Syrie entre propagande et désinformation

L’impasse syrienne

Alors que les bombes tombent toujours sur certains quartiers de Homs et que la répression devient de plus en plus violente face une opposition de plus en plus armée et déterminée, plus de soixante pays sont représentés à Tunis, vendredi 24 février, pour une réunion des « amis de la Syrie » qui souhaite définir un plan d’aide humanitaire international au peuple syrien et accentuer la pression sur Damas. La réunion va sans doute appeler le régime au pouvoir à Damas à mettre en œuvre un cessez-le-feu immédiat et permettre l’accès des agences humanitaires aux populations en détresse, notamment à Homs. Elle exhortera également l’opposition, fragmentée, à s’unir et à se rassembler.

La prochaine réponse de la communauté internationale sera sans doute la reconnaissance du Conseil national syrien (CNS) comme représentant légitime de la Syrie. Pourtant, le CNS ne représente qu’une partie de l’opposition, et aucun alaouite ou kurde n’y est représenté. Il n’est à l’heure actuelle aucunement en mesure de garantir la sécurité de ces minorités dans une Syrie post-Assad. Ce dernier est de plus encore soutenu par une partie de la majorité sunnite, notamment dans le milieu des affaires, qui bénéficient depuis 30 ans d’un environnement économique favorable.

Une telle réponse ne devrait donc se faire qu’après avoir eu l’assurance que le CNS représente une alternative crédible et que toute la diversité de la Syrie soit représentée en son sein. En d’autres termes, il est primordial de savoir si il capable d’assurer une transition démocratique qui garantissent tant l’exercice des libertés individuelles que la sécurité de chaque citoyen syrien. Pour l’instant la réponse à cette question semble négative.

Cette réunion des « Amis de la Syrie » est présentée par le régime de Bachar El Assad  comme un complot americano-sioniste, le (CNS) pousse lui pour une intervention étrangère. Bien que cette solution semble à l’heure actuelle pour certains la « meilleure » pour sortir de la crise, les exemples Irakiens et Libyens tendent à prouver que cette solution n’est pas la panacée. La chute précipitée d’Assad déboucherait soit sur une guerre civile qui contraindrait les troupes occidentales à rester des années sur place soit sur la prise de pouvoir de sunnites islamistes, alternative  guère alléchante. De plus, cette intervention devra se faire hors du cadre des Nations Unies – La Chine et la Russie s’y opposeront -, ce qui la rendra très très vite impopulaire aux yeux des opinions publiques des pays qui y participent.

« Les Amis de la Syrie » se borneront certainement donc à soutenir le plan de la Ligue Arabe qui prévoit les étapes d’une transition démocratique en Syrie. Bien que ce plan a le mérite de proposer une issue pacifique à la crise actuelle, celui-ci reste l’œuvre de l’Arabie Saoudite et du Qatar, deux régimes plus intéressés par l’élimination de l’un des alliés de l’Iran, leur ennemi juré, que par la promotion de la démocratie et de justice sociale, qu’ils n’offrent même pas à leurs populations respectives.

La situation en Syrie est donc dans une impasse complète. L’opposition — ou plutôt les oppositions — est incapable de renverser le régime, et le régime est incapable de venir à bout de l’opposition. La communauté internationale, elle-même divisée sur la réponse à donner à la crise, se retrouve également dans cette impasse et ne peut  à l’heure actuelle que proposer de l’aide humanitaire. Pendant ce temps la répression continue, les combattants étrangers et les armes affluent en Syrie de part et d’autres et le spectre de la guerre civile se rapproche à grand pas.

Geoffroy d’Aspremont Medea 24/02/12

Syrie/ sommet de Tunis: les décisions

 

La conférence de Tunis 24 février 2012.

Beaucoup d’idées et très peu de concret : tel est le bilan de cette conférence internationale sur la Syrie, organisée à Tunis et qui réunissait des représentants de l’opposition syrienne et plus de soixante pays. A l’exception de la Russie et de la Chine, qui s’opposent depuis le début du conflit à toute idée d’ingérence en Syrie, la Russie étant de surcroît un allié traditionnel de la Syrie.

Vers un renforcement des sanctions

Le groupe de 60 pays présents à la conférence des amis du peuple syrien s’est engagé, dans la déclaration finale de la réunion vendredi 24 février « à prendre des mesures pour appliquer et renforcer les sanctions sur le régime ». La conférence a également appelé à l’arrêt immédiat des violences afin de permettre l’accès de l’aide humanitaire.

« Il est temps pour tout le monde ici d’infliger des interdictions de voyages sur les hauts responsables du régime (…) de geler leurs avoirs, de boycotter le pétrole syrien, de suspendre tout nouvel investissement (dans le pays) et d’envisager de fermer ambassades et consulats », a déclaré la secrétaire d’État Hillary Clinton lors de la conférence.

La conférence va lancer « un appel à renforcer les sanctions de nature à faire plier le régime » syrien, avait pour sa part indiqué pour sa part Alain Juppé, en évoquant notamment un gel des avoirs de la banque centrale syrienne.

Le Conseil national syrien, « un représentant légitime »

Le groupe reconnaît le Conseil national syrien comme  » un représentant légitime des Syriens qui cherchent un changement démocratique pacifique » et l’encourage à former un groupe « représentatif » et incluant toutes les sensibilités. Il s’engage à fournir « un soutien effectif » à l’opposition, sans plus de précisions.

Proposition de création d’une « force arabe »

Le président tunisien Moncef Marzouki ainsi que le ministre qatari des Affaires étrangères Cheikh Hamad bin Jassim al-Thani ont appelé de leurs vœux la création d’une force arabe. « La situation actuelle exige une intervention arabe dans le cadre de la Ligue arabe, une force arabe pour préserver la paix et la sécurité, et pour accompagner les efforts diplomatiques pour convaincre Bachar de partir », a déclaré Moncef Marzouki.

« Nous voulons que cette réunion soit le début de l’arrêt de la violence en Syrie et cela ne peut être fait que par la formation d’une force arabe internationale de maintien de la sécurité, l’ouverture de corridors humanitaires de sécurité pour apporter de l’aide au peuple syrien et à la mise en oeuvre des décisions de la Ligue Arabe », a ajouté le Cheikh Hamad bin Jassim al-Thani lors de la conférence.

La proposition est pour l’instant accueillie avec précaution par les Occidentaux, et notamment par le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. Sans exclure cette idée, le ministre des affaires étrangères français a indiqué que cette force devrait obtenir « le feu vert » du Conseil de sécurité de l’ONU. « Certains évoquent cette hypothèse. C’est au Conseil de sécurité de donner le feu vert à une telle opération », a déclaré Alain Juppé à la presse, indiquant que le sujet n’avait pas été évoqué lors des travaux à huis clos de la conférence internationale sur la Syrie.

Le communiqué final rendu public à l’issue de la réunion indique quant à lui que le groupe des 60 pays « prend note de la demande faite par la Ligue arabe au Conseil de sécurité de l’Onu de former une force conjointe arabe et des Nations unies de maintien de la paix (…) et a décidé de poursuivre les discussions sur les conditions du déploiement d’une telle force », selon le texte.

Le groupe des amis « réaffirme son attachement à la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie » et souligne la nécessité d’une « solution politique » à la crise.

« Accès libre et sans entraves des agences humanitaires »

Le groupe de 60 pays demande par ailleurs au gouvernement syrien de « permettre l’accès libre et sans entraves des agences humanitaires » dans les régions les plus touchées par la répression, notamment dans la ville de Homs, pilonnée depuis trois semaines par l’armée syrienne.


Immunité judiciaire pour Assad ?

Le président tunisien Moncef Marzouki a demandé vendredi que soit accordée « l’immunité judiciaire » au président syrien Bachar al-Assad et sa famille, et évqué un éventuel refuge en Russie pour le dirigeant syrien. « Il faut chercher une solution politique », a fait valoir Moncef Marzouki à l’ouverture de la conférence sur la Syrie en Tunis.

Aude Laurriaux 25/02/12 (Le HuffPost et AFP)

Le sitcom syrien Just freedom remet en question la propagande officielle

Deux jeunes syriens sirotent leur thé en regardant dans le vague, assis dans un garage.

“Tu sais quoi ? J’aimerais y aller.”

“Aller où ?”

“Là bas, avec les manifestants, chanter avec eux” répond le premier.

“Tu es fou. Ils ne peuvent pas sortir juste comme ça, c’est impossible. Ils prennent sûrement un truc…”

“Ils prennent quoi ?”

À ce moment là, un vendeur de rue passe avec son charriot en criant:
“Des hallucinogènes ! Des pilules ! J’ai de tout ! Al Arabiya, Al Jazeera, France 24, BBC… Hallucinogènes !”

“Tu vois !” dit le second, alors qu’il jette un coup d’oeil au vendeur.

Owni

Sur la Syrie de la propagande à longueur de commentaires

Sous ce titre, le Monde.fr souhaite prévenir ses lecteurs d’une menace en s’extrayant étrangement d’un processus dont il participe à sa manière. Comment expliquer sinon qu’un journal réputé de référence ne donne pas les clés pour comprendre les enjeux d’un conflit majeur assimilé un peu vite à une guerre civile ?

« Après les attaques lancées par les robots spammeurs de « l’armée électronique syrienne », nos réseaux sociaux sont désormais la cible d’autres commentaires de lecteurs. Les nuances sont plus difficiles à cerner que lorsqu’il s’agissait de textes automatiquement postés une vingtaine de fois, à la gloire de Bachar Al-Assad. S’alarme le Monde.fr.

En Une, le site renvoie sur le blog du social média editor et du community manager  qui montent sur le plus beau pied d’estale  de la déontologie journalistique  pour ramener le lecteur furtif à la bergerie : « L’objectif est le même : verser à nouveau dans la propagande, en semant la confusion quant à la réalité des faits et des enjeux dans la guerre larvée en cours depuis des mois, à Homs et dans tout le pays.« 

Evidemment la réalité des faits évoqués ici, ne décolle pas d’une approche strictement factuelle et qui plus est inaccessible : « Le Monde, de même que tous les autres médias, éprouve certes des difficultés à couvrir la situation sur place. »  En somme, on nous dit : nous ne parvenons pas à faire notre travail mais ne prenez pas en compte les autres sources. Comme si la minorité de citoyens qui lit encore Le Monde, ne pouvait se prémunir d’une propagande aussi grossière.

La supplique du community manager, qui arbitre l’opinion des lecteurs de son bureau tourne à la parano  » De nombreuses réactions à nos articles affirment avec force que, quoi que nous disions sur le sujet, nous avons tout faux. Elles abondent notamment dans les théories du complot et accusations de manipulation » Et le community manager de dénoncer les instigateurs de cette manipulation comme le fondateur de Réseau Voltaire Thierry Meyssan dont la personnalité controversée et certaines de ses relations incitent à  faire le tri dans ses propos  (voir Mensonges et vérités sur la Syrie).

On objectera cependant que dans un contexte où la manipulation de l’opinion est omniprésente, le libre citoyens n’a pas à choisir un camp pour se forger son opinion. S’informer sur ce qui se passe en Syrie n’est pas aisé. Cela suppose d’avoir recours à des sources qui traitent le sujet en profondeur et à croiser de nombreux aspects liés à la problématique syrienne : politiques, géopolitique,  religieux, économique…  Seul un tel examen permet un regard averti sur la propagande, subtile ou grossière, émanant des nombreux protagonistes impliqués  dans ce conflit. La vision répandue dans les médias français d’une guerre civile entre un peuple opprimé et les partisans d’un dictateur sanguinaire apparaît particulièrement simpliste.

Reçamment, les services syriens spécialisés ont affirmé avoir arrêté un bataillon français de transmission composée de 120 militaires, à Zabadani en ajoutant que « cette nouvelle explique le changement de ton de Paris, qui fait désormais profil bas, de peur que cette affaire n’affecte la campagne de Nicolas Sarkozy. Alain Juppé a été chargé de négocier avec son homologue russe Sergueï Lavrov pour trouver une solution et libérer les 120 militaires Français ».

Cette information a été démentie par Le Réseau Voltaire : Nous n’avons pas trouvé d’éléments permettant de confirmer les imputations selon lesquelles 120 Français auraient été faits prisonniers à Zabadani. Cette rumeur semble être une exagération de nos informations et paraît sans fondement. Lors de la prise du bastion insurgé dans le quartier de Bab Amr, à Homs, l’armée syrienne a fait plus de 1 500 prisonniers, dont une majorité d’étrangers. Parmi ceux-ci, une douzaine de Français ont requis le statut de prisonnier de guerre en déclinant leur identité, leur grade et leur unité d’affectation. L’un d’entre eux est colonel du service de transmission de la DGSE. »

En revanche, les envoyés spéciaux des grands médias occidentaux sur place ont préféré mettre le couvercle sur cette info*, laissant ainsi à Alain Juppé la possibilité de négocier en secret. La France aurait sollicité l’aide de la Fédération de Russie pour négocier avec la Syrie la libération des prisonniers de guerre.

En cette période de grande confusion, il importe de se rappeler que l’info factuelle doit être mise en perspective. Les Syriens, les Russes et les Chinois n’ont pas le monopole de la propagande. On se souvient de cette jeune femme, témoignant en 1990, les larmes aux yeux, devant le Congrès américain, qu’elle a assisté à des atrocités au Koweit, et notamment qu’elle a vu les soldats irakiens tirer sur des bébés et leur enlever les couveuses. L’identité de la femme est gardée secrète au motif de sa protection. On donna un nombre de centaines de bébés. En fait, l’histoire fut inventée. Mais elle fut répétée par George H. W. Bush et servit à justifier l’entrée en guerre contre l’Irak. La jeune femme était la fille de l’ambassadeur du Koweit à Washington.

Jean-Marie Dinh

*Capturer des ennemis avant qu’une guerre soit déclarée facilite la démonstration qu’il s’agit d’une guerre offensive.

Voir aussi : Rubrique Syrie, rubrique Iran, rubrique Irak, rubrique Afghanistan, rubrique Israël, rubrique Médias, Tunisie les éditocrates repartent en guerre, Le postulat de la presse libre revue et corrigé, On Line, A. Gresh à propos de la Syrie,

Sénégal. Le premier tour est « impossible »

Manifestation Janvier 2012

L’opposition a estimé jeudi 23 février que le « climat d’insécurité générale » au Sénégal rendait impossible le premier tour de la présidentielle dimanche, alors que le camp présidentiel, mais aussi la communauté internationale, rejette toute idée de report.

Alors que la campagne touche à sa fin, le Mouvement du 23 juin (M23, partis d’opposition et organisations de la société civile), a estimé que « les dérives d’une gravité extrême » et le « climat d’insécurité générale et accélérée (…) rendent impossible la tenue d’un scrutin transparent, libre, apaisé et fondé sur le respect de la Constitution ».

Il « attire l’attention (…) sur la présence d’agents provocateurs » du président sortant Abdoulaye Wade, candidat à sa succession, « qui terrorisent manifestants, populations et leaders politiques et de la société civile, notamment par un harcèlement constant des personnalités du M23 et de leurs familles ».

Outre la violence, le M23 dénonce les « graves dysfonctionnements des institutions de régulation » de l’élection que sont le Conseil constitutionnel et la Commission électorale nationale autonome (Céna), qui « ne permettent pas la tenue d’un scrutin libre, sincère et transparent ».

L’opposition divisée

Le M23 n’a cependant pas explicitement appelé dans ce communiqué à un report du scrutin, cette question faisant encore débat dans l’opposition.

Plusieurs candidats, tels que Cheikh Tidiane Gadio, Cheikh Bamba Dièye et Ibrahima Fall, sont favorables à un report en raison de « la situation quasi-insurrectionnelle » dans le pays, selon les mots d’Ibrahima Fall.

Mais d’autres, également membres du M23, s’y opposent, poursuivant leur campagne entamée le 5 février jusqu’au dernier jour vendredi, déterminés à participer au vote de dimanche.

Parmi eux, deux anciens Premier ministres de Wade: Macky Sall et Moustapha Niasse, ainsi que le leader du Parti socialiste (PS), Ousmane Tanor Dieng.

« Peur de perdre »

Pour sa part, le camp présidentiel, qui martèle qu’Abdoulaye Wade gagnera dès le premier tour, rejette catégoriquement toute idée de report en accusant ceux qui le réclament « de ne pas être prêts », d’avoir « peur de perdre ».

La communauté internationale, ONU, Etats-Unis et Union européenne en tête, a de son côté lancé un appel à tous les acteurs politiques au Sénégal pour qu’ils encouragent la participation des électeurs à un scrutin libre et transparent, et sans violences.

L’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, chef des observateurs de l’Union africaine (UA), poursuivait quant à lui ses rencontres avec les acteurs politiques du pays après s’être déjà entretenu avec plusieurs d’entre eux mercredi, dont le président Wade. Rien n’a filtré de leur entretien.

Plusieurs candidats d’opposition ont fait part à Olusegun Obasanjo de leur revendication commune: le retrait de la candidature du président sortant qui brigue un nouveau mandat à 85 ans, dont douze au pouvoir.

Jeudi, Olusegun Obasanjo a rencontré M. Tanor Dieng et le célèbre chanteur Youssou Ndour dont la candidature a été rejetée par le Conseil constitutionnel.

Olusegun Obasanjo est là comme observateur, mais aussi pour « une mission de paix » et éviter que le Sénégal n’aille « vers le précipice de la violence », selon l’UA. Les violences liées à la candidature d’Abdoulaye Wade ont fait depuis fin janvier au moins Olusegun six morts et des dizaines de blessés.

Une partie de ces violences ont eu lieu aux alentours de la Place de l’Indépendance en centre-ville, où les manifestations sont interdites, mais où tentent quand même de se rendre depuis dix jours des candidats d’opposition et leurs partisans.

Jeudi en fin d’après-midi, selon un scénario devenu quotidien, la place s’est vidée, les rues et avenues y accédant étant bouclées par les policiers anti-émeutes, mais aucun affrontement n’a opposé les forces de l’ordre et les manifestants, qui réclamaient le départ du président Wade.

AFP

Wade devra gouverner au fusil et à la baïonnette !

Le Conseil Constitutionnel a validé la candidature contestée du président sortant Abdoulaye Wade et invalidé celle du chanteur Youssou N’Dour.  L’ éditorial du journal sénégalais Le Quotidien se déchaîne contre ce « putsch institutionnel ».

Les manifestations qui ont suivi l’annonce de la validation de la candidature du président Wade, dans la nuit du 27 au 28, constituent un signal fort de la fracture qui existe entre le peuple réel et un régime engoncé dans une impopularité criante. Le fait que les juges du Conseil constitutionnel aient validé la candidature controversée du président Wade crée une situation de fait : le président Wade ne pourra plus jamais gouverner ce pays paisiblement, et rien ne pourra établir sa légitimité devant un peuple « overdosé » par une mal gouvernance.

Quelle que soit la suite des événements, Wade ne pourra plus présider aux destinées de ce pays que par le fusil et la baïonnette. De hauts irresponsables au pouvoir, qui se sont engraissés du sang et de la sueur du peuple, se sont emparés des micros pour narguer les manifestants, minimiser une situation explosive portée surtout par une jeunesse engagée et qui a de fortes chances de déboucher, si l’on n’y prend garde, sur une situation insurrectionnelle. Englués qu’ils sont dans une cécité et dans un autisme suicidaires, ils n’ont tiré aucune leçon des événements pourtant récents qu’ont traversés d’autres pays au printemps.

Ce vendredi 27 janvier, le Conseil a inscrit sa décision dans une séquence triste de l’histoire politique de notre pays ; une séquence qui laissera un goût amer sur les langues de la postérité et sonnera le glas dans les oreilles des générations futures. Les juges ont également inscrit leur propre individualité dans un agenda noir que les générations à venir feuilletteront avec dédain. Tout ça pour ça !

Une cognée de carrières politiques sont à jamais salies. La postérité ne retiendra de ceux-là que la vertu des vices. Leur figure est symbolisée par l’arrogance de quelques responsables du camp présidentiel, dont on retiendra la triste prestation, l’exultation indécente sur les ondes de radios et les écrans de télévisions, l’ironie déplacée face à une inquiétante convulsion politico-électorale et la banalisation d’une répression bestiale.
Tout cela témoigne du degré d’ignominie que certains peuvent atteindre pour perpétuer leur voracité  »pouvoiriste ».

Soro Diop (Le Quotidien)

Les autorités interdisent des manifestations contre Wade

Il n’y aura pas de marche du M23 ce matin [15 février], ni de nuit blanche. Ainsi en a décidé le préfet qui a interdit les deux manifestations”, rapporte le site du journal. La police a empêché le 14 février l’organisation du sit-in permanent que voulait installer hier à Dakar le collectif de rappeurs “Y’en a marre”, ainsi que la marche prévue par le Mouvement du 23 juin (M23). Ces groupes demandent tous deux le retrait de la candidature du chef de l’Etat en exercice Abdoulaye Wade à l’élection présidentielle du 26 février.

15/02/12

Repère

1960 Indépendance. Léopold Sédar Senghor premier président.

1980 Senghor démissionne, son Premier ministre, Abdou Diouf, lui succède.

2000 Abdoulaye Wade remporte l’élection présidentielle face à Diouf.

2001 Nouvelle Constitution, limitation du nombre de mandats présidentiels à deux.

Avril 2004 Wade rompt avec son Premier ministre et numéro deux, Idrissa Seck. Ce dernier sera inculpé pour atteinte à la sûreté de l’Etat, incarcéré en juillet 2005, puis libéré en février 2006.

Février 2007 Wade est réélu avec 55 % des voix devant l’ancien Premier ministre Idrissa Seck (15 %) et le candidat du Parti socialiste Ousmane Tanor Dieng (13 %).

Mars 2009 Elections locales, municipales et régionales. L’opposition arrive en première position dans la plupart des régions et remporte la victoire à Dakar, la capitale.

Juin 2011 Wade propose une réforme constitutionnelle qui prévoit d’élire un ticket présidentiel au premier tour avec 25 % seulement des suffrages exprimés. L’opposition le soupçonne d’ouvrir la voie pour son fils. Emeutes dans le pays. Wade retire le projet.

27 janvier 2012 Le Conseil constitutionnel valide la candidature du président Wade malgré ses deux mandats. Mouvement massif de contestation dans tout le pays.

Le règne d’Abdoulaye Wade

Mars 2000, vent d’espoir au Sénégal. L’opposant historique Abdoulaye Wade arrive au pouvoir. Dans la foulée, il fait adopter par référendum une nouvelle Constitution en 2001, limitant à deux le nombre de mandats et ramenant leur durée de sept à cinq ans. A l’épreuve du pouvoir, le nouveau président multiplie ajouts et ratures dans la nouvelle Constitution : 17 modifications en dix ans. En 2007, après sa réélection, Wade déclare que, conformément à la Constitution, il accomplit son dernier mandat. Mais à

l’approche des élections du 26 février 2012, surprise ! Le président, âgé de 85 ans, déclare que son premier mandat ne doit pas être pris en compte car il avait débuté sous l’ancienne Constitution. Opposition et société civile constituent un front commun contre sa candidature. Vendredi 27 janvier,le Conseil constitutionnel, composé de magistrats nommés par le président Wade, tranche en sa faveur. Il sera bel et bien candidat. Le pays bascule dans l’émeute.

La présidentielle de tous les dangers

En mars 2000, l’élection du libéral Abdoulaye Wade à la présidence met fin à quarante ans de régime socialiste (Léopold Sédar Senghor puis Abdou Diouf). C’est la première fois que le Sénégal connaît l’alternance depuis l’indépendance, en 1960, et les espoirs de changement sont immenses. Onze ans plus tard, l’heure est à la désillusion. Le pays vit sous tension : crise énergétique sans précédent, instabilité gouvernementale, réformes successives de la Constitution, grèves répétées, série d’immolations après le printemps arabe.

Le parti de Wade a perdu les élections locales de 2009. Et la présidentielle de mars 2012 s’annonce difficile. A 85 ans, le chef de l’Etat s’est déclaré candidat à un troisième mandat. Ce que l’opposition et la société civile contestent en raison de la limitation constitutionnelle des mandats à deux. On lui prête l’intention de passer la main à son fils Karim, aussi influent qu’impopulaire.

Voir aussi : Rubrique Afrique, Sénégal, rubrique Société Mouvements sociaux, rubrique , Société civile,

Jean-Christophe Victor : « Le monde change et il pourrait aller mieux…»

« Le logiciel mental de l’occident débouche sur une lenteur de compréhension ahurissante »

 

A la différence des atlas, vous avez opté pour une présentation sous forme d’itinéraires géopolitiques quels ont été vos choix de lecture ?

 

 » Ce n’est pas facile de construire un sommaire qui puisse refléter les questions du monde en évolution sur une période longue. Ces itinéraires proposent des classements et des hiérarchies qui ont demandé d’opérer des arbitrages. Nous avons par exemple, renoncé à ouvrir une fenêtre sur le Nigeria qui aurait eu toute sa place, nous aurions pu aussi doubler l’espace que nous consacrons à l’Indonésie. Le livre offre une vision politique qui se découpe en trois parties : le basculement du monde, les violences et le passage des frontières. Les éléments évoluent dans chacune d’entre elles et ils se croisent. Ce n’est pas un livre collectif mais j’ai travaillé avec l’équipe du Lépac*, le terme itinéraire signifie que ce sont mes propres choix.

Quels sont les causes et enjeux principaux de la redistribution du pouvoir mondial ?

Parmi les éléments importants, il y a le facteur démographique avec des pays comme le Brésil, l’Inde et la Chine qui disposent d’un taux de natalité important sans être trop élevé pour leur économie nationale. Ce sont des pays qui ont proprement émergé comme en témoignent l’amélioration de leur système de santé publique et l’allongement de l’espérance de vie. Le différentiel de taux de croissance de plusieurs points en leur faveur depuis une quinzaine d’années, apparaît comme un autre facteur incontournable. On observe un troisième point qui découle du second à travers le fait que les élites chinoises, indiennes, indonésiennes, brésiliennes… construisent un discours politique. Elles souhaitent, à juste titre, que leurs voix soient prises en compte dans les orientations de la politique mondiale. Elles voudraient devenir membre du Conseil de Sécurité, elles mènent bataille contre l’OMC pour un accès aux médicaments génériques…

On a pourtant le sentiment que l’occident fonctionne avec le même logiciel. Est-ce une erreur d’appréhension ou un refus de la réalité ?

Pour reprendre votre expression, on peut considérer qu’il y a le logiciel mental et le logiciel économique. L’économie s’adapte au déplacement des espaces vers l’Asie notamment. Elle a compris que les marchés sont là. Elle entend répondre au besoin de consommation des nouvelles classes moyennes. Toutes les analyses de l’OCDE ou d’Ubifrance pour l’hexagone, le confirment. En revanche, le logiciel mental débouche sur une lenteur de compréhension ahurissante que l’on peut considérer comme une forme de refus de s’adapter à la nouvelle donne. C’est un peu comparable à la décolonisation institutionnelle. Elle s’est opérée dans les années 60, mais nous n’en avons toujours pas terminé avec la décolonisation mentale.

Malgré les 30% de sa population sous le seuil de pauvreté, vous qualifiez la situation de L’Afrique du Sud comme une source d’espérance pour le continent…

 

La société sud-africaine demeure, il est vrai, très inégalitaire. L’apartheid s’est déplacé, il est aujourd’hui socio-économique. Mais malgré ses fractures le pays est aujourd’hui une grande puissance économique avec un afflux migratoire important. C’est aussi une grande puissance diplomatique. Le pays investit en Afrique australe. Sur dix ans on relève une augmentation constante de son budget de l’éducation à l’instar de la Corée du Sud dans les années 70. Autre indicateur important, c’est un des premiers pays du monde pour les affectations privées /publiques en recherche et développement ce qui devrait encore propulser son économie.

On a vu les Brics et le FMI se porter au secours de l’Europe engluée dans la crise financière. Quelles incidences peut-on en attendre ?

Pour les Brics, c’est un signal fort. Le ministre des finances brésilien vient d’appeler son homologue portugais pour lui proposer de le soulager de certaines dettes, le ministre angolais a fait la même démarche. On imagine avec quelle satisfaction… Notons que l’offre ne valait pas que pour le plaisir mais aussi parce qu’ils en avaient la capacité. Il en va de même quand la Chine offre sa contribution pour soutenir l’Euro, elle le fait parce qu’elle a diversifié ses placements sur le marché monétaire. Depuis un certain temps, le FMI mène également une politique de diversification des aides. Sa participation financière en Europe découle de cette logique. L’UE n’a pas attendu le FMI pour s’engager dans une politique d’austérité.

Votre itinéraire se conclut sur une note optimiste…

Oui, je dis souvent aux gens de créer leur propre système d’acquisition de l’information. Ce qui est désormais possible avec Internet. Il est difficile de sortir du prisme de l’information qui confond l’urgent et l’important, ce qui ne donne pas un reflet exact de la situation. A la fin du livre, on trouve un tableau qui fait apparaître des évolutions souvent imperceptibles. On se rend compte que globalement le nombre d’enfants scolarisés et d’adultes alphabétisés est en hausse – y compris la scolarisation des filles dans les pays arabes – que les budgets de santé publique sont en augmentation en part du PIB, que le nombre de conflits est historiquement bas… Il reste que ce faisceau de bonnes nouvelles demeure très inégalement réparti, mais le monde change et il pourrait même aller mieux… « 

recueilli par Jean-Marie Dinh

* Le Lépac est un laboratoire privé, indépendant, de recherche appliquée en géopolitique et prospective.

Le Dessous des cartes Itinéraires Géopolitiques, éditions Tallandier, 29,9 euros.

Voir aussi : Rubrique International, rubrique Géopolitique, rubrique Politique internationale, Rubrique Société, Décolonisation, rubrique, Rencontre,

 

Rwanda, la preuve d’un génocide planifié

Il y a des experts, des journalistes et des responsables français qui, hier soir, ont dû se sentir mal à l’aise : en affirmant sans aucun doute possible que les tirs qui ont abattu l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994 provenaient du camp de sa propre garde présidentielle, le camp de Kanombé, l’équipe des techniciens mandatés par le juge antiterroriste Marc Trévidic pour établir un rapport balistique sur cet attentat, ont indirectement désigné les extrémistes hutus comme responsables de l’événement déclencheur du génocide des Tutsis. Car si l’attentat n’a jamais été la cause d’une sanglante épuration ethnique annoncée et préparée dès 1991, la mort du chef de l’Etat hutu a bien donné le signal des massacres qui en trois mois feront plus de 800 000 morts.

Négationnisme.Or, autour de cet assassinat aux conséquences vertigineuses, la polémique fait rage depuis dix-huit ans. Jusqu’en France, pays longtemps très impliqué aux côtés du régime hutu. Au nom de cette étrange passion française pour un minuscule pays perdu au cœur de l’Afrique, un certain nombre de «spécialistes», parmi lesquels le journaliste Pierre Péan et le sociologue André Guichaoua ainsi que certains officiers français qui ont été en poste au Rwanda, vont ainsi marteler sans relâche que les tirs sont partis de la colline de Masaka à Kigali, et que ce sont les rebelles tutsis du FPR (Front patriotique rwandais) qui auraient abattu l’avion pour s’emparer du pouvoir. Une «hypothèse monstrueuse», selon les termes du journaliste Stephen Smith, qui fut l’un des premiers à incriminer sans preuves le FPR (dans Libération, dès juillet 1994). Cette thèse suggérait en réalité que les rebelles auraient provoqué le malheur de leur propre ethnie, en déclenchant le génocide par un assassinat.

Loin de s’apitoyer sur ce dilemme tragique, les tenants de la thèse «Masaka» basculaient vite dans un négationnisme plus simpliste. Si les Tutsis avaient tiré, ce n’était donc pas un génocide «préparé», ni même «planifié». Une façon à peine subliminale de ne pas voir de génocide du tout, et qui explique pourquoi tous les négationnistes ont plébiscité cette interprétation attribuant l’attentat au FPR. Or le mouvement dominé par les exilés tutsis en guerre contre le régime Habyarimana depuis 1990 va chasser les forces génocidaires du pays et s’emparer du pouvoir en juillet 1994. Une victoire inattendue qui va mobiliser encore davantage ceux qui attribuent le déclenchement du génocide aux rebelles tutsis.

Nouveau juge. Premier magistrat français chargé de cette enquête, le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière en fait partie et provoque en 2006 la rupture des relations diplomatiques avec Kigali en lançant neuf mandats d’arrêt contre des hauts responsables du FPR. Les négationnistes applaudissent et la «vengeance spontanée du peuple hutu», défendue par les auteurs des massacres, s’en trouve justifiée. Bruguière quitte la scène en 2007 mais alors que tout le monde s’attend à ce que son successeur se contente de clore le dossier, le nouveau juge, Marc Trévidic, va au contraire réentendre les témoins-clés. Mieux : à la demande des avocats des neuf membres du FPR accusés par Bruguière, Trévidic met ces derniers en examen (ce qui lève les mandats d’arrêt) et accepte de les rencontrer en «terrain neutre» au Burundi. Auparavant, Rose Kabuye, chef du protocole du président rwandais, Paul Kagamé, et elle aussi accusée, avait été opportunément arrêtée lors d’un déplacement en Allemagne, mise en examen puis laissée en liberté provisoire. Un dialogue s’esquisse. Il était absent de la procédure Bruguière (qui n’a jamais mis les pieds au Rwanda, tout comme le journaliste Pierre Péan).

Restait à pallier une autre lacune de l’enquête : la balistique. Une analyse aura lieu à partir de septembre 2010 et ce sont ses conclusions qui ont été présentées hier. L’impact du missile sur la carcasse de l’avion et l’analyse acoustique ont été décisifs pour déterminer l’origine des tirs et écarter l’hypothèse Masaka. Une conclusion qui décrédibilise huit ans de procédure Bruguière et qui va conduire à explorer une nouvelle piste : celle des ultras du camp Habyarimana. Des officiers mis à la retraite, membres du clan mafieux familial, qui gravitaient autour du chef de l’Etat. Après avoir longtemps joué la carte de l’ethnisme et mobilisé ses miliciens, Habyarimana était acculé. Des accords de paix avec le FPR avaient été signés en août 1993, et la communauté internationale le pressait de les appliquer et de partager le pouvoir.

Fanatiques. Ce 6 avril 1994, c’est ce qu’il venait d’accepter lors d’une conférence régionale à Dar es-Salaam, en Tanzanie. A l’aéroport de Kigali, son directeur de cabinet l’attendait pour lui faire signer la liste du futur gouvernement de transition. Mais les fanatiques de la politique du pire guettaient déjà le retour de l’avion.

 

A l’horreur absolue du troisième génocide de l’histoire reconnu par les Nations Unies – celui commis au Rwanda entre le 6 avril et le 4 juillet 1994 par le régime hutu contre la population tutsie (et ses soutiens hutus) et qui fit plus de 800 000 morts – la justice française et quelques désinformateurs en tout genre ont longtemps ajouté la honte et même l’infamie. Tous ceux, dont certains se présentent encore comme journalistes, qui derrière le «juge» Bruguière se sont employés à colporter sans preuves la thèse de la responsabilité des rebelles du FPR de Paul Kagamé dans l’attentat commis contre le Falcon du président rwandais Juvénal Habyarimana, auront en effet ouvert la voie à l’expression de différentes versions négationnistes de l’histoire. Notamment celle d’un double génocide, abjection toujours démentie par l’ensemble des rapports d’institutions nationales ou internationales et d’organisations non gouvernementales. Le rapport rendu public hier par le magistrat Marc Trévidic vient enfin restaurer l’honneur d’une justice française qui refuse cette fois de plier face à la trop commode raison d’Etat brandie par des responsables politiques de gauche comme de droite – cohabitation Balladur-, Mitterrand oblige. Même partielles, les conclusions du rapport permettent désormais de considérer l’attentat du 6 avril 1994 comme le lancement d’un génocide minutieusement préparé, sous l’œil attentif de Paris. Cette vérité-là est désormais un fait historique.

Sylvain Bourmeau Libé

Voir aussi : Rubrique Afrique, Rwanda,

Du séisme américain au printemps arabe

Deux mille douze ans avant et après

Une rétro géopolitique de Robert Bibeau publiée par le Centre de recherche sur la Mondialisation

 

LE SÉISME AMÉRICAIN

Requiem pour les États-Unis d’Amérique tels que vous les avez connus depuis la guerre. Après moins de soixante-dix ans de règne sans partage – si ce n’est quelques velléités du social impérialisme soviétique (1955-1989) – l’empereur d’Occident poursuivra sa descente aux enfers encore cette année.

L’agonie de l’empire amorcée en 2008 – crise des subprimes – prolongée en 2011 – crise de la dette souveraine – se poursuivra en 2012 et s’étiolera sur quelques années. Au cours de cette période les États-Unis seront simultanément insolvables et ingouvernables, transformant en «bateau-ivre» ce qui fut le «navire-amiral» de la flotte impérialiste occidentale (1).

Le dollar devrait perdre plus du quart de sa valeur par rapport à l’Euro – la future devise de réserve dirigée par la baguette d’Angela qui n’entend pas à rire pour ces choses là –.  Cette dévaluation du dollar signifie que le peuple américain perdra plus du quart de son pouvoir d’achat déjà mal en point étant donné que ce pays importe la plus grande partie des produits qu’il consomme (inflation galopante, dévaluation du dollar, faillites bancaires, 20 % de chômage, un américain sur six reçoit des bons alimentaires, un enfant sur cinq connaît des épisodes de vie sans abri, le taux de mortinatalité est au niveau des pays sous-développés, les municipalités abolissent les services, les États font défaut de paiement, etc.) – feu la superpuissance américaine. Un économiste de renom n’avait-il pas distribué les rôles entre les puissances économiques mondiales – la Chine était l’atelier de fabrication et les États-Unis le marché de consommation, comme si dans votre logement votre voisin de palier était celui qui travaille plus pour gagner plus comme le proposait Sarkozy (interdit de rigoler) et vous, celui qui dépense sans compter sans jamais rien gagner, croyez-vous que votre copropriété pourrait prospérer ? Dans l’histoire, l’empire espagnol puis l’empire britannique ont déjà tenu ce rôle de pôle de consommation et l’on sait ce qu’il advint de ces empires moribonds !

Le déclin de l’empire américain est bien certain. Les émissions de dollars (Quantitative Easing) de 2009 et 2010 n’auront servi qu’à plomber le navire à la dérive.  Les agences de notation anglo-saxonnes et les banquiers de Wall Street le savent pertinemment, en 2012 ne soyez pas étonné d’apprendre qu’ils convertissent une partie de leurs avoirs – dollars – en euros, en yuan, en franc suisse, en or…Les rats ont commencé l’an dernier à abandonner le navire-ivre. Le nationalisme de pacotille est réservé aux soldats qui meurs dans les champs de mines anti-personnelles d’Afghanistan et aux bozos paniqués des résidences pour retraités (2).

 

L’EMPIRE CHINOIS

En 2012, l’approfondissement de la dépression et l’effondrement du marché américain dévoré par l’inflation et la dépréciation du dollar – premier client de l’empire industriel chinois – entraineront ralentissement économique et fermetures d’usines en Chine (3).

La reconversion industrielle et commerciale de la Chine en direction de son marché domestique en expansion et en direction de l’Euroland, de l’Asie et de l’Afrique (investissement de 1 000 milliards de yuans d’ici dix ans nous dit-on) n’étant pas complétés, la défaillance du client américain ne pourra être amortie. L’espoir de Pékin était vraiment que l’effondrement américain tarderait de deux ans au moins et le «Céleste empire» a tout fait pour retarder l’échéance fatale en achetant en pure perte les obligations américaines au rendement décevant (4).

Il est trop tôt pour que la reconversion chinoise soit complétée. Aussi cette année les secousses sismiques économiques de l’Amérique ébranleront l’empire du milieu – industriel.

Dans le monde occidental, l’impérialisme états-unien aux abois – l’ennemi irréductible de l’impérialisme chinois – essaiera de soulever une vague de protectionnisme et de nationalisme fanatique et les États-Unis tenteront d’impulser une désastreuse « Guerre Froide » contre la Chine. Au cours de 2011 Obama a fourni le cadre et la justification d’une confrontation à grande échelle et de longue durée avec la Chine. Ce sera un effort désespéré pour maintenir l’influence étatsunienne et conserver ses positions stratégiques en Asie et partout dans le monde.  « Le « quadrilatère de pouvoir » de l’armée étasunienne — les États-Unis, le Japon, l’Australie et la Corée — avec le soutien des satellites philippins, essaieront de détruire les liens commerciaux de la Chine au moyen de la puissance militaire de Washington.» (5). Nous doutons cependant que le Pentagone y parvienne. Il n’est pas certain que ce que Petras appelle les satellites militaires états-unien se laissent entraîner dans la déroute en compagnie du canard boiteux américain.

 

EUROLAND

Suite à la session de briefing et de réorientation stratégique de décembre dernier à Bruxelles où le couple Merkozy a tenu tête aux hydres anglo-saxons de la City –  les pays de l’Euroland sont en ordre de marche sous le joug du major d’homme Merkel – le seul homme politique bourgeois d’envergure en Europe – . La ‘Diva’ de l’économie européenne bat la marche – fait rentrer les récalcitrants dans le rang – fixe la cadence de la reconversion des finances européennes en prévision du séisme états-unien qui tel un deus ex machina constata en décembre dernier le peu d’influence que les USA ont conservé chez son allié outre Atlantique (6).

L’Euroland a changé de direction à Bruxelles l’an dernier et 2012 devrait confirmer la reprise en main par les nouveaux maîtres de la BCE (Banque centrale européenne) avant l’émission des Eurobonds,  fin 2012. « Quand on est l’Euroland et qu’on est le premier bloc commercial mondial, le détenteur de la plus grosse épargne mondiale on se moque des agences de notation. On les ignore ou on leur casse les reins, deux choses qui seront au programme de 2012» (7).

Révoltes populaires et grèves ouvrières devraient marquer l’année européenne, mais faute d’une direction révolutionnaire influente et unifiée, tous ces sacrifices seront gaspillés.

 

L’AFRIQUE MONÉTAIRE

Quelques mots sur un morceau d’Afrique à propos des quatorze pays soumis au diktat néo-colonialiste français via l’entente d’adhésion au Franc CFA. Un protocole d’union monétaire qui cède à la France le contrôle du développement financier de ces quatorze pays dominés, néo-colonisés. Comment imaginer qu’en 2012 des pays où les présidents et chefs d’État d’opérettes s’entretuent à chaque élection bidon frauduleuse pour s’emparer d’un pouvoir qu’il ne contrôleront jamais de toute façon puisqu’un levier essentiel – le pouvoir financier – est accaparé quelque part à Paris aux bureaux du Trésor public français ou chacun des pays soumis doit déposer en garantie une partie de ses avoirs (ce qui en soit n’est pas une mauvaise pratique financière – ce qui est mauvais c’est que le dépôt et la gestion se fasse au Trésor de France et que cette devise soit totalement dépendante et à parité avec l’Euro)… Hallucinant n’est-ce pas ?

J’ai le sentiment qu’à la faveur de la dépression monétaire mondiale, 2012 sera une année de grande friction autour de la question de créer une monnaie africaine commune à partir d’un regroupement de quelques états courageux – projets que caressait à la fois Kadhafi et Laurent Gbagbo… allez comprendre après cela pourquoi ils ont été détrônés, puis déporté ou  assassiné (8)?

 

LA DIPLOMATIE DE LA CANONNIÈRE

Il est étrange que très peu d’observateurs de la scène internationale aient remarqué un changement important survenu sur le théâtre militaire mondial depuis 2010 environ. Jusque-là, toute agression militaire impérialiste occidentale était initiée puis dirigée par le chef de meute américain avec ou sans la complicité de l’OTAN – Bush le cowboy texan étant l’archétype de ces capots Yankee –. Or, en 2010-2011 trois des principales interventions de la «diplomatie de la canonnière» ont été initiés par la France sarkosiste avec le soutien de Londres, de Berlin et d’autres capitales de l’Euroland et parfois l’intervention tardive de Washington (Côte d’Ivoire, Libye, Syrie). Il en sera de même en 2012.

 

L’AGRESSION CONTRE LA SYRIE

Dites-moi ce que Sarkozy cherche en Syrie ? Ce pays n’a pas de pétrole, peu de minerais, son marché est exsangue, sa population est pauvre. La Syrie est encombrée de réfugiés palestiniens, irakiens, kurdes, son peuple est irascible, nationaliste et il s’empressera de chasser tout envahisseur étranger. De plus, on retrouve à sa frontière Nord la Turquie amère et rancunière (d’avoir été refusée dans l’UE) ; à sa frontière Sud la Jordanie insipide; à l’Ouest le Liban intrépide et le Hezbollah invincible ; aux limites Est on retrouve l’Irak – deuxième réserve  pétrolière du monde – Voilà la réponse que nous cherchions.

Sarkozy, plus malin que certains ne le subodorent, pendant qu’Obama manigance de lui couper l’or noir par bateau (Détroit iranien d’Ormuz) tout en se retirant d’Irak – laissée à la garde des mollahs Chiites qui couperont le pétrole irakien à la première bombe jetée sur l’Iran – l’Europe tente donc de se rapprocher des puits irakiens afin de les envahir le moment venu et faire passer le précieux carburant par le pipeline syrien jusqu’à la Méditerranée.

Une question se pose cependant. Pourquoi ne pas avoir comploté avec Bachar al Assad pour accéder au pipeline syrien ? Parce que Bachar est l’allié de l’Iran et que l’attaque américano-israélienne contre l’Iran coupera les ponts de la collaboration avec la Syrie. L’Europe devrait alors se dissocier de son allié américain et de l’agression contre l’Iran – ça viendra – mais l’Euroland nouvelle – post états-unienne – n’en n’est pas encore là.

Dernier problème qui se posera en 2012 relativement à l’attaque contre la Syrie. Comment contourner la puissance Russe qui possède une base navale en Syrie (Tartous)? Qui plus est, la Russie ‘poutinienne’ fournit du gaz naturel de l’Europe (9). Attaquer la base militaire du Kremlin au Levant c’est se couper de l’approvisionnement en gaz russe. Sarkozy et Merkel y ont-ils pensés et quelle est l’alternative ?

Le soutien européen aux milliardaires voleurs d’élections de l’opposition russe contre les voleurs d’élections du parti Russie Unie n’ira pas très loin. La Russie n’est pas une «République de bananes» ni une «législature du café» et l’armée Rouge est bien en laisse sous la poigne de Vladimir… J’en conclue que l’Euroland devra réviser sa stratégie syro-iranienne en 2012.

Comme l’année en cours sera année d’élections présidentielles on ne verra pas les États-Unis s’engager dans cette guerre ouverte qu’elle prépare fébrilement contre l’Iran d’autant que la Syrie n’est pas encore tombée dans l’escarcelle européenne ni américaine et c’est bien là l’enjeu de cette guerre qui ne dit pas son nom. Dans cette affaire Sarkozy n’est pas le «Proxy» des États-Unis il mène la politique de l’impérialisme français et européen et pour cette raison il devrait sauvegarder son perchoir présidentiel en 2012.

Le conflit entre alliés de l’OTAN porte bien sur cette alternative, si la Syrie devient protectorat européen – le pétrole Irakien sera à portée de main – si la Syrie devient protectorat américain, l’Irak de al- Maliki gardera le verrou Ouest du dispositif d’étranglement pétrolier européen pendant que l’Iran à son corps défendant gardera le verrou Sud par le détroit d’Ormuz, le Pakistan et l’Afghanistan les verrous Nord et Est.

L’OTAN AU LEVANT

Cette année électorale américaine les États-Unis et leur organisation militaire assujettie – l’OTAN – poursuivront leur pression contre le Liban via leur satellite israélien, leur occupation passive de l’Afghanistan (préparant leur retrait pour 2014 quand toutes les manœuvres qu’ils anticipent contre l’approvisionnement en pétrole chinois auront été menées à bien). Par ses drones l’OTAN  poursuivra son harcèlement du Nord Pakistan de façon à contrer tout rapprochement du Pakistan avec les talibans afghans.

Retenez cependant qu’un fauve blessé comme le drapeau étoilé demeure un danger et l’État-major américain s’il ne lance pas immédiatement l’attaque contre l’Iran la préparera toute l’année en sous-main et la déclenchera probablement l’an prochain, après l’élection quel que soit le vainqueur de la course à la présidence. La déconfiture économique et sociale de l’Amérique commande cette action «audacieuse et périlleuse» pensent un certain nombre de stratèges du Pentagone et de Wall Street. La déstabilisation des approvisionnements en hydrocarbure de la Chine, du Japon et de l’Euroland permettra aux États-Unis (qui ne s’approvisionnent pas au Proche-Orient) de se refaire une autorité sur les marchés boursiers – folle équipée de financiers désespérés.

 

PRINTEMPS ARABE

En Égypte les ‘Facebookeurs’ des réseaux sociaux pseudos révolutionnaires sont retournés chez papa après la mise à la retraite de Moubarak enveloppé dans son parachute doré (10). En 2011 les vrais révoltés sont retournés sur le pavé et ils  sont tombés sous les balles d’aciers de l’armée dans la plus grande impunité et sous les hourras des médias étrangers – qui ont même suggérés qu’ils étaient des «contre-révolutionnaires»… d’une révolution avortée.

Ces véritables révolutionnaires méprisés par la bourgeoisie internationale n’ont pas voté – qu’ils en soient félicités – ils ont renvoyés leurs «leaders» patentés – des fils à papa ‘indignés’ – bon vent les Twitters formés aux «révolutions colorées», qui sait si 2012 ne verra pas les révoltes arabes devenirs de vraies révolutions populaires pour la conquête du pouvoir d’État !?

En Tunisie identique à l’Égypte avec cette différence que cette ancienne colonie française a héritée des habitudes de verbiage balaise et outrecuidant de l’ex-mère patrie. L’intelligentsia maghrébine aime à mimer les débats oiseux des cafés parisiens et les tiers partis égo-centripète sont pléthores sur la scène tunisienne où ils bouchent la vue des jeunes révoltés et ces groupuscules d’opérettes pourraient bien faire avorter la seconde édition de la vraie révolution. De toute façon l’élection bidon fut un échec et dans de nombreuses cités; les révoltés n’ont pas désarmé, en 2012 ils vont se radicaliser (11).

Pour la Libye cessez de pavoiser petits démagogues planqués à Paris ou à Londres. En 2012 BHL et ses petits amis pluriels pourraient déchanter – Kadhafi est mort mais pas l’esprit de révolte et d’indépendance des tribus de Tripolitaine, du Fezzan et de Cyrénaïque. Le CNT est hors-jeu et si la production pétrolière a repris; le peuple est contrit et réalise petit à petit qu’il a été dupé par de faux amis. Rien n’est écrit, rien n’est fini en Libye, ceux qui ne l’ont pas compris en seront bientôt conchies (12).

 

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(1)   Crise systémique globale – USA 2012/2016. GEAB no. 60. In l’Étoile du Nord vol. 9, no. 6 novembre-décembre 2011, pages 6-11.

(2)   La guerre des monnaies (Dollar contre Yuan). Robert Bibeau. 24.11.2011.
http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/la-guerre-des-monnaies-dollar-104886

(3)   Vincent Gouysse. 2010-2011 : Le réveil du dragon s’accélère ! Septembre 2011.
http://www.communisme-bolchevisme.net/download/Le_reveil_du_dragon_s_accelere.pdf

(4)   La Chine impérialiste. Robert Bibeau. 29.06.2011. http://www.centpapiers.com/la-chine-imperialiste/74924

(5)   C’est le seul point sur lequel nous nous entendons avec Petras, le reste de son écrit présente une vision conspirationniste surfaite à notre avis. http://www.centpapiers.com/2012-une-vision-d%e2%80%99apocalypse/91055

(6)   La crise de l’Union Européenne : le Dollar contre l’Euro. Robert Bibeau. 15.12.2011.
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=28229

(7)   USA Crise systémique globale 2012/2016. GEAB no. 60. In l’Étoile du Nord vol. 9, no. 6 novembre-décembre 2011, pages 6-11.

(8)   La Libye sous les bombes ‘humanitaires’ de l’ONU. Robert Bibeau. 23.03.2011.
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23889 et L’extradition illégale de Gbagbo de son pays natal ! Robert Bibeau. 7.12.2011. http://www.alterinfo.net/L-EXTRADITION-ILLEGALE-DE-GBAGBO-DE-SON-PAYS-NATAL-_a67600.html et http://fr.wikipedia.org/wiki/Franc_CFA

(9)   La Russie lâcherait-elle la Syrie ? Robert Bibeau. 29.12.2011.
http://www.legrandsoir.info/la-russie-lacherait-elle-la-syrie-comment-naviguer-entre-deux-mers.html

(10)  Révoltes arabes et répression néocoloniale. Robert Bibeau. 16.05.2011. http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article5127

(11)  Il n’y a pas de projet de démembrement du monde arabe. Il n’y a que des projets à courte vues d’une puissance impérialiste puis d’une autre pour s’emparer d’un marché arabe ou d’un autre, des ressources arabes, pétrolières surtout et pour annihiler tout mouvement de révolte. De nombreux pays arabes agressés depuis nombre d’années n’ont pas été démembrés.   http://www.lnr-dz.com/index.php?page=details&id=8501

(12)  «la deuxième et la troisième puissance économique du monde la Chine et le Japon vont désormais utiliser la monnaie chinoise pour leurs échanges…»  Libye, Côte d’Ivoire, ouvriront la voie à un nouvel Ordre mondial Jean-Paul Pougala. 31.12.2011.
http://www.youtube.com/watch?v=owY2weXp7Dc&context=C351979eADOEgsToPDskI_AXylaGXOv0Y9DV96I9vL

 

Robert Bibeau est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Robert Bibeau publiés par Mondialisation.ca