Gambie: plainte de villageois contre une usine chinoise pour pollution à Gunjur

Bateaux-p-ches-gambiens.-1Les habitants de Gunjur, un village du littoral gambien situé au sud de la capitale, Banjul, ont assigné en justice une entreprise chinoise de traitement de poisson. Golden Lead déverse illégalement des tonnes de déchets toxiques directement dans l’Océan détruisant la faune et la flore aquatiques d’une région qui vit essentiellement de la pêche et du tourisme.

Après quelques mois d’activité à Gunjur, Golden Lead, entreprise chinoise spécialisée dans la production de farine de poisson destinée à la consommation d’animaux d’élevage, ne s’est pas fait que des amis. Au contraire. Une odeur pestilentielle et des nappes rouges à la surface de l’eau ont tout d’abord alerté les riverains. Puis ce sont des bancs de poissons entiers, retrouvés morts sur le rivage, qui ont attisé leur colère et conduit deux associations locales de défense de l’environnement à porter plainte contre l’usine. Il était temps: des baigneurs habitués du lagon avaient commencé à avoir des problèmes cutanés.

«Nous avons porté plainte au civil contre Golden Lead pour réclamer une interdiction définitive de la pollution par cette usine», a déclaré, le 1er août 2017, leur avocat Ebrima Jaiteh. Outre le retrait d’une canalisation de l’usine installée dans l’Océan, les plaignants réclament également à Golden Lead le versement de «15 millions de dalasis (277.000 euros) de dommages», a ajouté Me Jaiteh.«Nous ne reconnaissons rien. Nous allons nous défendre», a déclaré pour sa part l’avocat de Golden Lead, Lamin Camara.
Des poursuites avaient déjà été engagées, en juin 2017, contre cette usine chinoise. Mais l’Agence nationale de l’Environnement avait fini par retirer sa plainte à la suite d’un règlement à l’amiable avec les autorités gambiennes. Une tolérance de l’Etat qui s’explique par le fait qu’après le régime sans partage de Yahya Jammeh, le président gambien Adama Barrow est soucieux d’attirer les investisseurs, notamment chinois, pour relancer l’économie de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest.La Chine a rétabli ses relations diplomatiques avec la Gambie en 2016 après que l’ancien gouvernement du président Yahya Jammeh a mis fin aux liens avec Taiwan.
Gunjur n’est pas un cas isolé
Mais le cas de Gunjur n’est pas isolé: les entreprises chinoises installées en Afrique sont souvent accusées de ne pas être assez respectueuses vis-à-vis de l’environnement. En 2014, des menaces pesaient déjà sur le littoral Gambien et une réflexion sur le lancement d’un processus d’un plan de prévention et de gestion de la pollution avait alors été menée.
La nouvelle plainte contre Golden Lead, qui a démarré son activité en septembre 2016, est suivie de près par des organisations de défense de l’environnement comme Greenpeace ou Green Wall Warriors, impliquées dans la sauvegarde des ressources marines de l’Afrique de l’Ouest. L’affaire sera examinée par la justice gambienne à partir du  25 octobre 2017. Dans cette zone du littoral du sud-ouest gambien, les populations vivent essentiellement de la pêche et du tourisme.
Charles Bonnaire

Source : Géopolis 04/08/2017

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Chine. Le Coup de poker de la route de la soie

Dessin de Schrank paru dans The Economist.

Dessin de Schrank paru dans The Economist.

Xi Jinping recevait les 14 et 15 mai vingt-neuf chefs d’État et de gouvernement autour de son projet d’infrastructures mondiales. Il prend une assurance sur l’avenir, mais le pari pourrait être hasardeux, selon ce chroniqueur.

L’élection surprise de Trump à la présidence des États-Unis a modifié la stratégie de développement de Xi Jinping appelée “nouvelle route de la soie” [en chinois : “une ceinture (terrestre), une route (maritime)”, et plus connue internationalement sous l’acronyme anglais Obor, pour One Belt, One Road]. En effet, cet événement historique a non seulement conduit à une volte-face politique des États-Unis, avec l’abandon du Partenariat transpacifique (TPP) mis en place par Barack Obama pour isoler la Chine, mais il a aussi plongé ces derniers dans une crise politique durable qui affaiblit considérablement leur influence sur la scène internationale. Xi Jinping en profite donc pour miser davantage sur son projet de route de la soie.

Les conditions sont-elles réunies pour en garantir la réussite ? Deux éléments jouent en sa faveur du point de vue strictement économique : tout d’abord, le manque de Obor,, en particulier l’insuffisance de l’approvisionnement, ne constitue plus la principale entrave au développement économique au niveau planétaire. La demande arrive en effet quasiment à saturation dans les pays développés, tandis que le progrès technologique permet de considérablement optimiser les conditions de production et d’utilisation des sources d’énergie et des produits primaires. Par conséquent, le principal moteur de la croissance économique mondiale est désormais l’accroissement de la demande dans les pays non-développés qui regroupent la majorité de la population et où la faiblesse des infrastructures constitue un énorme frein au développement.

Voilà qui nous amène au deuxième argument économique en faveur de la stratégie Obor : en soutenant avec force la construction d’infrastructures dans les pays non-développés, la Chine favorise une augmentation de la demande en provenance de ces pays, et donc de leurs échanges commerciaux, en particulier avec la Chine, gage pour elle du maintien d’un certain rythme de croissance.

D’énormes risques politiques et économiques

Cependant, comme beaucoup l’ont déjà souligné, la stratégie Obor fait courir d’énormes risques politiques et économiques aux investissements chinois. Xi Jinping n’en aurait-il pas conscience ? C’est peu probable. Pourquoi veut-il malgré tout prendre ces risques ?

En fait, il n’a pas vraiment d’autre choix. Le niveau global des investissements dans les infrastructures de base et dans l’immobilier en Chine dépasse d’ores et déjà celui de n’importe quelle économie normale. Continuer à investir dans ce domaine ne pourrait qu’accentuer le déséquilibre dont souffre la Chine entre ses échanges intérieurs et extérieurs. Par ailleurs, vu le taux de pauvreté du pays [80 millions de Chinois vivaient avec moins de 1 dollar par jour en 2015] et la part limitée de la population ayant accès à des services sociaux de base, pourquoi ne pas relever fortement les salaires et améliorer la couverture sociale des plus bas revenus plutôt que d’engager des fonds aussi importants dans des projets hautement risqués de construction d’infrastructures à l’étranger ?

C’est qu’une telle mesure serait dangereuse à double titre. Premièrement elle pourrait provoquer un rapide dérapage de la croissance en Chine, où le coût de revient de l’énergie et des matières premières est assez élevé ; relever brusquement les salaires et le niveau de couverture sociale des plus pauvres pourrait considérablement affaiblir la compétitivité des exportations chinoises. Deuxièmement – et c’est l’élément le plus important –, cela pourrait faire prendre conscience aux plus démunis de leurs droits politiques et sociaux, et, compte tenu des graves insuffisances des services publics chinois, exacerber une situation déjà extrêmement tendue, en raison notamment des mécontentements liés à la prise en charge des malades ou à l’inégale répartition des ressources éducatives.

Une meilleure prise de conscience de leurs droits et l’éveil politique des classes les plus basses sont un processus historique inéluctable, mais Xi Jinping, en tant que dirigeant d’une société totalitaire, espère instinctivement que cette tendance ralentira au lieu de s’accélérer, pour mieux protéger son propre pouvoir. Même si les risques liés aux investissements dans le cadre du projet “nouvelle route de la soie” sont très importants, cette stratégie lui offre la possibilité de “jouer la montre”.

Effet de “prise d’otage”??

Ne risque-t-elle pas cependant de se solder par un échec catastrophique ? C’est bien sûr possible. Parmi les scénarios les plus plausibles, il y a celui d’une crise financière qui entraînerait une crise du yuan. Mais Xi Jinping considère que renoncer au projet n’effacerait pas le risque de crise monétaire. Inversement, l’initiative “nouvelle route de la soie”, si elle attire suffisamment d’investisseurs internationaux sur une durée suffisamment longue, peut constituer un atout pour la Chine au moment des négociations dans la guerre des monnaies qu’elle livre avec les États-Unis et d’autres pays. En effet, l’effondrement du yuan serait dans ce cas une catastrophe non seulement pour elle, mais également pour de nombreux autres pays. L’effet de “prise d’otage” de cette stratégie en constitue donc un objectif majeur.

Liang Jing

La feuille de route de Xi Jinping

  • e sommet “une ceinture, une route” (Obor) a réuni plus de 1?000 personnes, représentant une centaine de pays, les 14 et 15 mai à Pékin. Vingt-neuf chefs d’État et de gouvernement étaient présents.
  • Au cours de ces deux jours, près de 270 accords portant sur le commerce ont été signés, et 68 pays sont désormais partie prenante de l’initiative.
  • La Chine s’est engagée à injecter 124 milliards de dollars supplémentaires dans le projet, déjà financé – entre autres par la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures – à hauteur de 1?000 milliards de dollars.
  • Une déclaration commune sur la coopération dans le commerce et la réalisation d’infrastructures à travers l’Asie, l’Europe et l’Afrique a été entérinée par 30 pays. Les pays de l’Union européenne ne l’ont pas approuvée, insatisfaits des dispositions sur la transparence.
  • La Chine a assuré ne pas vouloir faire de l’initiative un tremplin idéologique ou politique.
  • Le prochain sommet est fixé en 2019 à Pékin.
Source : Radio Free Asia Washington
Traduction Le Courrier International.
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Après avoir terrassé le numéro 1 mondial du jeu de go, AlphaGo prend sa retraite

CHINA-SCIENCE-GAME-GO-COMPUTERSLe programme d’intelligence artificielle développé par Google DeepMind a écrasé le Chinois Ke Jie 3-0. Après cet ultime exploit, l’entreprise a annoncé qu’AlphaGo ne jouerait plus en compétition.

C’est une victoire écrasante. Un peu plus d’un an après avoir battu au jeu de go, un jeu de stratégie asiatique, le Sud-Coréen Lee Sedol, un joueur légendaire, le programme d’intelligence artificielle AlphaGo a définitivement vaincu le numéro 1 mondial, le Chinois de 19 ans Ke Jie, samedi 27 mai à l’issu d’une rencontre en trois parties.

Le programme, développé par DeepMind, une entreprise britannique appartenant à Google, a battu le jeune prodige 3-0, contre 4-1 face à Lee Sedol. Cette fois, plus de doute : aucun humain ne peut aujourd’hui rivaliser face à AlphaGo. Une performance informatique que les experts en intelligence artificielle (IA) n’attendaient pas avant dix ou vingt ans.

« Ke Jie essayait de le battre à son propre jeu », a commenté Demis Hassabis, le fondateur de DeepMind, à l’issue de la troisième partie. Ke Jie a en effet repris à son compte certains coups signés AlphaGo – des séquences inconoclastes, qui n’étaient auparavant pas jouées dans les compétitions de haut niveau. Les trois parties ont été jouées ces deniers jours lors du Future of Go Summit qui se tenait cette semaine en Chine.

« Merci Ke Jie pour cette rencontre incroyable et enthousiasmante, c’est un grand honneur de jouer avec un véritable génie », a salué Demis Hassabis sur Twitter.

Après le go, d’autres ambitions

Après cet ultime exploit, DeepMind a annoncé qu’AlphaGo allait désormais prendre sa retraite. « Les parties palpitantes de cette semaine face aux meilleurs joueurs du monde, dans le pays où le go est né, ont marqué l’apogée d’AlphaGo comme compétiteur. C’est pourquoi le Future of Go Summit est la dernière compétition d’AlphaGo », écrit DeepMind sur son site.

L’équipe de chercheurs ayant développé cette technologie va désormais se consacrer à de nouveaux programmes d’IA « qui pourraient un jour aider les scientifiques à avancer sur les problèmes les plus complexes, comme trouver de nouveaux remèdes aux maladies, réduire de façon drastique la consommation énergétique ou inventer des matériaux révolutionnaires ». DeepMind s’implique déjà dans le domaine de la santé, notamment dans le cadre d’un partenariat controversé avec le système de santé britannique (NHS).

Mais DeepMind ne rompt pas pour autant ses liens avec le monde du go. L’entreprise compte notamment développer un outil d’apprentissage, dans lequel AlphaGo analysera des positions – un outil qui sera développé en collaboration avec Ke Jie et qui « donnera à tous les joueurs et les fans l’opportunité de voir le jeu du point de vue d’AlphaGo », explique DeepMind.

L’entreprise a aussi commencé à publier les données de 50 parties jouées par AlphaGo contre lui-même. Des informations précieuses pour les joueurs, qui espèrent pouvoir comprendre sa stratégie et s’en servir pour améliorer leurs propres performances. Depuis sa première partie publique contre Lee Sedol, AlphaGo effectue des coups qui surprennent la communauté des joueurs de go. Certains de ses choix ont même été considérés comme très mauvais… Mais l’ont quand même mené à la victoire, sans que l’on sache expliquer pourquoi. Depuis, des joueurs de haut niveau s’essayent régulièrement à certains coups inspirés d’AlphaGo.

La fin d’un épisode historique de l’IA

DeepMind compte aussi publier dans l’année un nouvel article de recherche, après celui qu’il avait publié dans la prestigieuse revue Nature en janvier 2016 annonçant l’existence de ce programme très performant. Ce nouvel article détaillera les améliorations apportées depuis à AlphaGo. « Comme avec notre premier article sur AlphaGo, nous espérons que d’autres développeurs vont s’en servir (…) pour bâtir leurs propres programmes de go ».

La plupart des chercheurs en intelligence artificielle spécialisés dans le go ont regardé ce premier article de très près, et l’ont décortiqué pour s’inspirer des technologies utilisées par AlphaGo, notamment le « deep learning », une méthode d’apprentissage automatique. Fine Arts, développé en Chine, et Deep Zen Go, développé au Japon, ont ainsi considérablement progressé ces derniers mois, au point de talonner AlphaGo pour le premier.

Toutefois, DeepMind n’a pas annoncé qu’il allait rendre AlphaGo « open source », c’est-à-dire rendre son code source accessible à tous – ce qu’annonce parfois faire Google dans le champ de l’IA. Ce qui aurait grandement facilité la tâche aux autres chercheurs travaillant sur le go, et les jeux en général.

En mettant AlphaGo à la retraite, DeepMind clôt une fois pour toutes cet épisode historique de l’intelligence artificielle, à la hauteur de celui ayant vu le programme Deep Blue d’IBM l’emporter contre le champion Garry Kasparov aux échecs en 1997. Malgré les efforts des concepteurs de Deep Zen Go et Fine Arts, ceux-ci ne devraient donc jamais avoir l’occasion d’affronter AlphaGo. Ni de ternir son éclatant succès.

Morgane Tual

Source Le Monde : 27.05.2017

Donald Trump devient le 45e président des Etats-Unis

 Donald Trump et sa femme Melania à leur arrivée au Lincoln Memorial pour le concert inaugural de l'investiture du président élu à Washington MANDEL NGAN  /  AFP

Donald Trump et sa femme Melania à leur arrivée au Lincoln Memorial pour le concert inaugural de l’investiture du président élu à Washington MANDEL NGAN / AFP

Donald J. Trump prête serment vendredi sur les marches du Capitole, au coeur de Washington, pour succéder à Barack Obama et devenir le 45e président des Etats-Unis, incroyable épilogue d’une campagne anti-élites qui a pris tout le monde à revers.

A 70 ans, sans la moindre expérience politique, diplomatique ou militaire, le magnat de l’immobilier s’apprête à prendre les rênes de la première puissance mondiale sous le regard inquiet des alliés des Etats-Unis, échaudés par ses déclarations tonitruantes, parfois contradictoires.

Après une nuit à Blair House, résidence réservée aux hôtes de marque située en face de la Maison Blanche, Donald Trump et son épouse Melania devaient partager un thé avec Barack et Michelle Obama avant de se rendre ensemble au Capitole.

Des centaines de milliers d’Américains, partisans enthousiastes et farouches opposants, sont attendus sur les larges pelouses du National Mall qui lui fait face. Trois de ses prédécesseurs – Jimmy Carter, George W. Bush, Bill Clinton – seront présents, ainsi qu’Hillary Clinton, son adversaire malheureuse.

« Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des Etats-Unis, et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis »: peu avant midi (17h00 GMT), l’homme d’affaires prêtera serment, comme l’ont fait avant lui George Washington, Franklin D. Roosevelt ou encore John F. Kennedy.

Il a choisi pour ce faire deux bibles: la sienne, qui lui a été offerte par sa mère en 1955, et celle d’Abraham Lincoln, sauveur de l’Union, également utilisée par Barack Obama il y a quatre ans.

Après le temps de la campagne (17 mois) et celui de la transition (deux mois et demi), voici venu celui de l’exercice du pouvoir (quatre ans) pour cet ancien animateur d’une émission de téléréalité qui a promis de « rendre sa grandeur à l’Amérique » mais fait face à un pays fracturé, tant son style et ses propos, volontiers provocateurs, divisent.

« Nous allons rassembler notre pays », a-t-il promis jeudi.

Niveau d’impopularité record

Dans une journée chargée en rituels dont l’Amérique est friande, le 45e président de l’histoire américaine prononcera ensuite un discours d’investiture moins en forme de programme que de « vision », assure son entourage.

La cérémonie, qui sera suivie en direct à travers le monde, aura un goût de revanche pour l’homme d’affaires à la coiffure étonnante dont l’annonce de candidature avait été accueillie par des ricanements, chez les républicains comme chez les démocrates.

Son équipe annonce pour le début de la semaine prochaine une série de décrets visant à défaire une partie du bilan de son prédécesseur démocrate (climat, immigration…) et à ébaucher le sien. Il pourrait en signer quelques-uns dès vendredi.

La tâche s’annonce ardue pour l’auteur du best-seller « The Art of the Deal » qui a promis, avec un sens de la formule qui enchante ses partisans et consterne ses détracteurs, d’être « le plus grand créateur d’emplois que Dieu ait jamais créé ».

La constitution de ses équipes a été difficile tant la victoire a pris le camp républicain par surprise. Du fonctionnement quotidien de la Maison Blanche, énorme administration, aux interactions avec les autres agences, les premières semaines pourraient être chaotiques.

Et jamais depuis 40 ans un président américain n’avait pris le pouvoir avec un niveau d’impopularité aussi élevé.

Par ailleurs, selon une étude du Pew Research Center publiée jeudi, 86% des Américains jugent que le pays est plus politiquement divisé que par le passé (ce chiffre était de 46% lorsque Barack Obama est arrivé au pouvoir en 2009).

Obama s’envole pour la Californie

Ceux qui espéraient que la fonction change l’homme ont été déçus.

Grâce à Twitter, le septuagénaire continue de régler quotidiennement ses comptes avec ceux qui ont émis des critiques à son égard, de John Lewis, figure du mouvement des droits civiques, à l’actrice Meryl Streep, accusée d’être le « larbin » d’Hillary Clinton.

« Il semble vouloir se battre contre tous les moulins à vent de la terre plutôt que de se concentrer sur le fait d’endosser le poste le plus important au monde », a résumé d’une formule assassine le sénateur républicain John McCain, l’une des rares voix dissidentes au sein du Grand Old Party.

Résultat, l’opposition démocrate fourbit ses armes, et des dizaines d’élus boycotteront la cérémonie. Plusieurs manifestations sont également prévues vendredi et samedi.

Sur la scène internationale, le bouillant promoteur immobilier a déjà décoché ses flèches à l’encontre de la Chine, de l’Otan ou encore de la chancelière allemande Angela Merkel.

Or c’est sur ce front que son mandat à venir suscite les plus grandes interrogations.

Les dirigeants de la planète s’interrogent sur la valeur exacte à accorder à ses déclarations quand les responsables qu’il a nommés – à la tête du département d’Etat ou du Pentagone – prennent des positions apparemment inverses, comme sur la Russie de Vladimir Poutine ou l’accord nucléaire iranien.

Juste après la cérémonie, Barack Obama, 55 ans, s’envolera directement pour la Californie pour ses premières vacances en famille d’ex-président.

Après huit années au pouvoir, le président démocrate qui a surmonté une crise économique et financière qui menaçait de tout emporter sur son passage a indiqué qu’il entendait rester à l’écart de la « mêlée » pour laisser son successeur gouverner.

Mais il a aussi promis, lors de son ultime conférence de presse mercredi, de sortir du bois si « les valeurs fondamentales » de l’Amérique, de l’immigration à la liberté d’expression, étaient menacées.

Source AFP 20/01/2017

Voir aussi : Actualité Internationale, rubrique Politique, rubrique International, société civile, rubrique Amérique du Nord Etats-Unis, La réponse de San Francisco, Fucking Tuesday, rubrique Société, Citoyenneté, Droit des femmes, Santé , Religion,

Fucking Tuesday

imagesUne sélection d’articles parus dans la presse française et anglo-saxonne pour comprendre et prolonger la réflexion.

 

LEçON POLITIQUE.

Viser l’intérêt premier de l’électeur même si tout ce que vous dites est contradictoire

No, Trump voters were not irrational 

Source The Washington Post

 

 

Trump, le châtiment

Défaite du néolibéralisme « de gauche »

Commencée il y a dix-huit mois, l’élection présidentielle s’est conclue après les dizaines de scrutins des primaires, deux conventions à grand spectacle dans des États industriellement sinistrés, des dizaines de milliers de spots de publicité politique et plusieurs milliards de dollars, par un match entre deux Américains richissimes, l’un et l’autre résidents de New York et détestés par la majorité de la population. C’est finalement le candidat républicain honni par les médias, les élites de Washington et même les caciques de « son » propre parti, qui l’a emporté. Celui qui a le moins dépensé et que tout le monde donnait perdant.

Durant cette interminable campagne, l’attention des commentateurs s’est souvent portée sur les provocations racistes et sexistes du futur président des États-Unis, ses scandales, ses excès, Mme Hillary Clinton étant présentée par contraste comme la candidate formée depuis toujours pour hériter de la Maison Blanche en même temps qu’elle briserait, raisonnablement, le « plafond de verre ». Mais rassurer l’establishment et séduire les électeurs ne sont pas des exercices toujours compatibles…

D’aucuns analysent déjà les résultats d’hier comme une preuve de la régression de l’Amérique dans le nationalisme, le « populisme », le racisme, le machisme : le vote républicain serait principalement déterminé par un rejet de l’immigration, un désir de repli, une volonté de revenir sur les conquêtes progressistes des cinquante dernières années. Or si M. Trump l’a emporté, en réalisant apparemment de meilleurs scores chez les Noirs et les Latinos que son prédécesseur Willard Mitt Romney, c’est avant tout parce que les démocrates se sont révélés incapables de conserver en 2016 l’appui des électeurs que M. Barack Obama avait su convaincre en 2008 et en 2012, en Floride ou dans les États de la « Rust Belt ».

La victoire de M. Trump, c’est donc avant tout la défaite du néolibéralisme « de gauche » incarné par Mme Clinton : son culte des diplômes et des experts, sa passion pour l’innovation et les milliardaires de la Silicon Valley, sa morgue sociale et intellectuelle. L’instrument du châtiment est redoutable. Mais la leçon sera-t-elle retenue ailleurs ?

Source Le Monde Diplomatique 09/11/2016

 

 

 

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Les électeurs blancs et riches ont donné la victoire à Donald Trump

Le résultat des élections américaines est loin d’être une simple  révolte  des Blancs les plus pauvres laissés pour compte par la mondialisation. Les sondages de sortie des urnes laissent apparaître que la victoire de Trump s’appuie aussi pour bonne part sur la classe moyenne blanche instruite et la classe aisée.

White and wealthy voters gave victory to Donald Trump, exit polls show

Source The Gardian

 

 

Le New York Times le reconnaît ce matin  : ses équipes n’ont pas pris la mesure de ce qui se passai

« Les journalistes n’ont pas remis en question les chiffres des sondages quand ceux-ci confirmaient ce que leur disait leur instinct : que Trump n’arriverait jamais, jamais, à la Maison Blanche, et de loin. Ils ont décrits les partisans de Trump qui croyaient à la victoire comme totalement déconnectés de la réalité. Mais c’étaient eux qui avaient tort. »

 

Source New York Times 10/11/2016

 

 

La démocratie après les faits (divers)

Depuis le Brexit et la campagne Trump, la presse anglo-saxonne s’interroge profondément sur le statut des faits dans les démocraties contemporaines.

La campagne pro-Brexit a été menée avec des arguments factuellement faux, aussi faux qu’environ 70 % des arguments de Trump selon les fact-checkers.

De plus en plus d’analystes avancent que nous sommes entrés, en grande partie avec les réseaux sociaux, dans une ère « post-faits », où les faits ne comptent pas, la vérité est une donnée annexe, et seuls pèsent dans la balance le spectacle et l’émotion.

Cela s’explique par, entre autres,

  • la montée de populismes centrés sur des individus charismatiques jouant sur l’émotion,
  •  le rôle des réseaux sociaux et des « chambres d’écho » ce phénomène qui fait que les filtres algorithmiques ont tendance à montrer des contenus homogènes à ceux des utilisateurs. Plusieurs voix dénoncent depuis longtemps ce filtrage algorithmique qui éclate le public en « bulles », et selon certains, menace la sphère publique démocratique telle qu’on la connaît,
  • la crise du secteur des médias, qui privilégient les titres sensationnels assurés de faire cliquer, et les contenus viraux.

C’est, selon de nombreux analystes, une des clés du succès de Trump. Il a été le spécialiste des contenus qui polarisent et qu’on adore ou qu’on déteste. Dans les deux cas, ils sont partagés sur les réseaux sociaux, par ses partisans et ses adversaires, puis repris à la télé. Tout ce cycle de viralité produit énormément d’argent, et de publicité pour Trump, qui a déboursé pour sa campagne bien moins qu’un Jeb Bush, par exemple.

Face à cela, le fact-checking est de moins en moins efficace.

source Washington Post.

Dans ce monde, les sentiments comptent plus que les faits et les chiffres valent comme indicateurs de ces sentiments (que ressentent les électeurs ?) non comme marqueurs de la vérité,  « L’époque de la politique post-faits ».

Source New York Times

 

 

Dans ce contexte, comment encore s’accorder sur des faits partagés, sur l’existence de vérités communes, sociales, économiques, environnementales ?

C’est ce que se demandait cet été la rédactrice en chef du Guardian cet été dans un long article désabusé. « Le statut de la vérité chute  », écrivait-elle.

La logique des réseaux sociaux a avalé tout le reste, dit-elle, et imposé une culture de la viralité et de l’équivalence, où tout contenu s’équivaut comme potentiellement doté d’une mesure de vérité, variable selon ses opinions.

Et le secteur qui était chargé d’informer le public est moribond :

« Nous sommes en train de vivre un bouleversement fondamental dans les values du journalisme : une transition vers le consumérisme. Au lieu de renforcer les liens sociaux, ou de créer un public informé, l’idée que l’information est un bien public et une nécessité en démocratie, il suscite des gangs, qui répandent des rumeurs qui les confortent comme des traînées de poudre,renforcent les opinions prééxistantes et s’auto-entraînent dans un univers d’opinions partagées plutôt que de faits établis. »

Source Le Guardian 12/07/2016

 

 

DANS LE MONDE

 

 

L’élection de Donald Trump va être un séisme pour le monde

Le candidat républicain a fondé sa campagne sur la promesse de « rendre sa grandeur à l’Amérique ». Quelles conséquences pour le reste du monde

Si le vote pour le Brexit, le 23 juin, a été un séisme pour l’Union européenne, l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis, première puissance militaire, est un séisme pour le monde.

Le candidat républicain a fondé sa campagne sur la promesse de « rendre sa grandeur à l’Amérique ». Cette grandeur, cependant, ne s’entend pas par la projection de la puissance américaine à l’extérieur, mais plutôt sur une priorité donnée au retour du bien-être et de la prospérité des Américains chez eux. Le pays « est en ruines », dit M. Trump, il faut commencer par le reconstruire. Pour le reste du monde, cela donne un signal de repli et d’isolationnisme.

On sait, en réalité, assez peu de chose sur le programme concret de Donald Trump en politique étrangère car ses conseillers dans ce domaine sont peu connus ; l’establishment washingtonien et le petit monde des think tanks spécialisés dans les relations internationales, qui conseillent habituellement les candidats en politique étrangère, se sont tenus à distance de lui et de ses vues peu orthodoxes. Mais M. Trump a régulièrement émis quelques idées maîtresses qui donnent un canevas de ce que pourrait être sa diplomatie.

Vis-à-vis de l’Europe, Donald Trump, qui a soutenu le vote en faveur du Brexit en critiquant l’Union européenne, considère qu’il appartient aux Européens de se prendre en charge et surtout de financer leur défense, plutôt que de s’abriter sous le parapluie américain. Ainsi l’OTAN ne peut fonctionner, et les Etats-Unis venir au secours d’un allié dans l’éventualité d’une attaque, que si les Etats européens augmentent leurs budgets de défense.

Placer « les intérêts américains en premier »

Donald Trump est critique de l’interventionnisme américain à l’étranger et du cycle d’opérations militaires lancé par l’administration George W. Bush. Il est, dans ce sens, anti-néo-conservateur. Le président Obama lui-même avait promis de « ramener les troupes à la maison », mais la réalité du Moyen-Orient l’a contraint à maintenir ou à lancer un certain nombre d’opérations. M. Trump se veut plus radical, tout en souhaitant augmenter la taille de l’armée américaine : pour la coalition internationale (dont la France) actuellement engagée aux côtés des États-Unis, en particulier sur le théâtre irakien et syrien, c’est une nouvelle donne. Violemment hostile aux « djihadistes », qu’il accuse Hillary Clinton d’avoir engendrés, il a promis de les « mettre KO » – mais n’a pas précisé comment.

« Nous nous entendrons avec tous les pays qui veulent s’entendre avec nous » : dans son discours de victoire, mercredi matin, le président-élu Trump a voulu se montrer conciliant, tout en précisant qu’il placerait « les intérêts américains en premier ». Un grand point d’interrogation concerne les relations avec la Russie, qui se sont gravement détériorées depuis un an. Donald Trump a, à plusieurs reprises, chanté les louanges de Vladimir Poutine, qu’il considère comme « un meilleur leader que Barack Obama », et les services de renseignement américains ont accusé la Russie d’être derrière le piratage des comptes e-mail qui ont embarrassé le camp de Hillary Clinton pendant la campagne. Mais les deux hommes ne se connaissent pas personnellement, et le président russe s’est abstenu de souhaiter publiquement la victoire du candidat républicain. Comme Vladimir Poutine, Donald Trump est sensible aux rapports de force. Sa fascination pour l’homme à poigne de Moscou ira-t-elle jusqu’à accepter certaines de ses visées sur le voisinage de la Russie (Ukraine, Géorgie) et le Moyen-Orient, voire l’idée d’un deuxième Yalta auquel aspirerait M. Poutine ? Le candidat républicain est resté très évasif sur ces questions. Mais on peut parier qu’il s’entourera de vieux routiers de la guerre froide, qui vont retrouver quelques éléments familiers dans le paysage actuel et ne seront pas disposés à brader les intérêts américains en Europe.

Donald Trump veut dénoncer l’accord de Paris sur le réchauffement climatique : le fera-t-il ? Un autre axe de sa campagne a porté sur le rejet de la mondialisation et des accords de commerce international, accusés d’avoir détruit l’emploi aux États-Unis. L’une des grandes bénéficiaires de cette mondialisation, la Chine, est donc dans son viseur. Il veut instaurer des barrières tarifaires sur les produits chinois, il rejette l’accord de libre-échange avec l’Asie TPP (Partenariat Transpacifique) et a proposé de renégocier l’accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique conclu par Bill Clinton. Il ne s’est pas prononcé sur les tensions en mer de Chine méridionale. Sur ces très gros dossiers, cruciaux pour les Etats-Unis, il va avoir affaire à un autre homme fort, le président Xi Jinping.

Autre conséquence d’une victoire Trump : elle confortera les mouvements et leaders populistes du monde entier, de l’Europe à l’Asie. Cela aura forcément un impact sur les relations internationales.

Enfin, les institutions américaines accordent plus de latitude au président en politique étrangère qu’en politique intérieure, où les « checks and balances » servent de garde-fous. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le reste du monde. Mais on peut aussi imaginer que la réalité et le pragmatisme amèneront le président Trump à tempérer certaines de ses vues, comme cela a été le cas pour Ronald Reagan, et que les élites républicaines de politique étrangère, après leurs réticences initiales, le rejoindront une fois au pouvoir. La période de transition, au cours de laquelle il va former sa future équipe d’ici au 20 janvier, va fournir à cet égard des indications anxieusement attendues dans le monde entier.

Sylvie Kauffmann

Source Le Monde 09/11/2016

 

 

Au Proche-Orient, Donald Trump attendu sur le dossier syrien

Le républicain semble être plutôt favorable au régime de Bachar Al-Assad, tout en rejetant l’accord nucléaire iranien.

Le Proche-Orient s’est réveillé mercredi 9 novembre sous le choc de la victoire de Donald Trump. Alors qu’Hillary Clinton, forte de ses quatre années à la tête du département d’Etat, garantissait une forme de continuité diplomatique, l’inexpérience en politique étrangère du nouveau président et son penchant pour l’autoritarisme sont lourds d’incertitudes pour la région. « Les Etats-Unis ne peuvent plus se poser en champion de la morale », a tranché sur Facebook Sultan Sooud Al-Qassemi, un célèbre commentateur des Emirats arabes unis.

C’est sur le dossier syrien que le nouveau président est évidemment le plus attendu. Durant la campagne, le candidat républicain s’était signalé par des positions plutôt favorables au régime Assad, ou du moins à son allié russe, au point de contredire publiquement son colistier, Mike Pence, qui avait appelé à « l’usage de la force militaire » contre les autorités syriennes.

« Je n’aime pas Assad. Mais Assad fait la guerre à l’Etat islamique. La Russie fait la guerre à l’Etat islamique. Et l’Iran fait la guerre à l’Etat islamique », avait déclaré M. Trump, lors du second débat télévisé avec Hillary Clinton, avant de moquer l’intention de son adversaire, en cas de victoire, d’accroître le soutien de Washington à l’opposition syrienne : « Elle veut se battre pour les rebelles. Il y a seulement un problème. On ne sait même pas qui sont les rebelles. »

Mercredi matin, avant le bouclage de cette édition, Damas n’avait pas réagi au triomphe de M. Trump. Nul doute cependant que la chute d’Hillary Clinton ravit le président syrien, Bachar Al-Assad, qui voit ainsi disparaître l’une de ses bêtes noires.

  • Crainte et attentisme dans le Golfe

Dans le Golfe, une forme d’attentisme mêlée de crainte prévaut. Une vidéo du vainqueur déclarant que les Etats du Golfe ne seraient rien sans le soutien des Etats-Unis et qu’il entend les faire payer pour reconstruire la Syrie a été retweeté des milliers de fois en l’espace d’une heure.

L’inquiétude suscitée dans les palais de la péninsule par ce genre de déclarations, la rhétorique antimusulmans et l’isolationnisme revendiqué du nouveau président est cependant tempérée par un intérêt non dissimulé pour son opposition marquée à l’accord sur le nucléaire iranien conclu par Barack Obama, « l’accord le plus stupide de l’histoire », selon M. Trump.

  • Première réaction prudente en Iran

« Prévoir ce que sera sa politique étrangère au Moyen-Orient est la chose la plus difficile qui soit, affirme le journaliste saoudien Jamal Kashoggi. Il est contre l’Iran, mais il soutient Poutine en Syrie, ce qui le range du côté de l’Iran. »

La première réaction de Téhéran est prudente. « L’Iran est prêt pour tout changement », a déclaré le porte-parole de l’Organisation de l’énergie atomique, Behrouz Kamalvandi, à l’agence semi-officielle Tasnim.

Lire aussi :   En Iran, Hillary Clinton est perçue comme « la candidate la moins pire »

  • Sentiments mêlés en Israël

Israël, de son côté, accueille la victoire de Donald Trump avec des sentiments mêlés. Son entourage est connu pour être très pro-israélien, mais le candidat a charrié dans son sillage des forces suprémacistes et antisémites. Il s’est constamment opposé à l’accord sur le nucléaire iranien, mais sans expliquer ce qu’il en ferait, une fois élu. En outre, va-t-il marquer une rupture explosive en déménageant l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem ? Il en a fait la promesse, à plusieurs reprises.

Mais auparavant, Donald Trump avait envoyé des signaux incohérents. En février, par exemple, il avait expliqué qu’il voulait être « une sorte de gars neutre » dans la recherche d’une solution au conflit israélo-palestinien. Une expression qui avait inquiété les officiels israéliens.

En mars, il avait dit qu’Israël, comme d’autres pays, « payera » pour l’aide militaire américaine, alors qu’un nouvel accord sur dix ans, d’un montant de 38 milliards de dollars, vient d’être conclu entre les deux partenaires. Depuis, il a multiplié les signaux amicaux à l’égard d’Israël. En mai, Sheldon Adelson, magnat des casinos aux Etats-Unis et soutien indéfectible de Benyamin Nétanyahou, s’était décidé à appuyer sa candidature.

Par Ghazal Golshiri (Téhéran, correspondance), Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant) et Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant)

Source : Le Monde 09/11/2016

 

LES APPUIS

 

Le phénomène Trump s’explique aussi par l’histoire du parti républicain, indique un article du Times Literary Supplement. Il est l’aboutissement d’un long conflit entre deux tendances, qui remontent à sa formation  :

  • d’un côté les «  Yankees  », anciens aristocrates et barons industriels militants de l’abolition de l’esclavage et plutôt internationalistes,
  • et de l’autre «  les cowboys  », les nouveaux riches ayant fait fortune dans l’industrie du pétrole, l’aérospatiale et la défense, et le commerce, largement plus conservateurs.

La radicalité de Trump s’explique aussi par le changement de composition du parti démocrate. Celui-ci s’est opéré dans les années 1960. Auparavant, une partie des Démocrates du Sud ne votaient ainsi parce que c’était un Républicain, Abraham Lincoln, qui avait aboli l’esclavage. Cet électorat a basculé lorsque les Démocrates ont signé le Civil Rights Act, qui mettait fin à la ségrégation de fait dans les Etats du Sud.

« Quand la droite et la gauche étaient présents dans les deux partis, l’art du compromis était l’essence même de la politique. »

Mais une fois que tous les tenants d’une droite dure (radicaux, religieux et très largement Blancs) se sont retrouvés dans le même parti, « le fait de coopérer avec les Démocrates est devenu impensable ».

C’est cette histoire là qui a rendu possible l’émergence, puis la victoire, d’un candidat comme Trump

Source : Times Literary Supplement

 

 

Guerres culturelles et alt-right

Outre le rejet des élites (telle la ploutocratie incarnée par Clinton, comme l’écrit Slate) et de la mondialisation financière, comme l’explique La Tribune, le candidat Trump répondait aussi à de puissantes tendances culturelles chez tout une partie du peuple américain.

Sur la Vie des Idées, un autre article décrit les partisans évangélistes de Trump d’une petite ville du Midwest, Pleasant Fields. Là, le secteur industriel ne s’est pas effondré, au contraire et des emplois ont récemment été créé.

« De nombreux évangélistes soutenant Trump parmi ceux que j’ai interviewés font partie de classes sociales plutôt aisées », écrit l’auteur.

Persuadés que s’est engagée une guerre pour la sauvegarde de la civilisation chrétienne, ils votent Trump contre l’Islam et les LGBT. Pour eux, rapporte l’auteur, les musulmans sont des gens d’une autre civilisation, qui maltraitent leurs femmes et veulent partout faire régner la charia. Quant aux LGBT, ils incarnent un relativisme moral qui est la fin de l’Amérique.

« Tandis que la proportion de chrétiens évangéliques blancs dans la population américaine décroît, leur sentiment d’appartenance et leur attachement à la nation demeurent très fort.

Ils continueront ainsi de se battre pour leurs croyances et leurs valeurs en dépit du résultat de l’élection. »

 

source La vie des Idées

 

 

 

 

 

 

 

 

La pensée Trump l’extrême droite

Voici une enquête (en version abonnés) sur «  l’alt-right  », l’extrême-droite extrêmement active sur le Net (où, comme le rappelle le Monde, les partisans de Trump ont été particulièrement actifs) qui soutient Trump.

Ceux-ci partagent un rejet de ce qu’ils appellent

« le mensonge égalitaire, aussi bien comme fait que comme valeur, un goût pour l’ordre hiérarchique, ainsi qu’une grille de lecture raciale de la société. »

Dans cette mouvance, certains sont des «  néoréactionnaires  », libertariens purs et durs échappés de la Silicon Valley, autoritaristes convaincus que les libertés du peuple doivent être encadrés. D’autres – la plupart – sont des nationalistes blancs, qui «  rêvent tous de restaurer la grandeur de la civilisation occidentale, aujourd’hui engluée dans la médiocrité égalitariste, consumériste et multiculturelle  ». Ils sont obsédés par la question de l’identité blanche et militent pour limiter l’immigration et expulser tous les étrangers en situation illégale. Deux points qui figurent dans le programme de campagne de Trum

Source Mediapart

 

Pourquoi l’Amérique hait les intellos

Ce court article de la revue Books rappelle quelques-unes des raisons historiques et culturelles pour lesquelles l’anti-intellectualisme, sur lequel a tant surfé Donald Trump, est si fort aux Etats-Unis.

Crise des médias et le monde « post-faits »

Au lendemain d’une victoire que la plupart des grands médias et des instituts de sondage avaient déclarée impossible, les grands médias ont commencé à faire leur examen de conscience.

Source Books

 

 

Le président Trump pourra s’appuyer sur une majorité républicaine au Congrès

 

Les républicains conservent le pouvoir à la chambre des représentants du Congrès américain (« House of representatives« , ndlr), selon les projections électorale d’Associated Press.

Les républicains ont également remporté le Sénat et continueront ainsi de contrôler l’ensemble du Congrès des États-Unis, fournissant une majorité parlementaire sur laquelle le président élu Donald Trump pourra s’appuyer, selon plusieurs médias.

En contrôlant la Maison Blanche et le pouvoir législatif, les républicains auront la capacité de défaire les réformes du président Barack Obama et notamment sa controversée réforme de l’assurance-maladie baptisée « Obamacare« .

Majorité plus courte à la House of representatives

Bien que les républicains perdent un peu de poids, ils ont remporté suffisamment de sièges pour prolonger les six années consécutives dans la majorité de la chambre des représentants.

Le Grand Old Party a recueilli au moins 222 sièges, soit plus que le seuil de 218 requis pour contrôler la chambre basse, selon le New York Times. Les démocrates en comptabilisaient au moins 158 lors des dépouillements toujours en cours peu après minuit aux USA.

Les républicains disposaient de 247 sièges durant le mandat qui se termine. Ils devraient donc bénéficier d’une plus courte majorité. L’homme fort des républicains restera Paul Ryan qui a également été reconduit.

Le Sénat aux mains des républicains

La mainmise sur le Sénat, qui vient s’ajouter à celle de la Chambre des représentants, leur permettra par ailleurs d’avoir la haute main sur le processus de nomination des plus hauts responsables gouvernementaux et des juges de la Cour suprême.

La chambre haute du Congrès, qui était renouvelée mardi à un tiers (34 membres), avait basculé dans le camp républicain en 2014, restreignant considérablement la marge de manœuvre du président Obama.

Récemment, les sénateurs républicains ont ainsi bloqué le processus de confirmation d’un juge de la Cour suprême nommé par Barack Obama après le décès d’un de ses neuf membres.

Le nouveau rapport de forces au Sénat n’était pas encore connu dans l’immédiat. Jusqu’à présent, les républicains détenaient 54 sièges et les démocrates 46.

Source RTBF 09/11/2016