Face à la menace terroriste, l’exécutif français parait aussi rodé que démuni.

4815957_6_7249_des-policiers-armes-dans-l-aeroport_598bf9d17470300752cdc5b0bc94febfSur tout autre sujet, cela pourrait être un bon point. Après deux séries d’attentats dramatiques en 2015, les autorités françaises ont acquis une forme d’«expérience» face à l’horreur terroriste, si tant est que l’on puisse utiliser le mot à ce propos. Les explosions à l’aéroport de Bruxelles étaient connues depuis tout juste une heure, ce mardi, celles dans le métro venaient à peine de se produire, que des mesures étaient prises pour renforcer en France la sécurité à Roissy-Charles-de-Gaulle et qu’une réunion d’urgence était organisée à l’Elysée autour du président de la République.

Dans la foulée, chacun a joué sa partition, bien réglée. François Hollande appelant dans une déclaration à l’unité nationale». Manuel Valls retrouvant son registre alarmiste : «nous sommes en guerre», «nous avons dit que la menace était plus élevée que pendant les attentats de Paris». Bernard Cazeneuve annonçant le déploiement de forces supplémentaires. Le cœur du pouvoir est ultra réactif, ont ainsi signifié les acteurs exécutifs, soucieux de rassurer et de ne pas donner prise à un procès en inefficacité, même si les événements ne se déroulaient cette fois-ci pas sur le sol national. Procès inexistant au premier jour d’un attentat, délai de décence oblige, mais procès latent dans les propos de l’opposition.

L’appel à l’Europe

Le hasard du calendrier avait, il est vrai, bien mal fait les choses. Ce mardi signait aussi théoriquement la fin, et donc l’échec, de l’opération «déchéance de nationalité» lancée par François Hollande au lendemain des attentats du 13 novembre. En reprenant cette mesure défendue par la droite, le chef de l’Etat avait à l’époque voulu apporter une réponse d’«unité nationale» aux événements dont la France était victime. Las, les quatre derniers mois de débats stériles aboutissent à l’impression inverse, celle d’un pouvoir impuissant, y compris dans le registre symbolique.

Dès lors que faire, lorsque la menace se confirme à nos portes ? Montrer un exécutif en alerte, donc. Tenter malgré tout de sauver la réforme constitutionnelle , comme cela semblait s’ébaucher dans la soirée. Et surtout, en appeler à l’Europe. «C’est toute l’Europe qui est visée», a réagi François Hollande , tandis que Manuel Valls en appelait à l’adoption du fichier PNR et Bernard Cazeneuve au renfort «des contrôles aux frontières de l’Europe». La France moins seule face au terrorisme. L’Europe susceptible de se relancer face à la menace… Est-ce utopique ?

 Cecile Cornudet

Source Les Echos 23/03/2016

Voir aussi : Rubrique rubrique, PolitiqueLes Français doivent se battre contre le projet d’une énième loi antiterroriste, rubrique Société, Citoyenneté, Contre l’état d’urgence et sa constitutionnalisation, «Radicalisations» et «islamophobie» : le roi est nu, ,

Loi travail : fin de manifestation houleuse à Tolbiac et en France

Violence policière à Tolbiac
Les amendements du gouvernement à la loi sur le travail n’ont pas enrayé la dynamique de mobilisation étudiante ce jeudi 17 mars 2016. Si le nombre de manifestants est moindre que la semaine dernière, la jeunesse s’est plus mobilisée partout en France.
Après avoir occupé un amphithéâtre de la faculté de Tolbiac pour y faire une AG, des étudiants ont été évacués par les forces de l’ordre et «certains se sont faits taper dessus», assure l’un d’eux. Il y avait des visages en sang, des gens traînés par terre, lors des charges policières contre les étudiants. Les gens qui voulaient sortir du site devaient le faire à visage découvert et étaient filmés par la police rapporte Sylvain Mouillard de Libération.

Le résumé de la journée de mobilisation (chiffres Police)

Après le blocage de quelques dizaines de lycées et campus, plusieurs milliers de lycéens et étudiants sont descendus dans la rue jeudi pour réclamer le retrait de la loi Travail. Leur nombre a été estimé à 69 000 par les autorités. Hormis Paris où la police a compté entre 8 800 et 9 200 manifestants, les villes les plus mobilisées ont été Lyon (3 000), Toulouse (2 500), Bordeaux (2 200), Grenoble (1 300).  L’Unef, principale organisation étudiante, évoque 150 000 manifestants dans toute la France, dont 35 000 à Paris, 12 000 à Rennes, 10 000 à Lyon ou 6 000 à Toulouse.

Des incidents se sont produits dans plusieurs villes, conduisant à 23 interpellations, dont quatre dans la capitale. A Paris et à Nantes des vitrines d’agences bancaires ont notamment été dégradées et des membres des forces de l’ordre légèrement blessés, selon la police. A Rennes, des centaines de manifestants ont envahi la gare et sont descendus sur les voies, provoquant l’interruption du trafic pendant une demi-heure. A Marseille, des échauffourées ont brièvement opposé une centaine de jeunes, dont certains cagoulés, et des policiers devant un commissariat sur la Canebière. A Strasbourg, plusieurs manifestants ont été blessés lors d’une intervention de CRS. A Cherbourg, une personne a été blessée après une altercation.

Le ministère de l’Education nationale a décompté 115 lycées bloqués en France, totalement ou partiellement, sur 2 500 lycées publics. Les organisations lycéennes évoquent une mobilisation «largement» supérieure à celle du 9 mars, parlant de 120 à 200 établissements bloqués. Côté universités, plusieurs sites étaient fermés: certains campus parisiens (Sorbonne, Tolbiac, Saint-Denis), Lumière-Lyon II et le campus Victoire à Bordeaux.

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Société, Travail, Citoyenneté, Mouvements sociaux,

Déchéance de nationalité : le Sénat vote un texte différent de l’Assemblée

 Le sénateur Philippe Bas (LR) défend son amendement devant le Sénat, le 16 mars, à Paris.  FRANCOIS GUILLOT / AFP

Le sénateur Philippe Bas (LR) défend son amendement devant le Sénat, le 16 mars, à Paris.
FRANCOIS GUILLOT / AFP

Cette fois, il n’y a plus de doute : le principe de la déchéance de nationalité ne sera pas inscrit dans la Constitution. En adoptant, jeudi 17 mars, une version de cette mesure radicalement différente de celle votée à l’Assemblée, le Sénat a mis fin à un suspens qui n’en était plus vraiment un.

Faute de pouvoir faire l’objet d’un accord entre les deux chambres, l’article 2 de la révision constitutionnelle, concernant la déchéance de nationalité pour les terroristes, ne pourra jamais aboutir et être entériné par les parlementaires réunis en Congrès.

Comme cela était attendu, les sénateurs sont revenus à peu de chose près à la version antérieure du texte, tel qu’il avait été présenté en conseil des ministres fin décembre, avant d’être modifié par l’Assemblée. À 186 voix contre 150 et 8 abstentions, ils ont adopté un article qui prévoit une déchéance de nationalité réservée aux seuls binationaux, en cas de crimes terroristes et qui serait prononcée par décret. Les députés avaient eux voté une déchéance de nationalité pouvant toucher tous les Français, en cas de crimes et délits et prononcée par un juge.

15-12-29-hollande-valls

Pas de « leçon à recevoir »

Avant même le début du débat, le premier ministre avait mis en garde les sénateurs : « votre proposition ne sera jamais adoptée par une majorité de députés ». Or une révision constitutionnelle ne peut aboutir que si les deux chambres arrivent d’abord à se mettre d’accord sur le même texte, afin de pouvoir, ensuite, le faire voter par une majorité des trois cinquièmes des parlementaires réunis en Congrès.

D’emblée, Manuel Valls a donc fait comprendre aux sénateurs que si la déchéance de nationalité échouait, il les porteraient pour responsables. « À l’Assemblée, nous avons trouvé un accord. Ce consensus a été difficile, parfois douloureux, dans ma famille politique mais aussi dans les autres groupes. Au Sénat, vous ne l’avez pas recherché », a-t-il reproché à la majorité de droite, sous les contestations de plusieurs de ses membres.

Piqué au vif, le président Les Républicains de la commission des lois et rapporteur du texte, Philippe Bas, lui a rétorqué ne pas avoir « de leçon à recevoir ». « Ce n’est pas en renonçant à nos convictions que nous ferons aboutir cette révision constitutionnelle », a poursuivi le sénateur de la Manche, sous les applaudissements de son camp. Les avertissements de Manuel Valls n’y ont rien fait ; le rapporteur a présenté comme prévu son amendement pour réécrire l’article 2, avec le soutien de la majorité des élus de droite et du centre et l’opposition de toute la gauche.

« Manœuvre pour empêcher le vote »

Et, avec cette fois la bénédiction du premier ministre, Philippe Bas a même réussi à considérablement réduire l’espace d’expression des opposants grâce à une ruse de procédure. Alors que près de 70 sénateurs, issus de tous les bords, avaient signé des amendements pour supprimer l’article 2 sur la déchéance, ils n’ont finalement pas pu les mettre aux voix.

À la surprise générale – et avec l’accord nécessaire du gouvernement – le rapporteur a fait valoir une disposition du règlement lui permettant de faire passer d’abord son amendement pour réécrire l’article. Une fois celui-ci adopté, tous les amendements de suppression qui concernaient l’article avant modificiation sont automatiquement devenus caduques et sont « tombés ». Une « manœuvre pour empêcher le vote » aussitôt dénoncée par Eliane Assassi (Seine-Saint-Denis) et d’autres de ses collègues communistes mais aussi par certains socialistes.

D’autant, qu’au final, elle n’apportera rien de plus. S’adressant à Manuel Valls, le sénateur et secrétaire national du Parti communiste, Pierre Laurent (Paris), a bien résumé l’absurdité de la situation : « Vous offrez la possibilité au président de la commission de faire valoir sa demande sur le débat pour finalement vous enfoncer dans une impasse qui ne débouchera sur rien. » Si aucun représentant du gouvernement ne l’a encore dit officiellement, la suite de l’histoire apparaît de plus en plus clairement.

Déchirements dans tous les camps

Une fois le projet de loi adopté solennellement dans l’hémicycle du Sénat, le 22 mars, son article 2 sur la déchéance de nationalité finira par être abandonné ? c’est-à-dire supprimé probablement lors du prochain passage à l’Assemblée ? et la révision constitutionnelle pourra être présentée en Congrès avec son seul article 1, bien moins polémique, visant à constitutionnaliser l’état d’urgence.

Lors de cette séance du Congrès, un autre texte pourrait également être entériné, celui réformant le conseil supérieur de la magistrature, dans les tuyaux parlementaires depuis 2013, et sur lequel Assemblée et Sénat devraient tomber d’accord. François Hollande finira donc par avoir son Congrès, mais tronqué et obtenu au prix de déchirements dans tous les camps politiques.

Hélène Bekmezian

Source : Le Monde 17/03/2016

Voir aussi : Actualité France, Rubrique Politique, rubrique Société, Citoyenneté, rubrique On line  « Mais… à quoi ça sert ? ,   Réforme de la Constitution : le Sénat veut modifier le texte,

Cinéma A Perfect Day. De la futilité de l’effort

a-perfect-day-4
Ciné A perfect Day de Fernando León de Aranoa
Les films de Fernando León sont des portraits humains marquants, servis par de très bons acteurs bien dirigés  et par des dialogues remarquablement écrits, souvent drôles, ne sombrant jamais dans le cliché, le pathos ou la lourdeur. Fernando León a pourtant fait le pari délicat de raconter « ce qui ne compte pas ». Dernier en date,  A Perfect day retrace la vie d’un groupe d’humanitaires en mission dans les Balkan en 1995.
Le film a été tournée en Bosnie. Mambru,et son équipe doivent sortir un corps d’un puits afin que les habitants puissent se réapprovisionner en eau potable. Mais un tas d’obstacles vont rendre leur mission impossible.
On peut en rire, ça n’empirera pas les choses…
Fernando León démontre l’absurdité d’un conflit et au-delà, de la situation calamiteuse des relations internationales, dans lequel on suit le parcours de ces humanitaires lors d’une journée presque parfaite.
Un film rythmé, intelligent, drôle, où les coups de feu sont remplacés par le un sens aigu de la dérision des humanitaires…
A Perfect day. Bande Annonce.

Sète livre le paysage aux artistes d’aujourd’hui

Au CRAC

Dans la vallée des Merveilles

Dans la vallée des Merveilles

Les passeurs artistiques Philippe Durand, Philippe Ramette, Olga Kisseleva et Emma Dusong partagent l’espace du centre d’art régional jusqu’au 29 mai 2016

La pertinence de la notion de passeur d’art, pourrait bien être celle de la délimitation de ses contours, des liens de passage où circulent les hommes et leurs émotions…  L’artiste Philippe Durand développe une pratique photographique sur le mode de la déambulation, à la recherche de traces visibles dans l’espace public. En 2014, il décide d’explorer la vallée des Merveilles, situé dans le Parc National du Mercantour. Fasciné par cet espace naturel, il y découvre un patrimoine archéologique exceptionnel qui, selon lui, constitue «un autre espace public, évidemment non urbain mais balisé, marqué, transmis d’une personne à l’autre.» Considérant ce site comme un proto-musée en plein air, sans auteur, sans commissaire, sans public ni communication, l’artiste en fait un lieu de travail, dans une nouvelle dimension spatiale et temporelle.

Aire  initiatique archaïque
A la différence du monde de l’art contemporain, les aires culturelles sont rarement des champs clos. Elles subissent, le plus souvent au fil du temps des influences multiples. Influences restituées par les photographies de Philippe Durant qui documentent l’exposition. Les clichés de l’artiste mettent en scène le dialogue des échanges à première vue très inégaux qui s’instaurent entre les cultures à travers le temps. Des gravures anciennes telles les bêtes à cornes préhistoriques que nos lointains ancêtres gravaient dans la roche pour se mettre en contact avec la puissance chamanique de l’animal, côtoient des graffitis plus récents. Un type qui fume dessiné par un berger au début du XXe siècle, un Mickey déifié dans les années 80 ou un graff des twin towers localisé et daté au canif New York 2001. «C’est intéressant de voir que les premiers et les derniers dessins de l’histoire de l’humanité se ressemblent» souligne justement le critique Pacôme Tiellement.

Signes  de l’engagement
Le travail de l’artiste se rapporte à l’histoire de l’art, à l’histoire d’un continent disparu, retrouvé et déplacé. L’exposition tente de recomposer une topographie du lieu. Comme une mise en abîme du gigantesque musée à ciel ouvert de la vallée des merveilles reconstitué au sein du Crac de Sète. Une immense photo murale du site sert de structure à l’exposition. Dans la première salle quelques éléments gonflables évoquent le chaos rocheux du paysage, leur dimension ludique emprunte au parc d’attraction en parfait contraste avec les vidéos qui invitent à une lecture méditative du site. On passe le mur de roche comme l’on traverse un miroir pour se retrouver dans la seconde salle en présence des photographies. A la croisée entre individu et société, l’installation La Vallée des Merveilles pose les signes de l’engagement dans la collectivité. Cette proposition artistique peut être perçue sous une forme individuelle et singulière ou/et comme une forme sociale et donc socialement partagée.

La  force et l’émotion
Avec Suivre sa voix, la jeune Emma Dusong se situe sur le front des pionniers de l’émotion. Son installation Classe évoque les limites et les risques du système éducatif et l’espoir déchu face au désir d’apprendre librement. L’artiste suit les traces de l’intime dans la durée et la profondeur. La conversation avec sa grand-mère espagnole sétoise renvoie à la disparition, aux craintes qu’elle suscite, mais également à tout ou partie de l’histoire de l’enfance, de la famille, de l’amour. Elle transcende largement l’état affectif des individus pour les inscrire dans le paysage de l’art.

Solo exhibition
Emma Dusong Suivre sa voix

24456_1453372230_Emma-Dusong-IMG_7724-600pxEmma Dusong travaille avec la voix et le silence à travers divers médiums. Souvent déclenchées par des performances chantées (écrites et composées par l’artiste) ses pièces sonores proposent un univers  de doute et de métamorphose.
Elle présente son travail en France et à l’étranger depuis les années 2000. En 2008, elle a reçu le prix agnes b. En 2008-2009, elle fut résidente au Pavillon de Tokyo et en 2010, elle est nominée au prix Audi Talents Awards à la FIAC.

«Je m’intéresse à la voix humaine, sa dimension vivante et évanescente, tellement présente, expressive et tactile. Je viens au départ de l’image et j’ai eu besoin à un moment donné d’un médium qui soit le plus vivant possible dans le prolongement de la respiration. Chanter était aussi ce qui me faisait le plus peur et me permettait donc de donner un renouveau à ma pratique. Ce qui me trouble dans la voie chantée est le côté vertigineux de la voix. La voix a cappella émise sans amplification lui permet d’être le plus suspendue possible, la plus vulnérable

Monographie
Philippe Ramette  questionne le réel

11_philippe-ramette-10-6444bA l’occasion de cette exposition l’artiste Philippe Ramette réactive son travail photographique mis en sommeil depuis neuf ans et propose un portrait de l’artiste au fil de l’eau. « Ma démarche est une attitude contemplative. L’idée récurrente consiste à représenter un personnage qui porte un regard décalé sur le monde , sur la vie quotidienne. Dans mes photos, je ne vois pas d’attirance pour le vide, mais la possibilité d’acquérir un nouveau point de vue.»

JMDH

Source La Marseillaise 16/03/2015

Voir aussi : Actualité Locale. Rubrique Art, rubrique Photo, rubrique Exposition,