L’Unicef dénonce l’exploitation des migrants mineurs dans les « jungles » françaises

 Dans la « jungle » de Calais, les 6 et 7 avril. Sarah AlcalayL pour Le Monde

Dans la « jungle » de Calais, les 6 et 7 avril. Sarah AlcalayL pour Le Monde

Violés, contraints de se prostituer, de voler, d’accomplir des corvées quotidiennes dans les camps ou d’aider à faire monter des migrants dans les camions… Les mineurs non accompagnés qui campent à Calais (Pas-de-Calais), Grande-Synthe (Nord) et dans cinq petites jungles voisines sont la proie des passeurs. Signataire de la Convention internationale des droits de l’enfant, la France leur doit pourtant assistance et protection.

Trois sociologues ont passé quatre mois sur le littoral de la Manche et dans le Calaisis, explorant les campements jusqu’à Cherbourg (Manche). Ils y ont réalisé des entretiens approfondis avec 61 jeunes venus seuls d’Afghanistan, d’Afrique subsaharienne, d’Egypte, de Syrie ou du Kurdistan.

Commandé par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), leur travail permet de comprendre qui sont ces quelque 500 enfants et adolescents (dont douze ont moins de 14 ans et même trois moins de 12 ans), comment ils sont arrivés et dans quelles conditions ils survivent.

Cinq euros la passe

Sur le littoral du nord de la France, la situation est extrêmement difficile. « Pour trouver une place à Norrent-Fontes [Pas-de-Calais] ou Stenvoorde dans le département du Nord [deux des petits campements plus « humains » que Calais], le droit d’entrée est de 500 euros », dit Alexandre Le Clève, un des auteurs de l’enquête. A Calais, certains jeunes Afghans paieraient aussi 100 euros comme droit d’entrée pour obtenir une place et la protection d’un passeur.

Les chercheurs ont mis à jour le système qui permet aux mineurs désargentés de s’installer malgré tout dans un campement et de passer au Royaume-Uni. « Les entretiens avec les jeunes filles éthiopiennes, érythréennes ou kurdes ont permis d’identifier un échange de services sexuels contre la promesse d’un passage outre-Manche ou en vue d’accéder à certains terrains », rapporte Olivier Peyroux, coauteur de l’enquête.

« A Norrent-Fontes ou à Steenvoorde, des hommes et quelques filles ont abordé le sujet », insiste le sociologue. C’est le cas de Yohanna, citée comme une « jeune de 16 ans qui cache son âge » parce qu’elle craint de se retrouver placée dans un foyer pour mineurs loin de la côte. « On est trente sous les tentes, a-t-elle expliqué. Quand on n’a plus d’argent, on s’arrange. »

Le travail des sociologues révèle que des femmes sont conduites des jungles des Hauts-de-France à Paris pour se prostituer avant d’être ramenées vers la côte et remplacées par d’autres la semaine suivante. Une vingtaine d’entre elles se prostitueraient aussi dans les bars de la jungle pour cinq euros la passe.

Travailler pour rembourser

Pour les garçons, ultra-majoritaires, la situation n’est pas plus enviable. Dans les jungles où l’on manque de tout, les corvées qui leur échoient sont nombreuses. Aller chercher l’eau, attendre aux douches pour le compte d’une tierce personne, faire la lessive, jouer le guetteur sur les aires contrôlées par les passeurs, faire monter les migrants dans les camions vers le Royaume-Uni… Les auteurs de l’enquête ont listé au fil de leurs entretiens toutes ces tâches auxquels certains sont contraints pour espérer un passage à leur tour.

Les chercheurs notent que d’autres empruntent de l’argent pour payer leur passage, « ce qui fait craindre une exploitation économique une fois qu’ils sont passés outre-Manche », rappelle Olivier Peyroux, qui a souvent entendu ces adolescents expliquer qu’ils travailleront pour rembourser.

C’est le cas d’Akar, un jeune Kurde irakien qui doit 9 000 euros à son frère coiffeur, qui vit au Royaume-Uni, ou de Zoran, kurde lui aussi, qui a une dette de 5 000 euros envers son père, resté en Iran.

Commanditaire de cette étude, le directeur de l’Unicef France, Sébastien Lyon, s’alarme de cette situation et demande en urgence « la création de lieux de protection spécifique pour mineurs, où ils seraient accueillis de manière inconditionnelle. Parce qu’il est grave que ces adolescents n’aient aucune idée de leurs droits en France », insiste-t-il.

Les foyers ne répondent pas aux besoins des adolescents

Ces lieux de « protection » ne peuvent selon lui qu’être installés sur place, sécurisés et réellement dédiés aux mineurs non accompagnés du Pas-de-Calais, du Nord, de la Manche et même au sein du futur campement humanitaire envisagé à Paris.

Les efforts faits par France Terre d’Asile, dont les maraudes ont permis de mettre à l’abri 1 403 jeunes en 2015, se sont soldés dans 84 % des cas par des fugues. Trop éloignés de la jungle de Calais, les foyers ne répondent pas aux besoins des adolescents. Et, dans les autres départements étudiés par les deux chercheurs, qui sont allés jusqu’à Cherbourg, l’offre est encore moindre.

La France ne respecte donc pas la Convention des droits de l’enfant. Pas plus qu’elle n’a réellement donné suite au jugement du Conseil d’Etat du 23 novembre 2015, qui l’enjoignait « de procéder au recensement des mineurs isolés en situation de détresse et de se rapprocher du département du Pas-de-Calais en vue de leur placement ».

Pas plus qu’elle n’a entendu le dernier avis du Défenseur des droits, le 20 avril, demandant une mise à l’abri des mineurs sur le site. Autant de prises de paroles qui rappellent que la simple présence d’un enfant dans la « jungle » justifie sa protection et sa mise à l’abri.

Mercredi 15 juin, les dix associations les plus présentes sur les jungles ont signé un communiqué commun s’inquiétant que « l’Etat et le Conseil départemental du Pas-de-Calais ne semblent pas du tout avoir pris la mesure de la gravité et de l’urgence de la situation et ne peuvent abandonner ces enfants qui ont fui la guerre et l’horreur ». Eux aussi demandent la mise en place de structures adaptées en urgence.

Assurer un revenu à la famille

L’Etat a préféré mettre l’accent sur la procédure de regroupement familial, autorisant quelques dizaines de mineurs dont la famille très proche vit outre-Manche à gagner légalement le Royaume-Uni. Plusieurs dizaines de dossiers sont ouverts, quelques jeunes ont rejoint leur famille, mais le processus est très lent et les sociologues sont convaincus que ces cas portés par la France ne feront pas avancer la cause de la majorité de jeunes échoués là.

Ils évaluent leur nombre à 500 au moment où ils ont enquêté. Compte tenu des passages outre-Manche, plus d’un millier d’adolescents séjournent dans le nord de la France au cours d’une année.

Conçu comme un outil pour les pouvoirs publics, qui méconnaissent ces jeunes migrants, le travail de l’Unicef s’intéresse aussi à leur histoire. « Si je prends l’exemple des jeunes Afghans, les plus nombreux sur les sites, puisqu’ils seraient entre 100 et 200 à Calais, ils sont souvent envoyés par le père pour rejoindre, au Royaume-Uni, un oncle qu’ils connaissent à peine. Il s’agit de les mettre à l’abri de l’enrôlement et d’assurer un revenu à la famille restée au pays », rappelle Olivier Peyroux.

Les deux universitaires ont observé que beaucoup d’entre eux n’arrivent pas à sortir de cette mission qui leur est confiée. Aussi, ils vivent les violences de Calais, après celles qu’ils ont souvent déjà connues sur la route, comme une sorte de fatalité.

L’enquête permet aussi de comprendre que Paris fonctionne comme une base arrière où ces migrants mineurs reviennent, soit pour repartir vers un autre port transmanche, soit pour aller vers le nord de l’Europe via l’Allemagne et le Danemark, soit simplement pour gagner de l’argent. Autant d’informations que Sébastien Lyon livre aujourd’hui aux autorités en espérant qu’elles contribuent à améliorer la prise en charge des mineurs isolés par la France.

Maryline Baumard

Source : Le Monde 16/06/2016

Voir aussi : Actualité France Rubrique Politique, Politique de l’immigration, Perdre la raison face aux barbelés, rubrique Société, Justice,

Irak : Un premier bilan de la guerre

Selon le recensement US : 4 400 soldats américains sont morts en Irak.

Les dernières troupes combattantes américaines ont quitté l’Irak. C’est ce qu’annoncent les Etats-Unis, même si 50 000 de leurs soldats, regroupés sur des dizaines de bases, demeureront encore jusqu’à fin 2011, « en appui » à l’armée irakienne. Ce retrait s’opère conformément à l’accord-cadre stratégique signé par l’administration Bush sur le départ avec le gouvernement irakien à la fin 2008. Le président Obama a décidé de respecter ce texte et d’accélérer le désengagement.

On peut certes prétendre que, par rapport à la situation existante à la fin 2006, avec une insurrection active et des attentats quotidiens meurtriers, le contexte actuel est meilleur. Il faut néanmoins prendre du recul par rapport à cette vision et essayer de dresser un bilan de cette guerre qui ne fut pas seulement une faute, mais un crime dont on aurait tort de dédouaner les Etats-Unis (lire « “Leurs” crimes et les “nôtres” »).

Cette guerre d’agression, non provoquée, déclenchée sous le faux prétexte de chercher des armes de destruction massive, est d’abord une violation des principes des Nations unies qui, le 14 décembre 1974, à travers leur assemblée générale, adoptaient un texte définissant l’agression (PDF). Son article 3 s’énonce ainsi :

« L’un quelconque des actes ci-après, qu’il y ait eu ou non déclaration de guerre, réunit, sous réserve des dispositions de l’article 2 et en conformité avec elles, les conditions d’un acte d’agression :

a) L’invasion ou l’attaque du territoire d’un Etat par les forces armées d’un autre Etat, ou toute occupation militaire, même temporaire, résultant d’une telle invasion ou d’une telle attaque, ou toute annexion par l’emploi de la force du territoire d’un autre Etat ;

b) Le bombardement, par les forces armées d’un Etat, du territoire d’un autre Etat, ou l’emploi de toutes armes par un Etat contre le territoire d’un autre Etat ;

c) Le blocus des ports ou des côtes d’un Etat par les forces armées d’un autre Etat ;

d) L’attaque par les forces armées d’un Etat contre les forces armées terrestres, navales ou aériennes, la marine ou l’aviation civiles d’un autre Etat ».

Au-delà de cette dimension juridique et des querelles qu’elle peut susciter, le bilan de la guerre américaine, menée sans l’aval des Nations unies, est accablant :

— Destruction du pays, de ses structures étatiques et administratives. Il n’existe plus d’Etat irakien qui fonctionne. Sept ans après la guerre, l’électricité arrive à peine quelques heures par jour, la production pétrolière stagne, l’administration ne fonctionne pas, les écoles et les universités sont à l’abandon, etc. Reconstruire une structure unifiée et efficace nécessitera sans doute des décennies.

— Le confessionnalisme, encouragé dès les premiers jours par l’occupant, a été institué dans toutes les fonctions, et la répartition des postes se fait désormais en fonction de l’appartenance communautaire ou nationale. Les principales forces politiques sont « chiites », « sunnites » ou « kurdes ». Et demeurent une série de bombes à retardement, comme la délimitation des « frontières incertaines du Kurdistan ». La question de Kirkouk, où un référendum est prévu depuis décembre 2007 (et sans cesse reporté) pour décider du rattachement ou non de cette ville à la région autonome du Kurdistan, n’est pas le moindre des défis.

— Le bilan humain est terrible. Si on connaît précisément les pertes américaines (environ 4 400 tués), celles des Irakiens ont fait l’objet d’évaluations très diverses : on ne recense pas un mort « arabe » comme on recense un mort « occidental » ; seul ce dernier a un visage. Entre cent mille et plusieurs centaines de milliers de personnes tuées, des milliers de disparus, des centaines de milliers de personnes déplacées et de réfugiés (notamment en Syrie – lire Theodor Gustavsberg, « Silencieux exil des Irakiens en Syrie » – et en Jordanie), des centaines de milliers de blessés.

— Malgré les coups qui lui ont été portés depuis 2007, Al-Qaida, qui, rappelons-le, était absente d’Irak jusqu’en 2003, s’y est implantée. Elle garde des structures efficaces, comme le prouvent les attentats coordonnées de ce mois d’août 2010. Des milliers de combattants du monde arabe et musulmans ont transité ces dernières années par l’Irak et ont ensuite porté le combat en Afghanistan, en Somalie, au Liban, en Afrique du Nord.

Seul point positif, la chute de la dictature de Saddam Hussein, l’une des plus brutales de la région. On ne peut que s’en féliciter, mais cela valait-il de telles souffrances ? D’autant que le risque est grand de voir émerger un « pouvoir autoritaire à dominante chiite ».

Et la question que personne ne posera : qui sera jugé pour ce crime ? Comment s’étonner que nombre de pays ne suivent pas le Tribunal pénal international quand il inculpe le président soudanais Omar Al-Bachir, ou des criminels de tel ou tel petit pays africain, alors que MM. George W. Bush, Dick Cheney et Donald Rumsfeld continuent tranquillement à couler des jours heureux en donnant des conférences sur le monde libre, la démocratie et le marché pour quelques dizaines de milliers de dollars la prestation ?

Environs 660 000 irakiens sont morts. Qui sera jugé pour ce crime ?

Environs 660 000 irakiens sont morts. Qui sera jugé pour ce crime ?

Personne n’affirme plus que les Etats-Unis ont gagné la guerre en Irak, surtout si l’on se reporte aux objectifs initiaux du président George W. Bush : installation à Bagdad d’un gouvernement allié, prêt à collaborer avec Washington, à lui accorder des bases et disposé à établir des relations diplomatiques avec Israël ; ouverture des ressources de l’Irak au marché libre ; démocratisation du Proche-Orient ; isolement du régime iranien.

Personne n’explique plus doctement que, certes, la guerre était une erreur, mais que si les Etats-Unis se retiraient ce serait encore pire. Il faut le répéter : c’est la présence américaine qui est la cause de l’instabilité, et non l’instabilité qui nécessite la présence américaine.

Les conséquences régionales de cette guerre sont aussi graves. Incontestablement et paradoxalement, elle a renforcé le poids de l’Iran, même s’il ne faut pas croire que les chiites irakiens regardent tous vers Téhéran, ni sous-estimer le poids du nationalisme irakien et arabe. L’absence de pouvoir central entraîne forcément l’ingérence des puissances voisines dans les affaires irakiennes : ni la Turquie, ni l’Arabie saoudite, ni la Syrie, ni bien évidemment l’Iran ne s’en privent. Ankara a ouvert plusieurs consulats, dont un à Bassorah, dans le sud chiite ; il a aussi développé ses relations avec le pouvoir autonome kurde, ce qui n’a pas mis un terme à ses bombardements contre les forces du PKK réfugiées au Kurdistan.

Quel est désormais le poids des Etats-Unis en Irak ? Les élections de mars 2010 ont débouché sur une impasse et le pays n’a toujours pas de gouvernement. Quatre forces se partagent le Parlement : un bloc kurde qui représente une région vivant sous autonomie de fait ; le bloc du premier ministre en exercice Nouri Al-Maliki, à majorité chiite ; le bloc de l’ancien premier ministre Iyad Allaoui, chiite qui a obtenu le vote de nombreux sunnites ; et, enfin, l’Alliance nationale composée de l’organisation de Moqtada Al-Sadr et du Conseil suprême islamique, deux formations chiites.

Joost Hiltermann, dans un article de la New York Review of Books (19 août 2010) intitulé « Iraq : The impasse », remarque :

« Ce qui est frappant avec l’approche actuelle de l’administration Obama n’est pas seulement sa préférence pour un parti donné, celui de Allaoui en l’occurrence, mais son manque de volonté inexplicable de pousser pour une solution donnée, un fait que tous les politiciens ont noté. Les Etats-Unis essaient d’exercer une forte pression uniquement de manière sporadique, sous la forme d’une visite du vice-président Joe Biden, l’envoyé spécial de facto de l’administration en Irak. » Mais leurs tentatives d’obtenir la formation d’un gouvernement d’unité entre Maliki et Allaoui avant leur retrait n’ont pas abouti. Et Hiltermann de conclure que les Etats-Unis sont « une puissance en déclin » en Irak.

Ce n’est pas l’avis de tous les commentateurs, comme en témoigne un éditorial de Seumas Milne dans le quotidien britannique The Guardian (4 août 2010), « The US isn’t leaving Iraq, it’s rebranding the occupation ». Pour Milne, les Etats-Unis donnent simplement un autre visage à une occupation qui se poursuit sous d’autres formes.

Alexander Cockburn lui répond vertement dans « Thank You, Glenn Beck ! » (CounterPunch, 27-29 août). Il reprend certains arguments de Rosen et explique aussi que, sur le pétrole, pour l’essentiel, ce ne sont pas les compagnies pétrolières américaines qui ont bénéficié des premiers contrats passés, mais des sociétés russe, norvégienne, chinoise, malaisienne, etc.

Alors, poursuite de l’occupation sous d’autres formes ou non ? Ce qui est sûr, c’est que, en ce XXIe siècle, aucune puissance ne peut gouverner durablement un pays étranger, lui imposer sa volonté. A ceux qui rêvaient d’un retour de l’empire, la guerre d’Irak a apporté un démenti flagrant. Un démenti qui sera confirmé demain en Afghanistan.

Alain Gresh*


*Alain Gresh est directeur adjoint du Monde Diplomatique, spécialiste du Proche Orient. Il est notamment l'auteur de Israël Palestine, vérités sur un conflit  (Fayard 2007).

Voir aussi : Rubrique Irak, Une série d'attentats marque l'ouverture des élections , Pétrole contre nourriture L’Irak demande des réclamations, Le président irakien vient conclure des contrats à Paris, Rubrique Afghanistan, Enlisement total , Rubrique Turquiel’UE est une machine kafkaïenne, Lien On Line Le blog d'Alain Gresh Nouvelles d'Orients,

Une série d’attentats marque l’ouverture du scrutin à Bagdad

irakelections1Plusieurs obus de mortier ont été tirés et au moins sept bombes ont explosé à Bagdad et Baqouba, dimanche 7 mars, à l’ouverture des bureaux de vote pour les deuxièmes élections législatives de l’après Saddam. Un premier bilan fait état de 12 morts. Le scrutin est entouré de mesures de sécurité exceptionnelles pour empêcher des attentats d’Al-Qaida, qui a menacé de tout faire pour troubler la tenue d’un scrutin jugé crucial pour l’avenir du pays. Dix obus de mortier ont été tirés à Bagdad, dont quatre contre la zone qui abrite les institutions gouvernementales et les ambassades américaine et britannique, a précisé cette source, sans faire état de victime. Deux bombes ont également explosé dans deux autres quartiers de la capitale alors que cinq autres ont retenti quasi-simultanément à proximité de bureaux de vote sans faire de victimes, selon des sources policière et militaire.

Environ 19 millions d’Irakiens doivent se rendre dans les centres de vote des 18 provinces, qui constituent autant de circonscriptions, pour élire les 325 députés de leur parlement lors d’un scrutin jugé crucial pour l’avenir du pays. Les bureaux de vote fermeront à 17 heures (15 heures à Paris). Ces élections interviennent à six mois du retrait des troupes de combat américaines, en août, qui ouvrira la voie au désengagement total de l’armée fin 2011 après neuf ans d’occupation. Contrairement au premières élections législatives de 2005, les troupes américaines ne participent pas à la protections des urnes.

Le Premier ministre chiite sortant Nouri al-Maliki et son rival laïc Iyad Allawi font figure de favoris mais devront affronter une coalition de partis religieux chiites particulièrement puissante dans le sud du pays. Au nord, dans le Kurdistan autonome* irakien, les deux partis historiques -le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani et l’Union patriotique du Kurdistan de Jalal Talabani- sont pour la première fois concurrencés dans un scrutin national par un parti de dissidents, Goran (changement en kurde). Pour tenter de parer aux violences, un dispositif de sécurité exceptionnel a été mis en place. Uniquement à Bagdad, 200.000 policiers et soldats seront déployés, alors que la circulation automobile sera interdite dans l’ensemble des villes.

AFP

* Repères Kurdistan irakien : Mai 1992 Premières élections législatives au Kurdistan irakien, qui a obtenu une autonomie partielle après la guerre du Golfe de 1991. Le Parti démocratique du Kurdistan et l’Union patriotique du Kurdistan se partagent le pouvoir. Mars 2003 Invasion de l’Irak par l’armée américaine. La loi sur la période de transition entre en vigueur le 28 juin 2004 et reconnaît officiellement l’autonomie du gouvernement régional du Kurdistan. La Constitution irakienne en fait autant en 2005. Janvier 2005 L’Alliance démocratique et patriotique du Kurdistan de Jalal Talabani et Massoud Barzani remportent 104 des 111 sièges de l’Assemblée nationale kurde. M. Barzani est désigné président pour quatre ans.

Voir aussi : Rubrique actualité internationale Irak :  Pétrole contre nourriture L’Irak demande des réclamations, Le président Jalal Talabani à Paris, Paris et Bagdad renouent leurs liens militaires,