Un Wikileaks est en train de naître à Nantes : le projet GOleaks

Lanceurs d’alerte, projet artistique « Quelque chose à dire ? » à Berlin, le 1er mai 2015 - Michael Sohn/AP/SIPA

Lanceurs d’alerte, projet artistique « Quelque chose à dire ? » à Berlin, le 1er mai 2015 – Michael Sohn/AP/SIPA

La région Grand Ouest va bientôt disposer de sa plate-forme d’alertes, permettant aux sources et aux journalistes de communiquer de manière sécurisée et confidentielle. Projet unique et novateur, porté par un binôme nantais, le journaliste Romain Ledroit et le hacker Datapulte.

A l’origine du projet de l’association GOleaks, la conférence d’un confrère, hacker nantais, à destination de journalistes locaux. Et ce constat sans appel de Datapulte, qui y assiste  : à l’aune de la loi sur le renseignement, les pratiques numériques des journalistes sont parfois obsolètes et souvent peu, voire pas, sécurisées.

«  La majorité des journalistes ne semble avoir aucune idée des traces qu’ils peuvent laisser derrière eux sur le Web. Ils ne connaissent pas, ou ne se servent pas des outils existants, capables de les protéger et de protéger leur source.  »

Mais ils savent pourtant qu’ils en ont besoin. Qu’il est temps pour eux, à l’heure des débats sur la protection des données, de s’y mettre aussi. Et de se rappeler que le Web est aussi ouvert qu’une porte de lupanar un samedi soir.

A peine l’idée émise, qu’elle semble trouver écho. Et les langues se délient. Ce journaliste influent de la région qui explique recevoir de nombreuses lettres, anonymes. Parfois à son domicile. Des lanceurs d’alerte qui ne savent pas comment faire autrement. Et se tournent vers le papier, faute de mieux. Faute d’outils numériques appropriés.

Mais encore faut-il savoir à qui, et où, adresser ses découvertes. Quel journaliste, pour quelle histoire.

Le hacker et le journaliste

Romain Ledroit, journaliste, rejoint alors aussitôt Datapulte l’hacktiviste pour «  le versant journalistique.  » Et ainsi créer le lien entre deux communautés qui se méconnaissent, mais qui ont pourtant tout intérêt à travailler ensemble. Entre hackers et journalistes, la frilosité disparaît rapidement, pour laisser place à un désir commun  : offrir aux lanceurs d’alerte l’outil qui leur manque.

«  Sensibiliser, c’est utile certes, mais au final pas très concret », remarque Datapulte. De là est née l’idée de créer cet outil concret, rassembleur, pour une corporation «  dont les pratiques sont souvent plutôt individualistes  », souligne Romain Ledroit. Ce sera donc GOleaks, pour Grand Ouest leaks. De la Normandie aux Pays de la Loire, en passant par la Bretagne, une plateforme sécurisée entièrement dédiée aux lanceurs d’alerte locaux. Avec, à l’autre bout, des journalistes volontaires pour recevoir ces alertes.

Et un peu affolés, au début, d’entendre parler mail chiffré et clé PGP. Pourtant, à écouter attentivement Romain et Datapulte, rien de bien compliqué. Un logiciel à télécharger pour le lanceur d’alerte. Soit Tor, navigateur qui protège son utilisateur. Pour le journaliste, une petite formation afin de savoir manier le chiffrage des données. Et au final, un mail chiffré, accessible par lui seul. Et une source protégée, leitmotiv obsessionnel de GOleaks.

Car à travers cette plate-forme, il s’agit bien de proposer un double service. Le journaliste est identifié par la source, qui va ainsi pouvoir choisir son destinataire selon ses domaines de prédilection. En utilisant cette plateforme, le professionnel, lui, vient signifier au lanceur d’alerte son souhait de protéger ses sources. Ce qui n’est pas rien. Et rassure le citoyen, souvent inquiet d’être reconnu. Ce dernier va donc choisir le journaliste en fonction de sa spécialité tout en sachant, second point important, que le journaliste qu’il aura choisi sera le seul à pouvoir lire les documents envoyés.

Pour Datapulte :

« Il s’agit avant tout de désacraliser le statut du lanceur d’alerte. La majorité des gens ne se sentent pas l’âme d’un héros. Sécuriser la source revient à évacuer la pression sur les épaules du lanceur d’alerte. On a trop vu de lanceurs d’alerte être propulsés contre leur gré sur le devant de la scène médiatique. »

La priorité de la plateforme, «  c’est la sécurité de la source  », confient les deux instigateurs du projet.

«  La crédibilité du projet repose sur une sûreté maximale, et donc un hébergeur de confiance.  »

Déjà trouvé. Au local évidemment. Et prêt à s’embarquer dans l’aventure GOleaks.

L’intérêt d’une plateforme régionale

La question soulevée en filigrane est celle de l’intérêt d’une nouvelle plateforme de leaks, au vu de celles déjà existantes des «  grands  » médias, tels Le Monde ou Mediapart. Pour Datapulte, la réponse se trouve elle aussi au niveau local. GOleaks ne vient en aucun cas remettre en cause l’hégémonie des médias de référence, ce n’est pas une plateforme de leaks de plus, mais bien une plateforme qui offre de nouvelles possibilités, jusqu’ici inexplorées.

Datapulte constate que «  les citoyens se sentent concernés par ce qui les touche de près, dans leur ville, leur région ». Certaines problématiques sociétales soulevées par les médias nationaux leur paraissent loin. Et ce qui les touche directement, une subvention culturelle, un pot-de-vin, un conflit d’intérêt, ne semblent pas forcément intéresser lesdits médias nationaux. L’aspect local, lui, est donc à portée du citoyen. Pour Romain Ledroit, journaliste, la difficulté est aussi d’ordre économique. La déliquescence du travail d’investigation au niveau local est frappante, et semble-t-il pérenne.

«  Les économies de moyens au niveau local ne permettent plus ce type de pratiques journalistiques.  »

L’intérêt est donc multiple, autant que les problématiques que viendront soulever les lanceurs d’alerte. Bien sûr, on ne peut que penser au dossier patate chaude de la région, à cet enlisement incessant du conflit autour de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Les documents risquent de fuser. Ce sera alors au journaliste destinataire de faire son travail de vérification. Avec la possibilité, bien sûr, de pouvoir rencontrer la source.

Datapulte, lui, a déjà été contacté par rapport à un problème d’hygiène au sein de l’usine d’un gros groupe industriel, usine implantée au local. Par une personne ayant entendue parler de GOleaks. Mais il rappelle que lui n’est pas journaliste, qu’il va juste rendre viable cet outil, pour que ces lanceurs d’alerte se sentent moins seuls avec ce qu’ils savent. Et le hacker d’insister :

«  Romain et moi n’aurons aucun accès aux données et documents envoyés.  »

Une fois la plateforme lancée, elle a sa vie propre. Entre sources et journalistes seulement. Eux vérifieront juste, avec l’hébergeur, cette sécurité qui leur est si chère. Et apprécieront la satisfaction d’avoir donné un outil en plus à la liberté d’expression.

« Pas une plateforme de délation »

Il est aussi question d’offrir de nouvelles possibilités, à portée de main. Le tissu local est la source de nombreuses interrogations des citoyens. Et pas forcément là où on l’attend : les intéressés viennent aussi d’autres sphères, ni journalistiques, et encore moins hacktivistes. Mais aussi du syndicalisme, de la fonction publique ou du milieu associatif. Bref, là où les réseaux bien en place sont parfois en vase clos. L’opportunité d’un débouché sécure et anonyme apparaît comme une priorité dans le Grand Ouest.

S’il est question de transparence, il ne s’agit pas d’une simple citoyenneté numérique avec GOleaks. Il y a encore peu de temps, les métropoles s’offraient une communication publique avec l’open data (l’ouverture des données publiques à toutes et tous). Derrière les lumières tapageuses, des tableaux Excel aussi communicants qu’un guichet automatique de la Banque postale. Et assez peu d’informations. GOleaks, en misant sur des émissions d’informations anonymes, entend aussi donner un autre visage à cette transparence, voulue par une frange grandissante de la population. Les deux garçons insistent  :

«  GOleaks n’est pas une plateforme de délation, il ne s’agit pas de régler des comptes, mais bien de pouvoir créer le tuyau sécurisé entre la source et le journaliste dans l’intérêt public.  »

Lorsqu’on aborde la politique, ils sourient et secouent la tête. Ce projet est certes «  militant  » reconnait le duo, «  mais il est avant tout apolitique. Ce qui est en revanche politique, si l’on peut dire, c’est ce désir pour nous d’un Internet ouvert et d’une liberté d’expression qui est fondamentale.  »

L’association GOleaks n’est affiliée ni à un parti politique ni à un média régional. Un outil autosuffisant en somme, qui mise sur la confiance et le professionnalisme des journalistes rencontrés, et qui fait de la construction de GOleaks «  une aventure humaine avant tout ».

Une aventure qui ne s’arrête pas là. Dans un souci de transmission, et pour faire vivre le projet, Romain Ledroit et Datapulte ont en commun le souhait de former les journalistes aux outils de protection des données. Tous les journalistes ou rédactions qui en feront la demande, et pas seulement au niveau régional cette fois.

Désankyloser l’investigation

Mais GOleaks ne veut pas se contenter d’attendre le leak comme d’autres le like. Un board associatif composé de journalistes et d’hacktivistes de l’association éponyme proposera une saisonnalité des leaks, c’est-à-dire un appel public sur une thématique. Afin de mutualiser les pratiques. Ne plus se retrouver seule avec des bribes d’informations, mais bien penser autrement, en collectif, l’évolution des pratiques. Et peut-être remettre au centre une investigation ankylosée, avec des projets innovants comme le projet 102h, qui permettrait de suivre des journalistes dans leur quotidien.

La plus-value de GOleaks réside dans l’apport d’une certaine expertise et d’une expérience de travail bénéfique journaliste-hacker.

Pour ce faire, un crowdfunding a été lancé sur Kickstarter, et s’est terminé mardi 16 février, recueillant plus de 6 000 euros, au-delà de la somme demandée.

A Nantes, au gré des rencontres et des questions, ils organisent également des «  crypto-parties  » gratuites à destination du grand public, afin de sensibiliser tout un chacun à la protection de la vie privée sur le Web. Ce qui n’est pas une mince affaire, en ces temps d’extimité exacerbée.

Déjà, d’autres régions intéressées ont contacté le binôme. SOleaks (pour Sud-Ouest leaks) pourrait également voir le jour. Pour continuer l’aventure, encore. Parce que GOleaks se veut comme un soutènement à une liberté d’expression mise à mal. Une solution sûre, dans une société aujourd’hui insécure.

Elsa Gambin.

Source Rue 89 18/02/2016

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Ruffin, Robin des bois des classes

 Affluence au Diagonal

Affluence au Diagonal

Avant-première. Le fondateur du journal Fakir présente son film « Merci patron » au cinéma Diagonal à Montpellier.

La grande salle de 400 places du cinéma Diagonal était archi pleine lundi pour accueillir François Ruffin venu présenter en avant première son dernier film Merci Patron. La majorité de jeunes composant le public, et l’accueil franc et enthousiaste durant et après la projection du film sont de nature à faire remonter le moral des chaussettes au cerveau pour mieux se retrousser les manches.

Le film part d’un bon sentiment. Il met en scène une action sociale pour réinsérer le grand manitou de LVMH Bernard Arnault. L’homme qui, avec l’accord du gouvernement Fabius, promettait en 1983 de redresser le groupe Boussac et de sauver des emplois. Il est vrai qu’il a construit sa fortune sur l’exploitation de la vallée picarde en se débarrassant de la partie industrielle de l’empire Boussac laissant 23 000 salariés sur le carreau après avoir empoché une subvention d’un milliard de francs du gouvernement socialiste. Mais la réussite n’est pas toujours facile à vivre. Pour des raisons fiscales, en 2012 Bernard Arnault demande la nationalité belge et subit une violente charge médiatique. C’est à ce moment que le fondateur du journal Fakir décide de rétablir la justice et de réconcilier la France d’en bas et d’en haut.

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Fakir, un cailloux dans la chaussure.

La mémoire des travailleurs

François Ruffin, retourne alors dans la région sinistrée avec son camion I love Bernard. Sur place, il rencontre Jocelyne et Serge Klur, un couple licencié du groupe LVMH criblé de dettes qui risque de perdre leur maison. L’occasion rêvée pour toucher le coeur de la 4e fortune mondiale à l’occasion de l’assemblée des actionnaires de son groupe. Faire un petit geste ne pouvait mieux tomber pour Bernard qui venait de se faire épingler en train de fuir à Bruxelles comme Louis XVI l’avait fait en rejoignant Varenne. Mais parfois les choses simples empruntent un parcours un peu complexe et s’avèrent très drôles…

Désacralisation du pouvoir pris à son propre jeu, rénovation de l’action syndicale dépolitisée et ramenée à sa fonction originelle, rétablissement d’un rapport de force entre le capital et le travail que la gauche a abandonné, ce film fait du bien et redonne du sens à l’action. L’auteur des Petits soldats du journalisme mais aussi de La guerre des classes combat le mécanisme structurel de la domination de classe avec conviction en partant de réalités concrètes. Une lucidité qui ne l’empêche pas d’être drôle et efficace. Lorsqu’il se livre à une analyse politique de son film, Ruffin se définit lui-même comme un petit bourgeois, et en tant que tel, un maillon intermédiaire devant rallier la classe populaire pour contraindre les classes les plus hautes au changement. « Le véritable enjeu c’est de restaurer un rapport de force », explique-t-il à la salle restée pleine pour le débat.

JMDH

Merci Patron sur les Ecrans le 24 février 2016

Source : La Marseillaise 03 01 2016

Voir aussi : Actualité locale, Rubrique Cinéma, Petite virée dans le cinéma social français, rubrique Politique, Société civile, Affaires, rubrique Médias, rubrique Société, Citoyenneté, Travail, Pauvreté,

Pharmakos. Jouer du caractère informe du réel

Le thème du bouc-émissaire a servi de point de départ à cette étonnante création sensorielle. DR

Le thème du bouc-émissaire a servi de point de départ à cette étonnante création sensorielle. DR

Réjouissant goût du risque et de la création collective… Pharmakos par le Cie Moebius au Théâtre La Vignette

Le tragique est à notre portée. Pour l’appréhender, il suffit parfois de tendre la main. C’est l’expérience dans laquelle se lance la compagnie Moebius avec Pharmakos qui désigne aussi bien le remède que le poison. L’autre sens du terme renvoie à un rite de la Grèce antique au cours duquel on lapidait une victime humaine, après l’avoir promenée dans toute la cité, afin d’exorciser une menace.

Après s’être frottée aux mythes avec les Atrides et à Tchekhov, la jeune compagnie se lance dans l’écriture. Elle revendique un « non-théâtre », ce qui parait être un bon début bien que quelque peu insécurisant.

Cela commence par une fuite d’eau, qui a tout d’originelle. Autour de l’eau qui goutte s’agence un monde. Et le récit débute, distribuant les rôles à partir des identités en présence. La théâtralité minimum questionne la place des spectateurs dans l’affaire. Mais l’on se rassure en reprenant pied au fur et à mesure que l’organisation sociale se met en place.

Qu’importe après tout, si le modèle qui se dessine aboutit à des rapports interpersonnels violents. Il faut bien payer son accès au sens des choses. N’est-ce pas ce que nous ont enseignés les textes bibliques et avant eux les mythes ? On remercie secrètement la voix-off qui éclaire l’action et la souffrance des comédiens pour le secours spirituel qu’ils nous portent.

L’histoire prend enfin forme de manière intelligible dans le cadre d’un scandale politico-financier ourdi par une famille industrielle dont les membres répondent aux curieux nom d’Hérode, Salomé, et Hérodiade. On est dans un drame moderne… Mais à la fin, les choses déraillent à nouveau…

JMDH

Pharmakos sera donné au Théâtre  SortieOest le 13 et 14 avril prochain.

Source : La Marseillaise 02 01 2016

Voir aussi : Rubrique  Théâtre, rubrique Montpellier, rubrique Société,

Festival Actoral. La révolution par l’écriture

Grinshorn & Wespenmaler

Grinshorn & Wespenmaler. Photo Mezli Vega Osorno

Actoral. Le festival des écritures contemporaines se clôture ce soir. Les blessures intimes deviennent des langues à hTh.

L’escale montpelliéraine du Festival Marseillais Actoral dédié aux écritures contemporaines se conclut ce soir à hTh avec le poète sonore Anne-James Chaton et l’artiste de musique électronique Alva Noto dans le cadre de Analogie / digital. Flaubert, Jules Verne, mais aussi Descartes, Napoléon, Freud… sont convoqués à prendre un sacré coup de jeune.

Cette soirée clôture un festival captivant que l’on doit à la passion tenace d’Hubert Colas pour les écritures contemporaines. Depuis le 14 janvier le CDN est une terre d’aventure où se croisent des artistes d’horizons différents qui ont pour point commun d’être en prise avec de nouvelles formes de langage. « Ce ne sont pas des artistes doucereux qui viennent à Actoral », avait prévenu Hubert Colas. Il n’a pas menti.

A l’instar du drame patriotique international Grinshorn & Wespenmaler de l’autrichienne Margret Kreidl mis en espace par Marlène Saldana et Jonathan Drillet qui rend un vibrant et décalé hommage à l’Autriche d’Haider, le leader bronzé de l’extrême droite autrichienne, qui trouva la mort en sortant d’un club gay, ivre au volant de sa Volkswagen Phaeton.Le public qui est venu pour découvrir, perçoit et participe au rapport délicat entre la création et le monde insensé dans lequel il vit. En pleine dérive extrémiste, l’absurde reprend du poil de la bête.

L’inhumanité ordinaire

La société hyper sécurisée et tellement insécurisante inspire les artistes d’aujourd’hui qui baignent dans cette inhumanité ordinaire. Tous les domaines artistiques, sont concernés et notamment la littérature contemporaine. On a goûté au rationalisme irrationnel de Thomas Clec qui met trois ans à parcourir les 50 m2 de son appart parisien pour faire de l’autofiction un inventaire politique (Intérieur ed. L’arbalète/Gallimard).

On a zoomé avec Camera (ed, Pol) d’Edith Azam et sa véhémence nerveuse qui se rend à l’évidence du désespoir et n’existe que par la résistance du langage. On a entendu par les yeux et l’émotion le manifeste physique et tragique du jeune danseur chorégraphe croate Matija Ferlin. Ces rencontres surprenantes entre auteurs, metteurs en scène, chorégraphes, et publics se sont croisés dans l’espace de manière inédite, inspirant d’innombrables prises de positions.

Elles sont ce qui émerge. L’exceptionnelle tension et la passion qui en découlent demeurent le champ des appropriations de la langue. Cette approche des écritures semble découler de l’exploration de cet univers polémique dans lequel chacun se sent investi d’une mission, celle du CDN semble en tout cas bien ravivée.

Jean-Marie Dinh

Source La Marseillaise 22/01/2016

Voir aussi : Rubrique Théâtre, rubrique Politique culturelle, rubrique Livre Littérature française, rubrique Danse,  rubrique Montpellier,

Documentaire au Cinéma Diagonal. « La fête et finie » ou l’angle aveugle du développement urbain

janv-15-et-17_OC_ENT-DAV_la-fete-est-finie-413x219Diagonal. L’instrumentalisation de l’art et de la culture au service des promoteurs.

A l’invitation des Amis du Monde Diplomatique et du cinéma Diagonal le réalisateur marseillais Nicolas Burlaud est venu présenter à Montpellier son film La fête est finie. Ce documentaire réalisé avec très peu de moyens, se saisit de l’exemple marseillais pour évoquer l’angle aveugle du développement urbain.

Vendu par les édiles locales de tous bords comme créateur d’emplois, vecteur de progrès et de croissance économique, partout dans le monde, les plans de rénovation urbaine relèguent aux oubliettes la notion même du rôle politique dans la cité. A savoir, les actions possibles, anticipées, par les individus et les groupes sociaux, situés les uns à l’égard des autres en réciprocité de perspectives dans un environnement partagé.

Le film traite de la destruction du Marseille populaire et de l’entrée féroce des promoteurs avec comme cheval de Troie « Marseille Capitale Européenne de la Culture » mise en place par CCI, la ville de Marseille et les fonds d’investissements du grand capital.

Usant des moyens de voyous qu’Audiard décrit dans De battre mon coeur s’est arrêté, les promoteurs déplacent les pauvres de leurs lieux de vie pour développer des zones sous hautes surveillance réservées aux marchands.

L’intérêt du film est aussi d’interroger l’instrumentalisation de la culture et de ses acteurs. Nicolas Burlaud filme sa ville avec amour et nous invite à résister en prenant conscience des liens qui nous unissent.

JMDH

Source : La Marseillaise 20/01/2016

Présentation du film

Marseille est en passe de devenir une ville comme les autres. Sous les assauts répétés des politiques d’aménagement, elle se lisse, s’embourgeoise, s’uniformise. Cette transformation se fait au prix d’une exclusion des classes populaires, repoussées toujours plus au Nord. Son élection en 2013 au titre de «Capitale européenne de la culture» a permis une accélération spectaculaire de cette mutation. Là où brutalité et pelleteuses avaient pu cristalliser inquiétude, résistance et analyses, les festivités nous ont plongés dans un état de stupeur. Elles n’ont laissé d’autre choix que de participer ou de se taire…

Contact : lafeteestfinie@primitivi.org ou 06 62 46 14 06

Voir aussi : Actualité locale, Rubrique Cinéma, Petite virée dans le cinéma social français, rubrique Politique, Société civile, Politique culturelle, Politique économique, Politique locale, rubrique Société, Citoyenneté, Consommation,