Accord entre le patronat et trois syndicats sur le pacte de responsabilité

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A l’issue d’une ultime séance de négociations, un terrain d’entente, a été trouvé sur les contreparties à apporter au pacte, ce jeudi. Il ne comporte pas d’engagements chiffrés.

Le premier secrétaire du PS Harlem Désir (photo AFP) a salué mercredi l’accord sur les contreparties du pacte de responsabilité comme «l’enclenchement d’une dynamique». «Grâce à l’engagement des partenaires sociaux, la dynamique du pacte de responsabilité est désormais enclenchée», se félicite Harlem Désir dans un communiqué.

«Le dialogue social qui va maintenant s’engager dans tout le pays doit porter en particulier sur les créations d’emplois, l’embauche des jeunes et le maintien des seniors dans l’emploi, la formation, la qualification, les investissements en France, la transition énergétique et une plus grande solidarité, au sein des filières, entre les grandes entreprises et les PME sous-traitantes», ajoute le premier secrétaire.

Le patronat (Medef, UPA, CGPME) et trois syndicats (CFDT, CFTC et CFE-CGC) ont abouti mercredi à un accord sur les contreparties du pacte de responsabilité, a annoncé le Medef à l’issue d’une nouvelle séance de négociation. Le texte doit être soumis aux instances dirigeantes de ces organisations. La CGT et Force ouvrière ont émis, elles, un avis négatif sur le projet présenté par le patronat.

«Il n’y a pas d’engagements chiffrés» sur les créations d’emplois attendues des entreprises en échange de 30 milliards de baisses de cotisations promises par le gouvernement, a expliqué le chef de la délégation du Medef Jean-François Pilliard. Mais «le texte détaille de façon rigoureuse les dispositifs qui seront en place au niveau des branches (professionnelles) pour aller vers des objectifs» en matière d’emplois, a-t-il indiqué.

La négociatrice de la CFDT Véronique Descacq s’est dite satisfaite des «engagements» obtenus. «La CFDT est restée intransigeante sur ses demandes d’engagements chiffrés en matière d’emplois, de classification et d’investissements», a-t-elle assuré.

Le gouvernement, qui considère le pacte comme son arme ultime contre le chômage, avait demandé aux partenaires sociaux de parvenir à un accord d’ici à la fin mars sur les contreparties. «La bataille du pacte, c’est la bataille de la croissance. Redonner des marges de manoeuvre aux entreprises, ce n’est pas faire des cadeaux aux entreprises», a récemment assuré le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

AFP 05/03/2014

Une dépréciation de l’euro ne profiterait pas à tous les pays membres

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Une reprise encourageante, mais sans éclat. Au quatrième trimestre 2013, le PIB de la zone euro a crû de 0,3 %, selon les chiffres publiés vendredi 14 février par Eurostat. Dans le détail, le PIB portugais a crû de 0,5 %, l’allemand de 0,4 %, l’italien de 0,1 % et le français, de 0,3 %. Mieux que ce qu’espéraient les économistes. Mais ces derniers restent néanmoins prudents. Le Fonds monétaire international estime ainsi que la zone euro ne devrait croître que de 1% en 2014, contre 2,8 % aux Etats-Unis.

En cause : l’atonie de la consommation, d’abord. Les pays du sud de l’Europe pratiquent, depuis la crise, une politique de dévaluation interne pour regonfler leur compétitivité, par le gel des salaires. Résultat : les ménages ont drastiquement réduit les achats. « Le moteur de la demande domestique est à plat dans la zone euro », constate Christian Parisot, chez Aurel BGC.

Le poids des dettes, publiques comme privées, pèse également sur le dynamisme de l’activité. Dans le sud de l’Europe, en particulier, ménages et entreprises sont toujours en train de se désendetter. « C’est ce qui explique en partie la faiblesse du crédit dans ces Etats », commente Patrick Artus, de Natixis.

L’EURO SERAIT AUJOURD’HUI SURÉVALUÉ DE PRÈS DE 20 %

Depuis quelques semaines, nombre d’économistes, surtout en France, se demandent également si le niveau relativement élevé de l’euro – à savoir 1,37 dollar, contre 1,168 dollar lors de sa création, en 1999 – n’handicape pas lui aussi la reprise européenne. « La zone euro étant en retard sur les Etats-Unis pour la croissance, la logique serait que le dollar s’apprécie face à l’euro », s’est ainsi étonné mercredi 12 février Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France.

Et il n’est pas le seul. Trois jours plutôt, Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif, a affirmé sa volonté de « faire baisser l’euro », jugeant qu’il « annihile » nos efforts de compétitivité, tandis que les groupes Michelin et LVMH ont déclaré que l’euro fort a pesé sur leurs résultats 2013. « C’est un débat très français, qui n’a pas absolument lieu dans les autres pays membres », commente l’économiste Michel Santi.

Mais alors, trop fort ou pas, l’euro ? Question de point de vue, estiment les économistes. Sur le long terme, note ceux du Conseil d’Analyse Economique (CAE), la valeur de la monnaie unique est stable, et rien n’indique qu’elle soit surévaluée. A court terme, en revanche, la faiblesse de la croissance européenne justifierait un euro temporairement plus faible. Selon les experts de Natixis, son cours devrait normalement tourner autour de 1,15 ou 1,20 dollar. En d’autres termes, l’euro serait aujourd’hui surévalué de près de 20 %.

TOUTES LES ENTREPRISES N’EN PROFITERAIENT PAS

Motif ? D’abord, la zone euro affiche aujourd’hui un large excédent extérieur. Depuis la crise, les pays périphériques de la zone euro ont en effet largement résorbé leurs déficits commerciaux, tandis que l’Allemagne est toujours exportatrice net. « Dans ces conditions, la demande d’euros venue de l’extérieur est tendanciellement plus forte que l’offre, ce qui pousse le cours à la hausse », commente Hugues Lemaire, chez Diamant Bleu Gestion. De plus, la Banque Centrale Européenne (BCE) mène une politique monétaire bien moins expansionniste que ses homologues.

Depuis 2008, les banques centrales américaine, britannique et japonaise font massivement tourner la planche à billets pour soutenir leurs économies. Résultat : la quantité de dollars, livres et yens en circulation a augmenté dans des proportions bien plus grandes que celle d’euros. Ce qui, là encore, a poussé le cours de la monnaie unique à la hausse face à ces devises.

Est-ce à dire que la zone euro profiterait d’un euro plus faible ? « Une chose est sûre : cela relancerait un peu l’inflation, aujourd’hui bien trop basse, en renchérissant le prix des produits importés », commente Christophe Blot, économiste à l’OFCE. Surtout : une euro moins fort soulagerait temporairement l’industrie de la zone euro prise dans son ensemble. Mais toutes les entreprises n’en profiteraient pas, selon leur créneau, leur pays, et la destination de leurs exportations. Ainsi les PME allemandes, spécialisées sur les machines outils haut de gamme, sont peu sensibles au taux de change. Elles ne vendraient pas tellement plus si l’euro se dépréciait.

POSITIF POUR L’ITALIE ET L’IRLANDE 

Les industriels français, espagnols ou italiens, spécialisés sur le moyen de gamme, sont en revanche très sensibles au niveau des devises. Un euro plus faible leur permettrait donc d’augmenter nettement leurs ventes et leurs marges. Le CAE a ainsi calculé qu’une dépréciation de 10% de l’euro ferait grimper le PIB français de 0,6% après un an.

« Ce chiffre est largement surévalué », conteste Patrick Artus, de Natixis, en rappelant que l’industrie pèse à peine 12% du PIB français. Et que la baisse de l’euro, en renchérissant le prix des produits importés, pénaliserait aussi le pouvoir d’achat des Français et donc, la consommation, principal moteur de notre croissance. « Au total, l’effet d’une dépréciation serait quasiment neutre pour notre économie », assure-t-il. L’Italie et L’Irlande en profiteraient en revanche clairement.

Au demeurant, même si les pays membres s’entendaient sur la nécessité de déprécier l’euro, encore faudrait-il que la zone euro soit en mesure d’agir sur son cours. En théorie, l’outil le plus efficace serait une création monétaire massive de la BCE, via des rachats d’actifs sur les marchés, comme le font les banques centrales américaine, japonaise et britannique. « Mais les Allemands ne veulent pas entendre parler d’une telle politique, et les résultats ne sont pas garantis », nuance Christophe Blot.

Maigre consolation, le cours de l’euro face au dollar devrait néanmoins se déprécier à mesure que la Fed resserre sa politique monétaire. « L’ennui, c’est qu’il est difficile de dire quand cette baisse interviendra », conclut Isabelle Job-Bazille, directrice des études économiques au Crédit Agricole SA.

Marie Charrel

Source Le Monde 14/02/2014

Source Rubrique UE, rubrique Finance; rubrique Politique économique,

L’UE passe l’éponge sur les écarts de Google

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Accusé d’entrave à la concurrence, le géant échappe à l’amende en promettant des réformes

La Commission européenne a choisi de ne pas sanctionner Google. Accusé d’entrave à la concurrence en privilégiant ses propres services, le moteur de recherche leader en Europe était passible d’une amende pouvant s’élever jusqu’à 6 milliards de dollars (4,4 milliards d’euros), soit 10% de son chiffre d’affaires. Ce sera finalement zéro euro. Bruxelles a préféré croire aux engagements du géant d’Internet de modifier son comportement. Cette clémence de la Commission survient alors que la France, selon des informations non démenties par Bercy, lui a infligé un redressement fiscal de 1 milliard d’euros.

«Incertitudes». Cela fait plus de trois ans que Bruxelles instruit le dossier Google. Elle a été saisie par ses concurrents, dont les moteurs de recherche spécialisés – comme Booking, Expedia ou Kelkoo – pâtissent de la mise en avant par Google de ses propres services. Mais plutôt que de sévir, le commissaire européen à la Concurrence, Joaquín Almunia, a préféré négocier : «Je pense que les dernières propositions de Google sont capables de faire bouger les pratiques», a-t-il justifié mercredi, ajoutant que la voie des sanctions «aurait pris plusieurs années et avec beaucoup d’incertitudes» sur l’issue du bras de fer juridique qui aurait suivi.

Pour étayer sa position, le commissaire a produit des exemples de ce que donneront les engagements de Google. Ainsi, une recherche «café de Paris» fera remonter les «alternatives» au moteur Google, comme les adresses mises en avant par Pagesjaunes ou ViaMichelin. Autre promesse : ne plus utiliser les contenus des sites concurrents pour alimenter ses propres moteurs, s’ils en font la demande express, et sans qu’ils en soient pénalisés. Google sera surveillé, a promis encore Joaquín Almunia. Les plaignants, par la voix de leurs associations, se sont dits «déçus» mercredi, évoquant un «énorme échec».

«Conglomérats». La décision de l’exécutif européen apparaît comme un revers pour la France, en première ligne sur la nécessité de réguler Google et consorts afin de préserver la liberté d’innover. «Ces grandes plateformes [Google, Facebook, Apple…] sont les conglomérats du XXIe siècle. […] Elles ont un droit de vie ou de mort sur des centaines de milliers d’acteurs», avait dénoncé à l’automne Fleur Pellerin, la ministre à l’Economie numérique, qui avait saisi le Conseil national du numérique afin de fédérer les acteurs français autour de cette procédure.

Catherine Maussion

Source : Libération 05/02/14

Voir aussi : Rubrique Internet, rubrique UE,

Questions autour de la protection de l’emploi

 Par Stéphane Ménia

La protection de l’emploi, c’est ni bien, ni mal. Mais c’est pas si bien que ça. Enfin, faut voir.

Il y a deux catégories de gens sur Twitter : les cons et les autres. Bref, comme ailleurs. Ceux qui m’y suivent (et avant sur Facebook) savent que je publie de temps en temps des petits schémas visant à synthétiser des thèmes pour mes cours. Jeudi matin, j’en ai publié un, que je venais de finir pour illustrer un bout de cours que je faisais ce jour là. Habituellement, j’ai plutôt des remarques constructives. Là, je me suis fait pourrir la gueule pour pas un rond par un certain nombre d’hystériques. La protection de l’emploi, c’est comme le mariage gay, tu peux pas en parler avec n’importe qui…

Donc, voici le fameux schéma, que je vais préciser, pour ceux qui ont encore un cerveau pas totalement pavlovien.

Protection de l'emploi

Dans le poly de cours que je donne à mes étudiants (non spécialistes en économie), il illustre le paragraphe suivant, dans une partie qui traite des explications alternatives et complémentaires du chômage. J’y énumère les thèses les plus courantes et donne une synthèse du point de vue des économistes sur le sujet, au travers des estimations empiriques, quand elles sont disponibles. Oui, je dis bien « moyenne ». Que vous soyez d’accord avec la moyenne n’a aucune importance à mes yeux. Mon job est de donner un aperçu, pas de former des militants syndicaux ou patronaux. Bref, voici le paragraphe en question :

« L’argument complexe de la protection de l’emploi : lorsque l’emploi est protégé, on ne constate pas beaucoup plus de chômage que dans les pays où il ne l’est pas. En revanche, la durée du chômage est plus longue car les flux d’entrée et de sortie du chômage sont plus réduits (un employeur est plus réticent à embaucher ou à licencier, prévision intuitive du modèle d’appariement de Mortensen et Pissarides). A terme, cela peut poser un problème par le biais d’un effet d’hystérèse. La déqualification des chômeurs de longue durée pèse sur leur capacité à retrouver un emploi. L’effet est donc visible sur le taux d’emploi plus que le taux de chômage. Mais cela revient un peu au même, l’emploi est inférieur à ce qu’il devrait être.
On peut supposer également que lorsque l’employé est protégé, les travailleurs ont un pouvoir de négociation plus élevé, ce qui accroît les salaires et induit plus de chômage par le biais du coût du travail.
Il semble par ailleurs que les pays dans lesquels la protection de l’emploi est élevée ne soient pas ceux dans lesquels les salariés employés sont les plus heureux. La crainte de perdre son emploi sur un marché du travail où il est difficile ensuite d’en retrouver un serait la cause de ce « stress ». Cette crainte peut conduire les salariés à conserver un emploi protégé qui ne leur convient pas et pour lequel ils ne sont pas forcément les plus adaptés. Ce qui est un facteur de perte de productivité pour l’économie puisque les gens employés sur un poste ne sont pas forcément ceux qui devraient l’occuper. »

Sur quoi s’appuie cette synthèse ? Il y a d’abord eu un rapport du CAE, rédigé par Jean Tirole et Olivier Blanchard. Aux pages 12 et 13, on peut y lire :

« La plupart des théories du marché du travail suggèrent que la protection de l’emploi, c’est-à-dire les contraintes légales et administratives ainsi que les indemnités de licenciement versées aux salariés et paiements versés à l’État lors de licenciements, devrait avoir les effets suivants :
* un taux plus faible de licenciements, et donc des flux réduits sur le marché du travail ;
* une durée du chômage accrue ;
* un effet important sur la nature du marché du travail, qui devient plus sclérosé, plus « stagnant » (faibles flux, allongement de la durée de chômage) ;
* un effet net ambigu sur le taux de chômage (licenciements moins importants, mais chômage plus long).
(…)
L’évidence empirique sur données internationales est largement en accord avec ces prédictions théoriques :
* sur la base d’indices de protection de l’emploi construits, sur des échantillons de pays, par l’OCDE et divers auteurs, une forte corrélation négative apparaît entre protection de l’emploi et flux vers et en provenance d’un emploi, d’une part, et vers et en provenance du chômage, d’autre part ;
* sur la base de ces mêmes indices, la protection de l’emploi et la durée du chômage sont corrélées. Des durées moyennes de chômage élevées sont souvent observées dans les pays où la protection de l’emploi est forte ;
* pour une durée moyenne de chômage donnée, des flux plus faibles (pertes et gains d’emploi) diminuent le chômage. Pour des flux donnés, un accroissement de la durée de chômage accroît le chômage. La conjonction de ces deux effets a pour effet une quasi-absence empirique de corrélation entre protection de l’emploi et taux de chômage. La comparaison entre le Portugal et les États-Unis est très révélatrice à ce sujet (…). Bien que la protection de l’emploi soit beaucoup plus forte au Portugal qu’aux États-Unis, les taux de chômage y ont été très similaires ces trente dernières années. Cette similitude des taux cache cependant des réalités très distinctes : la durée du
chômage au Portugal a été en moyenne trois fois plus élevée qu’aux États-Unis. Les flux (vers et en provenance d’un emploi) ont été en moyenne trois fois plus faibles au Portugal qu’aux États Unis. »

Le rapport en question reflétait l’état de la littérature sur ce sujet. En bref, une protection de l’emploi plus forte ne signifie pas un chômage plus élevé. J’ai ajouté à ma synthèse l’idée qu’il existe un lien légèrement positif car il semble que si aucune des études ne met en évidence un lien flagrant, le panel d’études tend à conclure à un lien légèrement positif mais pas franchement convaincant. Car, voyez-vous, si le jour de l’examen (national) un jury a l’idée de dire à un de mes étudiants « Ah, mais je connais une étude qui montre un lien positif », j’aimerais que l’étudiant soit en mesure de devancer cette remarque.

En cherchant il y a quelques mois une actualisation des données, je suis tombé sur le billet du Captain Economics sur le sujet. Le simple nuage de points qu’il reproduit, dont il prend bien soin de préciser qu’il ne doit pas être interprété avec exaltation, montre clairement que même en dehors de toute analyse économétrique, si relation il y a, elle ne doit pas être bien violente…

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D’où, tous ces points étant pris en compte, le coeur du schéma et son cadre : « Constat empirique : chômage légèrement plus élevé que si protection faible ». J’aurais pu tout aussi bien écrire « Lien constaté en moyenne positif et statistiquement non significatif ». Quel progrès… mes étudiants n’auraient rien compris en relisant leurs notes, mais j’aurais employé un terme particulièrement précis scientifiquement. Là, ils ont compris. Et notamment qu’il ne fallait surtout rien conclure avec certitude devant un jury qui, avec une probabilité élevée, leur dégommerait la tête en cas de prise de position radicale, quel que soit le sens choisi. Accessoirement, ça leur permettra de donner l’état moyen de la connaissance sur le sujet, plutôt que de tenir des propos de comptoir.

Venons-en maintenant aux à-côté. Pascal Riché, de Rue89, a fait remarquer qu’il existait un schéma alternatif, d’une grande simplicité :

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Oui, c’est pas faux. J’avoue que je n’ai pas pris le temps sur mon schéma de mentionner que ne pas perdre son emploi avait quelques avantages (mais Riché a raison : il faut parfois reposer quelques bases ; sa contribution courte et amusante est légitime). Mais pour plusieurs raisons. La première, c’est que je vois mal comment ne pas insulter mes interlocuteurs en leur rappelant ça. Je dois vivre trop détaché du peuple, j’en viens à omettre ces détails. La deuxième raison, c’est que, toute forte soit-elle, la protection de l’emploi n’est pas un vaccin absolu contre le chômage. Car, effectivement, il y a chaque jour des emplois qui sont détruits en grande quantité. Et cet état de fait plus ou moins regrettable, du moins du point de vue des gens concernés, conduit à des tas de désagréments que j’ai voulu souligner dans le schéma.

Le premier, c’est que, s’il y a des gens dedans pendant longtemps, il y a des gens dehors pendant longtemps aussi. Le risque est donc double. Tout d’abord : ne plus être très sexy au bout d’un certain temps sur le marché du travail. Surtout dans un pays où le chômage de longue durée, quoique dramatiquement élevé (plus de 40% des chômeurs), est un marqueur à l’embauche. Et donc finir par se retirer du marché du travail, donc réduire le taux d’emploi sans accroître le taux de chômage. C’est la logique de l’effet d’hystérèse évoqué. L’autre risque, c’est d’être tellement conscient que si la probabilité de se retrouver sans emploi est faible, voire très faible (Wyplosz et Delpla relayaient un chiffre de 3,8% pour les gens en CDI), pondérer ce faible risque par le coût qu’il représenterait s’il venait à se réaliser est effrayant. Comme le dit Éric Maurin dans sa peur du déclassement : « Plus les murailles qui protègent les statuts sont hautes, plus la chute risque d’être mortelle – peu importe qu’elle soit improbable. ». A l’appui de ces dires, on peut citer ce travail de 2004 de Fabien Postel-Vinay et Anne Saint-Martin, qu’on peut résumer en disant que ce n’est pas dans les pays où la protection de l’emploi est la plus élevée qu’on se sent professionnellement le plus en sécurité. D’ailleurs, qui est en sécurité, formellement ? Ceux qui ont déjà un emploi stable, ne l’oublions pas. Jusqu’à ce qu’il ne l’ait plus, on l’a compris…
Alors, oui, quand on a un job, on s’y accroche beaucoup. Ne me dites pas : « Ah, jamais, moi quand je ne suis pas bien dans un boulot, je me tire ». Je veux bien le croire, mais vous avez la chance d’appartenir à une catégorie de gens qui sont suffisamment bankable (comme disent les gens dans le business) pour passer d’un CDI à un autre. Ou alors, vous êtes un risque tout (de préférence sans charge de famille, hein…). Ou encore, un risque-tout idéaliste qui a su se détacher des contingences matérielles (ce qui est tout à votre honneur). Hélas, ces catégories n’incluent pas grand monde et je vous invite à élargir votre champ d’observation des situations et comportements des travailleurs français. Ah, je sais aussi qu’il y a même des gens qui aiment leur travail et y sont bien. Mais alors, pourquoi donc la protection de l’emploi ne les rend pas davantage heureux ? Bref, on s’accroche. Y compris quand on déteste son boulot et qu’on y perd son temps, son talent, voire sa santé mentale. Y compris quand notre patron verrait d’un bon oeil que nous le quittions, mais ne franchira pas le pas du licenciement pour éviter les coûts correspondants. Ce qui, en toute logique, à une échelle plus large conduit à une conclusion corollaire : quand la protection de l’emploi est forte, il y a des gens qui ne sont pas dans l’emploi qu’ils devraient occuper. Ce qui représente une perte de productivité qui, si elle est dure à évaluer, ne fait guère de doute (et mérite à ce titre d’être mentionnée).

Mais, me direz-vous… le taux de rotation sur les emplois est particulièrement élevé en France ! C’est l’OFCE qui nous le rappelle dans un document de 2012 :

Chroniques vécues de la casse sociale par les Pinçon-Charlot

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Le couple de sociologues de retour avec un nouvel essai, La violence des riches. d.r.

 Le couple Pinçon – Charlot est de retour avec un nouvel essai La violence des Riches qu’il présentera ce soir à 19h, à la médiathèque Emile Zola en partenariat avec la librairie Sauramps (entrée libre).

Les Pinçon-Charlot poursuivent leurs recherches sur leur terrain de prédilection : le fonctionnement des classes supérieures de la société. Mêlant enquêtes, portraits vécus et données chiffrées. A travers six chapitres thématiques bien documentés, le livre revient en détail sur les faits d’actualité récents qui démontrent la phase d’intensification de la violence sociale que connaît notre pays.

Les exemples qui sont approfondis dans cet ouvrage dessinent les grandes tendances comme le passage du paternalisme patronal à celui de patrons voyous, ou l’enrichissement continu des actionnaires pendant la crise, et l’incrimination du « coût du travail ».

Il est question de la guerre idéologique livrée contre les démunis que les sociologues comparent avec la clémence dont bénéficie la grande délinquance financière. Outre le monde privé, et semi-privé, les Pinçon-Charlot mettent le doigt sur la responsabilité écrasante des dirigeants politiques avec un chapitre spécial sur les socialistes. Un travail indispensable pour que des visages remplacent « l’invisible main » du marché.

JMDH

La Violence des riches, édition Zone 17 euros.

Voir aussi : Rubrique  Livre, Essai, La guerre des riches commence au Fouquet, rubrique Politique, Les zombies de l’Elysée,