Jusqu’à quand la politique migratoire de l’Union européenne, va-t-elle s’appuyer sur les dictatures du sud de la Méditerranée ?

Camp de travailleurs ayant fuit la Libye

Camp de travailleurs ayant fuit la Libye

Depuis le début des années 2000, l’Union européenne et ses États membres se sont appuyés sur les régimes du sud de la Méditerranée pour externaliser leur politique d’asile et d’immigration. Face aux révoltes populaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, leurs réactions montrent que la « défense de la démocratie » et la « non ingérence » ne sont que rhétoriques quand il s’agit de réaffirmer les impératifs d’une fermeture des frontières attentatoire aux droits fondamentaux.

Ainsi, pendant que les forces armées libyennes massacrent les révoltés dans l’ensemble du pays, le colonel Kadhafi brandit le spectre de l’invasion migratoire en menaçant de mettre fin à toute « coopération en matière de lutte contre l’immigration irrégulière » si l’Union européenne continue d’« encourager » les manifestations populaires. Cette dernière, par la voix de sa haute représentante aux affaires étrangères, Catherine Ashton, a dit ne pas vouloir céder au chantage[1] alors même que les instances européennes continuaient de négocier, il y a moins d’une semaine, la participation libyenne à leur politique de bouclage de l’espace méditerranéen.

Suite à la chute de la dictature en Tunisie, quelques milliers de migrants arrivant sur l’île de Lampedusa (Italie) ont en effet été présentés comme une menace contre laquelle l’Union devait se défendre en mobilisant ses alliés d’Afrique du Nord. La « Méditerranée forteresse » devait être défendue au mépris des aspirations des populations et de principes (libertés, démocratie, droits humains…) pourtant présentés comme au fondement de l’UE. Alors que les manifestants d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient se battent contre l’emprise policière, les États européens répondent par des mesures sécuritaires. L’UE promet notamment de débloquer de l’argent pour aider la Tunisie à contrôler ses frontières et empêcher ses ressortissants de mettre en œuvre leur « droit de quitter tout pays y compris le sien » (art. 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme).

Ce faisant, l’UE et ses États membres souhaitent que les accords de coopération migratoire signés par les dictatures et attentatoires aux droits fondamentaux soient repris par les nouveaux régimes. C’est cette politique de guerre aux migrants qui a conduit à ce que des milliers de personnes tentant d’échapper aux patrouilles et autres dispositifs militaires meurent en Méditerranée tandis que des dizaines de milliers d’autres étaient enfermées dans des camps en Algérie, en Egypte, en Libye, en Tunisie… Elle est à tel point au cœur de la diplomatie de l’UE que plusieurs de ses États membres se sont affolés devant l’effondrement de régimes qu’ils arment depuis des années[2]. Aujourd’hui, ces armes sont utilisées contre le peuple libyen en lutte pour ses libertés.

Alors que l’ensemble des États membres est tenté de s’aligner sur la position italienne et de  « ne pas interférer dans le processus de transition en cours dans le monde arabe (…) particulièrement en Libye (…) », il est urgent de rappeler que l’UE est face à une situation historique. Elle doit cesser de soutenir les régimes dont les atteintes aux droits de leurs populations sont redoublées par leur utilisation comme gendarmes de l’Europe.

Seule une réorientation radicale des politique migratoires de l’Union européenne permettra d’ouvrir une nouvelle ère, marquée par moins d’injustices, d’inégalités et d’atteintes aux droits, dans les relations entre l’Union européenne et ses voisins méditerranéens.

Migreurop

Note 1 : http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/cfsp/119397.pdf

Note 2 : La France et la Grande-Bretagne ont annoncé la suspension de livraison de l’exportation de matériel de sécurité, ce qui est une preuve de plus que le régime libyen est soutenu par de nombreux États de l’Union européenne, au nom notamment de la lutte contre l’immigration illégale (Dépêche AFP du 18 février 2011).

 

 

Voir aussi : rubrique Politique de l’immigration, L’Europe les bras ballants,

Le procès de Angolagate : les principales étapes de l’affaire

L’ancien ministre Charles Pasqua et l’homme d’affaire Pierre Falcone vont connaître ce vendredi 25 février les réquisitions du ministère public à leur encontre dans le procès en appel de l’Angolagate. L’affaire remonte au début des années 90 et concerne un trafic d’armes présumé vers l’Angola, doublé d’un imbroglio politico-financier retentissant.

 

Pasqua au procès. Photo AFP

Pasqua au procès. Photo AFP

Homme d’affaires franco-israélien d’origine russe, Arcadi Gaydamak figure lui aussi parmi la vingtaine de prévenus ayant fait appel de leurs condamnations, prononcées en 2009 par le tribunal correctionnel. En fuite, il n’a assisté à aucune audience du procès qui a débuté le 19 janvier. De son côté, détenu à Fleury-Mérogis depuis sa condamnation, Pierre Falcone n’a pas eu d’autre choix que de venir aux audiences. Le businessman franco-angolais a été condamné à six ans de prison ferme dans se dossier pour commerce illicite d’armes, abus de biens sociaux et trafic d’influence.

Octroi de la médaille du mérite

Pierre Falcone est poursuivi avec Arcadi Gaydamak pour avoir organisé une vente d’armes à l’Angola, de 1993 à 1998, en pleine guerre civile, pour un montant de 790 millions de dollars, gagés sur les recettes futures du pétrole. L’accusation estime cette vente illicite, car n’ayant pas été autorisée. La défense affirme qu’elle n’avait pas besoin d’autorisation, puisque les armes avaient été vendues par une société slovaque et n’avaient pas transité par la France.

Régulièrement présent aux audiences, Charles Pasqua, aujourd’hui âgé de 83 ans, a tenté de démontrer que l’octroi de la médaille du Mérite à Gaydamak n’a été conditionné à aucun versement d’argent destiné à financer ses activités politiques. Le tribunal en avait jugé autrement, le condamnant à trois ans de prison, dont un ferme, pour trafic d’influence. Le parquet général fera connaître à son tour sa position au cours d’un réquisitoire qui devrait durer toute la journée. Les plaidoiries de la défense, à partir de lundi, clôtureront ce procès prévu jusqu’au 3 mars.

 

 

Guerre civile en Angola

Guerre civile en Angola

Les principales étapes de l’affaire

Voici les principales étapes de l' »Angolagate », affaire de vente d’armes à l’Angola jugée illicite par le tribunal correctionnel de Paris en octobre 2009. L’affaire est examinée par la cour d’appel  depuis le 19 janvier.

1999/2000

Le nom de l’homme d’affaires franco-israélien d’origine russe Arcadi Gaydamak apparaît dans une enquête sur une affaire de blanchiment. Des investigations établiront qu’Arcadi Gaydamak était associé à l’homme d’affaires français Pierre Falcone, dirigeant de la société Brenco, pour conclure avec l’Angola, en guerre civile, un contrat de vente d’armement provenant de l’ex-Union soviétique, sous couvert d’une société slovaque, ZTS OSOS.
Le contrat, courant de 1993 à 1998, est estimé à 790 millions de dollars.

En septembre 2000, une liste de personnes et sociétés rémunérées par Brenco révèle les noms de Jean-Christophe Mitterrand et Jacques Attali (respectivement fils et ex-conseiller de François Mitterrand) ainsi que du préfet Jean-Charles Marchiani. Des perquisitions suivent, notamment au siège du parti RPF et au conseil général des Hauts-de-Seine présidé par Charles Pasqua, ex-ministre de l’Intérieur.

Pierre Falcone est mis en examen, suivi de Jean-Christophe Mitterrand.

2001
25 janvier : le ministère de la Défense dépose une plainte pour trafic d’armes, la vente à l’Angola n’ayant pas fait l’objet des autorisations nécessaires.

Mai : mise en examen de Jean-Charles Marchiani, puis de Charles Pasqua, qui sera reconnu coupable d’avoir favorisé l’attribution de l’ordre du Mérite à Gaydamak, après le versement par Brenco de 230.000 euros sur le compte de l’Association France Afrique Orient, dont il était vice-président. Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani affirment que cette médaille a été décernée pour le rôle d’Arcadi Gaydamak dans la libération fin 1995 de deux pilotes français détenus en Bosnie.

2003
Juin : Pierre Falcone est nommé représentant permanent de l’Angola auprès de l’Unesco.

2007
Avril : 42 personnes sont renvoyées en correctionnelle, dont Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak, ainsi que Jean-Christophe Mitterrand, Charles Pasqua et diverses personnalités poursuivies pour recel d’abus de biens sociaux.

2008/2009
6 octobre/11 février : procès devant le tribunal correctionnel de Paris, en l’absence d’Arcadi Gaydamak, en fuite.
27 octobre 2009 : le tribunal prononce 36 condamnations et six relaxes. Jacques Attali figure parmi les relaxés, de même que le magistrat Georges Fenech.

Vingt-quatre condamnés feront appel. Parmi eux, Pierre Falcone, qui a écopé de six ans de prison ferme et a été immédiatement écroué, Arcadi Gaydamak (six ans ferme), Charles Pasqua (trois ans, dont un ferme), Jean-Charles Marchiani (trois ans, dont 15 mois ferme), l’avocat Allain Guilloux (trois ans, dont un ferme).
Jean-Christophe Mitterrand a été condamné à deux ans avec sursis et le romancier Paul-Loup Sulitzer à 15 mois avec sursis, mais ils n’ont pas fait appel. Idem pour Jean-Bernard Curial, ex-conseiller Afrique du PS, condamné à deux ans avec sursis.

2010
Pierre Falcone voit ses demandes de remise en liberté rejetées.

2011
19 janvier au 2 mars : procès devant la chambre 5-13 de la cour d’appel, sous la présidence d’Alain Guillou.

Nouvelobs.com etAFP

 

 

Voir aussi : Rubrique Affaire : Pétrole contre nourriture non-lieu pour Pasqua, rubrique Justice Coup de théâtre à L’Angolagate : Pasqua relaxé, rubrique Afrique, françafrique

« Opprimés de l’Inde levez-vous »: le chant de révolte d’un paysan du Pendjab

Il salue le visiteur en brandissant son moignon en l’air, à la manière communiste. Bant Singh, paysan pauvre du nord de l’Inde passé à tabac pour avoir osé traîner en justice les violeurs de sa fille, chante aujourd’hui la révolution, au nom de tous les opprimés. Ses chansons a cappella, scandées avec rage en pendjabi, dénoncent les inégalités héritées du système des castes, l’exploitation des paysans sans terre, la corruption politique et les violences policières.

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Bant Singh chante la révolution

« Nous, les prolétaires, voulons les même droits que les riches, nous voulons une vie de respect et d’égalité. Mes chansons sont des mots que je lance en l’air comme des gouttes de sang », dit cet homme au corps brisé de « 40-42 ans ». Battu avec une barre de pompe à eau jusqu’à ce que sa chair devienne de « la pulpe » par des inconnus venus venger les puissants propriétaires terriens condamnés pour le viol de sa fille de 17 ans, il a dû se faire amputer des deux bras et d’une jambe, raconte-t-il, posé comme une marionnette sur sa paillasse. Les sept auteurs du viol ont été condamnés à des peines de prison mais ils ont été libérés sous caution voici quatre mois. En dédommagement de son agression, il a reçu deux buffles et un million de roupies (16.200 EUR). Le gouvernement lui a promis une parcelle de terre, qu’il attend toujours. Sur le toit de sa maison partiellement recouvert de bouses de vache qui sèchent au soleil, un drapeau rouge flotte, symbole du « sang versé » par les pauvres depuis la nuit des temps. « Je suis rentré chez moi tel un arbre mort. Mais ça m’est égal de ne plus avoir mes membres, ils n’ont pas coupé ma langue », assure ce militant du parti communiste dans le district de Mansa, à huit heures de route de New Delhi.

Son histoire a fait la une des journaux voici cinq ans mais c’est aujourd’hui sur sa voix qu’il veut miser pour toucher les ouvriers exploités. Sa route a croisé par hasard celle de plusieurs jeunes musiciens, dont Taru Dalmia, chanteur de hip-hop et ska dont les paroles en anglais crachent son dégoût de la façon dont l’Inde se développe, au mépris des classes sociales les plus défavorisées.

« La plupart de la musique en Inde est liée au divertissement. Je voulais trouver des chanteurs révolutionnaires locaux qui puissent entrer en résonance avec moi parce qu’il doit y avoir des chansons politiques en Inde », martèle-t-il. « On ne parle que de l’émergence d’une classe moyenne mais elle ne représente que 5% à 10% de la population. Elle permet simplement de créer un marché pour les multinationales étrangères, ce n’est pas la réalité du pays », argumente Taru, de son nom de scène Delhi Sultanate.

Il a découvert l’histoire de Bant Singh dans les journaux et vient de finir en collaboration avec deux autres artistes une maquette baptisée « Word, Sound, Power » (le mot, le son, le pouvoir), disponible sur internet (http://www.wordsoundpower.org). Le CD composé de plusieurs titres en pendjabi sur de la musique électro, devrait sortir d’ici quelques semaines.

Pour Taru, 30 ans, rentré en Inde voici dix ans après une enfance en Allemagne et en Californie, Bant Singh est « une sorte de héros, il est un exemple de la façon dont on peut lutter contre l’adversité. Son corps est à lui seul une révolution ». Il voudrait maintenant rencontrer d’autres chanteurs révolutionnaires, notamment dans les Etats en proie à des violences comme le Cachemire ou le Chhattisgarh — l’un des fiefs de la rébellion maoïste — et créer un label spécifique.

Mais pour Bant Singh, « ce n’est pas seulement avec les chansons qu’on lutte, il faut prendre les armes »: « Des rébellions armées se sont déjà produites dans l’Histoire, pas seulement au Pendjab mais aussi dans le reste de l’Inde et cela peut encore se produire », met-t-il en garde.

Béatrice Le Bohec AFP

Voir aussi : Rubrique Inde, Les coulisses peu reluisantes de Bollywood, rubrique Musique,

Dahmane Ouzid « Les jeunes respectent la tradition et transgressent en secret »

La Place, première comédie musicale algérienne réalisée par Dahmane Ouzid

Invité de la manifestation Regards sur le cinéma algérien, le réalisateur Dahmane Ouzid évoque son film La Place qui sort très prochainement en Algérie. Sous forme d’allégorie la comédie musicale exprime de manière très directe le malaise actuel de la jeunesse.

dahmane-ouzidOn est surpris par la liberté de ton du film qui colle à l’actualité, bien que l’idée de ce projet ne soit pas nouvelle…
La sortie prochaine du film consacré à la jeunesse fait événement. Les années noires ont repoussé le tournage. Nous devions faire ce film à 30 ans et on l’a fait trente ans plus tard. Ce n’est pas à notre âge que nous allons prendre des gants. Nous nous exprimons librement sans pour autant être politiquement agressifs.

Comment le film a-t-il été financé ?
C’est un projet privé financé par l’Etat. En Algérie, le cinéma public a montré ses limites. Moi par exemple en tant que jeune réalisateur du service public, on m’a payé à ne rien faire pendant vingt ans. Aujourd’hui on nous demande d’assurer le montage financier du film. C’est très bien mais  comment convaincre les investisseurs privés quand on connaît la carrière que font les films algériens à l’étranger et l’état du réseau de distribution algérien ? L’autre possibilité de financement ce sont les chaînes de télévision. A l’origine La Place est une série produite pour la TV, le retour financier sera assuré par une chaîne publique algérienne.

Comment favoriser l’accès au cinéma en Algérie ?
L’urgence est la réhabilitation des salles. Le mouvement est en cours. Il faut produire des films de qualité mais aussi faire en sorte que les Algériens retournent au cinéma. Les réalisateurs entreprennent dans ce sens un travail de prospection en se rendant dans les écoles pour montrer leurs films.

Comment le pouvoir a-t-il pu financer votre film qui pose un  regard réaliste sur la gestion du pays à travers le mal vivre de sa jeunesse ?
Paradoxalement, je crois que les conditions sont réunies pour la sortie du film. Nous avons le soutien de la ministre de la Culture. Avec Salim Aïssa qui signe le scénario, nous nous sommes efforcés de ne pas franchir la ligne rouge. Nous l’effleurons au maximum en la dépassant légèrement parfois. Sur le fond, je pense que le gouvernement est en train de donner des gages de son esprit d’ouverture, à nous d’en profiter.

La ligne rouge : c’est le sexe et la religion ?
Ca se résume à cela en effet. Notre rôle n’est pas d’être des Fassbinder ou des Pasolini. Ces réalisateurs que j’adore, s’inscrivaient au sein d’une cinématographie où l’on s’éclatait jusqu’à en mourir. Nous, il nous revient de faire avancer les choses. Je peux devenir célèbre demain en faisant un film algérien qui s’appellerait « L’amour sur les dunes. » Mais ce n’est pas mon cinéma ni de l’autocensure. Personne ne reproche à Hitchcock ses baisers pudiques. Mais dès qu’un cinéaste vient de l’autre rive de la Méditerranée, il faut qu’il brise les tabous. Moi je montre qu’en Algérie les jeunes sont en prise avec une société conservatrice et pudique.

Quelle différence faites-vous entre ce qui relève de la tradition et de la religion ?
Il y a un grand respect de la tradition en Algérie y compris chez les jeunes où la transgression se fait en secret. On regarde la chaîne algérienne en famille dans le salon et TF1 dans sa chambre. Le poids de la tradition n’est pas lié à l’islamisme. Il appartient aux fondamentaux culturels, même si on observe un regain de la religiosité. Nous montrons les jeunes danser et chanter dans un pays où on ne chante plus et on ne danse plus. Nous n’avons pas voulu parler de la question religieuse pour ne pas la noyer  dans le propos. Cela mérite un sujet à part entière.

Dans le  film on voit des jeunes qui veulent des visas se casser le nez devant les grilles des ambassades. Quel est le message ?
L’occident prend pour prétexte l’immigration clandestine pour refuser aux jeunes de nos pays d’aller à la rencontre du monde. Etre systématiquement considéré comme un travailleur au noir, alors que vous êtes un étudiant qui veut voyager, cela produit un sentiment de haine. D’ailleurs, on rencontre de plus en plus d’intellectuels islamistes. La seule possibilité  de partir est de prendre un risque, souvent mortel. L’hypocrisie de l’occident, c’est qu’elle trouve dans les quotas de ceux qui passent les besoins de sa main d’œuvre non déclarée.

« La Place », ce terrain non aménagé  occupé par des jeunes désœuvrés est une allégorie du pays et un réquisitoire terrible contre le pouvoir. Quel regard portez-vous sur les révoltes d’Alger ?
Gouverner c’est prévoir et le pouvoir n’a pas prévu. A sa décharge il n’en avait pas la compétence. Les premières manifestations de la jeunesse étaient spontanées. Elles ont été suivies par des manifestations officiellement organisées par des partis politiques et des associations. A Alger le pouvoir a fait preuve de son savoir-faire  en quadrillant le périmètre urbain pour empêcher les manifestants de rejoindre la ville. Mais les jeunes qui étaient sur place n’ont pas rejoint la société civile. Ils se méfient de tout ce qui est organisé, y compris des partis d’opposition.

L’avenir ne passe-t-il pas par une prise en charge politique ?
Oui, c’est la raison pour laquelle les partis ont un travail de proximité à faire à l’égard de la jeunesse. Mais chaque pays a ses spécificités. L’Algérie a déjà donné : 200 000 morts. Les drames ça nous connaît. On ne fera pas la révolution à Alger comme sur la place Tahrir.

Les intellectuels ont-il un rôle à jouer ?
Je ne me considère pas comme un intellectuel. Je constate qu’il n’y a pas d’opposition réelle en terme d’idées. J’espère que mon film permettra de faire réfléchir. Je ne suis pas naïf, comme je l’ai dit, il peut servir le pouvoir mais ce n’est pas une commande. Nous n’avons pas écrit de scénario, ce qui nous a permis d’éviter la censure.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

La sortie française du film est attendue en septembre 2011

Voir aussi Rubrique Cinéma, rubrique Algérie,

La pression sur Kadhafi s’intensifie

Les forces de l’ordre libyennes répriment de plus en plus brutalement les manifestants, certaines informations évoquant même des attaques aériennes, mais le mouvement s’étend. De son côté, le monde ne pense qu’à ses propres intérêts, justifie ses exportations d’armes vers la Libye effectuées dans le passé et redoute l’augmentation du prix du pétrole, déplorent les commentateurs.

Blog Ivo Indjev – Bulgarie

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir à huis clos ce mardi pour évoquer les événements en Libye. Dans son blog, Ivo Indiev évoque ce qui en ressortira : « La Russie reste calme et se frotte les mains de l’augmentation des prix du pétrole. La France et la Grande-Bretagne ne veulent en aucun cas que les sujets révoltés du chien enragé de Tripoli leur rappellent le manque de scrupules avec lequel ils ont flirté récemment avec lui. … La Chine se croise les doigts, dans l’espoir que le virus libyen ne gagne pas son propre peuple, en misant davantage sur la tradition confucéenne de l’obéissance et de l’harmonie sociale que sur l’analogie d’une révolution ébranlant le système du parti unique. Quant à la police mondiale, les Etats-Unis, la Maison-Blanche ne cessant de recevoir des appels de Riyad, d’Abu-Dhabi, du Koweït et de Bagdad, on ne sait plus qui ou quoi sauver cette fois-ci. » (22.02.2011)

De Morgen – Belgique

Le recours massif à la violence du régime Kadhafi pour venir à bout des manifestants a vraisemblablement causé plusieurs centaines de morts et cela provoque en Belgique des critiques dirigées contre les exportateurs d’armes du pays vers la Libye. Le quotidien De Morgen juge les fabricants d’armes et les politiques hypocrites : « Quelque chose nous dit qu’il est dans le domaine du possible que ce type de régime soit enclin à utiliser les balles qu’on lui fournit. C’est même quelque chose que l’on peut savoir avant de signer un contrat d’exportation. Les emplois et l’éternel argument ‘Si nous ne le faisons pas, d’autres le feront à notre place’ constituent depuis des décennies déjà le leitmotiv que les fabricants d’armes avancent et que les politiques concernés ne cessent de ressasser. Dans le drame de Tripoli, où les armes gouvernementales sont en train de commettre un massacre, on rejette désormais verbalement la moindre responsabilité, en déclarant que l’intention n’était pas là. Si les révolutions arabes peuvent faire changer les choses ici, alors ce serait de choisir plus prudemment les régimes que l’on soutient diplomatiquement et auxquels on livre des armes. » (22.02.2011)

Süddeutsche Zeitung – Allemagne

Les troubles en Libye ont entraîné l’envolée du prix du pétrole, qui a atteint désormais son plus haut niveau depuis deux ans et demi. Le prix du Brent de mer du Nord a augmenté pour frôler les 107 dollars le baril (159 litres). Au lieu de réguler les marchés, la politique devrait se réjouir du fait que la raréfaction du pétrole incite à innover, estime le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung. En effet, « fortement réguler les marchés ou interrompre subitement les opérations à terme de manière sélective, comme ne cessent de le demander certains politiques pour les matières premières énergétiques et surtout agricoles, ne constitue pas une solution adaptée tant que les paris correspondent à la tendance de base. Et celle-ci est la même pour la plupart des matières premières. La population mondiale augmente, la planète est déjà fortement exploitée. La demande de nombreuses matières premières croit en conséquence et l’offre ne peut pas toujours suivre. … L’expérience montre que l’on ne procède à une réorientation que lorsque ce qui existe devient (trop) cher. C’est la bonne nouvelle que recèlent ces mauvaises nouvelles. Et elle est aussi peu nouvelle que les récurrentes réactions exagérées des bourses. … Une augmentation soutenue du prix du pétrole peut permettre d’accroître la capacité d’innovation. » (22.02.2011)

Der Standard – Autriche

L’Europe ne parvient tout simplement pas à exercer une influence en Afrique du Nord ou à s’investir à court terme, déplore le quotidien de centre-gauche Der Standard : « Ce n’est pas comme si les ministres des Affaires étrangères de l’Union devaient prendre des sanctions immédiates contre le régime de Tripoli. Qui oserait se mêler de la situation actuelle en Libye ? Il s’agit bien plus de définir des options d’action et des possibilités d’influence pour le moment ou l’incendie se sera apaisé. C’est ce que les Américains sont parvenus à faire au Caire, de manière tout à fait convenable compte tenu des circonstances. L’UE n’a en revanche ni plan coordonné, ni les moyens militaires ou financiers – volontiers évoqués – pour influer d’une quelconque manière sur des événements qui se déroulent sur son seuil. … Ce n’est pas seulement embarrassant. Le prix à payer sur le plan politique sera considérable pour l’Europe. » (22.02.2011)