Légitime défense, outrages… L’Assemblée approuve le projet de loi controversé de sécurité publique

Déjà voté au Sénat, le texte devrait être définitivement adopté d'ici la fin du mois.

Déjà voté au Sénat, le texte devrait être définitivement adopté d’ici la fin du mois.

Dans un contexte tendu en pleine affaire d’Aulnay-sous-Bois, l’Assemblée nationale a approuvé, mercredi 8 février, le projet de loi de sécurité publique. Ce texte, présenté comme une réponse aux manifestations policières de l’automne, assouplit les règles de légitime défense pour les policiers, durcit les peines pour outrages aux forces de l’ordre et autorise l’anonymat des enquêteurs.

Le projet de loi aligne les règles de légitime défense des policiers sur celles des gendarmes, qui disposent d’une plus grande marge de manœuvre. Le texte liste cinq situations dans lesquelles les forces de l’ordre, ainsi que les douaniers et les militaires de l’opération Sentinelle, pourront utiliser leurs armes :

• face à la menace de personnes armées

• lorsqu’ils ne peuvent défendre autrement le terrain qu’ils occupent

• lorsqu’une personne cherche à échapper à leur garde, qu’ils ne peuvent l’arrêter autrement et qu’elle présente une menace

• lorsqu’ils ne peuvent arrêter autrement un véhicule présentant une menace et enfin dans le but d’empêcher un « périple meurtrier ».

La droite voulait aller plus loin

Durant la discussion de l’article sur la légitime défense, Marc Dolez (Front de gauche) et Pouria Amirshahi (non-inscrit) ont relayé l’argumentaire du Défenseur des droits, Jacques Toubon, selon lequel le projet de loi risque de donner le « sentiment d’une plus grande liberté pour les forces de l’ordre alors que les cas prévus sont déjà couverts »« A Viry-Châtillon, les fonctionnaires de police étaient parfaitement en situation de se défendre (…) Au Louvre, le droit de la légitime défense n’a pas empêché de répondre pour se protéger », a indiqué Pouria Amirshahi.

A ces critiques, le ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, a répondu que la légitime défense resterait régie « par les principes d’absolue nécessité et de stricte proportionnalité » imposés par la Cour européenne des droits de l’Homme. Comme lui, les orateurs socialistes ont jugé qu’il n’y avait « aucune raison » de maintenir une « dichotomie entre gendarmerie et police nationale, toutes placées sous la même autorité du ministère de l’Intérieur ».

A l’inverse, Les Républicains, représentés par Eric Ciotti, ont regretté que le texte « n’aille pas assez loin », relayant vainement les demandes des syndicats de policiers municipaux pour bénéficier aussi de ces règles. Les policiers municipaux « n’ont pas le même statut, pas la même hiérarchie de commandement et ne participent pas au processus du maintien de l’ordre », a objecté le socialiste Jean-Yves Le Bouillonnec.

Une adoption définitive d’ici la fin du mois ?

Les autres points principaux du texte ont été peu débattus. Il s’agit de l’extension possible de l’anonymat des enquêteurs dans certains actes de procédure, pour les protéger, ainsi que leur famille. Autre mesure : le doublement des peines prévues pour outrage aux forces de l’ordre pour les aligner sur celles d’outrage aux magistrats, passibles d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende. Cette dernière mesure risque de « creuser le fossé déjà existant entre la force publique et la population », avait averti Jacques Toubon.

Le projet de loi a été approuvé à l’unanimité de la quinzaine de députés PS, LR et FN présents. Seul le Front de gauche avait annoncé son intention de s’abstenir.

Ce texte ayant déjà été voté au Sénat en janvier, la majorité de gauche de l’Assemblée et celle de droite du Sénat vont maintenant devoir surmonter leurs faibles divergences, principalement sur l’extension de ce régime de légitime défense à la police municipale. Le texte devrait être définitivement adopté d’ici la fin des travaux parlementaires, fin février.

Source AFP 09/02/2017

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Manif après le viol commit par un policier

Manif Sauvage aux cris de justice pour Théo

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dans une ambiance tendue mardi soir dans l’est de Paris, pour apporter leur soutien au jeune Théo, victime d’un viol présumé lors d’une arrestation brutale à Aulnay-sous-Bois.

 

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Plusieurs centaines de manifestants se sont retrouvés métro Ménilmontant

 

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«Police, violeurs, assassins», «tout le monde déteste les violeurs», a chanté la foule en frappant dans ses mains.

 

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Les manifestants de tous les âges, et dont certains étaient cagoulés, ont scandé : «Théo, Adama: pas de justice, pas de paix».

 

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Les manifestants, qui s’étaient donné rendez-vous sur les réseaux sociaux, faisaient ainsi allusion à Adama Traoré, un jeune homme noir mort lors d’une interpellation cet été à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise).

 

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«On veut que les policiers soient condamnés à la mesure de leur acte, pas avec du sursis», a déclaré à l’AFP une femme venue manifester pour «dénoncer les violences policières».

 

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Un souhait partagé par les autres manifestants, qui réclament «de la prison ferme et une interdiction d’exercer» pour les policiers mis en examen dans cette affaire.

 

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Théo, 22 ans, toujours hospitalisé en raison de graves blessures dans la zone rectale, s’est vu prescrire 60 jours d’incapacité totale de travail (ITT).

 

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Depuis son lit d’hopital, Théo a quant à lui exhorter les jeunes à ne pas faire «la guerre».

 

Photos Martin Colombet. Hans Lucas pour Libération

Source Libération 07.02.2017
Voir aussi : Rubrique Société, Les Flics refusent d’être fliqués, Enjeux politiques des quartiers populairesMontée de la violence policière, BAC : Les flics mis en examen, Démocratie après les attentats d’Oslo et d’Utøya, rubrique Justice, Aulnay-sous-Bois : les policiers tentent la défense du viol… par accident rubrique Politique, Société civile,  rubrique Livre L’ennemi intérieur de Mathieu Rigouste

 

10 omissions, flous et mensonges de François Fillon en conférence de presse

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François Fillon a tenté d’éteindre une bonne fois pour toute l’incendie dans l’affaire des emplois fictifs présumés de son épouse et de ses enfants. Au risque d’affirmer de contre-vérités. Voici les éléments qui ont retenu notre attention :

Les dates d’emploi de Penelope Fillon comme assistante parlementaire

Sur TF1 le 26 janvier, après les premières révélations du « Canard enchaîné », François Fillon avait affirmé que son épouse avait été « rémunérée depuis 1997 » pour ce travail de collaboratrice. La semaine suivante, le « Canard enchaîné » révélait qu’elle avait en fait été rémunérée dès 1988. Interrogé sur cette omission (volontaire ?), François Fillon n’a pas répondu et a insisté sur le trouble qu’ont causé chez lui les révélations de la presse.

Les confessions de Penelope Fillon

Evoquant les déclarations de Penelope Fillon, qui a affirmé à plusieurs reprises qu’elle n’avait jamais travaillé pour son mari – notamment dans cette interview télévisée au « Sunday Telegraph » relayée par Envoyé Spécial – François Fillon joue sur les mots. Elle n’a « jamais été [s]a subordonnée », dit-il. « Elle a toujours été, d’abord et avant tout ma compagne de travail et ma collaboratrice. » Un nouveau concept.

Le salaire de Penelope Fillon comme assistante de Marc Joulaud

On n’en saura pas plus sur le salaire de Penelope Fillon lorsqu’elle s’est mise au service du suppléant de son mari, Marc Joulaud. En choisissant d’évoquer le salaire moyen touché par son épouse au cours de ses années, 3.677 euros par mois – « un salaire parfaitement justifié pour une personne diplômée de droit et de lettres » -, astuce qui lui permet de « lisser » cette rémunération, François Fillon évite d’aborder un détail gênant. Selon le « Canard enchaîné », en effet, Penelope Fillon a été rémunérée 10.167 euros brut entre le 1er janvier et le 31 août, date de la fin de son contrat de travail. Même passé en net, ce montant est bien supérieur au salaire moyen d’un assistant parlementaire.

La mission de Penelope Fillon à la Revue des deux mondes

Le candidat n’a par ailleurs pas évoqué l’autre volet de l’affaire Penelope Fillon, qui concerne son emploi présumé fictif à la « Revue des deux mondes ».

Le candidat n’est pas revenu sur les 100.000 euros versés à son épouse par la revue, sous la forme d’un salaire mensuel brut d’environ 5.000 euros, entre le 2 mai 2012 et décembre 2013.

Et quid de la collaboratrice de François Fillon qui aurait aussi bénéficié d’un emploi fictif à la Revue des Deux Mondes ? Là-dessus aussi, motus.

Le lien possible entre l’emploi et la Légion d’honneur

Surtout, il n’a pas été question du possible lien révélé par « Le Monde » ce lundi  entre cet emploi présumé fictif et la Légion d’honneur dont a été décoré le directeur de la revue avant l’embauche de Penelope Fillon, lorsque François Fillon était Premier ministre. Il est vrai qu’aucun journaliste n’a demandé de précision à ce sujet et que l’intéressé s’est gardé d’en parler.

Les clients de la société 2F Conseil

François Fillon a nommé trois clients de sa société de conseil, 2F Conseil, activité qu’il assure avoir exercée « en toute légalité » : l’assureur Axa, la société Fimalac et la banque Oddo, et a affirmé n’avoir travaillé avec « aucune entreprise russe ni aucun organisme de ce pays ».

Faute de questions sur le sujet, il n’a pas précisé les missions réalisées auprès d’Axa, dont l’ancien PDG Henri de Castrie est l’inspirateur du volet économique très libéral du programme de François Fillon. Ni surtout son rôle auprès de la société Fimalac, alors que son PDG Marc Ladreit de Lacharrière est directement impliqué dans l’un des volets de l’affaire d’emplois présumés fictifs de Penelope Fillon.

Penelope Fillon et la revue des deux fiches

Pas un mais plus de dix comptes en banque

François Fillon avait assuré lors du meeting de La Villette qu’il n’avait qu’un seul compte commun, au Crédit Agricole de Sablé-sur-Sarthe. Le mercredi suivant, le « Canard enchaîné » avait montré que ce n’était pas un mais 15 comptes que le couple possédait dans cette banque, obligeant le candidat à rectifier les propos qu’il avait tenus en meeting : il n’a en fait « qu’une seule banque, mais plusieurs comptes ».

Lors de la conférence de presse, le compte unique d’il y a 10 jours s’est transformé en liste à la Prévert : « Deux PEA, deux comptes titre, deux assurances vies, deux comptes épargne logement, trois comptes communs, un livret Développement durable, un livret A… »

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Sur la mission précise de ses enfants comme assistants parlementaires

Sur TF1, au lendemain des premières révélations du « Canard enchaîné » François Fillon avait tenté de prendre les devants sur les futures révélations de l’hebdomadaire en expliquant avoir employé ses enfants « qui étaient avocats » lorsqu’il était au Sénat.

« Lorsque j’étais sénateur, il m’est arrivé de rémunérer, pour des missions précises, deux de mes enfants qui étaient avocats, en raison de leurs compétences », avait-il déclaré.

Pourtant, ses enfants n’étaient pas encore avocats. Le candidat ne s’est pas expliqué sur ce point.

Or d’après les extraits de son audition révélés ce lundi par « Le Monde », François Fillon a affirmé face aux policiers que son fils Charles l' »a aidé en travaillant au programme du candidat à l’élection présidentielle [Nicolas Sarkozy, NDLR] sur des sujets institutionnels ».

Quant à sa fille Marie, il a déclaré en audition qu’elle l’avait aidé à écrire son livre, « La France peut supporter la vérité », toujours d’après « Le Monde ».

Mais lors de la conférence de presse, François Fillon a affirmé : « Mon fils n’a jamais participé à la campagne présidentielle. » Et quid de sa fille ? « Ma fille avait tout à fait la possibilité de travailler à une base de documentation qui m’a permis de faire un livre politique”, répond-il. Est-ce vraiment le travail d’un assistant parlementaire ?

La journaliste britannique qui a interviewé Penelope Fillon n’est pas « choquée »

François Fillon affirme que la journaliste qui a interviewé Penelope Fillon en 2007 pour le « Sunday Telegraph » a été « choquée » par la diffusion d’extraits vidéos de cet entretien par Envoyé spécial jeudi dernier. On y voit l’épouse du candidat de la droite affirmer n’avoir « jamais été l’assistante » de son mari. Contactée par « Libération », la journaliste Kim Willsher, qui a réalisé l’interview, dément « fermement » ces propos.

« Je tiens à le dire très nettement : je n’ai jamais dénoncé l’enquête d’Envoyé Spécial. Ils ont fait leur boulot. Il y a une fausse rumeur, qui part de faux tweets. Si je suis choquée, c’est par cette fausse rumeur », dit-elle. A-t-elle appelé Penelope Fillon pour se dire « choquée », comme le dit l’ex-Premier ministre ? Non, elle « n’a pas son numéro de téléphone », répond-elle à Libé. Elle lui aurait simplement envoyé un mail pour lui dire qu’elle était désolée des conséquences de cette interview, sans remettre en question le travail d’Envoyé spécial. Ce qu’elle réitère sur Twitter :

Non M. #Fillon ! Les propos d’Envoyé Special n’ont pas été sortis de leur contexte. Le reportage ne m’a pas choqué. SVP. Cessez …(1/2)

— Kim Willsher (@kimwillsher1) 6 février 2017

…de m’attribuer ces propos. L’interview et le film sont dans le domain publique. LES FAITS. SVP. (2/2).

— Kim Willsher (@kimwillsher1) 6 février 2017

Sur les missions de Penelope Fillon

Selon François Fillon, son épouse Penelope assumait en tant que collaboratrice des « tâches simples mais essentielles ». Il a détaillé des missions comme la tenue de son agenda, la gestion de son courrier ou la représentation du député à des événements locaux.

Pourtant, comme on peut le lire dans la biographie de François Fillon écrite par Christine Kelly, le candidat a dans son « premier cercle » une « secrétaire particulière et conseillère », Sylvie Fourmont, chargée notamment de « gérer son agenda » et de « régler chaque détail de ses rendez-vous »…

Que faisait Sylvie Fourmont, sa secrétaire particulière historique, si c’est sa femme qui tenait son agenda? #Fillon (bio de Kelly) pic.twitter.com/u0Ld54wfAS

— Luc Peillon (@l_peillon) 6 février 2017

Et en bonus : un timing bien choisi

« Collaborer avec sa famille en politique c’est une pratique désormais rejetée par les Français. Ce qui était acceptable hier ne l’est plus aujourd’hui », a déclaré François Fillon.

Le candidat a expliqué en avoir « tiré les conclusions » en cessant de faire travailler des membres de sa famille il y a trois ans. Il oublie de préciser que c’est à cette date que remonte la promulgation de la loi pour la transparence de la vie publique… à laquelle il était lui-même opposé. Le vote de cette loi a-t-elle fait perdre sa rémunération d’attachée parlementaire à Penelope ?

M. B., A. R. et L. T.

Source : L’Obs 06/02/2017

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Aulnay-sous-Bois : les policiers tentent la défense du viol… par accident

viol-violences-policiers-en-garde-a-vue-aulnay_5794673Quatre policiers de la brigade spécialisée de terrain (BST) d’Aulnay-sous-Bois ont été mis en examen ce dimanche 5 février pour violences volontaires en réunion, à la suite d’un contrôle d’identité qui a dégénéré d’une manière à peine croyable. L’un d’entre eux est accusé d’avoir violé, lors de ce contrôle, le jeune homme de 22 ans interpellé.

Un simple contrôle de police qui aurait dégénéré en viol. Quatre policiers soupçonnés d’avoir interpellé avec violence un jeune homme de 22 ans à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, alors qu’ils procédaient le jeudi 2 février à un contrôle d’identité, ont été mis en examen ce dimanche soir pour violences volontaires en réunion et l’un d’entre eux pour viol, a annoncé le parquet de Bobigny. Plus tôt dans la journée, le Parquet avait pourtant requalifié les faits, ne retenant que l’accusation de violences en réunion.

Bien que le jeune homme présente selon les médecins « une lésion du canal anal de dix centimètres de profondeur », le parquet de Bobigny a en effet estimé qu’il n’y aurait pas eu d’élément intentionnel de pénétration. Un avis toutefois balayé par le juge d’instruction chargé de l’affaire, qui a finalement mis en examen le policier soupçonné d’avoir provoqué ces blessures avec une matraque télescopique, pour viol par personne ayant autorité et violences volontaires.

« C’est une affaire exceptionnellement grave (…), ce gamin n’est pas connu des services, il appartient à une famille de gens parfaitement intégrés qui ne cherchent pas d’histoires. (…) Il y a une exigence vis-à-vis de la justice, la famille veut des réponses », a réagi sur France Inter ce lundi 6 février l’avocat de la victime, Eric Dupond-Moretti, saluant l’intervention du maire Les Républicains de la ville, Bruno Beschizza – lui-même ancien policier -, qui a publiquement dénoncé dans un communiqué la tentative de requalification des faits.

Placés sous contrôle judiciaire et « immédiatement » suspendus par le ministre de l’intérieur, Bruno Le Roux, les quatre agents de police de brigade spécialisée de terrain (BST) d’Aulnay-sous-Bois ont quant à eux désormais « l’interdiction d’exercer l’activité de fonctionnaire de police » et « l’interdiction de paraître en Seine-Saint-Denis ». Sur le déroulé de l’interpellation du jeune Théo, filmée par les habitants, les versions divergent cependant.

Le pantalon aurait… « glissé tout seul »

Quand les policiers sont arrivés sur place dans la Cité des 3.000, raconte un témoin dans Le Parisien, « ils ont giflé un petit. Par la suite, le petit Théo a voulu s’interposer pour défendre son pote (…) et les flics n’ont pas aimé. » « Il y a des échanges de mots mais on ignore ce qui se dit, complète une source proche de l’enquête dans Le Monde. Assez rapidement, les policiers font usage de gaz lacrymogène ».

Comment la matraque de l’un des policiers a-t-elle pu finir par pénétrer l’anus du jeune homme ? Eh bien les policiers affirment, rapporte toujours cette source proche de l’enquête, que le pantalon du jeune homme « semble glisser tout seul ». « Sur la vidéo, on voit un coup de matraque télescopique, à l’horizontale, vers la victime. Le coup traverse le caleçon, nous pensons que c’est celui-ci qui entraîne la blessure », conclut la source dans le quotidien.

Une version qui a provoqué ce lundi matin l’ironie outrée de Me Dupond-Moretti : « Il est contrôlé par quatre flics qui le battent, il y a du sang partout sur le mur, et on introduit dans l’anus de ce jeune homme une matraque (…), le pantalon baissé qui a dû tomber par hasard… ». Sur la tentative du Parquet de ne garder que la qualification de violences, l’avocat relève : « Tous ceux qui introduiront un objet quel qu’il soit dans le sexe ou dans l’anus pourront revendiquer qu’ils n’ont pas de visées sexuelles, et ils seront donc mis en examen pour violences, avis aux amateurs ! »

Outre cette blessure, Théo présente également des ecchymoses au visage et au niveau du crâne. Il affirme avoir été frappé au moment de son interpellation, de son menottage ainsi que dans le véhicule de police où les agents de la BST lui auraient de surcroît asséné des insultes à caractère raciste comme « bamboula » ou « négro ». Lorsque le policier a pris « sa matraque » et qu’il me « l’a enfoncée dans les fesses » (…) « volontairement » (…) j’ai cru que j’allais mourir » (…) mon pantalon était baissé, j’avais vraiment mal », a quant à lui confié Théo à ses avocats selon un document audio auquel à eu accès BFM. Un état de santé qui lui a d’ores et déjà valu soixante jours d’interruption totale de travail.

Ce week-end, l’affaire a provoqué de brefs incidents à Aulnay-sous-Bois : une voiture incendiée et une tentative d’incendie sur un bus. Un habitant s’est confié auprès de l’AFP : « C’est un vrai choc, comme on en a jamais connu à Aulnay ».

Source Mariane 06/02/2017

On line. Aulnay-sous-Bois : « Si les policiers nous attaquent, qui va nous protéger ? »

La marche en soutien au jeune homme, dont la famille n’est pas à l’initiative, va commencer. Il a été grièvement blessé à l’anus avec une matraque, jeudi dernier, lors d’une interpellation par quatre policiers. Depuis, trois d’entre eux ont été mis en examen pour violences volontaires en réunion, et un pour viol. Tous ont été suspendus.

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Camille Tolédo « Faire face à l’angle mort de l’histoire »

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Camille Tolédo : « Le massacre d’Utoya révèle un état politique réactionnaire en Europe ». Photo dr

L’auteur Camille Tolédo évoque son drame contemporain « Sur une île » donné au Théâtre de la Vignette. Une pièce inspirée de la tragédie d’Utoya en Norvège où le raid d’Anders Bechring Breivik s’est soldé par la mort de 69 jeunes et une dizaine de blessés

Sur une île fait suite à votre texte « L’inquiétude d’être au monde » paru chez Verdier, comment s’est opéré ce passage au théâtre ?

J’avais écrit ce texte suite au carnage d’Utoya où ce gamin, qui s’est mis à tirer sur des enfants comme dans un jeu vidéo, m’est apparu comme le marqueur d’un cycle historique qui se réveille  en Europe  sous le fantasme de la pureté des origines, comme un besoin de revenir aux fondamentaux identitaires et religieux réducteurs. Cela révèle un état politique réactionnaire en Europe. Une vague très lourde, qui m’a inspiré un chant pour prendre à rebours et inverser ce cycle de mort. Le metteur en scène Chistophe Bergon avec le Théâtre Garonne de Toulouse et le TNT qui produisent la pièce, m’ont demandé d’écrire une adaptation.

Cette adaptation, que l’on vient de découvrir à Montpellier, nous donne une nouvelle perception de cet événement plus intime et prégnante que celle véhiculée par les médias.  Est-ce à vos yeux le rôle politique et social du théâtre ?

J’aurais du mal à assigner une fonction au théâtre. Chacun s’en saisit à sa manière. Le théâtre dans sa forme classique, qui met des gens dans une assemblée, recoupe la fonction politique. Aujourd’hui on le voit avec ses formes stéréotypées de discours, l’arène politique est ruinée. J’observe dans l’art contemporain et dans la littérature une reprise de l’activité politique. L’expression artistique propose des scénarii. Pour cette pièce, je voulais aller sur ce terrain. Je souhaitais que l’assemblée réunie au théâtre se retrouve face à ces grands cortèges souverainistes  extrémistes qui défilent massivement en Europe.  Dans la pièce, on fait face à l’angle mort de l’histoire, face à une Europe putréfiée qui fait histoire.

Vous faites remonter la conscience d’un temps historique et générationnel, ce sont les premiers enfants du siècle qui sont morts à Utoya écrivez-vous. Pensez-vous que la perception de votre pièce par les jeunes diffère de celle de leurs aînés sans doute moins aptes à agir ?


Quelque chose chez moi fait appel à nos enfances. Après le virage néo-libéral, il est juste de dire que le discours dominant depuis une vingtaine d’année, s’est accommodé de ce monde sans perspective. La génération des trente glorieuses et celle qui lui succède n’ont pas les capteurs sensoriels  aiguisés. Ils n’ont pas vu venir la violence et cette violence s’est installée.  Là, on retombe sur deux enfances captées par le désir des petits soldats radicaux qui tuent pour exister, celle des Breivik et celle des islamiques et puis il y a la jeunesse  d’Utoya, la jeunesse sociale démocrate. Celle qui se réveille le lendemain du Bataclan soudainement face au loup, à la verticalité de l’Histoire et à la mort.

Sur une ïle. Production Théâtre Garonne, TNT, programmé au Théâtre La Vignette

Sur une ïle. Production Théâtre Garonne, TNT, programmé au Théâtre La Vignette

Vous pointez la soumission, l’obéissance à un monde révolu. Dans la pièce, Jonas le bon enfant de Norvège, finit par tuer Breivik devenu un décideur européen. Assumez-vous ce rapport à la violence ?

Je la mets très clairement dans la bouche de Jonas, mais son acte individuel doit questionner nos impuissances. La séquence ouverte par François Furet, qui a enterré la Révolution française dans les année 80, s’ouvre à nouveau aujourd’hui. Nous sommes dans un moment où nous devons prendre en charge la question du politique. Face à la résurgence du KKK sous sa forme trumpiste ou à l’ordre nihiliste de type islamiste, il est temps de sortir de la vision : la violence c’est mal. Je crois qu’une violence peut être plus légitime qu’une autre.

On sait qu’un ordre politique naît souvent du meurtre. Ce savoir tragique a été complètement oublié. Le pouvoir tyrannique qui règle la question de nos peurs fonde les dérives de la démocratie avec toujours plus de sécurité et d’Etat d’urgence. L’Etat reste en suspension mais la question demeure. Quel meurtre dois-je commettre pour fonder un autre monde ?

Recueilli par Jean-Marie Dinh

Source La Marseillaise 03/02/2017

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