Fleur Pellerin est dans une logique qui enterre l’idée même d’un ministère de la Culture

French Junior Minister of Small Business, Innovation, and Digital Economy Fleur Pellerin arrives at the Elysee Palace to attend the government seminar, "France in 2025" as ministers end their summer holiday break, in Paris
par Jean-Michel Frodon,

Du 16 au 18 octobre ont eu lieu les 24e Rencontres cinématographiques de Dijon, officieux sommet des professionnels français du cinéma organisé chaque année par l’ARP (Société civile Auteurs Réalisateurs Producteurs). Comme il est d’usage, les travaux ont été clos par un discours de la ministre de la culture et de la communication, Fleur Pellerin faisant pour l’occasion sa première grande intervention publique dans ce milieu –même si elle s’était déjà exprimé notamment lors du Congrès des exploitants, le 1er octobre. Au cours de son intervention à Dijon, la ministre a sacrifié aux quelques formules de rhétorique qu’exige sa fonction en pareille circonstance, et proposé quelques commentaires sur les –importants– dossiers techniques actuellement en débat. Mais elle a surtout dévoilé de manière plus explicite son approche de son propre rôle et de celui de son ministère, selon une vision qui est d’ailleurs loin de concerner le seul cinéma.

«L’attention est la ressource rare et pas les contenus»

Préférant systématiquement le mot «contenu» à celui d’«œuvre» ou «film», celle qui a avoué récemment ne plus lire depuis deux ans que des dépêches et articles de lois –pas de romans– a affirmé avec énergie et assurance une conception entièrement fondée sur l’économie et la technologie. Révélant à cette occasion qu’elle travaille depuis plus d’un an avec Jean Tirole, qui venait juste de recevoir le prix Nobel d’économie, elle a insisté sur certaines des caractéristiques essentielles de la circulation des films aujourd’hui. Et, plus généralement, de la relation aux œuvres, enfin aux contenus, dans un contexte de surabondance de l’offre.

S’inscrivant en effet dans le cadre de référence des théories de l’économie de l’attention, celles-là même sur lesquelles Patrick Le Lay et son «temps de cerveau disponible» avait fâcheusement… attiré l’attention, Madame Pellerin a résumé sa perception de la situation par la formule «L’attention est la ressource rare et pas les contenus». La rareté aujourd’hui n’est plus l’offre, mais le temps disponible et la capacité de chacun à s’intéresser, à découvrir, à «aller vers». L’enjeu est à l’évidence réel, et capital, mais il passe entièrement sous silence la singularité des objets englobés par le mot «contenus». La question posée à nouveaux frais est à la fois centrale et, dans le domaine culturel, insuffisante: elle ne devrait jamais être formulée indépendamment de ce qui fait la spécificité de ces fameux contenus.

Il serait absurde de refuser cette approche en bloc. L’ancienne ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique connaît très bien les nouveaux mécanismes de diffusion et de promotion des produits liés aux technologies numériques et notamment celles du Net. Cette connaissance est stratégique, et peut permettre de reformuler les conditions, notamment par l’action publique, pour faire vivre le rapport dynamique à la création et à l’accès aux œuvres dans le contexte actuels. Mais les réponses esquissées par la ministre sont plus problématiques.

L’enterrement de l’idée de ministère de la Culture

Lorsqu’elle déclare que le rôle du gouvernement est «d’aider le public à se frayer un chemin dans la multitude des offres pour accéder aux contenus qui vont être pertinents pour lui», il est possible d’entendre, presque mot après mot, l’enterrement de l’idée même de ministère de la Culture.

L’existence d’une politique culturelle, c’est à dire d’une action publique concertée, repose entièrement sur la possibilité d’organiser la rencontre entre des œuvres, euh… bon, disons, «des objets», et des personnes qui précisément ne les cherchent pas. Pour prendre un exemple canonique: lorsque les révolutionnaires de 1789 inventent le musée comme espace public d’accès à la peinture, ils ne croient nullement que le bon peuple trépignait d’envie depuis des lustres de voir lui aussi les Vinci ou les Fragonard dont se délectait l’aristocratie. Et s’il y a des raisons à un enseignement artistique, réputé objectif majeur de ce quinquennat comme il avait été censé l’être du précédent, c’est bien qu’il y a la nécessité de construire des chemins reliant des personnes (pas seulement des enfants) et ces objets.

Des «personnes», et pas «le public», notion macroéconomique qui asservit d’emblée la production à la distribution –soit le contraire d’une pratique artistique et d’une politique culturelle. «Le public» comme déjà donné, c’est le marché et lui seul –avec toutes les distorsions du marketing qui anéantissent la fable du libre choix.

En revanche, une politique peut faire naître des publics, des collectivités qui émergent et se reconnaissent dans la relation à une pratique, une proposition, etc.

Qu’est-ce qu’un «contenu» qui va «être pertinent pour lui» (ce «lui» qui unifie d’avance)? Le contenu que les gens veulent déjà rencontrer? D’où vient qu’ils veuillent déjà le rencontrer? Et en quoi dès lors cela relève-t-il d’une politique culturelle?

Il y a ce que dit la ministre: «Il faut partir des usages des consommateurs». Il y a la distorsion majeure, pour une ministre de la culture, d’appeler «consommateurs» des possibles spectateurs. Mais il y a la justesse d’affirmer qu’il est indispensable de recourir aux outils, notamment en ligne, qui organisent les pratiques d’une très grande part de nos contemporains –encore que ce n’est pas la majorité: selon une récente étude du CNC, le premier prescripteur pour aller voir des films reste la télévision, mais à la télévision, cette ministre pas plus qu’aucun autre ne demande de faire quoique ce soit concernant le cinéma.

Les algorithmes: l’anti-politique culturelle

Et puis il y a la manière dont on «part des usages». Le modèle, madame Pellerin l’a dit également, est fourni par les algorithmes de recommandation, ces logiciels qui dès que vous faites quelque chose sur Internet vous disent «si vous aimez ça, alors vous allez aussi aimer ça».

Soit l’absolu contraire d’une politique culturelle, la construction d’une répétition du même et de l’immersion dans une masse de plus en plus unifiée par des supposés goûts communs. N’en déplaise aux idéologues du Net comme levier de la diversité culturelle via les mécanismes du marché, n’en déplaise au dogme de la longue traine, la réalité est qu’on ne cesse de voir se massifier la consommation des produits culturels dominants, selon des formats de plus en plus contraignants et réducteurs, Jeremy Rifkin, qui n’est pas exactement un technophobe passéiste, nous a  fort bien expliqué tout cela, au cas où notre expérience quotidienne ne suffirait pas à s’en apercevoir.

Politique commerciale vs. politique culturelle

Dans le discours de la ministre, le seul objectif pour ses services serait de travailler à glisser parmi lesdits produits culturels dominants le plus possible d’objets made in France. Cela s’appelle une politique commerciale, pas une politique culturelle.

Une politique culturelle est faite pour ouvrir sur ailleurs, un algorithme de recommandation travaille à enfoncer dans l’identique. Il y a 20 ans, Alain Bergala avait forgé la notion de «film obligatoire», ceux que de toute façon les enfants iraient voir –ceux de Walt Disney, les films de superhéros… L’idée n’était pas d’empêcher qui que ce soit d’aller voir ces films, elle n’est pas non plus de vouloir y faire figurer quelques produits locaux. Elle est de contrer le monopole d’un seul type de cinéma –qui n’est pas, loin s’en faut, fabriqué uniquement aux Etats-Unis.

L’idée, qui définit le principe même d’une politique culturelle, qui au fond est la seule justification de l’existence d’un ministère de la culture, c’est de contribuer à ouvrir d’autres possibilités, de construire le désir vers d’autres types de films, d’autres histoires, d’autres rythmes, d’autres styles, d’autres manières de regarder, d’écouter, d’habiter l’espace et le temps. Ce travail-là, immense et interminable, ne saurait se faire aujourd’hui sans recourir massivement aux technologies du Net. Mais assurément selon d’autres modèles que ceux fournis pas les algorithmes de recommandation.

Source Slate.fr 27/10/2014

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Brésil : les trois chantiers de Dilma Rousseff

4513620_7_4239_a-rio-de-janeiro-le-27-octobre_df76c6db62d5a98aa58d5ec420f3f857La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, a été réélue de justesse dimanche 26 octobre au second tour. Avec 51,6 % des suffrages contre 48,4 % pour son adversaire, Aecio Neves, elle obtient le plus faible écart de voix depuis la fin du régime militaire (1964-1985) et l’instauration du scrutin présidentiel au suffrage universel en 1989. A peine réélue, Dilma Rousseff a esquissé, dimanche soir à Brasilia, ses trois priorités : la réforme des institutions, la lutte contre la corruption et la relance d’une économie à la peine.

La réforme de la Constitution

L’idée n’est pas inédite. Depuis des années, la réforme du système politique, indispensable dans un système à bout de souffle avec 28 partis représentés au Congrès de Brasilia, revient périodiquement sur le devant de la scène. Mais aucun gouvernement n’a encore osé mettre en œuvre ce vaste chantier. Quelques semaines après le début de la fronde sociale de juin 2013, Dilma Rousseff avait proposé un changement des règles en créant une assemblée constituante chargée de préparer une profonde « réforme politique ». La proposition avait été retirée au bout de quarante-huit heures devant le rejet d’une majorité de députés, soutenus même par certains élus du Parti des travailleurs.

Dimanche soir, Dilma Rousseff a fait de cette réforme la priorité de son second mandat. Sans dévoiler le contenu de son projet (financement des partis, représentativité électorale, mode de scrutin, etc.), la présidente a promis de promouvoir cette réforme en dialoguant avec le Parlement et en consultant les Brésiliens par référendum. L’éventualité d’une réforme constitutionnelle menée par une assemblée constituante viserait à passer outre le barrage des parlementaires, peu motivés par l’idée d’une perte de certains privilèges.

La lutte contre la corruption

La corruption s’est imposée comme un thème central de la campagne présidentielle. Face aux affaires, l’intolérance des Brésiliens vis-à-vis de ce fléau n’a cessé de croître. Avec un montant difficile à mesurer en termes financiers, le préjudice pour le pays s’élève, au bas mot, à 0,5 % du PIB, selon le site Internet Congresso em Foco.

De nouvelles bases légales ont été établies lors du premier mandat de Dilma Rousseff. Le Sénat a approuvé un projet de loi criminalisant la corruption et la loi dite « Ficha limpa » (« fiche propre » ou « casier judiciaire vierge ») est entrée en application. La présidente, elle-même, a limogé en 2011 sept ministres soupçonnés de corruption. Il n’empêche. Même si le PT a réussi à faire passer l’idée que la corruption n’était pas sa marque exclusive, les scandales, comme celui impliquant le producteur de pétrole Petrobras, ont durablement terni son image.

Au cours de la campagne, Dilma Rousseff a promis de durcir les lois contre la corruption, dont celles qui punissent les fonctionnaires convaincus d’enrichissement illégal. Dès dimanche soir, elle a insisté sur le fait qu’elle allait chercher à appliquer davantage les lois déjà votées, et sévir contre l’« impunité qui protège les corrompus ».

La relance de l’économie

Elue en 2010 dans l’euphorie finissante de l’âge d’or de la présidence Lula, Dilma Rousseff a hérité d’une croissance économique annuelle de 7,5 %. Cette année, Brasilia ne table plus que sur 0,7 % de hausse de PIB – voire 0,3 % selon l’OCDE. En 2015, le pays ne devrait pas connaître une croissance supérieure à 1,7 % selon les prévisions les plus optimistes, une estimation en dessous de la moyenne mondiale et très loin des autres grands émergents du club des Brics.

Attaquée sur son maigre bilan marqué par une croissance ralentie et une inflation qui frôle le plafond officiel (6,5 %), la présidente a évoqué ces derniers mois un contexte international dégradé, assurant qu’elle a créé les bases d’un nouveau cycle de croissance. Le chômage est certes à un plus bas historique (4,9 % en septembre), mais de nombreux autres indicateurs ont basculé dans le rouge. Les exportations ont diminué et devraient être pénalisées par la baisse des cours des matières premières. L’industrie, elle, peine à retrouver un nouveau souffle et le coût de la vie est devenu de plus en plus élevé.

Dilma Rousseff a promis de mener une réforme fiscale et de continuer à augmenter le salaire minimum. Elle a également réaffirmé son engagement en faveur de la discipline budgétaire et à contenir l’inflation. Dès lundi, Mme Rousseff devait se mettre au travail pour trouver un successeur à Guido Mantega, l’ex-ministre des finances lâché par la présidente afin de donner des gages aux marchés et aux investisseurs tentés par le candidat Neves. Selon les spécialistes, une des difficultés du futur ministre sera de rétablir les canaux de communication avec les différents secteurs économiques avides de réformes structurelles. La Bourse de Sao Paulo, la principale place financière du Brésil, a chuté de 6 % lundi peu après l’ouverture de la séance, au lendemain de la réélection de Dilma Rousseff.

La tâche de Dilma Rousseff et de son futur gouvernement sera d’autant plus difficile que la coalition gouvernementale a été affaiblie au Congrès. Lors des législatives du 5 octobre, son Parti des travailleurs (PT) est passé de 88 à 70 élus. Il garde certes, avec son allié de la coalition gouvernementale, le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), la majorité au Congrès, mais cette majorité devra désormais composer avec un nombre inédit d’élus conservateurs.

Nicolas Bourcier

Source : Le Monde 27.10.2014

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Projet de loi de finance. Les députés du PS « légitimistes » s’allient à l’UMP

Les députés PS frondeurs Laurent Baumel, Jean-Marc Germain et Christian Paul © MaxPPP.

Les députés PS frondeurs Laurent Baumel, Jean-Marc Germain et Christian Paul © MaxPPP.

C’est une alliance de circonstance. Même contre-nature qui rappelle les votes communs de l’UMP et des communistes contre la majorité socialiste lorsque le Sénat était encore à gauche. Mercredi 22 octobre dans la soirée, l’Assemblée nationale a rejeté mercredi, par 66 voix contre 21, un amendement des socialistes frondeurs en faveur d’une CSG progressive selon le revenu, lors du débat sur le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2015. Une proposition similaire avait déjà été rejetée cet été lors de l’examen du PLFSS rectificatif pour 2014.

Le détail des votes n’est pas anodin. En l’occurrence, députés socialistes « légitimistes » et opposition se sont alliés contre les députés PS dits frondeurs qui défendaient l’amendement. Ainsi 18 socialistes et 3 écologistes ont voté pour l’amendement, rejeté par 48 socialistes, 2 radicaux de gauche, 14 UMP et 2 UDI.

Un scenario que n’a pas manqué d’utiliser l’opposition pour railler les divisions de plus en plus criantes au sein du PS. « La majorité est profondément divisée entre les collectivistes, qui maintenant s’appellent les frondeurs, et les sociaux-démocrates », a d’abord commenté l’UMP Bernard Accoyer, pour qui la réforme proposée aboutirait à « une Saint-Barthélémy des classes moyennes« .

L’UDI Francis Vercamer avait lui tendance à penser qu’il assistait à son insu aux prémices du congrès à venir – mais dont la date n’est pas arrêtée – du Parti socialiste :

Nous sommes surpris de participer à un congrès du PS sans avoir pris notre carte.

Sur le fond de l’amendement, il s’agissait d’instaurer « une progressivité alignée sur les tranches de l’impôt sur le revenu », afin de rapprocher CSG et impôt sur le revenu, une des promesses de campagne de François Hollande, a argumenté l’un des auteurs de l’amendement, Jean-Marc Germain. Cela assurerait « un gain de pouvoir d’achat » pour les classes populaires, financé par des moindres réductions de charges sur certaines entreprises, a-t-il ajouté. « Le gouvernement ne peut pas être favorable à cette démarche, car son but est que l’économie retrouve de la compétitivité » grâce aux réductions de charges, lui a répondu le secrétaire d’Etat au Budget, Christian Eckert.

Par ailleurs, les députés ont adopté mercredi une réforme du mode de calcul de la CSG pour les revenus de remplacement, comme les retraites et allocations chômage, dans le cadre du projet de Budget 2015 de la Sécurité sociale. L’assujettissement à l’un des taux de la CSG prévus pour ces revenus, ou l’exemption de la CSG pour les plus bas d’entre eux, sera calculé en fonction du revenu fiscal de référence, aux termes de cet article du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, actuellement débattu à l’Assemblée nationale en première lecture.

Source : Europe 1 Le Lab Politique 23/10/2014

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La réponse de Hollande à Aubry : « J’accélère… »

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Aux vives critiques de l’ex-numéro un du Parti socialiste, Martine Aubry, sur la politique économique du gouvernement, François Hollande a opposé dimanche une fin de non recevoir. Le président de la République, qui s’exprimait devant un parterre de patrons de grandes entreprises étrangères réunis à l’Élysée pour une rencontre sur le thème de « l’attractivité de la France », en présence notamment du chef du gouvernement Manuel Valls et du ministre de l’Économie Emmanuel Macron, a assuré que « les réformes se poursuivront à un rythme encore accéléré jusqu’à la fin » du quinquennat :

« Les réformes, elles sont continues, elles ont été engagées dès les premiers mois de mon quinquennat et elles se poursuivront à un rythme encore accéléré jusqu’à la fin, parce que la France a besoin de réformes. »

Énumérant les réformes engagées depuis six mois par le gouvernement Valls, M. Hollande a présenté comme « une nouvelle étape » le projet de loi de relance de l’activité lancé par le gouvernement qui prévoit notamment un assouplissement du travail du dimanche, l’ouverture des professions réglementées et des mesures en faveur de l’actionnariat salarié. Autant de mesures que Martine Aubry dénonçait dans le Journal du dimanche comme de « vieilles recettes libérales ».

Auparavant, Manuel Valls avait dans l’après-midi réagi indirectement aux propos du maire de Lille en assurant qu’on pouvait « compter » sur lui pour « avoir les nerfs solides » face aux critiques. « Nous n’allons pas nous arrêter au milieu du gué », a prévenu le Premier ministre. « On ne peut pas zigzaguer, changer tous les jours de position. Les entreprises ont besoin de lisibilité, de visibilité. » Emmanuel Macron, qui était quant à lui l’invité du Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro s’est dit « en désaccord avec l’analyse » de Mme Aubry et « les conclusions qu’elle en tire », estimant que « ce n’est pas avec des solutions classiques que nous pourrons réparer » la crise.
Plus que jamais l’exécutif reste hermétique aux critiques et conseils de son propre camp.

Source : Politis 19/10/2014

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La question de l’assurance-chômage « doit être reposée », selon Valls

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Et si la France socialiste de François Hollande avait des choses à apprendre du Royaume-Uni conservateur de David Cameron ? Certes, le credo que le premier ministre de la France a livré, lundi 6 octobre à Londres — « Mon gouvernement aime les entreprises » — avait déjà été entendu à Berlin voici quinze jours. Mais Manuel Valls y a ajouté une British touch : la France avec sa croissance en berne et son chômage de masse ne peut pas ignorer le dynamisme de son voisin d’outre-Manche. « Ce que vous avez fait en quelques années, nous pouvons aussi le faire », a-t-il lancé devant les représentants des milieux d’affaires venus poliment l’écouter sous les voûtes gothiques de Guildhall, cœur historique de la City.

L’adaptation de la France à la mondialisation, l’assouplissement du marché du travail figurent au centre du message du premier ministre socialiste aux représentants du business et de la finance. « Pour garder son rang dans le monde, a déclaré Manuel Valls après un entretien avec son homologue, David Cameron, la France doit aussi garder son statut de puissance économique. Le sens de ma politique de soutien aux entreprises, de baisse du coût du travail, des choix que nous devons faire en matière de marché du travail, c’est de garder notre leadership pour faire en sorte que nous ne décrochions pas du mouvement du monde. »

« RÉFORMER LE MARCHÉ DU TRAVAIL »

Le premier ministre, soucieux de combattre le French bashing et les clichés sur la France sclérosée, lourde de contraintes fiscales et sociales, a rappelé que la taxe à 75 % sur les hauts revenus, si mal accueillie par la City, « n’existerait plus le 1er janvier 2015 » ; il a cité Xavier Niel, patron de Free et actionnaire à titre individuel du Monde, selon lequel la France est « un paradis fiscal » pour les créateurs d’entreprises ; il a présenté les « réformes structurelles » engagées, notamment la restructuration des régions et le travail du dimanche. Comme à Londres, a-t-il précisé, les magasins parisiens vont pouvoir rester ouverts le dimanche afin que les Chinois qui visitent Paris « ne partent pas le samedi soir pour faire les boutiques à Londres ».

Mais l’extrême souplesse du marché du travail britannique, présentée par M. Cameron à M. Valls comme l’un des principaux facteurs de la croissance retrouvée, semble avoir hautement intéressé le premier ministre. « Il faudrait aller plus loin » que l’assouplissement des 35 heures, a déclaré le premier ministre français. « En Grande-Bretagne et en Allemagne, le temps partiel a permis de préserver l’emploi et de repartir de manière plus forte quand la croissance est revenue. Nous, en France, avons fait le choix d’un chômage très important et très bien indemnisé. C’est dans le dialogue avec ceux qui recherchent un emploi que l’on peut améliorer la situation. Cela s’appelle réformer le marché du travail. »

« AUCUNE IDÉE DE GAUCHE »

La question de l’assurance-chômage « doit être reposée » tant sur le plan du montant de l’indemnisation que de sa durée, a-t-il confirmé à des journalistes britanniques avec lesquels il a déjeuné, en rappelant les discussions en cours à ce sujet entre les partenaires sociaux. En France, « des dizaines de milliers d’emplois ne sont pas pourvus. On doit inciter davantage au retour à l’emploi », a répété Manuel Valls devant la presse française. Le premier ministre veut être « celui qui fait bouger la gauche française sur le rapport de la France avec la mondialisation ».

Selon nos informations, le gouvernement pourrait profiter de la prochaine renégociation de la convention Unedic en 2016. Et le dossier s’annonce explosif : il y a peu de chances que les syndicats acceptent de baisser montant et durée d’indemnisation. S’il faut durcir drastiquement ces règles, la gestion paritaire de l’assurance-chômage pourrait être remise en cause.

Même si M. Valls n’a pas eu le droit à une ovation debout, l’auditoire a été sensible au volontarisme qu’il a déployé. « M. Valls donne l’impression de n’avoir aucune idée de gauche, mais il a une volonté d’agir qui manquait jusqu’à présent, commente Maurice Fraser, directeur de l’Institut européen de la London School of Economics. Il est trop tôt pour juger de son sérieux, mais il donne l’impression de ne pas vouloir se cacher dans le monde fictif de la rhétorique socialiste. »

Le professeur Fraser voit aussi en M. Valls un partenaire possible de M. Cameron pour promouvoir une réforme de l’Union européenne visant davantage de compétitivité. Le premier ministre britannique, qui a promis un référendum sur la sortie de l’Europe s’il est reconduit aux élections de mai 2015, a besoin de montrer à ses électeurs qu’une telle réforme est possible. Mais David Cameron refuse de dire s’il fera campagne pour ou contre le maintien dans l’Union européenne. Manuel Valls, lui, a déjà donné sa réponse : « L’Union européenne sans la Grande-Bretagne serait une catastrophe. »

Philippe Bernard

Source Le Monde.fr 06/10/2014

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