«Heartbleed» : la faille qui frappe le cœur de la sécurité sur Internet

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Une «catastrophe», le «cauchemar ultime», la «faille de la décennie». Depuis la découverte d’une faille de majeure sur Internet il y a tout juste une semaine, c’est l’affolement général parmi les experts en sécurité informatique et les responsables de sites Web. Heartbleed n’est en effet pas une vulnérabilité comme les autres.

 Heartbleed, c’est quoi?

Il s’agit d’une faille qui frappe le cœur de la sécurisation des échanges sur Internet. Le protocole Transport Layer Security (TLS) garantit que des données échangées entre le navigateur et un site Web ne pourront pas être facilement lisibles par des pirates, car chiffrées. Les navigateurs Internet signalent ces connexions sécurisées par une petite icône de cadenas, tandis que les adresses des sites passent de «http» à «https».

L’une des implémentations gratuite de ce protocole parmi les plus populaires, OpenSSL, a été victime d’une erreur de programmation. Alors qu’il pensait améliorer cette librairie, un développeur allemand, Robin Seggelmann, a introduit une vulnérabilité dans le code d’OpenSSL en décembre 2011. La version défectueuse a été diffusée à partir de mars 2012. À partir de cette version, tous les serveurs Web recourant à OpenSSL pour sécuriser leurs échanges laissaient en fait sans le savoir leurs portes grandes ouvertes.

La vulnérabilité est localisée dans une fonction, appelée Heartbeat, qui permet de maintenir la connexion sécurisée entre le navigateur et le serveur Web. À cause de l’erreur de Robin Seggelmann, un pirate peut mentir sur le poids de la requête et obtenir en retour des données qui ne lui étaient pas destinées. Il peut ainsi récolter des informations transmises par d’autres utilisateurs lors de requêtes précédentes, encore stockées dans la mémoire temporaire des serveurs vulnérables: des identifiants et mots de passe, des cookies de sessions et peut-être des clés de chiffrement.

• Quels sont les sites touchés par la vulnérabilité Heartbleed?

La faille concerne tous les serveurs Web utilisant les versions d’OpenSSL publiées entre mars 2012 et avril 2014, rendant vulnérables tous les sites qu’ils hébergent et menaçant donc les informations de leurs utilisateurs. Les estimations vont d’un tiers à deux tiers des serveurs Web en fonctionnement dans le monde, dont des réseaux sociaux, des sites bancaires ou d’e-commerce. La société Netcraft, spécialisée dans la sécurité informatique, dénombre plus de 500.000 sites qui touchés par la faille Heartbleed. Parmi les victimes les plus illustres figurent Yahoo! et Imgur, fréquentés par des millions d’internautes.

La faille ne touche pas seulement des serveurs Web. La librairie OpenSSL est implémentée dans des équipements de réseau, comme des routeurs Cisco.

Quelles informations sont menacées?

L’erreur de programmation a été découverte début décembre 2013, à quelques jours d’intervalle par deux équipes, l’une de Google, l’autre d’une société finlandaise, Condominium. Leur trouvaille a été tenue secrète jusqu’au mardi 8 avril dans la matinée, pour laisser le temps de développer des correctifs, sans alerter des utilisateurs malintentionnés.

Il est compliqué de savoir si cette vulnérabilité a été un jour exploitée, car les attaques exploitant Heartbleed ne laissent théoriquement pas de trace. Un cas suspect, datant de novembre 2013, n’a pas encore été corroboré. L’Electronic Frontier Foundation, une organisation qui milite pour les libertés sur Internet, a lancé une grande chasse sur Internet pour tenter de retrouver des preuves d’exploitation de Heartbleed. «Si on démontre qu’il y a eu une exploitation avant le 8 avril, on sera dans le scénario du pire», commente Thomas Gayet, directeur stratégie en cybersécurité au sein du cabinet Lexsi.

Rien qu’en récoltant des identifiants et des mots de passe, il est possible de se connecter aux services de messagerie, à des sites bancaires ou des réseaux sociaux. «Heartbleed permet aux agresseurs d’espionner les conversations, de voler des données directement à leur source et de se faire passer pour un service ou un utilisateur en particulier», prévient Codenomicon. Ce dernier point fait débat. «En testant la faille je n’ai pas réussi à obtenir d’informations clés des serveurs, juste des historiques de connexion et des cookies», expliquait sur Twitter Adam Langley, expert de sécurité informatique chez Google.

• Quelle a été la réaction des sites touchés?

Les sites Internet concernés par la faille ont très vite réagi. Traumatisés par le scandale du programme de surveillance Prism, ils veulent se montrer irréprochables dans la défense des données de leurs utilisateurs. La plupart ont effectué la mise à jour de la librairie OpenSSL au début de la semaine, à la suite de la publication d’une nouvelle version du programme informatique corrigeant le bug. C’est le cas de Yahoo!. D’autres plateformes utilisant la librairie OpenSSL, a priori non concernées par Heartbleed, ont appliqué le principe de précaution en renforçant leurs défenses. «Nous n’avons pas détecté d’activités suspectes mais nous encourageons tout de même nos utilisateurs à changer de mot de passe», a ainsi Facebook.

«La plupart des gros sites sont sauvés de la faille grâce à leurs choix plutôt conservateurs en termes de sécurisation des échanges sur Internet», commente de son côté Codenomicon. Ces poids lourds de la high-tech ne recourent pas à OpenSSL ou n’en avaient pas déployé des versions récentes. Apple, Microsoft, Amazon ou eBay ont déclaré qu’ils n’étaient pas concernés par cette faille.

Des autorité se sont inquiétées des conséquences que pourraient avoir Heartbleed sur les sites bancaires, par lesquels transitent des données très sensibles. Le Federal Financial Institutions Examination Council (FFIEC, composé entre autres de membres de la Réserve Férérale américaine) a publié jeudi un communiqué mettant en garde les banques face à ces risques. «Les agresseurs pourraient potentiellement imiter les services bancaires, leurs utilisateurs, ou voler des identifiants, accéder à des emails sensibles ou infiltrer les réseaux internes des banques», a prévenu le conseil. Les plus grosses banques américaines, donc Bank of America ou Wells Fargo, ont déjà déclaré qu’elles n’étaient pas affectées par Heartbleed.

Contactée par Le Figaro, la Banque de France explique que des systèmes d’authentification développés en France sur les sites Internet des banques, notamment par SMS, «constituent un élément de sécurité important qui limite en pratique l’exploitation de la faille Heartbleed dans notre pays». «Il convient néanmoins d’appeler à la vigilance des internautes, notamment en cas de réception de courriels les incitant à modifier leurs identifiant et mot de passe, lesquels courriels pourraient constituer des tentatives de ‘’phishing »», indique la Banque de France.

Une faille très médiatique

Heartbleed est une vulnérabilité originale à bien des égards. La révélation publique de la faille a bénéficié d’un plan de communication redoutable. Un ingénieur de Codenomicon lui a trouvé un surnom, «cœur qui saigne», afin d’exprimer l’idée que des données pouvaient s’en échapper. Ce patronyme a l’avantage de se retenir plus facilement que son nom d’origine, «CVE-2014-0160», en référence à son identifiant dans la base de données des vulnérabilités. Un autre employé de Codenomicon a ensuite acheté le nom de domaine Heartbleed.com, vite habillé d’un logo produit par un designer de l’entreprise.

La stratégie, qui s’apparente à celle employée lors du lancement d’un produit, avait pour but de diffuser l’information le plus rapidement et largement possible. Le site Internet Heartbleed.com a été mis en ligne lundi 7 avril, réunissant près de 1,4 million de visiteurs uniques en moins de 48 heures. «Notre mission est de rendre l’Internet plus sûr», a expliqué David Chartier, PDG de Codenomicon, dans une interview accordée au site Vocativ. «Nous avons déclenché une véritable réponse de la communauté. C’est un beau travail d’équipe.»

• La NSA était au courant, selon l’agence Bloomberg

Les révélations sur Heartbleed interviennent près d’un an après les débuts de l’affaire Snowden, qui a déjà porté un coup dans la confiance que l’on peut avoir sur la sécurité des données sur Internet. Les documents révélés grâce à l’ancien contractuel de la NSA ont montré qu’il était possible d’intercepter largement des données à des fins de renseignement, y compris celles supposément protégées. Un débat est déjà lancé: Heartbleed provient-t-il réellement d’une erreur de programmation ou traduisait-il d’autres desseins? «Il n’y a aucun élément factuel prouvant que c’était volontaire. La grande question est maintenant de savoir si d’autres acteurs, comme des services d’État ou des cybercriminels avaient découvert cette faille ou la connaissaient», estime Thomas Gayet. Selon l’agence Bloomberg, la NSA était informée «depuis au moins deux ans» de l’existence de cette faille et a décidé de la garder secrète, afin de s’en servir pour récolter des informations sensibles.

Source : Le Figaro 11/04/2014

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“Strange Fruit”, et Billie Holiday suspendit l’Histoire

New York, 1939. Une voix perfore le cœur d’une Amérique bipolaire. “Strange Fruit”, acte de naissance de la chanson contestataire, résonne pour l’éternité.

I feel like going home, de Muddy Waters, I got a woman, de Ray Charles, Zombie, de Fela ou encore War, de Bob Marley… Dans la continuité de l’expo « Great Black Music », à la Cité de la Musique, qui rassemble jusqu’en août cinquante ans de musiques noires, Télérama.fr vous raconte chaque semaine l’histoire d’une chanson qui a traversé les générations.

Le lynchage d'Abram Smith et Thomas Shipp à Marion, Indiana, le 07 aoüt 1930, © studio photographer Lawrence Beitler/ The Indiana Hisorical Society.

Le lynchage d’Abram Smith et Thomas Shipp à Marion, Indiana, le 07 aoüt 1930, © studio photographer Lawrence Beitler/ The Indiana Hisorical Society.

Les dernières notes de Strange Fruit sont souvent suivies d’un silence sidérant. Le night club est plongé dans le noir. Les serveurs ne doivent pas bouger, ni faire le moindre bruit. Chaque soir, le rideau retombe sur l’image de « ces corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud/comme d’étranges fruits aux branches des peupliers ». Le public new-yorkais ne sait pas comment réagir. Doit-il rester grave et recueilli dans un moment d’intense communion avec le peuple noir qui est encore victime des lynchages? Doit-il applaudir à tout rompre la performance sublime de Billie Holiday dont le tour de chant s’achève rituellement par cette lamentation déchirante ? L’intensité de l’instant n’a guère d’équivalent.

Les années 30 touchent à leur fin. New York est une ville vibrante, créative, illuminée. Le Cafe Society qui vient d’ouvrir ses portes sur Sheridan Square, à Greenwich Village, fait vœu d’être le premier night club d’Amérique où noirs et blancs peuvent se mélanger sans y penser. Les amoureux de jazz et les penseurs d’une gauche en verve y font bon ménage et Billie Holiday règne avec autorité sur ce beau monde hédoniste et raffiné. Sa voix est l’expression la plus pure d’une blessure grande ouverte. Elle donne à Strange Fruit une force que rien ne peut dompter. Son timbre est clair, à peine frissonnant, son interprétation lente et posée. La chanteuse qui, en ce printemps 1939, a tout juste vingt-quatre ans, dompte son souffle, impose son rythme, dévoile les images de la terrible scène de lynchage sans forcer le trait. L’émotion est nue. La chanson semble taillée pour elle. A tel point qu’elle a fini par croire qu’elle en était l’inspiration.

be Meeropol, l’auteur derrière le mythe

Dans sa biographie, Lady Sings the Blues, elle raconte que le jour où un certain Lewis Allen s’est présenté à elle avec cette ébauche de chanson, elle a compris immédiatement qu’elle mettait en musique toute l’infamie qui avait tué son père (il est mort d’une pneumonie après que plusieurs hôpitaux du sud ségrégationniste aient refusé de le soigner).

Strange Fruit restera LA chanson de Billie Holiday, mais elle n’a pas été écrite pour elle. Quand elle les interprète pour la première fois, ces trois couplets dépeignant, avec brutalité et ironie, le pourrissement du racisme dans l’air moite des campagnes du Sud (« l’odeur du magnolia, douce et fraîche/et soudain l’odeur de la chair qui brûle ») ont déjà fait leur chemin. Ils ont été publiés, au milieu des années 30, dans un bulletin syndical des enseignants new-yorkais par Abe Meeropol, professeur d’un lycée du Bronx.

A l’origine, Strange Fruit n’est qu’un court poème, Bitter Fruit, (« fruit amer »), inspiré par la photo du lynchage de deux jeunes garçons noirs, à Marion dans l’Indiana. Abe Meeropol, qui se fait appeler Lewis Allan (et non Allen, comme le retranscrit Billie Holiday) pour préserver son anonymat, est un juif américain proche du parti communiste. Il met lui-même son texte en musique et on le reprend régulièrement en chœur dans les meetings politiques. Jusqu’à ce que sa réputation parvienne aux oreilles de Barney Josephson, qui vient d’ouvrir le Cafe Society et n’imagine pas qu’on chante ailleurs ces quelques lignes qui font entrer la chanson contestataire dans un autre âge.

La plus grande chanson du XXe siècle

« C’est la plus affreuse des chansons, dira plus tard Nina Simone. Affreuse parce que violente et dévoilant crûment ce que les blancs ont fait aux miens. » Une des légendes accompagnant Strange Fruit veut que Billie Holiday n’ait pas été « bouleversée » quand Strange Fruit lui a été proposée par son employeur.  « Indifférente » ou « mal à l’aise » selon les sources. Elle n’a toutefois pas tardé à se l’approprier et à en faire l’apogée de son tour de chant. Son premier enregistrement date du printemps 1939. Sur le label Commodore, qui a élu domicile dans un petit magasin de la 52e rue, et non sur les disques Columbia avec lesquels elle a signé un contrat : John Hammond, qui a découvert la chanteuse à 17 ans à Harlem, n’a pas voulu se mouiller.

Strange fruit devient vite un succès, mais c’est un succès gênant. Les militants de gauche l’envoient aux membres du Congrès pour les mobiliser. Le Sud ségrégationniste est encore très influent au sein des partis politiques et des médias et la radio passe peu le disque. C’est le bouche-à-oreille qui fait circuler les refrains scandaleux, attire une foule de fervents au Cafe Society et vaut à son auteur une audience très spéciale… celle de la Commission de la Chambre sur les affaires anti-américaines, qui veut savoir si le parti communiste a financé l’écriture de la chanson. Abe Meeropol reste ferme face à ses accusateurs. Quelques années plus tard, il adoptera les enfants d’Ethel et Julius Rosenberg, exécutés pour « espionnage au profit de l’URSS ».

Billie Holiday ne connaîtra rien des avancées de son peuple. Les années 40 et 50 sont pénibles. Dans l’Amérique du maccarthysme, certains clubs refusent qu’on joue Strange Fruit. La chanteuse est obligée de l’imposer contractuellement. Certains soir, elle se plaint des serveurs qui font volontairement tinter leur caisse enregistreuse pendant toute la durée de la chanson. En 1944, elle est à deux doigts d’ouvrir la gorge d’un marin qui la traite de « négresse » A un ami qui l’interpelle, un jour sur une avenue de New York (« comment va la Lady Day ? ») elle répond : « Bof, tu sais, je suis toujours nègre ».

Dans la lente descente narcotique de ses dernières années, Strange Fruit est un morceau toujours plus pesant et douloureux qu’elle ne parvient pas toujours à le chanter. Elle meurt à 44 ans, en 1959. En 1999, Time Magazine décrète que Strange Fruit est la plus grande chanson du XXe siècle.

Laurent Rigoulet

Source Télérama 08/04/2014

Play list Strange fruit

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L’« exil » des jeunes diplômés devient un enjeu politique

M. Chatel justifie sa proposition de commission d’enquête par le manque de chiffres sur le sujet. La France ne comptabilise pas les sorties de son territoire. Seulement les entrées. Et il n’existe pas de base recensant de manière continue et exhaustive la présence des Français à l’étranger. « Une commission d’enquête donne des pouvoirs pour accéder à des sources confidentielles, plaide le parlementaire. La mondialisation participe à l’internationalisation des diplômés et c’est une bonne chose. La France était en retard sur ce point. Mais il faut savoir si ce phénomène n’en cache pas un autre. »

 La crise économique encourage-t-elle un essor de l’émigration, une fuite des cerveaux ? Le phénomène serait nouveau pour l’Hexagone, au point qu’une proposition controversée de l’UMP de créer une commission d’enquête sur « l’exil des forces vives de France » doit être débattue à l’Assemblée nationale, en commission des finances mardi 8 avril, puis en séance mercredi 9. Le sujet était jusqu’à présent relativement marginal dans le débat politique. Avec cette proposition, il fait soudain son entrée dans l’Hémicycle, où gauche et droite défendent des visions radicalement différentes.

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Perte de compétitivité

Mais son initiative suscite des remous jusque dans les rangs de l’UMP, où certains jugent le recours à la commission d’enquête disproportionné, d’autant plus que le nouveau règlement de l’Assemblée A l’origine de cette démarche à l’intitulé alarmiste : Luc Chatel, député (UMP) de la Haute-Marne. « C’est un sujet de fond, défend celui qui est aussi vice-président de l’UMP. Depuis dix ans, on envoie des contre-messages aux jeunes, aux entreprises. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de cadres et d’étudiants qui partent à l’étranger, et pas seulement pour enrichir leur curriculum vitae. Ils partent pour chercher un emploi. Pourquoi ? » ne permet à l’opposition de n’en réaliser qu’une seule par an. « Chaque voyage me confirme le précédent : il y a bien une fuite des cerveaux liée à notre perte de compétitivité, mais une simple mission d’information aurait suffi », s’emporte Thierry Mariani, député (UMP) des Français de l’étranger (Europe orientale, Asie, Océanie) et bon connaisseur des sujets relatifs aux migrations.

Au-delà de la polémique, le débat est devenu politique. Car la gauche voit dans le discours de la droite un acharnement au « French bashing » consistant àconvaincre les jeunes que leur taux de chômage ne peut que s’aggraver pendant le quinquennat de François Hollande et que leur avenir est ailleurs

La gauche développe à l’inverse tout un argumentaire de dédramatisation. « Les Français ne sont plus casaniers, c’est une bonne nouvelle !, défend ainsi Pouria Amirshahi, député PS des Français de l’étranger pour l’Afrique. En s’expatriant, ils deviennent nos meilleurs interprètes. Il faut encourager ce mouvement. » « L’exil, c’est quelque chose de contraint, le mouvement auquel on assiste est un choix », estime de son côté Sergio Coronado, député (EELV) pour l’Amérique latine.

Une « fuite des cerveaux » ?

Richard Yung, sénateur PS des Français de l’étranger pour la zone Amérique, est l’un des rares, à gauche, à rejoindre en partie l’analyse de l’opposition. S’il ne faut pas, selon lui « s’inquiéter », Richard Yung admet qu’« il y a depuis quatre ou cinq ans davantage de départs à l’étranger, dont la crise de l’emploi en France est certainement l’un des moteurs ».

Faut-il s’inquiéter de l’augmentation du nombre de départs jusqu’à utiliser le terme de « fuite des cerveaux » ? Ou se féliciter que les jeunes diplômés français soient bien formés et qu’ils puissent ainsi tenter leur chance à l’étranger ?

D’après les rares chiffres disponibles, le nombre de Français établis à l’étranger augmente « de façon significative » depuis le début des années 2000, comme l’indiquait, en mars, une étude de la Chambre de commerce et d’industrie de ParisIle-de-France (CCIP) intitulée « Les Français à l’étranger, quelle réalité ? ». Dans cette note, la CCIP affirmait notamment que les expatriés restaient à l’étranger pour des durées de plus en plus longues. Un phénomène qu’elle expliquait, d’un côté, par la multiplication des contrats locaux, de l’autre, par la part croissante de créateurs d’entreprises dans ces expatriés.

 Solde migratoire positif 

Une autre étude, intitulée « Y a-t-il un exode des qualifiés français ? Quels sont les chiffres de l’émigration ? », beaucoup moins médiatisée, a été réalisée par le Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (Liepp). Publié début mars, le texte concluait, graphiques à l’appui, que l’émigration des diplômés était plus faible qu’ailleurs ; qu’elle était en hausse, certes, mais moins que dans les autres pays de l’OCDE et qu’enfin le solde migratoire des diplômés en France était positif, la France accueillant bien plus de diplômés qu’elle n’en voit partir.

« Contrairement à certains commentaires, il n’y a pas en France de fuite massive des personnes les plus qualifiées, tout au plus une légère tendance croissante », insistent ses deux auteurs, Etienne Wasmer et Pierre-Henri Bono, respectivement codirecteur et chercheur au Liepp. Le taux d’émigration du Royaume-Uni est ainsi de trois à six fois supérieur à celui de la France.

Lire notre entretien avec Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche au CNRS :  « La France a toujours pensé que les sorties étaient provisoires et les entrées définitives »

« Certes, il y a une augmentation des départs, souligne Etienne Wasmer, c’est incontestable, mais cela tient à l’augmentation du nombre de diplômés et à la baisse des coûts liés à l’expatriation. »

En effet, plus on est diplômé, plus on s’expatrie. Le taux d’émigration est de 0,04 % pour les non-diplômés, 0,4 % pour les bacheliers, 1,1 % pour les titulaires d’un master et 2,1 % pour les docteurs, selon Bastien Bernela et Olivier Bouba-Olga, chercheurs à l’université de Poitiers, qui ont travaillé sur des données issues des enquêtes « génération » du Centre d’études et de recherches sur les qualifications.

 Un « marché internationalisé »

Pour la Conférence des grandes écoles, l’augmentation du nombre d’expatriés n’est pas encore un sujet. « Que nous ayons un nombre non négligeable de diplômés qui connaissent leur première expérience à l’étranger n’est pas un problème. Cela prouve que le marché s’est internationalisé, estime Yves Poilane, président de la commission relations internationales de la Conférence. Nous ne sommes pas alarmés, si d’aventure la situation traduisait une désaffection des diplômés pour la France, ce que nos études ne permettent pas d’identifieraujourd’hui, c’est un chantier qui nécessiterait une mobilisation d’un certain nombre d’acteurs et pas quelques décisions symboliques. »

Chez toute une partie de la jeunesse, notamment issue de l’immigration, l’expatriation est régulièrement présentée comme un moyen d’échapper aux blocages du système français. Mais ce ressenti n’est pas quantifiable. Autre trou noir, la probabilité de retour de ceux qui s’expatrient. Seul chiffre disponible : une étude de Deloitte de février 2013, indiquant que 44 % des jeunes diplômés qui partaient envisageaient une expatriation d’une durée d’un à cinq ans.

Nathalie Brafman et Elise Vincent

Source Le Monde 07/04/2014
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Fin de l’indétermination démocratique

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Opinion libre

Il est plus que temps que Hollande sorte la tête du sac et choisisse entre les Français et les agences de notation. La montée du FN était objectivement un levier stratégique pour se remettre en selle mais c’est aussi un calcul catastrophique de très courte vue.

 Les français n’ont rien à faire d’un changement de 1er ministre c’est un changement de politique gouvernementale qu’ils appellent de leurs voeux.

 La montée du FN en France en cache une autre, celle du fascisme à l’échelle européenne. Demain quand l’extrême droite européenne sera montée en force au parlement de l’UE, ce qui ne fait guère de doute, Bruxelles devra gérer le populisme de droite et choisir entre l’abandon de la politique d’austérité ou l’abandon de la démocratie.

 La France serait bien avisée de prendre dès à présent les devants en renouant avec le courage politique, en reprenant le fil historique d’une vision où le citoyen reste le sujet principal de la souveraineté.

JMDH

27/03/2014 Pensée du jour

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En Egypte, la condamnation à mort « ridicule et injustifiée » de 529 Frères musulmans

Parents et amis de militants pro-Morsi condamnés pour les violences de cet été, réunis devant le tribunal dans le sud de Minya. | AFP/-

Parents et amis de militants pro-Morsi condamnés pour les violences de cet été, réunis devant le tribunal dans le sud de Minya. | AFP/-

Un tribunal égyptien a condamné à mort, lundi 24 mars, en première instance, 529 partisans du président islamiste Mohamed Morsi pour la mort d’un officier de police dans la province d’Al-Minya, en Moyenne-Egypte. Ces faits avaient eu lieu lors des événements sanglants qui ont entouré la dispersion en août 2013 des sit-in des Frères musulmans protestant contre la destitution par l’armée du président issu de la confrérie.

Selon l’agence de presse officielle MENA, les accusés étaient également poursuivis pour tentative de meurtre sur deux autres officiers de police, ainsi que pour l’incendie du poste de police de Matay, la saisie d’armes de police et pour trouble à l’ordre public. Dix-sept autres prévenus ont été acquittés, selon l’avocat Ahmed Al-Charif. Seuls 153 des condamnés sont détenus, les autres sont en fuite.

Mohammed Lotfy, fondateur de la Commission égyptienne pour les droits et libertés (ECRF), revient sur le verdict rendu dans le cadre de ce procès, le plus important depuis le début de la répression des pro-Morsi.

Quelle est votre réaction face à la condamnation à mort de 529 partisans des Frères musulmans prononcée par le tribunal d’Al-Minya ?

Ce verdict constitue un choc. Il traduit une culmination de la politisation du judiciaire en Egypte. On a vu beaucoup de procès motivés politiquement, que ce soit à l’encontre des Frères musulmans ou à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme ou des activistes politiques, dans lesquels il y a un biais apparent de la part du tribunal, qui semble motivé par la situation politique. Toute voix s’opposant au gouvernement actuel est sujette à la répression policière (arrestations, torture) ou à des procès inéquitables ne garantissant pas les procédures élémentaires.

Si les procédures étaient respectées, on ne verrait pas de juge donner la peine de mort à plus de 500 personnes. C’est un verdict ridicule au regard de la loi ou même de la logique. Comment 500 personnes peuvent-elles êtres responsables de la mort d’un seul homme ? Le juge a dû se voir autoriser à rendre un tel verdict, en se considérant partie prenante d’un conflit politique. Le verdict vise à envoyer un message politique

En parallèle, le judiciaire fait tout pour laver l’Etat de toute responsabilité quand il y a des violations graves des droits de l’homme contre des citoyens. Depuis la révolution de 2011, les verdicts rendus ont totalement occulté la responsabilité des forces de sécurité dans la mort de plusieurs milliers de personnes en Egypte. Aucun policier n’a été condamné. A chaque fois, les juges ont considéré qu’il n’était pas possible d’établir quel policier avait tiré sur tel manifestant. Dans les cas où un accusé a été nommément identifié, il n’y a eu aucune peine de mort ou de prison. En ce qui concerne les événements d’août 2013, un seul policier a été condamné à dix ans de prison et trois autres à un an avec sursis pour la mort de 37 prévenus lors de leur transport en fourgonnette de police, le 13 août. Des gaz lacrymogènes ont été lancés dans la fourgonnette alors que les prévenus, menottés, ne représentaient pas une menace.

Y-a-t-il eu des violations de la procédure judiciaire dans le cas du procès d’Al-Minya ?

C’est un procès expéditif qui est injustifié. Il n’y a eu que deux sessions [le procès s’est ouvert samedi 22 mars]. La défense n’a pas eu l’occasion de défendre les accusés comme il se doit et notamment de présenter des témoins. Pour comparaison, le procès contre l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, jugé depuis août 2011 pour le meurtre de manifestants lors de la révolution de janvier-février 2011, n’est pas terminé.

Pour fonder son verdict, le juge aurait dû prouver que chacun des prévenus a participé au meurtre de l’officier de police. Or, comment faire la preuve en deux sessions de tribunal que chacun des accusés, du numéro 1 au numéro 529, a participé au meurtre ou tué la victime ? Il est difficile de dire s’il y a eu des pressions directes sur le juge. Il est difficile d’imaginer qu’on ait pu dicter un verdict aussi préjudiciable à la réputation de l’institution judiciaire et du gouvernement.

Quelles sont les recours dont disposent les accusés ?

Il y aura très certainement un appel devant la Cour de cassation, comme le prévoit la procédure criminelle en Egypte. On verra alors si la Cour de cassation juge que l’affaire mérite d’être rejugée pour vice de procédure. On espère que ce sera le cas mais, même dans cette éventualité, les accusés vont rester en prison jusqu’au verdict de la Cour de cassation et la tenue d’un nouveau procès, ce qui risque de prendre plusieurs années.

Avant cela, du fait qu’il prévoit la peine capitale, le verdict doit être soumis au mufti d’Al-Azhar [la plus haute institution religieuse d’Egypte] qui va donner au juge son opinion sur ce verdict. Mais ce n’est pas une opinion contraignante et la décision finale revient au juge. Pour exemple, la semaine dernière, dans une affaire relative à la planification d’une attaque terroriste contre le canal de Suez en 2009, le juge a confirmé la peine capitale contre un des 26 prévenus en dépit de l’avis contraire du mufti et sachant que la planification en soi d’une attaque terroriste n’est pas criminalisée par la loi égyptienne.

Propos recueillis par Hélène Sallon

Source Le Monde : 24/03/2014

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