«The End», éléments de scénographie sans formol. Photo JMDI
hTh Lecture. «The End» de Vaeria Raimondi et Enrico Castellani.
Une temporalité singulière dans un lieu singulier, celui du conservatoire d’anatomie de la fac de Médecine de Montpellier. Endroit tout trouvé pour écouter The End, lâché dans le noir muni d’un casque sur les oreilles et d’une lampe torche.
Le texte de Valeria Raimondi et Enrico Castellani interroge la mécanique implacable et vaine de nos existences. Avec le sens de la dramaturgie que construit notre libre cheminement dans l’espace, on évacue d’emblée l’anecdotique pour en venir à notre propre histoire humaine et à son dénouement.
Le texte s’adresse à nous mais la distribution de casques nous isole face au miroir de nos considérations. La voix du lecteur qui se déplace résonne un peu comme une âme amie. Avec plus ou moins d’attention, nous l’écoutons une heure durant, en laissant aller nos pas dans les longues allées du musée où tous les éléments du corps humain (et de quelques animaux) se dévoilent sous vitrines.
En tant qu’oeuvre, la pièce qui se joue n’a rien d’un fait accompli. L’espace qui porte déjà les éléments de la mise en scène médicale, se redistribue selon le parcours physique et psychique du visiteur. Dans les vitrines, les scènes inspirées de récits scientifiques ne font plus vraiment référence. Notre parcours suspend les récits préalables, se soustrait à leurs lois, efface le texte. Il nous renvoie à l’ignorance de notre sort, et à la ténacité d’un «pas encore».
Cela commence à s’entendre. Alors que deux journalistes, ressortissants italiens, sont jugés depuis le 24 novembre pour « vol et divulgation d’informations confidentielles » devant le tribunal du Vatican – dont la législation ne contient aucun article sur la liberté de la presse –, ni le premier ministre, Matteo Renzi, ni le Président de la république, Sergio Mattarella, ni aucun ministre n’ont émis à cette heure la plus petite protestation.
Les deux journalistes, Gianluigi Nuzzi et Emiliano Fittipaldi sont poursuivis pour avoir révélé, dans deux livres sortis le même jour (Chemin de croix, éd. Flammarion, et Avarizia, éd. Feltrinelli), les dessous pas très nets des finances en « quasi-faillite » du plus petit Etat du monde. Des informations obtenues par des sources internes au Saint-Siège, et non démenties.
Mercredi matin, au lendemain de la première audience, Gianluigi Nuzzi a envoyé un SMS ainsi rédigé au chef du gouvernement : « Président, le silence de tout le gouvernement sur un procès attenté à deux journalistes italiens dans un Etat étranger est surprenant ». « J’ai peut-être été arrogant, explique-t-il au Monde, mais j’ai senti que je devais le faire ». Aucune réponse ne lui était parvenue mercredi. « Ici, ce n’est pas comme en France, nous avait-il expliqué lors d’un précédent entretien. L’Etat n’est pas véritablement laïque. Nous avons le Vatican dans notre ADN. »
Dans un article publié par le quotidien La Stampa, Luigi La Spina trace un parallèle, « douteux » précise-t-il, avec la situation de deux fusiliers marins retenus depuis 2012 en Inde pour meurtre, et pour lesquels tous les gouvernements se sont démenés afin d’obtenir leur libération. « Pourtant, écrit-il, le sort de deux journalistes devrait alerter le gouvernement. » Cet appel aussi est resté vain, comme si personne au sein des institutions de la République italienne n’avait le courage de demander ne serait-ce qu’une explication pour ne pas froisser le Saint-Siège.
À ce jour, seuls les associations de journalistes, ou les directeurs de grands médias ont affiché leur solidarité avec leurs confrères poursuivis comme s’il ne s’agissait que d’une affaire interne à la profession. Mais à leur protestation s’ajoutent désormais celles des avocats italiens. En effet, Gianluigi Nuzzi et Emiliano Fittipaldi n’ont pu se faire assister par leurs défenseurs de confiance. Ils ont été contraints d’en choisir un parmi la petite liste des avocats autorisés à plaider devant les juridictions ecclésiastiques. Précision : ces derniers doivent être rigoureusement catholiques et de bonne réputation. Pour autant, ils n’ont pu avoir accès au dossier de leurs clients qu’à la veille de la première audience. « Nous avons épluché les pièces jusqu’à deux heures du matin », écrit Emiliano Fittipaldi dans le quotidien La Repubblica, où il tient la chronique de son procès.
On peut aussi lire dans son compte rendu ce petit aparté entre l’auteur de Avarizia et un de ses rares confrères accrédités, pendant une interruption d’audience : « Alors que je m’étonnais que, ici, les droits de la défense n’étaient pas respectés, un vaticaniste m’a remis en place : “Tu te trompes Fittipaldi, c’est un procès NORMALISSIMO !” Peut-être, mais je peux lire cependant un peu d’inquiétude sur le visage de mon avocat, habitué à ferrailler avec les juges de la Rote romaine pour faire annuler des mariages et défendre les auteurs de larcins dans le supermarché du Vatican. Cette fois, il s’agit d’une situation inouïe. »
Le procès reprendra lundi au rythme de deux audiences par jour s’il le faut. Tout doit être terminé quand commencera, le 8 décembre, le jubilé de la Miséricorde afin de ne pas brouiller le message du pape François. « Je me disque si la justice italienne était aussi expéditive, écrit encore Emiliano Fittipaldi, il y aurait moins de procédures enlisées. Mais à tout prendre, je me demande si je ne la préfère pas encore à celle du Vatican. » Gianluigi Nuzzi et Emiliano Fittipaldi encourent une peine de quatre à huit ans de prison.
Le 24 novembre, le préfet de Dordogne a ordonné la perquisition d’une ferme du Périgord vert. A la recherche de « personnes, armes ou objets susceptibles d’être liés à des activités à caractère terroriste », les gendarmes ont fait chou blanc. Sur les 1233 perquisitions administratives menées en France, les abus commencent à s’accumuler.
La ferme d’Elodie et Julien, à mi-chemin entre Périgueux et Angoulême, figure dans une plaquette de l’office de tourisme au chapitre « vente directe de fruits et légumes ». Il faut croire qu’on la trouve aussi dans les petits papiers du préfet de Dordogne. Mardi matin à 7h20, depuis sa chambre avec vue sur l’arrière de la maison, un ami hébergé par le couple entend des claquements de portières et aperçoit la lumière de lampes torches. C’est une perquisition administrative. « Quand on est descendus, les gendarmes étaient déjà dans la cuisine », raconte Elodie, 36 ans. Elle ne sait pas si l’ami « a ouvert ou s’ils sont entrés tout seuls », de toute façon « la porte était ouverte ». Devant elle et son compagnon Julien, 34 ans, s’alignent « une dizaine » de gendarmes de Nontron, Ribérac et Verteillac.
Comme les maraîchers bio demandent des explications, les forces de l’ordre invoquent l’état d’urgence et leur montrent un ordre de perquisition signé par le préfet Christophe Bay (voir ci-dessous). Selon ce papier, faisant référence aux attentats du 13 novembre et à « la gravité de la menace terroriste sur le territoire national », « il existe des raisons sérieuses de penser » que chez eux « peuvent se trouver des personnes, armes ou objets susceptibles d’être liés à des activités à caractère terroriste ». « Ils s’attendaient à quoi, des légumes piégés ? », plaisante Elodie après coup. Installés depuis trois ans et demi en Dordogne, Julien et sa compagne ont une fille de deux ans, vendent des légumes de saison à la Biocoop et le samedi au marché.
« Le G8, les manifestations pour l’environnement, ça ne vous dit rien ? »
Pendant deux heures quarante, les gendarmes fouillent chaque pièce en regardant « dans les placards, les coffres, la bibliothèque, les recoins, les boîtes », détaille Elodie. Ils semblent « très intéressés par les petits carnets, les coupures de presse. Les livres moins. » Et demandent quelle surface fait la ferme, s’il y a des appentis. L’un d’eux prend les choses particulièrement au sérieux. « Il nous dit : “le G8, les sommets européens, les manifestations pour l’environnement, ça ne vous dit rien ?” et mentionne aussi la Cop21. Visiblement, la perquisition a un rapport avec nos activités militantes. »
Cette impression se confirme lorsque les gendarmes évoquent enfin « un truc tangible », une action à laquelle Elodie et Julien ont participé il y a trois ans contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : le blocage du péage autoroutier de Mussidan. « Je ne pense pas avoir fait une seule manif depuis », résume la maraîchère. « La petite a deux ans. Je ne veux pas jouer la Sainte Nitouche, mais manifestation ou pas, qu’est-ce qui justifie ça ? » Le gendarme zélé explique aux habitants de la ferme « qu’avec l’état d’urgence, tout rassemblement est interdit, et qu’organiser une manifestation est illégal ». Elodie demande : « Si vous trouvez un papier disant que j’organise une manifestation, vous m’arrêtez ? » La réponse est oui. Mais ils ne trouvent rien de tel.
Les ordinateurs de la maison sont raccordés « à un appareil qui ressemblait à un disque dur externe, apparemment pour en copier le contenu », sans même avoir besoin de demander les mots de passe. « Il y a un ordi sous Ubuntu [un logiciel libre, ndlr] , et là ça n’a pas marché. » « Ils ont aussi branché les téléphones portables à une machine, en expliquant que le logiciel se déclenchait en fonction de mots-clés. » Un gendarme s’autorise une petite impertinence : « Je suis pas sûr que ça marche avec le péage de Mussidan. »
« Ils nous parlent d’extrême gauche et sous-entendent qu’on est islamistes ? »
Lorsqu’ils tombent sur des autocollants de la CNT, les gendarmes demandent de quoi il s’agit. « C’est mon syndicat », répond Elodie, affiliée à la fédération des travailleurs de la terre et de l’environnement. Pas de questions supplémentaires sur ce point. L’ami hébergé est fouillé sans insistance. Le matériel agricole ne semble pas non plus susciter leur curiosité. La conversation prend un tour plus inquiétant quand les gendarmes voient écrit « Bruxelles » dans un carnet et sur la carte d’identité de Julien, qui a travaillé en Belgique où il a encore des amis. Ils veulent savoir si le couple y va souvent. Ce signe de fébrilité agace Elodie : « On parle de quoi là ? Ils nous parlent d’extrême gauche et d’un coup sous-entendent qu’on est islamistes ? On ne sait pas ce qu’ils cherchent. » Pour seule réponse, les habitants récoltent un « voyez ça avec le préfet, nous on exécute les ordres ».
A 10 heures, après avoir fait signer un compte-rendu de perquisition reconnaissant qu’ils n’ont rien trouvé, les gendarmes repartent comme ils sont venus. Les maraîchers pensent quand même « qu’il faut que ça se sache ». Comme beaucoup de militants, ils craignent les conséquences de l’état d’urgence. « C’est vrai que notre préfet a la réputation d’être un peu rigide. Mais là on s’aperçoit que dès que la loi le permet, des individus se sentent libres de faire ce qu’ils veulent sur leur territoire. Visiblement la brèche est ouverte. »
La préfecture, que nous avons contactée, refuse de commenter ce cas particulier. « Nous préparons un communiqué de presse pour la fin de la semaine sur le nombre de perquisitions administratives, mais rien d’autre », nous répond-on. Lundi, un premier bilan départemental avait été rendu public : 26 perquisitions administratives en Dordogne depuis l’entrée en vigueur de l’état d’urgence, dans la nuit du 13 au 14 novembre. Une arme de collection, détenue illégalement, a été remise aux gendarmes et détruite. Impressionnant bilan pour la Dordogne.
Sur l’ensemble du territoire, on dénombrait mardi 1233 perquisitions administratives, conduisant à 165 interpellations, dont 142 gardes à vue, et la saisie de 230 armes. Un certain nombre d’abus et de bizarreries sont déjà signalés : citons par exemple une fillette de 6 ans blessée à Nice, un TGV évacué pour un film d’action, un trompettiste retenu sans motif Gare du Nord, un restaurant investi par la police en plein service… Au point que les recensions de ces dérapages ont été systématisées par La Quadrature du Net et remplissent les pages des journaux.
Le ministre de l’Intérieur croit-il désormais ce qu’il lit dans la presse ? Ce mercredi, Bernard Cazeneuve a annoncé qu’il allait envoyer une circulaire à tous les préfets « pour que ces perquisitions se fassent, même si on est dans un état d’urgence, dans le respect du droit ». C’est sûr que si personne ne prévient les préfets que les droits doivent être respectés…
Il était une fois une pauvre enfant Sortieouest du 25 au 28 novembre
Théâtre. Début de saison foudroyant dans le biterrois où l’étoile Sortieouest nous réchauffe le coeur et l’esprit.
A quelques brassées de Montpellier, moins d’une heure de voiture, Sortieouest, forme d’oasis culturel sur les terres biterroises soutenu par le Conseil départemental, donne du souffle à sa saison théâtrale. Il s’agit moins de résistance que de jardinage car si l’occupation médiatique à laquelle s’emploie le maire de Béziers se base sur le terrain culturel (grossières déclinaisons du triptyque travail, famille patrie et des rituels catholiques conservateurs), elle reste tournée vers le passé tout en glissant vers un repli identitaire.
A l’inverse la programmation de Jean Varela portée par une équipe ouverte et avenante, cultive une sensibilité proche des racines populaires historiques tout en restant parfaitement compatibles avec les questionnements contemporains.
A ce titre, on peut souligner un étincelant début de saison avec des spectacles comme celui du chorégraphe belge Alain Platel Tauberbach qui inscrit la danse dans un monde qui appartient à tous. La création de Monologue du Nous par le metteur en scène Charles Tordjman, accueilli en résidence, d’après l’oeuvre majeure du poète français Bernard Noël. Le brûlot d’intelligence et de bonne humeur lucide véhiculé par la pièce de Jean Charles Massera, Que faire ? mise en scène par Benoît Lambert et magistralement interprétée par Martine Schambacher et François Chattot.
Max Matériau de Jacques Allaire et Luc Sabot à SortieOuest jusqu’à dimanche 29 novembre. (photo dr)
La saison démarre très fort et se poursuit actuellement avec le spectacle Marx matériau conduit par Jacques Allaire et Luc Sabot qui offre la possibilité de rencontrer l’auteur du Capital dans l’intimité. Et Il était une fois un pauvre dirigée par Jean-Baptiste Tur d’après Woyzeck de G Büchner.
Si les leaders de gauche ont brisé partiellement les rêves du peuple, à SortieOuest on s’applique à les faire revivre !
Visite d’atelier. Portrait subjectif de Marc Duran, artiste peintre musicien sétois. Celui qui prétend ne pas savoir ce qu’est l’art pourrait bien avoir la chance d’en faire toute sa vie.
Par un soir d’automne en état d’urgence, Marc Duran se prête au jeu d’une visite impromptue. L’atelier perché dans une rue du quartier haut de Sète est peuplé en ce mois de novembre. « Des fois j’ai envie de sortir, parce qu’il y a trop de monde, prétend l’artiste, seul devant ses toiles. Mais je sais que bientôt elles vont partir, et là je vais sentir le vide et me mettre à bosser comme un dingue. »
Peintre pour de vrai ?
Marc Duran prétend qu’il a débuté la peinture depuis trois ans, qu’il ne sait pas s’il est un vrai peintre mais que depuis qu’il s’y est mis, les gens lui achètent ce qu’il fait. Alors il travaille beaucoup, souvent sur plusieurs toiles à la fois. Il a déjà signé 300 toiles. « Il arrive que certaines personnes veuillent partir avec des tableaux inachevés », prétend Marc. Comme il n’est pas contrariant, il leur cède. Quand certaines toiles lui donnent du fil à retordre, il passe à autre chose. Actuellement, Marc prétend passer ses journées à peindre et à jouer du piano.
Dans le bouillon ?
Au début des années 80, Marc a joué dans plusieurs groupes de rock punk. A cette époque, il retrouve souvent Combas, Di Rosa et tous les futurs tenants de la figuration libre sétoise. Il baigne dans la genèse du mouvement. « Ils peignaient et moi je taquinais ma guitare. Aujourd’hui chacun a fait son propre chemin mais on continue à se voir pour parler et boire des coups, c’est une forme de rituel. J’ai toujours été dans la soupe, dans le bouillon… »
Rapport à l’île Singulière ?
« C’est celle d’un vieux couple. Vous connaissez l’histoire du jeune à qui son instituteur demande la différence entre être excité et être énervé ? Il sèche le jeune, alors quand il rentre à la maison, il pose la question à son père qui lui répond : « Eh bien la différence, c’est comme ta mère et moi. Au début, elle m’excitait, maintenant elle m’énerve », prétend Marc Duran, mais on sent bien un profond attachement à la vie sétoise.
Musicien compositeur ?
Marc a eu envie de bouger parce qu’il s’ennuyait, prétend-t’il. Toujours dans les années 80, il quitte Sète pour rejoindre Londres. Outre-Manche, il poursuit la musique pendant dix ans en vivant de ses concerts. Il a enregistré de nombreux CD avec son groupe Les Manchakous ou en solo sous le nom de Marc Di. « J’aime composer, j’adore faire des arrangements. Je suis allé assez loin. » A son retour en France, Marc, s’associe à des musiciens du conservatoire et compose un opéra sur la trame d’un drame cathare. L’oeuvre est bien reçue. « C’était l’époque où on me prenait pour un curé, et moi je me prenais pour un compositeur alors que je ne savais pas composer, prétend Marc, après j’ai étudié la musique. J’ai fait cinq ans d’harmonie tonale. »
Etre artiste ?
« Je ne sais pas ce que c’est vraiment qu’être artiste. C’est faire des choses, tout le monde est artiste ou peut l’être, prétend Marc. C’est répondre à une pulsion forte. J’ai fait ça toute ma vie, j’ai composé, produit de la musique, j’ai même écrit un livre, un polar : Bloody mardi. Maintenant je fais de la peinture et de la sculpture », indique Marc en désignant un volume peint qui ressemble à une défense d’éléphant qui aurait traversé la voie lactée. « C’est la corne d’abondance. On à l’impression de faire de l’art. J’ai toujours abordé les choses de ma vie comme de l’art, pour me défouler en agissant en souffrance. L’art c’est plus important que tout. J’ai même refusé des boulots pour continuer… »
Vous connaissez les Cramps ?
Marc réécoute ses anciens morceaux parce qu’il songe à en reprendre certains sous une autre forme. Il fouille dans un tiroir, sort un CD, et le glisse dans un vieux lecteur poussiéreux. Ca sonne underground américain, rock garage un soupçon british. « J’ai reçu une équipe de France Culture et un des programmateurs a flashé sur un de mes morceaux », prétend Marc. Il semble se réjouir que le rapport professionnel entre l’artiste et le journaliste parisien se soit légèrement transformé. « C’est un morceau pornographique qu’il va sans doute utiliser dans une future émission qu’il prépare*. »
Maintenant, Marc marche dans son atelier. « Je fais des kilomètres par jour dans cet espace étroit pour réfléchir et ne pas m’obstiner », prétend-t-il. Il regarde un tableau comme s’il n’avait plus besoin de parler de lui et que cette toile le renvoyait à un voyage lointain dont il ne se souvenait plus bien. « Vous voyez, là ces personnages… Ce sont les Cramps. Vous connaissez les Cramps ? »
Rapport à la peinture ?
« Comment je travaille ? Je commence par salir la toile. C’est elle qui m’inspire. Je fais des tâches. Je n’arrive pas à élaborer des scènes, prétend Marc. Je me laisse aller, je connais mes limites. Je ne m’attache pas à la composition mais le travail aidant, ça vient tout seul et au final je suis content. Je ne suis pas un bon musicien mais j’ai toujours aimé composer. Avec la peinture, je compose des arrangements autour de mes tâches. »
L’ambiance un peu cacophonique qui règne dans l’atelier confirme la forte présence de la musique dans les tableaux. Face à elles, on imagine l’artiste jouant de la musique sur ses toiles. On le voit calant les motifs et les boucles en rythme comme un dj qui mixe. « En peinture comme dans tout art, il faut un style, prétend Marc. J’ai baigné dans la famille de la figuration libre, mais je ne fais pas de la copie. Je cherche à libérer l’intérieur. Je ne représente pas, j’essaie d’évoquer. Je ne fait pas de la figuration libre, je suis plutôt un artiste brut », prétend Marc Duran.
Rapport au fantôme…
Son travail qui fait appel à des courbes et des points « indemnes de culture artistique » évoque la fertilité et la féminité. Il est aussi empreint d’étrangeté liée à une présence cachée. « Quand j’étais petit, à la maison, il y avait une porte avec des contours en fer forgé à l’intérieur desquels je voyais des visages qui m’observaient. Je les ai retrouvés il y a peu dans mes toiles… », prétend Marc Duran.
Jean-Marie Dinh
* On retrouvera prochainement Marc Duran dans l’émission de France Culture sur les Docks.