Hu Jintao appelle les partis non-communistes à contribuer au développement culturel

Le secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois (PCC), Hu Jintao, a appelé les partis non-communistes et les personnalités influentes à contribuer davantage au développement de la culture chinoise et à l’édification du « soft power » du pays.

Il s’est ainsi exprimé lors d’un récent séminaire destiné à solliciter les opinions des partis non-communistes sur la décision du Comité central du PCC d’approfondir la réforme du système culturel et de promouvoir le développement culturel. Selon un communiqué officiel , Hu Jintao a souhaité, lors du séminaire, que la sagesse et la force des travailleurs culturels issus des partis non-communistes puissent être mobilisées pour faire de la Chine une nation puissante en termes d’influence culturelle.

Les partis non-communistes et les personnalités influentes sont appelés à suivre la tendance du développement de la culture avancée socialiste et à inciter leurs membres à approfondir leur recherches sur la réforme et le développement culturels et à soumettre davantage de suggestions.

Une ligne directrice du développement culturel pour promouvoir son soft power

Les dirigeants du Parti communiste chinois (PCC) ont adopté mardi une orientation qui vise à promouvoir le soft power de la Chine et à maintenir sa « sécurité culturelle ».

Le 17e Comité central du PCC a clôturé  sa sixième session plénière et a approuvé la décision d’approfondir la réforme du système culturel et de promouvoir le développement de l’industrie de la culture. Le pays s’efforcera de consolider le sentiment d’identité et la confiance des citoyens chinois en leur culture, indique un communiqué publié à l’issue de la session.

La culture est devenue une part importante de la compétitivité générale du pays dans le monde d’aujourd’hui, selon le communiqué. La Chine fait face à la difficile tâche de protéger sa « sécurité culturelle » et prend conscience de l’urgence de renforcer son soft power et l’influence internationale de sa propre culture, souligne le communiqué.

Le président Hu Jintao considère  la culture comme une forme majeure de soutien à l’unité nationale.  Cette source de créativité qui irrigue l’industrie culturelle de la Chine jouera un rôle crucial dans le développement économique et social du pays. Le pays doit non seulement offrir à sa population une vie matérielle aisée, mais aussi une vie culturelle saine et riche, ajoute le communiqué.

Davantage de ressources seront consacrées à améliorer les services culturels publics et à accélérer la réforme de l’industrie culturelle, révèle le communiqué. De grands efforts seront déployés pour améliorer les infrastructures et les services afin que de plus en plus de gens ordinaires puissent jouir de services culturels gratuits ou plus abordables.

Le développement du secteur culturel sera incorporé dans le développement de l’économie et de la société et sera considéré comme un important indicateur pour évaluer les performances des gouvernements et des officiels, conclut le communiqué.

Xinhua

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UE : Vive passe d’armes entre Sarkozy et Cameron

Sarkozy et Cameron le 1er septembre dernier à Paris. Photo Patrck Kovarik.

Le président français, Nicolas Sarkozy, s’en est pris, dimanche 23 octobre, au premier ministre britannique, David Cameron, lors du sommet européen sur la dette, lui déclarant qu’il en avait assez de l’entendre dire ce qu’ils avaient à faire, a rapporté la presse britannique.

« Nous en avons assez de vous entendre nous critiquer et nous dire ce que nous avons à faire », aurait dit le président français à M. Cameron, selon le Daily Telegraph et The Guardian, citant des sources diplomatiques. « Vous dites détester l’euro, vous n’avez pas voulu le rejoindre et maintenant vous voulez vous ingérer dans nos réunions », aurait ajouté M. Sarkozy.

De son côté, le Times de Londres a fait état d’une altercation sans en préciser les détails. La grogne est montée dimanche parmi les dix Etats de l’UE non membres de la zone euro, Grande-Bretagne en tête, qui se plaignent de la volonté croissante des Etats utilisant la monnaie commune de prendre des décisions sans les consulter.

Fronde des Eurosceptiques

« La crise de la zone euro affecte toutes nos économies, y compris celle de la Grande-Bretagne, a martelé M. Cameron. Il est dans l’intérêt de la Grande-Bretagne que les pays de la zone euro règlent leurs problèmes. Mais cela devient dangereux – et j’en ai parlé franchement avec eux – s’ils prennent des décisions vitales pour les autres pays du marché unique, comme des décisions sur les services financiers, qui concernent tout le marché unique. » En conséquence, les Britanniques ont exigé et obtenu qu’un autre sommet réunissant tous les pays de l’UE soit aussi convoqué mercredi à Bruxelles.

David Cameron doit être confronté lundi à une vaste fronde au sein des rangs conservateurs à l’occasion d’un débat parlementaire sur l’organisation d’un référendum à propos de l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne. Le vote des députés n’aura aucune contrainte légale. L’issue du scrutin ne fait aucun doute puisque les libéraux-démocrates, partenaires de la coalition gouvernementale, et l’opposition travailliste voteront dans le sens réclamé par le premier ministre, hostile à un tel référendum. Cette initiative constitue toutefois un défi sans précédent à l’autorité de M. Cameron sur le Parti conservateur de la part de la frange eurosceptique des tories, qui souhaite profiter de la crise financière dans la zone euro pour renégocier la nature des liens de la Grande-Bretagne avec l’Union européenne.

Le Monde AFP Reuter

«L’Europe actuelle ressemble à celle que souhaitaient les Britanniques»

Que révèlent les propos peu amènes échangés ce week-end entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique, David Cameron? Professeure de civilisation britannique à la Sorbonne-Nouvelle et à IUF, Pauline Schnapper revient sur les ambiguïtés de l’engagement européen de Londres.

David Cameron a-t-il raison de se sentir tenu à l’écart du règlement de la crise des dettes européennes?

Autant que je sache, le Royaume-Uni pèse peu dans le règlement de cette crise. Pour des raisons objectives, d’une part : il n’est pas membre de la zone euro et ne souhaite pas l’être, il est donc normal qu’il ne soit pas au premier plan. Pour des raisons de politique intérieure, d’autre part : au sein de la coalition au pouvoir, les anti-européens les plus virulents sont assez puissants au Parlement, où ils vont pousser le gouvernement à organiser un référendum sur la sortir de l’UE. On mesure mal cette ambiance sur le continent.

Finalement, Cameron l’eurosceptique veut-il ou non être du projet européen?

Il est dans une situation totalement contradictoire : d’une part, il subit cette très forte pression pour rester le plus loin possible de ce qui se passe. D’autre part, il sait très bien qu’il ne peut pas tourner le dos à l’Europe, que celle-ci représente 40% du commerce britannique : il est donc dans l’intérêt de la Grande-Bretagne que la zone euro résolve ses problèmes le plus vite possible. De plus, ne pas être impliqué dans la recherche des solutions, c’est prendre le risque qu’elles se fassent sur votre dos, comme avec l’instauration d’une taxe financière qui ferait beaucoup de mal à la City de Londres.

La Grande-Bretagne a-t-elle jamais été considérée comme autre chose qu’un corps étranger par ses partenaires européens?

Oui, dans la deuxième moitié des années 1980, autour de la signature de l’Acte Unique [traité de 1986], auquel le gouvernement Thatcher était très favorable. On a pu, alors, espérer que la Grande-Bretagne entre de plain-pied dans l’Europe, impression qui s’est dissipée par la suite. Mais la réalité est plus complexe : en fait, l’Europe d’aujourd’hui ressemble beaucoup plus qu’il y a vingt ans à celle que souhaitaient les Britanniques. Elle fait la part plus belle à l’intergouvernemental : de plus en plus de décisions sont prises au Conseil européen, alors que la Commission est très affaiblie.

Malgré cette désaffection, la Grande-Bretagne reste-t-elle un acteur qui compte en Europe?

Pendant les années Blair, elle a regagné une influence beaucoup plus importante que dans les décennies 1980-1990. Depuis l’arrivée de David Cameron au pouvoir, l’an dernier, elle est plus en retrait. Dans le cadre de l’euro, elle ne pèse pas grand-chose, on l’a dit. En revanche, elle reste un acteur puissant dans les domaines du marché unique, de la défense et en raison de son poids financier.

La Grande-Bretagne pourrait-elle constituter un front avec des pays partageant la même vision de l’Europe, ou sa situation est-elle trop particulière?

Le pays est moins isolé aujourd’hui que dans les années 1970. Un certain nombre de pays d’Europe du nord ou de l’est – comme la République Tchèque, le Danemark, la Suède – partagent cette vision libérale et atlantiste. Des alliances peuvent donc se faire au coup par coup. Mais je ne crois pas à un noyau dur de la même force que celui de la zone euro.

Peut-on imaginer la Grande-Bretagne rejoindre le train européen, à terme?

En ce moment en tout cas, cela semble impensable. Entre 70 et 80% des Britanniques sont opposés à une entrée dans l’euro. Le gouvernement lui-même est eurosceptique. En fait, on en est au point où l’on distingue eurosceptiques modérés et radicaux. Seul le parti libéral, qui participe à la coalition au pouvoir, est pro-européen ; encore est-il assez critique sur le fonctionnement des institutions de Bruxelles.

Le ministre des Affaires étrangères, William Hague, a un jour déclaré que le débat européen était une «bombe à retardement» pour le parti conservateur…

Les Tories ont une longue tradition de division au sujet de l’Europe. Leur défaite cuisante de 1997 est en partie due à cela. Le débat actuel ranime donc de pénibles souvenirs pour les conservateurs.

La focalisation actuelle des évènements sur la zone euro et le couple franco-allemand peut-elle durablement marginaliser la Grande-Bretagne en Europe?

On peut avoir cette impression en ce moment. Mais les évènements s’accélèrent à une telle vitesse depuis quelques mois que je ne me risquerai à aucun pronostic. On ne sait même pas si l’euro existera encore dans un an.

Qu’est-ce que le «grand malentendu» anglo-européen que vous évoquez dans l’un de vos ouvrages?

C’est le constat que les Britanniques ont toujours eu du mal à comprendre et à accepter le projet européen. Tandis que les Européens ont du mal à comprendre la conception britannique de l’Europe, qui n’est pas la même que celle des Pères fondateurs.

recueilli par Dominique Albertini (Libération)

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Grèce : tractations financières et bagarres de rue

 

De violents affrontements ont marqué jeudi les nouvelles manifestations anti-austérité massives en Grèce, parallèlement aux difficiles pourparlers entre dirigeants européens pour résoudre la crise de la dette en zone euro avant leur sommet de dimanche.

Un quinquagénaire blessé à la tête lors de ces heurts est décédé à l’hôpital où il avait été transféré. Les médias ont invoqué le témoignage de sa femme sans pouvoir préciser dans l’immédiat les causes du décès. L’homme, un maçon, avait été blessé à la tête en marge de violents affrontements entre manifestants communistes et un groupe de fauteurs de troubles qui ont perturbé un rassemblement de quelque 50.000 manifestants devant le

Signe de l’ampleur des différends entre les Etats-membres de l’Union européenne, deux journaux allemands ont indiqué que Berlin n’excluait pas un report du sommet européen à Bruxelles, pourtant crucial pour l’avenir de la zone euro.

Au deuxième jour d’une grève générale de 48 heures décrétée par les syndicats du public et du privé en Grèce, plus de 50.000 personnes ont défilé dans le centre d’Athènes. «N’écoutez pas la ploutocratie, tous ensemble pour gagner», scandaient les manifestants. Quelques heures plus tard, une bataille rangée a opposé des manifestants communistes et une masse de jeunes vêtus de noir devant le luxueux hôtel de Grande-Bretagne en contrebas du parlement.

Une quinzaine de personnes a par ailleurs été blessée, selon le ministère de la Santé, dont plusieurs à la tête après avoir reçu des projectiles, pierres ou cocktails Molotov. Des combats au corps à corps et à coups de barres de bois et de fer ont opposé les deux camps. Les forces de l’ordre, d’ordinaire très présentes, s’étaient retirées dans les rues adjacentes, envoyant seulement quelques grenades assourdissantes ou des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser la foule.

Champ de bataille

Plusieurs centaines de manifestants communistes ont finalement pris le contrôle de la place Syntagma, devant le parlement, après avoir repoussé les jeunes fauteurs de troubles qui avaient transformé mercredi Athènes en champ de bataille. Au centre de la contestation, un nouveau tour de vis budgétaire qui doit être voté jeudi soir au Parlement, à la demande des créanciers UE et FMI, afin de diminuer le déficit abyssal de la Grèce et lui éviter la faillite.

Ce projet de loi a fait l’objet mercredi d’un premier vote «sur le principe» au cours duquel seule la majorité socialiste a voté oui. Il prévoit le gel des conventions collectives et risque d’entraîner une baisse brutale du niveau de vie des Grecs, surtout des fonctionnaires. Vanguélis Bouldadakis, médecin dans un hôpital public, protestait ainsi contre «la destruction des conventions collectives» qui «réduisent nos salaires» et «prennent nos droits».

Le gouvernement dirigé par le socialiste Georges Papandréou apparaît toutefois fragilisé, à quelques jours d’un rendez-vous «crucial» à Bruxelles pour le pays et l’avenir de la zone euro.

Négociations fiévreuses

Malgré l’unité affichée par le parti socialiste au pouvoir, le Pasok, lors du premier vote, certains députés pourraient s’opposer à certaines dispositions du projet de loi, comme le gel des conventions collectives, selon la presse.

Des négociations fiévreuses se poursuivaient entre les capitales européennes qui peinent à dégager un accord pour stopper la propagation de la crise de la dette, avant le sommet européen de dimanche. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a appelé les Européens au «compromis» pour aboutir à des décisions «résolues» et «immédiates» dimanche.

Les pays de l’Union européenne restent divisés sur les modalités permettant de renforcer les moyens d’intervention du Fonds de soutien aux pays de la zone euro en difficulté (FESF), sans mettre à nouveau à contribution les budgets des Etats. Sur ce point, «il n’y a pas de proposition commune» européenne pour le moment, a reconnu jeudi le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, tout en précisant qu’il y avait «un accord total» entre la France et l’Allemagne sur les mesures à prendre pour résoudre la crise de la dette. Il a laissé entendre que des différends subsistaient avec d’autres pays européens.

Report du sommet

Le président français Nicolas Sarkozy avait fait fait mercredi un déplacement en urgence à Francfort pour rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel. Aucune déclaration n’a été faite à l’issue de cette rencontre. Selon le quotidien économique Financial Times Deutschland, la chancelière aurait évoqué un report du sommet avec le président français ors de cete rencontre. La chancellerie allemande a indiqué à l’AFP ne pas être en mesure immédiatement de commenter cette information.

Les capacités de prêt du FESF sont actuellement limitées à 440 milliards d’euros, et les nouveaux montants en discussions s’inscriraient entre 1.000 et 2.000 milliards d’euros. Un élargissement de la force de frappe de ce fonds est jugé indispensable pour empêcher la contagion de la crise à l’Espagne et à l’Italie, dont les notes des dettes souveraines ont été récemment abaissées par les agences de notation.

AFP

Voir aussi : Rubrique Grèce, rubrique UE, rubrique Finance, rubrique Mouvements sociaux,

Nadia El Fani « En Tunisie les mosquées sont aussi pleines que les cafés »

Nadia El Fani :  » L’engagement ce n’est pas d’attendre la majorité ». Photo David Maugendre.

Nadia El Fani.Lauréate du prix international 2011 de la laïcité, la réalisatrice franco-tunisienne revient sur les écrans avec le documentaire, Laïcité inch’Allah.

Nadia El Fani, 51 ans, est réalisatrice de films. Fille d’un des ex-dirigeants du Parti communiste tunisien (à qui elle a consacré un film) elle s’est installée en France il y a dix ans parce qu’elle étouffait sous le régime de Ben Ali. En 2003, dans Bedwin Hacker, elle avait anticipé les événements en démontrant que la contestation viendrait d’Internet. Par la suite elle a eu envie de faire un film sur l’athéisme en terre d’islam. En filmant le peuple de la rue dans ses pratiques quotidiennes, Nadia El Fani dénonce l’hypocrisie religieuse. Sur le terrain politique, elle plaide pour un Etat laïc, appelant à la modification de l’article 1 de la Constitution tunisienne qui déclare que l’Islam est la religion d’Etat. Des opposants islamistes ont initié une campagne haineuse à son encontre, via les réseaux sociaux. Le compte « Pour qu’il y ait dix millions de crachats sur la tête de cette truie chauve » a totalisé près de 35 000 « j’aime ». Le propos sur la laïcité de son dernier documentaire Laïcité inch’Allah est central à deux semaines des élections en Tunisie. Il dépasse les frontières de ce pays laboratoire.

Après avoir abordé le thème de la résistance au ramadan obligatoire, vous vous êtes clairement engagée en faveur de la laïcité en Tunisie…

 
La question centrale du film est celle de la liberté. De la liberté de penser et de vivre, de celle de faire ses choix. Pour asseoir cet espoir, de nombreux démocrates tunisiens se sont engagés pour combattre en faveur de la laïcité. Parce que c’est la seule petite porte par laquelle nous pouvons entrer pour faire émerger l’hypocrisie de la religion et sortir du mensonge. Beaucoup de partis « instrumentalisent » les croyances  pour imposer un pouvoir politique illégitime. Au Maroc, Mohamed VI se prétend le commandeur des croyants en tant que descendant du prophète. Ce n’est pas le cas en Tunisie.

Comment s’est déroulé le tournage ?

 
J’ai débuté le tournage sous Ben Ali, en août 2010. Je voulais montrer comment les gens vivent le ramadan obligatoire. Les mosquées sont pleines comme les cafés sont pleins. La majorité des gens ne font pas ramadan mais se cachent. Quand la révolution a démarré, j’étais en plein montage. Je suis retournée en Tunisie en décembre pour participer au mouvement. La question de la laïcité a été un des premiers sujets débattus après la chute de Ben Ali. On voit dans le film la place que prend ce débat. D’ailleurs c’est ce point qui a fait apparaître les islamistes qui s’en sont pris aux femmes. Sinon, la situation sur place était très stimulante. Nous vivions un état de grâce. Les feux rouges ne fonctionnaient plus, on se laissait passer. C’était une agora permanente. Je me suis engagée aux cotés des progressistes parce que je pense qu’il est extrêmement important que l’on inscrive le principe de laïcité dans la future constitution.

Comment les tunisiens vont s’y retrouver avec l’explosion du nombre de listes * électorales ?

 
Il faut souligner que depuis la chute de Ben Ali l’Etat fonctionne en Tunisie. Les services publics ne se sont pas arrêtés , il n’y a pas de coupure de courant, et les fonctionnaires sont payés. Ce qui est bon signe pour un pays qui vient de sortir de la révolution. Dans ce type de situation l’émergence des partis est assez normale. Les petits partis essaient de faire campagne mais ils n’ont pas de moyens, à la différence des partis islamistes qui sont soutenus par l’étranger. Le peuple a mené un combat exemplaire et il reste très vigilant.

Vous défendez la liberté citoyenne mais aussi la liberté artistique ?

 

On ne quémande pas sa liberté artistique, cela s’arrache. On doit l’exercer. On manque en revanche d’un courant fort pour la défendre. Chez les intellectuels, les prises de positions claires sont rares.

Vous avez reçu des menaces des islamistes tunisiens…

 
Les islamistes ont manipulé mon propos et déformé  mon état d’esprit. Je ne combat pas contre l’Islam. Je ne dénigre pas les musulmans sincères. J’évoque le glissement de la religion de la sphère privée à la sphère publique. Je défends l’idée que chacun à le droit de penser et d’agir en toute indépendance. Dans un Etat où il est décrété que tout le monde appartient à la même religion, il est d’autant plus compliqué de se réclamer d’une idée et d’une pensée au mieux ignorée, au pire dénigrée et combattue.

Quel est le poids de l’histoire ? Comment la société tunisienne se situe-t-elle par rapport à la laïcité, le peuple tunisien vous semble-t-il mûre ?

 
Ce n’est pas ma préoccupation de savoir si la société est mûre ou pas. Moi je m’emploie à propager des idées progressistes. Les islamistes  se servent de cela comme arguments. Il disent : On vient de faire une révolution, on a plein de chose à régler. La Laïcité n’est pas une priorité. Cela disant, ils confisquent juste la liberté de penser. Mais comment peut-on réfléchir aux principes de la démocratie en faisant cette impasse ? L’engagement ce n’est pas d’attendre la majorité. Avant la révolution, les forces de progrès n’ont pas attendu que tous les feux passent au vert pour dire qu’il y avait des choses à régler.

Ne faut-il pas pour autant que cette avancée soit portée par un élan populaire ?

On ne peut pas dire à la place du peuple que celui-ci n’est pas prêt pour la laïcité. Il faut en revanche expliquer que piétiner la laïcité c’est un problème de liberté. Il y a  cinquante ans au moment de l’indépendance, on a déjà éliminé la réflexion sur cette question majeure. On ne peut pas continuer de refuser le problème aujourd’hui.

Recueilli par Jean-Marie Dinh

111 partis politiques se présentent le 23 octobre prochain pour l’élection d’une Assemblée constituante.

Tunisie. Election de l’Assemblée constituante du 20 au 23 octobre.

Comment voter en France

L’Instance Régionale Indépendante pour les ElectionsFrance Sud informe les citoyens tunisiens résidents en France que les élections de l’assemblée constituante tunisienne auront lieu les 20, 21 et 22 octobre de 8h à 18h. Il s’agit d’élire des députés pour les tunisiens du sud de la France qui siègeront au sein de l’assemblée constituante en choisissant une liste parmi les 23 candidates.

Le vote aura lieu dans 71 bureaux répartis sur tout le territoire du sud de la France. Les électeurs peuvent consulter les listes électorales pour vérifier leurs bureaux de vote d’inscription à l’adresse

Les électeurs inscrits doivent se rendre au bureau de vote munis de leur Carte d’Identité Nationale Tunisienne ou de leur passeport tunisien. Le reçu d’inscription est fortement recommandé. Les électeurs non inscrits pourront également voter. Ils devront aller au bureau de vote le plus proche munis de leur Carte d’Identité Nationale Tunisienne ou de leur passeport tunisien et de leur carte consulaire. S’ils constatent qu’ils ont été inscrits automatiquement, ils pourront voter sur place, sinon, ils seront dirigés vers des bureaux spéciaux.

Le scrutin a lieu en un seul tour. Les sièges sont répartis au niveau des circonscriptions selon un mode de représentation proportionnelle à scrutin de liste.Irie France 2 a été créée par l’Instance Supérieur Indépendance pour les élections (ISIE) afin d’organiser, d’observer et de veiller au bon déroulement des élections dans la circonscription électorale France 2.

La campagne électorale est interdite dans les lieux de culte, sur les lieux de travail et dans les établissement scolaires et universitaires A Montpellier le bureau de vote est ouvert du jeudi 20, au samedi 22 octobre, de 8h à 18h. Il est situé Espace Jacques 1er d’Aragon (salle polyvalente), place de la révolution francaise, 117, rue des états généraux.

Contact: irie.france2@gmail.com

Voir aussi : Rubrique Tunisie, rubrique Rencontre,

Grace Ellen Barkey : Hors du commun et loin du consensus

Un grand bordel magnifique

Danse. Grace Ellen Barkey sur les traces sans rivage du surréalisme. Le Domaine d’O a ouvert sa saison en beauté.

On peut penser que  Cette porte est trop petite pour un ours … la dernière création de Grace Ellen Barkey, chorégraphe attitrée de la Needcompany, c’est du grand n’importe quoi ou que le mérite de son spectacle est de décaper nos neurones anesthésiés. La pièce qui ouvrait la saison du Domaine D’O la semaine dernière a en effet laissé quelques spectateurs dubitatifs. Et pour cause, dès la première scène, le ballet pour machine à laver nous plonge dans un moment de folie furieuse où les plaques tectoniques font du tac-tac.

S’il fallait donner sens à ce bordel magnifique, on pourrait trouver quelques similitudes  entre une laverie qui s’emballe et l’orientation d’un parlement victime d’un essaim de lobbyistes. La Needcompany est installée à Bruxelles. Grace Ellen Barkey, qui est née en Indonésie, connaît le théâtre d’ombres, le choix de l’absurde pourrait être celui du miroir d’un monde où la superposition des intérêts individuels aux commandes brouille les pistes en permanence.

Au début du XXe siècle, les Dadaïstes avait déjà remis radicalement en cause l’art et la culture européens, fruits d’une civilisation qui a conduit au chaos de la « Grande guerre ». En ce début de XXI siècle le recours aux principes des surréalistes s’avère tout aussi pertinent. Rappelons qu’il ne s’agit pas de fuir le réel mais de l’approcher avec des moyens qui dépassent les limites du réalisme traditionnel.

On blanchit tout dans cette fameuse première scène sauf l’ours qui ne peut entrer dans la machine parce que la porte est trop petite. L’ours, ce résidu irrationnel, échappe à la catégorisation utilitaire. Il est porteur de l’humanité qui se déploie avec une grande liberté dans la suite de la pièce. Les textes surprenants, décalés et drôles parlent au spectateur. Il s’adressent à l’enfant qui est en eux. La mise en scène maîtrisée et le potentiel comique des danseurs comédiens captivent. La scène des chapeaux n’est pas sans rappeler le théâtre masqué balinais évoqué par Artaud dans sa quête d’un théâtre du rêve. Le dernier tableau où les danseurs à demi visibles s’animent avec passion est de toute beauté. Ce spectacle affirme son originalité de bout en bout.

Jean-Marie Dinh

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