L’attentat de Karachi : chronologie d’une affaire riche en rebondissements

Mai 2002, à Karachi, la carcasse du bus de la Direction des constructions navales victime d'une voiture piégée. Photo AFP

Mai 2002, à Karachi, la carcasse du bus de la Direction des constructions navales victime d'une voiture piégée. Photo AFP

En 1994 la France conclut avec le Pakistan un contrat de vente pour trois sous-marins de la classe Agosta. Il s’agit de sous-marins d’attaque à propulsion classique conçus dans les années 1970. La vente a été accompagnée de commissions, légales à l’époque, d’un montant total de 83 millions d’euros. Mais le versement des commissions est annulé ce qui pourrait expliquer l’attentat de Karachi en 2002.

Une partie des commissions, soit environ 6,25% du montant contrat, était destinée à des personnalités politiques pakistanaises. D’autres commissions, représentant environ 4% de la transaction ont été concédées à la demande du cabinet du ministre de la Défense de l’époque, François Léotard, dans des conditions troublantes, selon la commission parlementaire française.

Sur demande expresse du président Jacques Chirac, le versement des 4% a été annulé vers la fin de 1995 ou au début de 1996. Jacques Chirac soupçonnait que les commissions aient donné lieu à des rétro-commissions, c’est-à-dire de l’argent qui revient en France. Une partie de ces rétro-commissions aurait été utilisée par l’ancien Premier ministre Edouard Balladur, rival de Chirac à l’élection présidentielle, pour financer sa campagne électorale.

Un sanglant attentat anti-français à Karachi

Le 8 mai 2002, un attentat anti-français secouait la ville de Karachi, capitale économique du Pakistan. A 8 heures du matin, un kamikaze au volant d’un faux taxi bourré d’explosifs percute un bus de la marine pakistanaise. A son bord se trouvent des techniciens français qui travaillent sur le chantier des sous-marins Agosta, vendus par la France. Le bilan est de 14 morts, dont 11 employés français de la DCNS (Direction des constructions navales). Très vite, les soupçons se portent sur le réseau terroriste al-Qaïda. La justice pakistanaise condamne à mort deux islamistes, le 30 juin 2003. Mais le 5 mai 2009 les deux hommes sont acquittés et remis en liberté. La piste islamiste paraît alors s’effondrer.

Enquêtes parallèles, zones d’ombre et démentis

Un ancien de la DST (Direction de la surveillance du territoire) enquête dès 2002 pour le compte de la DCNS. Il conclut que l’attentat de Karachi est lié à l’arrêt du versement des commissions. Mais cette version est démentie par Edouard Balladur et qualifiée de « grotesque » par le président Nicolas Sarkozy qui était en 1995 porte-parole de l’ancien Premier ministre.

A l’été 2009, après des révélations dans la presse, deux parlementaires socialistes demandent et obtiennent une mission d’information au sujet de l’attentat de Karachi. Le 12 mai 2010, la commission de la Défense de l’Assemblée nationale adopte à l’unanimité le rapport, qui entretient les soupçons. Le ministre de la Défense Hervé Morin annonce le même jour la transmission de « nouveaux documents » réclamés par les juges chargés du dossier.

Tudor Tepeneag RFI 12/05/10

France-Pakistan-enquête-terrorisme   :                         le procureur de Paris tente « d’éteindre l’incendie ».

L’avocat des familles des victimes de l’attentat de Karachi, Olivier Morice, a accusé le 26 avril 2010 le procureur de Paris Jean-Claude Marin de tenter « par tous les moyens d’éteindre l’incendie » face aux soupçons de rétro-commissions qui auraient bénéficié à la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995.

balladursarkozy« Le procureur de la République de Paris Jean-Claude Marin tente par tous les moyens d’éteindre l’incendie au mépris de la recherche de la vérité », a déclaré l’avocat à l’AFP. « Cette soumission au pouvoir politique est indigne d’une vraie démocratie », a-t-il estimé. En 2007, les policiers de la Division nationale des investigations financières (Dnif) avaient découvert une note mentionnant l’aval pour la création d’une société off-shore – baptisée Heine et par laquelle transitaient des commissions sur le contrat avec le Pakistan- du directeur de cabinet de M. Balladur à Matignon, Nicolas Bazire, et du ministre du Budget d’alors, Nicolas Sarkozy.

Cette note laissait « supposer des relations ambiguës avec les autorités politiques en faisant référence au financement de la campagne électorale de M. Balladur », estimaient les policiers. Le parquet de Paris n’avait à l’époque pas donné suite. Libération révèle dans son édition de lundi que la campagne présidentielle d’Edouard Balladur de 1995 pourrait avoir bénéficié de rétro-commissions sur un contrat de vente de sous-marins au Pakistan, auquel s’intéresse un juge antiterroriste enquêtant sur l’attentat de Karachi en 2002. « Le procureur sait depuis novembre 2007 que le président de la République est directement concerné par ce scandale comme étant au coeur de la corruption », a réaffirmé l’avocat. M. Sarkozy a qualifié cette « fable » de « grotesque ».

Ministre du Budget d’Edouard Balladur entre 1993 et 1995, Nicolas Sarkozy avait été le porte-parole de sa campagne présidentielle. Le parquet a toutefois ouvert fin janvier une enquête préliminaire à la suite d’une plainte des familles des victimes, notamment pour corruption et entrave à la justice. Cette plainte vise notamment le chef de « corruption » contre le club politique créé en 1995 par Edouard Balladur.

AFP

Karachi: « amnésie » d’anciens ministres

Les membres de la mission d’information sur l’attentat de Karachi en 2002 ont été confrontés à « l’amnésie » d’anciens ministres qu’ils ont auditionnés, a affirmé aujourd’hui le président UMP de la Commission de la Défense de l’Assemblée nationale, Guy Teissier.

Le rapport de la mission d’information sur l’attentat de Karachi, au Pakistan, en 2002, dans lequel 11 Français ont trouvé la mort, a été adopté mercredi à l’unanimité par la commission de la Défense, selon M. Teissier.
« Le travail (des membres de la mission, ndlr) ne leur a pas toujours été facilité compte tenu d’une affaire judiciaire en cours et d’un certain rapport +Nautilus+ qui n’a aucun fondement et qui s’appuie sur des thèses assez farfelues de rétrocommissions », a déclaré à la presse M. Teissier après l’adoption du rapport.

Après avoir privilégié la piste islamiste pendant plusieurs années, les enquêteurs se sont orientés depuis 2009 sur la piste de commissions en marge d’un contrat d’armement franco-pakistanais, sur la foi de témoignages et d’un document interne à la Direction des constructions navales (DCN) intitulé « Nautilus ».

Le rapporteur socialiste de la mission, Bernard Cazeneuve, avait dénoncé le 28 avril l’attitude de « l’exécutif », affirmant n’avoir « jamais » rencontré « autant de difficultés » pour mener à bien son travail.

Pour M. Teissier, l’ »entrave n’a pas été systématique ». « Il est vrai que les parlementaires toutes tendances confondues ont fait part de leurs difficultés à obtenir des informations », a-t-il ajouté.

Selon lui, les membres de la mission, composée de cinq députés (deux UMP, un Nouveau Centre, un PS et un PCF) « ont consulté tous les anciens ministres, François Léotard, Charles Millon, Pierre Joxe… et le président de la mission (Yves Fromion, UMP, ndlr) a estimé qu’il y avait un mal qui répandait la terreur chez tous les anciens ministres qui était l’amnésie, puisque aucun de ces ministres n’a voulu aller au-delà de certaines banalités ».

AFP 12/05/10

Voir aussi, rubrique Affaires Le parlement se couche,

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