Avec qui pilote Dassault ?

presse

13/01/2005

Le nouveau Papivore s’appuie sur quatre fidèles lieutenants pour contrôler la Socpresse. Chacun a son rôle pour influencer, gérer les finances, communiquer ou déjouer les pièges.

Pas une ligne ni même un mot dans le Who’s who.Rien dans les bases biographiques diverses. Pas une photographie dans les banques d’images. Très peu de traces sur Internet. Cités de temps à autre, généralement entre deux virgules, les membres de la garde rapprochée de Serge Dassault cultivent une discrétion qui confine à l’organisation secrète. À croire que pour ses affaires de presse, le patron de la Socpresse s’appuie sur des individus aussi dévoués à leur maître que les soldats de la Vieille Garde l’étaient à l’empereur ! Jean-Pierre Bechter, le politique, Philippe Hustache, le financier, et Rudi Roussillon, le communicant, se rencontrent formellement autour de Dassault, chaque mardi matin, pour parler des affaires de presse. En réalité, les contacts ne cessent jamais. Pas une journée sans que Serge Dassault ne mobilise ses lieutenants, le plus souvent via des textos, tôt le matin et jusqu’à 1 h 30 de la nuit, vacances et week-ends compris.

Jean-Pierre Bechter, le politique.

Il est administrateur de la Socpresse et duFigaro,patron de la Semif (Société d’édition de médias d’information franciliens, la société éditrice duRépublicain de l’Essonne,deLa Gazette du Val-d’Oiseet deToutes lesNouvelles de Versailleset de Rambouillet). Quasiment inconnu dans la presse, jusqu’à la prise de contrôle de la Socpresse par Serge Dassault en 2004, d’une discrétion absolue par nécessité autant que par inclination, Jean-Pierre Bechter est le principal artisan de ce coup de maître. C’est lui qui a mené de bout en bout les délicates négociations avec l’ensemble des héritiers de Robert Hersant. C’est encore lui qui faisait l’interface avec Yves de Chaisemartin, l’ex-PDG du groupe, récent candidat malheureux à la reprise des Nouvelles de Versailles et deLa Gazette du Val-d’Oise.C’est toujours Jean-Pierre Bechter qui a géré l’aspect politique et fiscal du dossier. Sa simplicité cordiale, ses relations au sommet de l’État, son sens politique et son carnet d’adresses, réputé l’un des meilleurs de Paris, ont fait merveille.

Belle prestance, l’oeil bienveillant sous un large front dégarni, ce sexagénaire fils d’un gendarme corrézien est tombé très jeune dans la politique. En 1986, il entre à l’Assemblée nationale comme député RPR de Corrèze, suppléant de… l’actuel président de la République. Installé dans le douzième arrondissement de Paris dans les années quatre-vingt, il en est depuis conseiller municipal et fut adjoint au maire. Il est actuellement vice-président du groupe UMP de la capitale. Imaginatif et plein d’idées, gros travailleur coutumier des journées de 15 heures, Bechter a la bonhomie communicative, aussi bien à droite qu’à gauche de l’échiquier.« L’homme est assez agréable de rapport »,confirme Christophe Nadjovski, conseiller vert du 12e. On ne lui connaît qu’un seul ennemi déclaré : Jean de Gaulle, petit-neveu de Charles et son compétiteur à droite lors des récentes municipales, qu’il rend responsable de l’échec de cette dernière, à mille voix près, dans son arrondissement fétiche.

Philippe Hustache, le financier.

Patron des finances du groupe Dassault, il est aussi administrateur de la Socpresse, duFigaro,deL’Express,de Valmonde (Valeurs actuelles, Le Spectacle du monde,etc.) et duJournal des finances.Ancien directeur financier d’Elf de 1985 à 1994, en pleine période de l’affaire Elf, Philippe Hustache n’a été inquiété à aucun moment par la justice. Requis par le parquet, il a expliqué au tribunal le jeu des commissions de la compagnie pétrolière.

Installé depuis 1994 au rond-point des Champs-Élysées auprès de Serge Dassault, cet inspecteur des finances sexagénaire travaille entouré d’une dizaine de collaborateurs seulement. Pas de consultants, pas de grands cabinets, Hustache s’appuie sur des circuits courts. On le présente comme un génie de la gestion, des finances, du contrôle de gestion, mais aussi des structures de société. C’est lui qui s’est attelé à la tâche titanesque de simplification des cascades de sociétés de la Socpresse, issues des rachats successifs effectués par Robert Hersant et pieusement conservées depuis par ses successeurs.« Une immense rigueur et une droiture extrême »,dit de lui un cadre de Dassault Aviation.

Bernard Monassier, le notaire.

Bernard Monassier, administrateur de la Socpresse, est le conseil et le notaire de Serge Dassault depuis 1986. Ce sexagénaire à grosses lunettes est le propriétaire de la première étude française. Passé du droit notarial au droit commercial, il a su mettre un incontestable sens des affaires au profit de ses clients, sans oublier le sien. Son étude parisienne compte 70 collaborateurs, auxquels s’ajoutent quelque 600 employés de 24 études associées en France et 17 bureaux de représentation à l’étranger.

Il est l’oeil juridique et fiscal de Serge Dassault. C’est lui qui avait tiré la sonnette d’alarme sur le projet d’échanges de participations avec le groupe Bouygues, décelant un piège dans le projet de ce dernier de monter à la minorité de blocage. Avec le financier Hustache, le notaire Monassier s’attache à démêler l’écheveau de… 197 sociétés existant sous le holding Socpresse.

Rudi Roussillon, le communicant.

images-1Il est administrateur de la Socpresse, du Figaro, de L’Expresset président de la Société de gestion du Figaro.Rudi Roussillon figure aussi dans le personnel de la Semif et occupe la vice-présidence du groupe Valmonde et celle de la Société du Journal des finances.

Présent depuis neuf ans aux côtés de Serge Dassault, Rudi-Pierre Johnston-Roussillon pour l’état civil, gère la communication et les relations extérieures du patron. Cordial et fin, Rudi Roussillon joue avec un art consommé du discours officiel et de l’information confidentielle… contrôlée. Il accompagne Dassault dans certains rendez-vous politiques, auprès des instances de presse ou des étudiants, il gère ses interviews dans les médias, aplanit les émois suscités parfois par les appréciations à l’emporte-pièce de l’avionneur.

L’homme parle volontiers de tous les sujets, sauf de son passé de communicant, dans les années 1980, dans le giron du Parti républicain et de ce que l’on appelait alors la « bande à Léo » (François Léotard, Alain Madelin et Gérard Longuet). Lui aussi tient à rester dans l’ombre.« Vous ne trouverez aucune photo de moi,prévient-il.Je les ai toutes fait enlever. »Recherches faites, c’est vrai, pour lui comme pour ses compagnons. Pour le public, les lieutenants de Dassault n’ont pas de visage.

Information traitée dans Stratégies Magazine n°1352

La démocratie des riches s’est imposée partout en 2013

Le fil qui relie, pour moi, les grands événements et débats de l’année, au Québec et dans le monde, est le détournement de la démocratie au profit des riches.

 

1. La tragédie de Lac-Mégantic a suscité une vague de colère et de solidarité, mais on a vite compris que c’est nous qui allions payer la facture et non les propriétaires des trains et des produits qu’ils transportaient. Nos gouvernements vont payer pour leurs amis sans protester.

 

Pire encore, loin d’enregistrer la leçon de Mégantic tant à Québec qu’à Ottawa, ils ouvrent toutes grandes les vannes du pétrole, et du pétrole le plus salissant de la planète, en approuvant aveuglément l’un après l’autre les projets de pipelines et de forages au coeur même de notre fleuve. On pose des conditions pour la forme, mais on ignore systématiquement le problème des gaz à effet de serre et de l’après-pétrole. Nos écologistes de service au gouvernement, les Ouellet, Breton, McKay, Trottier, Blanchet font le tapis. C’est la démocratie des pétrolières qui s’impose.

 

2. La commission Charbonneau nous a ouvert les yeux sur l’ampleur de la collusion et de la corruption entre nos représentants et les faiseurs d’argent. Ici comme ailleurs, la proximité des représentants qu’on élit avec ceux qui nous exploitent est telle qu’il devient évident que les élections ne sont qu’une farce : en réalité, on élit nos maîtres et on ne les choisit même pas, les partis nous les imposent. Et d’une élection à l’autre, on continue à jouer le jeu de cette démocratie des riches.

 

3. Les élections municipales ont pris cette année un autre sens. Le rôle des autorités territoriales, maires et chefs des Premières Nations a pris tout son sens avec les scandales sur les contrats d’infrastructures, mais aussi avec la multiplication des problèmes d’urbanisme et des projets d’exploitation des ressources naturelles. La mairesse de Mégantic et ses pompiers sont devenus un symbole de l’importance de ces gardiens du territoire et des communautés.

 

Malheureusement, ici comme ailleurs les chefs de communauté se voient amputés de leurs pouvoirs par les compagnies, le libre-échange et les pouvoirs centralisés de l’État. La nouvelle politique de la ruralité n’y changera rien. L’État central, aussi bien celui d’Ottawa que de Québec, infiltré par les riches, étouffe les communautés territoriales. La démocratie des riches exige que nos gouvernements fassent taire les communautés qui résistent, et ils le font.

 

4. La guerre des chartes, québécoises et canadiennes, illustre bien que les constitutions et les chartes ont été écrites par les juristes et les politiciens pour s’assurer que le peuple ne fait pas obstacle aux libertés individuelles, à la propriété privée, aux minorités, au libre-échange et au multiculturalisme dont ont besoin les riches. Les juges veillent au grain pour mettre un frein aux droits du peuple de protéger son territoire, son histoire, sa culture et son mode de vie. L’argent est et doit rester apatride et sans frontière. L’État de droit est désormais celui qui assure le droit des riches, non celui du peuple.

 

5. La souveraineté alimentaire est désormais sur toutes les lèvres. Tout le monde est pour les produits locaux. Ça fait aussi l’affaire du cartel de l’UPA. Mais c’est essentiellement du bla-bla. Dans les faits, le commerce de l’alimentation est entre les mains de grandes chaînes et de multinationales qui ne vont pas changer leurs politiques d’approvisionnement et de mise en marché pour plaire au ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, François Gendron.

 

Avec le libre-échange, on est passé de 78 % à 33 % de produits québécois sur les tablettes. Les règles du commerce interprovincial et international interdisent maintenant de protéger les produits locaux. Les institutions publiques ont des contraintes budgétaires serrées. Notre agriculture est désormais orientée vers la production intensive intégrée et refuse obstinément de se restructurer en fonction d’une production et d’une mise en marché de proximité, encore moins d’une agriculture biologique. Le ministre Gendron sait tout cela. Ici aussi, les politiciens ont beau faire les matamores, ce sont les riches qui imposent leur loi et leurs règles.

 

6. Le déficit et la dette de l’État sont devenus une obsession : au Québec et partout dans le monde, les grandes banques font et défont les États. Comme en Grèce et en Espagne. Elles réduisent aussi les individus à l’esclavage par le crédit. Après les avoir poussés à s’endetter, elles les forcent à l’austérité pour rembourser à des taux toujours plus élevés et se refinancer à même les fonds publics. La démocratie des riches, c’est la démocratie des banques, la démocratie des fous.

 

7. La partisanerie politique a continué à empoisonner la vie politique cette année, au Québec et ailleurs, comme sur la loi des mines au Québec et le budget aux États-Unis. Les partis et leurs chefs ne visent qu’une chose : s’emparer du pouvoir, et pour y parvenir, ils ont besoin de plaire aux riches tout en faisant semblant de veiller sur le peuple. D’abord l’économie, c’est-à-dire d’abord les riches, ceux qui créent la richesse supposément. Le cercle vicieux de la démocratie des riches.

 

8. Le monde arabe, déchiré entre les pétrodollars et Allah, les chiites et les sunnites, les islamistes et les démocrates, les Russes et les Américains, continue à s’entre-tuer, et les puissances mondiales les regardent s’entre-tuer et tirent les ficelles en coulisse, en les condamnant du bout des lèvres. Les riches comme toujours mènent le jeu et le peuple sert de chair à canon.

 

9. En Asie, sous l’égide du libre-échange et des multinationales, une poignée de dictateurs, chefs de guerre et petits patrons exploite et tyrannise les masses pauvres au profit de l’Occident et d’une poignée de nouveaux riches, comme dans les usines de vêtements du Bangladesh. C’est l’envers de la démocratie des riches.

 

10. On a tous applaudi Nelson Mandela, mais les riches d’Afrique, Blancs pour la plupart, comme les minières canadiennes, continuent à régner et à s’enrichir sur le dos des pauvres, Noirs essentiellement. Même le parti de Mandela est devenu complice de ce nouvel apartheid, qui est aussi le nôtre. L’argent n’a pas de couleur mais il s’accumule et se concentre. Il est oligarchique, ostentatoire et obsessionnel : psychopathe. Il mène le monde au précipice, comme un train fou.

 

Un événement symbolise et résume ce triomphe de la démocratie des riches : la mort de Paul Desmarais, qui nous a fourni l’occasion rarissime de voir tous ces riches, réunis au grand jour à la basilique Notre-Dame, rendre hommage, à genoux, à un de leurs dieux, familiers de l’Olympe de Sagard, évêques, politiciens, vedettes, banquiers, chefs d’État, d’une seule voix, convaincus qu’ils créent la richesse alors qu’ils ne font qu’en profiter, qu’ils sont les bienfaiteurs du peuple alors qu’ils ne font que l’exploiter et le réquisitionner.

 

Qui peut rétablir la souveraineté du peuple si ce n’est une assemblée constituante démocratique ?

Roméo Bouchard – Saint-Germain-de-Kamouraska

Source : Le Devoir Libre de penser

Voir aussi : Rubrique Canada

9 infos-clés pour comprendre ce qui se passe en Centrafrique

Soldats français

Soldats français en patrouille dans les rue de Bangui

Alors que depuis sa loggia de la basilique Saint-Pierre, le pape François demandait l’arrêt des violences en Centrafrique dans son message de Noël, Bangui a connu un 25 décembre sanglant.

Des combats ont éclatés dans plusieurs quartiers de la capitale, avant de se déplacer au fil de la journée vers l’aéroport où sont basés les militaires français de l’opération Sangaris, ainsi que la force africaine, la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca). Au moins cinq soldats tchadiens ont été tués.

1 La situation se dégrade malgré les troupes françaises

Vingt jours après le début de l’intervention française en Centrafrique, la situation sur place se précarise. Plus d’un millier de personnes sont morts depuis le 5 décembre, a compté Amnesty International.

A Bangui, un quart de la population s’est trouvé contraint de fuir la capitale. A l’échelle du pays, plus de 600 000 personnes ont été déplacées. 70 000 personnes sont réfugiées dans les pays voisins notamment en République démocratique du Congo et au Cameroun.

La situation sanitaire se dégrade et on assiste à une escalade des atrocités, déplore Human Rights Watch : la malaria et la malnutrition se développent à une vitesse record.

Le 19 décembre, Samantha Power, ambassadrice américaine à l’ONU et spécialiste de la question des génocides dans les conflits du XXe siècle s’est rendue à Bangui. Elle s’y est alarmée d’une situation « pré-génocidaire ».

2 Le pays est plongé dans le chaos politique

Reléguée dans l’angle mort des médias occidentaux, la Centrafrique a connu une ribambelle de coups d’Etats et de dirigeants fantasques depuis son indépendance de la France en 1960.

Dernier coup d’éclat en date : celui de Michel Djotodia, le 23 mars 2013. A 64 ans, il renverse le président en place François Bozizé et prend sa place grâce au soutien de la Seleka (« coalition » en langue sango) un mouvement de rébellion qu’il avait lui même constitué l’été précédent et qu’il dissout une fois au pouvoir.

Premier président musulman de Centrafrique depuis 1960, il peine à garder prise sur les ex-rebelles de la Selaka, rapidement accusés d’exactions sur la population.

En réaction, des groupes d’autodéfense, souvent chrétiens, se constituent. C’est dans le contexte des violents affrontements qui en découlent que Paris annonce son intention d’intervenir militairement pour stabiliser la situation. Adoubée le 5 décembre par la résolution 2127 de l’ONU, l’opération Sangaris est lancée le jour même.

3 L’opération Sangaris va durer plus longtemps que prévu

Baptisée Sangaris, du nom d’un papillon local, l’intervention française ne devait initialement pas excéder six mois, avait promis François Hollande lors d’une allocution télévisée dans les JT de 20h.

Dix jours plus tard, après la mort à Bangui de deux soldats français – Nicolas Vokaer et d’Antoine Le Quinio – le discours officiel sur la durée de l’intervention évolue et se mue en « six mois à un an ».

Placés sous le commandement du général Francisco Soriano, 1 600 soldats français se trouvent actuellement au Mali. Un déploiement moindre par rapport à l’opération Serval au Mali (4 500 hommes au plus fort de l’engagement, actuellement 2 000).

Epaulés par 3 700 hommes de la Misca, ils doivent composer avec les différentes milices du pays.

4 Deux camps et une multitude de milices s’affrontent

  • La Seleka. Hétéroclite, cette coalition officiellement dissoute a ravi le pouvoir au général Bozizé en mars 2013. Faisant cause commune avec des miliciens soudanais, tchadiens ou libyens, elle fait parler d’elle pour ses exactions et ses pillages.L’opération Sangaris vise entre autres à désarmer les quelques 15 000 ex-combattants de la rébellion au pouvoir, mais selon des modalités controversées.
  • Les « anti-balakas ». Littéralement « anti-machettes » en langue sango, les anti-balakas se comptent par dizaines de milliers.Parmi eux, des milices d’autodéfense formées en brousse, des anciens membres des forces de sécurité du président déchu François Bozizé, ainsi que de jeunes chrétiens désœuvrés. Human Rights Watch a observé la présence d’un grand nombre d’enfants soldats dans ce camps.

5 La crise ne se résume pas à un conflit chrétiens contre musulmans

Des raccourcis évoquant un affrontement « chrétiens contre musulmans » sont parfois utilisés dans les médias pour évoquer les altercations entre milices. Pour les chefs religieux cités dans Le Monde, la situation est plus nuancée. « Tous les anti-balakas ne sont pas chrétiens, et tous les chrétiens ne sont pas des anti-Balaka, et il en va de même pour les ex-Séléka et les musulmans », expliquent ainsi des évêques.

Luc Ravel, évêque aux armées françaises, assure de son côté que « personne ne me parle de “somalisation”, les chrétiens disent que si les chababs (djihadistes somaliens) venaient, ça ne prendrait pas ».

Sur les cinq millions de Centrafricains, on recense 80% de chrétiens et 15% de musulmans. Dans son rapport, Human Rights Watch montre que les tensions ne sont pas exclusivement confessionnelles : elles découlent souvent de réalités plus complexes sur le terrain.

Les incidents entre éleveurs et agriculteurs l’illustrent bien : les Mbororo par exemple, sont des nomades musulmans que l’on retrouve dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Ils déplacent de larges troupeaux d’une zone de paturage à une autre, et cela créée des conflits avec les fermiers sédentaires (majoritairement des Gbaya chrétiens).

Les soldats français ainsi que ceux de la Misca sont accusés de prendre parti pour l’un ou l’autre des deux camps.

6 Les soldats envoyés sur place attisent les tensions

Indignés par la mort de trois d’entre eux dimanche 22 décembre, après une altercation avec des soldats français, des ex-rebelles de la Seleka ont manifesté dans les rues de Bangui pour réclamer le départ de l’armée française.

Largement représentés parmi les forces de la Misca (850 sur 3 700), les Tchadiens sont quand à eux taxés d’ambiguité par les anti-Balakas. Idriss Déby, leur président, est fortement soupçonné d’avoir équipé et financé la Seleka avant le déclenchement des opérations début décembre… visant précisément à la désarmer.

Des tirs fratricides entre soldats tchadiens et burundais de la Misca sont venus attiser la défiance croissante des Centrafricains à l’égard des soldats déployés dans leur pays.

La tache des soldats dépèchés en Centrafrique est d’autant moins aisée qu’elle doit composer avec un contexte géopolitique explosif.

7 Autour de la Centrafrique, des pays instables

Nombre des pays limitrophes de la Centrafrique sont en proie à une grande instabilité économique et politique : République démocratique du Congo (RDC), Tchad, Ouganda, Soudan (Darfour).

La présence d’étrangers au sein des milices centrafricaines s’explique partiellement par le fait que la Centrafrique a souvent servi de base arrière à différentes rébellions.

Ainsi, Joseph Kony, père ougandais de l’Armée de résistance du seigneur et recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre est soupçonné de se cacher en RCA.

8 Même si la paix s’impose, le pays est loin d’être sorti d’affaire

Un demi-siècle après son indépendance, la Centrafrique demeure gangrenée par la pauvreté : elle se place 180e en 2013 au classement du Programme des Nations unies pour le développement.

Si la future gouvernance centrafricaine reste encore une inconnue, de nombreux éléments devraient jouer en faveur d’une instabilité durable : Human Rights Watch relève par exemple que depuis le coup d’Etat de mars 2013, plus de 70% des enfants d’âge scolaire ne peuvent plus aller à l’école.

« L’école Liberté de Bossangoa, par exemple, abrite actuellement dans ses salles de classe quelque 4 000 musulmans déplacés. »

 

9 Il y a un an, Hollande ne voulait pas entendre parler d’une intervention

La France n’est pas totalement étrangère à cette instabilité. En 1979, déjà, elle intervenait sur place pour renverser Jean-Bedel Bokassa, qui s’était autoproclamé empereur. Quelques mois plus tard, le Canard Enchainé révélait le scandale des diamants offerts à Valery Giscard d’Estaing par le même Bokassa.

Officiellement désireux de rompre avec les pratiques de la Françafrique, François Hollande avait refusé, il y a tout juste un an, de répondre au SOS de François Bozizé, ex-président renversé quelques mois plus tard et déclarait :

« Si nous sommes présents en Centrafrique, ce n’est pas pour protéger un régime, c’est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d’un pays, en l’occurrence la Centrafrique. Ce temps-la est terminé. »

Une année s’est écoulée depuis ce beau discours et des troupes françaises ont depuis été déployées sur le sol centrafricain pour « rétablir la stabilité interieure ». La Françafrique a la peau dure.

Source : Le Nouvel Obs Rue 89. 26/12/13

Voir aussi : Rubrique Afrique, Françafrique, rubrique Centrafrique,

L’Etat du monde 2014

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Le roman de l’actualité mondiale


Alors qu’il est quotidiennement question des pays dits «émergents», cette édition 2014, se concentre sur la notion de puissance. Contrairement à bien des prévisions, la victoire de l’occident dans la guerre froide n’a pas débouché sur une longue période de domination américaine. Si les États-Unis restent à bien des égards le pivot des équilibres géopolitiques mondiaux, la puissance américaine est confrontée à des concurrences nouvelles. Un constat qui s’applique également aux autres puissances occidentales, en particulier européennes, profondément secouées par la crise économique. Alors que la mondialisation, les mutations économiques et les révolutions numériques transforment notre quotidien, ne faut-il pas sortir des cadres anciens pour penser la puissance ?

Cette évolution structurelle s’accompagne de la montée en puissance de nouveaux mouvements sociaux qui bouleversent directement ou indirectement les fondements de l’ordre international hérité de l’après-guerre froide.


La Chine, l’Inde, le Brésil et, dans une moindre mesure, l’Afrique du Sud et la Russie, se dotent à leur tour des atouts politiques, économiques mais aussi culturels et technologiques de la puissance. Quant aux mouvements révolutionnaires ou contestataires qui se multiplient à travers le monde, ils ont déjà des conséquences sur le modelage en cours de la nouvelle architecture mondiale.


L’état du monde 2014 évalue et questionne cette remise en cause de l’hégémonie occidentale par des puissances émergentes et par les « sociétés civiles » dans les deux premières parties. La troisième partie est composée d’articles «régionaux» qui mettent en lumière les tensions stratégiques et diplomatiques majeures, illustrant l’évolution des conflits en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine.

Véritable «roman de l’actualité mondiale», L’état du monde révèle, au-delà de l’immédiateté de l’événement, la tonalité des changements à l’oeuvre sur la planète.

 L’Etat du monde 2014 sous la dir de Bertrand Badie et Dominique Vidal édition La découverte 18 euros.

Source : La Marseillaise 26/12/13

 

 

François Gèze, patron désormais retraité des éditions de La Découverte, dresse le bilan pour les 30 ans de la maison

imagesLe trentième anniversaire des éditions de La Découverte est marqué par le départ à la retraite de son président, François Gèze. En effet, cette figure emblématique de l’édition en sciences humaines a annoncé le 12 décembre dernier, sa décision de laisser la main à Hugues Jallon, ancien directeur éditorial de la maison, et directeur éditorial des sciences humaines et des documents pour le Seuil depuis 2011. C’est « par souci d’assurer dans les années qui viennent la pérennité de la maison, de son catalogue et des services qu’elle entend apporter à ses auteurs », que ce changement de direction prendra acte en février prochain. François Gèze gardera toutefois le rôle de directeur de collection, ainsi que certaines responsabilités interprofessionnelles.

Ce départ est l’occasion, pour Nonfiction, d’interroger celui qui a marqué, pendant trente ans, le paysage intellectuel et éditorial français.

Nonfiction – Quels auteurs vous ont le plus marqué durant votre carrière à La Découverte ?

F. G – Difficile de répondre à une telle question quand on a croisé le chemin de centaines d’auteurs… Mais je dirais que c’est certainement l’historien Pierre Vidal-Naquet qui m’a le plus marqué : j’ai beaucoup appris auprès de lui, à travers ses livres comme à travers ses engagements. Jusqu’à sa disparition en 2006, son soutien à la maison a été constant et décisif. Bien d’autres m’ont également beaucoup apporté, comme Yves Lacoste, le fondateur de la revue de géographie et de géopolitique Hérodote ; les philosophes Bruno Latour et Isabelle Stengers ; Pierre Lévy et Philippe Breton, pionniers pour la compréhension des nouvelles technologies de communication ; Armand Mattelart, précieux historien et analyste des médias ; Yves Benot, Benjamin Stora et Pascal Blanchard, défricheurs de notre histoire coloniale ; les psychanalystes Gérard Mendel et Miguel Benasayag ; Georges Corm, remarquable spécialiste du Proche-Orient et économiste ; l’historien des idées François Dosse ; les économistes Robert Boyer, Pierre Salama, Alain Lipietz et Immanuel Wallerstein ; les journalistes Jean Guisnel, Marie-Monique Robin et Jean-Baptiste Rivoire, etc.

Conseillerez-vous La Découverte sur les choix de modèle économique à adopter face au changement qu’opère le numérique dans le monde de l’édition ?

Si Hugues Jallon le juge utile, pourquoi pas ? Je continuerai en tout cas à m’intéresser à ces questions, puisque je conserve la présidence de la société Cairn.info, portail de revues et d’ouvrages de sciences humaines et sociales, que nous avons créé en 2005 avec d’autres éditeurs.

Quelles qualités d’Hugues Jallon vous ont amené à le conseiller à Editis pour vous succéder à La Découverte ?

D’abord, son talent d’éditeur, découvreur de nouveaux auteurs et toujours curieux de découvrir de nouveaux réseaux intellectuels et politiques, comme il l’a prouvé quand il était éditeur à La Découverte – dont il connaît de ce fait parfaitement le catalogue et les orientations, ce qui est évidemment un atout décisif. Mais aussi ses compétences gestionnaires, dont il a toujours eu le souci et qui sont évidemment indispensables pour diriger une entreprise. Et je ne doute pas que son expérience au Seuil lui sera également très utile.

Adrien Pollin et Valentin Schmite

Source Nonfiction.fr 26/12/13

Voir aussi : Rubrique Editions, rubrique Livre, rubrique International, Géopolitique,

Trois petits coffrets plein de sagesse

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Cicéron «?Qu’il boive ou qu’il s’en aille?!?».

« Le bonheur dépend de l’âme seule ». On le savait mais on oublie si vite. Pour se rafraîchir de sagesse, les éditions Folio proposent un parcours d’une grande richesse en trois coffrets de trois volumes. 1 les penseurs asiatiques Confucius, Tchouang-Tseu, Dogen , 2 la pensée antique représentée par Cicéron, Marc Aurèle et Sénèque. 3 les penseurs chrétiens  Saint Augustin, Maître Eckhart, Simone Weil. (6 euros le coffret).

En cette période de fête on vous conseille de commencer par la clarté et le pragmatisme de Cicéron qui trouve les mots les plus justes : « Dans la vie, il faut, je crois, observer la loi qui est gardée dans les festins des Grecs  » «Qu’il boive ou qu’il s’en aille!» C’est raisonnable : que l’on jouisse comme les autres et avec eux du plaisir de boire; ou bien que l’homme sobre ne se heurte pas à la violence des ivrognes et qu’il s’en aille d’abord »

Les Pensées de l’empereur Marc Aurèle se révèlent aussi pleines de sagesse si nous nous trouvons en proie au doute. Marc qui reste étonnamment moderne nous permet de faire un examen de conscience. Pour ceux qui ne se lanceront pas sur les dancefloor, rien de tel que Sénèque qui révèle les principes du stoïcisme et les moyens de parvenir à la sérénité et à la tranquillité de l’âme. Sénèque nous guide sur le chemin du bonheur et de son austère grandeur.

Après les excès des fêtes on pourra deshabiter notre corps avec Maître Eckhart. En cette période de nihilisme politique, les Entretiens de Confucius, donnent le pendant au Prince  de Machiavel et paraissent tout indiqués aux personnes impliquées dans les futures élections y compris aux futurs vaincus : « Ne crains point de rester méconnu des hommes, mais bien plutôt de les méconnaître toi-même.». Bref des livres à garder en poche comme un journal de bord.

JMDH

Source : La Marseillaise 25/12/13

Voir aussi : Rubrique Livre, Philosophie,