Garde-à-vue le projet reste insatisfaisant

Michelle Tisseyre :    . Photo Rédouane Anfoussi.

Michelle Tisseyre : . Photo Rédouane Anfoussi.

Entretien avec Michelle Tisseyre la nouvelle bâtonnière de Montpellier

Réforme de la garde-à-vue, budget de la Justice en baisse, pouvoir du Parquet, solidarité internationale…, la nouvelle bâtonnière du Barreau de Montpellier Michelle Tisseyre a pris ses fonctions le 1er janvier. Elle analyse la situation et son incidence pour les avocats.

On vous dit très attachée aux droits de l’Homme, ce qui vous laisse l’embarras du choix… sur quels dossiers travaillez-vous actuellement ?

Nous organisons le 31 mars prochain une fête des droits de l’Homme. Cette soirée sera consacrée à la défense de la défense. Les droits de l’Homme sont universels et inaltérables. Aujourd’hui, ils doivent de toute évidence être mieux respectés. Pour cela, il faut rappeler partout que tout être humain doit pouvoir avoir recours à un avocat. Le barreau est très mobilisé sur cette question. Nous sommes très attentifs à ce qui se passe en Chine où des confrères sont pourchassés, parfois emprisonnés parce qu’ils sont avocats.

Qu’en est-il de la situation tunisienne ?

Les avocats tunisiens ont été récemment pris à partie. Ils sont régulièrement victimes de violences et d’entraves à leur liberté d’exercice. Le Barreau tunisien a lancé un appel au Conseil national des Barreaux (CNB) qui représente les avocats français pour les alarmer. A Montpellier nous avons voté une motion d’émotion et de soutien, le CNB devrait envoyer une mission sur place.

Vous êtes-vous joints à l’initiative du Syndicat des avocats de France qui vient de demander au président français de condamner le régime tunisien avec plus de fermeté ?

Cette démarche est une action indépendante du SAF. En tant qu’institution, notre engagement est nécessairement différent. Chaque syndicat, il en existe quatre pour les avocats, a sa vie propre et développe ses priorités qui trouvent parfois une expression commune. Nos relations avec les syndicats sont excellentes. Les bâtonniers de Montpellier ont exercé pour la plupart d’entre eux des responsabilités syndicales.

Quelles relations votre ordre entretient-il avec le Parquet ?

D’institution à institution nos relations sont très correctes dans l’exercice de nos métiers respectifs. Nous faisons entendre notre voix afin d’obtenir pour nos confrères pénalistes la reconnaissance de leur place et de leur rôle dans les premières heures d’une garde à vue.

Votre position sur la réforme de la procédure de garde-à-vue dont le réexamen a débuté le 18 janvier ?

Nous sommes très préoccupés. Le projet de réforme a été toiletté mais il n’est toujours pas satisfaisant. Nous nous sommes engagés dans une action pour alerter les parlementaires et leur expliquer en quoi cette réforme n’est pas acceptable. On maintient la possibilité de retarder la présence de l’avocat pour les infractions les plus graves, or justement dans ce cas, si la cible est mal choisie la personne a d’autant plus la nécessité d’être soutenue par un avocat. Il convient aussi de restaurer les droits fondamentaux de toute personne gardée à vue comme le droit de garder le silence. De la même façon, pour assister le gardé à vue l’avocat doit avoir accès aux actes de l’enquête.

Où en est-on sur les questions liées au statut et au pouvoir du Parquet ?

Ce sont les avocats qui ont structuré la critique qu’il y avait lieu de formuler, en soulignant par anticipation que les textes ne seraient pas conformes à la Constitution. A Montpellier, nous avons accueilli Robert Badinter en 2010 qui s’est exprimé sur ces questions. Cela fait partie des règles de notre métier et nous devons les appliquer face à la mise en jeu de la liberté. Avec les arrêts de la Cour de cassation et de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), les hautes juridictions ont confirmé qu’un procureur n’était pas une autorité judiciaire indépendante du fait de sa subordination à la Chancellerie. Celle-ci est censée revoir sa copie avant le 1er juillet 2011. C’est un vrai casse tête chinois car respecter les injonctions de la Cour de cassation et de la CEDH suppose qu’il faut y mettre les moyens.

Un nouveau besoin pour un système judiciaire qui traverse déjà une crise sans précédent…

Effectivement c’est le débat cornélien chez les juges. D’une inauguration solennelle à l’autre, on retrouve le même discours sur la situation, les réductions budgétaires et le manque d’effectif. Les avocats ne sont pas opposés à des réformes, mais à l’heure où l’on parle d’avoir recours à des jurés populaires dans les complexes audiences correctionnelles, la Cour d’appel de Montpellier affiche entre 25% et 30% de sous effectifs.

La déliquescence de la justice ne touche-t-elle pas en priorité les populations les plus défavorisées ?

Le budget de la justice n’est pas une priorité en France. Il n’est pas en augmentation, cette année, loin s’en faut. A cela s’ajoute la crise qui frappe les catégories sociales les plus fragiles et une augmentation de la TVA. Selon l’exigence de l’UE qui a remis en cause le taux réduit de TVA applicable dans les dossiers bénéficiant de l’aide juridictionnelle, depuis le 1er janvier on est passé de 5,5% à 19,6%. Désormais soit l’avocat peut obtenir du client qu’il accepte l’augmentation, soit il doit la prendre à sa charge.

Menez-vous des actions pour l’égalité des droits ?

Nous sommes toujours présents pour défendre l’égalité de droit à travers différentes initiatives comme l’assistance juridique gratuite mais avec une limite. on ne peut plus supporter toute la charge. Il n’est pas légitime pour les avocats d’assurer la prise en charge du service public. A un moment donné, il doit y avoir un arbitrage, des priorités. La conséquence d’une justice à moindre coût se répercute à travers l’allongement des délais de traitements. Ce qui va à l’encontre des justiciables qu’ils soient victimes ou auteurs.

Votre mandat de deux ans implique un plan d’action rapide. Quelles sont vos priorités ?

Je souhaite m’attacher à faciliter l’exercice professionnel de mes confrères. Il faut davantage expliquer le rôles des avocats dans la démocratie. Notre profession sera toujours debout pour défendre les droits de l’Homme. Je m’efforcerai de valoriser nos règles déontologiques : probité, mesure dignité, respect du secret professionnel. J’entends enfin privilégier un partenariat de coopération avec les institutions, les collectivités, les chambres consulaires dans l’intérêt du justiciable ».

 Recueilli Par Jean-Marie Dinh (La Marseillaise) 

Voir aussi : Rubrique Justice, La garde à vue non conforme au droit européen, Des magistrats dans le mouvement social, Loppsi 2 : un fourre-tout législatif sécuritaire et  illisible ,

 

 

Le président chinois en visite d’Etat à Washington

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Le président chinois Hu Jintao a entamé  mardi une visite de quatre jours aux Etats-Unis. A l’ordre du jour des discussions avec le président américain Barack Obama, des questions telles que la suprématie du dollar et l’importance croissante de la puissance militaire chinoise.

Dr. Obama and Mr. Hu

Basketteur de 2,30 mètres, Yao Ming, vedette des Houston Rockets, a été choisi par Shanghai Lintas Advertising pour être la guest star d’une campagne de publicité lancée aux Etats-Unis, mardi 18 janvier, au moment où le président chinois Hu Jintao devait y commencer sa première visite d’Etat. Objectif : « Promouvoir vigoureusement le développement et la prospérité de la culture socialiste et de notre soft power national », selon les propos d’un employé du Bureau d’information du Conseil d’Etat chinois, commanditaire de l’opération.

Il n’est pas certain que les Américains, quelle que soit la qualité du spot, seront sensibles à ses appâts. Pas seulement parce que, en choisissant Yao Ming, les Chinois montrent combien ils restent éloignés de leur quotidien : star absolue dans l’empire du Milieu, ce basketteur régulièrement blessé voit sa notoriété fondre aux Etats-Unis. Surtout, en ces temps difficiles, cette campagne a peu de chances d’enrayer une sinophobie de basse intensité alimentée par un sentiment diffus du déclin de leur pays associé, dans beaucoup d’esprits américains, à un irrésistible ascendant de la Chine qui suscite de multiples débats et… des fantasmes irrationnels.

Le centre de recherches Pew a ainsi diffusé, mercredi 12 janvier, la dernière version d’un sondage annuel. A la question : « Quelle est la première puissance économique au monde ? », 47 % des sondés répondent « la Chine », 31 % seulement leur propre pays ! Avant l’effondrement financier de 2008, l’opinion plaçait les Etats-Unis nettement devant, à 41 %, contre 30 % seulement à la Chine. Ce basculement reflète les traces profondes laissées par la crise et la « wal-martisation » du pays : de plus en plus d’Américains paupérisés constatent que les produits les moins chers sont souvent étiquetés « made in China ». Ils concluent que celui qui leur permet si massivement de s’habiller et de se meubler est devenu le plus fort. Ils ont tort, évidemment : la Chine reste loin des Etats-Unis en termes de richesse. Mais en fantasmant une superpuissance économique chinoise, les Américains accréditent l’idée de leur propre déclin.

Les « anti-déclinistes » rappellent que ce n’est pas une première. Dans les années 1980, une blague parcourait le pays. Que ferait Washington si la troisième guerre mondiale éclatait ? Réponse : d’abord, bombarder Pearl Harbour ! A l’époque, en plus de Columbia et du Rockefeller Center, les Américains voyaient les Nippons acheter tout Hawaï. Leur économie paraissait invincible. Aujourd’hui, personne ne s’en souvient ; ni de la nippophobie qui l’accompagna. Les « anti-déclinistes » notent que, pareillement, la hantise de la Maison Blanche et du Congrès vis-à-vis du « yuan dévalorisé » est un faux débat. L’appréciation de la devise chinoise de 5 % aurait un impact sur le PIB américain de « 0,00 quelque chose », nous disait récemment Jan Hatzius, chef économiste de Goldman Sachs.

De même contestent-ils la réalité du déséquilibre commercial sino-américain. Les vieux critères de calculs, disent-ils, sont devenus inopérants. Un exemple : catalogué made in China, l’iPhone pèse officiellement pour 1,9 milliard de dollars dans le déficit commercial américano-chinois. Or des chercheurs de Palo Alto ont calculé qu’en réalité la Chine n’entre que pour 3,6 % dans sa valeur (elle ne fait que l’assembler). Certes, les Etats-Unis ne font pas beaucoup mieux (6 %), mais les entreprises japonaises y contribuent pour 34 %, les allemandes 17 %, les sud-coréennes 13 %, etc. Assimiler l’iPhone à un « produit chinois » est donc un leurre. La Chine, combien de prix Nobel scientifiques ? demandent-ils encore (la réponse est : zéro).

Ces voix notent avec satisfaction que le secrétaire au Trésor, Tim Geithner, dans son dernier discours, a minoré la question du yuan pour insister sur des thèmes plus importants : la fin des « pratiques qui violent les engagements internationaux » (vol de propriété intellectuelle, rétro-ingénierie et copiage des brevets systématique, protection de « l’innovation autochtone »…), et l’amélioration de la demande intérieure chinoise. Ces enjeux – avec le recul de la domination stratégique des Etats-Unis – alimentent aussi la vision « décliniste », que Gideon Rachman résume ainsi dans le dernier Foreign Policy : « Le déclin américain, on connaît la rengaine. Sauf que cette fois c’est différent. » L’argumentaire de ce camp apparaît à l’opinion plus convaincant parce que plus simple : alors que l’influence globale des Etats-Unis recule, celle de la Chine, même si elle en reste loin, progresse – et à un rythme plus rapide que prévu.

La sortie prochaine d’un avion de ligne et d’un porte-avions chinois est venue renforcer ces craintes. D’autant que le régime de Pékin instille chez les Américains un doute quasi identitaire. Liberté et initiative individuelle sont les mamelles de la prospérité, clame leur doxa officielle. Or le capitalisme rouge, dominé par un Etat planificateur et antidémocratique, s’avère économiquement plus efficace. Au sortir de la crise, alors que la Réserve fédérale prévoit 3,4 % de croissance aux Etats-Unis en 2011, à Pékin, l’agence de planification économique table sur 8 % (après 10,1 % officiels en 2010). L’agence de planification ? Brrr… C’est dans ce pays désorienté que débarque Mister Hu. Au docteur Obama, Henry Kissinger conseille dans le Washington Post de ne pas oublier ces évidences : « L’exceptionnalisme américain considère naturel de conditionner son attitude vis-à-vis d’autres sociétés à leur acceptation des valeurs américaines. (…) En situation de blocage, les négociateurs américains deviennent agités et impatients… » Avec les Chinois, ce n’est pas la bonne méthode, juge l’homme qui a procédé aux retrouvailles historiques avec la Chine de Mao.

Sylvain Cypel (Lettre de Wall Street Le Monde)

Le président Hu Jintao . Photo AP

Le président Hu Jintao . Photo AP

Le président Hu Jintao lance une proposition en cinq point

Le président chinois Hu Jintao, en visite d’Etat aux Etats-Unis, a lancé jeudi une proposition en cinq points pour promouvoir le développement des relations sino-américaines.

Le président Hu a exposé sa proposition durant un discours prononcé lors d’un déjeuner d’accueil offert en son honneur par des associations d’amitié aux Etats-Unis.

« Du fait de la situation internationale complexe et mouvante ainsi que des divers risques et enjeux, les peuples de nos deux pays devraient renforcer la coopération et oeuvrer de concert avec les peuples du monde entier pour partager les opportunités, relever les défis et construire un meilleur avenir pour l’humanité », a indiqué M. Hu.

Durant la première décennie de ce siècle, la Chine et les Etats-Unis ont accompli d’importants progrès dans l’établissement de relations positives, coopératives et globales pour le 21e siècle. Les relations sino-américaines ont atteint une ampleur et une profondeur sans précédent, selon le président chinois.

« Nous sommes totalement confiants sur les perspectives des relations sino-américaines. J’aimerais proposer les mesures suivantes pour renforcer la croissance solide et stable de nos relations », a dit le président chinois.

Premièrement, il faudrait garder à l’esprit les intérêts généraux, adopter une perspective de long terme et mener des efforts actifs pour promouvoir le partenariat de coopération sino-américain, a indiqué M. Hu.

Les deux parties devraient considérer et traiter les relations bilatérales d’un point de vue global en s’adaptant aux tendances de notre époque.

« Nous devons maintenir nos relations sur la voie de l’égalité, du respect et de la confiance mutuels, du bénéfice réciproque et du développement commun. A cette fin, nous devons accroître les échanges de haut niveau, approfondir et élargir les communications à tous les échelons, mieux comprendre les intentions stratégiques et les voies de développement de l’autre, et renforcer la confiance mutuelle, disperser les malentendus et construire un consensus », a-t-il ajouté.

Deuxièmement, il faudrait profiter des opportunités et prendre des mesures innovatrices pour établir un nouveau modèle de coopération économique mutuellement bénéfique. La Chine et les Etats-Unis procèdent tous deux à une restructuration économique, accroissent leurs investissements dans la protection environnementale, dans les énergies renouvelables et l’innovation technologique, et promeuvent le développement de la santé, de l’éducation et d’autres programmes sociaux, a indiqué le président chinois.

« Tout cela nous offre de nouvelles opportunités pour promouvoir de nouveaux domaines de coopération économique », a estimé M. Hu.

Troisièmement, il faudrait intensifier la communication et les consultations et approfondir la coordination et la coopération entre les deux parties pour traiter les défis globaux ainsi que les principales questions internationales et régionales, a-t-il continué.

La Chine et les Etats-Unis devraient poursuivre la coopération globale en tant que partenaires pour assumer les responsabilités communes et relever les défis communs, a ajouté M. Hu.

Quatrièmement, il faudrait approfondir l’amitié et promouvoir vigoureusement les échanges d’amitié entre les divers secteurs des deux pays. Le développement des relations sino-américaines repose sur le large soutien et la participation active des peuples des deux pays.

« Nous devons élaborer un bon programme d’échanges et de coopération dans les domaines de la culture, de l’éducation, de la science et de la technologie, entre autres, et encourager davantage de dialogue et d’échanges entre les institutions législatives, les autorités locales, les entreprises, les institutions universitaires, les médias et d’autres secteurs encore, pour que de plus en plus de personnes soutiennent une relation américaine solide et s’engagent de manière active dans cette grande cause », a déclaré le président Hu.

Cinquièmement, il faudrait se comporter l’un envers l’autre avec respect, en se traitant d’égal à égal, et régler les questions majeures et sensibles de manière appropriée.

« Les questions relatives à Taiwan et au Tibet touchent à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Chine, et elles représentent les intérêts fondamentaux de la Chine. Nous espérons que la partie américaine honorera ses engagements et travaillera avec nous pour préserver les progrès réalisés dans nos relations », a-t-il souligné.

« La Chine et les Etats-Unis diffèrent en matière d’histoire, de culture, de système social et de niveau de développement. Il est donc normal que nous rencontrions des désaccords et frictions », a ajouté M. Hu.

« Nous devons renforcer la confiance mutuelle, relever les obstacles existants et travailler de concert pour construire un partenariat de coopération sino-américain basé sur le respect mutuel et le bénéfice réciproque », a-t-il déclaré.

Le président chinois est arrivé mardi dernier à Washington pour une visite d’Etat de quatre jours aux Etats-Unis. La visite a pour objectif de renforcer les relations positives, coopératives et globales entre la Chine et les Etats-Unis.

Xinjua

Revue de presse européenne

La presse européenne estime que les Etats-Unis ont retrouvé un adversaire à leur niveau.

La Vanguardia – Espagne

Avant de se rendre à Washington, le président chinois Hu Jintao a critiqué la politique monétaire américaine. La Chine est en passe de devenir une puissance équivalente aux Etats-Unis, estime le quotidien La Vanguardia : « Hu Jintao ne vient pas seulement en tant que président d’une puissance émergente, mais aussi en tant que banquier non-négligeable qui a déjà pratiquement racheté un billion de dollars de titres de créance américains. La politique post-maoïste a été une réussite et représente un défi pour le statut actuel de superpuissance unique des Etats-Unis. … On peut résumer cette réussite à la capacité de la Chine à établir une situation de dépendance réciproque avec les Etats-Unis. Celle-ci  correspond à l’équilibre de la terreur pendant la guerre froide entre l’Union soviétique et les Etats-Unis. » (18.01.2011)

Süddeutsche Zeitung – Allemagne

Le président chinois Hu Jintao, avant sa visite aux Etats-Unis cette semaine, a critiqué la suprématie du dollar. Si la Chine privait le dollar de son statut de devise mondiale, cela serait un bienfait pour le monde, estime le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung : « Le monde n’a pas besoin de monnaie dominante pour s’assurer un ancrage solide, que celle-ci soit américaine ou chinoise. La crise financière a montré les risques encourus lorsqu’un Etat qui dispose d’une devise trop puissante s’enflamme. Les Etats-Unis ont pu s’endetter effrontément car le monde entier avait besoin du dollar pour payer. La bulle a désormais éclaté. La Chine sort renforcée de la crise et l’Europe va se ressaisir. L’économie mondiale est suffisamment grande pour plusieurs monnaies internationales. D’un point de vue historique, cela n’a rien d’original. Avant 1914, la livre britannique, le franc français et le mark allemand se partageaient le rôle de monnaie internationale. Le dollar, l’euro et le yuan pourraient se répartir cette tâche aujourd’hui. L’économie mondiale du XXIe siècle est dominée par plusieurs puissances. Il n’y a aucune raison que cela ne soit pas aussi le cas sur le marché des devises. » (18.01.2011)

Jornal de Negócios – Portugal

La visite d’Etat du président chinois aux Etats-Unis sera probablement l’occasion de porter un nouveau sujet à l’ordre du jour, écrit l’économiste Zhang Wei dans le journal économique Jornal de Negócios, à savoir « la puissance militaire croissante de la Chine et son influence sur l’espace Asie-Pacifique. … La position de la Chine à l’égard du dialogue militaire sino-américain reste confuse. Malgré ses réticences à mener un dialogue stratégique avec les Etats-Unis, la Chine semble vouloir appeler de ses vœux l’attention des Etats-Unis sur sa puissance militaire croissante. … L’histoire nous montre qu’une puissance militaire émergente entre inévitablement en conflit avec une puissance militaire existante s’il n’y a pas de dialogue régulier et efficace entre les deux. Dans ce cas, la revendication chinoise d’une ascension pacifique sonnerait creux. La Chine, l’espace Asie-Pacifique et le monde dans sa globalité auraient tout à y perdre. » (17.01.2011)

Voir aussi : rubrique Chine rubrique Finance, Le cours du Yuan en hausse, La Chine resserre ses taux hypotécaires, Si Pékin cessait d’acheter la dette américaine, La Chine traduit ses paroles en actes, Impact de la crise en Chine, rubrique Etats-Unis, La décision de la Fed suscite des critiques, Mian mian sort les cros rubrique Montpellier, Le jumelage Montpellier et Chengdu, Jumelage avec Louiseville Comédie du Livre dans le miroir étasuniens


Le Liban renoue avec la crise

Nouvelle crise politique au Liban, cela ne surprend plus personne surtout pas dans ce pays qui a dû battre un record depuis son indépendance en 1943.

Encore que les Libanais souhaitent que cela ne déborde pas le cadre politique, car le contraire, toujours possible dans ce pays, peut mener au pire. Mais cette fois, la crise était dans l’air, et tout alors devenait une question de timing. Effectivement, la chute du gouvernement était effective à l’instant même où son leader franchissait mercredi le seuil de la Maison-Blanche. M. Saâd Hariri, qui devait s’entretenir avec le président Barack Obama, venait de perdre son gouvernement. Selon la formule consacrée, il était Premier ministre en exercice.

Dans un autre sens, les députés du Hezbollah se sont montrés conséquents pour avoir mis en garde contre une telle éventualité, laquelle consacrait l’échec de la médiation syro-saoudienne. Les dix ministres ont démissionné, obtenant aussi celle d’un député du PSP, depuis que le leader de ce parti, M. Walid Joumblatt, a redessiné la carte des alliances au Liban en lâchant ou en prenant ses distances avec M. Hariri, opposé quant à lui à tout compromis sur l’action du TSL (Tribunal spécial pour le Liban) chargé d’identifier et de juger les assassins de son père, l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.

Depuis qu’elle a été mise sur pied par l’ONU, cette institution s’est surtout fait remarquer par un travail controversé avec un faisceau d’accusations (Syrie, services secrets libanais), le tout porté par des témoins qui s’avéreront faux. D’ailleurs, M. Hariri a été lui-même jusqu’à déclarer que la Syrie n’avait rien à voir avec cet assassinat commis en 2005, mais il a quand même servi, relèvent tous les observateurs, à précipiter le départ des troupes syriennes du Liban. Et après ? dira-t-on. Depuis peu, c’est le Hezbollah sinon des membres de ce parti qui sont accusés d’implication, ce que réfute ce dernier et accuse quant à lui Israël.

Le Hezbollah, qui accuse le TSL d’être «à la solde d’Israël et des Etats-Unis», s’attend à être mis en cause et a fait pression sur M. Hariri pour qu’il désavoue le tribunal qui doit rendre prochainement son acte d’accusation. Son chef du groupe parlementaire a laissé entendre que le Hezbollah et ses alliés envisagent même l’avenir, mais sans M. Hariri.  «Nous devons nous mettre d’accord (entre alliés) sur la manière de gérer le pays avec un gouvernement fort mené par un (Premier ministre) connu pour son soutien à la Résistance (le Hezbollah)», a-t-il dit. L’on apprend dans cet ordre d’idées que M. Joumblatt a rencontré dans la soirée de mercredi le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

En ce qui concerne le fond du débat, l’approche du Hezbollah laisse très peu sinon aucune place au doute. Selon un  de ses dirigeants, «l’orientation générale est celle de la mise en cause d’individus, avant de faire un pas supplémentaire vers la question de la responsabilité du supérieur hiérarchique de ces subordonnés… Ils ont commencé par la Syrie et écarté le Hezbollah, car il fallait limiter le champ des adversaires et, maintenant, ils se sont tournés vers le Hezbollah».

Pour la secrétaire d’Etat américaine, «la justice est nécessaire pour avoir la stabilité». Mme Clinton a souligné que «le gouvernement et le peuple du Liban doivent demander des comptes aux individus et non aux groupes auxquels ils appartiennent». «Les individus doivent être jugés en tant que tels et non en tant que membres d’un parti politique», a-t-elle souligné. Il y a lieu de relever cette réaction plutôt rare du Pentagone, annonçant que les Etats-Unis «surveillent de très près» la situation au Liban que certains comparent à celle qui prévalait en 2008. Autrement dit, des dérapages ne sont toujours pas exclus.

Mohammed Larbi ( El Watan)

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et le dirigeant qatari Hamad bin Khalifa sont arrivés lundi à Damas pour s’entretenir avec le président Bashar al-Assad, a rapporté dimanche l’agence SANA.

Les trois dirigeants doivent discuter des dernières évolutions dans la région dans le but de renforcer les relations entre les trois pays. Les entretiens concerneront également la crise politique au Liban.

Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu, en visite en Irak, rejoindra son Premier ministre à Damas et rencontrera les responsables de la Syrie et du Qatar, selon la même source.

Mohammed Larbi (El Watan)

Algérie : « On ne peut rien construire sur l’oubli »

Le peuple algérien dans la rue

Le peuple algérien dans la rue

Pavé. En partenariat avec la librairie le Grain des mots, Les Amis du monde Diplomatique ont invité Lounis Aggoun pour son livre accablant sur l’Algérie : La colonie Française en Algérie, 200 ans d’inavouable.

Le livre très documenté du journaliste indépendant Lounis Aggoun La colonie Française en Algérie, 200 ans d’inavouable a donné lieu jeudi à un échange édifiant sur une histoire de l’Algérie qui ne fait pas débat. L’auteur s’explique d’entrée sur son « forfait ». Il a voulu se confronter à la vérité sur l’histoire de l’Algérie. D’où ce pavé de 600 pages dont les faits ne prêtent pas à l’interrogation. « Ce qui s’est passé est reconnu. Je me suis contenté de réunir bout à bout des documents éparses et des travaux de différents historiens pour reconstituer un puzzle. A partir de là j’en ai tiré les conclusions…« 

Si les rapports entre la France et l’Algérie ont souvent été qualifiés d’exécrables, depuis 62 la seule ligne qui n’a jamais été rompue est celle des services secrets français avec leurs homologues algériens. Il reste à ouvrir bien des archives pour que l’on en sache davantage. Mais celles-ci demeurent toujours fermées.

200-ans-algeriesLe regard linéaire proposé par Lounis Aggoun sur la période qui fait suite à l’indépendance de 1962 fait resurgir une série d’épisodes chaotiques, qui laissent cruellement imaginer la souffrance d’un peuple. Peuple littéralement sacrifié par les intérêts d’un petit groupe de généraux algériens. La thèse principale que développe l’auteur entre en contradiction avec l’histoire officielle. Elle accrédite l’idée que le pouvoir n’a pas été rendu au peuple algérien en 62, mais a été accaparé par un groupe initialement choisi par De Gaulle pour protéger les intérêts de la France. Après une désertion organisée, le groupe d’officiers glissé auprès des résistants algériens pour noyauter le FLN apparaît au journaliste comme un acte fondateur qui va jeter les jalons de la dictature. Un demi siècle plus tard, celle-ci perdure après de multiples purges et manipulations dont celle des islamistes. Il apparaît que le groupe islamique armé (GIA) était une émanation de la Sécurité militaire algérienne. Tous les chapitres du livre sont passionnants notamment celui qui met en évidence le contrat passé entre Charles Pasqua et le pouvoir algérien. Un deal d’escrocs qui aboutit à l’arrêt des attentats contre le nettoyage des opposants au régime algérien en France. Un pacte diabolique qui s’inscrit à la suite de la vague d’attentats en France dans les années 85-86.

La vision réaliste qu’offre Lounis Aggoun est aussi celle d’un homme meurtri par le mensonge des usurpateurs et l’atroce condition dans laquelle se trouve son peuple. « Les Algériens souhaitaient la liberté; on les a plongés dans la dictature. Ils ont voulu imposer la démocratie en 1988; on les a plongés dans l’horreur. » Mais une nouvel ère s’ouvre peut-être au Maghreb pour le peuple algérien à genoux après la désertion de Ben Ali en Tunisie.

Jean-Marie Dinh

La colonie Française en Algérie 200 ans d’inavouable Editions Demi Lune 23 euros.

La volte-face tardive de la France

Le trio démocratique : Sarkozy, Ben Ali, Moubarak

Le trio démocratique : Sarkozy, Ben Ali, Moubarak

Si tard, si peu, si mal. Samedi seulement Paris a fini par abandonner son langage d’extrême prudence sur la crise en Tunisie. «Depuis plusieurs semaines, le peuple tunisien exprime sa volonté de démocratie et la France que tant de liens d’amitiés unissent à la Tunisie lui apporte un soutien déterminé», a affirmé le président français, Nicolas Sarkozy. La veille au soir encore, vendredi, alors même que le tyran renversé fuyait vers Djedda en Arabie Saoudite, un communiqué laconique de l’Elysée commentait ainsi la révolution triomphante à Tunis : «La France prend acte de la transition constitutionnelle annoncée par le premier ministre Ghannouchi. Seul le dialogue peut apporter une solution démocratique et durable à la crise actuelle.» Et en conclusion l’Elysée rappelait que la France se tient «aux côtés du peuple tunisien dans ces heures décisives». En langage diplomatique cela s’appelle un service minimum, d’autant que ce texte arrivait bien après les communiqués de Berlin ou de Londres saluant chaleureusement le changement en cours. Sans même parler de Barack Obama qui, évoquant «le courage et la dignité» des Tunisiens, renchérissait : «Nous nous souviendrons longtemps des images du peuple tunisien cherchant à faire entendre sa voix.»

Circonstances. Le changement de ton de l’Elysée est donc bien tardif et dicté par les circonstances. Il suit le renversement d’un raïs considéré longtemps par Paris comme un allié et un facteur de stabilité pour sa lutte contre l’islamisme. Prenant argument du dynamisme de l’économie tunisienne comme des succès du régime en matière d’éducation, un héritage de l’époque de Bourguiba, le père de l’indépendance, les autorités françaises fermaient les yeux sur le reste, la persécution de tous les opposants ou considérés comme tels, les violations régulières des droits de l’homme et les tortures. En visite à Tunis en avril 2008, Nicolas Sarkozy n’hésitait pas à affirmer : «Certains sont bien sévères avec la Tunisie qui développe sur bien des points l’ouverture et la tolérance.» Et il ajoutait au grand dam des défenseurs des droits de l’homme que «l’espace des libertés progresse».

Aveuglement ? Certes, ses prédécesseurs, aussi bien Jacques Chirac que François Mitterrand, ne furent guère plus critiques sur les dérives autocratiques de Ben Ali. Et aussi bien à gauche – avec par exemple le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë- qu’à droite, le régime pouvait compter sur de nombreux relais politiques. Jeudi seulement à la veille de la chute du dictateur, le premier ministre François Fillon a dénoncé «un usage disproportionné de la force» dans la répression des manifestations qui avaient déjà fait au moins 80 morts.

L’avant-veille, devant le parlement, la ministre des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie proposait au gouvernement tunisien «le savoir-faire reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité» pour l’aider à faire face à la situation sans trop d’effusion de sang. Des propos qui ont scandalisé nombre de Tunisiens de France comme une bonne partie de l’opposition.

La lenteur de la réaction française comme son caractère timoré même après le départ de Ben Ali reste difficilement explicable. Aveuglement ? Mauvaise information ? C’est surtout au travers des francophones que politiques et diplomates agissent au Maghreb et donc avec des gens qui leur ressemblent. Il n’y a pas non plus véritable stratégie française dans la région sinon celles de divers réseaux idéologiques, financiers ou amicaux. La politique de Paris oscille entre Alger et Rabat, tentant de concilier l’inconciliable. Ce «long silence complice» que pourfend le socialiste François Hollande laissera des traces.

Marc Semo (Libération)

Revue de presse d’un faux pas diplomatique

De l’Algérie aux Etats-Unis, la position de la France face au soulèvement tunisien fait couler beaucoup d’encre. Aux yeux des observateurs internationaux, l’« embarras » de Paris est à la mesure de son « silence », voire de sa « complaisance » envers la dictature de Zine El-Abidine Ben Ali. Tous évoquent un « faux pas diplomatique ».

Le jugement dEl Watan est sans appel : « Cette complaisance teintée de paternalisme, voire de condescendance, n’a pas servi la Tunisie et les Tunisiens. Ni l’image de la France, patrie des libertés et des droits de l’homme.«  A l’instar du reste de la presse internationale, le quotidien algérien se demande « comment la France a-t-elle pu s’enfermer dans un soutien sans faille au régime de Ben Ali, alors qu’elle appelle à la démocratie en Côte d’Ivoire ? Se montrer sourde et aveugle à la révolte populaire ? »

Tous observent désormais avec grand intérêt la « volte-face de Paris » depuis le 14 janvier, à l’instar du Guardian, qui note que « les dirigeants français se sont démenés pour sauver la face et se montrer inflexibles ». La presse internationale avait ainsi les yeux rivés sur la ministre des affaires étrangères française, Michèle Alliot-Marie, qui s’est expliquée, mardi 18 janvier, devant la commission parlementaire sur sa proposition au dictateur tunisien de prêter assistance à ses forces de sécurité face au soulèvement tunisien. Comme en conclut El Watan, « il est temps de se rattraper ».

La proposition de Michèle Alliot-Marie de prêter main forte au régime tunisien face aux manifestants avait suscité l’ire du chroniqueur Mustapha Hammouche dans Liberté, qui y voyait un « affront aux souffrances, aux sacrifices et sévices que subissent en général les Maghrébins qui luttent pour leurs droits ». « Outre que la proposition pose un problème de considération de la souveraineté des Etats qu’elle veut défendre contre sa population, Alliot-Marie n’a apparemment pas peur de réveiller des souvenirs des peuples, historiquement victimes du ‘savoir-faire’ policier de la France. Ces souvenirs sont faits, en ce qui concerne l’Algérie, du 11 décembre 1960 à Alger, au quartier Belcourt, et du 17 octobre 1961 à Paris, par exemple », notait ainsi le chroniqueur.

Moins passionné, Charles Cogan, ancien chef de la division Proche-Orient–Asie du Sud dans le conseil d’administration de la CIA, rappelle dans le Huffington Post que « la France s’est longtemps acoquinée avec Ben Ali par le passé ». Si Mme Alliot-Marie a mis « les pieds post-coloniaux dans le plat », il note toutefois qu’« en ce qui concerne la protection de la vie de ses citoyens, la France, pays qui tolère les manifestations comme part de son esprit révolutionnaire, semble avoir trouvé la façon de gérer ces deux opposés ».

Pour le Financial Times, « Mme Alliot-Marie était dans la droite ligne d’une longue tradition de soutien français au régime de Ben Ali », rappelant notamment l’hommage de l’ancien président Jacques Chirac au « miracle économique » tunisien et à sa défense des droits, ainsi que celui de Nicolas Sarkozy. « Les ratés de la diplomatie française » remontent bien avant le président Chirac, note Le Temps (article en accès abonnés), qui cite l’expert français en géopolitique François Heisbourg sur les nombreux « trains de la liberté » que la France a ratés dans l’histoire : « la chute du mur de Berlin, comme de celle de l’Union soviétique ».

Deux poids deux mesures

La ligne de défense de la ministre, basée sur la politique de non-ingérence de la France dans les affaires de politique intérieure d’Etats souverains, est d’emblée questionnée par le Guardian, qui rappelle que son prédécesseur Bernard Kouchner a été l’architecte de la politique d’ingérence humanitaire. Le Temps va plus loin et se demande :« Entre le silence en Tunisie et l’appel à Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir en Côte d’Ivoire, la politique étrangère française est-elle basée sur ‘deux poids deux mesures ?' »

Une question que se posait déjà Time le 12 janvier. « Etant donné leur habitude à répondre rapidement aux injustices des régimes oppresseurs, la discrétion des représentants français en réaction à l’escalade de la violence en Tunisie frappe certains observateurs comme étant en effet curieuse », note l’hebdomadaire américain. « Cela contraste avec les dénonciations répétées et acerbes de Paris d’autres régimes ayant des comportements importuns ailleurs dans le monde », citant notamment les réactions françaises sur l’Iran, la Birmanie ou la Corée du Nord.

Derrière le silence de la France face aux événements en Tunisie, Time estimait qu’« en plus du cynisme politique, une profonde histoire commune franco-tunisienne est en jeu ». Le quotidien américain cite ainsi les racines tunisiennes de nombreuses familles françaises depuis l’ère coloniale jusqu’à nos jours. « En tant qu’ancienne puissance coloniale, la France a des relations compliquées avec la Tunisie », renchérit le New York Times. Le Guardian note ainsi que « de par son histoire coloniale, Paris a eu tendance à adopter un point de vue de propriétaire vis-à-vis de la politique au Maghreb et en Afrique de l’Ouest, mais en même temps sous Sarkozy, elle a commencé à se retirer d’un long enchevêtrement dans la région ».

Les observateurs internationaux pointent ainsi les intérêts stratégiques de la France en Tunisie. « La mainmise du pouvoir pendant vingt-trois ans du président tunisien a fait de lui un partenaire stable dans une région cruciale pour les intérêts français », note Time, qui indique par ailleurs que « la politique draconienne de Ben Ali l’a aidé à empêcher les extrémistes islamistes à opérer en Tunisie comme ils l’ont fait avec plus de succès en Algérie, au Maroc et dans la région du Sahel ». Ainsi, le Guardian note que « les analystes disent que Sarkozy préfère une ‘dictature bénigne’ en Afrique du Nord à l’alternative potentielle de régimes islamiques hostiles et déstabilisateurs, l’Algérie représentant un scénario cauchemar pour Paris ».

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