Sarkozy au Proche-Orient

Une courte visite officielle au Caire (2007)

 
Essai.
Un recueil de textes de journalistes spécialisés et d’historiens démontre que la politique française au Proche -Orient est loin de débloquer le processus de paix israélo-arabe.

Pas simple dans l’hexagone de se faire une idée sur la politique étrangère française. Celle-ci, en vertu de notre constitution, reste l’apanage exclusif du chef de l’État. L’ouvrage Sarkozy au Proche Orient* fait le point sur la politique française dans l’espace complexe du conflit israélo-palestinien. Est souligné d’entrée de jeu, que la politique menée au Proche-Orient depuis l’élection de Sarkozy répond de manière basique au projet du président avant son élection?:  » Rompre avec la politique d’indépendance vis-à-vis des États-Unis et raviver l’idylle franco-israélienne « . Les deux objectifs pouvant aux yeux du chef de l’État, apparaître liés.

 Le livre propose un ensemble de textes de journalistes spécialisés et d’historiens sous la direction de Farouk Mardam-Bey, ancien conseiller culturel de l’Institut du monde arabe qui dirige chez Actes-Sud l’intéressante collection Sindbad. Il en ressort que la rupture a consumé la remarquable constance à laquelle la diplomatie française se tenait depuis quarante ans. Ce que l’on a baptisé, en dépit de nombreuses entorses, la politique arabe de la France, reposait sur trois principes fondamentaux, rappelle Mardam-Bey dans le propos introductif : le droit de tous les États du Proche-Orient, y compris Israël, à vivre dans des frontières sûres et reconnues. Le refus d’entériner tous  » les changements réalisés sur le terrain par l’action militaire « . La nécessité, enfin, d’une intervention commune de toutes les grandes puissances afin de garantir la mise en application des deux premiers principes.

On découvre à travers différentes analyses comment Nicolas Sarkozy affiche un pragmatisme à la petite semaine qui, comme le souligne l’universitaire Alain Chenal,  » stupéfie plus d’un diplomate par la vacuité de ses propos « . Et on conclut, que sur ce terrain aussi, le locataire actuel de l’Élysée qui voit la scène internationale comme un moyen de soutenir son image intérieure a beaucoup de chemin à faire pour reconduire son bail en 2012.

Jean-Marie Dinh

Sarkozy au Proche-Orient, Actes Sud, 17 euros

Voir aussi : rubrique Rencontre Elias Sambar, Israël Le rapport de l’ONU sur Gaza , Le discours de Netanyahu torpille les initiatives de paix, Documentaire, Mort de Rachel à Rafah, conflit israélo-palestinien Repère sur la guerre de Gaza, Livre, Edward Saïd la question de Palestine, Histoire Accords de Camp David,

 

 

Wikileaks publie 400.000 documents secrets sur la guerre en Irak

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109.032 morts en Irak dont plus de 60% de civils

La coalition internationale a torturé des prisonniers irakiens et fermé les yeux sur des exactions commises par les forces irakiennes, a affirmé vendredi le site WikiLeaks, en publiant près de 400.000 documents secrets de l’armée américaine sur la guerre en Irak. «L’administration Obama a l’obligation (…) d’enquêter» sur ces révélations, a jugé le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, Manfred Nowak.

Après des semaines de suspense, le site spécialisé dans le renseignement a commencé à diffuser vendredi soir 391.831 documents qu’il a présentés comme «la plus grosse fuite de documents militaires secrets de l’Histoire». Les documents mettent en évidence «de nombreux cas de crimes de guerre qui semblent manifestes de la part des forces américaines, comme le meurtre délibéré de personnes qui tentaient de se rendre», accuse le site dans un communiqué.

Ces documents révèlent «la vérité» de la guerre en Irak, a déclaré le fondateur du site Julian Assange, samedi lors d’une conférence de presse à Londres. WikiLeaks évoque aussi le comportement de soldats américains «faisant sauter des bâtiments entiers parce qu’un tireur se trouve sur le toit».

Tortures

Les documents révèlent «plus de 300 cas de torture et de violences commis par les forces de la coalition sur des prisonniers», ajoute WikiLeaks, qui a aussi dénombré plus d’un millier d’exactions de la part des forces irakiennes. «On parle de cinq fois plus de morts en Irak, un vrai bain de sang comparé à l’Afghanistan», a déclaré sur CNN le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, jugeant que «le message de ces dossiers est puissant et peut-être un peu plus facile à comprendre que la complexe situation en Afghanistan».

L’AFP a pu consulter une partie des documents à Londres avant leur diffusion sur internet. Une grande partie des textes sont expurgés des noms pouvant mettre en danger des personnes, a expliqué WikiLeaks. WikiLeaks a également remis à l’avance ses documents à plusieurs médias internationaux comme le New York Times, le Guardian, le Monde, Der Spiegel et la chaîne Al-Jazira, qui a la première révélé leur contenu.

15.000 décès de civils non révélés

Selon la chaîne de télévision du Qatar, l’armée américaine a «couvert» des cas de torture de détenus par les autorités en Irak, où des centaines de civils ont en outre été tués à des barrages tenus par les alliés. Au vu des documents, «les autorités américaines n’ont pas enquêté sur les centaines de cas de violences, tortures, viols et mêmes des meurtres commis par des policiers et des militaires irakiens», écrit le Guardian.

Selon le communiqué de WikiLeaks, les documents secrets couvrent la période du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2009, après l’invasion américaine de mars 2003 qui a renversé le régime de Saddam Hussein.

Les documents révèlent que le conflit a fait 109.032 morts en Irak, selon le communiqué, qui précise que plus de 60% sont des civils, soit 66.081 personnes. Sur ce total, 15.000 décès de civils n’avaient jusqu’à présent pas été révélés, selon WikiLeaks.

Nouveaux cas impliquant la société Blackwater

Ces chiffres montrent «que les forces américaines disposaient d’un bilan recensant morts et blessés irakiens même si elles le niaient publiquement», a relevé Al-Jazira. Un bilan américain publié officiellement fin juillet faisait état de près de 77.000 Irakiens civils et militaires tués de 2004 à août 2008.

Selon Al-Jazira, les documents font également état de liens entre le Premier ministre irakien sortant Nouri al-Maliki et des «escadrons de la mort» qui semaient la terreur au début du conflit. D’autres documents «révèlent de nouveaux cas impliquant (l’ancienne société de sécurité américaine privée) Blackwater dans des tirs contre des civils», sans qu’aucune charge ne soit retenue contre elle.

«L’administration Obama a l’obligation d’enquêter»

Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, Manfred Nowak, a appelé le président américain Barack Obama à lancer une enquête sur les cas de torture révélés dans une série de documents de l’armée américaine publiés vendredi par le site WikiLeaks.

«L’administration Obama a l’obligation, quand surgit des accusations sérieuses de torture contre un responsable américain, d’enquêter et d’en tirer les conséquences… Cette personne devrait être traduit en justice», a déclaré M. Novak sur la radio BBC 4.

M. Nowak a cependant reconnu qu’il ne pourrait s’agir que d’une enquête américaine. Des poursuites par la Cour pénale internationale (CPI) ne sont pas possibles car les Etats-Unis ne reconnaissent pas la cour, a-t-il admis.

Au cours de la même conférence de presse, un responsable de WikiLeaks, Kristinn Hrafnsson, a annoncé la diffusion prochaine de nouveaux documents militaires américains, sur la guerre en Afghanistan cette fois.

AFP

Voir aussi : Rubrique Médias Wikileaks fait péter un câble à Washington, Irak Un premier bilan de la guerre, Bagdad : une série d’attentat marque l’ouverture du scrutin, Pétrole contre nourriture : l’Irak réclame des réparations, rubrique Afghanistan Enlisement total, Rubrique politique internationale Le président Irakien à Paris pour une normalisation des contrats, rubrique Rencontre Michel Terestchenko Torture une pratique institutionnelle

Une sévère cure d’austérité pour les Britanniques

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Pour éviter la faillite publique, le gouvernement britannique a annoncé mercredi des mesures d’austérité drastiques. Les prestations sociales seront réduites et près d’un demi-million de postes seront supprimés dans le service public.  Les commentateurs jugent cette politique dure, injuste et extrêmement dangereuse pour l’économie.

The Guardian – Royaume-Uni

Les coupes mettent la relance en péril

Avec le programme d’austérité, le chancelier de l’Echiquier George Osborne mise tout sur une seule carte, écrit le quotidien de centre-gauche The Guardian, qui estime toutefois que ce jeu pourrait mal se terminer avec l’économie : « Osborne a besoin que suffisamment de gens avalent la petite histoire de la coalition, selon laquelle le Labour aurait ruiné l’économie et créé un déficit auquel la seule réponse serait une cure d’austérité, prescrite de façon relativement équitable. D’après les sondages, c’est l’opinion qui domine aujourd’hui. Mais sur la durée, l’opinion publique se basera sur la perspective d’une véritable relance économique ces quatre prochaines années, afin qu’Osborne ou son successeur soit en mesure de déclarer en octobre 2014 que le remède a été efficace, et qu’une période favorable – et une réélection en 2015 – se profilent. … Ce programme d’austérité est l’œuvre d’un parieur. Un Chancelier ne peut pas retrancher 81 milliards de livres de l’économie, à l’image d’Osborne, sans porter atteinte au pays. Ce sera un pays différent dorénavant. » (21.10.2010)

Aamulehti – Finlande

Du sang, de la sueur et des larmes

En procédant aux plus lourdes coupes budgétaires depuis la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre britannique David Cameron s’inscrit dans la lignée de Winston Churchill, écrit le quotidien Aamulehti. Mais le risque d’échec est grand : « Alors que la Grande-Bretagne luttait pour son existence au début de la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre de l’époque, le conservateur Winston Churchill, ne mâchait pas ses mots dans son premier discours en tant que dirigeant du gouvernement de guerre, à un moment extrêmement difficile. ‘Je n’ai rien d’autre à vous offrir que du sang, du labeur, de la sueur et des larmes’, déclarait-il dans son célèbre discours à la nation. En d’autres termes, il fallait accepter de nombreux sacrifices pour pouvoir espérer un avenir meilleur. … Les détails du programme d’austérité seront fortement contestés, dans la rue comme au Parlement. Mais ce qui importe, c’est l’influence qu’il aura sur l’avenir britannique. Même si l’opération est un succès, le patient y survivra-t-il ou laissera-t-il sa peau sur le billard ? C’est un pari dangereux, pour lequel le gouvernement Cameron a décidé de prendre tous les risques. » (21.10.2010)

Politiken – Danemark

Ne pas oublier le secteur financier

Après l’annonce du gouvernement britannique d’un programme d’austérité qui prévoit notamment des coupes dans les dépenses sociales, le quotidien progressiste Politiken espère des mesures tout aussi strictes pour le secteur financier : « La coalition libérale-conservatrice veut soumettre l’Etat-providence britannique à une cure d’austérité dramatique ; elle veut davantage épargner que stimuler. La reine aussi doit épargner, mais ce sont surtout le système social, l’Etat-providence, ainsi que les services publics, qui sont touchés. Avec pour résultat les plus grandes coupes budgétaires jamais imposées au secteur public depuis la Seconde Guerre mondiale. Si les Britanniques doivent avaler cette couleuvre, il faudra que le secteur financier, indubitablement à l’origine de la crise, soit plus fortement réfréné et contraint à assumer ses responsabilités. » (21.10.2010)

De Volkskrant – Pays-Bas

Cameron doit offrir des perspectives

Avec ses lourdes mesures d’austérité, le Premier ministre britannique David Cameron suit un cap bien plus rigoureux que ce à quoi s’attendait beaucoup de monde, estime le quotidien de centre-gauche De Volkskrant. Mais contrairement à l’ex-Premier ministre Margaret « Thatcher, qui voulait surtout briser le pouvoir des syndicats, Cameron tente de prêter à sa thérapie de choc une dimension idéaliste. A ses yeux, cette thérapie n’est pas seulement une amère nécessité économique, mais aussi une mesure qui va dans le sens de son projet de ‘Big Society’, où il est naturel que certaines tâches n’incombent plus à l’Etat mais aux citoyens, ceux-ci disposant ainsi d’un plus grand pouvoir de contrôle. Ce n’est pas une idée inintéressante, mais ce n’est pas non plus la panacée. Pour créer une base sociale suffisante acceptable pour ces lourdes atteintes, le Premier ministre devra offrir des perspectives nouvelles et plus claires. » (21.10.2010)

L’urgentiste Patrick Pelloux s’inquiète de la marchandisation des offres de soin

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Patrick Pelloux : de l’urgence médicale à l’urgence sociale.

Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France, a une première fois délaissé les brancards pour alerter les médias des conséquences de la canicule sur les services hospitaliers en 2003. Depuis, il continue d’alimenter une chronique sur ses anecdotes de travail dans les colonnes de Charlie Hebdo. En 2007, elles ont été réunies dans un ouvrage, Histoire d’urgences, dont le tome 2 vient de paraître (éditions les Echappés. A cette occasion, Jean-Claude Gayssot, président de l’association Edec (Economie, développement et citoyenneté) l’a invité à prendre la tribune lors d’une rencontre-débat* sur le thème  » La santé n’est pas une marchandise ».

« La santé est-elle une marchandise ?

Oui, elle est devenue une marchandise. Progressivement, on en a fait un objet économique, coté en bourse, avec des intérêts financiers au plus haut niveau, notamment dans l’industrie pharmaceutique comme on a pu le voir lors de la grippe A. Et ça va continuer, en particulier avec les migrations démographiques liées aux changements climatiques qui auront des conséquences sur la santé et donc des conséquences économiques importantes.

En France, la loi Hôpital, patients, santé, territoires (HPST) participe-t-elle à ce processus de marchandisation ?

On le voit surtout avec la bascule des soins dans le secteur privé lucratif. Aujourd’hui, 80% de la chirurgie ophtalmologique se fait dans les cliniques privées. Celles-ci ne sont d’ailleurs quasiment plus détenues par untel ou untel mais rachetées par de grands consortiums financiers, souvent des multinationales. Ca veut dire qu’il est possible de faire de l’argent sur la santé, ce qui est totalement contradictoire avec les premiers textes sur la sécurité sociale.

Depuis votre première sortie médiatique lors de la canicule en 2003, la situation a-t-elle empiré ?

Les choses se sont accélérées. D’ailleurs, d’après les échos que j’ai eus de la commission santé du parti socialiste, je ne suis pas sûr qu’il revienne un jour en profondeur sur la loi HPST. Une pensée économique et sociale de la santé est née et il est très difficile d’aller contre la pensée unique. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe en Ile-de-France où le nouveau président de l’ARS (Agence régionale de santé, ndlr), ancien ministre PS, applique doctement la loi HPST. On entend partout que l’hôpital est mal organisé, mais on n’a pas arrêté d’y fermer des lits, comme une application à l’avance de la loi HPST. Ca n’a pas réglé les problèmes de déficit. C’est bien la preuve qu’il y a quelque chose qui ne marche pas dans cette politique, mais aujourd’hui, même le domaine de la santé est devenu un objet de concurrence.

Se soigner est-il devenu un luxe ?

Ca devient de plus en plus cher. Nous sommes un des pays où nous cotisons le plus et où nous sommes le moins remboursés. C’est devenu très difficile entre les dépassements d’honoraire, les déremboursements…

La France a donc perdu son statut de pays où l’on peut se soigner ?

En tout cas nous ne sommes plus le modèle. Dans le classement européen, nous sommes passés de la 10ème à la 18ème place. Le gouvernement s’est empressé de dire que les critères d’évaluation avaient été changés. Mais c’est totalement faux, cette étude est menée par un organisme indépendant.

Est-on arrivé à un point de non retour ?

Les choses ne sont jamais totalement perdues. On voit comment depuis 2002, la politique néo-libérale a cassé tous les services publics. Mais nous vivons dans un pays qui a été capable de se reconstruire après des chaos insensés. On a toujours su rebondir. On est dans une période abjecte, mais il ne faut pas perdre espoir.

Que faut-il faire pour améliorer la situation ?

En ce qui concerne le problème économique, c’est à la classe politique de définir ses attentes et de continuer à abreuver ses pensées. Quant au problème médical, je crois que la médecine est malade de son élite. Il faut un bouleversement du statut hôpitalo-universitaire. Le pouvoir a voulu moderniser sur le modèle des entreprises, notamment avec les fameux  » pôles hospitaliers « . Mais c’est une chose qui n’est pas valable pour l’hôpital. On a voulu faire des grands systèmes, alors que tous les grands systèmes (EADS, France Telecom, …) reviennent à de petites structures.

La formation des médecins est également trop longue, les jeunes ne sont pas insérés dans le travail assez tôt, ni rémunérés assez tôt. Il faudrait une base de formation médicale continue qui ne pourrait se faire que dans le cadre universitaire et pas dans l’industrie pharmaceutique. L’émergement de la solution, il est là.

Quant à l’élite de la médecine, elle doit cesser immédiatement d’être aussi narcissique et hégémonique dans la façon de penser. Un même médecin ne devrait plus pouvoir porter toutes les casquettes et passer sa vie dans un avion pour aller de conférence en conférence. On est à l’époque du partage. On n’est plus à celle du cumul des mandats. Enfin, il faut renforcer le droit des femmes dans la médecine. Il n’y a qu’une seule femme à l’Académie, ce qui montre bien le retard de féminisation de notre métier. Je connais encore des gens qui refusent de recruter des femmes à l’hôpital ou ne le font qu’à condition qu’elles acceptent de ne pas tomber enceinte. C’est inadmissible. « 

Recueilli par Marine Desseigne (L’Hérault du jour)

*La rencontre avec Patrick Pelloux a été annulé en raison des perturbations occasionnées par les mouvements sociaux.

Voir aussi : Rubrique Info locale Sécu : la moitié des accueils itinérants va disparaître Santé CME documents externes, La Loi bachelot et l’indépendance des professionnelles, rubrique Justice Loi bachelot Les rejets du Conseil constitutionnel rubrique Médias Siné libre combat à coups de crayon,

L’OTAN discute d’une nouvelle stratégie

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Les membres de l’OTAN se sont entendus jeudi, lors d’une réunion à Bruxelles, sur un projet de nouvelle stratégie militaire. Celui-ci jette aussi les bases d’un futur bouclier antimissile européen. Cette nouvelle stratégie est nécessaire mais elle génère de nouveaux conflits au sein de l’alliance de défense, estiment les commentateurs.

Der Standard – Autriche

La nouvelle stratégie de l’OTAN se base sur un large programme de coupes budgétaires et génère ainsi des divergences entre l’Europe et les Etats-Unis, estime le quotidien libéral Der Standard : « Onze ans après l’adoption de la stratégie de sécurité, l’OTAN s’attèle à revoir fondamentalement ces concepts. … Une fois encore, elle le fait moins à partir d’une position de force que sous la contrainte. … Les gouvernements sont soumis au poids considérable de la rigueur. Londres et Berlin vont à eux seuls réaliser des coupes de plusieurs milliards dans le domaine militaire. Un approvisionnement commun, des troupes partagées devraient faciliter ce processus. Les Etats-Unis mettent en garde contre des coupes trop importantes et font pression pour la mise en œuvre commune d’un bouclier antimissile pour toute l’Europe, afin de prévenir de possibles attaques de l’Iran. Les Américains demandent également aux Européens d’être plus ambitieux dans la lutte contre le terrorisme. De nombreux Européens ont du mal sur ce point. On dissimulera les différences par de jolis compromis. Les Etats-Unis continueront si nécessaire à agir seuls dans ce domaine. » (15.10.2010)

Frankfurter Rundschau – Allemagne

L’OTAN fait bien de ne pas surestimer l’importance de sa nouvelle stratégie, écrit le quotidien de centre-gauche Frankfurter Rundschau : « De tels documents peuvent difficilement servir de ligne d’instruction pour une période prolongée. Le monde change trop vite pour cela. Actuellement, les relations avec la Russie sont par exemple relativement détendues, mais les choses n’en resteront pas là. Le document oublie complètement le défi majeur de notre époque, à savoir la Chine. Et bien que les membres de l’OTAN s’apprécient mutuellement, on ne doit pas oublier que ça fait longtemps qu’ils ont atteint leurs limites en Afghanistan. S’ils devaient ne pas sortir indemnes de cette guerre, de nouveaux doutes intrinsèques se répandront dans l’Alliance. Aucun concept stratégique ne pourra remédier à cela. » (15.10.2010)

Jyllands-Posten – Danemark

Le Danemark doit soutenir les projets de l’OTAN pour la mise en place d’une défense antimissile européenne et convaincre pour cela une France encore hésitante, estime le quotidien libéral de droite Jyllands-Posten : « Il est certain qu’une telle évolution est dans l’intérêt de tous les pays européens, et il est logique que le Danemark la soutienne. Le problème, c’est que la France doit comprendre qu’elle a aussi un intérêt et une responsabilité dans une défense antimissile européenne commune. Avancer que le budget français est un budget de rigueur, comme celui de tous les autres pays après la crise financière, constitue une mauvaise excuse pour retarder une évolution absolument nécessaire et réduire les dépenses de défense. Suite aux menaces terroristes et au nombre croissant de puissances nucléaires, il n’y a pas moyen de passer outre les décisions et les coûts qui permettront à l’OTAN de rester un garant de la sécurité. » (15.10.2010)