Yanis Varoufakis déplore l’impuissance de la France en Europe

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L’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a déploré lundi l’impuissance de la France en Europe, qu’il dit avoir découvert avec surprise lors des négociations sur la Grèce.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis, a balayé ces remarques, expliquant qu’on ne pouvait pas à la fois souhaiter une bonne entente entre Paris et Berlin et reprocher à la France sa position lors de la crise grecque.

La veille, Yanis Varoufakis avait plaidé, aux côtés de l’ancien ministre français de l’Economie Arnaud Montebourg, pour une réorientation de la politique économique en Europe.

« J’admire beaucoup la France, or j’ai été témoin de son impuissance en Technicolor, j’ai constaté un décalage entre ce que ses représentants disaient et ce qu’ils faisaient », a dit Yanis Varoufakis sur BFM TV et RMC.

« C’était très douloureux pour quelqu’un comme moi qui pensait que la France pouvait être très influente au sein de la zone euro », a-t-il ajouté.

Yanis Varoufakis avait quitté le gouvernement d’Alexis Tsipras début juillet après avoir été le tenant d’une ligne dure dans les négociations européennes.

« Lors de mes conversations avec Messieurs Sapin et Macron, nous sommes tombés d’accord sur quasiment tout. Mais quand on se retrouvait aux réunions de l’Eurogroupe, cet accord s’évaporait », a-t-il poursuivi. « Pourquoi ? Parce que les représentants de la France ne croyaient pas disposer de l’autorité nécessaire pour décider. »

Le ministre des Finances Michel Sapin « avait de bonnes intentions », a précisé Yanis Varoufakis, mais l’influence de son prédécesseur Pierre Moscovici, devenu commissaire aux Affaires économiques, n’était pas suffisamment importante, a ajouté l’ancien ministre grec.

Interrogé sur ces déclarations, Jean-Christophe Cambadélis a répondu sur RTL : « ce n’est pas ce que dit monsieur Tsipras. »

« J’ai cru comprendre il y a quelques mois qu’on reprochait au président de la République de s’être éloigné de Madame Merkel et aujourd’hui on lui ferait le reproche de s’être aligné. Franchement, à un moment donné, il faut choisir ses angles d’attaque », a-t-il ajouté.

Jean-Baptiste Vey,

Source : Reuter 24/08/2015

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Krach boursier : une comparaison entre la Chine et les Etats-Unis

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? Après le krach de lundi, notre bureau de Pékin nous a envoyé une question désespérée : « Qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on conseille aux investisseurs de tenir bon ? »

Les Chinois sont néophytes, en termes d’investissement. Le capitalisme de marché n’a été autorisé qu’en 1979. Depuis, les investisseurs chinois n’ont connu que la hausse. Si on voulait faire fortune grâce aux actions, ces 35 dernières années, il suffisait de conserver.

En Occident, au moins, il reste quelques vétérans qui se souviennent de périodes plus anciennes — entre 1968 et 1982, par exemple, avant que la partie ne soit truquée — où les actions ne grimpaient pas toujours. Et il demeurait toujours quelques doutes concernant les vraies raisons du grand boom et comment il pourrait se terminer.

En Chine, cependant, personne ou presque n’a jamais vu de marché baissier ou de récession. Les Chinois sont tous convaincus (pour autant que nous puissions en juger) que la Chine va continuer à se développer — économiquement et militairement — jusqu’à dominer le monde.

C’est peut-être encore vrai — mais les Chinois découvrent en ce moment que même lorsqu’on grimpe d’un bon pas, on peut toujours se tordre la cheville et s’écorcher le genou.

Aux Etats-Unis, en revanche, le boom est arrivé par étapes. La première étape a commencé en 1982 ; elle était saine et raisonnable. Elle a duré jusqu’en 1987. Les taux d’intérêt et l’inflation ont chuté, les actions ont grimpé.

Ensuite est arrivé le krach de 1987, au cours duquel les marchés ont enregistré leur plus grande chute de tous les temps — une baisse de 22% en un seul jour. Par la suite, Alan « Bulles » Greenspan a fait clairement comprendre qu’il ne jouerait plus le rôle de gardien honnête de la devise du pays et d’observateur indifférent des marchés. A partir de là, la Fed a été dans la poche de Wall Street… tandis que Wall Street était dans la poche de tout le reste du monde.

? Et puis les choses se sont vraiment gâtées…
Après 1987, la Fed a fourni de l’argent facile en abaissant son taux directeur. L’argent facile est passé par le secteur bancaire — lequel a retenu une commission substantielle au passage — avant d’aller gonfler les prix des actifs, ce qui a profité aux riches. L’un des plus riches parmi les riches est Donald Trump, qui aurait (selon lui-même) 10 milliards de dollars, et se présente désormais aux présidentielles.

La relance monétaire était censée être compensée par un resserrement, mais la Fed n’a pas tardé à stimuler bien plus qu’elle ne resserrait. Cela a été la deuxième étape du boom. L’événement le plus dramatique de cette étape a été le krach du Nasdaq en 2000. Bon nombre des dot.com les plus en vogue ont mis la clé sous la porte ; le Nasdaq lui-même a perdu plus de 70%. Mais le Dow et le S&P 500 n’ont pas tardé à se remettre.

A cette époque, on aurait dit que l’économie s’était mis un sac sur la tête

A cette époque, on aurait dit que l’économie s’était mis un sac sur la tête. Selon le jargon populaire, elle s’était « financiarisée ». Les ventes au détail ont grimpé, les ménages dépensant de l’argent qu’ils n’avaient pas sur des choses qu’ils ne pouvaient pas se permettre et dont ils n’avaient pas besoin. Une bonne partie de cet argent était obtenu en « retirant » de la valeur de leurs maisons. La finance hypothécaire était florissante, tandis que les pratiques de prêt se faisaient plus souples dans le secteur immobilier. Partout aux Etats-Unis se construisaient des centres commerciaux et des complexes immobiliers. Des entreprises, General Electric parmi les plus notables, changèrent de business model pour tirer parti du crédit facile. Et les grandes maisons de Long Island changèrent de mains — passant des rois du commerce et des titans de l’industrie aux banquiers et gestionnaires de hedge funds.

? … Jusqu’à atteindre le grotesque
Cette deuxième étape prit fin en 2008 avec l’explosion de la bulle immobilière. Commença alors une phase encore plus grotesque. Durant la troisième étape, la rivière de crédit facile coulant aux Etats-Unis s’est muée en tsunami, soulevant les valeurs US jusqu’à 300% plus haut que ce qu’elles avaient été au creux du krach et aggravant la pourriture rongeant l’économie. Les revenus des ménages chutèrent. Et le principal acheteur d’actions d’entreprises US devint… les entreprises US elles-mêmes.

C’est à ce moment-là que la Fed a abandonné toute apparence de politique monétaire équilibrée et sensée. Elle a préféré mettre son taux directeur proche de zéro et l’y a laissé pendant six ans.

Cette phase n’est pas terminée… mais la fin doit être en chemin. Quand ? Eh bien… nous ne le savons pas.

La chute des derniers jours n’était qu’un avertissement. Il est plus probable que nous assisterons à quelques errements… un rebond… et de la nervosité, mais pas de panique. Les experts expliqueront qu’il n’y a pas à s’inquiéter… que nous avons déjà vu de telles « corrections »… la meilleure chose à faire est d’acheter et de conserver. Cela a toujours fonctionné par le passé et fonctionnera à nouveau, etc.

Et soudain, nous verrons quelques jours durant lesquels le Dow clôturera en baisse de 1 000 points. Ce sera la fin de cette troisième phase.

Et ensuite ? Eh bien c’est à ce moment que Sainte Janet arrivera à la rescousse. Nous pouvons presque voir la couverture du TIME : Sainte Janet sur un cheval blanc… les rênes dans la main gauche et une bannière dans la main droite.

Sauf que… cette fois-ci, ce ne sera pas aussi facile. Les taux sont déjà à zéro ; que va-t-elle faire ? Les mettre sous le zéro ? Assouplir les critères de marge ? Nous interdire de faire des commentaires « négatifs » ? Accorder un crédit d’impôt aux Américains pour qu’ils puissent dépenser de l’argent ? Introduire le QE 4, où la Fed n’achètera plus seulement des obligations… mais aussi des actions !

Pour l’instant, c’est le cash, le cash, le cash… Le Cash est Roi. Cela changera quand la Fed entrera en action. Ce sera la quatrième et dernière étape du grand boom — quand les zombies et les compères contre-attaqueront… avec une gigantesque salve d’inflation. Tenez-vous bien !

* Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Inc., une maison d’édition publiant des lettres d’information confidentielles – probablement l’une des plus brillantes au monde. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450.000 lecteurs… ), il intervient également dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning.

Source : La Chronique Agora 26/08/2015

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Les dangers cachés derrière la disparition de l’argent cash

2035667Chaque pays a son idée pour relancer la croissance. Le Danemark croit avoir trouvé une astuce de choc en supprimant en quelque sorte le cash de la vie quotidienne. Une bonne idée ?

L’idée des Danois (1), c’est d’autoriser les stations-service, les restaurants et certains commerçants à refuser les paiements en liquide à partir du 1er janvier 2016. Pourquoi ? Parce que moins de paiements en cash signifie moins de personnel de sécurité, moins de transferts de billets en fourgons blindés, moins de braquages et surtout nettement moins de temps passé à rendre la monnaie.

Le cabinet de consulting McKinsey a calculé le coût du cash en circulation. Et le résultat, c’est que pour certains pays, comme la Russie, pour une période comprise entre 2007 et 2011, l’usage du cash aurait coûté 1,1% de croissance à l’économie.

La proposition de loi danoise doit encore passer la rampe du parlement, mais on sait déjà que les hôpitaux, les médecins, les épiceries et les bureaux de poste seront exemptés. En revanche, le risque de fraude électronique risque d’exploser. C’est le cas par exemple de la Suède, pays où le cash a presque totalement disparu, et qui a vu le nombre de fraudes électroniques être multiplié par deux au cours des dix dernières années !

Mais au-delà des fraudes, ce qui inquiète le plus un homme comme Bill Bonner, un économiste américain connu pour ses commentaires acérés, c’est que le recul du cash dans nos sociétés est une volonté générale de beaucoup de gouvernements – officiellement, pour lutter contre le terrorisme, la fraude fiscale, l’économie en noir. Mais en réalité, selon Bill Bonner, derrière ces arguments se cache la volonté d’à terme contrôler les citoyens, et la meilleure manière de s’y prendre c’est de contrôler leur argent. Si ce genre de pratique se répand, les autorités pourront demain couper l’accès à notre argent. Avec des systèmes de reconnaissance faciles, les autorités pourraient identifier n’importe qui dans n’importe quel environnement, dans un café, dans une manifestation ou devant un distributeur de billets. Ensuite, nous dit Bill Bonner, « en quelques clics de souris, les comptes bancaires pourraient être gelés ou confisqués. Le citoyen disparaîtrait en quelques secondes, incapable désormais de participer à la vie publique… forcé de fouiller les poubelles pour survivre. »

Certains trouveront que Bill Bonner exagère. D’autres au contraire se souviennent de leurs cours d’histoire et savent que ce genre de scénario n’est pas impossible. L’histoire récente des comptes bancaires bloqués à Chypre ou l’histoire du ministre des Finances de la Grèce – qui a avoué qu’avec son fameux plan B, il préconisait ni plus ni moins que de pirater les comptes bancaires des citoyens – ces deux cas d’actualité montrent qu’en cas de crise, tout est possible, absolument tout. Et donc, les amateurs de liberté savent que le cash en est l’une des expressions, et qu’il faut donc le sauvegarder !

(1) Voir le site américain Quartz et le magazine L’Expansion de juin 2015.

Voir aussi  : Actualité InternationalePolitique Economique, Société, Citoyenneté, Consommation,

Le FMI pousse le Portugal à accélérer ses réformes

Scène de rue dans le quartier d'Alfama à Lisbonne le 31 juillet 2015. | Francisco Seco / AP

Scène de rue dans le quartier d’Alfama à Lisbonne le 31 juillet 2015. | Francisco Seco / AP

Le Fonds monétaire international (FMI) a décidé de se rappeler aux bons souvenirs des Portugais à quelques mois des élections législatives qui auront lieu le 4 octobre. Dans un rapport publié le 6 août, il se félicite de l’amélioration des indicateurs économiques du pays mais émet des réserves quant au fort endettement du Portugal et appelle à de nouvelles réformes, laissant entendre que l’actuelle reprise reste fragile.

« Les efforts pour réformer le marché du travail et améliorer l’efficacité du secteur public semblent être au point mort, » regrette le FMI, qui défend « un plus ample ajustement budgétaire », en particulier dans les domaines de la santé publique et des retraites, pourtant déjà largement mises à contribution par les précédentes politiques d’austérité.

Faisant référence au prochain scrutin, le Fonds prévient qu’« il sera essentiel de redonner de l’élan aux réformes lorsqu’un gouvernement nouvellement élu sera formé. » Objectif : conserver la confiance des marchés. « Il est essentiel de maintenir la crédibilité pour assurer des conditions de financement favorables », ajoute l’ancien bailleur de fonds du Portugal.

Cela fait plus d’un an qu’a pris fin le plan de sauvetage du pays. Entre 2010 et 2014, il avait été placé sous assistance par la « troïka » – FMI, Banque centrale européenne (BCE) et Commission de Bruxelles –, qui lui avait injecté 78 milliards d’euros de fonds en échange d’un sévère plan de rigueur. Considéré depuis comme le bon élève de l’Europe, Lisbonne était posé en exemple par l’Allemagne, la Commission européenne ou le FMI face à une Grèce refusant de mettre en œuvre des mesures d’austérité.

Lire aussi : L’embarras du Portugal face à la fronde de Tsipras

La dette publique s’envole

 

Non seulement le Portugal a renoué avec la croissance – son produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,9 % en 2014 –, mais le taux de chômage s’est réduit à grande vitesse, passant de 17,5 % des actifs début 2013, à 11,9 % au deuxième trimestre 2015. Le déficit budgétaire a été diminué de plus de la moitié, chutant de 11,2 % du PIB en 2010 à 4,5 % en 2014. Les exportations ont bondi, le tourisme tire l’économie et les investissements repartent. Mais malgré ces bons résultats, le pays reste fragile, comme le laissait entendre l’ancien ministre grec de l’économie Yanis Varoufakis, lorsqu’il prédisait une contagion au Portugal en cas de sortie de la Grèce de la zone euro.

Ces dernières années, la dette publique a explosé, passant de 83,6 % du PIB en 2010 à 130,2 % en 2014. Si l’on y ajoute la dette des entreprises publiques et privées et celle des familles, le montant total de l’endettement de l’économie portugaise s’élève à 402 % du PIB. Or, avec une croissance de 1,6 % prévue en 2015 et d’à peine plus en 2016 et 2017, il sera difficile de résorber ce passif qui laisse planer une menace sur l’économie.

La chute de la Banque Espirito Santo en 2014, après des soupçons de fraude, a déjà fait craindre une rechute, Lisbonne ayant dû injecter 4,9 milliards d’euros dans cette institution qui fut la première banque du pays.

Déjà quatre ans de sacrifice

 

D’autre part, les mesures d’austérité du gouvernement de centre droit de Pedro Passos Coelho ont asphyxié la classe moyenne, dont le pouvoir d’achat a été réduit. La pression fiscale est passée en quatre ans de 33,4 % à 37,1 % du revenu brut, la TVA a augmenté à 23 %. Les primes ou bonus des fonctionnaires et des retraités ont été supprimés. Plus généralement, les salaires ont fortement baissé. Et l’emploi créé est souvent précaire. L’opposition socialiste a d’ailleurs accusé l’exécutif de « donner l’illusion » de créer des emplois, notamment en finançant des stages de courte durée.

Après quatre ans d’austérité et de sacrifices, le résultat peut apparaître décevant alors que derrière la vigueur de la reprise interviennent un certain nombre de facteurs conjoncturels – comme la faiblesse de l’euro ou du prix du pétrole – et extérieurs – l’intervention en 2012 de la BCE sur le marché de la dette, permettant une baisse des taux et un regain de confiance des investisseurs.

Le 4 octobre, il n’est pas dit que les Portugais plébiscitent la mise en œuvre de nouvelles réformes, comme celles préconisées par le FMI. Les sondages placent pour le moment le Parti socialiste en tête, mais sans majorité absolue.

Sandrine Morel

Source Le Monde 10/08/2015

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WikiLeaks. Comment l’Arabie Saoudite promeut l’islamisme à l’échelle planétaire

For Courrier InternationalThe New York Times a trié et vérifié 60 000 câbles diplomatiques saoudiens révélés par WikiLeaks. Conclusion : le royaume wahhabite a mis en place un redoutable système de prosélytisme à échelle planétaire pour faire la promotion d’un islamisme rigoriste.

Depuis des dizaines d’années, l’Arabie Saoudite injecte “des milliards de pétrodollars dans des organisations islamiques à travers le monde, pratiquant une diplomatie du chéquier”, révèle le journal américain New York Times.

Pour arriver à cette conclusion, le journal a trié et analysé 60 000 documents diplomatiques saoudiens dont les fuites ont été orchestrées par le site WikiLeaks. Le SaoudiLeaks ne fait que commencer. D’autres informations pourraient être bientôt révélées : WikiLeaks a révélé que quelque 400 000 autres documents étaient en attente de publication.

On sait que l’une des priorités de Riyad est de répandre une vision rigoriste de l’islam sunnite. Ce que l’on sait moins, c’est que l’Arabie Saoudite investit également énormément d’argent pour combattre son principal ennemi : l’Iran chiite.

“[Les Saoudiens] craignaient que la levée des sanctions internationales contre l’Iran après la signature de l’accord nucléaire [le 16 juillet] donne davantage de moyens à Téhéran pour soutenir des groupes [chiites et pro-iraniens]. Mais les documents révèlent une compétition qui va bien au-delà, avec de profondes racines idéologico-religieuses”, écrit le quotidien américain.

Un soft power efficace

C’est tout un système d’influence que les autorités saoudiennes ont mis en place et financé par l’argent des pétrodollars, montre l’enquête du quotidien américain. Riyad a notamment accordé des moyens financiers à des prédicateurs à l’étranger, construit des mosquées, des écoles, des centres et soutenu des campagnes pour “contrer des responsables et des médias à l’étranger qui étaient susceptibles de s’opposer à l’agenda du Royaume”.

“Dans la seule région du Kerala [en Inde], les Saoudiens ont donné 4,5 millions de riyals [1,1 million d’euros] à différents organismes”, rapporte par exemple le site India TV en réaction aux informations révélées par Wikileaks.

De même, le quotidien de Toronto The Globe and Mail a relevé un “don de 211 000 dollars canadiens [150 000 euros] à une école d’Ottawa et un autre de 134 000 dollars [96 000 euros] à une école de Mississauga” gérée par la Muslim Association of Canada, qui gère également des mosquées et d’autres écoles.

Si les sommes peuvent paraître relativement modestes pour chacun des cas pris isolément, elles deviennent énormes une fois additionnées les unes aux autres. Tout le mérite du New York Times est précisément d’avoir fait cette addition. “Il s’agit de milliers et de milliers d’organisations militantes et religieuses (…) directement ou indirectement financées par eux”, explique Usama Hasan, chercheur en études islamiques à la fondation Quilliam à Londres, cité par le journal.

L’organisation mise en place consistait globalement à identifier les personnalités et les associations étrangères à aider ou financer. “Le ministère des Affaires étrangères transmettait les demandes de financement à des officiels de Riyad, parfois les services de renseignements donnaient leur accord après examen des bénéficiaires potentiels et la Ligue islamique mondiale contribuait à avoir une stratégie coordonnée, tandis que les diplomates saoudiens supervisaient le projet à travers le monde”, explique encore le New York Times.

Les pays concernés ne sont pas seulement ceux du Moyen-Orient où la lutte fait rage entre l’Arabie Saoudite et l’Iran pour l’influence régionale, mais aussi les pays africains, notamment le Mali, où des acteurs locaux ont fait référence à la “menace du chiisme iranien” pour appuyer leurs demandes de fonds auprès des Saoudiens. “La peur de l’influence chiite allait jusqu’à englober des pays dotés de minorités musulmanes aussi réduites qu’en Chine. Aux Philippines, où seulement 5 % de la population est musulmane, des documents présentent également des propositions pour ‘restreindre l’influence iranienne’.”

Source : Le Courrier International 17/07/2015

Voir aussi : Actualité Internationale, Arabie Saoudite, Politique, Politique Internationale, Société, Religion,