Les dangers cachés derrière la disparition de l’argent cash

2035667Chaque pays a son idée pour relancer la croissance. Le Danemark croit avoir trouvé une astuce de choc en supprimant en quelque sorte le cash de la vie quotidienne. Une bonne idée ?

L’idée des Danois (1), c’est d’autoriser les stations-service, les restaurants et certains commerçants à refuser les paiements en liquide à partir du 1er janvier 2016. Pourquoi ? Parce que moins de paiements en cash signifie moins de personnel de sécurité, moins de transferts de billets en fourgons blindés, moins de braquages et surtout nettement moins de temps passé à rendre la monnaie.

Le cabinet de consulting McKinsey a calculé le coût du cash en circulation. Et le résultat, c’est que pour certains pays, comme la Russie, pour une période comprise entre 2007 et 2011, l’usage du cash aurait coûté 1,1% de croissance à l’économie.

La proposition de loi danoise doit encore passer la rampe du parlement, mais on sait déjà que les hôpitaux, les médecins, les épiceries et les bureaux de poste seront exemptés. En revanche, le risque de fraude électronique risque d’exploser. C’est le cas par exemple de la Suède, pays où le cash a presque totalement disparu, et qui a vu le nombre de fraudes électroniques être multiplié par deux au cours des dix dernières années !

Mais au-delà des fraudes, ce qui inquiète le plus un homme comme Bill Bonner, un économiste américain connu pour ses commentaires acérés, c’est que le recul du cash dans nos sociétés est une volonté générale de beaucoup de gouvernements – officiellement, pour lutter contre le terrorisme, la fraude fiscale, l’économie en noir. Mais en réalité, selon Bill Bonner, derrière ces arguments se cache la volonté d’à terme contrôler les citoyens, et la meilleure manière de s’y prendre c’est de contrôler leur argent. Si ce genre de pratique se répand, les autorités pourront demain couper l’accès à notre argent. Avec des systèmes de reconnaissance faciles, les autorités pourraient identifier n’importe qui dans n’importe quel environnement, dans un café, dans une manifestation ou devant un distributeur de billets. Ensuite, nous dit Bill Bonner, « en quelques clics de souris, les comptes bancaires pourraient être gelés ou confisqués. Le citoyen disparaîtrait en quelques secondes, incapable désormais de participer à la vie publique… forcé de fouiller les poubelles pour survivre. »

Certains trouveront que Bill Bonner exagère. D’autres au contraire se souviennent de leurs cours d’histoire et savent que ce genre de scénario n’est pas impossible. L’histoire récente des comptes bancaires bloqués à Chypre ou l’histoire du ministre des Finances de la Grèce – qui a avoué qu’avec son fameux plan B, il préconisait ni plus ni moins que de pirater les comptes bancaires des citoyens – ces deux cas d’actualité montrent qu’en cas de crise, tout est possible, absolument tout. Et donc, les amateurs de liberté savent que le cash en est l’une des expressions, et qu’il faut donc le sauvegarder !

(1) Voir le site américain Quartz et le magazine L’Expansion de juin 2015.

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Mosconi roi de coeur discret

patrick-mosconi-3153869-jpg_2803720Lecture d’été. « On ne joue pas avec le diable ». Spirale de vie, d’éros et de mort.

Dans notre série des lunettes noires pour mieux voir l’été, nous revenons sur une figure emblématique du roman noir français, qui était il y a peut à Frontignan pour conduire un atelier avec le groupe des femmes de l’épicerie solidaire. Atelier au sortir duquel l’auteur confiait réjoui :  » Ils sont géniaux. C’est un public qu’on n’embarque pas avec des belles paroles. Le préalable à toute chose c’est d’être vraiment avec eux, dans le présent.»

Patrick Mosconi est romancier, scénariste, et peintre. Il a sévi dans l’édition. En 1979, il créé les éditions Phot’œil, et la célèbre collection « Sanguine », qui révèle, au début des années 80, les précurseurs du nouveau roman noir français (néopolar). C’est l’époque où Mosconi découvre Thierry Jonquet, Jean-Bernard Pouy, Patrick Raynal, Jean-Pierre Bastid, Michel Quint, Tonino Benacquista, Gérard Delteil…pour ne citer qu’eux.

L’homme discret et sensible contribue à la diffusion de l’œuvre de Guy Debord. C’est aussi un fidèle compagnon de route de Fred Vargas et un contributeur  à la bonne destinée du FIRN. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

Dans le dernier en date, On ne joue pas avec le diable, paru cette année chez Calmann-lévy, l’auteur met en scène un richissime et cynique homme d’affaire à l’intelligence exceptionnelle. Michaël Turner tire manifestement plaisir des humiliations qu’il inflige à ses semblables et particulièrement aux femmes qu’il séduit pour finalement les pousser dans le lit de son chauffeur Rachid.

Jusqu’au jour où il croise la route de la jeune slave Elena grande amatrice de poker menteur. Le jeu de fascination auquel se livrent les personnages nous entraîne par effet de miroir au coté d’un flic désabusé et admiratif qui file les protagonistes, en dehors des clous,  à la recherche d’une trace d’humanité.

On aurait tort de réduire ce récit à un larmoyant conflit entre bonne et mauvaise conscience, car c’est bien une irrésistible aventure humaine que nous propose Mosconi. Embarqué, on touche un état de conscience permettant d’embrasser plusieurs vérités contradictoires qui sont les faces d’une même vérité, fondamentale et inaccessible…

JMDH

Source : La Marseillaise 12/08/2015

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Poètes méditerranéens sous le signe d’une alternance temporelle

La poésie en liberté dans l’espace public sétois. Photo dr

La poésie en liberté dans l’espace public sètois. Photo dr

Bilan. Après neuf jours de transmission le festival de poésie méditerranéenne Voix Vives enregistre une hausse de sa fréquentation et de son intensité.

En dépit de la situation alarmante qui enflamme les pourtours du bassin méditerranéen, en dépit des réductions de la dotations d’État aux villes et aux communes qui se répercute comme une malédiction sur les budgets culturels, en dépit de la mort mais pas de la vie, le bilan de la sixième édition du festival de Poésie Voix Vives à Sète s’avère positif et réjouissant !

« Au delà des chiffres de fréquentation, il y avait cette année une densité des êtres présents, esquisse la directrice Maïthé Vallès-Bled, une conscience aiguë chez les poètes de l’espace de douceur et de rencontres offert par la ville de Sète et ses habitants
Il ne serait pas étonnant que ce sentiment global fort saisissant  « d’échange fraternel permanent », s’exprime par contraste au spectacle de la guerre et de la misère.

« On a senti le public et les poètes liés par les uns et les autres à la situation en méditerranée. J’ai pour la première fois entendu des poètes me dirent : Je n’ai pas envie de revenir dans mon pays » confie la directrice. Peut-être cette rançon de l’intelligence sensible qui faisait dire à Bergson que l’homme ne peut pas exercer sa faculté de penser sans se représenter un avenir…

Et toujours cette forte détermination pour le combat des poètes, occupés à faire grandir l’être qui est en eux. Combat que résume bien la phrase de la poétesse canadienne Louise Dupré qui trônait derrière la scène de la place aux livres : « Non, j’écris tes lettres à l’envers, c’est toujours non », ou les textes révoltés contre les marchés du poètes portugais Luis Filipe Sarmento dont on se demande bien pourquoi ils n’ont pas trouvé d’éditeur français pour être traduits.

La poésie sait attendre, sa force est douce et inébranlable. On ne résiste pas avec l’écriture, affirme le tunisien Abdelwaheb Melaoueh mais en étant poète. « Un poète file en TGV vers la mort sans savoir qu’il est le train », dit-il encore. C’est beau comme un avion sans aile.

Sous d’autres cieux, il fut question d’amour, autre grand combat de la vie qu’ont notamment célébré les trois grands poètes libanais Salah Stétié (de son lit d’hôpital) Vénus Khoury-Ghata et Adonis. « Quelle chance inouïe de pouvoir écouter de la poésie en allant faire son marché », s’exclamait une femme sétoise qui garde le mot de la faim.

 JMDH

Les retrouvailles avec les poètes entendus durant le festival sont permises avec l’Anthologie Voix Vives 2015 disponible aux éditions Bruno Doucey.

Source : La Marseillaise 08/08/2015

Voir aussi : Rubrique Festival, Voix vives 2015, site officiel, Sans frontières les poèmes disent l’essentiel, rubrique Livre, Poésie, rubrique /Méditerranée,

Le FMI pousse le Portugal à accélérer ses réformes

Scène de rue dans le quartier d'Alfama à Lisbonne le 31 juillet 2015. | Francisco Seco / AP

Scène de rue dans le quartier d’Alfama à Lisbonne le 31 juillet 2015. | Francisco Seco / AP

Le Fonds monétaire international (FMI) a décidé de se rappeler aux bons souvenirs des Portugais à quelques mois des élections législatives qui auront lieu le 4 octobre. Dans un rapport publié le 6 août, il se félicite de l’amélioration des indicateurs économiques du pays mais émet des réserves quant au fort endettement du Portugal et appelle à de nouvelles réformes, laissant entendre que l’actuelle reprise reste fragile.

« Les efforts pour réformer le marché du travail et améliorer l’efficacité du secteur public semblent être au point mort, » regrette le FMI, qui défend « un plus ample ajustement budgétaire », en particulier dans les domaines de la santé publique et des retraites, pourtant déjà largement mises à contribution par les précédentes politiques d’austérité.

Faisant référence au prochain scrutin, le Fonds prévient qu’« il sera essentiel de redonner de l’élan aux réformes lorsqu’un gouvernement nouvellement élu sera formé. » Objectif : conserver la confiance des marchés. « Il est essentiel de maintenir la crédibilité pour assurer des conditions de financement favorables », ajoute l’ancien bailleur de fonds du Portugal.

Cela fait plus d’un an qu’a pris fin le plan de sauvetage du pays. Entre 2010 et 2014, il avait été placé sous assistance par la « troïka » – FMI, Banque centrale européenne (BCE) et Commission de Bruxelles –, qui lui avait injecté 78 milliards d’euros de fonds en échange d’un sévère plan de rigueur. Considéré depuis comme le bon élève de l’Europe, Lisbonne était posé en exemple par l’Allemagne, la Commission européenne ou le FMI face à une Grèce refusant de mettre en œuvre des mesures d’austérité.

Lire aussi : L’embarras du Portugal face à la fronde de Tsipras

La dette publique s’envole

 

Non seulement le Portugal a renoué avec la croissance – son produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,9 % en 2014 –, mais le taux de chômage s’est réduit à grande vitesse, passant de 17,5 % des actifs début 2013, à 11,9 % au deuxième trimestre 2015. Le déficit budgétaire a été diminué de plus de la moitié, chutant de 11,2 % du PIB en 2010 à 4,5 % en 2014. Les exportations ont bondi, le tourisme tire l’économie et les investissements repartent. Mais malgré ces bons résultats, le pays reste fragile, comme le laissait entendre l’ancien ministre grec de l’économie Yanis Varoufakis, lorsqu’il prédisait une contagion au Portugal en cas de sortie de la Grèce de la zone euro.

Ces dernières années, la dette publique a explosé, passant de 83,6 % du PIB en 2010 à 130,2 % en 2014. Si l’on y ajoute la dette des entreprises publiques et privées et celle des familles, le montant total de l’endettement de l’économie portugaise s’élève à 402 % du PIB. Or, avec une croissance de 1,6 % prévue en 2015 et d’à peine plus en 2016 et 2017, il sera difficile de résorber ce passif qui laisse planer une menace sur l’économie.

La chute de la Banque Espirito Santo en 2014, après des soupçons de fraude, a déjà fait craindre une rechute, Lisbonne ayant dû injecter 4,9 milliards d’euros dans cette institution qui fut la première banque du pays.

Déjà quatre ans de sacrifice

 

D’autre part, les mesures d’austérité du gouvernement de centre droit de Pedro Passos Coelho ont asphyxié la classe moyenne, dont le pouvoir d’achat a été réduit. La pression fiscale est passée en quatre ans de 33,4 % à 37,1 % du revenu brut, la TVA a augmenté à 23 %. Les primes ou bonus des fonctionnaires et des retraités ont été supprimés. Plus généralement, les salaires ont fortement baissé. Et l’emploi créé est souvent précaire. L’opposition socialiste a d’ailleurs accusé l’exécutif de « donner l’illusion » de créer des emplois, notamment en finançant des stages de courte durée.

Après quatre ans d’austérité et de sacrifices, le résultat peut apparaître décevant alors que derrière la vigueur de la reprise interviennent un certain nombre de facteurs conjoncturels – comme la faiblesse de l’euro ou du prix du pétrole – et extérieurs – l’intervention en 2012 de la BCE sur le marché de la dette, permettant une baisse des taux et un regain de confiance des investisseurs.

Le 4 octobre, il n’est pas dit que les Portugais plébiscitent la mise en œuvre de nouvelles réformes, comme celles préconisées par le FMI. Les sondages placent pour le moment le Parti socialiste en tête, mais sans majorité absolue.

Sandrine Morel

Source Le Monde 10/08/2015

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WikiLeaks. Comment l’Arabie Saoudite promeut l’islamisme à l’échelle planétaire

For Courrier InternationalThe New York Times a trié et vérifié 60 000 câbles diplomatiques saoudiens révélés par WikiLeaks. Conclusion : le royaume wahhabite a mis en place un redoutable système de prosélytisme à échelle planétaire pour faire la promotion d’un islamisme rigoriste.

Depuis des dizaines d’années, l’Arabie Saoudite injecte “des milliards de pétrodollars dans des organisations islamiques à travers le monde, pratiquant une diplomatie du chéquier”, révèle le journal américain New York Times.

Pour arriver à cette conclusion, le journal a trié et analysé 60 000 documents diplomatiques saoudiens dont les fuites ont été orchestrées par le site WikiLeaks. Le SaoudiLeaks ne fait que commencer. D’autres informations pourraient être bientôt révélées : WikiLeaks a révélé que quelque 400 000 autres documents étaient en attente de publication.

On sait que l’une des priorités de Riyad est de répandre une vision rigoriste de l’islam sunnite. Ce que l’on sait moins, c’est que l’Arabie Saoudite investit également énormément d’argent pour combattre son principal ennemi : l’Iran chiite.

“[Les Saoudiens] craignaient que la levée des sanctions internationales contre l’Iran après la signature de l’accord nucléaire [le 16 juillet] donne davantage de moyens à Téhéran pour soutenir des groupes [chiites et pro-iraniens]. Mais les documents révèlent une compétition qui va bien au-delà, avec de profondes racines idéologico-religieuses”, écrit le quotidien américain.

Un soft power efficace

C’est tout un système d’influence que les autorités saoudiennes ont mis en place et financé par l’argent des pétrodollars, montre l’enquête du quotidien américain. Riyad a notamment accordé des moyens financiers à des prédicateurs à l’étranger, construit des mosquées, des écoles, des centres et soutenu des campagnes pour “contrer des responsables et des médias à l’étranger qui étaient susceptibles de s’opposer à l’agenda du Royaume”.

“Dans la seule région du Kerala [en Inde], les Saoudiens ont donné 4,5 millions de riyals [1,1 million d’euros] à différents organismes”, rapporte par exemple le site India TV en réaction aux informations révélées par Wikileaks.

De même, le quotidien de Toronto The Globe and Mail a relevé un “don de 211 000 dollars canadiens [150 000 euros] à une école d’Ottawa et un autre de 134 000 dollars [96 000 euros] à une école de Mississauga” gérée par la Muslim Association of Canada, qui gère également des mosquées et d’autres écoles.

Si les sommes peuvent paraître relativement modestes pour chacun des cas pris isolément, elles deviennent énormes une fois additionnées les unes aux autres. Tout le mérite du New York Times est précisément d’avoir fait cette addition. “Il s’agit de milliers et de milliers d’organisations militantes et religieuses (…) directement ou indirectement financées par eux”, explique Usama Hasan, chercheur en études islamiques à la fondation Quilliam à Londres, cité par le journal.

L’organisation mise en place consistait globalement à identifier les personnalités et les associations étrangères à aider ou financer. “Le ministère des Affaires étrangères transmettait les demandes de financement à des officiels de Riyad, parfois les services de renseignements donnaient leur accord après examen des bénéficiaires potentiels et la Ligue islamique mondiale contribuait à avoir une stratégie coordonnée, tandis que les diplomates saoudiens supervisaient le projet à travers le monde”, explique encore le New York Times.

Les pays concernés ne sont pas seulement ceux du Moyen-Orient où la lutte fait rage entre l’Arabie Saoudite et l’Iran pour l’influence régionale, mais aussi les pays africains, notamment le Mali, où des acteurs locaux ont fait référence à la “menace du chiisme iranien” pour appuyer leurs demandes de fonds auprès des Saoudiens. “La peur de l’influence chiite allait jusqu’à englober des pays dotés de minorités musulmanes aussi réduites qu’en Chine. Aux Philippines, où seulement 5 % de la population est musulmane, des documents présentent également des propositions pour ‘restreindre l’influence iranienne’.”

Source : Le Courrier International 17/07/2015

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