Lettre ouverte à François Hollande après sa visite à Rodez

musee-soulages-l-inauguration-comme-si-vous-y-etiez_886761_500x333pRodez – Le maire de Rodez, Christian Teyssèdre (PS), a déploré jeudi « l’absence totale » d’aide de l’Etat au fonctionnement du musée Soulages, labellisé « musée de France », que le président Hollande inaugurera vendredi.

L’Etat ne donne pas un centime pour le fonctionnement des trois musées de notre ville auxquels il a accordé le label +musées de France+« , a expliqué à l’AFP M. Teyssèdre, évoquant le musée Soulages, le musée des beaux-arts Denys-Puech et le musée d’histoire et d’archéologie Fenaille abritant une collection unique de statues-menhirs.

Le maire a pointé « des inégalités territoriales« en disant: « Ici, à Rodez, les +musées de France+ sont financés à 100% par le contribuable local (pour leur fonctionnement, ndlr), tandis que ceux qui ont ce statut à Paris sont financés par l’Etat. » Alors M. Teyssèdre prévoit de dire au chef de l’Etat qu’il ne comprend pas « pourquoi on aide les +musées de France+ dans la capitale et pas dans nos territoires ruraux« .

L’élu socialiste reproche aussi à l’Etat d’avoir « piqué » à sa ville « 6% de dotation globale de fonctionnement » pour 2014, en application de la loi de finances. « Je dirai à François Hollande qu’on veut bien participer à l’effort de redressement national mais qu’une telle baisse d’un coup, c’est trop! Les frais de personnel augmentent et les attentes sont importantes parce qu’il y a une augmentation de la pauvreté et de la précarité.« 

Le projet du musée Soulages – d’un coût de 25 millions d’euros TTC – a été principalement porté par la communauté d’agglomération du Grand Rodez. L’Etat a apporté 4 millions, de même que la Région Midi-Pyrénées, tandis que le département de l’Aveyron a donné 2 millions.

Le projet avait été lancé il y a dix ans par le précédent maire, Marc Censi (UMP). M. Teyssèdre l’avait repris à son arrivée à la mairie, en 2008.

« Tout le monde nous dit +c’est un beau musée+. Mais on l’avait lancé quand il n’y avait pas la crise et on se retrouve à devoir le faire fonctionner en temps de crise: il faut qu’on assume et qu’on ne compte que sur nous« , a dit le maire, estimant à « 1,2 million d’euros le coût de fonctionnement » annuel de l’établissement.

Dans l’Aveyron – seul département de Midi-Pyrénées présidé par un élu de droite – M. Teyssèdre avait été largement réélu à la mairie de Rodez en mars, alors que la gauche perdait Millau et Decazeville.

Le conseiller municipal de Rodez Jean-Louis Chauzy (PS), président du Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser), a publié de son côté une tribune appelant à « créer une vraie solidarité entre les collectivités » pour ne pas laisser Grand Rodez (54.000 habitants) payer seule la facture du fonctionnement du musée Soulages.

Source : AFP 29/05/2014

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Lettre Ouverte

Je faisais partie des quelques personnes qui souhaitaient venir à votre rencontre lors de votre venue à Rodez pour inaugurer le Musée Soulages le vendredi 30 mai. Je vous écris parce que je suis persuadé que vous n’avez pu ni voir ni entendre ni sentir ce qui se passait à une centaine de mètres d’où vous vous trouviez. Tant de personnes vous entourent dans ces circonstances que vous apparaissez comme « coupé » du citoyen.

Les agents de la force publique, armés, que vous avez placé par centaines dans la ville m’ont empêché de m’approcher du lieu de votre passage. Des personnes qui voulaient aller dans la direction du musée sont passés. Ils ont pu le faire. Mais d’autres, dont je faisais partie, n’ont pas pu passer.

Les forces de l’ordre m’ont tout d’abord arraché mes lunettes. Puis frappé le crâne à coups de poing. Puis, au moins cinq ou six de vos agents ont, à bout portant, déchargé des vaporisateurs de produits poivrés dans les yeux et ceux de mes amis avec qui je me trouvais. Le tout sans avertissement. Par la suite, pensant peut être que nous étions encore trop près de vous, vos fonctionnaires ont lancé des grenades lacrymogènes en direction des quelques personnes que nous étions. Une petite centaine d’après les renseignements publiés par vos fonctionnaires. Notez au passage, et c’est important, que lorsqu’on détient la force, comme vos agents, lorsque l’on est armé comme le sont vos gens, il n’est pas très glorieux de lancer des grenades sur des gens désarmés, sur des personnes âgées, sur des enfants présents dans la rue à ce moment … Malheureusement, on peut penser que c’est sur vos ordres qu »ils ont agit ainsi.

Je suis, pour ma part, père de 5 enfants, plusieurs fois grand père, amoureux de la culture maraîchère. Si je me trouvais là c’est parce que je ne comprends pas que votre gouvernement s’apprête à agréer un texte voulu entre autres par le Medef et la CFDT qui, manifestement, va accentuer la précarité des chômeurs les plus précaires. C’est à dire des plus précaires d’entre les citoyens. J’aurais voulu pouvoir vous le dire. Je peux vous assurer que j’ai bien d’autres courgettes et tomates à planter en ces jours de printemps plutôt que d’aller me faire frapper un vendredi de mai en pays ruthénois …

Nous, nous n’étions pas armés.

Tout juste avions nous un immense drapeau rouge pour bannière. Je ne vous fais pas l’injure de penser que vous ne connaissez pas la symbolique du drapeau rouge, bien avant qu’il ne soit repris à juste titre par des partis politiques contemporains …

Avez-vous peur à ce point que vous en veniez à vous déplacer avec un tel service de sécurité ? Cela fait penser à votre prédécesseur qui mettait les villes en quasi état de siège pour venir les visiter. Vous qui parliez, en début de mandat que, président normal vous feriez vos visites dans notre pays en vous déplaçant en train sur le réseau Sncf au milieu de vos concitoyens.

Avez vous peur à ce point que vous ne pouvez plus rencontrer ce peuple de gauche qui vous a élu et qui ne comprend pas votre politique sociale qui semble résonner au son du Medef et du CAC 40 ?

Enfin, quelques mots sur une situation ubuesque : un de mes amis qui présent lors de ce rassemblement à était littéralement happé par vos policiers et emmené, menotté, arrêté, détenu en garde à vue et enfin, convoqué en correctionnelle au motif de violence à agent. Il est accusé d’avoir frappé non pas un mais deux CRS ! Un détail dans cette histoire qui vous semblera banale : cet ami a 22 ans et doit faire aux alentours de 50 kg. Il est d’un tempérament plutôt calme et bon enfant. Alors, croire et faire croire qu’il a pu « frapper » deux de vos gardes d’un gabarit de 90 kg, casqués, harnachés de jambières, genouillères et rangers est simplement ahurissant ! Lors de son passage au tribunal, il ne manquera pas de témoins de la scène prêt à établir la réalité.

L’histoire ne retiendra rien de cet événement. En revanche, soyez assuré qu’il procédera au renforcement du sentiment d’abandon, de démission à la cause de la classe dont nous sommes issus. Cela ne peut qu’ajouter à la sensation d’injustice et au constat de distance qui s’installe entre dirigeants se réclamant de la gauche et le peuple que nous sommes. Je n’ose employer le mot de trahison, bien qu’il soit sur beaucoup de lèvres. Devons nous être assurés que vous voulez abdiquer devant les forces du grand capital ? Souvenez vous du « camp » duquel vous venez. Vous avez revendiqué l’héritage de Jaurès. Pensez vous que Jaurès aurait envoyé des gardes armés sur les ouvriers, les paysans, les artistes, leurs techniciens, les salariés, les fonctionnaires, les chômeurs et autres précaires qu’il l’aurait élu ?

Tout comme vous, nous ne nous résignons pas à voir notre société envahie par l’injustice et l’arbitraire. C’est bien la raison pour laquelle nous voulons faire entendre notre voix. L’entendez vous ? Nous, nous ne renoncerons pas. Nous ne capitulerons pas. Soyez assurés de notre détermination si vous avez besoin de compter sur les forces de ce pays. Nous en sommes ! Allez affronter les forces de la finance internationale avec notre force à nous puisque vous avez reçu mandat aussi en ce sens après votre discours du Bourget.

Pour finir, j’en appelle à la conscience de vos camarades de parti. Et je leur pose la question : la fumée, les détonations, les CRS et gardes mobiles par centaines dans les rues de Rodez pour une visite d’un président issu de vos rangs : était-ce vraiment ce que vous vouliez ?

Souhaitiez-vous voir frapper par les CRS, en votre nom, celles et ceux qui se sentent victimes d’accords négociés par le Medef dans ses locaux ?

Est-ce cela que vous voulez ?

Nous vous donnons rendez vous avec l’histoire. Quelle part voulez vous prendre ? Accompagner la dérive financière ou contrer la dérive financière du grand capital qui dicte toujours plus sa loi ? La loi de ces grands groupes qui inondent le monde d’injustice et de désespoir. Qui apportent la désolation, celle qui crée la peur et engendre la violence.

Recevez mes salutations.

Alain Bellebouche

PS : pouvez vous me faire parvenir la liste des composants des produits aérosols gaz poivre que vous commandez, faites fabriquer et distribuez à vos agents de sécurité ?

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Le mouvement des précaires et intermittents se durcit

Photo Rédouane Anfoussi.

Le collectif unitaire en rangs serrés. Photo Rédouane Anfoussi.

Festival. Les deux premières soirées du Printemps des Comédiens sont annulées. La grève reconductible votée à Montpellier se propage en France.

La populaire formule « show must go on » n’a pas fonctionné hier matin lors de l’AG de l’équipe technique du Printemps des Comédiens qui a voté l’annulation des deux représentations de Vader prévues hier et aujourd’hui. L’ultimatum lancé lundi au ministre du Travail François Rebsamen afin qu’il rende public son refus d’agréer l’accord du 14 mai est pour l’heure resté lettre morte.

Dans la foulée se tenait en début après-midi l’AG très suivie du mouvement unitaire du Languedoc-Roussillon qui rassemble techniciens du spectacle, artistes, intérimaires, et plus largement toute personne victime de la précarité. Depuis le début, les « insurgés » soulignent en effet que l’impact de l’accord signé par le Medef et certains syndicats va toucher tous les demandeurs d’emploi. « Depuis lundi, notre action bénéficie d’un retentissement hexagonal. La presse nationale semble découvrir la problématique alors que nous sommes mobilisés depuis des mois », constatent les membres de l’AG.

La lutte fait tache d’huile
Hier, on s’est aussi félicité de la prise de parole de Nicolas Bouchaud à la cérémonie officielle des Molière retransmise sur le petit écran. Ce dernier a cité lundi la mobilisation à Montpellier et décerné au nom des intermittents un « Molière de la meilleure trahison à François Rebsamen, ministre du Travail, pour son rôle d’employé du Medef ». Dans plusieurs autres régions les coordinations ont appris la décision avec joie et soulagement. « Nous sentons une onde de solidarité qui se propage », témoigne un acteur du mouvement. Dans la région, le festival Klang de La Chapelle s’est également mis en grève. Le Théâtre de la remise et La bulle bleue ont fait de même ainsi que la Cie Provisoire qui a annulé son spectacle hier à Sortie Ouest. Chaque jour, les équipes artistiques se prononceront sur la poursuite ou non de la grève.

Le Printemps menacé
Les intermittents veulent maintenir la pression jusqu’à début juillet, date à laquelle l’accord devrait entrer en vigueur. Il devrait être question de l’avenir des autres grands festivals lors de la grande AG nationale qui se tiendra à Montpellier samedi 7 juin. Présent à l’AG, le directeur du festival Jean Varela s’est abstenu de tout commentaire sur le conflit.

Le président du Conseil général André Vezinhet a maintenu le cocktail d’inauguration. « Par respect pour le public et les mécènes du festival. » Il aurait souhaité un mouvement plus flexible avec des espaces d’expression dédiés et craint même que les professionnels « scient la branche sur laquelle ils sont assis ». Ce qui ne l’empêche pas de demander au gouvernement de reprendre les négociations : « Le protocole ne prend pas en compte des aspects essentiels des revendications. » Lors de l’AG le mouvement unitaire lui a demandé de donner acte en payant les jours de grèves.

La période s’annonce délicate pour le gouvernement, d’autant qu’une bonne partie d’élus et de parlementaires socialistes sont déjà montés au créneau pour lui demander de ne pas agréer le texte de la convention de Unedic. La proposition d’Aurélie Filippetti d’ouvrir des Assises de l’intermittence n’a pas fait un pli. « On veut nous asseoir, mais nous, on préfère rester debout », affirme Eva Loyer, responsable CGT Spectacle. En vertu de la « Charte des festivals » adoptée lors d’une AG au Théâtre de la Colline, en mai dernier, on savait que les spectacles auxquels les ministres voudraient assister n’auraient pas lieu. Désormais la présence des ministres n’est plus nécessaire pour stopper les représentations « tant qu’ils ne se décident pas à faire de vrais choix politiques et sociaux…»

Jean-Marie Dinh

Source : L’Hérault du Jour : 04/06/2014

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Un jour d’enfer. L’UE fait semblant

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Félicitation aux aveugles, aux borgnes aux abstentionnistes.

Bravo les partis politiques, bravo les médias… La nature de cette campagne n’a pas été démocratique. On a tenu et on continue de tenir sur l’Europe des discours qui ne correspondent pas à la réalité de ce qui est fait et de ce qu’il est actuellement permis de faire.

Personne n’assument et tout le monde fait semblant. j’entends l’intellingentsia minimiser le phénomène attent on la phase suivante (montée de la violence) pour bien nous « sécuriser » ?

Chez nous comme ailleurs les partis ont fait une campagne nationale avec comme seule vision leur tambouille qui n’interesse personne. Bonjour la démocratie représentative…

C’est bien de demander aux Français ce qu’ils pensent ce serait mieux de leur donner les moyens de penser…

Un jour d’enfer

10390968_337630266384901_1797103334691636331_nJ’arrive pas à m’y faire, j’ai passé une journée de merde sans pouvoir planifier quoi que ce soit.

Je me dis que les Français n’ont peut-être pas envie, après tout, de connaître la vérité sur ce qui se passe. Et refusent même en toute bonne foi d’y croire lorsqu’ils l’ont sous les yeux.

Camouflage en bleu blanc rouge, c’est pas si grave, vivement le Mundial… Pas de justice, ni de moralité à chercher dans tous ça, comme si c’était écrit.

Les vautours décrivent des cercles autour du vide. Ils attendent que les coeurs s’arrêtent.

Quant à moi, je suis un peu comme le mec assis sur la photo avec au premier plan le FN et l’UMP qui se roulent des pelles…

Jean-Marie Dinh

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Alain Hayot : « La lutte contre le FN passe par un débat politique sur l’avenir »

 

 069eb6a936d2800ecb84ed3444678d7d_LALAIN HAYOT. L’homme de culture appelle dans son essai « Face au FN, la contre offensive » à une reprise en main du politique face à la consolidation de la droite extrême dans le paysage français.

Docteur en sociologie et anthropologie, professeur à l’Ecole nationale d’architecture de Marseille, délégué national à la culture au PCF, conseiller régional en Provence-Alpes-Côte d’Azur (groupe Front de Gauche), ancien vice-président de la Région Paca délégué à la Culture et à la Recherche (1998 – 2010), Alain Hayot a été un acteur important du combat victorieux contre le couple Mégret à Vitrolles.

On assiste au retour de l’extrême droite qui, bien que n’ayant jamais disparue du paysage hexagonal, resurgit avec vigueur. A quoi doit on attribuer cette réémergence ?

La droite française a toujours était marquée par une radicalité sur son aile droite qui revient à différentes époques de son parcours, le boulangisme à la fin du XIXème siècle, l’affaire Dreyfus, les années 30, la période de Vichy ou encore le poujadisme sont là pour le rappeler. C’est pourquoi je soutiens que la réémergence que vous évoquez est un peu facilement attribuée au contexte de crise que nous traversons. Si celle-ci touche une partie croissante de la population avec la peur du déclassement qui l’accompagne et nourrit les rangs de l’électorat frontiste, je pense que la réémergence de l’extrême droite ne relève pas seulement de la crise socio-économique. Nous nous trouvons aujourd’hui devant une véritable crise de civilisation, une crise du sens qui concerne le devenir même de la société humaine. L’extrême droite s’engouffre dans cette crise du sens. Voter FN n’est pas un simple moyen d’exprimer son mécontentement. L’extrême droite se construit comme une alternative à la société, d’autant mieux que la sociale démocratie démontre son impuissance à incarner une alternative au néolibéralisme. La droite nationaliste est engagée dans la reconquête idéologique et culturelle. Elle est en capacité de s’inscrire durablement dans le paysage français.

Elle bénéficie pour cela d’un certain nombre d’éléments politiques et médiatiques qui assurent sa légitimation…

En effet, le processus de reconquête se voit légitimé par une forme d’hégémonie culturelle. Très vite une partie de la droite s’est mise à courir après les thèses de la droite extrême : Sarkozy, Copé, Fillon ont vu là un facteur de recomposition pour l’UMP en crise. A droite, on a assisté à une convergence idéologique qui a trouvé sa traduction électorale dans les urnes lors des dernières municipales. A gauche, depuis l’attitude purement tactique de Mitterrand qui prenait en compte la notion de « seuil de tolérance », le boomerang nous est revenu. On voit aujourd’hui que le FN ne divise plus la droite. Au PS, il y a eu aussi : « La France n’a pas vocation à accueillir toute la misère du monde » de Rocard, « Le FN pose les bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses », de Fabius, Valls et les Roms… Je montre dans ce livre que le FN ne pose ni les bonnes questions ni n’apporte les bonnes réponses.

La diabolisation du FN ou le sempiternel pacte républicain comptent à vos yeux parmi les pièges à éviter pour combattre le FN…

La diabolisation est une pratique qui renoue exclusivement l’extrême droite au passé. Il faut garder l’histoire en mémoire, mais cela ne suffit pas parce que le FN a mis à jour sa pensée. L’extrême droite n’est plus une réplique du passé, elle tente de répondre aux enjeux actuels. Le national socialisme parle aux Français d’aujourd’hui et prétend apporter des solutions. Dans le cas du débat sur les Européennes, on veut nous faire croire qu’il y a d’un côté les libéraux et de l’autre les nationaux populistes anti-européens. Dans ce schéma simpliste, le FN apparaît comme une alternative crédible. Il prône le retour à un capitalisme national, protectionniste, chrétien et identitaire, ce qui s’avérerait dans les faits, un projet politique barbare. C’est une escroquerie intellectuelle qu’il faut dénoncer en expliquant vraiment de quoi il retourne.

Et en ce qui concerne la base d’un front républicain…

Je suis contre la mise en place d’un cordon sanitaire autour du FN. F comme fasciste, N comme nazi, ça fait trente ans que l’on entend ces thèmes. Le FN porte un projet qui s’inscrit dans l’histoire de la droite, pas en dehors du système capitaliste, il adopte une autre position que celle du libéralisme mondialisé qu’il faut combattre sur le terrain politique. Laisser penser que le FN est hors système permet au PS d’évacuer le débat de fond. Par ailleurs, il paraît difficile d’évoquer un pacte républicain dans une société qui exclut le peuple du champ de la politique. La réponse à la crise démocratique passe selon moi par la refondation d’un projet politique émancipateur du peuple et de l’individu. Aujourd’hui le pouvoir dépossède les citoyens de la décision. C’est la grande question posée au projet communiste qui a été porteur d’une émancipation collective mais pas individuelle. Le coeur du projet émancipateur aujourd’hui c’est la question de la démocratie, lieu d’émancipation collective et individuelle.

Sur quel terrain le combat doit-il se mener ?

L’extrême droite se réclame du peuple mais l’entraîne dans des voies contraires à ses intérêts. La contre offensive doit se mener sur le terrain social. Il faut relier, reconstruire des liens de solidarité entre les générations, entreprendre une reconquête idéologique et culturelle, rappeler que la nation est une construction historique qui ne se base pas sur l’exclusion, refonder la République laïque, penser l’exercice de la citoyenneté. Bref il faut oser la politique. Marine Le Pen, le PS et l’UMP gèrent le pays avec une boîte à outils, on gère un pays avec des idées, des valeurs.

Ces perspectives sont-elles applicables à l’ensemble de l’UE qui disposera très vraisemblablement d’un groupe d’extrême droite au sein de son Parlement ?

Ce qui se passe en Europe confirme globalement mon analyse. On assiste à une montée impressionnante des populismes qui sont déjà au pouvoir dans certain pays. En France, dans le grand Sud-Est, le Marinisme a de sérieuses chances d’arriver en tête. Il faudra bien se poser les questions que je pose dans mon bouquin…

Propos recueilli par Jean-Marie Dinh

Source : La Marseillaise 19/05/2014

Voir aussi  : Rubrique Politique, rubrique Rencontre, rubrique UE,

Fred Vargas « Respect, tendresse et compréhension tacite… »

 

Photo David Maugendre

Photo David Maugendre

Fred Vargas. La reine du polar français assiste ce soir à la soirée hommage à Michel Gueorguieff organisée par Soleil noir, l’Herault du Jour et Cœur de Livres ce soir à 21h au Centre Rabelais..

On vous voit rarement dans les salons ou manifestations consacrés aux livres…
C’est vrai, et cela ne veut pas dire que je les snobe ! Mais ces manifestations me mettent trop « en visibilité » et je suis quelqu’un de discret.

Dans le cadre de l’hommage rendu à Michel Gueorguieff vous venez pour la 1ère fois à la Comédie du livre, à quoi tient votre motivation ?
Mais c’est tout simple : à Michel Gueorguieff ! Et au désir d’expliquer encore le « cas Battisti », que Michel a tant défendu. Mon attachement pour lui se compose d’admiration, respect, tendresse, compréhension tacite… c’est bien difficile à expliciter !

Outre le goût pour la littérature, vous partagiez celui de l’authentique et de l’implication…
Oui et oui, aux deux termes. Michel était toujours lui-même, sans faux semblant ni rôle, si bien que vous étiez assuré de pouvoir prendre pour argent comptant ce qu’il vous disait. Et il était toujours au front, de manière tenace. Il n’était pas dans d’éphémères batailles. Pour Battisti par exemple, alors que l’oubli s’installait fatalement avec les années, Michel n’était pas homme à accepter l’insouciance que génèrent le temps et l’éloignement. Il demeurait intensément présent et attentif.

A quoi tient votre engagement total pour Cesare Battisti ?
Pour le dire vite, parce que la machine judiciaire italienne a sciemment condamné cet homme en son absence, sans une preuve ni un témoin. Et que les justices française, européenne et brésilienne ont emboîté le pas et fermé les yeux pour des motifs strictement politiques. Face à de tels mensonges, c’est un devoir d’élever la voix, tout au moins si l’on rêve encore d’une « vraie justice ».

Vous venez de préfacer le livre « Cesare Battisti Les coulisses obscures » qui trouve très peu d’échos en France…
En effet. Seuls Le Point et l’Humanité ont publié un article. Le silence autour de ce livre est assourdissant et anormal. Ce qui invite évidemment à s’interroger : pour quelles raisons ce texte doit-il absolument rester caché ? Pour quelles raisons le public ne doit-il pas savoir ?

Le livre apporte-t-il des éléments nouveaux ?
Beaucoup. J’en citerai un, majeur : y sont reproduits les faux mandats fabriqués par la cour italienne pour pouvoir condamner Battisti. Faux mandats sciemment déclarés comme « authentiques » par les cours française, européenne et brésilienne ! Je les ai découverts en 2005, et en neuf ans d’efforts, je n’ai jamais pu les faire publier dans un journal ! Cette fois-ci, ils sont enfin à la disposition de tous. Ce qui explique le silence autour du livre : il est bien gênant en effet de faire savoir que la Cour d’appel de Paris et la Cour européenne des Droits de l’homme se sont appuyées sur des faux – qu’elles savaient faux – pour pouvoir extrader Battisti ! Ca « fait désordre », comme on dit…

Qu’elle est la situation de Battisti aujourd’hui ?
Précaire, alors que chacun croit l’affaire terminée. C’est loin d’être le cas. Il ne doit en effet sa liberté qu’à une décision présidentielle, celle de Lula, et non une décision de justice. D’autre part, sa situation de « résident » au Brésil, et non de réfugié, ne lui permet de voyager que dans les pays limitrophes du Brésil. Il ne pourrait poser un pied en France sans être aussitôt extradé vers l’Italie, en prison à vie.

Trouvez-vous de la disponibilité pour écrire ?
C’est vrai que cet engagement a pris beaucoup de temps, tant pour effectuer les recherches que pour voyager au Brésil. Mais j’ai publié quatre livres durant cette période. Le prochain roman est presque achevé.

Recueilli pas Jean-Marie Dinh

A l’issue de la soirée Fred Vargas dédicacera ce soir C Rabelais. DM

Un procès politique

0524 page18 104d P2 battisti« Un livre total qui expose enfin la masse des vérités enfouies sur cette terrible affaire », soutient Fred Vargas dans la préface. Le livre restitue notamment le contexte politique italien des années de plomb concentré sur les années 1970 marquées par la violence de l’activisme politique. Pour saisir l’affaire Battisti il est primordial de l’inscrire dans le contexte des années de Plomb en Italie. Cette période qui couvre les année 70 prolonge le mai 68 italien qui s’étire sur deux ans, entre 1967 et 1969. L’amplitude de ces protestations, s’explique par la conjonction entre la révolte étudiante et la révolte ouvrière. La dernière est constituée par la radicalisation de certains groupes d’extrême gauche qui, dans une situation extrêmement tendue, s’orientent vers la lutte armée clandestine. Dans la première partie du livre, Carlo A Lungarzo revient utilement sur le climat de guerre froide et le terrorisme d’Etat. L’Italie d’après-guerre n’a pas liquidé son héritage mussolinien. Malgré leurs différences, l’Etat, l’Eglise, les fascistes et le parti communiste italiens étaient unis contre le mouvement social étudiant et ouvrier. Les Etats-Unis œuvrent en sous-main via les stay-behind armies, réseaux clandestins coordonnés par l’OTAN. Le plus célébre d’entre eux, le Gladio, mis en place sous l’égide de la CIA et du MI6, est financé par des hommes d’affaires et industriels italiens, soutenu par le Vatican, la magistrature et l’Etat. Avec l’aide de la loge clandestine P2, dirigée par Licio Gelli dont Silvio Berlusconi a été membre. Les années de Plomb débutent en 1969 par un attentat à la bombe qui tue 16 personnes et en blesse 88 à la Piazza Fontana, à Milan. Un acte terroriste commis par des activistes néofascistes, qui frappent la foule à l’aveugle puis diffusent de faux tracts au nom de l’ultragauche autonome. On compte plus de 600 attentats qui font prés de 400 morts et des centaines de blessés. Quatre sur cinq sont le fait d’organisations clandestines d’extrême droite. Alors que la terreur fasciste reste impunie, l’Etat italien promulgue des « lois spéciales », réactivant notamment des lois mussoliniennes, pour arrêter et juger les militants de gauche.

Livre Carlos A. Lungarzo « Cesare Battisti  Les Coulisses obscures » éditions Viviane Hamy