Pourquoi une politique de l’offre ne serait-elle pas de gauche ?

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Oui mais comment ?

Un lecteur de Rue 89, Pierre H., pose une bonne question : pourquoi le pacte de responsabilité, la volonté d’agir sur l’offre, sont-ils considérés comme des politiques libérales ? Pourquoi ne pas faire crédit à François Hollande lorsqu’il affirme qu’il s’inscrit dans une approche sociale-démocrate, celle qui favorise la négociation entre salariés et patrons pour aboutir à une société meilleure ?

N’a-t-on pas, en titrant que François Hollande avait, lors de sa conférence de presse, fait ses « adieux à la gauche », été prisonniers de vieux réflexes idéologiques pavloviens ?

Après tout, ce n’est pas la première fois que la gauche se glisse dans l’eau de « l’offre ». Ce que nous vivons a un petit parfum du début des années 80. A cette époque, la gauche découvrait l’entreprise. Avec la ferveur du converti. Elle en faisait une « valeur », la présentant comme la cellule de base de la création de richesses. En octobre 1985, devant un parterre de patrons, lors du Forum de L’Expansion, Michel Rocard pouvait déclarer, non sans provocation :

« Comment ne pas mentionner ce paradoxe qui a voulu que ce soit sous un gouvernement de gauche, et par le gouvernement de la gauche, qu’ont été revalorisés l’entreprise, le marché, le champ international, que ce soit durant cette même période que les salaires et le pouvoir d’achat ont baissé tandis que la bourse n’a cessé de monter ? »

Il avait même ajouté, quelques mois avant le retour de la droite :

« Vous verrez, vous nous regretterez. »

1 Qu’est-ce qu’une politique économique de gauche ?

La question n’est pas si simple, car il existe, en France, de nombreuses gauches : étatiste, libertaire, productiviste, écologiste, autogestionnaire, européenne, eurosceptique, etc.

Leur point commun, c’est l’idée qu’il faille construire une société dans laquelle l’intérêt général prendrait le pas sur les intérêts particuliers, les inégalités sociales seraient limitées, et les plus fragiles seraient protégés contre les duretés de la vie.

Pour construire une telle société, la gauche prône une politique reposant sur cinq piliers :

  • une protection sociale robuste ;
  • des services publics solides ;
  • un droit du travail protecteur
  • une fiscalité redistributive ;
  • une politique de soutien au pouvoir d’achat et à l’emploi.

Lors de sa campagne électorale, François Hollande s’inscrivait fermement dans ce programme-pentagramme. Il avait promis de négocier un pacte européen de croissance, de réformer la fiscalité pour la rendre plus juste… Chacune de ses décisions, avait-il promis, serait prise à l’aune de la justice sociale.

Aujourd’hui, dans la formulation de ses priorités, force est de constater qu’il s’est bien éloigné de ce socle idéologique. Depuis novembre 2012, il a pris comme cap la compétitivité des entreprises, et il prend des mesures allant dans ce sens. Il n’hésite pas à prélever des impôts chez les ménages (TVA) et à alléger sans contrepartie les charges des entreprises (CICE).

Lors de ses vœux, il a certes évoqué l’idée d’une grande réforme fiscale, mais pour aussitôt préciser que le sens de cette dernière était d’aboutir à une baisse des impôts. Et s’il a évoqué la protection sociale, c’est uniquement pour souligner la nécessité « d’en terminer avec les excès et les abus ».

2 Les racines idéologiques de la politique de l’offre

Lorsque, dans les années 1980, le PS se laisse pour la première fois tenter par les sirènes de l’offre, celle-ci était idéologiquement à la mode.

Ronald Reagan et Margaret Thatcher étaient passés par là. Ils avaient promu « l’économie de l’offre » ( « supply-side economics »), en rupture avec la pensée keynésienne alors encore dominante et qui privilégiait, comme moteur de l’économie, la demande : les consommateurs.

En arrivant au pouvoir, Reagan a prôné la levée des contraintes fiscales et règlementaires sur les entreprises pour libérer l’initiative privée et l’investissement. La France, quelques années plus tard, a emboîté le pas. La gauche était aux commandes, partie à la chasse de ses propres archaïsmes sous l’influence de clubs d’intellectuels et d’hommes d’entreprise comme la Fondation Saint-Simon.

Pendant sa conférence de presse, François Hollande n’a pas hésité à déclarer :

« L’offre crée même la demande. »

Un axiome posé par Jean-Baptiste Say, économiste français du début XIXe siècle, héros des libéraux, qui considérait que « c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits » (loi de Say). L’idée : quand vous créez un produit, vous ouvrez, par la valeur créée par ce produit, un débouché pour d’autres produits. Agir sur la consommation ne sert donc à rien.

La conséquence de cette loi, c’est que l’économie retrouve, à long terme, l’équilibre, de façon automatique. Plus tard, Keynes a démoli la loi de Say :

« A long terme, nous serons tous morts. Les économistes se fixent une tâche peu utile s’ils peuvent seulement nous dire que, lorsque l’orage sera passé, l’océan sera plat à nouveau. »

Pour Keynes, dans les situations de sous-emploi, l’Etat doit agir sur la demande afin de relancer la machine économique : en baissant les impôts ou en augmentant les dépenses publiques.

3 Hollande avait-il le choix ? La question du « taux de marge »

Au sein du gouvernement, on explique volontiers que le Président n’avait, de toute façon, guère le choix. L’appareil productif de la France se délite rapidement, et il faut intervenir pour que cette dégradation cesse.

L’ampleur du problème est généralement illustrée par le taux de marge des entreprises. Il mesure ce qui reste une fois que l’on a distribué les salaires et payé ses fournisseurs. C’est la mesure de la rentabilité d’une entreprise. Plus le taux de marge est important, plus il est facile d’investir sans avoir à trop s’endetter.

En 1970, le taux de marge des sociétés produisant des biens et services non financiers était de 30%. Lorsque la gauche est arrivée au pouvoir en 1981, il était tombé à 25%. Lorsque Rocard pavanait devant les entrepreneurs du Forum de L’Expansion, en octobre 1985, il était remonté à 27%. A la fin des années 80, il s’est établi à plus de 30% et s’est maintenu à ce niveau.

La crise de 2008 l’a de nouveau affecté : au troisième trimestre 2013, le taux de marge est tombé à 27,7%, le plus bas niveau depuis plus de 25 ans. Et le plus bas niveau d’Europe.

Explications généralement avancées : les entreprises n’ont pas suffisamment réduit leurs effectifs pour s’adapter à la baisse d’activité, les salaires ont, pendant cette période de creux, continué à augmenter…

Le taux de marge en Allemagne dépasse 40%, celui que l’on constate en moyenne dans l’Union européenne est de 37%.

Grave ? Préoccupant, oui. Maintenant, quel est le remède ? Le Medef et le gouvernement suggèrent de baisser les cotisations patronales : donner de l’oxygène à l’offre.

Mais on peut prendre le problème par l’autre bout du raisonnement : la baisse du taux de marge a été causée par la baisse de l’activité économique, consécutive à la crise financière. Les entreprises paient autant de salaires et de cotisations qu’avant, mais leurs ventes ont baissé. Si l’on relançait l’activité, on rétablira donc le taux de marge : il faut pour cela agir sur la demande.

La gauche préfère généralement privilégier cette seconde voie. Car si vous baissez les cotisations des entreprises, il faut soit réduire d’autant les dépenses publiques, soit transférer leur charge vers les ménages.

François Hollande considère que cette voie-là, la relance, est impossible. Il a fait du rétablissement des comptes publics une de ses priorités et il a renoncé à « renverser la table » européenne afin de provoquer une remise en question des politiques d’austérité. Il s’est résigné à suivre une voie qui n’était pas prévue dans son programme électoral, une voie éloignée des politiques économiques de gauche : la politique de l’offre.

4 Le pacte de responsabilité peut-il créer des emplois ?

L’idée du « pacte de responsabilité » est un donnant-donnant : moins d’impôts et de charges pour les entreprises, plus d’emplois pour la société.

Le raisonnement est le suivant : on allège les charges des entreprises, elles reconstituent leurs marges, elles peuvent investir. Si elles investissent, elles embaucheront et elles participeront à la reprise économique.

C’est faire le pari que la décision d’investir dépend de la santé financière et d’elle seule. En réalité, elle dépend de bien d’autres facteurs, à commencer par le niveau de la demande.

Le pari peut fonctionner pour certaines entreprises exportatrices, celles qui visent des marchés en croissance : les débouchés existent. Pour les autres, c’est bien plus aléatoire.

Si les entreprises ne jouent pas le jeu, on risque de se retrouver avec, d’un côté, de plus gros dividendes et, de l’autre, une sécurité sociale fragilisée ou un pouvoir d’achat affecté (car la baisse des cotisations familles sera financée par une baisse des prestations ou par une hausse des prélèvements sur les ménages). François Hollande a assuré qu’il ne s’agissait pas de prendre aux ménages pour donner aux entreprises, mais c’est un risque qu’il prend pourtant.

Rien ne peut en effet obliger une entreprise à embaucher. Pierre Gattaz, le patron du Medef, a beau évoquer la création d’un million d’emplois sur cinq ans, il est bien placé pour savoir que cette projection n’a pas grand sens. Dans les années 80, son père et prédécesseur à la tête du patronat avait promis 471 000 emplois en cas de suppression de l’autorisation administrative de licenciement, promesse qui n’avait pas été tenue quand il avait reçu satisfaction en 1986, au retour de la droite au pouvoir. De même, plus récemment, sous Sarkozy, la baisse de la TVA dans la restauration n’a créé que très peu d’emplois dans le secteur…

Jusque-là, les premières enquêtes auprès des patrons de PME laissent sceptiques quant aux chances de voir le pacte de responsabilité déboucher sur des emplois. Ce qu’ils attendent pour investir, disent-ils, ce sont des commandes plus que des baisses de charges.

Pascal Riché

Source Rue 89 : 15 01 2014

 

La politique de l’offre de Hollande, « une vraie rupture » dans l’histoire de la gauche

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Il a assumé sa politique rigoureuse, et soucieuse des entreprises… loin des aspirations de la gauche radicale. Le président François Hollande a justifié, lors de sa conférence de presse, mardi 13 novembre, ses choix, niant ce qui s’apparente pourtant à un tournant opéré dans sa politique au bout de six mois d’exercice de pouvoir, avec des mesures qui s’éloignent de son discours de candidat.

Pour expliquer ce qui l’a poussé à opter pour un discours et une politique de l’offre, en mettant en œuvre un pacte de compétitivité, qui vise à consentir 20 milliards d’euros de baisses d’impôts aux entreprises à partir de 2014, le chef de l’Etat a relativisé ce virage en le situant à l’intérieur même de la pensée socialiste.

  • Hollande justifie le recours à une politique de l’offre

« Je connais bien la pensée socialiste, je l’ai étudiée pendant des années avec lucidité et en même temps espoir ! », s’est-il d’abord amusé, lors de sa conférence de presse mardi 13 novembre. « Il y a toujours eu deux conceptions, une conception productive – on a même pu parler du socialisme de l’offre – et une conception plus traditionnelle où on parlait de socialisme de la demande », qui vise à soutenir la consommation des ménages, a-t-il ensuite expliqué après une question sur la baisse du coût du travail pour soutenir l’emploi.

« Aujourd’hui, nous avons à faire un effort pour que notre offre soit consolidée, plus compétitive et je l’assume ! Et en même temps, nous devons préserver la demande et faire la mutation, c’est-à-dire comprendre que le monde est en train de changer, que la transition vers une nouvelle façon de produire, de consommer, de nous transporter est en marche. Et c’est là que nous devons nous enrichir d’apports qui sont ceux de tout notre environnement. Nous devons faire cette révolution », a-t-il conclu.

  • Le discours d’un dirigeant socialiste pour une politique de l’offre : « une vraie rupture »

« Le pacte de compétitivité est un tournant très fort », estime Rémi Lefebvre, politologue à l’université de Lille, spécialiste du PS. Le discours de François Hollande franchement en faveur d’une politique de l’offre constitue « une vraie rupture » dans l’histoire de la gauche, renchérit Gérard Grunberg, directeur de recherche à Sciences Po et spécialiste de la gauche.

« Même s’il ne renie pas une politique de demande, c’est la première fois qu’un leader socialiste dit aussi clairement qu’il faut mener une politique de l’offre. A gauche, même du temps de Lionel Jospin ou de François Mitterrand, personne n’a jamais été partisan  d’une telle politique, estimant que trouver un compromis avec les entreprises revenait à mener une politique libérale », souligne-t-il.

Si certains dirigeants socialistes, comme Michel Rocard dans les années 1970, Laurent Fabius en 1984, puis Lionel Jospin à Matignon ont bien amorcé ce virage vers une politique de l’offre, en admettant que l’Etat devait prendre en compte les intérêts des entreprises, ils ont toujours dit que le rôle de celui-ci était fondamental, justifie M. Grunberg. En cela, la gauche a toujours été dominée par les keynésiens, estime le chercheur.

  • Hollande dans les pas de « la deuxième gauche » ?

Faut-il en conclure que le président Hollande – avec sa politique de l’offre – s’inscrit dans « la deuxième gauche », ce courant idéologique apparu dans la seconde moitié des années 1970 avec Michel Rocard ? Ce n’est pas l’analyse des spécialistes de la gauche contactés par Le Monde.fr.

« Le tournant initié par François Hollande relève du social-libéralisme, tranche Rémi Lefebvre, proche de l’aile gauche du parti. Même si le candidat Hollande tenait un discours modéré, sans trop promettre, le pacte de compétitivité s’apparente au tournant de la rigueur en 1983, dans le sens où c’est un retour au réel et une forme de capitulation devant les injonctions des milieux économiques. »

Gérard Grunberg a, de son côté, une position plus nuancée. Selon lui, le chef de l’Etat s’inscrit dans la gauche réformiste et « a compris que la social-démocratie moderne doit se situer en compromis avec les intérêts des entreprises ». De cette manière, M. Hollande « recolle au peloton des social-démocraties européennes, qui, dans la crise, sont contraintes de composer avec les libéraux et le centre droit », d’après lui.

  • Qu’est-ce que la « première » et la « deuxième » gauche ?

A l’origine, ce que l’on appelle « la première gauche » est un courant idéologique apparu en 1905 avec la création de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). La SFIO, qui donnera naissance au PS en 1969, est de culture marxiste et jacobine. Elle préconise l’instauration d’un Etat fort dans la tradition de la centralisation à la française, avec des nationalisations des grands groupes industriels du pays. Ce courant de la première gauche regroupait les partisans de François Mitterrand.

La « deuxième gauche », de son côté, s’est construite en opposition avec la « première ». Elle est apparue dans la seconde moitié des années 1970 avec Michel Rocard. Ce courant de pensée regroupait autour de l’ancien premier ministre, le Parti socialiste unifié (PSU) fondé en 1960 avant de s’auto-dissoudre en 1989, et une partie de la CFDT. « La ‘deuxième gauche’ n’était pas libérale. Rocard soulignait qu’il fallait prendre en compte les intérêts des entreprises. Mais il n’a jamais été pour autant favorable à une politique de l’offre. Il reste davantage un keynésien », explique Gérard Grunberg.

Par ailleurs, la « deuxième gauche » avait la particularité de « se méfier du communisme et s’opposait à la ‘première’ en disant que l’Etat ne devait pas s’occuper de tout, notamment de l’économie. C’est pour cette raison qu’elle prônait la décentralisation », explique-t-il.

Alexandre Lemarie

Source : Le Monde 15/01/2013

 

Le « socialisme de l’offre », ou la politique de la déflation

 par David Cayla

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Il y a un an, François Hollande annonçait une nouvelle politique économique : « le socialisme de l’offre ». Derrière cette formule creuse se cache en réalité une stratégie suicidaire pour la France. Car la politique de l’offre menée dans un contexte européen de croissance « poussive », n’a aucune chance d’améliorer la situation de l’emploi et des entreprises.

Le « socialisme de l’offre » c’est la formule trouvée par François Hollande pour expliquer sa stratégie économique lors de sa conférence de presse de novembre 2012 : « Il y a toujours eu deux conceptions, une conception productive – on a même pu parler du socialisme de l’offre – et une conception plus traditionnelle où on parlait de socialisme de la demande. Aujourd’hui, nous avons à faire un effort pour que notre offre soit consolidée, plus compétitive. » La formule est reprise par Pierre Moscovici qui explique ainsi le retournement stratégique opéré par gouvernement : « Dans l’opposition, nous avons rejeté toute idée que la France souffrait d’un problème de compétitivité liée au coût du travail. C’est l’honneur de ce gouvernement, suite au rapport Gallois, d’avoir laissé de côté une position partiellement idéologique et très datée, et d’avoir pris la mesure d’un enjeu national. »1

C’est donc au nom du pragmatisme, de l’efficacité et, en somme, de « l’honneur », que le gouvernement a choisi de tourner le dos aux politiques qu’il préconisait dans l’opposition. Sans remettre en cause la sincérité des propos du ministre, notons qu’il est bien délicat de devoir justifier, auprès des électeurs, un tel écart entre la politique menée au pouvoir et celle qu’on proclamait dans l’opposition. Il n’aura en effet pas fallu plus de six mois pour que la gauche, élue au nom du social et du retour à la retraite à 60 ans, pourfendeuse de la TVA et de la « règle d’or », se transforme en commis d’une politique au service des entreprises.

UNE NOUVELLE POLITIQUE

Depuis novembre 2012, depuis un an, le retournement est indéniable. Le programme des « 60 propositions » est mis en sourdine pour laisser place à l’orchestre triomphant de la Nouvelle politique. Toute l’énergie du gouvernement se concentre sur des mesures de compétitivité. Il y eut d’abord le CICE (crédit impôt compétitivité emploi), un allègement d’impôt de 12 à 15 milliards d’euros accordé sans contrepartie aux entreprises et financé par la hausse de la TVA. Il y eut ensuite la loi sur la sécurisation de l’emploi qui permet aux entreprises de baisser les salaires et de modifier le contrat de travail sans avoir à recourir à des licenciements. Il y eut enfin l’économie des dépenses publiques et une réforme des retraites qui enterre de fait le départ à taux plein à 60 ans. Comme le souligne l’économiste Bruno Amable2, le bilan de cette politique est que les cadeaux aux entreprises sont payés par les ménages et les salariés. Hausse des impôts, stagnation salariale et accentuation de la flexibilité du travail constituent les modalités du paiement.

Injuste, cette politique l’est sans conteste. Est-elle au moins nécessaire ou efficace ? L’économie française souffre-t-elle d’un coût du travail trop élevé ? Pour appuyer son analyse, le gouvernement souligne deux chiffres : le déséquilibre de la balance commerciale, en constante dégradation depuis 2002, et la chute, depuis 2007-2008, du taux de marge des entreprises3.

Si ces chiffres sont incontestables, l’interprétation qu’on leur donne mérite débat. La hausse des salaires est-elle responsable de la baisse de compétitivité de l’économie française ? L’affirmer reviendrait à porter au crédit de l’UMP, au pouvoir à cette époque, d’avoir massivement augmenté les salaires. Bien sûr, il n’en est rien. D’après l’INSEE, entre 2002 et 2011, le pouvoir d’achat du salaire net moyen a augmenté de moins de 6 % tandis que le PIB a augmenté de 12 %. Les actifs ont à peine bénéficié de la moitié des gains de productivité qu’ils ont créés par leur travail. On peut tourner le problème dans tous les sens, la baisse de compétitivité des entreprises françaises n’est pas due à une hausse du coût du travail.

LES ENTREPRISES VICTIMES DE L’AUSTÉRITÉ

Pour comprendre ce problème il faut s’interroger sur la chronologie. Que s’est-il passé en 2007-2008 pour que le taux de marge des entreprises s’effondre ? Une crise du système financier international, la chute du commerce mondial, une récession sans précédent depuis 1945 dans les économies développées. C’est d’abord la brutalité avec laquelle la demande mondiale s’est contractée qui explique la baisse du taux de marge des entreprises. Il en est résulté une sous-exploitation des capacités productives, une baisse de la production et une hausse du chômage.

Dans un tel cas de figure, les recettes des entreprises diminuent forcément plus vite que leurs charges, car elles doivent continuer de payer un appareil productif sous-utilisé. Elles attendent une reprise qui ne vient pas. Et pour cause. Après de timides plans de relance engagés ici ou là en 2009, les États européens se sont tous engouffrés dans des politiques de « rétablissement des finances publiques », envoyant leurs populations dans une marche forcée vers l’austérité. Au final, la demande intérieure stagne, prise en ciseau par les hausses d’impôts et les baisses de dépenses publiques.

Dans les pays d’Europe du sud où l’austérité est la plus forte, la demande s’effondre. Pour compenser, les gouvernements, avec le soutien actif de la Troïka, se sont tournés vers une hypothétique demande extérieure, en espérant que les entreprises trouveront à l’étranger les parts de marché qui leur manquent. Cette politique nécessite une stratégie de type néo-mercantiliste : baisse du coût du travail, aides aux entreprises, accentuation de l’austérité. C’est une politique de l’offre classique, qui n’a rien de « socialiste ». Mais un problème se pose : si un pays individuel peut momentanément compenser une faiblesse de sa demande intérieure par une hausse de ses parts de marché à l’étranger, cette stratégie ne peut fonctionner à l’échelle mondiale. Toutes les balances commerciales ne peuvent être en excédent, car les déficits des uns font les excédents des autres. Il en résulte une guerre absurde4 où chacun se bat pour augmenter sa part d’un gâteau que les politiques d’austérité généralisées s’acharnent à faire diminuer.

Résultat, les marges des entreprises baissent à mesure que la guerre commerciale s’intensifie. Certains pays, comme l’Allemagne, s’en sortent bien. Avec une population vieillissante et peu portée sur la consommation et l’investissement, l’économie allemande gagne plus à l’étranger que ce qu’elle perd en interne. Pour d’autres pays, comme la France, une telle stratégie est suicidaire. Un pays qui possède, avec l’Irlande, le plus haut taux de fécondité de l’Union européenne, a besoin de consommer et d’investir. L’austérité généralisée ne fait qu’affaiblir ses capacités de croissance future tandis que les potentialités extérieures sont clairement moins avantageuses que le gaspillage de ses ressources internes, sous-exploitées.

LA DÉFLATION, UN RETOUR AUX ANNÉES 30

Le « socialisme de l'offre », ou la politique de la déflation

On connaît très bien les effets d’une politique de l’offre généralisée, où chacun cherche à diminuer ses coûts pour être plus compétitif que son voisin. La diminution des coûts entraîne la baisse des revenus qui conduit à la compression de la demande. Aussi, pour ne pas voir leur part de marché s’effondrer, les entreprises sont contraintes de baisser leurs prix, ce qui diminue leurs marges. C’est ce qu’on appelle la déflation. On y est. A force de mener des politiques de compétitivité en Europe du sud et partout ailleurs, les prix diminuent en Grèce et à Chypre, ils stagnent au Portugal, en Espagne et en Irlande.

Mais la déflation ne s’arrête pas aux pays sous perfusion de la Troïka. Elle touche l’ensemble de la zone euro. En France, si l’on ne constate pas encore de baisse des prix, on mesure tout de même un dangereux ralentissement de l’inflation depuis près de deux ans.

Or, la déflation est un poison mortel. Elle pousse les consommateurs à reporter leurs achats (dans l’attente d’une baisse des prix) ; elle pénalise les emprunteurs et favorise les rentiers (en raison de la hausse des taux d’intérêt réels) ; elle décourage les producteurs et les investissements ; elle assèche les recettes publiques et nourrit les déficits. Plus grave, elle tend à augmenter la valeur du stock de dettes en circulation, ce qui génère à terme des défauts et des faillites bancaires.

La déflation, c’est le retour de la crise des années 30. Face à une telle menace, il serait bon que le gouvernement prenne la mesure des problèmes réels de l’Europe et revoit sérieusement l’idéologie churchillienne, à base de sang et de larmes, qui l’a conduite à inventer le concept du « socialisme de l’offre ».

David Cayla

Source : Blog des Economistes Attérés 20/12/2013

1. Pierre Moscovici (2013) : Combats – pour que la France s’en sorte, Flammarion, Paris.

2. Bruno Amable : « Qui ressent le ras-le-bol du ‘socialisme de l’offre’ ? » Libération, le 14/10/2013, en ligne sur : http://www.liberation.fr/economie/2013/10/14/qui-ressent-le-ras-le-bol-du-socialisme-de-l-offre_939426

3. Le taux de marge mesure le rapport entre le profit réalisé par les sociétés non financières (mesuré par l’excédent brut d’exploitation) et leur richesse produite (mesurée par la valeur ajoutée). Depuis la fin des années 80, le taux de marge des sociétés non financières française n’était jamais descendu en dessous de 37 %. Il est tombé à 35,1 % en 2012.

4.voir article publié sur le site de Parti Pris : « Compétitivité : le retour de l’idéologie de la guerre économique  », décembre 2012.

Voir aussi : Rubrique Politique, Rubrique Economie, Rubrique Philosophie, Habermas : Pour une Europe démocratique ! , Michéa : la gauche de notre imaginaire collectif, On Line : Pourquoi le pacte de responsabilité mène à la récession,

Il y a 30 ans, le patronat promettait emplois contre allègements

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Il y a 30 ans, Yvon Gattaz, le père de l’actuel patron du Medef, promettait déjà au gouvernement socialiste de l’époque des embauches contre des allègements du coût du travail et plus de flexibilité.

Il a obtenu gain de cause, mais aucune statistique officielle n’a pu montrer si la promesse d’embaucher plus de 400.000 personnes avait été tenue.

Le 10 avril 1984, Yvon Gattaz, alors président du Conseil national du patronat français (CNPF), l’ancêtre du Medef, affirme que les entreprises sont « prêtes à se mobiliser sur l’emploi ». La France, qui vient de prendre le tournant de la rigueur, compte 2,2 millions de chômeurs.

Selon lui, des emplois sont « disponibles », mais un « mur » de « contraintes fiscales, administratives, sociales » pèse sur les entreprises.

Il propose au gouvernement alors dirigé par le socialiste Pierre Mauroy, parmi d’autres mesures de flexibilité, d’expérimenter pendant cinq ans des « emplois nouveaux à contraintes allégées » (ENCA), une formule susceptible, selon lui, de créer « 471.000 emplois supplémentaires, dont 400.000 dès la première année ».

Conditions: les nouvelles embauches ne doivent pas être comptabilisées dans les effectifs, afin d’éviter les effets de seuils fiscal et social aux entreprises qui créeraient ces emplois; elles doivent être exonérées des taxes assises sur les salaires (formation, apprentissage, etc.); possibilité de recours au licenciement économique pour ces emplois nouveaux, sans autorisation administrative préalable.

Les syndicats très réticents

Des négociations s’ouvrent entre les partenaires sociaux. Après sept mois et 14 séances de négociations, un protocole d’accord sur « l’adaptation des conditions d’emploi » est élaboré. Il propose, entre autres, une annualisation du temps de travail, un allongement de la durée des missions d’intérim et des contrats à durée déterminée. En outre, le paiement intégral des taxes de transport et de construction est réservé aux entreprises de plus de 20 salariés.

Une majorité de syndicats rejette le texte.

La situation reste bloquée jusqu’à la victoire de la droite aux élections législatives de mars 1986.

Sans exiger des contreparties en matière d’embauches, le gouvernement de Jacques Chirac satisfait plusieurs revendications patronales: suppression de l’autorisation administrative de licenciement, exonérations de charges sociales pour l’embauche de jeunes de moins de 25 ans et facilitation des recours aux CDD, au travail temporaire et au temps partiel.

 

Source AFP 15/01/14

Voir aussi : Rubrique Actualité France, rubrique Politique Politique économiqueLe changement c’est maintenant, rubrique Finance, rubrique Société, Emploi, rubrique Histoire,

 

Hollande : ses adieux à la gauche

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Ceux qui n’ont pas encore compris que je suis social-démocrate peuvent poser une question. »

Après 1h30 de discours et de questions, François Hollande a clos la partie « qui je suis, où je vais » par cette réponse un peu énervée à Ivan Levaï, chroniqueur à Radio France.

Le Président venait de déclarer :

« Je marche sur mes traces, je fais ce que je pense être conforme à mes idées et conforme à l’intérêt de la France. Social, réformiste, réaliste mais surtout patriote. Si j’ai un mot, c’est bien de ça dont il s’agit. […] Je prends des risques. »

Le social-libéral a parlé

Ce qui le différencie de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, qui, lui aussi, parlait de réduction des dépenses publiques, des impôts, de la fraude aux prestations sociales, c’est que lui, dit-il, il « fait » et s’attaque à la dette de la France, « afin de sauver notre modèle social » :

« L’enjeu entre la gauche et la droite, ce n’est pas le niveau des dépenses, mais la structure des dépenses, ce qu’on fait avec une fiscalité plus juste. »

Il dit aussi :

« Si être de gauche, c’est creuser les déficits, mes prédécesseurs étaient d’extrême gauche. »

Entre le social-démocrate et le social-libéral, c’est le deuxième qui a parlé ce 14 janvier. Il ne jure plus que par « l’offre » –les producteurs– pour relancer l’économie.

La réaction de Force ouvrière augure de lendemains compliqués avec les syndicats de salariés :

« Le président de la République a confirmé le caractère libéral de la politique économique mise en œuvre. L’allégement du coût du travail apparaît ainsi comme l’alpha et l’oméga de la politique. […]

Par ailleurs, la confirmation d’une réduction drastique des dépenses publiques et l’octroi aux régions d’un pouvoir réglementaire d’adaptation menacent l’égalité républicaine. De fait, le pacte de responsabilité risque d’entrer en contradiction avec le pacte républicain. »

Le Club des entrepreneurs, lui, se déclare enthousiaste et se félicite des annonces. Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président du Medef, commente avec allégresse dans un tweet : « Keynes tué d’une balle dans la nuque ! »

Ce 14 janvier, François Hollande a quitté la gauche.

Blandine Grosjean

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Affaire Closer

« Une clarification avant le 11 février »

 

Vendredi, le magazine Closer révélait une liaison supposée entre le Président et la comédienne Julie Gayet. Dimanche, on apprenait que la compagne de François Hollande était hospitalisée pour un « gros coup de blues ». Aux questions sur le respect de la vie privée se sont vite ajoutées celles sur le « statut » de la Première dame. Plusieurs personnalités estiment qu’il faut en finir avec cette vieillerie de la République, demandant même, comme François Rebsamen, maire de Dijon et proche du Président, qu’on profite de cette « affaire » pour s’en débarrasser tout de suite.

C’était donc Alain Barluet du Figaro qui s’y est collé dès le début de la conférence, en sa qualité de président de l’Association de la presse présidentielle. Au bout de 40 minutes, une éternité pour certains, il a enfin posé la question :

« Valérie Trierweiler est-elle toujours Première dame de France ?

– Je comprends votre question, et je suis sûr que vous comprendrez ma réponse. Chacun de nous dans sa vie privée peut traverser des épreuves, c’est notre cas. Ce sont des moments douloureux. J’ai un principe, c’est que les affaires privées se traitent en privé, dans l’intimité respectueuse de chacun. Ce n’est ni le lieu, ni le moment de le faire. »

Le Président a promis de clarifier la situation du couple présidentiel avant le voyage officiel à Washington, le 11 février. B.G.

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Prélèvements

« Moins de charges, plus d’emplois »

 

François Hollande veut « poursuivre l’allègement du coût du travail » engagé avec le lancement du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE). Le Président veut mettre fin d’ici 2017 pour les entreprises et les travailleurs indépendants aux cotisations familiales, qui représentent entre 30 et 35 milliards d’euros de charges :

« La discussion portera donc sur l’avenir du CICE et sur le mode de financement de la protection sociale. C’est la condition pour que les entreprises retrouvent leurs marges, non pas pour leur faire plaisir ou pour leur faire un “cadeau”. Mais pour l’investissement, parce que le taux de marge en 2012 est le plus bas de son histoire. »

Les entreprises financent en grande partie la branche famille de la Sécu. Le reste vient de prélèvements fiscaux, tels que la CSG. Pour mettre fin aux cotisations, trois leviers sont donc possibles :

  • le relèvement de la CSG ;
  • une hausse de la TVA ;
  • une baisse des dépenses.

C’est cette dernière piste que le Président a évoquée lors de sa conférence de presse, évoquant des coupes intelligentes guidées par un « conseil stratégique » :

« De 2015 à 2017, il faudra économiser 50 milliards de plus [en plus des 15 milliards d’euros d’économies en 2014, ndlr]. 4% des dépenses collectives. »

Le Président veut également donner de la « visibilité aux entreprises » avec une refonte de l’impôt sur les sociétés (IS) et une « diminution du nombre de taxes qui coûtent plus cher que ce qu’elles rapportent ». Le gouvernement visera tout particulièrement les PME avec son « pacte de responsabilité ».

En contrepartie de ces gages donnés aux entreprises, des « objectifs chiffrés d’embauches » seront définis au niveau national, déclinés par branches. Un « observatoire des contreparties » sera mis en place et le Parlement y sera associé :

« [Les contreparties] doivent être définies au niveau national et déclinées par branche. Elles porteront sur des objectifs chiffrés d’embauche, de travail des jeunes ou des seniors, la formation, les salaires, et la modernisation du dialogue social. Un observatoire sera mis en place et le parlement y sera associé. […]

Un document formalisera les engagements et les modalités de suivi des contreparties. Le gouvernement engagera sa responsabilité devant l’Assemblée sur ce texte, une loi sera votée à l’automne. »

Qu’est-ce que le pacte de responsabilité ?

François Hollande avait éveillé l’intérêt des patrons en évoquant lors de ses vœux un pacte de responsabilité : « Moins de charges, plus d’emplois ». C’était la réponse du Président au « pacte de confiance » [PDF] du patron du Medef, Pierre Gattaz.

Ce dernier n’hésitait pas à promettre un million d’emplois en cinq ans. En échange, il réclamait 100 milliards de baisse de charges et d’impôts (50 milliards sur le coût du travail et 50 milliards sur les impôts), gagés par autant d’économies de dépenses publiques sur cinq ans.

Au Canard enchaîné, un ministre expliquait mercredi dernier :

« Gattaz rêve tout éveillé. Car 100 milliards d’économies en cinq ans, personne ne sait faire. Pas plus nous que les autres. »

Rémi Noyon

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Simplification administrative

Un « Conseil de simplification » pour mettre en forme le « choc de simplification »

 

François Hollande a rappelé qu’il a confié à un député, Thierry Mandon, et un chef d’entreprise, Guillaume Poitrinal, la tête d’un « conseil de la simplification » en octobre :

« Ils passeront en revue les dix actes-clés de la vie d’une entreprise, de la création à la cession, en passant par les obligations comptables, les embauches.

Tout sera passé en revue, non pas pour diminuer les protections, mais pour simplifier et faciliter, et ce jusqu’à la fin du quinquennat. »

Le « choc de simplification »

Lancé en mars 2013, le « choc de simplification » vise à rendre plus fluides les relations entre citoyens et administration : accélérer les délais de réponse, faciliter les démarches.

Récemment, François Hollande avait déjà annoncé de nouveaux fronts dans cette entreprise de clarification : la construction et le logement, les marchés publics, la fiscalité des entreprises ou encore les règles comptables. Camille Polloni

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Fiscalité des ménages

Pour la baisse des impôts, on verra plus tard

 

La fiscalité des ménages, François Hollande n’en a pas parlé ou presque. Deux allusions uniquement :

  • lors de sa longue présentation du « pacte de responsabilité », le Président a assuré qu’il n’y aurait pas de « transfert des charges des entreprises vers les ménages ». Comprendre : ce ne sont pas les ménages qui prendront en charge la fin des cotisations familiales pour les entreprises ;
  • il a qualifié la réduction des déficits publics comme « préalable à toute baisse d’impôt ».

Les Assises de la fiscalité démarrent ce mercredi. D’abord sur la fiscalité des entreprises, puis, un peu plus tard, sur celle des ménages. L’ordre des priorités. Imanol Corcostegui

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Economies

L’Etat va « donner l’exemple »

 

Après les 15?milliards d’euros d’économies du budget 2014, 50 milliards supplémentaires doivent être trouvés de 2015 à 2017 pour réduire le déficit et le ramener sous la barre des 3%. Un montant qui pourrait encore grimper pour compenser les baisses de charges du « pacte de responsabilité » (pour qu’elles ne se répercutent pas en supplément d’impôt).

La grande question, c’est : où trouver tous ces milliards ? François Hollande était resté vague sur ce point : « Nous devons faire des économies partout où elles sont possibles », a-t-il indiqué le 31 décembre.

Ce mardi, le Président a donné des précisions : il ne veut pas faire de coupes « aveugles » et « indifférenciées » (une allusion à la RGPP).

D’abord, l’Etat va « donner l’exemple » et « toutes les structures » sont invitées à faire des efforts. Les discussions entre Bercy et les différents ministères débuteront fin janvier et les « volumes d’économie » seront fixés et communiqués à chacun au printemps (par une lettre de cadrage de Jean-Marc Ayrault).

Le Président a aussi parlé de la protection sociale, le « cœur de notre pacte républicain ». Il souhaite lutter contre la fraude sociale (représentant 600 millions d’euros), mais ce n’est pas la mesure essentielle.

Il souhaite surtout que le système de santé soit rationalisé :

  • baisse des prescriptions multiples et des actes médicaux redondants ;
  • utilisation plus systématique des médicaments génériques ;
  • parcours de soin à optimiser. Nolwenn Le Blevennec
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Dieudonné

« Il n’y a pas de système, la France est républicaine. »

 

« Il y a des personnes qui suivent monsieur Mbala Mbala sans penser qu’il est antisémite. Il était important qu’elles aient entendu la réponse de la justice. »

François Hollande a félicité le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur pour leur gestion de l’affaire Dieudonné (« Quand il y a une action, il doit y avoir un résultat »). Le gouvernement travaille maintenant sur « ce qui doit être fait sur Internet ».

Le Président a tenu à rappeler qu’il existait en France des actes antimusulmans « qui doivent tout autant être dénoncés » et des actes antichrétiens (il a cité le cas de la Femen qui a récemment uriné dans l’église de la Madeleine).

« Aucun de ces actes ne doit être accepté. Il n’y a pas de système, la France est républicaine. Il n’y a pas de complot, il n’y a pas de communauté. Le seul système que je connaisse, c’est le racisme. »

Nolwenn Le Blevennec

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Afrique

« Mission accomplie »

 

François Hollande a défendu l’action de la France en Afrique, criant « victoire » pour le Mali, et se montrant optimiste sur l’autre intervention des troupes françaises, en République centrafricaine.

S’agissant du Mali et de l’envoi des troupes françaises il y a quasiment un an jour pour jour, le chef de l’Etat a déclaré que c’était « une victoire contre le terrorisme, une victoire pour la démocratie, une victoire pour le développement ».

Il a annoncé que le nombre de soldats français serait de 1 600 hommes le mois prochain, et de 1 000 « à la fin du printemps ».

Concernant la mission en Centrafrique, qui se révèle dans les faits plus complexe que prévu, François Hollande a reconnu que « tout n’est pas réglé », mais a ironisé sur ceux qui s’attendaient à ce que les antagonismes prennent fin en à peine un mois.

Il a annoncé un soutien européen à venir pour les 1 600 soldats français et 4 000 soldats africains présents sur le terrain.

Des propos rassurants sur ces deux fronts qui donnent pourtant bien des soucis aux troupes françaises, à la fois avec la persistance de menaces sécuritaires dans le nord du Mali, et surtout une difficulté plus grande que prévue de mettre fin aux règlements de compte à Bangui, sans même parler du reste du pays. Pierre Haski

8

L’Europe

L’Europe passe par Berlin

 

Dans son propos liminaire, François Hollande a également traité du sujet de l’Europe, à quatre mois des élections européennes qui risquent d’être marquées par une forte abstention et la montée des populismes.

Il l’a fait sous la forme de l’annonce d’une triple initiative franco-allemande à venir, dont la plus spectaculaire est la proposition d’un « Airbus » franco-allemand de la transition énergétique.

Les deux autres sont une initiative pour la « convergence économique et sociale » entre la France et l’Allemagne, et une autre pour l’Europe de la défense, qui sera annoncée au Conseil des ministres commun aux deux pays qui se tiendra le 19 février.

« Il ne faut pas avoir peur de l’Union européenne »

Ces initiatives entre la France et une Allemagne désormais gouvernée par une grande coalition incluant le Parti social-démocrate allemand, ont pour but de donner le sentiment du mouvement dans une Union européenne vécue comme un problème plutôt que la solution par les Français.

François Hollande aura toutefois du mal à mobiliser sur ce terrain sur la base de ces seules promesses, après avoir fait croire pendant la campagne électorale qu’il renégocierait le « pacte de stabilité européen », là où il n’a pu qu’y rajouter un volet investissement fort limité.

Le Président a néanmoins tenté de rassurer les Français :

« Il ne faut pas avoir peur de l’Union européenne. Il faut plutôt craindre qu’elle ne s’affaiblisse et finisse par disparaître. »

Mais dans le calendrier politique, l’heure de l’Europe n’est pas encore arrivée : le scrutin européen de mai en donnera l’occasion, après ce tour de piste de rodage mardi. P.H.

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Décentralisation

Des régions plus puissantes

 

François Hollande veut « en terminer avec les enchevêtrements, les doublons, les confusions ». Il a annoncé quatre évolutions :

  • les régions seront « dotées d’un pouvoir réglementaire local d’adaptation » ;
  • les compétences des différentes collectivités seront clarifiées ;
  • les collectivités seront invitées à se rapprocher, voire à fusionner (« le nombre de régions peut évoluer ») ;
  • dans « les grandes aires métropolitaines », les départements seront priés de « redéfinir leur avenir » – c’est-à-dire s’effacer derrière la grande ville, si l’on prend l’exemple de ce qui s’est passé dans le Rhône. Mathieu Deslandes
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Education

Faire en sorte que les enseignants ne fuient plus les ZEP

 

François Hollande a promis des mesures pour rendre « plus attractifs les postes d’enseignants » en ZEP (zones d’éducation prioritaire). Le détail du plan doit être présenté ce mercredi 15 janvier en conseil des ministres par le ministre de l’Education. Est notamment prévue une « décharge horaire ». M.D.

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Fin de vie

Euthanasie active ou suicide assisté ?

 

François Hollande veut « permettre à toute personne majeure atteinte d’une maladie incurable provoquant une souffrance psychologique, physique, insupportable et qui ne peut être apaisée, de pouvoir demander, dans des conditions strictes, une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ».

Euthanasie active ou suicide assisté ? Le rapport du comité d’éthique (attendu dans quelques semaines) puis des consultations de la ministre de la Santé doivent permettre d’aboutir à une solution consensuelle. M.D.


Ce que nous écrivions avant la conférence de presse

Qui, parmi les 600 journalistes annoncés, se dévouera pour poser « la » question sur la vie privée du Président ? Comment ce dernier évacuera-t-il le sujet ? Selon les informations du Lab, c’est Alain Barluet du Figaro qui devait s’y coller dès le début de la conférence. En tant que président de l’Association de la presse présidentielle, l’honneur – ou la corvée – lui revient.

C’est ce qui amusait le plus ce mardi matin les journalistes de la BBC World qui rappelaient tout de même que la France, « cinquième économie mondiale », était aux prises avec de sérieux problèmes économiques (12% de chômage, une croissance atone) et que son Président sortait d’une annus horribilis, entre Leonarda, fronde fiscale, révolte des Bonnets rouges, non-inversion de la courbe du chômage et, pour couronner le tout, alors que cette conférence de presse avait été repoussée à plusieurs reprises pour trouver le « bon moment », l’affaire Gayet.

Cette troisième conférence du quinquennat devrait traduire en annonces les vœux présidentiels (que nous avions titrés « François Hollande, héros du Medef ») :

« Le Medef est heureux : le président de la République s’est rangé à ses vues. En octobre, l’organisation patronale avait proposé des allègements fiscaux sur les entreprises en échange de créations d’emplois. Puis l’organisation patronale avait menacé de boycotter les assises de la fiscalité des entreprises si elle n’était pas entendue sur ce sujet. François Hollande a saisi la perche, en avançant l’idée d’un “ pacte de responsabilité ” : baisse des charges contre créations d’emplois. »

ournant ou pas tournant ?

On attend François Hollande sur la clarification de sa politique générale, sur la fiscalité pour les ménages (quid de la « remise à plat fiscale » annoncée par Jean-Marc Ayrault ? Baisse ou pas des prélèvements obligatoires ?), les dépenses publiques (leur réduction d’au moins 50 milliards est devenue le leitmotiv de l’Elysée, au grand dam de l’aile gauche du PS, qui craint le pire quand le Président parle des « excès »), mais aussi le « choc de simplification », censé faciliter les démarches qui « paralysent l’action des entreprises et empoisonnent la vie quotidienne ».

« Tournant » ou « pas tournant » : c’est le débat le plus creux de ce début d’année. La vérité, c’est que Hollande a « tourné » dès le début de son quinquennat, en renonçant à secouer l’Europe et à la convaincre d’abandonner l’austérité généralisée. Il a mis le cap sur la rigueur budgétaire dès mai 2012, puis sur une politique de compétitivité en novembre 2012, après la remise du rapport Gallois et le lancement du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE).

S’il y a un « tournant », c’est seulement dans la façon de présenter sa politique, désormais dénuée de tout fard : lors de ses vœux à la nation, il a insisté sur la baisse des charges pour les entreprises, l’objectif de baisse des dépenses publiques et des impôts, la chasse aux abus dans les dépenses de sécurité sociale…

« Social-libéralisme »

Hollande, même s’il s’en défend, a rejoint le « social-libéralisme », un concept devenu péjoratif (seuls le consultant Alain Minc, l’ex-ministre Jérôme Cahuzac ou l’UDI Jean-Marie Bockel continuent à s’en réclamer ouvertement). Le social-libéralisme désigne une gauche ayant renoncé à l’intervention de l’Etat dans l’économie. Réconciliée avec l’entreprise, cette gauche libérale prône une modernisation de l’Etat et un assouplissement du marché du travail. Elle se borne à vouloir tempérer les excès du marché par des mécanismes de régulation et des filets sociaux.

Sur les questions internationales, la gauche du PS attend, espère que le Président défende une politique de croissance au niveau européen en rupture avec les choix d’austérité de plusieurs membres de l’Union.

Le rôle et les missions de la France en Afrique devraient aussi être évoqués.

Blandine Grosjean et Pascal Riché

Rue 89 14/01/2014

Retraites : ce qui attend les jeunes

1937784-retraites-la-duree-de-cotisation-va-passer-a-41-5-ansLa réforme des retraites a été adoptée le 18 décembre à l’Assemblée nationale. Une potion qui risque d’être amère pour les générations nées en 1973 et après. Retour sur l’impact prévisible de la hausse à 43 ans de la durée de cotisation .

La durée de cotisation nécessaire pour pouvoir toucher une retraite à taux plein va être progressivement relevée jusqu’à 43 ans pour les générations nées en 1973 et après, c’est-à-dire à partir de 2035.

Même diluée dans le temps, la potion n’en reste pas moins amère pour les générations concernées. D’autant plus qu’elles sont confrontées depuis longtemps à des difficultés d’insertion sur le marché du travail. L’âge moyen auquel on valide une première année de cotisation recule en effet sensiblement : il est passé de 20,8 ans pour la génération 1954 à 23,4 ans pour la génération 1974. De la même manière, la durée d’assurance validée à 30 ans diminue nettement : elle est passée de dix ans et trois trimestres pour la génération 1950 à sept ans et trois trimestres pour celle de 1974. Celle-ci devra donc attendre au moins l’âge de 65 ans pour avoir cotisé les 172 trimestres (ou 43 années) imposés par la nouvelle réforme.

Mais ce n’est qu’une moyenne : 20 % de la génération née en 1974 a cotisé moins de cinq ans à 30 ans, ce qui les amène à 68 ans dans le meilleur des cas. Ils pourront certes partir à 67 ans sans décote (c’est l’âge du taux plein), mais ils seront tout de même pénalisés au niveau du montant de leur pension puisqu’il leur manquera encore des trimestres. Dans la génération 1974, ils sont 44 % à avoir cotisé moins de sept ans et demi à l’âge de 30 ans. C’est donc presque la moitié de cette génération qui ne pourra de toute façon pas prétendre à une retraite à taux plein avant l’âge de 65,5 ans.

On ne connaît pas les chiffres, mais avec la crise, la situation s’est à coup sûr aggravée encore pour les générations arrivées ensuite sur le marché du travail, puisque le taux d’emploi des 15-25 ans a fortement baissé depuis 2008.

Quant à ceux qui auront connu des périodes de chômage non indemnisé ou qui auront travaillé à temps très partiel, ils devront rester en activité encore plus longtemps. S’ils ne le souhaitent pas ou s’ils ne le peuvent pas (pour des raisons de santé ou faute d’emploi), ils devront se contenter d’une retraite incomplète.

Laurent Jeanneau

Source : Alternative Economique Déc 2013

Voir aussi : Rubrique Actualité France, rubrique Politique économique, rubrique Société, rubrique Politique, L’art d’habiller un recul en avancé,

La Fed poursuivra sa politique ultra-accommodante « aussi longtemps qu’il le faudra »

Ben Bernanke president de la Fed avant son remplacement par Janet Yellen

Ben Bernanke president de la Fed avant son remplacement par Janet Yellen

Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), a estimé, mardi 19 novembre, que la reprise économique « avait encore du chemin à faire » et qu’il faudrait « encore du temps avant que la politique monétaire retourne à un cours plus normal ».

Dans un discours prononcé devant le National Economists Club à Washington, M. Bernanke a ajouté que les taux d’intérêt, actuellement proches de zéro, le resteraient « peut-être bien après que l’emploi sera passé sous le seuil » de 6,5 %. Le taux de chômage aux Etats-Unis était de 7,3 % en octobre.

« Je suis d’accord avec l’opinion exprimée par ma collègue Janet Yellen : le plus sûr chemin vers une approche plus normale de la politique monétaire est de faire tout ce que nous pouvons pour promouvoir une forte reprise », a ajouté Ben Bernanke, évoquant l’audition devant le Congrès de celle qui va lui succéder à la tête de la Fed à la fin de janvier. « Le FOMC [Federal Open Market Committee, Comité de politique monétaire] demeure engagé à maintenir une politique hautement accommodante aussi longtemps qu’il le faudra », a-t-il répété.

INJECTIONS DE LIQUIDITÉS DANS LE CIRCUIT FINANCIER

Depuis plus d’un an, en plus de maintenir ses taux proches de zéro, la Fed achète pour 85 milliards de dollars en bons du Trésor et titres liés à des prêts immobiliers. Ces injections de liquidités dans le circuit financier ont pour but d’exercer une pression à la baisse sur les taux. Dans son intervention, M. Bernanke n’a pas donné d’indication supplémentaire sur le calendrier d’une réduction de cette aide.

En septembre, l’inflation sous-jacente (hors pétrole et alimentation), associée aux dépenses de consommation des ménages, une mesure regardée de près par la Fed, n’était que de 1,2 % sur un an. M. Bernanke a toutefois noté que cette politique ultra-accommodante commençait à avoir un coût pour la Fed. Avec ses achats d’actifs, elle a en effet accumulé quelque 3 400 milliards de dollars, en bons du Trésor notamment, à son bilan. Celui-ci s’élevait à 800 milliards avant la crise financière survenue en 2008.

M. Bernanke s’est par ailleurs élevé contre l’idée selon laquelle la politique de l’argent facile de la Fed avait davantage profité à Wall Street, qui a atteint de nouveaux records, qu’aux ménages américains. « Au risque de vous choquer, je suis en désaccord avec cela. Les effets de notre politique monétaire ont aidé les foyers américains à améliorer leur situation financière, a-t-il affirmé. La Fed a contribué de manière importante au bien-être de la classe moyenne et des plus pauvres. »

Source Le Monde AFP 20/11/2013

Voir aussi : Rubrique Finance, rubrique Etats-Unis,