouzbeks.

Dans ces zones les gens sont toujours retranchés derrière des barricades et la présence khirghize n’est pas vraiment appréciée. Tous les policiers et militaires qui organisent cette distribution humanitaire ne sont pas les bienvenus et n’arrivent pas à entrer dans ces quartiers.

La présidente Rosa Otounbaïeva a d’ailleurs indiqué en posant le pied à Och qu’elle était venue rassurer la population sur le travail du gouvernement et aussi apporter un message de réconciliation entre toutes les ethnies. C’est là, le gros du travail qui reste à faire ici : arriver à ce que les gens puissent vivre encore ensemble comme ils le faisaient il y a une semaine avant l’explosion des violences.

Camille Magnard RFI 18/06/10

Situation humanitaire dramatique dans le sud kirghize

La situation humanitaire est difficile et il est urgent d’agir dans ces régions. Combien sont-ils dans tout le sud kirghize à être ainsi en mouvement ? A Och, la capitale du sud du pays, l’aide humanitaire arrive peu à peu. Il y a eu depuis deux jours des distributions d’eau, de farine, de sucre, ce qui n’est pas le cas à l’extérieur de la ville.

Les tirs se sont interrompus mais la tension est extrême et les gens ne veulent pas retourner dans leur quartier. Selon certains témoignages, des personnes auraient reçu des SMS leur promettant : « le 22 juin vous aurez une surprise », de quoi terrifier cette population.

Des affrontements qui ne sont pas intervenus par hasard

On ne sait pas à quoi correspond cette date. Toutefois, le 27 juin doit se tenir un référendum crucial. Pour le gouvernement provisoire, c’est un peu sa légitimité qui en dépend. En cas d’échec, et on ne voit pas comment cela n’en serait pas un, c’est la porte ouverte à la guerre civile.

Les affrontements entre communautés ethniques n’interviennent pas par hasard. Cette violence est organisée. Il y a des forces politiques, peut-être criminelles, une somme d’intérêts autour du sud kirghize qui est le fief de l’ancien président Bakiev, renversé le 7 avril dernier.

Ces forces ne veulent clairement pas de ce référendum. Elles ne veulent pas que le gouvernement provisoire ait cette légitimité. Sans doute, toutes les occasions sont bonnes pour déstabiliser la situation et saper l’organisation de ce référendum.

Voir aussi : Rubrique Asie centrale, Les Kirghizes votent pour la démocratie, Kirghizistan l’armée mobilisée, Bakiev : aucun pouvoir ne peut m’arrêter,


Colombie : Le dauphin d’Uribe Juan-Manuel Santos élu président

colombie-santos

Selon des résultats portant sur 99,8% des bulletins dépouillés, Juan-Manuel Santos, candidat du parti social d’union nationale (Partido de la U), a obtenu 69% des suffrages avec neuf millions de voix. «Une fois de plus merci à Dieu, merci à la Colombie. Merci pour la confiance que neuf millions de Colombiens nous ont témoignée en dépit d’une pluie torrentielle et des matchs de football», a déclaré Juan-Manuel Santos devant des milliers de partisans rassemblés dans une salle de spectacles de Bogota.

Son rival, à qui il a rendu hommage en indiquant qu’il ne renonçerait pas à l’intégrer dans un «gouvernement d’unité nationale», l’ex-maire de Bogota Antanas Mockus, âgé comme lui de 58 ans, a pour sa part obtenu 27,5% des voix, avec quelque 3,5 millions de votes.

Juan-Manuel Santos, trois fois ministre (Commerce extérieur, Trésor et Défense) n’avait jamais auparavant eu de mandat électif. Il était cependant auréolé de victoires sur la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie, marxistes), à commencer par le sauvetage le 2 juillet 2008 lors de l’opération militaire Jaque de 15 de ses plus précieux otages, dont la franco-colombienne Ingrid Betancourt, qui fut l’une de ses collaboratrices lorsqu’il était ministre du Commerce extérieur. «Le temps des Farc est compté», a-t-il dit, provoquant les hourras de ses partisans. «Nous continuerons à les affronter avec toute la dureté et la fermeté», nécessaires, a-t-il promis en appelant la guérilla à libérer tous ses otages immédiatement, «de manière unilatérale».

DHuit ans après l’élection d’Alvaro Uribe, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) sont encore actives sur près de 50% de territoire, mais ne cernent plus les villes. Les forces de l’ordre – police et armée – ont elles vu leurs effectifs doubler, passant de 220 000 hommes à 425 000. Cette politique a permis à Tulio A, comme à beaucoup de Colombiens, de pouvoir à nouveau sortir de Bogota sans craindre les enlèvements.

«Pendant deux ans, je n’ai plus pu aller (dans ma finca, ndlr). Ils avaient la liste des propriétaires terriens et les enlevaient» sur la route, raconte-t-il. Et, puis, ajoute cet électeur de Juan-Manuel Santos, «Uribe est arrivé»: «maintenant je peux y aller et il n’y a plus ni guérilla ni paramilitaires».

Alvaro Uribe a rapidement félicité son successeur, lui disant par téléphone qu’il priait Dieu «pour qu’il offre tous les succès à vous et votre famille», selon la présidence. Son rival Antanas Mockus, qui avait un temps suscité une vague d’adhésions auprès de Colombiens en accord avec sa dénonciation des violations des droits de l’Homme, de la «culture du narcotrafic», de la corruption et la violence, a également reconnu sa victoire. «Je veux féliciter Santos, son parti et les personnes qui ont voté pour lui», a déclaré l’ex-maire de la capitale (1995-97 et 2001-2003). La Commission européenne, dans un communiqué signé de Jose Manuel Durao Barroso, son président, a également félicité le futur président colombien.

Le scrutin a cependant été entaché par une certaine violence, avec onze policiers et soldats tués dans différentes attaques dont les auteurs n’ont pas été identifié. Sept policiers ont notamment été tués dans le département Norte de Santander, situé à la frontière vénézuélienne, dans une embuscade menée à l’aide d’un engin explosif, selon la responsable de la sécurité de ce département, Margarita Silva.

AFP 20/06/10

Premier Tour

Santos le dauphin d’Uribe largement en tête au premier tour de la présidentielle en Colombie

Contre toute attente, l’ancien ministre de la Défense Juan-Manuel Santos obtient une très large avance au premier tour de la présidentielle en Colombie. Il recueille 46% des voix alors que son rival l’ex-maire de Bogota, Antanas Mokus, obtient un peu plus de 21% des suffrages. Un second tour est prévu pour le 20 juin prochain. Ces résultats quasi définitifs ont déjoué les sondages qui donnaient les deux candidats au coude-à-coude. Juan Manuel Santos a proposé de nommer un gouvernement d’union nationale s’il est élu  le 20 juin.

Avec 46% des voix au premier tour du scrutin, Jean Manuel Santos se voit déjà installé dans le fauteuil présidentiel, le rêve de toute sa vie. En célébrant dimanche soir 30 mai, ce résultat inespéré, l’ex-ministre de la Défense s’est posé en continuateur de la politique sécuritaire d’Alvaro Uribe et en rassembleur. Juan Manuel Santos a appelé de ses vœux un gouvernement d’union nationale, en promettant de faire de l’emploi sa priorité. Juan Manuel Santos sait qu’il doit sa victoire à l’immense popularité d’Alvaro Uribe. Il va continuer à en jouer mais il veut aussi, et déjà, s’en démarquer un peu.

Du côté des Verts, la déception est à la taille de l’illusion qu’avait suscitée la percée d’Antanas Mockus dans les sondages. Mockus a appelé lui aussi à l’union, celle des forces anti-uribistes, du parti libéral à la gauche. Une façon de rappeler que 40% des électeurs colombiens veulent un changement, moins de corruption et plus de justice sociale. Le défi pour le parti Vert est désormais de se consolider comme une force d’opposition et, à terme, comme un parti gouvernemental crédible. Un défi immense.

Une semaine avant le scrutin tous les enquêteurs donnaient en effet au coude-à-coude Juan Manuel Santos et Antanas Mockus. L’écart entre les deux est de 25 points, on ne peut pas parler de marge d’erreur. Les sondages annonçaient également une participation record notamment de la jeunesse. Nouvelle méprise, l’abstention a comme d’habitude atteint 50% des voix. Et c’est le candidat Mockus qui a apparemment fait les frais de cette apathie électorale. Antanas Mockus est un universitaire assez excentrique qui a été deux fois maire de Bogota. Grâce à son image d’homme intègre, il a joué les outsiders dans la campagne. Son vrai parti est son programme politique.

Juan Manuel Santos, lui, a compté sur ce qu’on appelle ici, la machine électorale du parti uribiste et l’appui du président de la République qui est ouvertement intervenu dans la campagne électorale, ce que la Constitution interdit normalement. Juan Manuel Santos est assuré de remporter le deuxième tour. La question pour les Verts est de savoir si Antanas Mockus doit maintenir ou non sa candidature.

RFI 31/05/10

Second tour

Présidentielle en Colombie: les jeux sont quasiment faits

Deuxième tour aujourd’hui dimanche 20 juin de l’élection présidentielle en Colombie où Juan Manuel Santos, le dauphin du président sortant Alvaro Uribe, est donné favori. Toutefois, l’effervescence électorale semble être complètement retombée. Tant il est vrai que le deuxième tour des présidentielles ne passionne pas les Colombiens. L’ex-ministre de la Défense Juan Manuel Santos est sûr de l’emporter et le prof de maths Antanas Mockus est sûr de perdre. Ouverture des bureaux à 13h TU.

Fort de son avance inespérée au premier tour, Santos a réussi à rallier tous les grands partis et les petits candidats de droite autour d’un nouveau mot d’ordre, l’unité nationale.Le programme de Juan Manuel Santos est simple, il entend assurer la continuité de la politique menée par Alvaro Uribe. Priorité donc à la lutte contre la guérilla et à la pacification du pays, qui reste pour la majorité des électeurs colombiens un enjeu essentiel.

Du coup, du côté des Verts le coeur n’y est plus. Antanas Mockus, trop honnête pour un politique et très confus, n’a pas trouvé les mots pour ressusciter l’espoir phénoménal du premier tour quand les sondages le donnaient gagnant. Pourquoi aller voter si les jeux sont faits et qu’il y a du foot à la télé ? L’abstention qui touche traditionnellement 50% des électeurs en Colombie pourrait bien battre des records ce dimanche.

RFI  20/06/10

Les trois handicaps de Santos

Santos, pour imposer sa vision, doit surmonter trois handicaps.

  • En tant que ministre de la Défense du président Uribe, il a été le champion de la politique de sécurité. Or celle-ci a été un tel succès que la sécurité n’est plus aujourd’hui, pour les électeurs colombiens, l’obsession prioritaire qu’elle fut.
  • Il est peu crédible pour vraiment s’attaquer avec passion aux inégalités sociales et à la pauvreté, lesquelles demeurent, malgré plus de 7 milliards de dollars d’aides américaines versées à la Colombie au cours de la dernière décennie.Selon un rapport de l’ONU basé sur des chiffres de 2008 que cite le Washington Post dans son édition du 19 avril, 43% des Colombiens sont pauvres et 23% vivent dans une extrême pauvreté (à titre de comparaison, les chiffres du Brésil sont, respectivement, 26% et 7%).Santos, héritier d’une grande famille de l’élite sociale colombienne, fut ministre du commerce (1991-1994) et ministre de l’économie (2000-2002). Il est donc en partie responsable de cette situation et, contrairement à Uribe, qui faisait figure d’un homme anti-establisment, aimant les meetings dans des villages reculés, Santos apparaît plutôt comme un ami des puissants.Il n’a pas semblé très à l’aise, par exemple, durant sa campagne électorale, au contact des pauvres.
  • Il est perçu comme l’héritier d’Uribe alors que le bilan de ce dernier est désormais réexaminé à l’aune des scandales de corruption et des massacres de l’armée.Santos a beau dire qu’il a puni les responsables militaires impliqués dans ces massacres de civils présentés comme des guérilleros (ce qu’on a appelé en Colombie « los falsos positivos »), et qu’il n’est pas Uribe, mais quelqu’un qui aura son propre style de gouvernement, son discours n’est pas très convaincant.

Rue 89 31/05/10

Voir aussi : Lien externe Colombie les enjeux de l’élection 2010, Betancourt otage,

Flottille de Gaza : l’attitude de la Turquie est une leçon pour l’Occident

Les tensions entre la Turquie et Israël -croissantes depuis la mort de militants turcs, la semaine dernière, lors de l’assaut israélien contre la flottille humanitaire au large de la bande de Gaza- posent la question du maintien de la Turquie au sein d’alliances occidentales de longue date, face à son nouveau statut de puissance montante du Moyen-Orient.

Les élites du parti politique au pouvoir ont fait part de leur soutien aux militants turcs qui ont organisé le départ de la flottille. Il est aussi vrai que ces activistes ont rassemblé des milliers de personnes en Turquie pour condamner les actes israéliens, entonnant des slogans islamistes et brûlant parfois une image du président américain.

Dans ce contexte, les porte-parole israéliens sont allés très loin en insinuant que ces militants avaient des liens avec l’organisation terroriste Al-Qaeda. Théorie qui n’a pas été prouvée. Une vue d’ensemble objective sur ce que la Turquie essaie d’atteindre depuis ces dernières années montre à quel point de telles analyses et accusations manquent la cible.

Oui, effectivement la Turquie tente de changer les politiques de l’Occident, en particulier celles qui ferment les yeux sur les conséquences humanitaires du blocage israélien de Gaza. Par contre, les voies utilisées par la Turquie sont légitimes, dont notamment son siège durement gagné au Conseil de sécurité des Nations unies.

La Turquie imite le parcours de l’Union européenne

La pression sur les relations avec Israël ne dépend pas de l’idéologie du gouvernement turc. Il y a deux ans, la Turquie avait accueilli les négociations directes entre Israël et la Syrie, interrompues seulement à la suite de l’assaut israélien sur Gaza pendant l’hiver de 2009. Les crises ont toujours suivi la dénonciation, par l’opinion publique turque, d’injustices commises contre les Palestiniens, que ce soit lors de la guerre des Six jours en 1967, de la déclaration de Jérusalem comme capitale d’Israël en 1980, ou lors de l’occupation des villes de la Cisjordanie en 2002.

L’âge d’or des relations entre la Turquie et Israël, pendant les années 90, coïncide exactement avec les accords de paix d’Oslo. Ces tentatives d’Ankara de stabiliser la région sont caractéristiques de ses efforts de ces dix dernières années. La Turquie a conclu des accords avec la Syrie, le Liban, la Jordanie et la Libye pour :

  • supprimer progressivement les visas ;
  • ouvrir de nouvelles routes, chemins de fer et les voies de communications ;
  • intégrer des infrastructures énergétiques ;
  • établir des accords de libre-échange et tenir des réunions ministérielles communes régulièrement.

Des accords similaires ont été signés avec d’autres pays dans la région. En ce sens, la Turquie est explicitement en train d’imiter le parcours de l’UE qui a montré à quel point la convergence peut mettre fin aux cycles de conflit.

Manifester contre le blocus de Gaza n’a rien de non-européen

Ceci ne peut pas être considéré comme une politique « islamique » ou pour le Moyen Orient, puisque ces projets de grande ouverture et d’intégration ont déjà été utilisés pour renforcer les liens entre la Russie et la Grèce. Ceci ne signifie pas non plus un changement fondamental de l’attitude turque vers l’Europe et l’Occident. Plus de la moitié des exportations turques sont pour l’Europe, 90% des investissements étrangers en Turquie proviennent des États de l’UE, et plus de quatre millions de turcs habitent déjà en Europe.

En comparaison, le Moyen-Orient reçoit moins de 25% des exportations turques, et les travailleurs immigrés en Turquie sont plus de 200 000. Il est vrai que les négociations entre la Turquie et l’Union européenne sont dans une impasse, et ce n’est pas la première fois en 50 ans de convergence. Cette fois-ci, les politiciens populistes de France, d’Allemagne, d’Autriche, et au sein des gouvernements chypriotes et grecs, ont éloigner la Turquie en critiquant le processus de négociation.

Les différences entre la Turquie et Israël ne constituent pas le signe d’une animosité turque envers l’Ouest. Les Turcs sont peut-être les principaux organisateurs de la flottille de Gaza, mais ils ont été rejoints par d’autres activistes, par des bateaux et des fournitures de plus de 30 pays différents, et par plusieurs politiciens de l’UE. Il n’y a rien de non-européen à protester contre la peine infligée par Israël sur les habitants de Gaza. Ce qui est inhabituel pour les pays européens, c’est que, pendant que la Turquie s’engage contre le blocus, eux ne fassent rien pour y mettre fin.

Hugh Pope ( directeur du projet Turquie-Chypre à l’International Crisis Group.)

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