Alep & Mossoul le même désespoir

Des civils fuyant les combats arrivent dans le quartier de Hal-Samah, à l'est de Mossoul. (Sebastian Backhaus pour le JDD)

Des civils fuyant les combats arrivent dans le quartier de Hal-Samah, à l’est de Mossoul. (Sebastian Backhaus pour le JDD)

Relire le contexte

Réunis à Londres en octobre dernier, les ministres des affaires étrangères français, britannique et allemand ont rencontré leur homologue  John Kerry au lendemain d’une réunion russo-américaine à Lausanne. Pour condamner l’escalade des bombardements à Alep au nord de la Syrie.

Au sortir de cette rencontre l’objectif était de rétablir un rapport de force avec Moscou sur la crise syrienne. « Il est vital de maintenir la pression et nous proposons de nouvelles mesures, de nouvelles sanctions contre le régime syrien et ses partisans« , avait déclaré Boris Johson le chef de la diplomatie britannique.

La « solution »  devait passer par une courageuse offensive sur Mossoul en envoyant les forces kurdes, les volontaires et les milices, l’armée et la police fédéral irakienne appuyé par les force de la mobilisation populaire  en première ligne comme naguère les vaillant tirailleurs sénégalais de l’armée coloniale . Tandis que les avions de la coalition internationale entamaient leurs frappes. Une ville de deux millions d’habitants les force de l’EI étant estimé par les militaires à 3 000 hommes dans la ville et ses alentours annonçaient un massacre nous y sommes…

L’oeil des masses médias des alliés occidentaux se tourne sur Alep en tordant souvent la réalité ( point sur la situation militaire) particulièrement dans les médias français. Après un départ en guerre en fanfare  sur le thème  » la bataille de Mossoul  » c’est maintenant silence radio ou presque sur ce conflit en Irak…  Le reportage du JDD ci-dessous donne une mesure de la situation. Tout laisse à penser que nous (les occidentaux) sommes très mal placés pour donner des leçons.

« la production des idées, des représentations et de la conscience, est d’abord directement et intimement mêlée à l’activité matérielle et au commerce matériel des hommes : elle est le langage de la vie réelle » disait Marx

Ce qui compte avant tout pour ceux qui nous gouvernent, après l’émotion liée aux massacres et à la destruction, c’est que la reconstruction va nécessiter beaucoup de sacs de ciments

Irak : la bataille de Mossoul fait rage et frappe durement les civils

REPORTAGE – Après sept semaines de combats, les forces irakiennes et kurdes ont perdu plus de 3.500 hommes dans la bataille contre Daech. Les civils affrontent une situation humanitaire catastrophique. 

Une dernière fois, Hadj Amjed a voulu prendre entre ses mains puissantes le visage déjà cadavérique de son enfant. Puis l’infirmier militaire est venu et, dans une infinie douceur, a refermé les yeux de l’adolescent. Le père, drapé dans un long manteau crème, s’effondre, au pied de la civière, inconsolable. Le quinquagénaire avait pourtant cru que son fils s’en sortirait quand, à l’aube ce jeudi matin, il l’avait juché à l’avant du Humvee de l’armée irakienne. Il respirait encore quand le blindé a foncé à travers les ruelles du quartier d’Aden. Mais arrivé à l’hôpital de campagne de Gogjali, dans les faubourgs est de Mossoul, il était trop tard. Comment aurait-il pu survivre à cet obus de mortier qui l’avait déchiqueté?

Des civils enfermés dans une souricière

Un ciel gris et bas, le froid glacial du petit matin, cette boue gluante apparue avec les premières pluies de l’hiver. Sept semaines déjà que l’armée irakienne a lancé son opération pour libérer Mossoul des griffes de Daech. Sept semaines que les djihadistes défendent leur fief avec acharnement. Certes les militaires avancent, mais lentement, maison par maison. Et le mauvais temps qui s’installe n’est pas fait pour les avantager. « Nous contrôlons 22 quartiers, plus de 50 % de la rive gauche du Tigre, et nous avons éliminé au moins 1.100 terroristes, assure néanmoins le général Abou Omar Sabah, porte-parole de la CTS (Counter terrorism Service), ces troupes d’élite qui sont pour l’instant les seules à se battre à l’intérieur de la deuxième ville d’Irak. On a appris à connaître leur stratégie et eux s’épuisent. Le nombre d’attaques à la voiture suicide a d’ailleurs fortement diminué ces derniers jours. » Reste que le prix à payer est exorbitant. En novembre, 1.959 soldats seraient tombés en Irak, selon les Nations unies. Combien à Mossoul? Le commandement militaire refuse de le préciser. Mais depuis le 17 octobre, jour du lancement de l’offensive, le nombre de morts au combat a grimpé en flèche. Côté Kurde, une source officielle confirme au JDD le chiffre de 1.600 peshmergas tués, et un taux global de pertes (morts et blessés) dans les forces anti-Daech de 25 % !

Et puis, il y a les civils, enfermés dans cette souricière qu’est devenue cette cité tentaculaire, trois fois plus grande que Paris mais dont tous les axes majeurs d’approvisionnement ont été coupés. Le mois dernier, 332 civils auraient péri dans la plaine de Ninive, dont Mossoul est la capitale. Mais le vrai bilan est sans doute plus lourd. « Quand l’armée cherche à progresser, cela provoque plus de morts, note Marek Adamyk, un aide-soignant d’une ONG slovaque, qui officie dans l’hôpital de campagne. Pareil quand Daech lance des contre-­offensives ou se défend avec plus de vigueur, généralement le vendredi. » Ces jours-là, au centre de santé d’urgence, se déverse du cœur de la ville le flot de blessés. Comme ce quadragénaire hurlant de douleur au milieu du petit patio qui sert de première salle d’intervention. Son tibia est en miettes. « Un tir de sniper », se désole le capitaine Khali, médecin du CTS. À l’intérieur du petit bâtiment, un enfant gémit à son tour : Amer Mudher, 7 ans, a déjà été soigné la semaine dernière mais la plaie énorme à une jambe causée par les éclats d’un obus de mortier prend une mauvaise tournure. « Il faut faire quelque chose, implore son père. Je n’ai plus que lui. Sa mère est morte dans l’attaque. Nous avons dû l’enterrer dans le jardin. »

Pénétrer dans la ville équivaut à entrer dans le chaudron du diable. Certes, dans les premiers quartiers périphériques du nord-est, comme Al-Samah, l’un des premiers à avoir été libérés début novembre, un semblant de vie est revenu. Des vendeurs ambulants y proposent un choix restreint de légumes. Des petites filles saluent le passage de convois militaires. Quelques dindes, libérées de leur enclos, se dandinent sur le chemin cahoteux qui sert de route. Mais très vite surgit un paysage de chaos absolu. Aux abords du quartier de Nimrush, les imposantes avenues ne sont plus que des mers de gravats. Les rues plus étroites, elles, sont pour beaucoup inaccessibles, fermées par des barricades de terre surmontées de carcasses de voitures. Dans celles encore ouvertes, pourrissent des montagnes de détritus. Au milieu de ce décor crépusculaire, quelques habitants se tiennent sur le pas des maisons relativement épargnées, ils semblent perdus mais souriants. Il vaut mieux faire bon accueil aux convois militaires qui passent dans le coin même si l’armée se fait plutôt rare ici. Les forces du CTS ne sont pas assez nombreuses pour combattre sur la ligne de front et tenir les territoires conquis. Et les renforts se font attendre. Ces derniers jours, un bataillon de la 11e division est enfin arrivé de Bagdad pour sécuriser les zones libérées.

En s’enfonçant un peu plus vers le sud, même ambiance lugubre. Sur l’un des grands axes, une famille avance, traînant derrière elle des valises. Où vont-ils? Ils ne le savent pas vraiment. « Peut-être dans le quartier Tahrir, dit la mère. On nous a dit qu’il y avait des maisons vides là-bas. » Un peu plus loin, deux hommes poussent péniblement une charrette à bras. Y repose, allongé, un vieillard impotent.

Depuis une semaine, 500.000 habitants sans eau

Puis vient le quartier d’El-Bakr que l’état-major irakien assure avoir fini de nettoyer ces derniers jours. Dans l’air, flotte néanmoins une odeur de poudre qui dit que les combats n’ont pas tout à fait cessé. D’ailleurs aux tirs de mitrailleuses des soldats irakiens répondent les claquements des kalachnikovs de djihadistes postés quelques centaines de mètres plus loin. Ces combats, les rares résidents qui s’aventurent à l’extérieur, n’y prêtent même plus garde. Pas plus qu’ils ne font attention à ce cadavre putréfié qui gît à même le trottoir. C’est celui d’un combattant de l’EI, 15 ans à peine, dont la tête repose à un bon mètre du corps.

La guerre et son lot d’atrocités semblent devenues la normalité ici. Il n’est qu’à voir Allah Kamel, 31 ans, sortant de sa maison revêtu d’un sweat couleur moutarde. Le jeune homme parle d’une voix calme tandis que son frère tire avidement sur une cigarette. Il explique que quatre familles se sont réfugiées dans cette imposante demeure à la façade en faux marbre. Il y a quelques jours encore, elle était occupée par des hommes de Daech. « On n’en sort presque pas ou alors pour prendre la nourriture que l’armée nous donne. » Il concède que trouver de l’eau potable est devenu un problème. Selon l’ONU, 500.000 habitants en seraient privés depuis cette semaine. Mais pour le reste, les obus de mortier qui ont encore tué trois personnes à El-Bakr jeudi, Allah Kamel n’en fait pas grand cas.

La villa qui fait face, d’où émerge un généreux oranger, est pourtant une cible de choix. Elle été investie par un groupe des forces antiterroristes que dirige le commandant Arif, un trentenaire originaire de Najaf. Postés sur le toit-terrasse, ses hommes canardent des ennemis invisibles. « Nous avons des camarades plus loin, dans le quartier al-Zohour, explique le chef du groupe, désignant une zone d’où s’échappent des panaches de fumée grisâtre. Ici, il ne reste que quelques snipers. » Pas de quoi convaincre Allah Kamel de partir. « On vient de récupérer notre maison. Donc nous resterons là, comme l’armée le demande. »

Sous Daech, il s’enfermait dans ses toilettes pour fumer

De l’autre côté de la ville, celle encore contrôlée par Daech, la population ne fuit pas davantage. Mais a-t-elle le choix? Les civils servent désormais de boucliers humains à l’organisation djihadiste. Ahmed, sorti du quartier d’Aden, raconte : « La semaine dernière, ils ont demandé à tout le monde de sortir dans la rue alors qu’il y avait des combats. Ce n’est que le lendemain qu’ils nous ont autorisés à rentrer chez nous. » D’autres expliquent que les soldats du califat débarquent et mitraillent les rues sans raison apparente. Certaines histoires sont plus sombres encore. Comme celle de ce bébé, amené la semaine dernière à l’hôpital de campagne de Gogjali par ses parents. Enveloppé dans une couverture, le nourrisson respire difficilement. Depuis plus d’un mois, il avait de la fièvre et ses parents l’ont conduit dans un hôpital contrôlé par l’EI. Mais, parce que le prénom du garçon avait une consonance chiite explique le père, les médecins de Daech lui ont injecté un produit suspect. « Je ne sais pas ce que c’était, explique Marek, l’aide-soignant slovaque. Un truc à base d’essence peut-être… »

Ce genre de situation, Hadi Abdallah Hassan ne veut plus l’endurer. Fuyant Mossoul, ce père de famille de 48 ans, le crâne coiffé d’un keffieh, n’a pas souhaité rejoindre le lot des centaines de déplacés qui arrêtent leur course dès Gogjali et qui attendent chaque jour une hypothétique distribution d’eau et de nourriture de l’armée. Croisé à Bartella, à quelque 10 km de Mossoul, lui veut emmener sa famille dans un camp de réfugiés. Avant cela, il doit se soumettre à un interrogatoire musclé que lui soumet un jeune officier irakien à la recherche de possibles complices de l’EI. Une humiliation de plus pour ce cheikh qui, sous le joug de Daech, s’enfermait dans ses toilettes pour fumer. « Il fallait ne laisser aucune trace, raconte-t-il. Une fois fini, je jetais le mégot dans la cuvette. » Dans son quartier de Saddam, il a vécu bien pire : la mort de son frère, puis celle de quatre petits voisins juste avant son départ, tous tués par des obus de mortier. « Je ne sais pas de quel côté ça venait et je ne veux pas le savoir, soupire-t-il en montant dans son pick-up. De toute façon, les combats vont détruire la ville. Alors, je vais vendre la maison et on essaiera d’aller en Europe. En tout cas pour moi, là-bas, c’est fini. »

 

Source Le Journal du Dimanche 04/12/2016

 

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Israël : dans les Territoires, la spoliation s’accélère

Un Palestinien protestant contre la colonisation, près du village de Deir Qaddis (Cisjordanie), le 13 juillet.? Photo Mohamad Torokman. Reuters

Un Palestinien protestant contre la colonisation, près du village de Deir Qaddis (Cisjordanie), le 13 juillet.? Photo Mohamad Torokman. Reuters

Après dix ans de procédure, des Palestiniens expulsés par des colons à Amona ont obtenu gain de cause. Mais l’extrême droite entend faire voter une loi qui légaliserait les expropriations.

Imaginons que des gens s’installent sur un terrain ne leur appartenant pas en exhibant de faux titres de propriété, qu’ils y construisent des maisons et qu’ils refusent de s’en aller malgré une décision de Cour suprême leur enjoignant de le faire. Tout ça, avec l’accord d’un gouvernement qui ­déploie une énergie folle pour les aider à contourner la décision judiciaire. Incroyable?? Pas en Israël. Du moins, pas dans les territoires ­occupés par ce pays puisque c’est bien en Cisjordanie, sur des terres privées appartenant à des villageois ­palestiniens de Silwad, de Taybeh et d’Ein Yabroud, qu’a été créée en 1995 la ­petite colonie d’Amona comptant aujourd’hui une quarantaine de famille (200 personnes).

Soutenus par l’ONG israélienne de défense des droits de l’homme Yesh Din, une ­dizaine de propriétaires ­palestiniens qui réclamait la restitution de leur patrimoine ont, au terme de dix ans de procédure, obtenu gain de cause devant la ­justice de l’Etat hébreu.

Dépouillés

Mais les ­colons n’en ont cure?: ils refusent d’appliquer l’arrêt de la Cour suprême leur ­ordonnant d’évacuer avant le 25 décembre. C’est pour ­contourner cet arrêt que le parti ­d’extrême droite «Foyer juif», ainsi que la plupart des députés du Likoud (le parti de Binyamin ­Nétanyahou) promeuvent un projet de «loi de régularisation» permettant de «blanchir» la ­spoliation des terres privées palestiniennes par les colons.

Le texte, dont l’examen par la Knesset a débuté mercredi, a été adopté en première lecture. Il prévoit en substance que les Palestiniens spoliés ne pourront plus s’adresser à la justice ­israélienne pour récupérer les ­terres dont ils ont été dépouillés. Celles-ci seront ­considérées comme expropriées, moyennant une indemnité pouvant atteindre 125?% de la valeur du bien ou un lopin équivalent.

Certes, la nouvelle loi ne «blanchira» pas Amona ­puisque le cas de cette colonie a déjà été jugé et que la régularisation ne peut être ­rétroactive. En revanche, elle ­protégera les nombreuses autres colonies de Cisjordanie, ainsi que des parties de colonies érigées dans les m­êmes circonstances. Soit, 55 «avant-postes» (des petites colonies créées sans l’accord de l’Etat hébreu) et 4?000 logements.

Paradoxalement, Nétanyahou n’est pas très favorable à la «loi de régularisation». Parce qu’elle lui a été ­extorquée par le Foyer juif et par la frange la plus extrémiste des députés du Likoud, mais également parce que le procureur général de l’Etat, ainsi que le conseiller juridique de la Knesset, ­estiment que ce texte est «contraire au droit». Donc, qu’il risque d’être retoqué par la Cour suprême. En outre, ­Nétanyahou redoute les suites diplomatiques et les ­condamnations internationales que le vote de la nouvelle loi pourrait entraîner. Il n’exclut pas non plus que l’Autorité palestinienne saisisse la Cour pénale ­internationale et que lui et ses ministres soient ­contraints de lui rendre des comptes.

Bobard

Mais les colons et le Foyer juif n’en n’ont cure. Pour l’heure, ils jubilent. «Certes, notre victoire n’est pas complète puisque nos ­frères d’Amona devrons s’installer ailleurs mais, dans l’ensemble, cette loi de régularisation change le visage de la colonisation tel que nous le connaissions depuis cinquante ans, fanfaronne Bezalel Smotrich, un colon de Beit El qui est également le député le plus actif du Foyer juif. Ce texte est important parce qu’il supprime des obstacles au retour du peuple juif sur la terre que Dieu lui a donnée. En fait, il pave la voie à l’annexion d’une partie de la Judée-Samarie [la Cisjordanie, occupée, ndlr]. C’est notre prochaine étape.» Contacté par téléphone, Smotrich semble en tout cas se moquer des réactions internationales à cette «régularisation». «Ce n’est pas le sujet», tranche-t-il. Quant au fait que des Palestiniens soient spoliés, il affirme qu’il s’agit d’un bobard?: «Ces terres n’ont jamais été occupées par personne, qu’est-ce qui prouve que ces gens-là en sont propriétaires ?? Tout ça, c’est bidon. Il s’agit d’une fausse affaire montée artificiellement en épingle par des ONG gauchistes afin de nous discréditer.»

De leur côté, les colons d’Amona, appuyés par des centaines de sympathisants d’extrême droite venus de tous les coins d’Israël, promettent d’accueillir «comme il se doit» les 3?000 policiers, gardes-frontières et agents du Shabak (Sûreté générale) chargés de les déloger avant la fin du mois.

 

Source : Libération 07/12/2016

En quoi consiste le référendum italien ?

Le parti démocrate italien convoquerait des élections anticipées à l’été 2017 si Matteo Renzi perd le référendum

Le parti démocrate italien convoquerait des élections anticipées à l’été 2017 si Matteo Renzi perd le référendum

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, entend réformer la Constitution pour en finir avec l’instabilité politique et accélérer le travail législatif. Les Italiens se prononcent dimanche.

C’était une promesse de Matteo Renzi à son arrivée au pouvoir, en février 2014 : conduire une réforme en profondeur de la Constitution italienne, rédigée au sortir de la seconde guerre mondiale, afin de la rendre plus efficace et plus rapide, bref plus moderne. Quels sont les objectifs concrets de ce projet ?

  • Mettre fin au bicamérisme « parfait »

C’est une singularité en Europe : la Chambre des députés et le Sénat italien ont le même poids dans l’élaboration des lois, et ont tous les deux le pouvoir de voter la confiance – autrement dit de faire tomber les gouvernements. Cette réforme de la Constitution italienne vise à modifier la composition et le rôle de la Chambre haute, l’autre nom du Sénat.

Celui-ci deviendrait une assemblée de 100 membres – 74 conseillers régionaux, 21 maires et 5 personnes désignées par le président de la République pour une durée de sept ans – contre 315 actuellement, qui siégeraient pendant un mandat de cinq ans non renouvelable.

Les conseillers régionaux et maires seraient répartis, selon les régions, en fonction du poids démographique de celles-ci. Le Sénat n’aurait plus qu’un rôle secondaire dans l’élaboration des lois et ne voterait plus la confiance au gouvernement. Il serait toutefois encore consulté sur d’éventuelles modifications de la Constitution et pourrait ratifier l’essentiel des traités internationaux. Il se prononcerait aussi sur les référendums d’initiative populaire et pourrait donner son avis sur la loi de finances, et lui apporter quelques modifications.

La Chambre des députés, elle, ne change pas. Elle reste composée de 630 élus, conserverait seule le pouvoir de voter la confiance au gouvernement et la majorité des lois.

  • En finir avec l’instabilité politique

Depuis 2014, Matteo Renzi s’est engagé à conduire trois grandes réformes : celle du marché du travail (c’est fait depuis l’adoption des différents textes du Jobs Act, en 2014-2015), la loi électorale (elle a été votée mais n’entrera sans doute jamais en vigueur) et enfin la réforme de la Constitution, votée définitivement par le Parlement mais qui devait être soumise à référendum.

L’objectif est d’accélérer le travail parlementaire, et de mettre un terme définitif à l’instabilité gouvernementale. Soixante-deux gouvernements se sont succédé depuis 1945 (soit une durée de vie moyenne de trois cent soixante et un jours), ainsi que vingt-cinq présidents du Conseil.

Il s’agit aussi d’en finir avec la charge financière que représentent les 315 onorevole (les « honorables », comme il est d’usage d’appeler les sénateurs) qui sont parmi les parlementaires les mieux payés de l’Union européenne – ils touchent une indemnité nette mensuelle de 15 000 euros. Avec la réforme, les cent membres du Sénat ne toucheraient plus d’indemnité spécifique mais ils conserveraient le droit à des dédommagements pour leurs déplacements à Rome et pour l’exercice de leur mandat.

  • La nouvelle loi électorale

Une autre réforme politique, qui n’est pas soumise à référendum mais qui a été présentée par Matteo Renzi comme intrinsèquement liée au projet, a levé dans le pays, ces derniers mois, de très fortes oppositions : c’est la nouvelle loi électorale, « l’Italicum », adoptée le 6 mai 2015.

La nouvelle loi divise le pays en une centaine de circonscriptions. Si un parti dépasse 40 % des suffrages au niveau national, il raflera 340 des 630 sièges de la Chambre, le reste étant distribué entre les formations politiques ayant dépassé 3 %. Si aucune d’elles n’obtient 40 % des voix, un deuxième tour sera organisé entre les deux partis arrivés en tête.

La loi électorale utilisée en 2013, écrite en 2015 par le ministre Roberto Calderoni, qui l’avait lui-même qualifiée de « porcellum » (« cochonnerie »), contenait un système de prime majoritaire qui favorise la coalition arrivée en tête, en lui garantissant 340 des 630 sièges, tandis que le Sénat actuel est élu sur une base régionale, à la proportionnelle avec une prime majoritaire, par les Italiens de plus de 25 ans. Résultat : souvent la majorité à l’Assemblée n’est pas la même qu’au Sénat. D’où le blocage aux élections de 2013, lorsque le Parti démocrate avait obtenu la majorité absolue à la Chambre des députés mais pas au Sénat.

En privilégiant les partis aux dépens des coalitions, la nouvelle loi doit, selon ses concepteurs, favoriser la bipolarisation et condamner à la disparition ou à la reddition les petites formations qui jusqu’alors faisaient et défaisaient les majorités.

  • Les arguments des opposants

On trouve des opposants au projet sur la quasi-totalité de l’échiquier politique italien : la Ligue du Nord (Matteo Salvini), Forza Italia (Silvio Berlusconi), le Mouvement 5 étoiles (Beppe Grillo), l’extrême gauche ainsi qu’une minorité de frondeurs au sein du Parti démocrate, pour une multitude de raisons parfois contradictoires entre elles.

Le référendum a aussi pris des allures de plébiscite. La responsabilité en revient à M. Renzi, qui a reconnu avoir fait une erreur en annonçant qu’il démissionnerait si le « non » l’emportait au référendum. De quoi donner des ailes à l’opposition.

Source Le Monde 04/12/2016Voir aussi : Actualité internationale, rubrique Italie, rubrique Politique, rubrique UE,

Génocide rwandais : retour sur 22 ans de tensions entre Kigali et Paris

Le président Rwandais Paul Kagamé repproche à la France son implication  avant pendant et après le génocide. Photo Tiksa Negeri Reuters

Le président Rwandais Paul Kagamé repproche à la France son implication avant pendant et après le génocide. Photo Tiksa Negeri Reuters

La justice rwandaise a demandé à la France, mardi 29 novembre, son entraide judiciaire dans le cadre d’une enquête criminelle pour complicité de génocide visant des officiers militaires français ayant servi au Rwanda pendant le génocide. Kigali souhaite procéder aux interrogatoires de ces responsables à l’ambassade du Rwanda à Paris.

Cette demande vise à éclairer le rôle de la France dans le génocide des Tutsis, qui a fait environ 800 000 morts d’avril à juillet 1994. Elle risque de raviver les tensions diplomatiques entre les deux pays.

  • Ce que Kigali reproche à Paris

Le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais, d’ethnie hutu, Juvénal Habyarimana, en provenance de Tanzanie, est abattu alors qu’il amorce son atterrissage à Kigali, la capitale rwandaise. Trois jours plus tard, un gouvernement intérimaire, composé d’extrémistes hutus, arrive au pouvoir. Les Tutsis sont immédiatement accusés de l’attentat contre l’avion présidentiel. S’ensuivent cent jours de massacres et d’atrocités, avec, au final, 800 000 morts, majoritairement tutsis.

La rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) que dirigeait Paul Kagamé, a chassé, en juillet 1994, le régime extrémiste hutu et mit fin au génocide. Depuis lors, M. Kagamé – d’abord vice-président et ministre de la défense, entre 1994 et 2003, puis élu chef de l’Etat cette année-là et réélu en 2010 – reproche à la France son implication avant, pendant et après le génocide.

En 2006, Kigali avait temporairement rompu ses relations avec Paris lorsque le juge Jean-Louis Bruguière, chargé de l’enquête sur le crash de l’avion de Juvénal Habyarimana, avait réclamé que Paul Kagamé soit jugé pour son rôle dans la mort de ce dernier. Le président rwandais avait accusé en retour la France d’avoir formé les militaires qui se sont livrés au génocide.

L’ouverture de l’enquête rwandaise annoncée par le procureur général, Richard Muhumuza, s’inscrit dans cette optique de déterminer la responsabilité d’une vingtaine de militaires français, dont l’identité n’a pas été divulguée.

  • Paris sur la ligne du démenti

Paris a toujours démenti une quelconque implication française dans le génocide. Auditionné devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale en novembre, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, a maintenu cette ligne : « Affirmer que l’armée française a pris part au génocide est un mensonge indigne, que je ne tolérerai jamais », a-t-il déclaré, en ajoutant qu’il « [entendait] défendre sans concession l’honneur des militaires français lorsqu’ils sont injustement accusés ».

Les tensions se sont de nouveau accentuées en octobre après que la justice française a décidé d’entendre le général Kayumba Nyamwasa, qui, depuis qu’il a cessé tout lien avec le régime, accuse M. Kagamé d’avoir été l’instigateur de l’attentat contre M. Habyarimana. L’initiative a conduit la ministre des affaires étrangères rwandaise, Louise Mushikiwabo, à menacer la France de publier les noms des responsables français impliqués, selon Kigali, dans le génocide.

Dans un rapport en date du 31 octobre, la Commission nationale de lutte contre le génocide (CNLG) mentionne 21 officiers français qu’elle accuse d’avoir joué un rôle dans la préparation puis l’exécution du génocide, dont des hauts conseillers de François Mitterrand. « Des hauts gradés français et des personnalités politiques ont commis au Rwanda des crimes très graves », accuse la CNLG.

  • La justice lente et peu efficiente

La création d’un Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), en 1994, n’a pas apporté les réponses sur les circonstances du génocide. En vingt ans d’exercice, le TPIR a mis en accusation 93 personnes ; 61 ont été condamnées.

En France, la cour d’assises de Paris a condamné, en juillet, à la prison à perpétuité deux bourgmestres rwandais, Tito Barahira et Octavien Ngenzi, pour leur rôle dans la mort de 2 000 personnes en 1994. Ils avaient été arrêtés en France et ont été jugés par le « pôle génocide et crimes contre l’humanité » – créé en 2012 – en vertu de la compétence universelle des juridictions françaises.

Ce procès était le deuxième organisé en France en relation avec les massacres commis au Rwanda. En 2014, l’ex-capitaine de l’armée Pascal Simbikangwa avait été condamné à vingt-cinq ans de réclusion pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité.

Au Rwanda, les procès gacaca (des tribunaux communautaires villageois) ont été activés pour accélérer le jugement de personnes ayant participé au génocide. Mais, selon de nombreux observateurs, beaucoup d’entre elles vivent en France sans être inquiétées par la justice française.

  • L’impossibilité d’accéder aux archives

Dans une lettre ouverte publiée par Le Monde en octobre, Guillaume Ancel, un ancien officier français ayant servi au Rwanda en 1994, interpellait François Hollande :

« Vingt-deux ans après les faits, moi, ancien lieutenant-colonel de l’armée française, je ne sais toujours pas expliquer les contradictions entre la version officielle servie à nos concitoyens d’une opération humanitaire et la réalité des missions militaires que j’ai menées là-bas, qui ressemblent à s’y méprendre à un soutien aux génocidaires. »

La déclassification des archives estampillées secret défense apparaît comme le seul moyen de permettre à la justice de faire son travail et de se pencher sur les responsabilités françaises.

Le 7 avril 2015, François Hollande avait annoncé la déclassification des archives de l’Elysée, du ministère des affaires étrangères, du ministère de la défense et de l’Assemblée nationale relatives à l’engagement de la France au Rwanda entre 1990 et 1995. Un an plus tard, seuls quelques documents ont été mis à disposition. Aucun ne provient du ministère des affaires étrangères, du ministère de la défense et de l’Assemblée nationale.

 

Source Le Monde.fr avec AFP et Reuters  30/11/2016

Voir aussi : Actualité Internationale, Actualité France, rubrique Afrique, Rwanda, rubrique Théâtre« Hate Radio »On Line, Il faut maintenant briser le silence,

L’accord de paix avec les FARC ratifié par le Congrès colombien

farc_colombieAu lendemain du vote favorable du Sénat, les députés ont validé le texte qui met fin à cinquante-deux années de conflit armé.

L’accord de paix signé avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), a été ratifié par le Congrès du pays andin. La Chambre des représentants l’a approuvé dans la soirée du mercredi 30 novembre, au lendemain du vote favorable du Sénat.

Les députés présents – 130 sur 166 – ont voté à l’unanimité ce texte qui met fin à cinquante-deux années de conflit armé. Il avait été modifié pour tenir compte des propositions de l’opposition, après le rejet du texte d’origine lors d’un référendum, le 2 octobre. Le président Juan Manuel Santos a immédiatement salué la ratification exprimant sa « gratitude au Congrès pour cet historique soutien à l’espérance de paix des Colombiens ».

L’accord, de quelque 300 pages, prévoit le désarmement des rebelles et leur transformation en parti politique. Il avait été signé le 24 novembre par le président Santos et le chef des FARC, Rodrigo Londoño, plus connu sous son nom de guerre « Timochenko ».

Critiques de l’opposition

Menée par l’ex-président de droite et actuel sénateur Alvaro Uribe, l’opposition reste opposée à ce texte comme à son mode de ratification. Les parlementaires du Centre démocratique (CD, droite), formation dirigée par M. Uribe, ont ainsi abandonné la Chambre au moment du vote, comme l’avaient fait leurs collègues du Sénat la veille.

Ils réclament une consultation populaire. « Nous pensons qu’un vote du Congrès ne peut pas se substituer à un référendum », a déclaré l’ancien chef de l’Etat. Il a par ailleurs qualifié de « pression abusive allant à l’encontre du système législatif » la précipitation avec laquelle le gouvernement veut faire approuver le texte.

Le sénateur, qui a notamment insisté sur la nécessité d’améliorer le pacte, a dénoncé l’« impunité totale » dont bénéficieront les guérilleros. Il s’est également élevé contre l’éligibilité politique des membres des FARC coupables de crimes graves avant qu’ils aient purgé leur peine.

Maintenant que le texte issu de près de quatre ans de pourparlers avec la plus ancienne et la plus importante guérilla de Colombie a été approuvé par les deux chambres, les parlementaires seront chargés de légiférer sur sa mise en application. Le conflit opposant Bogota aux FARC est le plus ancien d’Amérique latine ; il a fait au moins 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,8 millions de déplacés.

Source Le Monde AFP 01/12/2016

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