Francesc Trabal : Romantique surréaliste

Rencontre Sauramps. « L’homme qui s’est perdu » de Francesc Trabal, le 28 avril à l’auditorium Musée Fabre.

Francesc Trabal (1899-1957), journaliste catalan républicain, exilé à l’issue de la guerre civile en France puis au Chili, nous ouvre les portes du surréel dans son roman L’homme qui s’est perdu. L’ouvrage vient de paraître dans la collection tinta blava créée par Llibert Tarrago qui a rejoint les éditions Autrement. Il est traduit de sobre et belle façon par la journaliste montpelliéraine Marie-José Castaing. Cette ahurissante histoire narre l’ascension fulgurante de l’entreprise de Lluis Frederic Picàbia. Elle entraîne le lecteur dans un jeu vertigineux. Il importe, pour compréhension des règles, d’enjamber les frontières de la raison, ce qui place résolument l’auteur catalan dans l’espace de la littérature vivante. La vie du jeune bourgeois barcelonais Lluis Frederic, bascule le jour ou sa fiancée le quitte. Accablé, le jeune homme décide de faire de la perte son mode de vie. Ce véritable défi prend forme sur le mode binaire de choses à perdre et à retrouver. Les objets où les choses perdues par Lluis Frederic sont variables et ses expériences toujours plus extravagantes. L’essence de la pensée surréaliste plane dans ce roman qui nous conduit aux quatre coins de la planète en bousculant les puissants codes de la propriété et de l’esthétique bourgeoise. Mu par une irruption émotive, le personnage principal jouit d’une capacité d’adaptation étonnante qu’il met à profit dans des projets toujours plus imprévisibles. Devenu un grand professionnel désintéressé Lluis Frederic va tenter le top, et il va l’atteindre, sauf imprévu…

Jean-Marie Dinh

L’homme qui s’est perdu. Editions Autrement, 15 euros.

Voir aussi : Rubrique Livre

Yves Bonnefoy : Passage migratoire d’un poète du printemps

A l’invitation de La Maison de la poésie et de la librairie Sauramps, Yves Bonnefoy a fait une escale furtive à Montpellier. Mercredi dernier, le poète était à la médiathèque Emile Zola où il a offert un florilège de son choix en y associant  des textes dont il est le traducteur comme ceux du poète italien Giacomo Léopardi ou du dramaturge Shakespeare. Le lendemain, dans l’Auditorium du Musée Fabre, Yves Bonnefoy évoquait son ouvrage « Notre besoin de Rimbaub. » Yves Bonnefoy, comme Salah Stétié, sont des poètes qui ont développé des notions du temps suspendu, temps intérieur, pour s’éloigner du simulacre, ce qui permet précisément de pénétrer l’œuvre rimbaldienne. Pour Bonnefoy, la poésie conserve un devoir critique. Elle ne se situe pas du côté de ceux qui réussissent. Le souci du lieu qui hante l’œuvre du poète, n’a rien de commun. L’espace observé est celui « d’un lieu instant du péril ». Il faut savoir prendre le contre-sens de la médiation par l’image pour percevoir l’œuvre de Rimbaub et la replacer intuitivement dans notre paysage contemporain. Mettre en question de façon radicale la réalité quotidienne. Le rapprochement brut d’Yves Bonnefoy avec les surréalistes fut une occasion de faire « chaire neuve » pour s’approcher de la réalité, pour mener un combat spirituel dans une âme du temps et de l’espace. Au crépuscule de sa vie, l’artiste ne semble pas s’effrayer devant la mort. Il ne semble pas serein non plus. Epris de lucidité, il nous invite à penser la vie dans sa situation présente, comme « un moment où doit renaître la relation humaine à partir d’un état de dispersion ». Deux soirées éclairantes où de nombreux montpelliérains venus boire de ce vin, ont  épancher leur soif.

Jean-Marie Dinh

Yves Bonnefoy dernière ouvrage paru , Raturer outre, 2010 aux éditions Galilée.
Prochaine rencontre à  la Maison de la Poésie le 21 avril à 19h autour du poète italien Michele Tortorici, son éditeur et son traducteur.

Voir aussi : Rubrique Poésie, Les poètes circulent en ville, Rencontre Jean Joubert, Bernard Noël, Gabriel Monnet,

L’Egypte : une littérature d’idées

 

par Jean-Marie Dinh

La Marseillaise 07/04/11

 

Temple de Ramsès II

Une littérature captivante de l’ancienne civilisation aux chroniques urbaines contemporaines

Culture politique et esthétique populaire

L’Egypte a toujours tenu une grande place dans l’imaginaire collectif. Le dynamisme de la culture du pays traverse les millénaires. De Ramsès à Cléopâtre en passant par le panarabisme de Nasser et son rôle dans le mouvement des non alignés. Avec sa tirade «  Soldat du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent», Napoléon himself, décrit avec étonnement le tableau qui se trouve devant lui. Mais ce que retient l’histoire prête toujours à caution. Les collections égyptiennes du Louvre ne doivent rien à l’expédition de Bonaparte. Dans  la petite histoire on apprend que battus par les soldats de la couronne britannique, les Français remirent aux vainqueurs toutes les antiquités. Dans Turbans et chapeaux, Sonallah Ibrahim offre une vision égyptienne de la campagne napoléonienne avec la profondeur et le sens de l’ironie qui lui est propre.

Après le retrait de l’armée napoléonienne, les échanges culturels entre les deux pays se poursuivent dans  le mouvement égyptien de « la renaissance ». Beaucoup d’étudiants égyptiens prennent le chemin de Paris, ce qui contribue à un important mouvement de traduction. A partir de 1882, la domination politique anglaise va renforcer l’influence culturelle française sous forme de protestations nationalistes des intellectuels.

Suivent la prise de conscience nationale qui voit l’abdication du roi Farouk en 1952 et l’arrivée de Nasser deux ans plus tard. Puis une succession de guerres : 1956, 1967 et 1973. Durant cette période, c’est dans ce pays en mutation que les écrivains égyptiens décrivent la société pour contribuer à la changer. Ce qui participe avec des auteurs comme Mahfouz a reconfigurer l’expression de langue arabe. L’aspiration à la liberté du peuple égyptien trouve sa place dans la littérature mondiale.

Auteurs contemporains

Il y a quelque temps, à l’occasion de la sortie de son roman Taxi,  Khaled Al Khamissi avançait que le bouillonnement des rues du Caire traduisait l’échec total du système politique. Face à cette impasse,  il s’inspire de  la colère collective, des émeutes, et des grèves dans les usines qui se multipliaient et  transpose cette matière littéraire à travers la réflexion des chauffeurs de taxi. Ce sont finalement les chauffeurs du Caire  qui dessinent la personnalité égyptienne de la rue. Le livre annonçait clairement ce qui vient de ce passer.

Alaa El Aswahny nous avait plongé lui au cœur du Caire dans un immeuble naguère prestigieux qui a perdu sa splendeur, où cohabitent toutes les classes sociales. L’immeuble Yacoubian a été porté à l’écran par Marwan Hamed. Alaa El Aswahny a signé depuis  : « J’aurais voulu être égyptien ». Un roman interdit où la fiction ne se départit pas d’une ironie très modérément appréciée par le pouvoir. « Le destin décide de notre sort de la même façon  que la main dirige la marionnette d’une poigne solide. »

En ce début de XXIe siècle la littérature exprime encore, avec une certaine sagesse, la colère l’humour et la désillusion, liés aux difficultés de vivre du peuple égyptien. Elle ouvre aussi les fenêtres sur l’espoir des Egyptiens d’être respectés en tant que citoyens. Reste à espérer que le départ de Moubarak permette à ses successeurs de libérer la culture du pays vers le destin qui lui est promis.

 

Livre. Redécouvrir Naguib Mahfouz avec Karnak Café.

Modernité boulversée et roman

La littérature égyptienne va chercher dans ses fissures identitaires. Comme dans toutes les nations du monde dont la culture fait partie de l’histoire universelle, elle permet de mieux comprendre l’âme humaine d’un peuple. A l’aube d’un nouveau jour égyptien, on se replonge avec plaisir dans l’œuvre de Mahfouz qui compte une cinquantaine de romans.  Prix Nobel de littérature en 1988, l’écrivain fait partie des auteurs que l’on garde en mémoire. Dans ses premières œuvres, il peint minutieusement la société traditionnelle en dressant un panorama qui porte le souffle patriotique d’une Egypte marqué du sceau de l’humain.  La démarche d’écriture a recours au réalisme, parfois cruel, qui recherche dans le passé pharaonique les raisons de la fierté d’un peuple. L’auteur de L’impasse des deux palais rend compte avec ses romans des bouleversements sociaux et politiques de son pays.  L’engagement descriptif de l’écrivain traduit aussi l’esprit de révolte si décisif dans l’histoire moderne du pays. Il appartient à une génération qui a vécu l’écrasement de l’armée égyptienne dans le conflit contre Israël en 1967. Les années 60 et l’échec des politiques post-révolutionnaires, marquent d’ailleurs un tournant dans son œuvre. L’auteur débouche sur un constat inquiet de l’évolution de la société.

Les éditions Actes Sud  viennent de traduire pour la première fois en français « Karnak Café ». Ecrit en 1971 et publié en 1974, cet audacieux roman de Naguib Mahfouz livre la chronique sociale d’une génération perdue. Le livre qui pointe la répression policière a eu un grand retentissement. L’action se passe au Caire au milieu des années 1960. Le narrateur entre au Al Karnak café géré par Qurunfula, une ancienne star de danse orientale dont il a reconnu l’éclat mué en beauté mélancolique. Dans ce lieu populaire se retrouvent trois étudiants. Tous se disent les enfants de la révolution de 1952. Il va faire leur connaissance mais un jour ils disparaissent. La guerre n’est jamais très loin et les petites histoires ouvrent sur la grande tragédie d’un peuple. Le roman dépeint la tyrannie du présent impérialiste et l’oubli qui pèse sur le passé. A travers l’ambiance d’un petit café où se confrontent les idées politiques  de trois étudiants, on découvre le microcosme d’une Egypte en train de perdre ses repères.

Décédé en 2006, Naguib Mahfouz est à l’origine d’un roman typiquement égyptien dont on trouve toujours trace chez les auteurs contemporains.

Karnak Café, éditions Actes Sud, 16 euro

 

Livre. Turbans et Chapeaux : Une histoire romancée de la présence française en Egypte qui dura trois ans et vingt et un jours.

Récit d’une relation orageuse

Sonallah Ibrahim a écrit ce roman en 2003 lors de l’invasion américaine en Irak

« Chaleur étouffante, atmosphère chargée de poussière. Je me jette dans la foule en furie. Dégoulinant de sueur, je trébuche sur un obstacle au milieu de la rue : un amoncellement d’ordures. » Ce moment pourrait avoir eu lieu à la suite de la charge à dos de chameaux des partisans de Moubarak. Sur la place Tharir où les mamelouks modernes du souverain ont brandi leur sabre devant un peuple affamé de démocratie. Mais il se déroule à midi le 22 juillet 1798. On  vient d’apprendre la défaite de Moura Bey et d’Ibrahim Bey. Les deux émirs rivaux sont en fuite et l’on annonce l’entrée imminente de Napoléon au Caire.

Le journaliste égyptien Sonallah Ibrahim signe avec Turban et chapeaux un récit parallèle aux chroniques de l’historien Jabarti témoin oculaire de la conquête de son pays par Bonaparte. On suit l’itinéraire d’un jeune disciple égyptien recruté comme aide bibliothécaire par L’Institut des arts et des sciences d’Egypte. Celui-ci tisse une relation avec Pauline Fourès, connue pour avoir été la maîtresse de Napoléon. C’est la fille d’une comtesse guillotinée pendant la Révolution française. Dans cette petite histoire qui côtoie la grande, le jeune Egyptien s’imprègne de son odeur de savon et Pauline lui apprend entre autre, à jouer du piano.

Sonallah Ibrahim qui a séjourné dans les prisons égyptiennes entre 1959 et 1964 a écrit ce roman historique en 2003 lors de l’invasion américaine en Irak. En toile de fond se propage la relation orageuse entre les Arabes et l’Occident. Il est vrai que l’idée de Bonaparte selon laquelle la guerre offensive soutient l’économie ne diffère en rien de celle de Bush père. La technique brutale s’enrobe de beaux principes. Avec une malice toute égyptienne, l’auteur ne manque pas de souligner qu’elle fait appel à la collaboration du pouvoir local. Et le lecteur prend toute la mesure de la propagande politique qui sévissait déjà à l’époque. « A la mosquée aujourd’hui, il se disait que le Prophète est apparu à Bonaparte et lui a demandé d’annoncer publiquement sa foi dans les piliers de la religion d’Allah. Bonaparte lui aurait alors demandé un délai d’un an, le temps de préparer son armée, ce que le Prophète lui aurait accordé. » Comme quoi les professions de foi politiques appellent toujours  des contre-enquêtes.

Turbans et Chapeaux, éditions Actes-Sud 22 euros.

 

Actualité éditoriale


Actualité Internationale

Deux mois après la chute de Moubarak, les manifestants protestent au Caire contre l’armée et à sa tête le maréchal Hussein Tantaoui, accusé de freiner les réformes. Plus d’un millier de manifestants occupait toujours dimanche 10 avril la place Tahrir au Caire au lendemain d’affrontements qui ont fait un mort, mettant en évidence les tensions autour de l’armée accusée de freiner les réformes, deux mois après la chute du président Moubarak.

Amnesty International a dénoncé dans un communiqué « l’usage excessif de la force par l’armée égyptienne », citant sur la foi de témoignages l’usage de matraques électriques et l’envoi de véhicules blindés qui ont fait de nombreux blessés en entrant dans la foule. L’armée a nié avoir agi avec brutalité et démenti des accusations selon lesquelles elle aurait ouvert le feu sur des manifestants. Elle les a qualifiés de « hors-la-loi » en laissant entendre qu’ils pourraient agir à l’instigation de partisans de Moubarak.

Ces événements témoignent d’une récente montée des tensions autour du rôle de l’armée, après une période de large consensus sur son action pour stabiliser le pays et organiser le retour à un pouvoir civil élu promis pour la fin de l’année.

AFP 10/04/11

 

Voir aussi : Rubrique Littérature Arabe, rubrique Egypte cinéma Egypte foisonnante, rubrique Histoire Histoire de l’Egypte chronologie, On Line Egypte une renaissance récusée, Rencontre Khald Al Khamissi,

Nicomède : L’épreuve d’une situation historique

La détermination des figures féminines qui sont de premier plan

La mise en scène contemporaine de Brigitte Jacques-Wajeman aux Treize Vents nous conduit au cœur de l’intrigue cornélienne. 

A travers cette pièce, Corneille s’est donné pour « principal but de peindre la politique des Romains en dehors, et comme ils agissaient impérieusement avec les rois leurs alliés » explique Brigitte Jacques-Wajeman dans sa note d’intention. En cornélienne avertie, l’artiste formée par Vitez, restitue le cadre de ce rapport politique colonial à la lumière de notre époque. Elle  conserve la dimension classique du texte en opérant une mise à jour subtile et précise qui en révèle sa dimension actuelle. Elle joue sur les métaphores galantes, appuie la détermination des figures féminines qui sont de premier plan, donne du plaisir dans les jeux de langages qui abondent chez l’auteur. Le tragique repose sur la problématique de l’affirmation de soi qui touche les jeunes, Nicomède, Laodice et Attale dont les émotions se heurtent aux froids calculs et aux basses compromissions de leurs puissants aînés.

Amour et pouvoir

Le public entre dans l’intimité de la famille royale de Bithynie (actuelle Turquie), il s’installe à sa table qui constitue le décor unique de la tragédie. Voilà le prince Nicomède qui revient victorieux d’une campagne menée en Asie. Il vient retrouver son aimée la princesse Laodice, fille du roi d’Arménie en exil chez le Roi Prusias. La belle-mère de Nicomède tient le roi dans ses pattes. Elle veut voir monter son fils Attale sur le trône à la place de Nicomède et projette de le marier à Laodice avec l’appui de Rome, la puissance dominante qui fait et défait les royaumes selon ses intérêts géostratégiques.

Corneille organise l’intrigue autour de l’amour contrarié par les enjeux de pouvoir. Mais ne nous y trompons pas, chez l’auteur du Cid, le lyrisme n’est pas réductible à l’amour. La gloire a partie liée avec la cruauté, merveilleusement incarnée par Sophie Daull (la reine marâtre Arsinoe) qui tient le roi Prusias (Pierre-Stéfan Montagnier) par sa libido.

Héros de justice

Brigitte Jacques-Wajeman reste fidèle à l’auteur et à son personnage Nicomède (Le comédien Bertrand Suarez-Pazos). Taillé dans l’étoffe des héros, celui-ci demeure un monarchiste loyal mais sans concession aux puissants. Et si l’on pense au rôle hypocrite de l’Occident dans son rapport à l’Afrique, c’est bien un héros de la justice qui est restitué sur scène, non un idéologue. Adulé par le peuple, ce Nicomède puissant et magnanime confère au roi une nouvelle dignité qu’il ne conservera pas longtemps.

La pièce peut être lue autant comme un dialogue avec le pouvoir qu’avec le public qui attend avidement son Nicomède du XXIe siècle pour se réconcilier avec la politique.

Jean-Marie Dinh

Avec la même équipe de comédiens Brigitte Jacques-Wajeman propose vendredi 8 avril à Grammont Suréna une autre tragédie (coloniale) de Corneille. Nicomède est donné ce soir et samedi. Rens : 04 67 99 25 00

Voir aussi : Rubrique Théâtre 

La part de vérité des acteurs du PSU et leurs implications

Michel Perraud a présidé l’UNEF de janvier 67 à mars 68. Photo Rédouane Anfoussi

L’histoire du PSU par ceux qui l’ont vécue. Un travail passionné né d’une rencontre d’anciens militants à propos de la commémoration de mai 1968 réunit un collectif de vingt-trois auteurs dans une publication qui rouvre le débat. « Au Cœur des luttes des années soixante, les étudiants du PSU . Une utopie porteuse d’avenir ? » (éditions Publisud). Sous ce titre explicite, on découvre une mine d’informations et de témoignages  sur les rapports des ESU (Étudiants socialistes unitaires), de l’UNEF et du PSU (Parti socialiste unitaire).

Le PSU 1960-1989

Si diversifiée soit-elle, la représentation collective de l’histoire des années 60 retracée par les  auteurs* se rapproche de la pensée de Gramsci qui refusait dès les années 20 la tyrannie de la reproduction sociale et politique, conséquence d’un déterminisme marxisme réducteur. Le PSU créé en 1960 fonde principalement son action sur le combat pour la paix en Algérie et en est l’un des acteurs essentiels. Il incarne durant trois décennies la deuxième gauche qui se situait entre la SFIO social-démocrate et le PCF.

L’ouvrage parcourt les années soixante pour finir en 1971, année où les ESU quittent l’Unef et où Michel Rocard qui assumait la direction du Parti se trouve face à une forte opposition interne. En 1974 après le bon score de Mitterrand à la Présidentielle, les assises sont présentées comme la dernière étape du processus de reconstruction de la gauche non communiste autour d’une stratégie d’union de la gauche. Rocard choisit de rallier le PS pour se faire un profil d’homme d’Etat. En 1981, Huguette Bouchardeau qui dirige le Parti, est nommée ministre. Le PSU s’auto-dissout en 1989.

Les étudiants socialistes unitaires

Le PSU s’est appuyé sur la transformation (et la laïcisation) de la CFTC en CFDT. Il a défendu l’expérience autogestionnaire, en soutenant notamment les travailleurs de l’usine de Lip. Le livre donne un éclairage particulier sur les liens du Parti avec l’Unef.  Dans les années 60, ce sont en effet les étudiants du PSU, regroupés sous la bannière des ESU, qui se trouvent au cœur des luttes politiques contre l’impérialisme. Le Montpelliérain Michel Perraud qui présidait l’Unef de janvier 67 à mars 68 se souvient. « En 67 nous héritions d’une situation très difficile sur le plan politique et financier. Le ministère de l’EN nous avait supprimé les subventions, et les AGE (dirigées par la droite corporatiste) ne payaient plus leurs cotisations pour s’opposer à notre position internationale qui prônait la décolonisation. On mesurait la contradiction entre la fonction de gestionnaire (cités et restos U) et nos actions revendicatives. » Michel Perraud, co-auteur de l’ouvrage, souligne le rôle prédominant de l’Unef en mai 68. « L’engagement politique de l’Unef à l’époque nous a permis de mobiliser au-delà du périmètre d’influence des organisations politiques étudiantes, et d’engager une coordination avec la CGT, la CFDT et la FEN. »

Après la célébration du cinquantenaire de sa création en 2010, il importait de remettre en valeur le rôle du PSU où beaucoup d’hommes politiques français ont fait leurs classes. Cet ouvrage permet aussi de revenir sur l’histoire de l’Unef des années 60, quelque peu revisitée après la scission entre l’Unef et l’Unef ID. Enfin la situation que nous traversons actuellement avec des structures politiques qui apparaissent inadaptées aux urgences démocratiques, sociales et environnementales n’est pas si éloignée des problématiques politiques rencontrées naguère pour rompre avec l’impérialisme capitaliste. Le dialogue avec des acteurs d’hier, qui sont aussi témoins et acteurs de la réalité d’aujourd’hui, s’engage ce soir à la salle Pétrarque.

JeanMarie Dinh

Au Cœur des luttes des années soixante, les étudiants du PSU . Une utopie porteuse d’avenir ? éditions Publisud, 413 p, 32 euros

Ce soir à 18h Salle Pétrarque, Présentation et signature du livre. Avec Jacques Sauvageot, Luc Barret et Michel Perraud, tous trois anciens militants du PSU et dirigeants du syndicalisme étudiant.

Voir aussi : Rubrique Mouvements sociaux, La grève en France un test pour l’Europe, Rubrique Livre, rencontre surréaliste entre Marx et le père noël,  Essais, Le mouvement 68 en surchauffe, Rubrique Philosophie Deleuze et les nouveaux philosophes, Rubrique Politique entretien Jean-Claude Milner, Michela Marzano, Daniel Bensaïd, Bernard Noël, Alain Badiou,